02/06/2016

Les anciens remparts d'Outremeuse, du pont d'Amercœur à la tour en Bêche

plan 1574.jpg  Ce chapitre s'intéresse aux anciens remparts d'Outremeuse compris entre le pont d'Amercœur (1) et la tour en Bêche (2), remparts établis le long de l'Ourthe qui leur servait de fossé. La gravure ci-dessus, qui nous reporte en 1574, est due au cartographe flamand Frans Hogenberg (cliquez ICI pour ouvrir ce document au format PDF).


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   La même ligne de fortification en 1649 (gravure de Julius Milheuser). Elle borde les terres de Bêche*, principalement champêtres à l'époque de ce document.

* Ces terrains s'appellent ainsi parce qu'ils se terminaient autrefois en forme de pointe, de bec (bètch en wallon).



  Le pont et la porte d'Amercœur

plan_1737.jpg  Ce plan de 1737 est l’œuvre du révérend père Christophe Maire. Au bout de l'axe principal qui traverse Outremeuse (les rues Chaussée des Prés, Puits-en-Sock et Entre-deux-Ponts*), le pont d'Amercœur franchit l'Ourthe et constitue le point de départ du chemin vers l'Allemagne.

* La rue Entre-deux-Ponts (entre les ponts Saint-Julien et d'Amercœur) est aujourd'hui absorbée par la rue Puits-en-Sock.


pont et porte d'amecoeur_liege_1770.jpg  Il a existé un pont d'Amercœur dès le XIe siècle ; l'ouvrage a maintes fois été remplacé pour avoir subi les fureurs des crues, de la foudre ou de la guerre. Le dessin ci-dessus nous montre la situation en 1770. Le pont en pierre a été construit en 1741. Quant à la porte fortifiée, elle a été érigée de 1539 à 1541*. Le bastion a dû être réparé à la suite des bombardements effectués en juin 1691 par l'artillerie française du marquis de Boufflers**.

* Une porte d'Amercœur est citée dans certains documents antérieurs à ces dates, mais sans jamais lui conférer une telle ampleur défensive.
** Louis IV voulait punir la principauté de Liège de s'être alliée aux ennemis de la France.


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  L'ancienne porte fortifiée du pont d'Amercœur a inspiré l'entrée du Vieux Liège lors de l'Exposition universelle de 1905.


amercoeur_liege_1845.jpg  Revenons-en à l'Outremeuse d'antan. À l'avant-plan, les prés Saint-Denis. Puis, à droite de la porte d'Amercœur, les remparts des Récollets, avec la route d'un moulin que fait tourner le bras de l'Ourthe appelé le bief des Grandes Oies. À l'arrière-plan, ce sont les bâtiments du premier hôpital de Bavière et le clocher de l'église Saint-Nicolas-au-Pont (voir cet autre article).

  Le dessin ci-avant a été publié sous le titre « Porte et pont d'Amercœur vers 1845 ». La date pose problème. La porte est identique à celle représentée au XVIIIe siècle, et cet ouvrage a été complètement démoli en 1819, sous le régime hollandais, pour être remplacé dès 1821 par un autre en briques rouges, établi sur les anciennes fondations. En voici une représentation en 1828 (quelle est encore l'utilité d'un pareil système défensif quand on voit avec quelle facilité on accède à la berge ?) :
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pont d'amercoeur_liege_1850.jpg  Le pont d'Amercœur en 1850. À gauche, il ne reste que les soubassements de la porte fortifiée, définitivement détruite en 1846.

 
  En 1853, commence le chantier de la Dérivation de la Meuse (voir cet autre article), canal destiné à remplacer en Outremeuse les nombreux bras de l’Ourthe.

  À la suite de l'approfondissement de l'ancien lit de l'Ourthe devenu un tronçon de la Dérivation, le pont d'Amercœur doit être remplacé ; il est démoli en 1858, et on lui substitue un ouvrage mieux adapté, inauguré en janvier 1859.

  Le nouveau pont ne comporte qu'une seule pile. Au départ, le tablier est en bois* ; c'est en 1876 que la société John Cockerill est chargée de réaliser une structure métallique.

* Condition exigée par les autorités militaires, pour que l'ouvrage soit plus facile à faire sauter, précaution probablement prise vu l'essor du nationalisme allemand et le climat international troublé.


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▲ Le pont d'Amercœur au début du XXe siècle ▼
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  Dès avant le premier conflit mondial, l'édilité communale réclame à l'État un pont plus large, mieux adapté aux besoins du trafic. Elle reçoit en 1913 un refus justifié par des raisons budgétaires, puis les années de guerre apportent d'autres préoccupations. Le pont de 1876, qui survit aux hostilités, servira jusqu'à la fin des années 1920, quand il sera remplacé par un ouvrage métallique en arc.


pont d'amercoeur_liege_construction 1927.jpg  La photo ci-dessus montre l'assemblage des arcs métalliques. À remarquer, à l'arrière-plan, le pont provisoire mis en place pendant le chantier qui va durer de juin 1927 à août 1929.


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Un passage de tramways sur le pont provisoire.

pont d'amercoeur_liege_1927-29.jpg  ▲ Le nouvel ouvrage ne comporte qu'une seule arche supérieure pour soutenir un tablier de 60 mètres de portée ; il ne présente guère d'intérêt artistique▼
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 Voici quatre photos prises en 1975-76, la dernière étant suivie d'une vue actuelle :pont d'amercoeur_liege_1975.jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (1).jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (2).jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (3).jpgpont d'amercoeur_liege_2016.jpg

 

pont d'amercoeur_liege_1979 (2).jpg  Nous sommes en 1979. Le pont d'Amercœur va bientôt être remplacé lors de la modernisation des quais de la Dérivation. Le chantier, attribué à la société Franki, durera jusqu'en 1981.


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Une passerelle enjambe la Dérivation pour faire passer les câbles de chantier.


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Un pont provisoire est établi le temps de démonter l'ancien et construire le nouveau.


pont d'amercoeur_liege_chantier 1979.jpg  Vue aérienne permettant de voir l'ancien pont, le pont provisoire, la passerelle et les travaux d'aménagement des quais.


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Le démontage de l'ancien pont en 1980.


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▲ La construction du nouveau pont et les tests de charge en 1980 ▼
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chantier quais de la dérivation_liege_1981.jpgL'aménagement de tunnels routiers pour améliorer la circulation sur les quais (photo de 1981).


pont d'amercoeur_liege_bing maps.jpg

Vue aérienne actuelle réalisée grâce à Bing Maps.


 

 La ligne de remparts devenue le quai de l'Ourthe


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Le quai de l'Ourthe en 2004.

  Le quai de l'Ourthe porte ce nom parce que le tronçon de la Dérivation qu'il longe était autrefois un bras de cette rivière.


plan_1647.jpg  Ce quai a remplacé les anciens remparts qui s'étendaient, en bordure de l'Ourthe, du pont fortifié d'Amercœur (1) à la tour en Bêche (2). Autre points de repère sur cette Eau-forte de 1647, due au graveur suisse Mathieu Merian : l'église et le pont Saint-Nicolas (3) et le pont Saint-Julien (4), dans l'axe Chaussée des Prés, Rue Puits-en-Sock et rue Entre-deux-Ponts.


rempart_beche_liege_1649.jpg  Ce mur d'enceinte, composé de courtines et bastions, date probablement du second quart du XVIe siècle. On le voit ci-dessus (gravure de Julius Melheuser, 1649) après sa reconstruction en 1635.

  Les fortifications subissent d'importants dégâts en juin 1691, à la suite des tirs d'artillerie ordonnés par le maréchal français de Boufflers. En juillet 1794, elles sont la cible des Autrichiens qui bombardent Amercœur avant de quitter Liège pour laisser la place aux troupes
françaises victorieuses.

  Sous le régime hollandais (1815-1830), le gouvernement ordonne le démantèlement de la partie crénelée des remparts, devenus inutiles comme moyen de défense. Le chemin de ronde en terre-plein finit par devenir un quai.

  La voirie ainsi créée est d'abord appelée la rue des Remparts ou quai de Bêche comme sur ce plan communal de 1828 :
plan_1828.jpg
  Au départ, le quai est étroit (deux charrettes ne peuvent pas circuler de front). Il est pavé en 1837, et un parapet est construit en 1844 avec les pierres récupérées du mur d'eau du canal de Sauvenière.

  Puis c'est l'époque du chantier de la Dérivation (1853-63). C'est l'appellation quai de l'Ourthe qui prévaut désormais en souvenir de l'ancien bras de rivière. En 1862-63, il est procédé en divers points à la restauration du mur d'eau ; on en profite pour installer des garde-corps métalliques.


approfondissement derivation_liege_1890.jpg  À la suite des inondations catastrophiques de 1880, de nouveaux aménagements sont apportés au réseau hydrographique liégeois. En 1890, ont lieu des travaux approfondissement et de canalisation de la Dérivation.


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Le quai de l'Ourthe (à gauche) à la fin du XIXe siècle. À l’arrière-plan, le pont d'Amercœur.


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À l'aube du XXe siècle.


quai de l'ourthe_liege_1962.jpg
Au début des années 1960.

quai de l'ourthe_liege_1975.jpg
Vers 1974-1975.


quai de l'ourthe_liege_1962 (2).jpg  Le quai de l'Ourthe (à gauche) vu depuis le pont de Longdoz au tout début du XXe siècle. La tour Georges Simenon ne sera érigée qu'en 1963.


Quai de l'ourthe_liege_google maps.jpg

Le même endroit de nos jours.


place gobert_liege_1975.jpg  À l'autre extrémité du quai de l'Ourthe, près du pont d'Amercœur, se trouve la place Théodore Gobert*, avec la statue dédié au général Bertrand**. La photo ci-dessus date de 1975-1976.

* Théodore Gobert (1853-1933), historien liégeois et archiviste provincial. Ses écrits sur les rues de Liège et l'histoire régionale lui ont valu une grande renommée.
** http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/lieux-de-memoir...


chantier_place gobert_liege_1981.jpg  Le chantier du pont d'Amercœur et de ses accès (1979-81) a modifié l'emplacement de la statue et la configuration de la place Théodore Gobert.


pont de longdoz liege_1976.jpg  Le pont de Longdoz* en mars 1976. L'année précédente, ont été décidés d'importants travaux pour remplacer cet ouvrage et moderniser les quais qui y aboutissent. Les deux piles posées en aval, destinées à supporter une passerelle, annoncent un chantier qui va durer jusqu'en 1978.

* Ouvrage métallique construit depuis 1939.


quai de l'ourthe_liege_1975 passerelle chantier.jpg  Le quai de l'Ourthe en 1976. Dans le fond à gauche, on aperçoit la passerelle permettant aux piétons de traverser la Dérivation entre la rue Grétry et la place Sylvain Dupuis (jonction entre les quais de l'Ourthe et de la Boverie).


passerelle longdoz_liege_1976.jpg
Zoom avant sur cette passerelle et le pont de Longdoz qu'on va bientôt démolir.


passerelle longdoz_liege_1976 (2).jpg
La rampe de la passerelle du côté de la place Sylvain Dupuis.


pont villette_liege_1976.jpg  Un pont provisoire est établi à la hauteur des rues Strailhe (quai de l'Ourthe) et Villette (quai de Longdoz). La population le surnomme souvent le pont Villette.


pont villette_liege_1976 (2).jpg
Le pont Villette en novembre 1976, vu depuis la passerelle.


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Le chantier, en 1978, du tunnel routier entre les quais de l'Ourthe et de la Boverie.


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Le même chantier dans l'autre sens.


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La configurations des lieux actuellement.

 

 

 

(en cours de réalisation)

 

À suivre : la tour en Bêche

 

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12:56 Écrit par Claude WARZÉE dans Outremeuse | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Merci infiniment Mr Warzée pour vos recherches et publications toujours si précises..Un régal, on en apprend toujours plus même sur nos propres quartiers ! BRAVO

Écrit par : Jeanne Hébrans | 05/06/2016

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Merci Claude d'avoir fait un tour de l'autre côté de la Meuse.
Très intéressant comme d'habitude.
JP.

Écrit par : Dheure Jean Philippe | 05/06/2016

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C'est sur ce pont que,en 1943, des salauds de rexistes aux ordres des allemands m'on livré à la Gestapo

Écrit par : Mercy Emile | 06/06/2016

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merci de très bon souvenir mon papa ete chauffeur livreur aux chemin de fer et c éte sa tournée il la fait quelques année plus de 40 ans

Écrit par : godin | 08/06/2016

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Etant passionnée de l'histoire de la Principauté de Liège, je vous remercie pour toutes vos explications avec références historiques. De plus, mon papa a été capturé sur ce pont par les allemands en 1943 et transferé à la Citadelle. Heureusement il a pu s'échapper de la Citadelle avec la complicité de la résistance.

Écrit par : Fabry | 18/06/2016

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Un seul mot : MERCI

Écrit par : Salmon | 28/08/2016

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