25/02/2014

Le mémorial interallié de Cointe

   On parle beaucoup de ce mémorial à propos des commémorations, en août 2014, du centenaire de la première guerre mondiale. Il est même question, pour la circonstance, d'installer un phare au sommet du célèbre monument.

intro1.jpg

   Le point de repère pour situer la colline de Cointe est immanquablement ce mémorial qui émerge de l’horizon boisé, visible à des kilomètres à la ronde. L'ensemble majestueux, que l'on voit ci-dessous à la fin des années 1930 et pendant la campagne de restauration de 2007-2008, est composé d’une tour civile élancée et d’une église imposante.

memorial-cointe-1937 et 1998.jpgmemorial-cointe-liege-fin des annees 30.jpg   Ci-dessus, le mémorial de Cointe vu des Guillemins à la fin des années 1930 (avec la gare telle qu'elle a existé de 1863 à 1956).


  C’est au début des années 1920 que la Fédération interalliée des anciens combattants envisage la création, dans un pays fortement touché par le conflit, d’un complexe commémoratif à la gloire des soldats alliés morts au cours de la guerre mondiale qui vient de s’achever.

  En 1925, le choix final se porte sur la Belgique, et sur Liège en particulier, première ville en 1914 à s’être opposée efficacement à l’envahisseur, grâce notamment à la résistance héroïque de ses forts. Un comité international, placé sous la présidence de la princesse de Mérode, est constitué pour mener l’entreprise à bon terme, en sollicitant des souscriptions privées et publiques dans les États concernés.

  Le premier emplacement envisagé est situé à Fétinne, au confluent de la Meuse et de l’Ourthe, là où se trouvait le quartier du Vieux-Liège lors de l’Exposition universelle de 1905. Mais les organisateurs apprennent que les milieux catholiques liégeois préparent la construction, sur la colline de Cointe, d’un centre de pèlerinage consacré au Sacré-Cœur de Jésus, en reconnaissance de la protection divine dont le Pays de Liège a bénéficié durant les années d’occupation. À cette fin, l’ASBL « Monument régional du Sacré-Cœur », créée en 1923 sous l’égide de l’évêché, a d’ailleurs acquis un terrain dans le quartier Saint-Maur.

  Les deux initiatives prévoyant un édifice religieux 1, leurs responsables entament des pourparlers pour trouver une solution à ce préjudiciable double-emploi. Un accord d’association est finalement conclu : les projets sont fusionnés et l’implantation cointoise retenue.

  Les idées se multiplient quant à l’aspect du futur mémorial. La conception de l’ouvrage est soumise à un concours d’architectes, que remporte haut la main l’Anversois Joseph Smolderen (1889-1973), lequel participe à l’essor de l’Art déco dans les années 1920.

 

sacre-coeur-cointe.jpg   Parmi les projets architecturaux non retenus, figurait cette église du Sacré-Cœur surmontée d’une imposante statue du Christ, comme le désiraient initialement les autorités ecclésiastiques. Avant même que naissent les idées de centre de pèlerinage ou de mémorial, il était d’ailleurs question d’élever une statue monumentale du Sacré-Cœur au centre de l’étang du parc privé de Cointe.

memorial-cointe-projet_smolderen.jpgUn premier projet de l'architecte Joseph Smolderen.

chateau_tart-castel-cointe.jpg   Le terrain sur lequel on choisit d’implanter le mémorial est une ancienne propriété de la famille Tart-Beaujean, domaine arboré entourant une demeure néo-classique bâtie en 1883, que l’on appelle le château Tart ou encore le Castel. C’est en 1924 que l’ASBL cointoise « Monument régional du Sacré-Cœur » l’acquiert avec l’intention première d’y fonder un centre de pèlerinage dédié au Christ et à l’amour divin qu’il prodigue.

memorial-chateau_tart-cointe.jpg   Le Castel et le mémorial sur des cartes postales anciennes. Sur la seconde, le toit de l'immeuble a été camouflé par de la végétation dessinée. L'édifice religieux de style néo-byzantin est appelé à devenir l'église paroissiale de Cointe, consacrée à Notre-Dame de Lourdes et au Sacré-Cœur (on la qualifie à tort de basilique, car aucune autorité ecclésiastique ne lui a conféré ce titre).

memorial_cointe_premier_coup_de_pelle_1928.jpg   Le chantier du mémorial est confié aux firmes liégeoises Hallet et Poismans. C’est le 4 septembre 1928 qu'un certain colonel Brown, vice-président de la British Legion, donne le premier coup de pelle symbolique.

 

memorial-cointe-murs_soutenement.jpg  Vu le choix de son emplacement sur la colline de Cointe, à cause des dénivellations et des antécédents miniers du terrain*, d’importants travaux s’imposent pour consolider le sol : remblais , injections de mortier, construction de murs de soutènement...

* Les anciennes galeries de charbonnage ont aussi causé des problèmes à la fin du XXe siècle lors du percement du tunnel autoroutier sous la colline.

memorial-cointe-construction-clham.jpg   La tour du monument civil, haute de septante-cinq mètres (culminant à cent trente-cinq mètres au-dessus du niveau de la Meuse), est construite comme un gratte-ciel Art déco, composée de segments empilés de dimensions décroissantes, avec une ossature en béton armé et un revêtement de pierres de France.

memorial-cointe-construction-1934.jpg   Le chantier du mémorial en août 1934 (photo prise depuis le boulevard Kleyer, avec à l’avant-plan les maisons de la rue de Cointe devenue la rue Albert Mockel). L’église attend sa coupole extérieure qui supportera treize tonnes de feuilles de cuivre, métal en provenance du Katanga (Congo belge) et laminé dans les usines Cuivre et Zinc de Chênée.

memorial-cointe-coupole.jpg   Ci-dessus, le coffrage de la coupole intérieure. Ci-dessous, le dôme extérieur et le paysage environnant, avec notamment le couvent-pensionnat des Filles de La Croix qui fait l'objet d'une autre note.

cointe-depuis-basilique.jpg

 

memorial-cointe-inauguration_eglise_sacre-coeur.jpg   C'est le 22 mars 1936 que le sanctuaire est béni par le vicaire général Simenon. L'église est ouverte au culte bien que le manque de fonds n'ait pas permis de concrétiser le projet initial dans sa totalité.

memorial-cointe-inauguration_tour_civile_1937.jpg   Au pied de la tour, un escalier d’honneur en hémicycle conduit en contrebas à une esplanade circulaire bordée de huit pylônes, salle en plein air que jouxte une grande cour d’honneur rectangulaire. C'est là que se déroule, le 20 juillet 1937, l'inauguration officielle de l'infrastructure civile, elle aussi inachevée. La cérémonie a lieu en présence du roi Léopold III, accompagné de son frère Charles, comte de Flandre.

 

leopold III et papa Merx_cointe_1937.jpg   À la cérémonie d’inauguration, sont invités d’anciens combattants. Le souverain a l’occasion de serrer la main de « Papa » Merx et de l’aumônier militaire Henri de Groote. Le Liégeois Pierre Merx (1849-1938) avait 65 ans quand les troupes allemandes ont envahi la Belgique le 4 août 1914. Faisant valoir sa santé de fer et son passé militaire (il était affecté à la surveillance des frontières lors de la guerre franco-allemande de 1870), ce patriote a réussi à se faire engager au 1er régiment de volontaires ; il a exigé de combattre sur le front, où il s'est conduit en héros.

 

memorial-cointe-liege-1937.jpg   Le mémorial à la fin des années 1930, vu depuis les voies ferrées du côté des rues Mandeville et Marcel Thiry. La tour effilée et l’église massive, les Liégeois prennent l’habitude de les surnommer Laurel et Hardy, duo comique américain célèbre à l’époque.

  Il est déjà prévu, à l'époque, d'installer un phare giratoire au sommet de l'édifice civil, mais les menaces de guerre mettront un terme au projet.

bombardements_1944.jpg
  En 1944, les bombardiers américains s’acharnent sur les cibles stratégiques que constituent le réseau ferroviaire des Guillemins et de Kinkempois, ainsi que le viaduc de Sclessin et le pont du Val-Benoît.

bombardements-cointe-1944.jpg   Photo exceptionnelle prise en mai 1944 lors du pilonnage du Val-Benoît par des B-26 Marauder de l’USAF. On aperçoit nettement le parc privé de Cointe (1), le mémorial interallié (2), le viaduc de Renory (5) ; les fumées des bombardements masquent le pont ferroviaire du Val-Benoît (3) et la gare de triage de Kinkempois (4).

val_benoit-bombardements_1944.jpg

memorial-cointe-tour_1944.jpg   La tactique du tapis de bombes occasionne de nombreux dégâts collatéraux. La colline de Cointe n’est pas épargnée ; en mai, la tour du mémorial est éventrée.


  En 1949, la partie civile du site commémoratif devient la propriété de l’État, qui entreprend enfin des opérations de sauvegarde de 1962 à 1968. La direction du chantier est confiée à l’architecte liégeois Georges Dedoyard. Au terme de cette réfection, une nouvelle inauguration s’impose ; elle a lieu le 20 novembre 1968, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’Armistice, en présence du roi Baudouin et de la reine Fabiola.

 

(à suivre)

Commentaires

Avant guerre un phare fonctionnait déjà au sommet du mémorial de Cointe.

Écrit par : PONCIN | 27/07/2014

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.