25/09/2014

La rue et la passerelle de la Régence, l'hôtel des Postes

  Aidons-nous de cette vue (Julius Milheuser, 1649) pour vous rappeler le réseau hydrographique liégeois d'antan :
vue-liege-milheuser-1649.jpg  La Meuse, qui coule alors à l'emplacement du boulevard d'Avroy, se scinde aux abords de l'église des Augustins (1). Son cours principal préfigure le boulevard Piercot (2), tandis qu’un diverticule décrit une vaste boucle qui circonscrit le quartier de l’Isle (l’Île) ; ce bras de la Sauvenière (3), après le pont d’Île (4), se divise en de multiples ramifications, zone remplacée de nos jours par les quartiers Régence (5) et Université.

  Rapprochons-nous des lieux qui nous font l'objet de cet article :
milheuser-pont d'île liege 1649.jpg1. La collégiale Saint-Paul / 2. Le couvent des Dominicains / 3. Le pont d'Île / 4. La place aux Chevaux (future place de la République française) / 5. La place Verte / 6. La cathédrale Saint-Lambert (future place du même nom) / 7. La collégiale Saint-Denis / 8. Le bief Saint-Denis (future rue de la Régence) / 9. Le collège des Jésuites wallons (à l'emplacement de l'université de Liège).

  Voici les mêmes endroits sur un plan de 1720 (dû au jésuite Christophe Maire). Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre. Le coloriage bleu permet d'identifier le bief Saint-Denis devenu la rue de la Régence :
plan-liege-1720.jpg

place aux chevaux-liege-XVIe.jpg  Ci-dessus, le canal* de la Sauvenière et la place aux Chevaux au XVIe siècle, vus depuis le pont d'Île.
* Ce bras de la Meuse est souvent appelé « canal », dans les documents anciens, parce que son cours naturel a été rectifié et approfondi à la fin du Xe siècle, sous le règne du premier prince-évêque Notger.


  Ci-dessous, le même endroit en 1835, après voûtage des bras de la Meuse et création de la place du Spectacle (voir page consacrée au quartier de l'Opéra) :
place du theatre-liege-1850.jpg  L'immeuble de droite, sur la gravure ci-dessus, bâti en 1830 à l'angle des rues de l'Université et de la Régence, a primitivement appartenu à Dominique Avanzo, éditeur et marchand d'estampes. Ce lien mène à un plan de Liège publié par lui en 1838.

pont d'ile-liege-1820.jpg  Ce dessin du britannique George Arnald, gravé par son compatriote Samuel William Reynolds, représente le pont d'Île vers 1820, lequel ne comporte plus que trois arches sur les onze d'origine (le reste de l'ouvrage, bordé de maisons, est devenu une rue). La fontaine datant du XVIIIe siècle disparaîtra en 1848.

  Voici le même endroit en 1975 et 2014 :
pont d'ile-liege-1975.jpg

pont d'ile-liege-2014.jpg

 

pont torrent-liege-1820.jpg  Ce dessin de George Arnald, gravé par Charles Turner, représente le bief Saint-Denis avant 1825, avec le pont du Torrent. La tour dont on voit le sommet sur la gauche est celle de la collégiale Saint-Denis.

  Ci-dessous, la rue de la Régence actuelle :
rue de la regence-liege-2014.jpg


  Au début du XIXe siècle, le bief Saint-Denis, fortement réduit par les atterrissements, n'est plus qu'un cloaque infect rempli d'ordures et dégageant des odeurs malsaines*. En 1823, de nouvelles plaintes de la part des riverains poussent les autorités communales à envisager la transformation du vieux bief en canal voûté, avec l'aménagement en surface d'une nouvelle artère (il en est de même pour le bief Saint-Jean qui deviendra la rue de l'Université)**. Le chantier débute en 1825 pour se terminer en 1829, après diverses modifications apportées au projet, notamment en ce qui concerne la largeur de la voirie.
* Jusqu'au XVIIIe siècle pourtant, le courant a permis d'activer deux moulins de la collégiale Saint-Denis.
** C'est aussi l'époque où on projette la création de la rue de la Cathédrale.

 
Sous le régime hollandais, le terme « Régence » désigne l'autorité communale. La nouvelle rue porte donc le nom de l'institution politique qui l'a créée.



*  *  *  *  *

  Les cartes postales anciennes qui suivant nous montrent la rue de la Régence au début du XXe siècle. Quelques vues actuelles permettent la comparaison avec la situation actuelle :

rues regence universite-liege-debut XXe.jpg  À l'angle des rues de la Régence et de l'Université, la maison Avenzo a laissé place au magasin Mauguin.

rue regence universite-liege-2014.jpg

rue de la regence-liege-debut XXe(2).jpg

rue de la regence-liege-debut XXe(1).jpg

rue de la regence-liege-2014(2).jpg


rue de la regence-liege-debut XXe(3).jpg  À l'emplacement indiqué par la flèche, s'ouvre la rue Pont-Thomas, dénommée ainsi en souvenir d'un ancien pont sur le bief Saint-Denis.

rue de la regence-liege-la wallonie_1925.jpg  En 1922, le journal quotidien La Wallonie acquiert l'immeuble désigné par la flèche. La petite photo* montre cet immeuble en 1925, agrandi et transformé par l'architecte Jean Moutschen.
* Photo extraite du site de l'Institut liégeois d'histoire sociale.

 

rue de la regence-liege.jpg  Sur la photo de gauche (années 1940, tout début 50), le Priba est entouré des cinémas l'Américain et le Mondain.

rue de la regence-liege-tram vert.jpg  Un tram vert SNCV et un bus de la STIL au milieu des années 1960. Le cadre de cette scène est figuré en rouge sur la photo suivante :
rue de la regence-liege-2014(3).jpg


L'hôtel des Postes (ou Grand-Poste)

  Au milieu des années 1890, une série d'immeubles sont abattus à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse, ainsi que dans le quartier voisin du Chaffour*. Tous les décombres doivent être enlevés pour mai 1896, date à laquelle commence la chantier du nouvel hôtel des Postes.
* Le quartier des fours à chaux (la rue Florimont, initialement « flairmont », rappelle l'ambiance odorante de ces installations). Il s'agit à cette époque d'un quartier fort populeux et insalubre qu'il est temps d'assainir.

quai sur meuse-halle-liege-1890.jpg  Les bâtiments que l'on aperçoit dans le fond, sur ce cliché de 1890, sont ceux situés à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse. À l'avant-plan, il s'agit du marché aux légumes qui se tient là, à l'époque, tous les matins.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
grand-poste_liege_2014.jpg

 

quais sur meuse-liege-1890.jpg  Ci-dessus, les cafés et hôtels du quai sur Meuse qui ont été détruits pour permettre la construction de la Grand-Poste, que l'on voit en chantier ci-dessous :
construction grand-poste_liege.jpg

 

rue de la regence-liege-1890.jpg  Ci-dessus, le marché en 1890. À comparer avec les deux photos suivantes, prises pendant la construction de l"hôtel des Postes :
rue de la regence-liege-1900.jpg
marche-construction grand-poste_liege-1900.jpg

 

passerelle-construction grand-poste_liege_1896-1901.jpgL'hôtel des Postes inachevé, vu depuis la passerelle de la Régence.

grand-poste_liege_1905.jpg  L'hôtel des Postes tout neuf, édifié dans un style ogival XVIe siècle, selon les plans de l'architecte Edmond Jamar. Il a été inauguré le 16 décembre 1901. Les services postaux sont alors en plein essor, ce qui justifie l'ampleur du bâtiment.

grand-poste_liege_interieur 1903.jpgL'intérieur de la Grand-Poste à ses débuts.

 grand-poste_liege-halle-1901.jpg  Revenons-en au marché aux légumes. La construction que l'on aperçoit à moitié sur la droite de la vue ci-dessus, c'est la halle à la criée.

Halle quai sur meuse-liege-1901.jpg  La halle à la criée existe depuis 1868. Elle est entourée d'échoppes pittoresques, et le marché aux légumes (auxquels s'associent fruits et fleurs) s'étend aussi sur l'ensemble du quai sur Meuse et sur la place Cockerill voisine.

grand-poste_liege_debut XXe(1).jpg  La halle disparaît peu après la mise service de la Grand-Poste. Peut-être pour mieux mettre en valeur le prestigieux bâtiment que l'on vient d'ériger.

marche quai sur meuse-liege-1954.jpg  Le marché aux légumes en 1954. Les maraîchers ne quitteront cet endroit qu'en juillet 1963, quand le marché matinal s'installera à Droixhe.

grand-poste_rue de la regence_liege-annees 1960.jpgVue sur la rue de la Régence dans les années 1960.

projet_grand-poste-liege.jpg  La Grand-Poste, désaffectée depuis le début du millénaire, est actuellement au centre d'un vaste projet de réhabilitation, qui envisage l'aménagement d'une galerie commerciale au rez-de-chaussé du bâtiment existant (façades et toitures classés depuis 2002) et la construction d'un appart-hôtel à l'angle des rues de la Régence et Florimont. Le promoteur attend, pour commencer le chantier, que la Ville concrétise le parking promis sous la place Cockerill et le quai sur Meuse...

 

  La passerelle de la Régence


  Bien que le projet ait été imaginé dès 1874, il faut attendre septembre 1880* pour que cette passerelle soit terminée et ouverte aux piétons, diverses crues ayant retardé les travaux et même mis l'ouvrage en péril.
* Le 17 septembre, jour de la Saint-Lambert, patron de la ville.

 
Les Liégeois l'appellent communément « la Passerelle », mais elle porte en réalité le nom de « passerelle de la Régence », du même nom que la rue qu'elle prolonge et dont elle a d'ailleurs accéléré le développement. D'aucuns disent néanmoins « passerelle Saucy », en référence boulevard* auquel elle mène en Outremeuse.
* Ce boulevard est un ancien bief asséché en 1872-73. L'appellation « Saucy » aurait un rapport avec « saussaie », lieu planté de saules.

passerelle-liege_1880-1940.jpg  La passerelle de la Régence première du nom (1880-1940), vue d'Outremeuse. Ci-dessous, de nos jours :
passerelle-liege-2014(2).jpg

passerelle-liege-debut XXe.jpg  La passerelle vue du quai des Pêcheurs (quai Édouard Van Beneden depuis 1920), avec la Grand-Poste à l'arrière plan.

passerelle-liege_saint-pholien_1902.jpg  La passerelle vue du quai Roosevelt au tout début du XXe siècle. L'église Saint-Pholien dont on voit le clocher sur la droite sera détruite en 1910 dans le cadre d'un plan de voirie, puis remplacée par un édifice néogothique en 1914.

passerelle-liege-1901.jpg

passerelle-liege-belle_epoque.jpg  Autrefois, se faire photographier sur la passerelle, avec la Grand-Poste en toile de fond, est un événement exceptionnel. Ci-après, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2014(1).jpg

passerelle-liege-1905.jpg  Le quai des Pêcheurs en 1905 (qui deviendra le quai Van Beneden en 1920), avec l'arrêt du tram Liège-Barchon. À l'arrière-plan : la passerelle et pont des Arches.

passerelle-quai pecheurs-liege-debut XXe.jpg

passerelle-liege-escaliers-debut XXe.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle à la hauteur du boulevard Saucy, au début du XXe siècle. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2014(3).jpg

passerelle-quai sur meuse-liege-début XXe.jpgCi-dessus, le quai sur Meuse au début du XXe siècle. Ci-dessous, de nos jours :passerelle-liege-2014(4).jpg

passerelle-liege-apres 1910.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle, du côté du quai sur Meuse, avec à l'arrière-plan gauche l’église Saint-Pholien due en 1914 à l'architecte Edmond Jamar (celui de l'hôtel des Postes). Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2013.jpg

passerelle-liege-1940.jpg  Ci-dessus, la passerelle détruite en 1940. Ci-dessous, sa reconstruction après-guerre (inauguration en 1949) :
passerelle-liege-reconstruction apres guerre.jpg

passerelle_liege_après-guerre.jpgLa passerelle deuxième génération, telle qu'on la connaîtra dans les années 1950 et 60.

passerelle-quai sur meuse-liege-1962.jpg  L'accès à la passerelle du côté rive gauche en 1962. Au début des années 1970, cet accès sera modifié, avec une rampe allongée qui enjambera le quai devenu une voie rapide (situation actuelle sur la photo suivante) :
passerelle-liege-2009.jpg

document_ville de liege.jpg  Au milieu des années 1990, a lieu l'opération « Liège retrouve son fleuve ». Il s'agit de rendre aux piétons les berges de la Meuse conquises par l'automobile au cours des décennies précédentes. Le dessin ci-dessus, extrait d'une brochure de la Ville expliquant le projet, représente le quai de la Batte et le quai sur Meuse idéalisés. Un rêve non encore réalisé !

passerelle.jpg  C'est dans le cadre de cette opération, en 1994, qu'est construit ce plan incliné du côté rive droite, avec la rampe qui passe en porte-à-faux sur le fleuve.

passerelle-liege-ravel-1994.jpg  1994. L'opération « Liège retrouve son fleuve » permet le réaménagement de la promenade le long de la Meuse et la création d'un Ravel.

 

17/09/2014

Les Grands Champs de Saint-Gilles

place des grands champs-liege-2014.jpg  La place des Grands Champs de nos jours, avec dans le fond l'église romane Saint-Gilles. À gauche, le côté pair de la rue de Tilleur est situé sur le territoire de la commune de Saint-Nicolas ; à droite, le côté impair de la rue de Tilleur et celui de la rue des Grands Champs font partie de Liège.

  Voici la même perspective dans la première moitié du XXe siècle :
place des grands champs-liege-1930.jpg  Le texte de la carte postale ci-dessus est erroné, car le gibet des Grands Champs de Saint-Gilles ne s'est jamais trouvé à cet endroit. Jusqu'en 1901, c'est une grande mare appelée « le flot de Saint-Gilles » qui occupe la quasi-totalité de l’espace. Au XIXe siècle, on y puise l’eau pour alimenter les machines à vapeur de la houillère Piron située non loin de là (site dépendant du charbonnage de La Haye : voir autre note).

grands champs_saint-gilles_carte ferraris.jpg  Ce fragment de carte Ferraris* nous permet de situer avec précision l'emplacement du lieu d'exécution. De haut en bas, les flèches désignent l'abbaye de Saint-Gilles (voir autre note), la rue des Grands Champs et le fameux gibet, sis en bordure d'un sentier devenu la rue de la Justice, sur le territoire donc de la commune de Saint-Nicolas. Remarquons que toute la zone des Grands Champs n'est pas cultivée, vu l'horreur qu'inspire la potence et la présence probable de cadavres enterrés sommairement dans les alentours.
* La carte de Ferraris ou carte des Pays-Bas autrichiens est une carte historique établie entre 1770 et 1778 par le comte Joseph de Ferraris, directeur de l'école de mathématique du corps d'artillerie des Pays-Bas.

 

plan_grands champs_saint-gilles_liege_1874.jpg  Ce plan de 1874 (dressé par M. Nagant, ingénieur du charbonnage de La Haye) nous montre la rue de Tilleur (1), la rue des Grands Champs (2), la rue Ferdinand Borny (3)*, la rue Bois Saint-Gilles (4), la rue Piron (5), le site Piron du charbonnage de La Haye (6), la rue de la Justice avec l'emplacement de l'ancien gibet (7) et le cimetière de l'ermitage dont nous parlerons plus loin.
* À l'époque, le boulevard Kleyer n'existe pas. Ce chemin se prolonge jusqu'au charbonnage du Bois d'Avroy, situé au sommet de la rue de Joie (dans l'actuelle rue Julien d'Andrimont, voir autre note).



* * * * *

  Aux premiers temps de la Cité de Liège, les exécutions capitales ont lieu à l’emplacement de l'actuel quartier militaire Saint-Laurent, ancienne abbaye bénédictine fondée au début du Xie siècle. C’est probablement lors de la construction de ces bâtiments monacaux que le lieu de souffrance est transféré plus haut sur la colline.

 L’existence aux Grands Champs du lieu de justice de la principauté n’est cependant attestée qu’au début du XVe siècle, dans un écrit du chroniqueur Jean de Stavelot.

 À cause des funestes installations, les Grands Champs de Saint-Gilles constituent jadis un endroit malfamé et presque désert. Le lieu est sinistre, avec des terrains laissés en friche et mal entretenus. Des brigands trouvent repaire dans les bois avoisinants et sévissent dans les chemins bordés de buissons, propices aux traquenards. Sous l’Ancien Régime, l’imagination populaire y suppose même des sabbats de sorcières. Au début du XIXe siècle encore (le régime français a pourtant mis fin aux exécutions à cet endroit), le quartier n’est fréquenté que si la nécessité l’exige ; s’il s’urbanise par la suite, c’est grâce au développement de la houillère Piron.

 Revenons-en au gibet. Haut de quatre mètres cinquante environ, il est composé de trois colonnes de pierre disposées en triangle, et les poutres qu’elles supportent permettent neuf pendaisons simultanées. Les bourreaux procèdent aussi à d’autres châtiments : la décapitation, le bûcher et le supplice de la roue.

  On n’exécute à Saint-Gilles que les malfaiteurs non citoyens liégeois. Les citadins subissent leur peine sur la place du Marché, ou sur les degrés de la cathédrale Saint-Lambert s’ils sont de condition sociale élevée.

gibet_saint-gilles_liege-1786.jpgLa gravure ci-dessus est extraite de « La vie de Jacques Pierlot » (Liège, 1786), ouvrage qui raconte « la dégradation et le supplice » d’un prêtre d’origine verviétoise, que les dettes de jeu ont poussé au vol puis au meurtre.

 

 Les condamnés en provenance de l’Official*, quand ils arrivent en charrettes au sommet de la colline Saint-Gilles, sont conduits à la potence par un petit chemin dit des « Patients » (du latin « patiens », « qui souffre »). Situé du côté des prairies surplombant le Laveu, cet itinéraire les fait passer à l’arrière de l’abbaye pour les empêcher d’y demander le droit d’asile.
* Situé au centre de Liège sur le site de l’actuel îlot Saint-Michel, le bâtiment de l’Official, sous l’Ancien Régime, abrite une cour de justice ecclésiastique, avec cachots et salle de torture.

ruelle des patients_saint-gilles_liege_fin XIXe.jpg  Le dessin ci-dessus représente le chemin des Patients à la fin du XIXe siècle. Les bâtiments attenant à l’église Saint-Gilles constituent les derniers souvenirs d'une ancienne abbaye. La tradition désigne la maison haute et étroite, aujourd’hui disparue, comme celle du cloutier, mais aussi du bourreau.

 
Ci-dessous, le même endroit au début des années 1950 (en 1967, le chemin et les prairies à l'avant-plan feront place en 1967 au boulevard Louis Hillier, jonction entre les boulevards Gustave Kleyer et Sainte-Beuve) :
eglise saint-gilles_liege_1950.jpg


* * * * *

 

rue de la justice_saint-nicolas_1950.jpg

rue de la justice_saint-nicolas_1949.jpg  Ces deux photos présentent la rue de la Justice en 1949-50. Les bâtiments au-dessus à gauche de la pente sont des vetiges du charbonnage Piron, fermé en 1930.

  À l'époque du gibet, ce tronçon en pente s’appelle le chemin des Suppliciés. C’est par là que des religieux emportent les supliciés au cimetière de l’ermitage de Tilleur*, sur le Vieux Thier (voir carte au début de cet article), où ils les enterrent après avoir leur avoir assuré des obsèques chrétiennes. Une expression wallonne provient de ces temps anciens : « Vas ti fé pinde à Sint-Djîle, t’ârès t’messe payèye » (« Va te faire pendre à Saint-Gilles, tu auras ta messe payée »). La première partie de la locution, utilisée seule, est restée pour éconduire un importun.
* Cette petite communauté de moines reclus est déjà citée au milieu du XIVe siècle.

 

morgue_ermitage_vieux thier_tilleur.jpg
Morgue de l'ermitage, où l'on dépose les corps avant leur inhumation.

 
  Au XVIIIe siècle, l'ermitage compte trois maisons abritant les desservants du cimetière. De ces temps lointains, ne subsiste qu'une croix en pierre qu'on a plantée au sommet à droite de la partie champêtre du Vieux Thier (photo ci-dessous) :
croix_ermitage_vieux thier_saint-nicolas_2014.jpg

  Cette croix, qu'on surnomme la « croix des pendus », portait cette inscription aujourd'hui effacée par le temps : « Très-noble et Rd Seigneur Philippe baron d'Eynatten de This, abbé de St-Gilles, a accordé cette place à la compagnie des pauvres prisonniers pour sépulture aux suppliciés, bénite l'an 1701 du temps-Thonnart et d'Engis. M.R.T.I.5 ».              

croix_ermitage_tilleur_1701.jpg

histoire de liège,saint-gilles,grands champs,tilleur,vieux thier,gibet,rue de la justice,chemin des patients,ermitage de tilleur,croix des pendusLa flèche désigne l'emplacement de la croix des pendus, dissimulée dans la végétation du Vieux Thier.

emplacement vieil ermitage vieux thier.jpg  Sur cette vue aérienne, on découvre la configuration actuelle des lieux, avec la rue du Vieux Thier (1) et l'endroit où se trouvait l'ermitage (2). Le paysage a été bouleversé, de 1923 à 1930, lors de la création de la ligne de chemin de fer, chantier qui a nécessité le percement d'un tunnel sous la colline.


 Terminons par ces deux vues de la rue des Grands Champs, dans un sens puis dans l'autre, au début des années 1950 :
rue des grands champs-liege-annees 1950.jpg

rue des grands champs-liege-1954.jpg

 

 

Ouvrages de référence :

André DE BRUYN, Histoire des rues et des lieux-dits de la commune de Saint-Nicolas, éditions Dricot, Liège, 1987.

Pol SCHURGERS, La justice aux Grands Champs de Saint-Gilles (fascicule dactylopgraphié).

Jean BROSE, Les Grands Champs de Saint-Gilles, revue « Si Liège m'était conté », n°62, 1977.

Claude WARZÉE, Liège autrefois, les quartiers et leur histoire : Cointe, Haut-Laveu, Saint-Gilles, Burenville, éditions Noir Dessin, Liège, 2013
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07/09/2014

Hocheporte

hocheporte-liege-2013.jpgLe carrefour de Hocheporte en août 2013, et ci-dessous dans l'autre sens en 2014 :hocheporte-liege-2014b.jpg

  Ce quartier tient son nom d'une ancienne porte fortifiée établie dans les murailles construites au début du XIIIe siècle. Murailles que nous rappelle aussi la rue des Remparts.

  Le nom « Hocheporte » proviendrait d'un propriétaire local nommé Hacar. Au XIIIe siècle, on trouve en effet l'appellation « Hacarporte » (puis « Hachaporte » au XVe et « Hochaporte » au XVIIIe).

  Situons cette porte sur la vue ci-dessous, due à Julius Milheuser en 1649 :
liege_milheuser_1649.jpgIdentifions les églises Saint-Martin (1) et Saint-Séverin (2). À cette époque, la rue d'Agimont* (3) se situe dans le prolongement de la rue Fond Saint-Servais (4), près du couvent Sainte-Claire** (5). Au sommet de la rue Hocheporte (6), s'ouvre l'arcade fortifiée (7), comprise dans la muraille entre le collège des jésuites anglais (8) et le bastion du Saint-Esprit*** (9). Au-delà du rempart, commence le faubourg Hocheporte **** (10).
* Du nom, sans certitude, d'un ancien propriétaire local (« Agiermont » au XIIIe siècle).
** Voir autre note.
*** Fortification réédifiée au début du XVIIe siècle au sommet de l'actuelle rue Mississipi, sous la magistrature du bourgmestre Philippe du Saint-Esprit (surnom de Philippe le Rousseau).
**** Un faubourg est au départ un quartier en dehors du bourg, au-delà donc des murailles.

 

Recherchons les mêmes lieux sur ces deux autres plans, le premier de 1720, le second de 1810
(cliquer dessus permet de les agrandir) :
plan_liege_maire_1720.jpg

plan_1810.jpg

  La Hocheporte d'antan est détruite en 1821, sous le régime hollandais, et ses matériaux servent à la reconstruction de la citadelle sur les hauteurs de Sainte-Walburge. On réédifie toutefois une arcade en 1824 ; il ne s'agit dès lors plus d'un ouvrage monumental, mais d'une simple voûte en briques sans caractère, qu'on décidera de démolir en 1852 et dont les derniers vestiges ne seront enlevés qu'en 1886
.

hocheporte-liege-ruines-fin XIXe.jpg  Ci-dessus, les ruines de la porte après 1852 (dessin d'Alfred Ista). La tour carrée, sur la droite, est celle d'une maison de la rue Hocheporte, dans sa partie jadis située à l'extérieur de l’enceinte fortifiée.

  Sur le dessin qui suit (œuvre d'Adolphe Dubois), on découvre précisément cette partie supérieure de la rue Hocheporte en 1880. On y retrouve la maison avec la tour carrée (qui a perdu sa toiture pyramidale) :
rue hocheporte-liege-1880.jpg  Tour carrée toujours existante, comme le montre cette photo actuelle de la rue Hocheporte (vue dans l'autre sens par rapport au dessin qui précède) :
rue hocheporte-liege-google maps-2013.jpg

  Mais revenons-en aux anciennes murailles. Voici ce qui subsiste du bastion du Saint-Esprit au XIXe siècle (œuvre de G.F Sargent, peintre et dessinateur anglais actif dans les années 1830 à 1870), avec la rue des Remparts à l'emplacement de l'ancien chemin de ronde :
bastion saint-esprit-hocheporte-liege-XIXe.jpg

remparts-hocheporte-mississipi-liege-2014.jpg  Ci-dessus, l'état actuel du rempart à l'angle des rues Mississipi* et Louis Fraigneux**.
* L'emplacement de cette rue servait autrefois de fossé à la muraille. L'appellation « Mississipi » remonte au XVIIIe siècle, probablement à cause de l'engouement que suscitait alors l'exploration du Nouveau Monde.
** Louis Fraigneux (1863-1938), échevin liégeois et conseiller provincial.

remparts-mississipi-liege-2014.jpg  Cette haute muraille, composée de briques et de boutisses en pierre de taille, est donc une section des anciens remparts de la ville. Dès le XVIIIe siècle, des parcelles de terrain situées à son sommet sont données en location à des particuliers. Avec la vente de ces biens au cours du XIXe siècle, l'ancien chemin de ronde est transformé en voie publique, la Ville prenant à sa charge l'amélioration des escaliers qui y mènent et la consolidation des vieux murs.

hocheporte-liege-1885.jpg  Hocheporte avant le percement de la rue de l'Académie, baptisée ainsi en 1886. Ci-dessous, le même endroit de nos jours (repérons-nous grâce au mur désigné par la flèche) :
hocheporte-liege-gare des bus-2014.jpg  L'endroit marqué d'une flèche sur la photo ci-dessus, le voici en plan plus rapproché, avec l'entrée, rue Hocheporte, des escaliers de la rue des Remparts :
rue des remparts-hocheporte-liege-2014.jpg



*  *  *  *  *

rues hocheporte et academie-liege-2014.jpg  Le building a été bâti à l'angle de la rue Hocheporte (tronçon supérieur) et de la voie rapide qui relie la Cadran à Fontainebleau. Autrefois, dans le cadre rouge, se trouvait le bâtiment représenté sur le dessin qui suit, réalisé par Joseph Vuidar en 1888 :
auberge du soleil-hocheporte-liege-1888.jpg  Il s'agit de l'auberge du soleil, datant du XVIIe siècle (la façade porte d'ailleurs une enseigne en pierre sculptée représentant l'astre). L'auberge dite aussi « du bon logis », où les voyageurs attardés logeaient en attendant l'ouverture de la Hocheporte (dixit Théodore Gobert).

maison magnery-hocheporte-liege.jpg  Le même bâtiment à l'aube du XXe siècle. Il est devenu la Maison Magnery, du nom du propriétaire, négociant en graines potagères et fourragères.

maison magnery-hocheporte-liege-1922.jpg  La Maison Magnery en 1922. Les arbres sont ceux de la Place Hocheporte, baptisée ainsi en 1910 au pied de la Montagne Sainte-Walburge.

hocheporte-liege-1944.jpg  Le 7 septembre 1944, afin de retarder l'arrivée des troupes américaines, les Allemands font exploser des chenillettes remplies d'explosifs aux carrefours de Fontainebleau, de Hocheporte et du Cadran. La photo ci-dessus montre les dégâts occasionnés à Hocheporte, au sommet de la rue de l'Académie (dans le fond, on aperçoit le musée des Beaux-Arts, logé à l'époque dans une annexe de l'académie royale du même nom).

maison magnery-hocheporte-liege-1944.jpg  Fissurée et instable à la suite de l'explosion de septembre 1944, la grainerie Magnery devra être détruite.

 

Hocheporte avant 1944.jpg  Ci-dessus, le carrefour de Hocheporte avant 1944. Ci-dessous, le même endroit dans les années 1950 : la Maison Magnery a été remplacée par une station-service :
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tram-hocheporte-liege-debut annees 1960.jpg  Ci-dessus, au début des années 1960. Ci-dessous, en 2013 :carrefour hocheporte-liege-2013.jpg


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  C'est dès la fin des années 1970 que le quartier connaît d'importantes transformations qui vont peu à peu aboutir à la configuration actuelle des lieux.

hocheporte-liege-debut annees 1970.jpg  Le carrefour et la place Hocheporte au début des années 1970. J'ai habité au bas de la Montagne Sainte-Walburge, en face de l'hôpital des Anglais (1), de 1964 à 1971. L'école communale (2) date de la fin du XIXe siècle. Je pense que les palissades, à l'angle de la place et de la rue de l'Académie (3), cachent toujours le terrain vague dû à l'explosion de 1944 !

hocheporte-liege-chantier 1979.jpgLe carrefour de Hocheporte en 1979, après la disparition de la station-service.

rue hocheporte-liege-1979.jpg  La partie supérieure de la rue Hocheporte en 1979. Le terrain vague et ses abords ont laissé place à tout un réseau routier (voir photo suivante) :
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hocheporte-liege-chantier 1983.jpgLe chantier du carrefour Hocheporte en 1983. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :hocheporte-liege-2014.jpg

  Les deux photos qui suivent datent du début des années 1980 ; elles montrent le chantier du côté de la rue de l'Académie, dont il ne subsiste que les immeubles du côté gauche, ceux de droite ayant été démolis (y compris le musée des Beaux-Arts) afin de percer là une voie rapide reliant le Cadran à Fontainebleau :
chantier rue academie-liege-debut annees 1980 (1).jpg

chantier rue academie-liege-debut annees 1980 (2).jpg

rue de l'academie-liege-2006.jpg  La rue de l'Académie en 2006, pendant la construction des « Jardins de l'Académie », complexe de trois immeubles de prestige à usage mixte (bureaux et logements) (architecte : AST Claude Strebelle).

place hocheporte-liege-2006.jpg  Place Hocheporte, la façade de l'ancienne école communale a été conservée et intégrée dans le nouveau complexe.

 

hocheporte et rue de l'academie-liege-2014.jpg  Hocheporte et les jardins de l'Académie. Dans le cadre rouge, se trouvait autrefois cette rangée d'immeubles, dont le musée des Beaux-Arts :
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