23/02/2016

La rectification de l'Ourthe dans le quartier Vennes-Fétinne

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hydrographie liege 1830.jpg
Le réseau hydrographique liégeois en 1830.

ourthe d'antan liege.jpg  Sur cette vue aérienne contemporaine, ont été superposés les méandres de l'Ourthe tels qu'ils se présentent à la fin du XIXe siècle.

  Aux Grosses Battes (1), la rivière se divise en deux branches :

- La branche de droite (2) se ramifie en divers biefs parsemés d'îlots ; elle est devenue les actuels boulevards de Douai, Frankignoul et Poincaré.

- La branche de gauche (3), appelée le Fourchu-Fossé, décrit une double boucle et se jette dans la Dérivation à Fétinne. La boucle inférieure et l'étroit bief des Aguesses* (4) délimitent une île nommée plaine des Aguesses. Le tronçon supérieur du Fourchu-Fossé est incorporé au canal de l'Ourthe (le trait rouge), dont les origines remontent au début du XIXe siècle.
* Les aguesses, en wallon, désignent les pies.

pont marcotty angleur1.jpgpont marcotty angleur2.jpg  Les deux photos ci-dessus montrent ce canal de l'Ourthe à la hauteur du pont levant de l'écluse d'Angleur. Inutilisée depuis longtemps à des fins industrielles, la voie d'eau est aujourd'hui, à quelques dizaines de mètres de l’activité urbaine, un havre de paix où stationnement quelques embarcations-logements.

  C'est sous le régime hollandais, dans la troisième décennie du XIXe siècle, que naît l'idée de relier la Meuse au Rhin via l'Ourthe, la Sûre et la Moselle. Les travaux commencent à divers endroits dès 1827, mais sont rapidement interrompus à cause du manque de fonds et des événements révolutionnaires qui secouent la Belgique. Quand la province du Luxembourg est cédée à notre pays en 1839, le gouvernement belge relance un projet concernant l'Ourthe, non plus dans l'intention de la canaliser, mais de lui créer un canal parallèle. Ce chantier, à nouveau, ne sera jamais achevé, les pouvoirs publics préférant accorder la priorité au développement des chemins de fer. Parmi les tronçons de canal qui ont subsisté, figure celui qui passe par Angleur, avec son célèbre pont levant* construit en 1852.
* Le seul actionné manuellement dans la province de Liège. Classé depuis 1983 tout comme les ouvrages de pierre le bordant, vers la darse et le canal.

ecluse canal ourthe angleur1.jpgecluse canal ourthe angleur2.jpgpont-ecluse des aguesses angleur debut XXe.jpg  Le pont levant et la maison pontonnière en 1903. En bas à droite, il s'agit du tronçon du Fourchu-Fossé intégré au canal de l'Ourthe. Le pont est souvent appelé du nom de Marcotty, par analogie avec le moulin à farine situé juste à côté (les bâtiments blancs dont nous parlerons plus loin).

plan liege 1885.jpg  Ce plan de 1885 m'a été fourni par Christian Hauglustaine, un ancien du MET passionné d'histoire. On y retrouve les multiples bras de l'Ourthe à la veille du XXe siècle. Remarquons que sur ce document, l'île comprise entre le bief des Aguesses et le Fourchu-Fossé, porte l'appellation d'île aux Cochons alors qu'elle est connue comme l'île (ou la plaine) des Aguesses ; la confusion provient de l'existence antérieure d'une autre île, comme en témoigne le plan qui suit, publié par Avenzo en 1838 :
plan avanzo liege 1838.jpgplan liege 1899.jpg   Le plan ci-dessus (plan de 1899 fourni également par Christian Hauglustaine) a le mérite de mentionner les deux appellations à leur emplacement primitif, même si les îles ont fusionné.

meuse_fragnee_liege_1900.jpg   Promenade sur la Meuse à la fin du XIXe siècle. À l'arrière-plan, la plaine des Aguesses est séparée de l'église Saint-Vincent de Fétinne par l'embouchure du Fourchu-Fossé. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
meuse_fragnee_liege_2012.jpg


plaine aguesses_liege_angleur_avant 1905.jpg  Le Fourchu-Fossé et la plaine des Aguesses à l'aube du XXe siècle. Dans le fond, on aperçoit le remblai qui supporte la ligne de chemin de fer du Nord-Belge (ligne Namur-gare du Longdoz, ouverte en 1852).

pont arcades plaine aguesses liege.jpg  Le remblai du chemin de fer comporte un viaduc muni d'arches d'inondation, pour permettre l'étalement des eaux en cas de crue.

avenue luxembourg_liege_2007.jpg  L'actuelle avenue du Luxembourg est toujours traversée par cette ligne de chemin de fer surélevée, quelque peu déplacée depuis le chantier colossal de l'Exposition universelle de 1905 (voir plus loin).

* * * * *

houillere des aguesses_angleur.jpg  Le Fourchu-Fossé au début du XXe siècle, avec la houillère des Aguesses (1),  le pont-écluse du même nom (2) et le moulin Marcotty (3). Le contenu du rectangle rouge est repris ci-dessous :moulin marcotty angleur debut XXe.jpg

  La flèche rouge désigne l'entrée du canal de l'Ourthe vers le Rivage en Pot*. La bleue montre le début du bief des Aguesses, qui fournit l'énergie hydraulique au moulin à farine Marcotty.
* Le terme « pot » viendrait de « på » (pal), vu les pieux plantés là autrefois pour consolider la berge. Ce rivage est aujourd'hui constitué des quais Michel Gloesener et Joseph Wauters.

moulin aguesses angleur 1845.jpg  Le bief des Aguesses alimente un moulin depuis le XVIe siècle, mais la gravure ci-dessus présente les installations en 1845. On l'appellera finalement le moulin Marcotty* du nom de la famille propriétaire.
* Joseph Marcotty sera bourgmestre d'Angleur de 1891 à 1903 ; son fils Joseph-Antoine le sera de 1908 à 1921.

bief marcotty angleur2.jpg
Le bief des Aguesses, alimentant le moulin, est souvent appelé le bief Marcotty.

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Le bief des Aguesses (ou Marcotty) avant 1902, le long du sentier devenu la rue du Bief.

maison monnier_fetinne_liege_1.jpg  Le bief des Aguesses vers 1900, quand il se jette dans le Fourchu-Fossé. Les arbres, à l'arrière-plan à droite, sont ceux du début du quai Mativa, à proximité de l'église Saint-Vincent qui n'apparaît pas sur cette vue.

maison monnier_fetinne_liege_2.jpg  Voici, en 1886, le confluent du Fourchu-Fossé et de la Meuse, avec son barrage pour réguler le mélange des flots. À l'extrême gauche, il s'agit de l'embouchure du bief des Aguesses. Sur la butte, se trouve la maison Monnier, du nom du barragiste à cette époque.

maison monnier_fetinne_liege_3.jpg  La maison Monnier est aussi appelée le café de Fétinne, car le barragiste sert aussi de tenancier de guinguette, servant à boire et à manger dans ce cadre champêtre. À remarquer à nouveau le petit pont qui enjambe le bief des Aguesses là où il débouche dans le Fourchu-Fossé.

pont monnier.jpg  Le petit pont sur le bief des Aguesses. Dans le fond, entre la Meuse et la Dérivation, on aperçoit la pointe de la Boverie où se trouve l'Union nautique depuis 1873.

passage d'eau fetinne debut XXe.jpg  Le petit pont sur l'embouchure du bief des Aguesses, le revoici avec vue sur l'église Saint-Vincent, située de l'autre côté du Fourchu-Fossé. La barque est celle d'un passeur d'eau.

passage d'eau fetinne avant 1905.jpg  Il existe en effet un passage d'eau entre la rive de l'église Saint-Vincent et l'île des Aguesses dans sa partie ex-île des Cochons. Le document ci-dessus, édité à l'occasion de l'exposition universelle de 1905, montre une situation antérieure aux aménagements gigantesques exigés par l'événement.

passage d'eau fetinne 1891.jpgLe passage d'eau en 1891. À l'arrière-plan, on distingue le pont de chemin de fer de la ligne Namur-Liège.

passage d'eau fetinne quai mativa debut XXe.jpg  Le passage d'eau en 1902 ▲ et juillet 1903 (lors de la visite du prince Albert sur le chantier de l'Exposition universelle) ▼passage d'eau fetinne 1903.jpg


quai saint-vincent_liege_debut XXe.jpg  En 1853, les riverains ont envoyé une pétition à l'administration communale pour exiger que l'on construise une digue le long de la rive droite du Fourchu-Fossé (à gauche sur la photo ci-dessus), pour les protéger des ravages des inondations. Les terres de remblai proviendront du creusement de la Dérivation de la Meuse. Le quai ainsi aménagé prendra le nom de Saint-Vincent, vu le patronage de l'église de Fétinne qui se trouve à son extrémité.

quai saint-vincent église de fetinne.jpg  Le Fourchu-Fossé, le quai et l'église Saint-Vincent, vus d'amont en aval depuis le pont de chemin fer, à l'aube du XXe siècle.

bd de laveleye_liege_2007.jpg
Le Fourchu-Fossé et le quai Saint-Vincent sont devenus le boulevard Émile de Laveleye.

* * * * *


  Rappelons-nous que de 1853 à 1863, le cours principal de la Meuse a été simplifié et rectifié en Avroy, et que le creusement de la Dérivation a grandement contribué à l'assainissement du quartier populeux d'Outremeuse, où le comblement de divers bras de l'Ourthe s'est poursuivi jusqu'en 1876.

  En cette fin du XIXe siècle, l'Ourthe continue cependant de menacer les habitants des Vennes-Fétinne, à cause des crues répétées et des problèmes sanitaires qui en résultent.

  En 1886, est déposé un projet qui prévoit la suppression du Fourchu-Fossé et biefs secondaires, pour offrir à la rivière un nouveau lit plus large et moins sinueux. Les autorités concernées (État, province, communes) tergiversent longtemps à propos de leurs contributions financières, mais le choix dès 1897 de la plaine des Aguesses comme site d'une future exposition universelle* accélère les décisions : le projet initial subit quelques retouches et est accepté en 1900 ; le chantier sera adjugé en juillet 1902.
* L'Exposition universelle de Liège de 1905 était au départ prévue pour 1903. C'est l'ampleur du chantier de la rectification de l'Ourthe qui a reporté l'événement en 1905. Tant mieux finalement ! On a pu en même temps célébrer le 75ème anniversaire de l'indépendance de la Belgique.

plan rectification ourthe vennes avant 1905.jpg  Le plan ci-dessus permet de comprendre le projet de rectification de l'Ourthe en prévision de l'Exposition universelle de 1905.

comblement_bief_marcotty_angleur.jpgCi-dessus, le comblement du bief Marcotty. effectué de façon fort manuelle.

chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905a.jpgchantier_plaine des vennes_liege_1902-1905b.jpg  Dans un premier temps, le creusement du nouveau lit de l'Ourthe se fera aussi manuellement, avant que que les ouvriers ne soient assistés par des machines à vapeur :
chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905e.jpg

chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905c.jpg

   Le chantier prend du retard à cause de la météo, notamment lors de l'hiver 1902-1903 et du très pluvieux mois d'avril 1903.

chantier inondé 1.jpg  À gauche, la future berge du quai des Ardennes. Nous sommes en avril 1903, les travaux de terrassement du nouveau lit de l'Ourthe sont à l'arrêt à cause des inondations dues aux intempéries.

chantier inondé 2.jpg  Les monteurs en charpente métallique procèdent à la construction du nouveau pont de chemin de fer sur la future rectification de l'Ourthe. Les terrassiers ne peuvent travailler à cause du chantier inondé.

chantier inondé 3.jpg
À l'avant-plan gauche, il s'agit du futur quai du Condroz. Le nouveau lit de l'Ourthe, inachevé, est inondé.

plan chantier avant expo 1905_liege.jpg  Sur le plan ci-dessus, les flèches désignent le tracé de la ligne de chemin de fer du Nord-Belge, tracé qui va subir quelques modifications, avec une infrastructure nouvelle.

ancien pont chemin de fer fosse fourchu vennes liege.jpg   L'ancien pont de chemin de fer sur le Fourchu-Fossé. Dans le fond, sous l'arcade, on aperçoit les maisons de la rue de Fétinne.

construction nouveau pont chemin de fer vennes liege.jpg  On construit un nouveau pont de chemin de fer juste en amont de l'ancien, avant de combler le Fourchu-Fossé pour intégrer ce terrain dans le site de l'Exposition universelle de 1905. Ci-dessous, le même endroit de nos jours, avec le boulevard Émile de Laveleye :
boulevard de laveleye_liege.jpg

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_1.jpg  Dans la plaine des Aguesses (des Vennes), on supprime l'ancien remblai et le viaduc à arcades qui supportent la ligne de chemin de fer. Le tracé ferroviaire est légèrement décalé, avec un nouveau remblai et un nouveau pont pour enjamber ce qui deviendra l'avenue du Luxembourg après l'Exposition de 1905.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_2.jpgL'aménagement de la nouvelle ligne de chemin de fer.

destruction anciennes arcades vennes liege.jpg
La destruction de l'ancien viaduc et de ses arcades.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_4.jpg  Le chantier du nouveau cours de l'Ourthe. À l'arrière-plan central, on aperçoit le nouveau pont de chemin de fer, en cours de construction tout comme les halls de l'Exposition universelle. À gauche, il s'agit de la Compagnie générale des conduites d'eau*, établissement industriel qui a dû être déplacé à cause des modifications apportées à la configuration des lieux.
* Héritière de la fonderie des Vennes, la Compagnie générale des Conduites d'Eau (et de gaz) a été fondée en 1865. Absorbée en 1975 par la Sodemeca, la société a été déclarée en faillite en 1980. Le site est resté désaffecté jusqu'en 1995, année qui a vu l'ouverture du complexe commercial de Belle-Île.

nouveau pont ourthe liege 1905.jpg
Le nouveau pont de chemin de fer pendant l'Exposition universelle de 1905.
 

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  Le pont de Fétinne est construit de 1901 à 1904, en même temps que le pont de Fragnée*, les deux allant servir d'entrée monumentale à l'Exposition universelle de 1905.
* Le pont de Fragnée, sur la Meuse, ne sera pas abordé dans cet article consacré à la rectification de l'Ourthe. Des photos de sa construction ont été postées par Christian Hauglustaine dans le groupe Facebook « Souvenirs et mémoire du Pays de Liège » ; il y en a quelques autres dans ma page consacrée à l'Exposition universelle de 1905.

construction pont de fetinne_liege_3.jpg  Construction de la culée droite du pont de Fétinne, avec le quai Mativa et l'église Saint-Vincent à l'arrière-plan.

construction pont de fetinne_liege_2.jpgL'échafaudage permettant l'assemblage de la structure métallique.

construction pont de fetinne_liege_1.jpg
À remarquer que le pont de Fétinne est mis en place avant que le nouveau lit de l'Ourthe ne soit achevé.

construction pont de fetinne_liege_4.jpg  Cette photo a été prise en 1904 depuis la maison Monnier. À droite, le pont de Fétinne en phase d'achèvement et le nouveau lit de l'Ourthe. À gauche, l'ancien cours de la rivière qu'il va maintenant falloir combler.

pont de fetinne_liege_1905.jpg
Le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle de 1905, avec le pont du chemin de fer à l'arrière-plan.

pont fetinne_liege_1905.jpg    Ci-dessus, l’Ourthe rectifiée et le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle, photographiés depuis le clocher de Saint-Vincent. Ci-dessous, le même endroit vu depuis le lanterneau du dôme de l'église actuelle :ourthe_fetinne_liege_2007.jpg


construction pont de fetinne_liege_5.jpg  Le confluent de la nouvelle Ourthe et de la Meuse à la veille de l'Exposition universelle. La berge du quai Mativa (Dérivation) est en cours d'aménagement. La maison du barragiste va bientôt être remplacée par un établissement plus luxueux, aux allures de chalet normand, comme en témoignent les deux photos qui suivent, prises pendant l'Exposition universelle de 1905 :
maison monnier 1905.jpgmaison monnier liege 1905.jpg  Ci-dessus, le confluent Ourthe-Meuse-Dérivation en 1905. À titre de comparaison, voici le même endroit en 1968 (chantier du pont Gramme sur l'Ourthe) et en 2007 :
pont gramme en construction_liege.jpgpont gramme_liege_2007.jpg

 

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plan liege 1905.jpg
Liège en 1905.

plan expo liege 1905.jpg

                         Les emplacements de l'Exposition universelle et internationale* de 1905.
* L'Exposition de 1905 a été internationale parce que de nombreux pays y ont participé ; universelle parce qu'elle a traité de différents thèmes.

 

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plan lotissement vennes liege apres 1905.jpgL'Exposition universelle terminée, la ville de Liège lotit le site des Vennes.

lotissement vennes liege.jpg  Ci-dessus, la plaine des Vennes après l'Exposition universelle de 1905. On y voit la première maison en construction du boulevard Émile de Laveleye (le n°12 actuel). On devine les futures rue de Paris, rue de Verviers et avenue du Luxembourg. Ci-dessous, une vue aérienne du quartier en 2004 :vue aerienne liege_vennes_liege.jpg


Les quatre photos qui suivent nous reportent au début du XXe siècle :

vennes fetinne debut XXe_1.jpgL'entrée de la rue de Fétinne et le début du boulevard Émile de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_2.jpg
Un autre tronçon du boulevard de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_3.jpgL'avenue du Luxembourg et le pont du chemin de fer.

vennes fetinne debut XXe_4.jpgL'avenue Reine Élisabeth.

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14/02/2016

Du prieuré Saint-Léonard à la fonderie de canons

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milheuser 1649.jpg  Cette vue gravée par Julius Milheuser nous transporte dans le quartier Saint-Léonard en 1649. Situé en dehors des remparts (1)*, le hameau est essentiellement réservé aux cultures. L'église Sainte-Foy (2), fondée au début du XIIe siècle, présente ici l'apparence de sa reconstruction en 1624**. À côté, il s'agit du prieuré Saint-Léonard (3) auquel le quartier doit son nom.

* On aperçoit la porte fortifiée de Vivegnis et celle de Saint-Léonard (cette dernière est précédée d'un pont qui enjambe le fossé alimenté par la Meuse pour servir de douve et de refuge pour bateaux.
** L'église Sainte-Foy actuelle, conçue par l'architecte Évariste Halkin, a été construite dès 1867 et consacrée en 1871.

 Ce prieuré existe depuis le tout début du XIe siècle. En 1093, un chanoine de la collégiale Saint-Jean fait ériger à cet endroit une chapelle dédiée à saint Léonard ; on lui adjoint bientôt des bâtiments pour accueillir des moines de l'abbaye de Saint-Jacques, détachés là pour être au service de la population locale qui ne dispose pas de lieu de culte.


  Biographie de saint Léonard

  D’après la tradition et le récit légendaire de sa vie, écrit au XIe siècle, Léonard est né à la fin du Ve siècle dans une noble famille franque. Baptisé par saint Rémi, évêque de Reims, il a comme parrain Clovis lui-même, dont il obtient le privilège de visiter les prisonniers et de libérer tous ceux qu’il juge dignes de cette grâce.

  Refusant la dignité épiscopale proposée par le roi, il préfère vivre en ermite dans les forêts du Limousin. C'est pendant cette période qu'il intercède pour sauver la reine d'Aquitaine qui se meurt en couches. En remerciement, il reçoit du roi une part de la forêt, où il construit une chapelle en l’honneur de Marie. Il fait jaillir une source par miracle. Beaucoup de personnes le rejoignent, dont des malades venus se faire guérir et des prisonniers échappés de leur cachot par l’effet de ses prières. Il leur enseigne l'évangile et partage son domaine avec eux pour leur permettre de vivre de leur travail et « non d’aventures et de désordres ».

  Il meurt un 6 novembre ; il est enterré dans la chapelle qu’il a construite. Son tombeau devient vite un lieu de pèlerinage qui donne naissance à la ville de Saint-Léonard-de-Noblat.

  Saint Léonard est le protecteur des prisonniers et des femmes en couches. Dans nos régions, il est aussi considéré comme le saint patron des mineurs.

              statue st-leonard.jpg
  Cette statue en bois polychromé (sculpteur inconnu, XVIIe siècle) représente saint Léonard patron des mineurs (les chaînes de prisonniers ont été remplacées par une cage de houilleurs). Primitivement dans le prieuré Saint-Léonard, elle se trouve depuis le début du XIXe siècle dans l'église Sainte-Foy.

 

   En 1489, le prieuré ne compte plus que deux moines âgés et connaît des problèmes financiers. Il est vendu aux chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui quittent leur couvent des Bons Enfants pour venir s'installer à Saint-Léonard.

  En 1777, le prince-évêque Velbruck fait partir les chanoines pour transformer le prieuré en hôpital général. On y enferme les vagabonds et les mendiants pour leur enseigner la religion et les exercer au travail. Si le principe paraît généreux, il s'agit en réalité de remédier à l'insécurité qui règne dans les rues, de protéger les gens de bien de l'importunité des indigents. La mesure irrite les partisans de liberté individuelle, et ceux qu'ils considèrent comme des prisonniers seront délivrés lors des événements révolutionnaires qui vont marquer la fin de ce siècle.

  Sous le régime français, les bâtiments finissent par être abandonnés et démolis par les pilleurs et les récupérateurs de matériaux. En 1796, ils sont qualifiés de « presque en ruines » dans un rapport officiel. Ils seront rasés en 1803, quand on leur substituera les ateliers d'une fonderie de canons. Le premier consul Napoléon Bonaparte rêve de conquérir l'Angleterre ; il a besoin d'une grande quantité de bouches à feu pour équiper sa flotte amarrée à Boulogne.

  Le CLHAM (Centre liégeois d'histoire et d'archéologie militaires) a publié sur son site un article de P. Beaujean concernant l'évolution de cette fonderie, de ses origines au XIXe siècle à son remplacement par l'Arsenal de Rocourt après la seconde guerre mondiale. Cliquez ICI pour découvrir cet historique, qu'il faut lire avant de regarder les illustrations qui suivent.

visite napoleon fonderie.jpg  Le 8 novembre 1811, Napoléon et l'impératrice Marie-Louise visitent la fonderie impériale de canons de Liège (lavis à l'encre de Chine de Charles Monnet).

napoleon visite fonderie liege 1811.jpg
Le même événement représenté par Jean-François Bosio (dessin à la plume, gouache et aquarelle).

fonderie canons liege 1823-24.jpg  La fonderie royale de canons au milieu des années 1820, sous le régime hollandais (lithographie d'Antoine Dewasme d'après un dessin d'Auguste de la Barrière).

musee d'armes liege.jpg  Cette carte postale présente le musée d'armes de Liège au début du XXe siècle (musée inclus depuis 2009 dans le Grand Curtius). L'entrée était flanquée de deux mortiers fabriqués en 1812 à l'époque de la fonderie impériale.

histoire de liège,histoires de liège,saint-leonard,prieure saint-léonard,eglise sainte-foy,napoleon,fonderie de canons,arsenal de rocourt,athenee liege 2  Ces deux mortiers se trouvent actuellement dans la cour intérieure qui sert d'entrée au département des armes du Grand Curtius (accès par la rue Féronstrée).

mortier monstre 1832.jpg    En 1832, l'armée française de Louis-Philippe, venue assister la nouvelle Belgique indépendante de Léopold 1er, fait le siège de la citadelle d'Anvers, toujours tenue par les Hollandais. Le « Mortier Monstre », capable de tirer des bombes de 500 kilos, est une invention du général français Paixhans ; il a été coulé à la fonderie de canons de Liège.

plan avenzo 1838.jpg  La fonderie et le quartier Saint-Léonard sur un plan publié en 1838 par Avenzo & Cie. Cliquez ICI pour ouvrir une vue aérienne grâce à Google Earth.

litho toovey 1854.jpg
Cette lithographie d'Edwin Toovey (Belge d'origine anglaise) date du milieu du XIXe siècle.

colonne du congres bruxelles d'antan.jpg  Au XIXe siècle, la fonderie réalise aussi des œuvres d'art. À Bruxelles, la colonne du Congrès est édifiée de 1850 à 1859 (architecte Joseph Poelaert). Elle est surmontée d'une statue de Léopold 1er, et son piédestal comporte quatre figures féminines symbolisant les libertés fondamentales garanties par la Constitution. C'est à la fonderie royale de Liège qu'ont été coulés les bronzes de ces sculptures.

statue gretry liege 1909.jpg À Liège, il en a été de même, en 1840, pour la statue de bronze de Grétry, due au sculpteur Guillaume Geefs. Installée initialement place de l'Université (actuelle place du XX Août), elle n'a été déménagée devant le théâtre royal qu'en 1866 (la vue ci-dessus date de 1909).

cheval halage liege.jpg  De même encore pour le cheval de halage du sculpteur Jules Halkin, groupe statuaire de bronze situé aux Terrasses depuis 1885.

fonderie de canons st-lenoard liege 1905.jpg   L'entrée de la FRC (fonderie royale de canons) vers 1905, avec à l'arrière-plan le clocher de l'église Sainte-Foy.

athenee liege II 2013.jpgLe même endroit de nos jours.

entree fonderie canons liege 1906.jpg  Le portique d'entrée en 1906. La couronne justifie l'appellation « fonderie royale ». Les deux canons placés verticalement servent de « chasse-roues ».

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Le quai Saint-Léonard et l'entrée de la fonderie pendant les inondations de l'hiver 1925-1926.

eglise sainte-foy_liege_debut XXe.jpg  La rue Saint-Léonard et l'église Sainte-Foy au début du XXe siècle. Les bâtiments à droite sont ceux de la fonderie, construits le siècle précédent sur les soubassements de l'ancien preuré.

tram ste-foy liege 1964.jpg  Le même endroit au début des années 1960. Les palissades cachent le chantier de démolition de la fonderie, préparatoire à l'installation à cet endroit de l'athénée Liège II.

cour fonderie canons liege (2).jpg  Ces deux photos d'avant 1940 ▲ montrent la cour intérieure de la fonderie, avec le « monorail » servant à transporter les pièces lourdes ▼
cour fonderie canons liege (1).jpg


mortier FRC 76.jpg
Un mortier FRC de 76 mm, utilisé pendant la seconde guerre mondiale.

canon 47 mm RFC.jpg
Un canon antichar de 47 mm, fabriqué par la FRC, en service en 1940.

VLC mk VI 47mm FRC.jpg
Le même canon FRC monté sur des chenillettes Vickers Carden-Loyd Mk VI.

entree fonderie canons liege apres 1945.jpg  La fonderie après 1945, peu de temps avant son abandon. Les activités vont être progressivement transférées au nouvel Arsenal d'Armement de Rocourt.

vue aerienne.jpg
L'athénée royal Liège II en 1979.

arsenal rocourt char bastogne restaurration 2007.jpgPhoto prise en 2007 à l'Arsenal de Rocourt*, pendant la restauration du char Sherman de Bastogne.
* J'accompagnais des élèves en stage de mécanique dans l'établissement.


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