24/01/2017

L'îlot Saint-Georges

  Grâce aux subsides accordés par la « loi-taudis » votée au national en 1953, les autorités communales liégeoises s’attachent à assainir l’habitat délabré dans le cœur historique. À l’époque, l’habitude n’est pas de restaurer, mais de démolir et reconstruire du moderne.

  Décidée dès 1955, la rénovation du quartier de Potiérue (le chiffre 1 sur les deux documents qui suivent) se termine par la construction de la cité administrative (en 1963-67) et de l’immeuble commercial voisin (occupé par l’Innovation dès 1968). Cet épisode est raconté dans un autre chapitre.

  Dans la foulée, en 1966, un autre plan d’aménagement concerne le quartier Saint-Georges*, reconnu insalubre (le chiffre 2). C’est à ce périmètre compris entre Féronstrée**, la rue Saint-Georges, la Batte*** et la rue Saint-Jean-Baptiste, que nous allons nous intéresser dans cet article.

* Du nom d’une ancienne église paroissiale dont nous parlerons plus loin.
** Féronstrée était autrefois la rue des ferronniers, des artisans travaillant les métaux communs.
*** http://users.belgacom.net/wac/batte/index.htm.


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Plan du milieu des années 1960 ▲ et vue aérienne contemporaine obtenue grâce à Bing Maps
vue aerienne_goffe_liege_bing maps.jpg


plan amenagement 1966.jpg  Le plan ci-dessus présente le plan d’aménagement de 1966. Les zones rouges sont les expropriations nécessaires pour élargir les voiries existantes. Les vertes, celles préparatoires à la reconstruction. Vont disparaître une partie de la rue Sur les Foulons* (1), la rue Pécluse** (2) et l’impasse des Foulons (3) ; la rue Saint-Georges (4) sera rectifiée et élargie.

* Les foulons, avec les tisserands et les teinturiers, constituaient autrefois la corporation des drapiers.
** Étymologie incertaine. Au XIIIe siècle, on trouve l’orthographe « Petreluz », peut-être issue (dit Gobert) de « petriclusa », l’écluse de Pierre. Vraisemblable quand on sait qu’un faux bras bras de la Légia coulait à cet endroit.


 

  Pourquoi l’appellation Saint-Georges ?

 feronstree_liege_google maps.jpgDe nos jours ▲ et en 1966 ▼rue feronstree_liege_1966.jpg

  C’est une ancienne église paroissiale dédiée à saint Georges* (la flèche sur la photo ci-dessus) qui a donné son nom au quartier.

* Originaire de Cappadoce, l'actuelle province d'Anatolie en Turquie, Georges a été éduqué dans la religion chrétienne. Devenu tribun dans l'armée romaine, ce jeune officier se révéla être un vaillant soldat. À partir de 303, l’empereur Dioclétien se mit à persécuter les chrétiens, et Georges, refusant d'abjurer sa foi, fut être emprisonné et torturé, avant d'être décapité.
 
Saint Georges est le patron des chevaliers. Il est le plus souvent représenté en armure, combattant le dragon, allégorie symbolisant la victoire de la foi sur le démon.

 
Un sanctuaire a existé à cet endroit dès le Moyen Âge (dès le Xe siècle, prétendent certains chroniqueurs). On ne sait rien de cette église, sinon qu’elle a été l’un des rares édifices religieux à avoir souffert de l’incendie de 1468, perpétré par les hordes de Charles le Téméraire. Restaurée, elle s’est maintenue plus de deux siècles et demi, jusqu’à ce que son délabrement ait justifié son remplacement en 1739.


eglise saint-georges_liege.jpg  L’église Saint-Georges avant 1738 et après la reconstruction de 1739 dans un style classique-baroque (dessins de J.J. Van den Berg, bibliothèque Ulg).

  Fermé au culte sous le régime française, l'édifice finit par être vendu. À la fin du XIXe siècle, il sert de magasin à un marchand de métaux.


salle ventes.jpg          Avant d’être démolie à l’aube des années 1970, le bâtiment est devenu une salle de ventes.

2006.jpg   Un chapiteau de colonne de l’ancienne église est exposé rue Saint-Georges, au pied de la dalle de l'ex-musée des Beaux-Arts (déménagé à la Boverie en 2016).


 

  Le projet architectural

 
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L’îlot Saint-Georges en 1966 ▲ et 2008 ▼
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maquette ilot st-georges_liege.jpg  Voici, dans le cercle rouge, la maquette des bâtiments à construire sur le site Saint-Georges. Cet ensemble est l’œuvre de l’architecte Henri Bonhomme (auteur aussi de la cité administrative avec son confrère Jean Poskin). Il comporte un parking en sous-sol, une zone commerciale commerciale au rez-de-chaussée et des bureaux dans les étages (services communaux), sans compter un vaste espace muséal appelé à devenir le musée de l’Art wallon*.

* En 2011, les collections du MAMAC (musée d’Art moderne et d’Art contemporain), du CED (cabinet des Estampes et Dessins) et du fonds d’art ancien rejoindront celles d’art wallon à l’îlot Saint-Georges ; on parlera désormais du musée des Beaux-Arts, lequel déménagera à la Boverie en 2016. Les lieux sont actuellement en attente de réaffectation, probablement une réserve muséale.

 
Dans un rapport d’urbanisme de l’époque, on peut lire que le nouvel ensemble architectural s'inspire du style de la maison du poids public jadis élevée sur le quai voisin, et qu’il « fera transition entre le modernisme sage de la cité administrative et le quartier des musées de l'antique Féronstrée ».

  La maison du poids public, appelée aussi local de la douane, a été édifiée sur la Batte en 1574. Le second étage a servi de théâtre de 1767 à 1805, année de l’incendie qui a détruit l’immeuble. En voici une représentation en 1770 (dessin d’Alfred Ista) :
theatre_batte_liege_1770.jpg


 

  L’îlot archéologique


rue feronstree_liege_1965.jpgL’église Saint-Georges, en Féronstrée, en 1965 ▲ et pendant les démolitions du début des années 1970 ▼
eglise st-georges_liege_démolition debut 70s.jpg

 
  Examinez l’immeuble de style qui se trouvait à droite de l’église. On le retrouve (la flèche) sur cette photo qui montre la rue Saint-Georges dans les années 1980 :
rue st-georges_liege_debut 80s.jpg

 
  Il est en effet prévu, dans le projet de rénovation du quartier, de sauvegarder certaines façades des XVIIe et XVIIIe siècle, en les démontant soigneusement pour les reconstruire dans un « îlot archéologique » aménagé principalement rue Saint-Georges et rue Sur les Foulons*.

* Le relais de poste de la rue Saint-Jean-Baptiste, datant de la fin du XVIIe siècle, a été remonté à partir de 1974 dans l’impasse des Ursulines, en vue de la création d’un musée de l’Architecture (inauguration en 1976).


rue st-georges_liege_1977.jpg  Voici, vers 1975-76, le chantier de reconstruction des façades historiques en bordure de la rue Saint-Georges élargie. À l’avant-plan, il s’agit de la dalle recouvrant le parking sous le futur complexe moderne.


rue st-georges_liege_2017.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue st-georges_liege_80s.jpg  D’autres façades de l’îlot archéologique, à l’angle des rues Saint-Georges et Sur les Foulons carte postale des années 1980).


 

  Photos de la métamorphose


vue aerienne_ilot st-georges_liege_google earth.jpg
  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Google Earth. Les traits rouges ajoutés représentent des rues et ruelles qui ont disparu lors de la rénovation du quartier dans les années 1970. Les emplacements numérotés se rapportent aux séries de photos qui suivent, les flèches indiquant le sens des prises de vue.

SÉRIE 1

1a feronstree_liege_debut 70s.jpg
En Féronstrée au tout début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

1b feronstree_liege_2017.jpg
SÉRIE 2

2a demolition eglise st-georges_liege_debut 70s.jpg
Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

2b.jpg


SÉRIE 3

3a rue st-georges_liege_1969.jpg  La rue Saint-Georges en 1969, vue du côté de Féronstrée. La mur de droite est celui de l’ancienne église Saint-Georges. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
3b rue st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 4

4a rue saint-jean-baptiste_liege_1964-65.jpg  La rue Saint-Jean-Baptiste vers 1964, pendant le chantier de la cité administrative. La flèche bleue désigne l’entrée de la rue Sur les Foulons ; la rouge, celle de l’étroite rue Pécluse. À la hauteur du trait vert, entre les enseignes Philips, il s’agit des établissements Fissette, qui ont déménagé en Féronstrée.

4b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg
La rue Saint-Jean-Baptiste de nos jours.


4c rue saint-jean-baptiste_liege_debut 70s.jpgLa même rue dans l’autre sens, pendant les démolitions du début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
4c rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
5

5a rue sur les foulons_liege_1966.jpg  La rue Sur les Foulons en 1966, vue depuis la rue Saint-Jean-Baptiste. Ce tronçon ne survivra pas aux transformations des années 1970, comme en témoigne la photo ci-dessous :5b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
6

6a rue pecluse_liege_1969.jpg  La rue Pécluse en 1969. Dans le fond, on aperçoit la cité administrative tout neuve (voir autre chapitre). Cette voirie n’existant plus, il faut l’imaginer sous l’esplanade de l’actuel îlot Saint-Georges :6b esplanade st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 7

7a rue pecluse_liege_1966.jpg  Une partie de la rue Pécluse (photo de 1966) se termine en impasse, avec une potale à son extrémité. Disparue, elle aussi, lors de la construction de l’îlot moderne :
7b esplanade st-georges_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 8

8a sur les foulons_liege_1969.jpg  Cette photo de 1966 montre la partie de la rue Sur les Foulons, aujourd’hui disparue, qui se dirigeait vers le carrefour avec la rue Saint-Georges.


8b esplanade st-georges_liege_2017.jpg   L’autre partie de la rue Sur les Foulons (à l’arrière-plan ci-dessus) a été remaniée avec le remontage des façades anciennes de l’îlot archéologique :
8c sur les foulons_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 9

9a sur les foulons_liege_1969.jpg
La rue Sur les Foulons dans l’autre sens en 1969 ▲ et de nos jours ▼
9b sur les foulons_liege_2017.jpg


SÉRIE
S 10 et 11

10a batte_liege_1966.jpg
Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
10b batte_liege_2017.jpg

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Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
11b batte_liege_2017.jpg


SÉRIE
12

12a rue st-georges_liege_1969.jpg
La rue Saint-Georges vue depuis la Batte en 1969 ▲ et de nos jours ▼
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SÉRIE
13

13a rue st-georges_liege_1966.jpg  La partie la plus étroite de la rue Saint-Georges (entre la rue Sur les Foulons et Féronstrée) en 1966. Dans la fond, le chevet de l’église Saint-Georges.


13b rue st-georges_liege_2017.jpg
De nos jours.

 

  Le chantier de la seconde partie des années 1970


chantier ilot st-georges_liege_1974-75.jpg  Le début des travaux de reconstruction au milieu des années 1970 (à l’horizon, sur la colline de Sainte-Walburge : les grues du chantier de l’hôpital de la Citadelle, commencé en 1974).


batte_liege_fin 70s.jpgLe marché de la Batte pendant la construction de l’îlot Saint-Georges ▲ et au début des années 1980 ▼
batte_liege_debut 80s.jpg

chantier ilot st-georges_liege.jpg
Vue aérienne du chantier vers 1977.


ilot st-georges_liege_1979.jpg
L’îlot tout neuf en 1979.


bueren_liege_fin 70s.jpg
Le chantier en cours d’achèvement vu de la montagne de Bueren.


quais_meuse_70s.jpg  Vu l’état d’avancement de l’îlot Saint-Georges, cette photo doit dater de 1977-78. Dès le début de la décennie, les quais ont connu un vaste chantier pour les transformer en voies rapides, avec même un tunnel pour le futur métro (qui ne sera jamais concrétisé).

  Voici un aperçu de ce chantier au début des années 19701 :
chantier voies rapides quais liege.jpg



 *  *  *  *  *

  En 2014, le Département de l'Urbanisme de Liège a consacré à ce quartier une exposition de photos d'archives au Grand Curtius.

  Un fascicule a été édité à cette occasion: « Les mutations du cœur de Liège, n°6, l'îlot Saint-Georges ».

 Merci à Messieurs Jean-Pierre ERS et Laurent BRÜCK pour leur aide dans la réalisation de mes pages.

 

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11:32 Écrit par Claude WARZÉE dans Quais de la Batte, Quais de la Meuse | Commentaires (4) |  Facebook |

12/12/2016

De l’île Hochet à la place du Vingt Août.

ile hochet.jpg    Dessin représentant le cours de la Meuse à Liège au XVe siècle.

  Autrefois, le bras de la Meuse appelé le canal de la Sauvenière (1) se scinde , après le pont d’Île (2), en plusieurs biefs devenus entre autres les rues de la Régence (3) et de l’Université (4). L’îlot Hochet (5), à la jonction avec le cours principal du fleuve, est l’ancêtre de l’actuelle place du Vingt Août.

  L’ « isleau » (îlot) Hochet tient probablement son nom d’une famille de notables qui en détenait une partie au début du XIVe siècle.

  Au XVe siècle, cet îlot est en grande partie inoccupé. Il sert de dépôt d’immondices, et certains endroits sont malfamés à cause des maisons de débauche qu’on y a établies. Il est grand temps de réserver une meilleure affectation à ce morceau de terrain. En 1495, le prince-évêque Jean de Hornes accorde à la congrégation des Frères de la Vie commune* d’y installer un couvent et un établissement d’enseignement moyen.

*Appelés aussi Fratres ou Hiéronymites (sous le patronage de saint Jérôme).


meuse_liege_XVIe.jpg
  Sur la gauche du document ci-dessus, qui nous reporte au milieu du XVIe siècle, on aperçoit le couvent des Frères de la Vie commune, en bordure des bras de Meuse devenus la rue de la Régence et la place Cockerill. Sur la droite, il s’agit du pont des Arches. Le contenu du rectangle rouge, vous le retrouvez dans la photo qui suit, tel qu’il se présentera quatre siècles plus tard :quai sur meuse_liege_1950s.jpg

 

  Avant de faire construire leurs bâtiments, les frères ont dû assainir le terrain. Il faut préciser en outre qu’au début du XVIe siècle, les immondices et atterrissements ont comblé certains biefs et transformé l’îlot en presqu’île, en le reliant à la terre ferme du côté du quartier des Croisiers.


plan 1649.jpg
  Cette vue de Julius Milheuser date de 1649 ; l’ovale rouge nous montre l’emplacement de l’ancien îlot, devenu la pointe nord-est du quartier de l’Isle (l’Île entourée par les bras de la Meuse). À cette époque, le couvent n’est toutefois plus géré par les frères de la Vie commune, mais par des jésuites*.

* L’île Hochet n’existe plus, mais malgré sa désinsularisation, cet endroit conserve longtemps son appellation d’ « îlot » : l’îlot des Jésuites.

 
Depuis novembre 1581 en effet, les frères hiéronymites ont cédé la place à des jésuites, dont l’ordre est réputé dans le domaine de l’éducation de la jeunesse. Le succès de leur collège est fulgurant. Vu le nombre sans cesse croissant d’étudiants, une vaste campagne de travaux commence dès 1660 pour renouveler les infrastructures.


1649.jpg  En 1595, le prince-évêque Ernest de Bavière a fait construire un pont (la flèche rouge) pour faciliter l’accès au collège. L’ouvrage prend officiellement le nom de pont de Bavière, mais on le désigne le plus souvent comme le « pont des Jésuites ». Et même le « grand pont des Jésuites », après 1606, année de la construction du « petit pont des Jésuite » (flèche bleue).


couvent jesuites wallons liege 1737.jpg  Le couvent et le collège des Jésuites wallons* en 1737 (gravure de Remacle Le Loup). Pour vous aider à situer le lieu, sachez que l’actuelle place du Vingt Août se trouve sur la gauche, et que la place Cockerill est derrière l’église. Celle-ci est dédiée au Saint-Sacrement. Un demi-siècle a été nécessaire pour l’ériger, vu l’instabilité du terrain, les problèmes de construction et les événements guerriers ; elle n’a été consacrée qu’en 1700.

* Ces jésuites sont appelés wallons pour les distinguer des jésuites anglais installés en Favechamps, le long de l’actuelle rue Montagne Sainte-Walburge.


1737.jpg  Plan de Christophe Maire (1737), collection de Christian Hauglustaine. La partie de la place du Vingt Août située devant les bâtiments s’appelle la place des Jésuites.

  En 1773, le pape Clément XIV supprime la Compagnie de Jésus. À Liège, le prince-évêque François-Charles de Velbrück récupère et agrandit les installations des jésuites wallons pour en faire un établissement d’enseignement séculier, le Grand Collège des Humanités, tenu par des prêtres nommés par lui. En 1786, on y transfère aussi le Séminaire épiscopal.


college jesuites en isle_liege_1783.jpg
  Cette eau-forte d'Étienne FAYN est datée de 1783 ; elle met en évidence les bâtiments du Grand Collège, avec à droite les bras secondaires de la Meuse (actuelle place Cockerill) et les deux ponts expliqués plus haut.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours (https://www.google.be/intl/fr/earth), avec l’angle rouge qui évoque l’emplacement de l’ancien couvent :
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   Les événements qui suivent la Révolution liégeoise, dès 1789, entraînent la fermeture des cours, au Grand Collège et au Séminaire. Les bâtiments subissent de nombreuses déprédations. En 1794, ils sont mis à la disposition de l’armée française pour servir de magasin à vivres et de boulangerie militaire. La bibliothèque de l’ancien couvent est vandalisée*.

* Beaucoup de livres sont volés ou brûlés dans les fours de la boulangerie. Les ouvrages et documents rescapés serviront de fonds de départ à la bibliothèque de l’université.

 
En 1797 (la principauté de Liège est rattachée depuis deux ans à la république française), est créée une École centrale qui sera remplacée, après le sacre de Napoléon en 1804, par un Lycée impérial. D’abord pillée et transformée en magasin à fourrage, l’ancienne église du Saint-Sacrement est « rendue aux exercices pieux des élèves du lycée ».


plan liege regime français imperial.jpg
  Lien Donum Ulg: http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141

  Plan de Liège sous le 1er Empire français. La place des Jésuites est devenue la place du Lycée, prolongée par la rue Lulay* des Jésuites.

* Comprenez « l’îlot ».

 
En 1814, sous la courte administration prussienne qui fait suite à l’abdication de Napoléon, le Lycée impérial fait place au Gymnase, établissement scolaire éphémère puisqu’en 1816, le roi des Pays-Bas Guillaume 1er institue dans ces locaux l’université de Liège. L’inauguration officielle a lieu le 25 septembre 1817 dans l’ancienne église désaffectée des jésuites wallons.


universite_liege_tour_beche_1818.jpg  Ce dessin d’Alfred Ista est intitulé « vue du vieux Liège en 1818 ». À gauche, l’ancien couvent des Jésuites wallons est devenu l’université de Liège l’année précédente. À l’arrière-plan, il s’agit du pont des Arches. À droite, la tour en Bêche (à la hauteur de l’actuelle pont Kennedy) fait partie des anciennes fortifications de la ville.

  En 1821, il est décidé de démolir l’église des jésuites pour construire à cet emplacement une grande salle académique. Le chantier est confié à Jean-Noël Chevron, architecte de la ville.


universite_liege_1827.jpg  La salle académique est terminée en 1824. Des matériaux de l’ancienne église ont servi à la construire, notamment les colonnes qui ornent la façade majestueuse.


plan universite liege 1824.jpg  Ce plan de 1824 montre le site de l’université réaménagé par Jean-Noël Chevron. Les jardins, depuis 1819, sont utilisés comme « parc de flore » (le jardin botanique qui déménagera du côté de la rue Louvrex vers 1841). La place devant la salle académique et le grand pont des Jésuites (le bras de la Meuse ne sera comblé qu’en 1827-28) sont devenus la place et le pont de l’Université.

  Après l’indépendance de la Belgique, il faut attendre 1835 pour que l’université de Liège soit reconnue institution d’État et bénéfice d’un budget pour moderniser et agrandir ses locaux. Dès 1836, l’architecte Julien-Étienne Rémont réalise un ensemble harmonieux composé de deux U ouverts sur la place.


place universite_liege_1845.jpg  La place de l’Université vers 1845. Remarquez la statue du compositeur André Ernest Modeste Grétry. Cette œuvre en bronze, conçue par le sculpteur belge Guillaume Geefs, a été coulée à la fonderie de canons de Saint-Léonard. Elle a été installée devant la salle académique en 1842.


statue gretry_universite_liege.jpg  La statue de Grétry devant la salle académique de l’université. Elle sera déménagée en 1866 devant le théâtre royal.


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  La place de l’Université en 1869. À gauche, l’actuelle place Cockerill est appelée place du Conservatoire, parce qu’une partie du bâtiment universitaire qu’elle longe abrite l’école de musique depuis 1848*. La statue qui trône devant la salle académique est depuis 1866 celle du géologue André Hubert Dumont (1809-1857).

* Le conservatoire royal ne s’installera boulevard Piercot qu’en 1887.


andre_dumont.jpg  La statue en bronze d’André Dumont a été réalisée par le sculpteur Eugène Simonis. Le célèbre géologue est représenté en toge professorale de l’université de Liège (dont il a été le recteur). Il pointe l’index de la main droite en direction du sous-sol qu’il a tant étudié*. Le document roulé qu’il tient dans la main gauche est la première carte géologique de Belgique, qu’il a dressée en 1853. La lampe de mineur, à ses pieds, est une allusion au rôle important qu’il a joué dans la découverte des sites charbonniers.

* Je me souviens d’un professeur, au collège Saint-Barthélemy, mimant André Dumont en proclamant : « Creusez ici, il y a du charbon » !


plan liege blonden 1880.jpg  Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880. Remarquez que les deux « U » que forment les bâtiments de l’université se sont pas encore fermés du côté de la place du même nom : ils ne le seront qu’à la fin de la décennie et au début de la suivante, selon les plans de l’architecte Laurent Demany (à l’origine aussi du conservatoire de musique).


universite_liege_1893.jpg  L’architecte Laurent Demany a d’abord transformé complètement la partie sud du site universitaire, destinée à l’institut de chimie. Cette photo de la fin des années 1880 ne montre que la nouvelle façade du côté de la place, mais c’est tout un nouvel ensemble qui s’étend à l'arrière jusqu’au quai de l’Université (devenu le quai Roosevelt).


universite_liege_1898.jpg  Laurent Demany s’est ensuite consacré à cette façade principale, qui a été réalisée de 1889 à 1893 (la carte postale a été écrite en 1898). La salle académique n’est plus visible de la place, et la statue d’André Dumont a été avancée de quelques mètres.


place universite_liege_debut XXe.jpgDes colonnes ont été ajoutée à l’entrée monumentale pour rappeler celles de la salle académique. Six statues en bronze symbolisent l’Étude, les Arts et Manufactures, le Droit, la Philosophie, les Mathématiques et la Médecine. Parmi les sculpteurs à l’origine de ces allégories, figurent Léon Mignon et Alphonse de Tombay, qui ont déjà participé à la décoration des Terrasses.


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▲ La place de l’Université sur deux cartes postales écrites en 1908 ▼
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La même perspective de nos jours.


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La statue d’André Dumont au tout début du XXe siècle et en 2007.


place universite_liege_1905.jpg  La place de l’Université vers 1905, photographiée cette fois en direction de la place Cockerill et du centre-ville.


place vingt aout_liege_1970s.jpg  La même perspective dans les années 1970. Bizarrement, on devine à peine le sommet du clocher de Saint-Denis sur la carte postale précédente. Probablement une question d’angle de prise de vue !


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  Retour au début du XXe siècle avec cette carte postale postée en 1912. Le bâtiment, sous le timbre, est la Société libre de l’Émulation.


emulation_liege_debut XXe.jpg  La Société libre d'Émulation est une académie fondée en 1779 sous la protection du prince-évêque François-Charles de Velbrück, avec pour objectifs de cultiver et d'encourager les Arts, les Lettres et les Sciences. Elle est initialement installée dans la « Redoute », un petit immeuble situé sur la place dite à cette époque du Grand Collège, immeuble agrandi et profondément modifié au cours du XIXe siècle. Découvrez l’historique de cette institution en cliquant ICI.


place université_liege_avant 1914.jpg  Le bâtiment de l’Émulation, on en aperçoit un étroit morceau sur la gauche de la photo ci-dessus. Il sera détruit en août 1914 en même temps que tout ce groupe de maisons.


place universite_liege_1914(1).jpg  Le 20 août 1914, en effet, des soldats allemands se livrent, place de l'Université, à d'effroyables exactions. Ils saccagent les locaux de l’université, fusillent dix-sept civils choisis au hasard et incendient toute une série d'édifices. Remarquez, à droite, l'entrée de la rue Sœurs de Hasque et dans le fond le clocher de la cathédrale Saint-Paul. À cette époque, la rue Charles Magnette n’existe pas.

 
place vingt aout_liege_memorial 1914.jpg  En souvenir de cet épisode tragique, la place de l'Université est rebaptisée place du Vingt Août (ou XX Août) au lendemain des hostilités. Une plaque commémorative en bronze a été placée sur le mur de l’université à l’angle avec la place Cockerill.

  Après la guerre, on songe bien sûr à reconstruire l'Émulation, mais aussi à profiter de la trouée pour ouvrir une nouvelle voie de communication en direction de la place du Roi Albert (le nom officiel, à l'époque, de la place de la Cathédrale). Un premier plan d'expropriation est adopté par le conseil communal dès 1919, mais il suscite tant de critiques que la réalisation du projet va s'éterniser. La photo qui suit, prise pendant les inondations de l'hiver 1925-26, montre toujours un chancre urbain :
place vingt aout_liege_1926.jpg

emulation_liege.jpg  Il faut attendre 1939 pour que la Société de l’Émulation inaugure son nouvel immeuble d’inspiration Louis XVI, bien plus imposant que le précédent, dû à l’architecte Julien Koening.


theatre_liege_2013.jpg  Depuis 2013, c’est le Théâtre de Liège* qui est installé là, après la restauration des lieux due au bureau d’architecture liégeois Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit. Le site adapté à sa nouvelle affectation mêle désormais néoclassicisme et design contemporain.

* Théâtre précédemment installé place de l’Yser (voir cet autre article).

place vingt aout_liege_balayeuses 1920s.jpg  Revenons-en aux années 1930. Les palissades couvertes de publicité, du côté de la place Cockerill, annoncent la construction, de 1934 à 36, d’un petit « building » moderniste.


place vingt aout_liege_1967.jpg
Le même endroit en 1967.


place vingt aout_liege_1930s.jpg  Cet immeuble moderniste à la façade arrondie, le voici sur une photo de la fin des années 1930, à la jonction de la place du Vingt Août et de la place Cockerill (jour de marché).

 
rue charles magnette_liege_tt début 1950s.jpg  La rue Charles Magnette au début des années 1950. Le bâtiment de droite, à l’angle avec la rue de l’Université, sera remplacé à la fin des années 1950 (construction de 1956 à 58) par un building à la mode du temps (voir deux photos plus haut).


place vingt aout_liege_vers 1964.jpgL’Émulation et son environnement de buildings au milieu des années 1960.


place du vingt aout_liege_1959-60.jpg  Vers 1959-60 (la résidence du XX Août, sur la droite de la photo, est en cours de construction ; elle sera terminée en 1961).


vue aerienne_debut 60s.jpg
L’université et la place du XX Août au début des années 1960 (probablement 1963).


place vingt aout_liege_annees 50s et 70s.jpg  La photo de gauche (collection Jean-Géry GODEAUX) nous reporte à la fin des années 1950 ; celle de droite (CRMSF, Fonds Ville de Liège), au début des années 1970. La transformation du quartier Chiroux-Croisiers a modifié une partie de la place du Vingt Août.


rue du mery_liege_fin 1960s.jpg  La rue du Méry à la fin des années 1960. Vous trouverez davantage de renseignements sur ce chantier dans la page consacrée au pont Kennedy et au quartier Chiroux-Croisiers.


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02/12/2016

L'église Saint-Vincent de Fétinne

google earth.jpg  Il s’agit de l’église au centre de cette vue aérienne, obtenue grâce à Google Earth. Elle est située au confluent de l’Ourthe et de la Dérivation de la Meuse.

   Autrefois, le réseau hydrographique était tout à fait différent. Le plan qui suit, réalisé par Christophe Maire, nous reporte en 1737. L’église de Fétinne (la flèche) se trouve en bordure d’un bras de l’Ourthe appelé le Fourchu-Fossé, peu avant que celui-ci ne se jette dans la Meuse :
plan 1737.jpg

eglise_fetinne_liege_XVIIIe.jpg  Ce dessin représente le confluent du Fourchu-Fossé et de la Meuse, avec l’église telle qu’elle se présentait au XVIIIe siècle dans son environnement champêtre.

  C’est au XIIIe siècle, semble-t-il, qu’un premier édifice religieux est érigé à cet endroit, consacré à saint Vincent, martyr espagnol du IVe siècle dont le culte est en vogue à cette époque.

  Ce sanctuaire est fréquemment ravagé par les crues de l’Ourthe, et l’inondation de 1643 lui est fatale. Il ne sera reconstruit qu’en 1669, pour être à nouveau endommagé en 1691, par des faits de guerre cette fois, lorsque l’artillerie française du maréchal Boufflers bombarde Liège.

  Il faudra attendre 1735 pour qu’une nouvelle église soit consacrée, celle qu’a déjà montrée le document des collections artistiques de l’ULg. La revoici au début du XIXe siècle sur un dessin à la plume d’Olivier Henrotte :
eglise saint-vincent_liege_1850.jpg  Le dessin ci-dessus ressemble fort à celui qui suit, daté de 1822 (et publié par Léon Béthune dans son recueil de vues rares du vieux Liège) :
eglise_fetinne_bethune_1822.jpg

 
  L’église a échappé aux tourments révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. Avec le Concordat, la paroisse a continué d’exister, mais le bâtiment est resté longtemps sans entretien.

  En 1803, une nouvelle inondation a submergé les sols déjà fort affouillés. Malgré l’intervention des paroissiens qui se sont efforcés de construire une digue de fortune, les eaux ont ravagé le cimetière et provoqué l’effondrement d’une partie du chœur. Faute de moyens financiers, les dégâts n’ont été que réparés sommairement.


eglise st-vinvent_fetinne_1850.jpg  C’est en 1833 que l’on s’occupe sérieusement de la restauration de l’église, avec la construction d’une nouvelle tour surmontée désormais d’une plate-forme. On conserve la base de l’édifice, avec ses trois nefs, mais on lui adjoint en 1847 un nouveau chœur, une sacristie et une salle mortuaire.


eglise_fetinne_liege_1901.jpg  À l’arrière-plan de cette carte colorisée, on voit le quai Saint-Vincent, qu’on a aménagé après 1853 sur une digue réclamée par les riverains pour les protéger des inondations. Les terres de remblai sont issues du creusement de la Dérivation de la Meuse.

 Cette mesure de protection n’est guère suffisante. En 1886, est déposé un projet qui prévoit la suppression du Fourchu-Fossé et autres biefs secondaires. Les autorités concernées (État, province, communes) tergiversent longtemps à propos de leurs contributions financières, mais en 1897, la plaine des Vennes est choisie comme site d'une future exposition universelle et internationale (prévue pour 1903 et qui aura finalement lieu en 1905). La décision est prise, et le chantier commence en 1902. Un autre article est entièrement consacré à ce sujet.


construction pont de fetinne_liege_1.jpg  L’église de Fétinne pendant le chantier de rectification du cours de l’Ourthe, préparatoirement à l’Exposition universelle et internationale de 1905.


expo 1905 liege pont et eglise fetinne.jpg  En construction sur la vue précédente, voici le pont de Fétinne qui mène à l’entrée des halls de l’Exposition de 1905. L’église Saint-Vincent fait partie du décor.


eglise st-vincent_fetinne_liege_1909.jpg
Carte postale de 1909.


eglise st-vincent_fetinne_apres 1905.jpgL’église après l’Exposition de 1905, avec le nouveau cours de l’Ourthe.


vue aerienne_site expo apres 1905.jpg

Vue aérienne du site Vennes-Fétinne après l’Exposition de 1905.


  En 1928, un concours est organisé en vue de remplacer l'ancienne église paroissiale Saint-Vincent par un édifice plus spacieux et prestigieux, en vue de l'Exposition internationale de 1930. Il est remporté par l’architecte liégeois Robert Toussaint, qui propose une structure en béton surmontée d’un dôme imposant.

  Les quatre photos qui suivent, prises pendant la construction de la nouvelle église en 1929-1930, proviennent du fonds d’archives Robert Toussaint du GAR :

construction st-vincent 2.jpg

construction st-vincent 1.jpg

construction st-vincent 3.jpg

construction st-vincent 4.jpg


eglises st-vincent_liege_1930.jpg
Les deux églises en 1930. L’ancienne sera démolie en 1931.


eglise st-vincent_fetinne_expo liege 1930.jpgDessin publié à l’occasion de l’Exposition internationale de 1930.


eglise st-vincent_fetinne_1930.jpgL'édifice tout neuf.

eglise fetinne monument gramme_liege_1930s.jpg  Carte colorisée de la fin des années 1930. Le dôme de béton est au départ recouvert d’une peinture vert-de-gris. Le monument en l’honneur de Zénobe Gramme a déjà fait l’objet d’un autre article.


pont fragnee_liege_1940.jpg
Le pont de Fragnée volontairement détruit en 1940.


char us fetinne 1944.jpg
Lors de la libération de Liège en septembre 1944.


eglise fetinne_liege_reconstruction pont fragnee_1946.jpgPendant la reconstruction du pont de Fragnée (1946-1948).

eglise fetinne liege 1954.jpg
L'église et le pont de Fétinne n 1954.


eglise fetinne monument gramme_liege_1962.jpg
▲ En 1962 ▼
fetinne_liege_1962.jpg

  Remarquez, sur les trois photos précédentes, que la peinture d’origine du dôme est fortement dégradée. En 1966, les coupoles seront recouvertes de seize tonnes de feuilles de cuivre.


Les deux vues aériennes qui suivent ont été prises par André Drèze à la fin des années 1970 :

vue aerienne_fetinne_1979a.jpgvue aerienne_fetinne_1979b.jpg


  Visitez le dôme de l’église Saint-Vincent : http://liege-photos.skynetblogs.be/archive/2007/07/03/a-l....

 

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13/11/2016

Aux origines du parc et de l'étang d'Avroy

Bing Maps.jpg  Le parc d’Avroy auquel nous allons nous intéresser est situé entre l’avenue Rogier et le boulevard d’Avroy (la vue aérienne ci-dessus, que vous pouvez agrandir en cliquant dessus, a été obtenue grâce à Bing Maps).

  Il faut d’abord se rappeler qu’il existait à cet endroit, depuis le chantier de rectification de la Meuse (1853-63), un bassin de Commerce relié à la Meuse par deux chenaux d’accès devenus l’avenue Blonden et le boulevard Piercot. Les traits rouges ajoutés à la photo rappellent l’emplacement approximatif de ces installations portuaires. Avant d'aller plus loin, je vous conseille de (re)lire préalablement le chapitre consacré à ce sujet.


bassin de commerce_liege_1872.jpg  La peinture ci-dessus (due à un certain J. Pierre) nous reporte en 1872 et représente le bassin de Commerce. À droite, il s’agit du quai d’Avroy (actuel boulevard). À gauche, on aperçoit le début du chenal d’accès devenu le boulevard Piercot. Les feuillages à l’avant-plan masquent l’île de Commerce délimitée par le bassin, la Meuse et les deux chenaux d’accès. Île restée pratiquement inexploitée malgré son appellation prometteuse.


square avroy_liege_fin XIXe.jpg  Comblé dès 1879, le bassin portuaire a fait place à un parc doté d’une pièce d’eau d’agrément. L’île de Commerce, rattachée à la terre ferme, est devenue un quartier bourgeois longé par l’avenue Rogier, de part et d’autre de squares aménagés en jardins et appelés les Terrasses.

 
Ces transformations urbanistiques sont l’œuvre de Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics. Son projet figure sur le plan qui suit, approuvé par le conseil communal en 1876 :plan 1876.jpg     Lien Donum : http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1493

  Sur le plan ci-dessus, la zone qui correspond à l’emplacement du futur parc est restée vierge, avec l’inscription « Terrain réservé pour le parc (45000 m²) dont le dessin sera ultérieurement arrêté ». Ce sera dès 1880 que l'espace vert sera aménagé, selon les plans du paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.


square avroy_liege_1887.jpg  Au-delà de l’étang bordé de promenades sinueuses, on peut admirer le tronçon de l’avenue Rogier compris entre le boulevard Piercot et les Terrasses. Cette carte postale nous reporte en 1887.


square avroy_liege_1913.jpgVersion colorisée de la vue précédente, grâce à une carte postée en 1913.


square avroy_liege_1901a.jpgL’autre tronçon de l’avenue Rogier, des Terrasses à l’avenue Blonden.


square avroy_liege_1901b.jpg  Cette carte présente la même vue que la précédente (les deux ont été écrites en 1901), mais elle est erronément intitulée « l’île de Commerce », configuration des lieux qui n’existe plus depuis 1879.


square avroy_liege_2006.jpg
Le même endroit de nos jours (en automne pour qu’on puisse voir l’évolution urbanistique à l’arrière-plan).


square avroy_liege_rocaille 1.jpg  ▲ L’étang est alimenté en eau par le trop-plein des bassins des Terrasses, grâce à un ruisseau qui forme de petites cascades dans un assemblage pittoresque de rocailles ▼square avroy_liege_rocaille 2.jpg

square avroy_liege_2010.jpg
Le même endroit en 2010, lors d’une opération de nettoyage.


square avroy_liege_vers 1900.jpg
À la Belle Époque, le parc est extrêmement prisé par la bourgeoisie.


etang avroy_liege_debut XXe.jpg
parc avroy_liege_debut XXe.jpg▲ Ces deux cartes colorisées datent du tout début du XXe siècle. Les coupoles jumelles cerclées de rouge sont celles du Trink-Hall, café de style mauresque érigé en 1880. Cliquez ICI pour accéder à un article le concernant ▼etang avroy trink-hall tt deburt XXe.jpg


 

  Les statues du parc d'Avroy

 
De 1881 à 1883, le square d’Avroy est orné de sculptures en fonte bronzée, coulées dans la fonderie française du Val d’Osne. La plupart sont des reproductions d’œuvres antiques.

persee (1).jpg  ▲ Voici Persée, héros mythologique grec brandissant la tête de la Gorgone Méduse. Cette statue du sculpteur Charles Veeck rappelle celle de Cellini (XVIe siècle), l’une des plus célèbres de la piazza della Signoria de Florence ▼persee (2).jpg

 

lutteurs.jpg  Ces deux lutteurs sont la copie d’un groupe antique attribué à Céphisodote, statuaire athénien du IVe siècle avant Jésus-Christ. L’original fait la fierté de la galerie des Offices de Florence.


laocoon (1).jpg  ▲ Laocoon est ce prêtre troyen qui a péri avec ses fils, attaqués par des serpents de mer parce qu’il s’’était opposé à l’entrée du cheval en bois que les Grecs avaient laissé devant les portes de la ville après voir levé le siège. La statue originale de marbre blanc, réalisée au IIe siècle avant Jésus-Christ par trois artistes rhodiens, est exposée au musée Pio-Clementino du Vatican, à Rome ▼laocoon (2).jpg

 

fauconnier (1).jpg▲ Selon certains, cette statue représente un gladiateur au combat ; d’autres y voient un fauconnier tendant le bras pour rappeler son rapace ▼fauconnier.jpg

 

silene (1).jpg▲ Le faune à l’enfant. Il s’agit du satyre Silène, père adoptif et précepteur du dieu Bacchus (Dionysos), dieu du vin et de l’ivresse. C’est la réplique d’une œuvre hellénistique trouvée à Rome (collection Borghèse) et figurant au musée du Louvre depuis 1807 ▼silene (2).jpg

 

 Plusieurs statues ont disparu, comme les deux représentées ci-dessous :

bacchus.jpg  Cette statue du dieu Bacchus brandissant une coupe (œuvre de Charles Veeck) a été endommagée pendant la première guerre mondiale.


diane.jpg  Il s’agissait ci-dessus d’une copie de la Diane de Gabies, ainsi appelée du nom de la ville du Latium d’où provenait l’œuvre originale, attribuée au sculpteur grec antique Praxitèle. Cette statue de femme drapée, qui représente la déesse de la chasse, se trouve au Louvre à Paris.

 

L'ASBL Homme et Ville, en 2005, a réalisé un historique du parc d'Avroy pour le compte de l'échevinat de l'Urbanisme. Cliquez ICI pour accéder à cette étude au format PDF.


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10:38 Écrit par Claude WARZÉE dans Blonden, Avroy, Rogier, Terrasses | Commentaires (10) |  Facebook |

08/10/2016

La rivière d'Avroy à Liège, devenue un tronçon du boulevard du même nom

hydro_liege_1649.jpgGravure de Julius Milheuser, publiée en 1649 par Jean Blaeu.

  Rappelons que le cours principal de la Meuse, autrefois, suivait les actuels boulevards d’Avroy (1) et Piercot (2). Aux abords de l’église des Augustins (3), naissait la rivière d’Avroy (4), laquelle, en aval du pont d’Avroy (5), était prolongée par le bras de la Sauvenière (6). Celui-ci décrivait une grande boucle qui achevait de délimiter le quartier de l’Isle (l’Île).

  La rivière d’Avroy (4), qui fait l’objet de cet article, est donc devenue le tronçon du boulevard d’Avroy qui s’étend du boulevard Piercot au Pont d’Avroy. Le bras de la Sauvenière devenu le boulevard du même nom a déjà été traité dans un autre chapitre.


riviere avroy_1649.jpg  Rapprochons-nous de la rivière d’Avroy. La flèche rouge en indique la longueur ainsi que le sens du courant. La rive droite, du côté de l’Île, est protégée d’un rempart originaire du XIIIe siècle et réédifié au XVIe. La muraille est séparée du cours d’eau par une languette de terrain parfois garnie de verdure.


tour aux lapins_liege.jpg  Cette reconstitution des remparts d’Avroy est l’œuvre en 1964 de Florent Ulrix*. Le document provient du site www.chokier.com. La tour à la pointe méridionale de l’Île, là où se séparent les deux bras de la Meuse, est surnommée la Tour aux Lapins**. Derrière elle, le dessinateur a suggéré la présence de l’abbaye bénédictine Saint-Jacques.

* Auteur de l’ouvrage « Le rempart d'Avroy et la Tour aux Lapins à Liège », publié en 1965 (Bruxelles, service national des fouilles).
** La tour aurait servi de refuge pour les lapins qu’élevaient les moines.


abbaye st-jacques_liege_1735.jpg  L’abbaye Saint-Jacques a été fondée en 1015 par le prince-évêque Baldéric II, successeur de Notger. La gravure ci-dessus, due à Remacle Le Loup, nous la présente en 1735. Remarquons sur la droite le moulin de la ferme abbatiale, mû par un bief en provenance de la Meuse.


plan_abbaye st-jacques_liege_1737.jpg  Ce plan de Gustave Ruhl nous présente les lieux en 1737. À l’angle des deux bras de la Meuse, une ouverture dans la Tour aux Lapins permet de dévier une partie des eaux dans l’enceinte de l’abbaye, pour irriguer les vergers et actionner le moulin à blé*.

* À ne pas confondre avec le moulin Saint-Jacques situé derrière le monastère sur le cours de la Meuse.


arvau tour aux lapins_liege_1740.jpg  Ce dessin de Beyer, reproduit par Béthune, montre la configuration des lieux au milieu du XVIIIe siècle, avec l’arvau grillagé où s’engouffre le bief Saint-Jacques, appelé aussi la Rivelette. Ci-dessous, vous pouvez découvrir le même endroit en 1911, puis de nos jours :
statue charlemagne_liege_1911.jpgstatue charlemagne_liege_2013.jpg


arvau bief st-jacques.jpg  En 1962, on démolit deux immeubles en vue de la construction de la résidence Orléans à l’angle des boulevards d’Avroy et Piercot. En creusant, on met à jour des vestiges de la Tour aux Lapins et la voûte qui couvrait la Rivelette.


abbaye st-jacques_liege_XVIIIe.jpg  L’abbaye Saint-Jacques au XVIIIe siècle. L’église abbatiale, reconstruite au XVIe siècle, est un chef-d’œuvre de l’art gothique flamboyant. À l’arrière-plan à droite, on distingue la rivière d’Avroy qui deviendra boulevard un siècle plus tard (les rangées d’arbres sur la vue qui suit).

 
vue aerienne st-jacques liege 1979.jpg  De l’abbaye, il ne reste plus que l’église, dans un quartier aujourd’hui fortement urbanisé. Cette vue aérienne date de la fin des années 1970, aux débuts de l’avenue Maurice Destenay (bourgmestre de Liège de 1963 à 1973).


  La promenade du rivage d’Avroy

 

liege_1618.jpg
Extrait de la vue de Liège réalisée par Aegidius Marischal (1618).


  Intéressons-nous maintenant à la rive gauche de la rivière d’Avroy : elle présente autrefois une berge naturelle que longe un chemin de halage bordé de maisons. À l’exception du faubourg Saint-Gilles proche du pont d’Avroy, l’endroit est champêtre. C’est probablement cette solitude à deux pas de la ville qui incite des pères augustins, au tout début du XVIe siècle, à faire ériger là le prieuré qui va souvent servir de point de repère dans nos explications.

Au début du XVIIIe siècle, l’Église de Liège* dégage les moyens financiers pour transformer l’ancestral chemin d’Avroy par un quai de pierre. En 1716, on modernise le rivage des Augustins, où un port naturel s’est formé sur la grève en pente douce. L’année suivante, commence l’aménagement, en aval, d’une promenade agrémentée par une centaine de marronniers d’Inde.

* Le chapitre de la Cathédrale Saint-Lambert s’affirme ainsi propriétaire des lieux ; il a d’ailleurs dû intenter des actions judiciaires à l’encontre des riverains, qui prétendaient que le chemin était privé et leur appartenait.

 
En 1717, le tsar Pierre le Grand, en villégiature à Spa (son médecin lui a prescrit une cure thermale), est reçu à Liège. La flottille impériale, en provenance de l’abbaye de Flône, arrive par la Meuse et accoste au débarcadère des Augustins, où un carrosse attend l’illustre visiteur, lequel s’extasie devant la beauté de ce bord de Meuse.

 

werner_leodium_1750.jpg  La vue ci-dessus, gravée en 1750 par l’Allemand Friedrich Bernhard Werner, montre bien les rangées de marronniers qui contribuent à l’élégance de la promenade d’Avroy. À droite de ces arbres, face au bras de Meuse devenu le boulevard Piercot, le clocher effilé est celui de l’église Sainte-Anne érigée par les Augustins.

  Le rivage d’Avroy devient rapidement le lieu de promenade préféré des bourgeois fortunés et personnages de haut rang. Pierre-Lambert de Saumery, dans les délices du pays de liège (ouvrage publié de 1738 à 1744) parle du lieu « le plus agréable de la ville, propre à délasser l’esprit et à charmer les sens ».


avroy_liege_1740.jpg
  La rivière d’Avroy en 1740. Sur la rive droite, dominent les bâtiments de l’abbaye Saint-Jacques. Sur la rive gauche, les frondaisons constituent le début de la nouvelle promenade. À l’avant-plan, sur le rivage des Augustins, accoste la barque marchande en provenance de Huy. Une botteresse est assise en attente de marchandises à transporter.


De la rivière au boulevard d’Avroy

  Dès le XVe siècle, le débit des bras de la Meuse subit les conséquences de la digue construite aux Grosses Battes (Angleur), laquelle réduit l’apport de l’Ourthe. À partir du XVIIe, la rivière d’Avroy souffre en outre du barrage installé par les moines de Saint-Jacques au profit de leurs installations meunières. Au XVIIIe, les mesures prises pour renforcer l’alimentation du Polet (voir le plan hydrographique qui suit) affaiblissent encore le courant en direction du quartier de l’Île.


hydro_liege_1800.jpg

  À la fin du XVIIIe siècle, l’état de la rivière d’Avroy est lamentable. Les atterrissements se sont multipliés, aggravés par les détritus de toutes sortes dont se débarrassent impunément les riverains. Les promeneurs se plaignent des odeurs, et la barque marchande de Huy éprouve de plus en plus de difficultés à être traînée jusqu’au pont d’Avroy. Dès le début du XIXe siècle, la navigation est impossible sur ce cloaque. En 1830, il est décidé de le voûter pour lui substituer un aqueduc couvert. Commencés en 1831, les travaux de remblai se terminent en 1835.


quai d'avroy_liege_thomas boys_1838.jpg  Le débarcadère du rivage des Augustins en 1838 (lithographie gouachée du Britannique Thomas Shotter Boys). L’artiste tourne le dos à la rivière d’Avroy qui vient d’être comblée.


avroy_liege_2010.jpg
La même perspective de nos jours.


  La rivière d’Avroy supprimée, on élargit la promenade existante, avec de nouvelles rangées d’arbres. Aux alentours, les terrains restés jusque-là fort agricoles s’urbanisent rapidement. Dès 1836, un jardin botanique est aménagé dans le Bas-Laveu, et de nouvelles voies de communication sont percées pour le relier au futur boulevard d’Avroy, en lieu et place des sentiers étroits et sinueux d’antan : la rue des Augustins est ouverte en 1838, la rue Darchis l’année suivante ; de belles demeures sont construites par centaines, et le quartier en plein développement devient l’un des plus aristocratiques de la ville. Il faut cependant attendre 1848 pour que l’ancien quai, des Augustins au Pont d’Avroy, reçoive officiellement l’appellation de boulevard.


bvd d'avroy_liege_1852.jpg
Le boulevard d’Avroy en 1852. L’église est celle de l’abbaye bénédictine de la Paix-Notre-Dame.


bvd d'avroy_liege_1900.jpg
Le même endroit vers 1900.


abbaye paix notre-dame_liege.jpg
  L’abbaye de la Paix Notre-Dame à la fin du XIXe siècle, vu de l’arrière, côté jardins. Le boulevard d’Avroy apparaît exagérément arboré.

  C’est en janvier 1627 que quelques religieuses bénédictines en provenance de Namur arrivent à Liège par la barque de Huy. Elles logent dans une maison du Pont d’Avroy, mise à leur disposition par un riche marchand dévoué. Séduite par un vaste enclos compris entre le faubourg Saint-Gilles et le domaine des Pères Augustins, elles obtiennent du prince-évêque Ferdinand de Bavière d’y fonder un monastère.

  Dès le début, ces Bénédictines se consacrent à l’éducation des jeunes filles, et beaucoup des pensionnaires, issues de la noblesse et de la haute bourgeoisie, trouvent finalement la vocation monastique. Cellule après cellule, le couvent se construit, grâce à la générosité des familles riches concernées.

  La chapelle de l’abbaye devient fort populaire, grâce au culte voué à sainte Rolende, invoquée pour soulager des hernies et des affections rénales. Le succès du monastère nécessite rapidement l’érection d’une église plus grande, que l’on construit de 1686 à 1690. C’est une des moniales, Dame Antoinette Desmoulins, douée pour tous les arts, qui dresse les plans du nouveau sanctuaire, devenant ainsi la première femme architecte.

  À la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, la congrégation est dissoute et leurs biens confisqués. Mais quelques sœurs ont l’audace de racheter la propriété avec l’aide de généreux donateurs. En 1797, elles ouvrent un pensionnat pour jeunes filles. La communauté se reconstruit ; elle se consacre à l’enseignement, tout en maintenant son identité de contemplatives bénédictines, vouées à la célébration des offices, à la méditation et à la prière.

  En 1841, le pensionnat payant permet la création d’une école gratuite appelée l’institut Saint-Benoît, pour offrir un enseignement de qualité aux jeunes filles défavorisées.

  Depuis 1991 et la mixité dans le secondaire, l’école des Bénédictines est fusionnée avec le collège jésuite Saint-Servais.


benedictines_liege_1932.jpgL’église des Bénédictines en 1932 ▲ et de nos jours ▼benedictines_liege_2010.jpg

 

  Comme le rivage qui l’a précédé, le boulevard d’Avroy devient le lieu de promenade préféré des classes sociales aisées. Les deux documents qui suivent nous transportent en 1898 et 1910 :
bvd d'avroy_liege_1898.jpgbvd d'avroy_liege_1911.jpg


promenade avroy_liege_belle epoque.jpg   ▲ À la Belle Époque, le boulevard attire une foule de promeneurs, venus autant pour rivaliser d’élégance que pour profiter des charmes du décor. C’est un kiosque qui constitue la principale attraction : en été, s’y donnent des concerts de musique classique ou militaire ▼
kiosque_avroy_liege_1907.jpg


kiosque_avroy_liege_1913.jpgCe kiosque à musique existe depuis 1852, non près du Trink-Hall (l’actuel Mad Café) comme on le croit souvent, mais à la hauteur de la rue Darchis, à proximité de l’église des Bénédictines.


crue 1925-26 rue darchis_liege.jpg  Ce premier kiosque à musique, construit en bois, subsistera jusqu’en 1931, année où on lui substituera le monument à la gloire de Walthère Frère-Orban (voir plus loin). Cette vue prise depuis la rue Darchis atteste de son existence lors des inondations de l’hiver 1925-1926.


kiosque_bvd d'acroy_liege_debut XXe.jpg  Les kiosques à musique connaissent leurs heures de gloire entre 1870 et 1914 (cette carte postale a été postée en 1913). Ils ont joué un rôle important dans l’évolution sociale de l’époque : la culture n’est plus réservée aux classes considérées comme supérieures : la musique n’est plus jouée dans des lieux fermés, mais en plein air, pour divertir l’ensemble de la population.


kiodque avroy_liege_debut XXe.jpg  Des badauds posant devant le kiosque d’Avroy vers 1910. Les plus aisés, lors du concert, auront l’avantage de pouvoir se payer une place assise pour quelques centimes.

 

bvd d'avroy_liege_debut XXe.jpg  ▲ Remarquez la résidence patricienne à tourelle, à droite sur la carte postale ancienne ci-dessus. On la retrouve sur la vue qui suit, coincée en 1962 entre des buildings modernes. Belle imitation du style de la Renaissance française (François 1er), cette demeure tout en calcaire est due à l’architecte Paul Jaspar. Construite en 1905 pour Frédéric Braconnier, sénateur libéral et administrateur de charbonnages et sociétés industrielles, elle sera détruite en 1973 ▼
bvd d'avroy_liege_1962(2).jpg  La silhouette sombre, sur la gauche de la photo ci-dessus, est celle du monument Frère-Orban inauguré une trentaine d’années plus tôt :
monument frere-orban_liege_1931.jpg  Le monument dédié à Walthère Frère-Orban* est inauguré en 1931. Le groupe statuaire est l’œuvre du sculpteur belge Paul Du Bois (Aywaille 1859 -Uccle 1938).

* Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque Nationale, du Crédit Communal et de la Caisse Générale d’Épargne et de Retraite.

 

monument frere-orban_liege_2009.jpg
Le monument dans son environnement actuel.


casino gretry_liege.jpg  Le Casino Grétry est inauguré en 1865 comme salle de bals. Il devient ensuite un théâtre (vaudeville et opérettes), un jardin d’été, une piste de patinage à roulettes et même une salle de ventes. En 1903, il est le siège provisoire du théâtre communal wallon. En 1907, le bâtiment est transformé en piscine et prend l’appellation de « Bains Grétry », établissement luxueux et moderne permettant le divertissement, le sport, les soins corporels et l’hydrothérapie. Ne connaissant pas le succès espéré, l’entreprise est fermée en 1914, mais la première guerre mondiale lui fait reprendre provisoirement du service, l’occupant allemand réquisitionnant les lieux à l’usage de ses troupes.


bvd d'avroy_liege_2010.jpg  Il subsiste des traces de ce passé. Au n° 92 du boulevard (la flèche), un porche donne accès à un parking privé pour des bureaux voisins. Le couloir d’accès est orné de cadres publicitaires, lesquels servaient autrefois à annoncer les spectacles théâtraux à l’affiche :
garage avroy_liege.jpg

 

ancienne piscine avroy_liege.jpg
Et à l’étage du parking, la verrière est celle de l’ancienne piscine.


verrerie d'avroy_liege_fin XIXe.jpgÀ l’emplacement de l’actuel athénée Léonie de Waha, existait une impasse appelée « cour de la Verrerie d’Avroy », rappelant qu’il y avait là autrefois une manufacture de verre*, accessible par un porche de style Louis XIV.

* La verrerie de table liégeoise est très appréciée dès le XVIIIe siècle. La fabrique d’Avroy excellait aussi dans le travail du cristal à la mode de Venise.


verrerie d'avroy_liege_fin XIXe (2).jpgLa fabrique a fermé en 1852, et ses bâtiments ont été convertis dès 1856 en logements pour ouvriers.


destruction verrerie liege 1937.jpg  La cour de la Verrerie et sa cité ouvrière sont détruites dans la seconde moitié des années 1930, pour permettre l’implantation à cet endroit, sous l’impulsion de l’échevin Georges Truffaut, d’un nouvel établissement scolaire en l’honneur de Léonie de Waha*.

* Léonie de Chestret a épousé en 1863 le baron Victor de Waha de Baillonville. Veuve quatre ans plus tard, à trente et un ans, elle se consacre à diverses activités philanthropiques et sociales.

 
Rappelons que Léonie de waha est la célèbre pédagogue qui a fondé en 1868 un institut supérieur pour demoiselles, initialement installé dans des locaux acquis place Saint-Paul (rue Hazinelle). En 1874, l’école a déménagé rue des Célestines, dans une ancienne résidence noble donnant aussi sur le boulevard de la Sauvenière. En 1887, elle est cédée à la Ville de Liège.

  Devenu lycée en 1925, l’institut s’est considérablement développé ; il est urgent, dix ans plus tard, de prévoir de plus amples installations.


construction lycee de waha_liege_1.jpg  Le projet du nouveau bâtiment en Avroy est confié à l’architecte de la Ville Jean Moutschen. Celui-ci imagine une œuvre monumentale, résolument moderniste. Sa réalisation exigera des techniques de construction innovantes.


construction lycee de waha_liege_2.jpg  Dans le fond, en bas à droite : probablement des vestiges de l’ancienne cité ouvrière en cours de disparition.


athenee de waha_liege_2010.jpg  La haute cheminée de l’athénée de Waha est celle de la verrerie d’antan, conservée pour le système de chauffage de l’établissement scolaire.


lycee de waha_liege_1938.jpg  Commencé en 1936, le lycée de Waha est officiellement inauguré en septembre 1938. Fonctionnel, il intègre aussi des œuvres d’art originales créées par dix-huit artistes wallons (fresques, bas-reliefs, mosaïques, peintures, vitraux). Dans l’esprit des concepteurs, il s’agit de former les générations futures de jeunes filles en leur faisant côtoyer quotidiennement la beauté artistique.

  L’imposante façade isole les locaux scolaires des bruits de la ville. Les bas-reliefs qui la décorent symbolisent l’Étude et l’Insouciance de la Jeunesse ; ils sont nés de l’imagination des sculpteurs liégeois Louis Dupont, Adelin Salle et Robert Massart.

  Ce témoin de l’architecture moderne wallonne est classé depuis 1999.

  Ci-dessous, le lycée dans les années 1950 et 1960 :
lycee de waha_liege_annees 50 et 60.jpg


bvd d'avroy_liege_1950s.jpg
Les premiers buildings font leur apparition dans les années 1950.


bvd d'avroy_liege_1970s.jpg
Le même tronçon à la fin des années 1970.


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Les buildings de la vue précédente ont remplacé les immeubles soulignés de rouge (photo des années 1960).

demolition_frambach_liege_1977.jpg
Voici la maison Frambach et les immeubles voisins en cours de démolition en 1977.


bvd d'avroy_liege_1962 (3).jpg  L’autre côté du boulevard au début des années 1960. C’est en 1952 que ce tronçon a été livré au parcage automobile.


rue bertholet_liege_1960s.jpg  La rue Bertholet (du nom d’un peintre liégeois du XVIIe siècle) assurait la communication avec la rue des Clarisses et la place Saint-Jacques. Elle n’existe officiellement plus, absorbée par la nouvelle avenue Destenay* inaugurée en 1975.

*Bourgmestre libéral de Liège de 1963 à 1973.


rue bertholet_liege_1976-77.jpg  La jonction, en 1976-77 (années du chantier au centre de la photo), entre l’avenue Destenay et le boulevard d’Avroy.


avenue destenay_liege_fin 1970s.jpg  L’avenue Destenay à la fin des années 1970. Les trois immeubles de droite constituent les derniers vestiges de l’ancienne rue Bertholet. Les structures squelettiques abriteront bientôt de nombreux bureaux, privés et communaux.


avenue destenay_liege_1977.jpg
Dans l’autre sens vers 1977.


assurance liegeoise 1980.jpg  Dès 1980, la compagnie L’Assurance liégeoise modernise ses installations en Avroy, où elle est installée depuis 1931. Le complexe moderne va progressivement s’étendre vers la gauche jusqu’à absorber en 1984 le début de l’avenue Destenay, comme on le constate sur cette vue capturée dans Google Street View :

 

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06/09/2016

Aux origines du quai et du pont Mativa

vue aerienne boverie_liege_bing maps.jpg  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Bing Maps (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). Le parc de la Boverie* (1), est situé entre la Meuse (2) et sa Dérivation (3) ; il est relié au quai Mativa (4) par le pont** du même nom (5).

* Le lieu tient son appellation des bovidés qu’on y faisait paître.
** On  dit souvent la passerelle Mativa vu son usage réservé aux piétons et cyclistes. On l'appelle aussi, nous l'expliquerons plus loin, le pont ou la passerelle Hennebique.


 
Le quai Mativa a été aménagé à la suite des grands travaux de la Dérivation de la Meuse (voir autre article) ; on l’a baptisé ainsi en 1857, en souvenir du pré Mativa, site champêtre qui attirait autrefois les promeneurs recherchant la quiétude. L’appellation « Mativa » est très ancienne ; elle proviendrait de la contraction des mots wallons « Mathî » et « vå », le « Val de Mathieu » (du nom d'un propriétaire local au Moyen Âge).


plan kummer_liege_1852.jpg
  Le plan ci-dessus est proposé en 1852 par l’ingénieur Kümmer pour illustrer les modifications qu’il compte apporter au cours de la Meuse. Le chantier titanesque de rectification et de dérivation du fleuve va durer de 1853 à 1863. J’ai indiqué d’une croix rouge l’emplacement du pré Mativa.

  Le texte qui suit est extrait de l’article « Heurs et malheurs de la Boverie », paru dans la revue « La Vie liégeoise » de mars 1972 : « Les Liégeois d'aujourd'hui ne peuvent se faire une idée des charmants sites de la Boverie sous son aspect champêtre d'autrefois, ils ne peuvent imaginer le magnifique paysage qui fit l'admiration de Pierre-le-Grand, lors de son passage à Liège en 1717. C'était un endroit idyllique, enserré entre les sinuosités pleines de fantaisie des bras de la Meuse et de l'Ourthe, où les îles verdoyantes venaient ajouter leur poésie. À l'entour, la terre était riche et féconde. Les houblonnières avaient grande renommée et les prairies émaillées de fleurs étaient accueillantes aux enfants joueurs. Les adultes y venaient le dimanche se promener, s'y reposer loin des bruits de la ville et respirer l'air pur. De joyeuses guinguettes (La Ferme, Le Château de Versailles, Le Petit Sans-Soucis) étaient des paradis pour la jeunesse, et, aux longs jours d'été, les citadins aimaient s'y délasser et s'y restaurer ».


plan_1885.jpg
  Sur ce plan de 1885, on remarquera qu’une grande partie de la Boverie a été réaménagée en espaces verts, avec un jardin d’Acclimatation (marqué du nombre 58, voir autre article) et un parc public compensant la disparition du pré Mativa. En cette fin du XIXe siècle, les terrains de la Boverie se terminent en cul-de-sac (le cercle rouge), sans communication avec Fragnée ou les Vennes.


quai mativa_liege_fin XIXe.jpg
Le quai Mativa à la fin du XIXe siècle ▲ puis le même endroit (dans le cadre rouge) de nos jours ▼
fragnee_liege_2007.jpg


quai mativa_liege_fin XIXe (3).jpg
C’est en 1863 qu’on a planté la double rangée d’arbres et installé les bancs publics.


quai mativa_liege_fin XIXe (2).jpg  À la naissance du XXe siècle, le lieu présente toujours un charme bucolique, même s'il devient un quartier résidentiel bourgeois.

Le quai Mativa en 1954, 1975 et 2007 :quai mativa_liege_1954.jpgquai mativa_liege_1975.jpgquai mativa_liege_2007.jpg

Dans l’autre sens au début des années 1970 :
quais mozart et mativa_liege_debut 70s (2).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (1).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (2).jpg

 

* * * * *

 

quai mativa fin XIXe.jpg  Nous voilà revenus à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les arbres du quai Mativa, on les retrouve à l’arrière-plan droit de la photo qui suit :
derivation_liege_1903.jpg

   Dans le fond, on voit la Dérivation avant l’existence du pont Mativa. Nous sommes en 1903. Le chantier, à l’avant-plan, est celui de la rectification du cours de l’Ourthe. La plaine des Vennes, en effet, subit d’importantes modifications en vue d’accueillir une partie de l’Exposition universelle et internationale prévue pour 1905 (voir cette autre publication).


pont mativa_liege_expo 1905.jpg  La même perspective pendant l’Exposition, d’avril à novembre 1905. À droite, le bâtiment qui longe le quai Mativa est le palais de l’Alimentation française. À gauche, on aperçoit l’Union nautique, club d’aviron installé à la pointe de la Boverie depuis 1873.


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  Plan de l’Exposition universelle de 1905. Le pont Mativa (1) est l’un des trois ponts construits à cette occasion, les deux autres étant les ponts de Fragnée (2) et de Fétinne (3). Il permet un passage immédiat entre le quartier des halls établi aux Vennes (4) et celui des palais situé dans le parc de la Boverie (5).

  Le projet initial prévoit un ouvrage provisoire en bois, mais le comité exécutif de l’Exposition, prévoyant le développement futur du quartier des Vennes, opte finalement pour un ouvrage définitif. Lorsqu’il s’agit de trouver un entrepreneur capable de réaliser le travail en un délai très court, le choix se porte sur la filiale belge de la société française Hennebique*.

* Du nom de son fondateur, François Hennebique (1842-1921), qui a conçu et fait breveter un système de construction en béton armé.


pont mativa_liege_boisage janvier 1905 (1).jpg  Commencé en décembre 1904, le pont Hennebique (on l’appelle souvent ainsi, du nom de son concepteur, même si son appellation officielle est « pont Mativa ») sera terminé en avril 1905, une semaine avant l’inauguration officielle de l’Exposition. La photo ci-dessus montre l’opération de boisage en janvier 1905.


construction passerelle mativa_liege_1904 (1).jpg  Certaines cartes postales souvenirs de l’Exposition proposent des vues prises pendant les travaux d’aménagement, comme celle-ci avec le pont en cours de construction.


pont mativa_liege_essais de charge 1905.jpg  Des soldats traversent le pont au pas cadencé. La manœuvre fait partie des épreuves de mise en charge effectuées en avril 1905, avec aussi des passages de rouleaux compresseurs et de chariots remplis de fonte.


pont mativa_liege_expo 1905 (2).jpg  Il s’agit d’un des tout premiers ponts en béton armé, admiré pour sa technicité et son élégance. D’une longueur totale de 80 mètres, il franchit la Dérivation en une seule travée de 55 mètres. La faible épaisseur du tablier à la clef est impressionnante.


pont mativa_liege_2007.jpg  Vu l’intérêt historique, technologique et esthétique de l’ouvrage, celui-ci a été classé le 4 mai 2016 par Maxime Prévot, ministre wallon du Patrimoine.

  Les garde-corps et les supports d'éclairage sont d'époque (à l'exception des parties supérieures des lampadaires qui ont été modifiées quand l'électricité a remplacé les brûleurs au gaz).

 

Quelques photos prises pendant l’Exposition :

pont mativa_liege_expo 1905 (3).jpg  Avec l’embarcadère des gondoles vénitiennes et le palais de la ville de Liège (la flèche dans les feuillages).


pont mativa_liege_expo 1905 (4).jpg  Le tramway que l’on aperçoit sur le pont* est en réalité un petit train Decauville qui permet visiter l’Exposition.

* À cette époque, l’ouvrage fait vraiment office de pont avec le passage de véhicules ; il y a longtemps qu’il ne sert plus que de passerelle.


pont mativa_liege_expo 1905 (5).jpg
La double voie ferrée du tramway touristique.


quai mativa_liege_1905.jpg  Cette double voie se retrouve sur le tronçon du quai Mativa qu’il faut emprunter pour transiter des Vennes à la Boverie.


pont mativa_liege_expo 1905 (6).jpg  Autre souvenir de l’Exposition : ce morceau de temple grec (inspiré par celui d’Agrigente, en Sicile), décor réalisé par la firme Hennebique à proximité du pont qu’elle vient de construire.


* * * * *

 

pont mativa_liege_apres 1905.jpgLe pont Mativa après l’Exposition.


maison monier_liege_debut XXe.jpg  Le confluent Ourthe-Meuse au début du XXe siècle, avec la maison du barragiste (et non l'Union nautique, voir série 5 de cette page).


chantier pont gramme-liege-1968.jpg
Le même endroit en 1968, pendant le chantier du pont Zénobe Gramme sur l’Ourthe (voir autre article).

 

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29/08/2016

L’ancien immeuble Chapeauville, rue Saint-Laurent, disparu lors de la construction de l’autoroute A 602

rue saint-laurent_liege_2014 (1).jpg  Ce tronçon de la rue Saint-Laurent*, entre les deux murets, est un pont franchissant la tranchée ferroviaire que constitue le plan incliné conçu autrefois par Henri Maus (voir cette autre page).

* La rue et le quartier tirent leur nom d’une ancienne abbaye bénédictine dédiée à ce saint.


plan incline_liege_2006.jpg  Un Thalys descend le plan incliné. Dans le fond, on distingue la nouvelle gare des Guillemins en cours de construction.


rue saint-laurent_liege_2014 (2).jpg  Prenons un peu de recul par rapport à la première photo. Parallèlement au plan incliné ferroviaire, c’est l’autoroute 602 qui surplombe la rue Saint-Laurent.

                                           Retrouvons cet endroit à la fin des années 1960 :
immeuble chapeauville_liege_1968 (1).jpg                     Il s’agit de l’endroit où la rue du Calvaire* débouchait dans la rue Saint-Laurent.

* Un monument de ce genre existait autrefois, non loin de l’église auxiliaire de Notre-Dame du Calvaire, bâtie au début du XXe siècle.


immeuble chapeauville_liege_1968 (2).jpgmaison chapeauville_liege.jpg  Cette demeure est datée de 1608 et a été remaniée au XVIIIe siècle. On l’appelle la maison Chapeauville, du nom de Jean Chapeauville (1551-1617)*, célèbre théologien et historien liégeois qui y a vécu.

* On trouve aussi les graphies « Chapeaville » et « de Chapeauville ».

  Jean Chapeauville a légué l’immeuble à son neveu Jean La Roche, échevin de Liège. Nous sommes au début du XVIIe siècle, période marquée à Liège par la lutte entre les Grignoux, qui exigent davantage de libertés communales, et les Chiroux, qui veulent le renforcement de l'autorité du prince-évêque.

  En 1649, le prince-évêque Ferdinand de Bavière fait appel aux troupes allemandes pour stopper la rébellion. En août, le général bavarois Otto von Sparr s’empare de la maison de La Roche et des habitations voisines entourées de murs, où les milices populaires se sont installées. Il y fait établir des batteries de canons pour bombarder l’abbaye de Saint-Laurent, autre position des démocrates liégeois.

 

* * * * *

 

construction-A602-burenville-liege-1968.jpg  1968. Le chantier de l’autoroute A602 a atteint Burenville (derrière le bulldozer, on reconnaît le chevet de l’église Saint-Hubert érigée six ans plus tôt). Dans le fond, près de l’ancien terril de l’Aumonier fortement arasé, se distingue l’ébauche du viaduc qui permet à la rue Jules de Laminne de franchir la tranchée autoroutière (voir autre article).


autoroute A602_liege_debut 70s.jpg  Au départ de l’échangeur de Loncin, la A602 est initialement prévue jusqu’au boulevard d’Avroy, via Ans, Burenville, Saint-Laurent, le Bas-Laveu et les Guillemins. Cette photo montre la sortie Saint-Laurent au tout début des années 1970.


rue saint-laurent_liege_avant 1970 (1).jpg  La rue Saint-Laurent à l’extrême fin des années 1960. Le passage de l’autoroute à cet endroit, ainsi que l’aménagement des bretelles pour y accéder ou en sortir, vont nécessiter d’importantes expropriations et démolitions. Vont disparaître tous les bâtiments situés entre le building et la tranchée du chemin de fer, des deux côtés de la chaussée.


rue saint-laurent_liege_avant 1970 (2).jpg  Vont donc disparaître tous les bâtiments visibles à l’avant-plan de la photo ci-dessus, à l’exception de l’immeuble sis tout à droite.


rue saint-laurent_liege_1970 (2).jpgPendant les démolitions de 1969-70 ▲ et de nos jours ▼rond-point calvaire-stlaurent_liege_2014.jpg


rue saint-laurent_liege_1970 (3).jpg
À droite, c’est l’entrée de la rue du Calvaire en 1970.


rue saint-laurent_liege_1970.jpg  Toute une série d’immeubles ont été détruits ▲ pour permettre d’aménager un nouvel accès à la rue du Calvaire, accès reporté plus haut dans la rue Saint-Laurent ▼
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rue du calvaire_liege_1970.jpg  La rue du Calvaire a également souffert pendant l’aventure, tronquée de sa partie basse vu la largeur de l’autoroute et de ses bretelles.


rue du calvaire_liege_1970 (2).jpg
La rue du Calvaire avant l’aménagement autoroutier ▲ et de nos jours ▼
rue du calvaire_liege_2014.jpg


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04/08/2016

Le quai de la Goffe, la Batte, l’ancienne halle aux viandes et la cité administrative

vue aerienne_bing maps.jpg  Cette vue aérienne actuelle a été obtenue grâce à Microsoft Bing Maps. Le quai de la Goffe est compris entre les deux traits rouges, entre le quai de la Ribuée* et la Batte.

* « Ribuée » vient du wallon « ribouwèye » (lessive). Jadis, nos aïeules lavaient le linge dans les eaux de la Meuse !


 
En wallon liégeois, le mot « batte » signifie « digue » ou « quai ». L’expression « quai de la Batte » (soit « quai du Quai ») est passée dans l’usage mais constitue un pléonasme. Depuis 1863, l'appellation officielle « la Batte » désigne le quai compris entre Potiérue* et la rue Hongrée** (entre les quais de la Goffe et de Maestricht).

* La rue des potiers.
** « Hongrée » dériverait d’un mot d’origine flamande servant à désigner un pendoir dans l’industrie drapière, installée autrefois à cet endroit.

quai de la goffe_liege_dessin de gerard michel.jpgDessin de Gérard Michel, ancien professeur de dessin d’architecture à Saint-Luc.

 


  Aux origines

  Jadis, l’emplacement de l’actuelle place Saint-Lambert est occupé par une immense cathédrale (voir autre article), et c'est place du Marché qui constitue le centre vital de la cité. Son existence remonte aux origines de la ville, dont la population a besoin de s'approvisionner quotidiennement. Depuis le début du XIe siècle, la rue du Pont* la relie à la Meuse, où un port est établi « alle Goffe ».

* La rue du Pont a été baptisée ainsi parce qu’elle menait au pont des Arches, le premier du nom, qui se situait alors dans son axe. Parallèlement, la rue Neuvice (appellation provenant de mots latins signifiant « nouveau village ») rappelle l'agglomération marchande qui s'étendait entre la place du Marché et le fleuve.


 
Le mot « goffe », en wallon, désigne une excavation dans le fond du fleuve, une eau plus profonde. Au début, il ne s’agit que d’une berge en pente, submergée à la moindre crue. On y endigue le fleuve de 1545 à 1548, aménageant une batte (un quai donc) qui sera prolongée en 1549 jusqu’à la rue Hongrée.

  La Goffe et ses alentours attirent tous les marchands de la cité. Une halle aux viandes y est construite au milieu du XVIe siècle.


plan_1649.jpg
  Gravure de Julius Milheuser (1649), publiée par Johannes Blaeu. On y aperçoit la halle aux viandes, ainsi que le port fluvial en aval du pont des Arches, de la Goffe à la rue Hongrée.


goffe_liege_1790.jpg  Dessin de 1790 publié par Léon Béthune dans « Vieux Liège : recueil de vues rares ». À gauche, le pont des Arches avec la cathédrale Saint-Lambert à l'arrière-plan. Au centre, le port de la Goffe. À droite, les rangées d’arbres de la Batte.

  Dès le XVIe siècle, le quai de la Goffe et la Batte connaissent une vie commerçante intense : ils accueillent des marchés quotidiens et une foire annuelle qui amène son lot de camelots, saltimbanques, forains*, comédiens, bonimenteurs, vendeurs de remèdes… La Batte, de nos jours, évoque le marché dominical que fréquentent chaque semaine des milliers de curieux, issus aussi des pays limitrophes, principalement des Pays-Bas et d'Allemagne.

* La partie « variétés » de la foire annuelle a quitté la Batte en 1859 pour venir s’installer boulevard d’Avroy.


  La halle aux viandes

 

halle aux viande_liege_debut annees 1970.jpg
Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
halle viandes_liege_2006.jpg

 

blason bouchers liege.jpg  Blason des mangons (c’est ainsi qu’on appelait autrefois les bouchers), corporation dont l’existence remonterait au XIIe siècle, un des trente-deux bons métiers de la cité de Liège à l’époque de la principauté.


blason bouchers.jpg  Ce blason se retrouve au-dessus des portes d’entrée de la halle. La pierre rectangulaire qui le surmonte comportait des armoiries et inscriptions rappelant l'Ancien Régime, lesquelles ont été martelées lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.


  Ce bâtiment destiné au commerce* de la viande, qu’on appellera aussi la Grande Boucherie, a été bâti de 1544 à 1546 selon les plans de l’architecte Paul de Ryckel**, en remplacement de celle établie près de l’hôtel de ville, devenue insuffisante.

* Les bouchers ne seront autorisés à vendre à domicile qu’en 1846, moyennant le paiement d’une taxe et l’obligation d’une hygiène irréprochable.
**Chargé aussi d’une restauration de la collégiale Saint-Martin, qui garde toujours des séquelles de l’incendie du Mal Saint-Martin, deux siècle plus tôt.


  Il s’agit du plus ancien édifice public de la ville, bel exemple du style Renaissance alliant la brique et la pierre calcaire. Les activités marchandes s’exerçaient au rez-de-chaussée, l’étage servant de lieu de réunion aux compagnons.

  Quand la principauté de Liège est rattachée à la république française (1795-1814), la halle devient un bien national. En 1822, le gouvernement la cède à la Ville (nous sommes alors sous le régime hollandais). Le rez-de-chaussée conserve son affectation d’origine, mais l’étage est converti en école communale, laquelle fera place, en 1862, à une bibliothèque publique*.

* Cette bibliothèque sera transférée rue des Chiroux en 1904.


halle viandes_liege_1881.jpgCe dessin de Pierre Dehousse montre la halle en 1881, vue depuis la rue de la Boucherie. À l’arrière-plan, à droite, on aperçoit, au-delà de la Meuse, le clocher à campanile de l’ancienne église Saint-Pholien.

 
plan_1880.jpg  Sur ce plan dressé par Blonden en 1880, j’ai colorié en rouge l’emplacement de la halle. Les voiries environnantes s’appellent la rue du Pont (1), la rue de la Boucherie (2), la rue de la Goffe (3), la rue de la Halle (4), la rue de la Clef (5)*, la rue Sur-le-Mont (6)** et Potiérue (7).

* Une enseigne y portait jadis ce motif.
** Cette rue étroite allait en s’élevant jusqu’au milieu de son parcours. Cette butte datait de la construction de l’enceinte défensive de Notger, car des terres avaient été amoncelées contre le rempart.


halle viandes_liege_1900 (1).jpg  ▲ La halle à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les façades sont en partie peintes à la chaux. Les auvents en zinc ont été placés en 1888 pour abriter les marchandes de volailles ▼
halle viandes_liege_1900 (2).jpg

halle viandes_liege_1900 (3).jpg
Peinture représentant les lieux vers 1900.


halle viandes_liege_plan 1917.jpg  Ce dessin fait partie d’une série de relevés réalisés en 1917 par le service d'architecture de la ville de Liège. Dans les commentaires qui les accompagnent, il est question d’ un « vieux bâtiment condamné à disparaître bientôt ».

  En fait, il y a longtemps que les bouchers se plaignent de l’exiguïté et de la vétusté des lieux. Plusieurs intentions d’agrandissement ont échoué dans la seconde partie du XIXe siècle, vu que le bâtiment est complètement enserré dans le tissu urbain. Mais en 1911, le conseil communal, sous le mandat du bourgmestre Gustave Kleyer*, décide d’aérer et assainir le quartier, afin de construire une nouvelle halle beaucoup plus grande en front de quai. Ce sont des problèmes de finances communales, puis surtout la première guerre mondiale, qui mettent un terme au projet.

* Celui-là même qui dirigeait la ville pendant l'Exposition universelle de 1905.


rue sur-le-mont_liege_1919.jpg  Il n’empêche que des expropriations ont été programmées « au plus grand profit de l’hygiène » ; elles entraînent la disparition des rues Sur-le-Mont (la photo ci-dessus date de 1919) et de la Clef.


plan_liege_1938.jpg  Ce plan communal nous reporte en 1938. Remarquons les transformations apportées au quartier de la halle* : la rue de la Boucherie a été prolongée jusqu’à Potiérue qu’on a élargie ; des immeubles ont été démolis pour faire place à des entrepôts.

* Un plan de 1930 (année d’une exposition internationale) ne présente pas ces transformations.


rue du pont_liege_1905.jpg  La rue du Pont, vers 1905. Le photographe tourne le dos à la place du Marché. À gauche, s’ouvre la rue de la Boucherie.


rue du pont_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue de la boucherie_liege_debut XXe.jpg  La rue de la Boucherie avec ses maisons en encorbellement. Les immeubles, à l’arrière-plan, sont ceux de la rue de la Halle en communication avec la rue de la Clef.


rue de la boucherie_liege_2016.jpg  Les maisons en encorbellement ont subsisté ; l’arrière-plan, lui, a subi une totale métamorphose (nous en reparlerons).


rue de la boucherie_liege_1930.jpg  La rue de la Boucherie vers 1930. Les immeubles de la rue de la Halle vont disparaître pour être remplacés par des entrepôts annexés à la halle aux viandes.


halle aux viandes_liege_1941.jpg

La halle en 1941 entre les entrepôts (à gauche) et la rue de la Goffe (à droite).

 
rue de la boucherie_liege_2016 (2).jpg
▲ La configuration des lieux de nos jours ▼rue de la goffe_liege_2016.jpg


rue de la halle avant 1930.jpg
À droite, la rue de la Halle vers 1930.


rue de la halle_liege_2016.jpg  La rue de la Halle, de nos jours, n’est plus que ce chemin marqué d’une flèche, traversant l’esplanade-parking de la cité administrative.


halle aux viandes_liege_fin années 1950 (1).jpg
▲ Les entrepôts à la fin des années 1950 ▼
entrepots halle viandes_liege_fin annes 1950.jpg


halle aux viandes_liege_2016.jpg
De nos jours.


goffe_liege_fin annees 1950.jpg  Dans la seconde moitié des années 1950, commence un chantier d’envergure. Nous le détaillerons dans le chapitre qui suit.


quai de la goffe_liege_2016.jpg
De nos jours.

 

 
L’évolution du quai de la Goffe

 

quais de meuse_liege_debut XXe.jpg  Cette carte colorisée nous reporte à l’aube du XXe siècle, quand les bateaux-mouches faisaient office de transports en commun avant d’être supplantés par les tramways. L’intitulé « quai de la Batte »* est passé dans les usages, mais rappelons que les appellations officielles sont le quai de la Goffe (1), la Batte (2) et le quai de Maestricht (3).

* Ce qui signifierait « le quai du quai »  wink


la goffe_liege_1900 (1).jpg  Le bâtiment à l’angle du quai et de Potiérue est la maison Havart, du nom du quincaillier qui l’occupait à la fin du XIXe siècle (la photo ci-dessus date du tout début du XXe siècle). Il s’agit d’un des plus anciens immeubles de Liège ; on situe traditionnellement sa construction en 1594, mais il est plus vraisemblable qu’elle ait eu lieu entre 1666 et 1668. Les lieux sont abandonnés depuis la fermeture du restaurant gastronomique « Au Vieux Liège ».


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Le même endroit au début des années 1970.


la goffe_liege_1900 (2).jpg  Le quai de la Goffe vers 1900. Le renfoncement marqué d’une flèche, par rapport à l’alignement des autres immeubles, est un souvenir du XVIe siècle, quand on a aménagé à cet endroit, moyennant des expropriations, un emplacement réservé au marché aux fruits.


marche aux fruits_liege_1902.jpg
▲ Le marché aux fruits dans la première décennie du XXe siècle ▼
marche aux fruit_liege_1904.jpg


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  La « place » de la Goffe et son marché aux fruits en 1927. La flèche rouge indique l’étroite rue Sur-le-Mont ; la bleue, Potiérue (cliquez sur l’image pour l’agrandir).


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Le pont des Arches vu depuis le marché aux fruits, avant 1914.

quai de la goffe_liege_1940-48.jpg  En mai 1940, le pont des Arches a été dynamité dans l’espoir de ralentir l’invasion allemande. Il sera remplacé jusqu’en 1948 par un pont provisoire en bois au niveau du quai de la Goffe.


quai de la Goffe_liege_debut annees 1960.jpg  Nous voici au milieu de la décennie suivante. En 1955, le conseil communal vote la construction d’un building administratif* à l’emplacement de la flèche, entre Potiérue et la rue Saint-Jean-Baptiste. Il est également prévu d’aménager une aire de parking, de dégager la halle aux viandes et de créer un ensemble commercial (l’Innovation dès 1968). Ce chantier de longue haleine nécessite la démolition ou le démontage** des immeubles marqués d’un trait.

* Il y a longtemps que les autorités communales cherchent à regrouper les services administratifs (vingt-six services dispersés dans dix-huit bâtiments).
** Certaines bâtisses ou façades ont été démontées pour être réassemblées à un autre endroit (le futur îlot Saint-Georges au début des années 1970).


goffe_liege_milieu annees 1950.jpgGros-plan sur les immeubles qui vont disparaître entre la rue de la Goffe et Potiérue.


goffe_liege_milieu 1950s.jpg
Les mêmes immeubles vus dans l’autre sens, au-delà de Potiérue.


potierue_liege_1956.jpgPotiérue en 1956.


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À la charnières des années 1950 et 60.


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De nos jours.


potierue_liege_1955.jpg
Potiérue dans l’autre sens en 1955 ▲ et de nos jours ▼
potierue_liege_2016 (2).jpg


goffe_liege_1957.jpg
Les démolitions à front de quai en 1957.


pont des arches_liege_1957.jpg
  Les palissades de la vue précédente se retrouvent (la flèche) sur cette photo mettant en valeur les pont des Arches (cliquez dessus pour l'agrandir).


potierue_liege_1955 (2).jpg  Entre la halle et la maison Havart, il est prévu d’aménager un parking de 360 places en surface et en sous-sol. Il n’est plus question, comme en 1911, de remplacer la halle aux viandes, celle existante étant classée depuis 1950.


halle viandes_liege_2006.jpg
Le même endroit de nos jours.


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En Potiérue, c’est au début des années 1960 que débutent les démolitions.


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▲ Construction de la cité administrative en 1964-65 ▼
cite administrative_liege_1964-65 (2).jpghistoire de liège,liège,goffe,marché de la goffe,quai de la goffe,rue de la goffe,batte,marché dominical de la batte,halle aux viandes,rue de la boucherie,corporation des bouchers,mangons,potiérue,quais de meuse,rue sur-le-mont,rue de la clef,rue hongree,rue du pont,rue de la halle,cité administrative,parking de la cité,jean poskin,henri bonhomme,maison havart,office du tourisme de la ville de liège,maison du tourisme du pays de liège
Et en 1966.


cite administrative_liege_1967.jpg  Ce bâtiment de 18 étages et 67 mètres de hauteur est l’œuvre des architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme. Il a été inauguré en octobre 1967 au terme de quatre ans de travaux. Il n’est pas sans rappeler l’immeuble new-yorkais de l’ONU. La présence d’une telle tour moderne en plein cœur historique de la ville provoque une vive polémique*.

*Cette a tour a été construite en dérogation à un règlement communal du 19/10/1959 interdisant toute construction en hauteur dans ce secteur.


vue aerienne liege_debut 1970s.jpg

Vue aérienne du centre-ville à la charnière des années 1960 et 70.


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Le marché dominical de la Batte au début des années 1970.


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*Les mêmes qui ont restauré les boules de l'Atomium, de 2004 à 2006.



  Et la halle ?

 

halle aux viandes_liege_1972.jpg  Elle est restée en fonction jusqu'en 1980, année où elle a été interdite aux bouchers pour cause d'insalubrité (la photo ci-dessus date de 1972).

  En 1993, l'architecte Pierre Hebbelinck
(associé avec Alain Richard) est choisi par la ville pour réfléchir à un plan de restauration, du bâtiment et de ses abords. Les travaux commenceront en 1995.


halle_liege_avant restauration 1995.jpg
L
a halle avant la restauration des années 1990 ▲ et en 2006 ▼
halle aux viandes_liege_2006 (2).jpg


proue halle aux viandes_liege_2016.jpg  Du côté quai, la halle est précédée d’une terrasse qui évoque la proue d’un navire, avec le tronc d'un pin Douglas de 27,5 mètres en guise de mât.


halle aux viandes_liege_2008.jpg
  Un second mât se dresse de l’autre côté de l’entrée du parking. Son jumeau et lui, ainsi que la terrasse en forme de proue, rappellent le passé portuaire* de cet endroit.

* Dans la chronique d'archéologie et d'histoire du pays de Liège de juillet-septembre 1998, il est écrit : « Deux immenses colonnes urbaines formées de socles en troncs de pyramides et d'immenses troncs d'arbres mettent l'espace en évidence, évoquant à la fois les colonnes du pont de Fragnée et les piliers porteurs du pont de l'Atlas, aux deux extrémités de la ville ».



  Le bâtiment rénové a accueilli diverses expositions et manifestations d’ordre économique. Actuellement, il est devenu le principal lieu d'accueil touristique de la ville, à la suite de la fusion de la Maison du Tourisme du pays de Liège et de l'Office du Tourisme de Liège.

 

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20/07/2016

La rue Fond Saint-Servais

fond st-servais_liege_2016.jpg
La rue Fond Saint-Servais en 2016.


eglise st-servais_liege_1910.jpgL'église Saint-Servais au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼eglise st-servais_liege_2016.jpg


*  *  *  *  *


plan 1649.jpg
  Dans la légende de la gravure ci-dessus (œuvre de Julius Milheuser publiée en 1649 par Johannes Blaeu), la rue Fond Saint-Servais est simplement intitulée « À Saint-Servais » (1). On a pris l'habitude d'ajouter le mot « fond » vu qu'elle est située au pied de la colline, dans le bas de la paroisse. Idée que l'on retrouve dans la rue « En Fond » (2), petite pente assez raide qui a disparu depuis longtemps. L'imposante cathédrale Sainte-Lambert (3) est toute proche (l'actuelle place du même nom), et les rues Neuve (4) et Table de Pierre (5) sont devenues la rue de Bruxelles, du palais au Cadran.

  À l'époque de ce document, le quartier Saint-Servais est habité, comme aux origines,
par des gens de condition : familles nobles, notables, magistrats, ecclésiastiques de haut rang...



  Des origines au milieu du XIXe siècle

  Transportons-nous au milieu du IVe siècle. Saint Servais est le premier évêque attesté du diocèse de Tongres. Au cours de ses pérégrinations apostoliques, il s'arrête souvent pour prier dans une petite chapelle établie par saint Materne, deux siècle plus tôt, à l'endroit qui nous intéresse dans cet article. Liège, à cette époque, n'est qu'une insignifiante bourgade rurale issue d'une ancienne villa romaine.

  Un jour qu'il se repose là à l'ombre d'un chêne majestueux, un peu en contrebas de la chapelle, saint Servais est l'objet d'une révélation divine lui apprenant que l'un de ses successeurs construirait à cet emplacement un sanctuaire en son honneur. Il bénit le lieu de son bâton, faisant jaillir une source des flancs du rocher*.

* Il est vrai qu'il existait jadis une fontaine à proximité de l'église Saint-Servais, fontaine prétendue miraculeuse et encore en activité jusqu'au XVe siècle pour l'usage quotidien des habitants du quartier.

 
Quand il lit cette histoire de révélation six siècle plus tard, l'évêque Ricaire (en fonction de 920 à 945)* se dit qu'il est le successeur épiscopal de saint Servais ; il lui fait bâtir un sanctuaire en 933, réalisant ainsi la prophétie.

* Il s'agit maintenant de l'évêque de Liège, le siège du diocèse ayant été transféré de Tongres-Maastricht à Liège au début du VIIIe siècle (voir autre article).

  Telle est la légende racontée au XIVe siècle par le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse, dont on connaît l'imagination fertile et pittoresque.


saint servais.jpg  Outre une statue de saint Servais surmontée d'une croix, la façade de l'édifice religieux comporte des ornementations mentionnant le nom de l'évêque supposé fondateur et l'année 933. Conformément donc à la tradition, bien qu'aucun document probant ne confirme ces éléments.


enceinte notger_liege_Xe siecle.jpg
  Ce plan est issu du site http://www.chokier.com/FILES/PLANS/1932-Polain.html ; il présente la cité de Liège après que le prince-évêque Notger ait fait construire la première enceinte fortifiée à la fin du Xe siècle. On peut supposer que l'église Saint-Servais et sa paroisse aient été créées à ce moment pour desservir les habitants de la colline, relégués en dehors des remparts.

  Au XIIIe siècle, vu l'essor de la population, la petite église romane est remplacée par un édifice plus vaste en gothique primaire, composé de trois nefs et de probablement un chevet plat. Le chœur sera ajouté au XIVe ou XVe siècle.

  En 1468, l'édifice n'est pas affecté par l'incendie qu'ordonne Charles le Téméraire ; en 1491 par contre, la tour est endommagée par un ouragan.


fonts baptismaux st-servais_liege_1945.jpg  En 1571, le curé Jean Curtius obtient le privilège de doter l'église de fonts baptismaux (les baptêmes, à cette époque, sont essentiellement célébrés à Notre-Dame-aux-Fonts, petite église paroissiale accolée à la cathédrale Saint-Lambert). La photo ci-dessus date de 1945, photographe inconnu.

  En 1583, ce même prêtre est confronté à un accident majeur : la tour s'effondre sur les nefs, qui s'affaissent. Il entreprend immédiatement de tout faire reconstruire.

  La tour retrouve son caractère architectural initial, et le corps de bâtiment est réédifié avec de nouvelles fenêtres de style ogival tertiaire (flamboyant), ornées d'admirables vitraux représentant notamment des scènes de la vie de saint Servais. La toiture est surélevée en 1614.


christ_pierreuse_liege_debut XXe.jpg  En 1649, un crucifix monumental qui se trouvait à l'entrée du chœur est transféré sur le haut de la rue Pierreuse, dans une niche aménagée en chapelle (la photo ci-dessus date du début du XXe siècle).

  En 1785, l'intérieur de l'église est modifié sous le prétexte de le mettre au goût du jour. Selon les consignes de l'architecte Dukers, on bouche des fenêtres du chœur, on diminue la hauteur des nefs, on plâtre les murs et piliers pour les peindre en blanc… Le chantier est à peine terminé quand éclatent les événements révolutionnaires qui vont aboutir à la fin de la principauté de Liège et son intégration à la république française.


plan 1814.jpg
  Ce plan nous montre la configuration des lieux à la fin du régime français (1795-1814). Source du document : http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141.

  Pendant cette période, l'église Saint-Servais connaît les vicissitudes que subissent les biens du clergé. Après avoir servi de local pour des réunions politiques et électorales, elle finit par être mise aux enchères en octobre 1798. Elle est adjugée à un certain P-J Henkart, qui agit au nom du jurisconsulte Charles-Simon-Frédéric de Lintermans. Celui-ci espère sauver l'édifice de la destruction, pour le rendre au culte dès que possible.

  Après le Concordat de 1801, l'église est érigée en chapelle auxiliaire de Sainte-Croix, mais la population de Saint-Servais aspire à une paroisse indépendante. Ce souhait se réalisera en 1806 au terme de multiples tractations*.

* De Lintermans a bien sûr fait don du bâtiment et de ses annexes à la Fabrique d'église . Quant au diocèse, il a obtenu l'autorisation d'ériger Saint-Servais en paroisse à condition que les fidèles subviennent aux besoins du culte et au salaire du prêtre, sans aide du gouvernement.

  L'église est progressivement rendue apte au culte grâce à la générosité des paroissiens. Mais une véritable restauration du bâtiment se fait attendre jusqu'en 1848. Le curé Wafflard fait consolider la porte d'entrée, réparer la façade et remplacer le pavement intérieur*. En 1849, il fait restaurer les grands vitraux des nefs ; en 1855, il fait rouvrir les fenêtres du chœur bouchées à la fin du siècle précédent, pour les orner de nouvelles verrières.

* Hélas au détriment des pierres tombales incluses dans le pavement ancien (on en a cependant conservé des dessins).


eglise st-servais_liege_milieu XIXe.jpg   L'église Saint-Servais et la rampe vers la rue Volière au milieu du XIXe siècle. La porte cochère, dans le bâtiment de gauche, conduit aux ateliers de la Gazette de Liège, installés là de 1849 à 1871. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
rue fond st-servais_liege_2016 (1).jpg

 

  Le chantier du chemin de fer de ceinture


plan 1862.jpg
  Dans les années 1870, le chantier du chemin de fer de ceinture (voir autre article) va nécessiter la disparition des rues et immeubles compris entre la rue Fond Saint-Servais et la rue de Bruxelles*, de Pierreuse au Cadran. Le quartier concerné était devenu populeux et insalubre, la révolution industrielle ayant transformé le tissu social au cours du XIXe siècle.

* C'est le nouveau nom, depuis 1863, de la rue Neuve. On profitera des démolitions des années 1870 pour élargir cette voie, qui absorbera la rue Table de Pierre en 1877.


quartier st-servais_liege_chantier chemin de fer 1873.jpg
Le quartier Saint-Servais éventré par le chantier du chemin de fer.


chantier chemin de fer_fond st-servais_liege_fin XIXe.jpg  Les destructions en vue de l'établissement de la ligne ferroviaire, vers 1873. On reconnaît la collégiale Sainte-Croix (1), la collégiale Saint-Martin (2)* et l'église Saint-Servais (3). Tout un côté de la rue Fond Saint-Servais a disparu, tout comme les rues des Ravets et Salamandre.

* Saint-Martin ne sera élevée au rang de basilique qu'en 1886.

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Le même endroit en 2006, pendant les travaux d'extension du palais de justice.


gare du palais_liege_1904.jpg  Remarquons, à gauche, combien l'église est proche du mur de soutènement. Quand des explosifs ont été utilisés lors du creusement de la tranchée destinée au chemin de fer, elle a été secouée et fissurée, tant au niveau des murs et des vitraux que du pavement. La fabrique a obtenu un dédommagement de l'État et pu faire faire réparer l'édifice en 1883. Les travaux de restauration ont duré jusqu'en 1891 sous la direction de l'architecte gantois Auguste Van Aasche. On a profité de l'occasion pour déplacer légèrement la porte d'entrée.


 

  À l'époque de la première gare du Palais (1877-1904)


square notger_liege_avant 1905.jpg  Photo prise à la charnière des XIXe et XXe siècle. À l'avant-plan, c'est le square Notger aménagé au début des années 1870 (voir autre article).


gare du palais_liege_1906.jpg  Cette carte postale a été affranchie en 1906, mais présente une situation antérieure, car La gare du Palais que l'on voit a été remplacée par une autre plus majestueuse à l'occasion de l'Exposition universelle de 1905 !


eglise st-servais_liege_nocturne avant 1905.jpg
La même carte postale, mais trafiquée en nocturne.


pont d'arcole_liege_debut XXe.jpg  Le pont d'Arcole à l'aube du XXe siècle. Cette passerelle, initialement en bois, a été construite en 1871 pour permettre une communication entre le Fond Saint-Servais et le centre-ville. Elle franchit la tranchée du chemin de fer à l'emplacement de l'ancienne rue Salamandre. Son nom officiel est la passerelle Saint-Servais, mais les Liégeois prennent l'habitude de la nommer le pont d'Arcole (du nom de la bataille, près de Vérone, où Napoléon Bonaparte a défait les Autrichiens en 1796). L'ouvrage devient métallique en 1881.


rue de bruxelles_liege_2013.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue fond st-servais_liege_début Xe.jpg  Cette extension de la rue Fond Saint-Servais, pour ouvrir une communication directe avec la rue Pierreuse, a été décidée en 1889.


rue fond st-servais_liege_2016 (2).jpg  En ce début de XXIe siècle, une dalle a été jetée à cet endroit sur la tranchée du chemin de fer, supportant des bâtiments du nouveau palais de justice.



Une petite promenade à la charnière des années 1960 et 70...

...de la rue du Palais à la rue des Anglais, via les rues Pierreuse et Fond Saint-Servais. Chaque photo ancienne est accompagnée de sa correspondance actuelle :


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rue du palais_pierreuse_liege_2014.jpg


rue fond st-servais_liege_1968 (1).jpgrue pierreuse_liege_2016.jpg


rue fond st-servais_liege_1968 (2).jpg
rue fond st-servais_liege_2016 (3).jpg



rue fond st-servais_liege_debut annees 1960.jpgrue fond st-servais_liege_2016 (4).jpg


rue fond st-servais_liege_1975.jpgrue fond st-servais_liege_2016 (5).jpg



rue fond st-servais_liege_1968 (3).jpgrue fond st-servais_liege_2016 (6).jpg



rue fond st-servais_liege_1968 (4).jpgrue fond st-servais_liege_2016 (7).jpg



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rue fond st-servais_liege_2016 (8).jpg



  Les bouleversements des années 1970 et 1980


gare du palais_liege_1977.jpg  Cette photo date de juillet 1977. Le square Notger a été saccagé (voir autre article), et les démolitions vont bientôt s'étendre aux immeubles de la rue de Bruxelles et du Cadran. La gare du Palais de 1905 n'échappera pas à la folie destructrice de l'époque.


chantier gare du palais_liege_1974 (1).jpg  En 1974 déjà, le site ferroviaire est en pleine mutation : il est question d'électrifier la ligne et d'aménager une nouvelle gare souterraine, sous quatre voies en surface.


chantier gare du palais_liege_1974 (2).jpg  Les deux flèches désignent des immeubles de la rue Fond Saint-Servais. Le verte, ceux qu'on va conserver ; la rouge, ceux qui vont disparaître en même temps que tous les autres bâtiments visibles sur cette photo de 1974.


rue fond st-servais_liege_1974-75.jpg  Les voici en gros plan, les immeubles montrés par la flèche rouge sur la vue précédente, situés entre l'ancien pont d'Arcole et la rue des Anglais.


rue fond st-servais_liege_1979.jpg  1979. L'arrière-plan est débarrassé des immeubles du Cadran et des Bons Enfants (voir autre article). Au niveau de la gare, juste après les abris pour voyageurs, une dalle est en cours de construction sur une partie des voies. Elle sert actuellement d'espace de parcage automobile.


rue fond st-servais_liege_2016 (9).jpg
La même perspective de nos jours.


rue de bruxelles_liege_mars 1980.jpg
En mars 1980.


incendie eglise st-servais_liege_1981 (1).jpg  ▲ Le 21 août 1981, un incendie ravage l'église Saint-Servais, affectant la toiture, le mobilier et les décors intérieurs des nefs et du chœur ▼
incendie eglise st-servais_liege_1981 (2).jpg


incendie eglise st-servais_liege_1981 (3).jpg  Les dégâts sont considérables ; Il faudra attendre 1985, après restauration partielle, pour que l'église soit réaffectée au culte. Cliquez ici pour accéder à un diaporama montrant l'extérieur et l'intérieur de l'église actuelle.


place st-lambert_liege_1982.jpg  L'église sinistrée en 1982. De la place Saint-Lambert au Cadran, les travaux vont se prolonger deux décennies.

chantier justice_liege_2006.jpg  Un quart de siècle plus tard, le site aux alentours est toujours en chantier. L'église Saint-Servais ne recouvrera probablement jamais une toiture digne de ce nom.



  La rue Fond Saint-Servais au début du XXIe siècle


Pendant le chantier des extensions du palais de justice :

2003 nov.jpg2006 avril.jpg2007 fevrier.jpg2008 mars.jpg2008 novembre.jpg2014 janv.jpg

 

Une partie de cette autre page est consacrée au même sujet : http://users.belgacom.net/cwarzee/gare_du_palais/index.htm

 

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L'ancien square Notger

Autre article concernant cet emplacement et ses environs immédiats :
http://histoiresdeliege.skynetblogs.be/archive/2014/01/07....

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieres  Le plan ci-dessus date de 1827 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre), il nous reporte à la veille de l'indépendance de la Belgique.

  La butte où se trouve la rue Saint-Pierre domine de tout près la façade occidentale du palais, et seule une volée d'escaliers, les degrés de Saint-Pierre, permet de descendre vers la place Saint-Lambert.

  Il n'existe là aucune voie carrossable qui mette le centre-ville en communication directe avec la rue Neuve (la future rue de Bruxelles), artère promise à un grand avenir. Ce sont les habitants des quartiers élevés de l'ouest (Saint-Séverin, Saint-Martin...) qui réclament cette nouvelle voie, vu notamment les difficultés qu'ils rencontrent avec leurs charrettes en empruntant la rue Haute-Sauvenière, trop étroite et trop pentue.

  L'idée d'ouvrir une percée (la flèche) entre la place Saint-Lambert et la rue Neuve naît dès la fin des années 1830, mais les discussions entre les autorités nationales, provinciales et communales, à propos surtout de leur contribution respective, traînent jusqu'en 1844.

  Les expropriations d'immeubles commencent en 1845, et la nouvelle voirie est percée l'année suivante (la flèche sur le plan qui suit). Elle s'appellera la rue Notger, du nom du premier prince-évêque de Liège à la fin du Xème siècle.

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieres  Vu les différences de niveau, un pont est prévu pour qu'elle puisse passer sous la rue Saint-Pierre, avant que celle-ci n'entame sa descente en pente raide (1) vers les rues Neuve (2) et Derrière le Palais (3), à proximité des anciennes écuries du palais transformées en caserne de hussards (4).


place_st-lambert pont Notger_fin_XIXe.jpg  Sur cette gravure du milieu du XIXe siècle, on aperçoit le pont Notger à gauche du palais. Pont qui disparaîtra en 1860 (photo suivante) :
pont_notger-liege-1860.jpg

  En 1842, on projette de restaurer le palais de la place Saint-Lambert, déjà destiné à la justice, pour y transférer le siège du gouvernement provincial, établi jusque-là dans l'ancien couvent des Bons Enfants (voir plan de 1827 au début de cet article). L'incendie de ce couvent, en 1845, précipite les événements.

  Le projet de restauration du palais est soumis à un concours que remporte l'architecte Jean-Charles Delsaux. La caserne annexée au palais est rasée, et la façade occidentale est totalement remaniée de 1849 à 1853, avec l'ajout d'un hôtel provincial dont le style néogothique s'accorde parfaitement avec l'ensemble. La rue Notger est élargie et rectifiée pour la rendre parallèle à la nouvelle aile du palais.

 palais_provincial-liege-facade delsaux.jpg  Le dessin ci-dessus idéalise la façade de Delsaux en la montrant précédée d'une vaste esplanade destinée à la flânerie. En réalité, seule une petite partie de la butte a été enlevée de 1849 à 1853, et les abords du nouvel hôtel provincial ne sont guère aussi dégagés, comme en témoigne la photo ci-dessous, prise probablement vers 1860 :
palais_justice-liege-fin_XIXe.jpg

  En 1862, les autorités communales décident de réaménager l'espace en face du palais provincial, pour y créer « un lieu agréable de promenade et de rencontre ». Dès 1867, des travaux de déblaiement et de nivellement sont entrepris pour aboutir à la création du square Notger.


square_notger-liege-1870.jpg  Le document ci-dessus nous reporte vers 1870, pendant la création du square Notger en face du palais provincial. À gauche : les immeubles de la rue Saint-Pierre, au sommet de la butte en partie enlevée. À droite : la rue Neuve devenue la rue de Bruxelles en 1863.

square_notger-liege-1875.jpgLe square Notger après l'aménagement en 1872 du rocher et de ses décorations florales.

palais square_notger-liege- dessin fin XIXe.jpgLe palais provincial et le square Notger à la veille du XXe siècle.

palais square notger-liege-1900.jpg  La façade du palais provincial vers 1900, vue depuis la gare du Palais première du nom, inaugurée en 1877.

square_notger gare du palais-liege-avant 1905.jpg  Vers 1900 dans l'autre sens. Les immeubles cossus, le long de la pente de la rue Saint-Pierre, ont été bâtis en 1878.

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieresCarte postée en 1907.

 
  Sur la gauche du square, c'est un escalier monumental qui a été aménagé pour descendre place Saint-Lambert. Il a repris l'appellation de la volée de marches d'antan : les degrés de Saint-Pierre, dont voici quelques vues datant du début du XXe siècle :

degres_st-pierre-liege.jpg
degres st-pierre-liege-1907.jpg

degres_st-pierre-liege-debut XXe.jpg

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place st-lambert_degres st-pierre_liege_debut XXe.jpgLa place Saint-Lambert vue depuis les degrés (de) Saint-Pïerre, vers 1905 ▲ et 1973 ▼degres st-pierre-liege-debut annees 70.jpg

 

square_notger-pierreuse-avant 1905.jpg  Ci-dessus, le square Notger et Pierreuse avant 1905. Ci-dessous, après 1905, avec la gare du Palais deuxième du nom, construite à l'occasion de l'Exposition universelle :
square_notger-pierreuse-1905.jpg

 

square_notger statue_montefiore-liege.jpg  La carte colorisée ci-dessus met en évidence la gare de 1905, mais aussi la statue Montefiore-Levi, installée là en 1911.

 

statue montefiore-levi_liege_1911.jpg  Ce monument modern'style est l'œuvre du statuaire liégeois Oscar Berchmans (1869-1950), élève de Léon Mignon. Il est dédié aux époux philanthropes Hortense et Georges Montefiore-Levi. Il s'agit d’un groupe allégorique en bronze : une jeune femme aux formes épanouies prend sous sa protection deux enfants frêles et tourmentés. L’ensemble symbolise la charité.

  À la fin des années 1970, à la suite de la destruction du Square Notger, le monument Montefiore-Levi est démonté et stocké dans un dépôt de la Ville de Liège. Restauré en avril 1995, il est placé dans la cour de l'Hôtel Somzé, siège de l'Échevinat de l'Environnement, en Féronstrée. En 2012, conformément au souhait de l'architecte Claude Strebelle, la statue reprend place non loin de son emplacement originel, dans le cadre des extensions du Palais de Justice, aux escaliers dits « degrés des Dentellières », qui relient la rue du Palais à la rue Pierreuse :
statue_montefiore-degres dentellieres-liege-2013.jpg

 

Revenons-en au square Notger d'antan. Le voici de 1954 au début des années 1970 :

square_notger-liege-1954.jpg

square_notger-place saint-lambert-liege-1958.jpg

square_notger-gare du palais-liege-annees 1960.jpg

square_notger-liege-annees 60.jpg

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square_nitger-place st-lambert-liege-debut annees 1970.jpg

 

La fin du square

 
Ci-dessous, deux vues prises en 1969 :

square_notger-liege-1969a.jpg

square_notger-liege-1969b.jpg


place saint-lambert-liege-demolitions_1974.jpg  Milieu des années 1970. Les démolitions qui sévissent place Saint-Lambert vont bientôt frapper le square Notger et la gare du Palais.

  Ci-dessous, deux photos de la démolition du square en 1977, puis le chantier qui a suivi :

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chantier-place st-lambert-liege-1978.jpg


tours_ascenseurs_devant_palais-liege-annees 1980.jpg1988, les cages d'ascenseurs éphémères d'un immeuble qui ne sera jamais terminé !

place saint-lambert-liege-1992.jpgLa place Saint-Lambert en 1992.

place notger-liege-2006.jpgEn 2006.

 

place notger-liege-2013.jpg  Devant cette façade du palais (photo de 2013), l'espace vert porte de nos jours le nom de place Notger.

degres st-pierre-liege-2013.jpg    Depuis le haut de l'îlot Saint-Michel, de nouveaux « degrés Saint-Pierre » permettent de descendre place Saint-Lambert... À comparer avec cette vue de 1960 :
degres st-pierre-liege-1960.jpg