13/01/2014

L'abbaye et l'église de Saint-Gilles

liège,histoire de liège,histoires de liège,Saint-Gilles,plateau Saint-Gilles,abbaye,église romaneL'église Saint-Gilles en 1962

  Aux origines

  À la fin du XIème siècle, l'actuel plateau Saint-Gilles est une épaisse forêt inhospitalière, traversée cependant par le chemin qui mène de Liège à Huy, étape vers la France. Les lieux sont malfamés, peuplés de bêtes sauvages et de bandits qui s’attaquent aux voyageurs.

 C'est pourtant là, vers 1083, qu'un certain Goderan, jongleur-ménestrel désireux de se consacrer à la méditation, sollicite le droit, auprès du père-abbé Bérenger de l'abbaye bénédictine de Saint-Laurent, d'aménager un ermitage sur les hauteurs boisées du Publémont*, terres qui appartiennent à ce monastère.

* On désigne ainsi la colline occidentale traversée par toute la rue Saint-Laurent.

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  Plusieurs tableaux quadrilobés de ce type font parrtie du mobilier de l'église Saint-Gilles. Celui-ci représente Goderan et son ours savant pendant l'édification de son oratoire.

  La légende voudrait que ce Goderan soit originaire de l'abbaye de Saint-Gilles du Gard, en Provence, mais il ne s'agirait là que d'une interpolation du chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse (XIVe siècle), auteur à l'imagination généreuse.

  Goderan pratique largement l'hospitalité. Il est rejoint par d'autres hommes et femmes attirés par son idéal de vie. Il fait construire, pour les abriter, de petites maisons dont l'ensemble forme progressivement une communauté qu'on dédie à saint Gilles.

  Après la mort de son fondateur, l'oratoire ne cesse se développer ; il finit par être élevé au grade d'abbaye, en 1124, par le prince-évêque Albéron, qui y nomme un abbé à la tête de chanoines réguliers.


  En même temps, le modeste édifice originel est remplacé par une église beaucoup plus spacieuse.

  La consécration de l'église Saint-Gilles par le prince-évêque Albéron, en 1127, est le thème de cet autre tableau quadrilobé.

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Vues anciennes du monastère

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  L'abbaye de Saint-Gilles remise en état après le saccage de 1568, perpétré par les troupes de Guillaume d’Orange-Nassau qui sont passées par Liège pour fuir l’armée du duc d’Albe traquant les calvinistes (enluminure d'un manuscrit de 1585-1586).

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane   L'abbaye (la flèche) sur le plan de Milheuser (1649). Elle est située au sommet de la chaussée Saint-Gilles (1), qui prend son départ au pont d'Avroy (2), lequel enjambe le bras de la Meuse devenu le boulevard de la Sauvenière (3). Repérons également la collégiale Saint-Jean (4), les remparts et la tour des Bégards (5), la collégiale Saint-Martin (6) – elle ne sera basilique qu'en 1886 – et l'abbaye bénédictine de Saint-Laurent (7).

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane   « Vue de l’Abbaye de Saint-Gilles prise du midy », gravure de Remacle Le Loup publiée dans les « Délices du Paï de Liége » de Pierre-Lambert de Saumery, l’un des plus beaux ouvrages imprimés du XVIIIe siècle. Le blason est celui de l’abbé Lambert Le Ruitte. Le monastère, à cette époque, connaît une opulence indéniable. Le verger de gauche préfigure l'actuel cimetière, et le long du mur passe aujourd'hui le boulevard Louis Hillier.

 

  À la fin du XVIIIème siècle, le nombre de chanoines réguliers ne cesse de diminuer, sans compter que la discipline religieuse connaît d’importants relâchements. En septembre 1785, l’abbé Laurent Chantraine et son chapitre adressent une supplique au pape Pie VI et au prince-évêque César-Constantin-François de Hoensbroeck ; ils demandent leur sécularisation et leur incorporation, avec leurs revenus, à la communauté de Saint-Jacques qui comporte moins de chanoines que les autres collégiales liégeoises. Leur requête est acceptée en février 1786. L’abbaye de Saint-Gilles est désertée après quelque sept siècles d’existence, son mobilier vendu aux enchères.

 À la suite du Concordat de 1801, l’ancienne église abbatiale reprend du service comme paroissiale. D’importants travaux sont nécessaires, de 1803 à 1807, pour transformer et remettre en état cet édifice désaffecté depuis dix-sept ans. Les autres bâtiments monacaux sont convertis en habitations.

 

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  Gravure représentant l’église Saint-Gilles vers 1850. Le porche d’entrée est celui érigé dans la première moitié du XVIIIe siècle par l’abbé Lambert Le Ruitte, qui a transféré le chœur sous la voûte de la tour. Le chemin est l’actuelle rue baptisée « cour Saint-Gilles ». À gauche et à l’arrière-plan, on aperçoit ce qui reste des anciens bâtiments abbatiaux.

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  L’intérieur de l’église en 1886, avec le maître autel situé sous la voûte du clocher depuis le milieu des années 1730.




 Le grand crucifix suspendu, en chêne polychromé, date probablement du XIIIe siècle. La tradition rapporte qu’un soldat calviniste, en 1600, a transpercé la poitrine de ce Christ d’une balle de mousquet, et que l’iconoclaste est tombé raide mort en sortant de l’église.

  Cette oeuvre gothique a été restaurée en 1885 par l’artiste liégeois Jules Helbig (1821-1906), peintre et historien de l’art belge.

  Tout au long du XIXème siècle, l’église a souffert des affaissements de terrain que provoque dans les alentours l’exploitation intensive du sous-sol houiller.

  En 1891, commence un chantier colossal dans le but de restaurer et agrandir l'édifice. La conception du projet est confiée à l’architecte gantois Auguste Van Assche, bien connu à Liège pour les importantes restaurations qu’il a déjà effectuées à Saint-Jacques, Saint-Denis, Saint-Martin ou Saint-Christophe.




  Ci-contre, les démolitions au pied de la tour dès 1891, préparatoires à l’ajout d’une nef occidentale.
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liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  L'avancement des travaux vers 1893, avec une nef occidentale ajoutée et la nef orientale en cours de restauration (à sa droite, on remarque le chevet semi-circulaire du chœur, remis à sa place initiale). L'église entièrement rénovée sera reconsacrée le 28 mai 1894 par l'évêque de Liège Victor Joseph Doutreloux.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane Depuis 1919, cette partie de la cour Saint-Gilles se présente comme une petite place publique.

   Depuis le tout début du XXe siècle, des religieuses françaises qui ont fui les lois anti-congréganistes en vigueur dans leur pays, sont installées dans les anciens bâtiments de l'abbaye bénédictine. Ce sont des sœurs de la Sainte-Famille du Sacré-Cœur, qui mènent une existence contemplative mais se consacrent aussi au catéchisme et aux œuvres paroissiales. Elles resteront là jusqu’en 1948, avant d’aller s’installer à Dinant.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romaneLe couvent des religieuses françaises en 1934.

 

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liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romaneAbandonnés en 1948, les bâtiments du couvent sont démolis à la fin des années 1950.

 

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  Cette maison (cour Saint-Gilles n° 31, photo de 1955), affectée aux œuvres paroissiales, comporte des éléments de murs qui constituent des vestiges de l'ancien couvent.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  L'église Saint-Gilles et le couvent en 1949. La photo est prise de la fin du boulevard Gustave Kleyer, là où il est coupé par la rue Henri Maus (le boulevard Louis Hillier n'existe pas encore).

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romaneL'église Saint-Gilles vue depuis la rue Henri Maus, pendant le percement, en 1967, du boulevard Louis Hillier.

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