17/05/2014

Le lieu-dit Paradis (ou Petit Paradis) et l'ancien chenal de Commerce

La chapelle du Paradis


  Le lieu-dit Paradis (ou Petit Paradis) se trouve à l’extrémité de l’avenue Blonden. Ce nom d’apparence religieuse ne provient pas de l’ancienne chapelle qui a disparu à la fin du XIXème siècle, mais d’une agréable propriété champêtre citée dès le XIIIème siècle, dite du « Paradis terrestre ».

chapelle paradis-liege-1850.jpg   La chapelle du Paradis en 1850, à l’angle du quai* et de la rue de Fragnée. Elle tire donc son appellation du quartier et non l’inverse. Ses origines remontent au milieu du XVIIème siècle : le terrain appartient alors à Henry Bonhomme, verrier réputé et bourgeois pieux qui désire y faire ériger un oratoire dédié à la Vierge ; le projet est accepté par les autorités épiscopales en 1647.
* Le quai de Fragnée ne s'appellera le quai de Rome qu'après 1923.

paradis-avenue blonden-liege-1962.jpg  Sur cette photo de 1962, le contenu du dessin de 1850 trouverait sa place dans le carré rouge. Ci-dessous, le même endroit en avril 2014, pendant le chantier de réaménagement des quais de la Meuse :
paradis-avenue blonden-chantier 2014.jpg

 

 

chapelle paradis-liege-inondation 1881.jpg   La vue ci-dessus date de la grande crue de 1880 : le bateau est supposé amarré le long du quai de Fragnée (l’actuel quai de Rome). La chapelle du Paradis est abandonnée, devenue inutile depuis la construction en 1874 de l’église Sainte-Marie des Anges de la place des Franchises. Délabrée, elle sera détruite en 1881. Ci-dessous, la même vue en 1962 et 2014 :
paradis-avenue blonden-meuse--liege-1962.jpg

paradis-avenue blonden-liege-meuse-2014.jpg


chapelle paradis-liege-1881.jpgLa chapelle du Paradis abandonnée après 1874. Les deux photos qui suivent témoignent de l'évolution du lieu au début du XXe siècle :paradis-liege-debut XXe.jpg   La maison garnie d’une tourelle fait partie des embellissements apportés au quartier en vue de l’Exposition universelle de 1905. À l’autre coin de la rue de Fragnée, le bâtiment avec loggia date de 1916, même s’il se donne des airs plus anciens.

paradis-liege-1954.jpg   La résidence Petit Paradis est le premier immeuble en hauteur du quartier ; elle remplace la maison à tourelle depuis 1937 (mais la photo date des années 1950).

 

Le chenal de Commerce

 

  À la fin du XIXe siècle, le plan urbanistique d'Hubert Guillaume Blonden* modifie profondément cet endroit de la ville, avec notamment la création du parc d'Avroy, de l'avenue Rogier, des Terrasses et du boulevard Frère-Orban.
* Ingénieur et directeur des travaux publics de 1857 à 1880.

  Dans le cadre de ces transformations pharaoniques, un chenal portuaire est aménagé dès 1878 le long du redressement de la Meuse, côté rive gauche, du Paradis jusqu’au boulevard Piercot.

petit paradis-liege-chenal de commerce 1904.jpg  Ci-dessus, la Meuse et le chenal sur une carte postale affranchie en 1904. Ci-dessous, la même perspective en août 2013, lors du chantier de réaménagement des quais et de l'avenue Blonden :chantier-amenagement des quais-paradis-liege-2013.jpg

 

chenal-paradis-liege-1909.jpg  Le chenal latéral est séparé de la Meuse par une jetée servant de débarcadère ; il est réservé aux bateaux transportant des marchandises, car le transport de passagers par bateaux-mouches s’effectue sur le cours principal du fleuve, régulé par un barrage à aiguilles.

chenal-paradis-liege-entree 1897.jpg  L’entrée du chenal du côté Paradis en 1897. La maison dotée d’une tour crénelée est celle de l’éclusier. Dans le fond à gauche, s’alignent les immeubles bourgeois du boulevard Frère-Orban.

maison eclusier-paradis-liege.jpg

maison eclusier-chenal paradis-liege-debut XXe.jpg
Gros-plan sur la maison de l’éclusier, qui a l’aspect d’un petit manoir.

chenal paradis-liege-peniche voile.jpg  Une péniche s’approche de l’entrée du chenal. À la fin du XIXe et début du XXe siècle, beaucoup d’embarcations naviguent encore à la voile.

chenal paradis-bateau mouche.jpg   Le bateau-mouche à vapeur, lui, emprunte le cours normal du fleuve ; son embarcadère est situé un peu plus loin sur la jetée, près de l’évêché.

bateau mouche-meuse-liege-1903.jpg  À l'époque, les bateaux-mouches sont affectés au transport en commun de passagers et assurent des liaisons régulières avec d'autres localités comme Visé, Seraing, Huy, Dinant... De nos jours (ci-dessous), le « Pays de Liège » propose des croisières touristiques ou festives :
bateau pays de liege.jpg

 

maison eclusier-paradis-liege-1909.jpg  La passerelle d’accès à la maison de l’éclusier est un pont tournant qui pivote quand il faut laisser passer les bateaux.
chenal paradis-liege-maison eclusier-pont tournant.jpg

chenal-paradis-liege-pont tournant-peniche 1904.jpg

chenal-paradis-liege-remorqueur vapeur.jpg  Le pont tournant a ouvert la voie à un remorqueur à vapeur, venu tracter les péniches non motorisées. Un chemin, le long de la berge, permet aussi le halage par des chevaux de trait.

bateaux mouches-meuse-liege-debut XXe.jpg   Les bateaux-mouches sur la Meuse à la hauteur du Petit-Paradis. De la colline, à l’horizon, émergent l'église Saint-Gilles et les belles-fleurs des charbonnages de La Haye. Ci-dessous, le même endroit au début des années 1960 :
meuse-paradis-liege-annees 1960.jpg

 

chenal paradis-liege-debut XXe.jpgLe chenal de Commerce à proximité du pont éponyme (aujourd'hui le pont Albert 1er).

chenl et pont de Commerce-liege-debut XXe.jpg  Une arche du pont de Commerce enjambe le chenal du côté des Terrasses (voir aussi photo suivante, qui date des années 1920) :
terrasses-chenal de commerce-liege-1920.jpg

 

 

ecluses-chenal-boulevard frere orban-liege-debut XXe.jpg  Le chenal portuaire le long du boulevard Frère-Orban, photographié au début du XXe siècle depuis le pont de Commerce. Ci-dessus, le même endroit en 2014 :
boulevard frere orban-liege-2014.jpg

 

quai-eveche-liege-debarcadere debut XXe.jpg  La flèche désigne le débarcadère des bateaux-mouches, que l'on voit aussi sur les deux documents suivants :
debarcadere bateaux-mouches_liege-eveche.jpg

bateaux mouches-boulevard frere orban-liege-debut XXe.jpg


La fin du chenal

 
  Inondant un tiers de la ville, les crues exceptionnelles de l’hiver 1925-1926 se sont moquées des améliorations apportées au réseau hydrographique à la fin du XIXe siècle. Dès 1928, des fonds sont libérés, avec l’aide d’une Commission nationale, pour entreprendre de nouveaux travaux d’approfondissement, d’élargissement et d’endiguement du fleuve.

  Pour stabiliser le cours de la Meuse, un pont-barrage est construit en 1930 au niveau de l’île Monsin, zone qui accueille, dès 1937, le port autonome de Liège. La nouvelle infrastructure est bientôt reliée au port d’Anvers grâce à l’inauguration du canal Albert en 1939, dans le cadre de l’Exposition universelle de l’Eau que la déclaration de guerre a interrompue.

 Toutes ces circonstances rendent obsolètes le barrage à aiguilles à proximité du pont de Commerce et le chenal éclusé qui longe le boulevard Frère-Orban depuis 1878.

chenal-boulevard frere orban-liege-remblayage (3).jpgCette vue date de la fin des années 1930. La résidence Petit Paradis vient d'être érigée en 1937, année où l'on a inauguré la tour civile du mémorial interallié de Cointe (l'église du Sacré-Cœur l'a été l'année précédente). Remarquez que le chenal de Commerce a été comblé et que l'on réaménage cette rive de la Meuse. Rive que la photo suivante propose en 2009 :
meuse-pont albert-boulevard frere orban-liege-2009.jpg

  Les deux photos qui suivent montrent le remblayage progressif du chenal dans le courant des années 1930 :
chenal-boulevard frere orban-liege-remblayage fin annees 1930 (1).jpg

chenal-boulevard frere orban-liege-remblayage-fin annees 1930 (2).jpg

 

chenal remblaye-liege-sept 1944.jpg  Le document ci-dessus date de septembre 1944. Le pont de Commerce ayant été saboté dès le début de la guerre, les soldats américains du génie aménagent des pontons supportés par des canots pneumatiques. On distingue, à l’arrière-plan, la résidence Petit Paradis de 1937. Les camions, à droite, sont stationnés sur l’ancien chenal récemment comblé. Ci-dessous, la même rive de la Meuse en 1979 :
vue aerienne heliport-liege-1979.jpg

 

futur port de plaisance-liege.jpg  Seule, cette partie de l'ancien chenal n’a pas été comblée, en prévision d’y établir un port de plaisance (l’actuel port des yachts), que l'on découvre ci-après en 1962, 1977 et 2014 :
port de plaisance-liege-1962.jpg

port de plaisance-liege-1977.jpg

port de plaisance-liege-2014.jpg

 
Revenons-en au lieu-dit Paradis :

paradis-liege-tunnel routier 1968 (1).jpg  Cet endroit est choisi, en 1968-69, pour installer la centrale à béton qui sert à la construction simultanée des tunnels routiers du Petit Paradis, du pont roi Albert 1er et de l’Évêché.

paradis-liege-tunnel routier 1968 (2).jpg  1968-1969. Lors des terrassements nécessités par la réalisation du tunnel routier Petit Paradis (on aperçoit dans le fond l’avenue Blonden et le boulevard Frère-Orban), les ouvriers ont dû s’attaquer, au marteau-piqueur, à des fondations témoignant des anciennes berges de la Meuse et de ses installations portuaires.

 

chantier-paradis-liege-2014.jpg  L'histoire serait-elle un éternel recommencement ? La photo ci-dessus date d'août 2013, pendant le chantier de réaménagement des quais de la Meuse, du Paradis aux Prémontrés (Évêché).


D'autres photos de ce chantier sur http://liege-photos.skynetblogs.be/quais-de-la-meuse/

 

Cet article constitue un des chapitres du livre présenté ci-dessous, lequel raconte l'histoire des anciens bras de la Meuse devenus grands boulevards :

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14:48 Écrit par Claude WARZÉE dans Guillemins et environs, Quais de la Meuse | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Je me rappelle que ma tante m'avait emmené voir les soldats américains construire le pont sur bateaux, ce que l'on voit sur votre photo. Nous y avons assisté à la traversée de la première jeep, sous les encouragements des autres GI's. Je devais avoir 5 ans. Le Brd d'Avroy n'était qu'un grand camp militaire à l'époque. Dans mon souvenir la construction semblait plus désordonnée, dans la boue de la rive avec des bulldozers, machines inconnues en

Écrit par : SIMON | 07/09/2014

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Merci beaucoup pour vos explications claires, précises et illustrées. J'ai appris énormément de choses sur ma ville.

Écrit par : Cécile | 03/04/2016

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