24/01/2017

L'îlot Saint-Georges

  Grâce aux subsides accordés par la « loi-taudis » votée au national en 1953, les autorités communales liégeoises s’attachent à assainir l’habitat délabré dans le cœur historique. À l’époque, l’habitude n’est pas de restaurer, mais de démolir et reconstruire du moderne.

  Décidée dès 1955, la rénovation du quartier de Potiérue (le chiffre 1 sur les deux documents qui suivent) se termine par la construction de la cité administrative (en 1963-67) et de l’immeuble commercial voisin (occupé par l’Innovation dès 1968). Cet épisode est raconté dans un autre chapitre.

  Dans la foulée, en 1966, un autre plan d’aménagement concerne le quartier Saint-Georges*, reconnu insalubre (le chiffre 2). C’est à ce périmètre compris entre Féronstrée**, la rue Saint-Georges, la Batte*** et la rue Saint-Jean-Baptiste, que nous allons nous intéresser dans cet article.

* Du nom d’une ancienne église paroissiale dont nous parlerons plus loin.
** Féronstrée était autrefois la rue des ferronniers, des artisans travaillant les métaux communs.
*** http://users.belgacom.net/wac/batte/index.htm.


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Plan du milieu des années 1960 ▲ et vue aérienne contemporaine obtenue grâce à Bing Maps
vue aerienne_goffe_liege_bing maps.jpg


plan amenagement 1966.jpg  Le plan ci-dessus présente le plan d’aménagement de 1966. Les zones rouges sont les expropriations nécessaires pour élargir les voiries existantes. Les vertes, celles préparatoires à la reconstruction. Vont disparaître une partie de la rue Sur les Foulons* (1), la rue Pécluse** (2) et l’impasse des Foulons (3) ; la rue Saint-Georges (4) sera rectifiée et élargie.

* Les foulons, avec les tisserands et les teinturiers, constituaient autrefois la corporation des drapiers.
** Étymologie incertaine. Au XIIIe siècle, on trouve l’orthographe « Petreluz », peut-être issue (dit Gobert) de « petriclusa », l’écluse de Pierre. Vraisemblable quand on sait qu’un faux bras bras de la Légia coulait à cet endroit.


 

  Pourquoi l’appellation Saint-Georges ?

 feronstree_liege_google maps.jpgDe nos jours ▲ et en 1966 ▼rue feronstree_liege_1966.jpg

  C’est une ancienne église paroissiale dédiée à saint Georges* (la flèche sur la photo ci-dessus) qui a donné son nom au quartier.

* Originaire de Cappadoce, l'actuelle province d'Anatolie en Turquie, Georges a été éduqué dans la religion chrétienne. Devenu tribun dans l'armée romaine, ce jeune officier se révéla être un vaillant soldat. À partir de 303, l’empereur Dioclétien se mit à persécuter les chrétiens, et Georges, refusant d'abjurer sa foi, fut être emprisonné et torturé, avant d'être décapité.
 
Saint Georges est le patron des chevaliers. Il est le plus souvent représenté en armure, combattant le dragon, allégorie symbolisant la victoire de la foi sur le démon.

 
Un sanctuaire a existé à cet endroit dès le Moyen Âge (dès le Xe siècle, prétendent certains chroniqueurs). On ne sait rien de cette église, sinon qu’elle a été l’un des rares édifices religieux à avoir souffert de l’incendie de 1468, perpétré par les hordes de Charles le Téméraire. Restaurée, elle s’est maintenue plus de deux siècles et demi, jusqu’à ce que son délabrement ait justifié son remplacement en 1739.


eglise saint-georges_liege.jpg  L’église Saint-Georges avant 1738 et après la reconstruction de 1739 dans un style classique-baroque (dessins de J.J. Van den Berg, bibliothèque Ulg).

  Fermé au culte sous le régime française, l'édifice finit par être vendu. À la fin du XIXe siècle, il sert de magasin à un marchand de métaux.


salle ventes.jpg          Avant d’être démolie à l’aube des années 1970, le bâtiment est devenu une salle de ventes.

2006.jpg   Un chapiteau de colonne de l’ancienne église est exposé rue Saint-Georges, au pied de la dalle de l'ex-musée des Beaux-Arts (déménagé à la Boverie en 2016).


 

  Le projet architectural

 
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L’îlot Saint-Georges en 1966 ▲ et 2008 ▼
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maquette ilot st-georges_liege.jpg  Voici, dans le cercle rouge, la maquette des bâtiments à construire sur le site Saint-Georges. Cet ensemble est l’œuvre de l’architecte Henri Bonhomme (auteur aussi de la cité administrative avec son confrère Jean Poskin). Il comporte un parking en sous-sol, une zone commerciale commerciale au rez-de-chaussée et des bureaux dans les étages (services communaux), sans compter un vaste espace muséal appelé à devenir le musée de l’Art wallon*.

* En 2011, les collections du MAMAC (musée d’Art moderne et d’Art contemporain), du CED (cabinet des Estampes et Dessins) et du fonds d’art ancien rejoindront celles d’art wallon à l’îlot Saint-Georges ; on parlera désormais du musée des Beaux-Arts, lequel déménagera à la Boverie en 2016. Les lieux sont actuellement en attente de réaffectation, probablement une réserve muséale.

 
Dans un rapport d’urbanisme de l’époque, on peut lire que le nouvel ensemble architectural s'inspire du style de la maison du poids public jadis élevée sur le quai voisin, et qu’il « fera transition entre le modernisme sage de la cité administrative et le quartier des musées de l'antique Féronstrée ».

  La maison du poids public, appelée aussi local de la douane, a été édifiée sur la Batte en 1574. Le second étage a servi de théâtre de 1767 à 1805, année de l’incendie qui a détruit l’immeuble. En voici une représentation en 1770 (dessin d’Alfred Ista) :
theatre_batte_liege_1770.jpg


 

  L’îlot archéologique


rue feronstree_liege_1965.jpgL’église Saint-Georges, en Féronstrée, en 1965 ▲ et pendant les démolitions du début des années 1970 ▼
eglise st-georges_liege_démolition debut 70s.jpg

 
  Examinez l’immeuble de style qui se trouvait à droite de l’église. On le retrouve (la flèche) sur cette photo qui montre la rue Saint-Georges dans les années 1980 :
rue st-georges_liege_debut 80s.jpg

 
  Il est en effet prévu, dans le projet de rénovation du quartier, de sauvegarder certaines façades des XVIIe et XVIIIe siècle, en les démontant soigneusement pour les reconstruire dans un « îlot archéologique » aménagé principalement rue Saint-Georges et rue Sur les Foulons*.

* Le relais de poste de la rue Saint-Jean-Baptiste, datant de la fin du XVIIe siècle, a été remonté à partir de 1974 dans l’impasse des Ursulines, en vue de la création d’un musée de l’Architecture (inauguration en 1976).


rue st-georges_liege_1977.jpg  Voici, vers 1975-76, le chantier de reconstruction des façades historiques en bordure de la rue Saint-Georges élargie. À l’avant-plan, il s’agit de la dalle recouvrant le parking sous le futur complexe moderne.


rue st-georges_liege_2017.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue st-georges_liege_80s.jpg  D’autres façades de l’îlot archéologique, à l’angle des rues Saint-Georges et Sur les Foulons carte postale des années 1980).


 

  Photos de la métamorphose


vue aerienne_ilot st-georges_liege_google earth.jpg
  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Google Earth. Les traits rouges ajoutés représentent des rues et ruelles qui ont disparu lors de la rénovation du quartier dans les années 1970. Les emplacements numérotés se rapportent aux séries de photos qui suivent, les flèches indiquant le sens des prises de vue.

SÉRIE 1

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En Féronstrée au tout début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

1b feronstree_liege_2017.jpg
SÉRIE 2

2a demolition eglise st-georges_liege_debut 70s.jpg
Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

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SÉRIE 3

3a rue st-georges_liege_1969.jpg  La rue Saint-Georges en 1969, vue du côté de Féronstrée. La mur de droite est celui de l’ancienne église Saint-Georges. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
3b rue st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 4

4a rue saint-jean-baptiste_liege_1964-65.jpg  La rue Saint-Jean-Baptiste vers 1964, pendant le chantier de la cité administrative. La flèche bleue désigne l’entrée de la rue Sur les Foulons ; la rouge, celle de l’étroite rue Pécluse. À la hauteur du trait vert, entre les enseignes Philips, il s’agit des établissements Fissette, qui ont déménagé en Féronstrée.

4b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg
La rue Saint-Jean-Baptiste de nos jours.


4c rue saint-jean-baptiste_liege_debut 70s.jpgLa même rue dans l’autre sens, pendant les démolitions du début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
4c rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
5

5a rue sur les foulons_liege_1966.jpg  La rue Sur les Foulons en 1966, vue depuis la rue Saint-Jean-Baptiste. Ce tronçon ne survivra pas aux transformations des années 1970, comme en témoigne la photo ci-dessous :5b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
6

6a rue pecluse_liege_1969.jpg  La rue Pécluse en 1969. Dans le fond, on aperçoit la cité administrative tout neuve (voir autre chapitre). Cette voirie n’existant plus, il faut l’imaginer sous l’esplanade de l’actuel îlot Saint-Georges :6b esplanade st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 7

7a rue pecluse_liege_1966.jpg  Une partie de la rue Pécluse (photo de 1966) se termine en impasse, avec une potale à son extrémité. Disparue, elle aussi, lors de la construction de l’îlot moderne :
7b esplanade st-georges_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 8

8a sur les foulons_liege_1969.jpg  Cette photo de 1966 montre la partie de la rue Sur les Foulons, aujourd’hui disparue, qui se dirigeait vers le carrefour avec la rue Saint-Georges.


8b esplanade st-georges_liege_2017.jpg   L’autre partie de la rue Sur les Foulons (à l’arrière-plan ci-dessus) a été remaniée avec le remontage des façades anciennes de l’îlot archéologique :
8c sur les foulons_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 9

9a sur les foulons_liege_1969.jpg
La rue Sur les Foulons dans l’autre sens en 1969 ▲ et de nos jours ▼
9b sur les foulons_liege_2017.jpg


SÉRIE
S 10 et 11

10a batte_liege_1966.jpg
Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
10b batte_liege_2017.jpg

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Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
11b batte_liege_2017.jpg


SÉRIE
12

12a rue st-georges_liege_1969.jpg
La rue Saint-Georges vue depuis la Batte en 1969 ▲ et de nos jours ▼
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SÉRIE
13

13a rue st-georges_liege_1966.jpg  La partie la plus étroite de la rue Saint-Georges (entre la rue Sur les Foulons et Féronstrée) en 1966. Dans la fond, le chevet de l’église Saint-Georges.


13b rue st-georges_liege_2017.jpg
De nos jours.

 

  Le chantier de la seconde partie des années 1970


chantier ilot st-georges_liege_1974-75.jpg  Le début des travaux de reconstruction au milieu des années 1970 (à l’horizon, sur la colline de Sainte-Walburge : les grues du chantier de l’hôpital de la Citadelle, commencé en 1974).


batte_liege_fin 70s.jpgLe marché de la Batte pendant la construction de l’îlot Saint-Georges ▲ et au début des années 1980 ▼
batte_liege_debut 80s.jpg

chantier ilot st-georges_liege.jpg
Vue aérienne du chantier vers 1977.


ilot st-georges_liege_1979.jpg
L’îlot tout neuf en 1979.


bueren_liege_fin 70s.jpg
Le chantier en cours d’achèvement vu de la montagne de Bueren.


quais_meuse_70s.jpg  Vu l’état d’avancement de l’îlot Saint-Georges, cette photo doit dater de 1977-78. Dès le début de la décennie, les quais ont connu un vaste chantier pour les transformer en voies rapides, avec même un tunnel pour le futur métro (qui ne sera jamais concrétisé).

  Voici un aperçu de ce chantier au début des années 19701 :
chantier voies rapides quais liege.jpg



 *  *  *  *  *

  En 2014, le Département de l'Urbanisme de Liège a consacré à ce quartier une exposition de photos d'archives au Grand Curtius.

  Un fascicule a été édité à cette occasion: « Les mutations du cœur de Liège, n°6, l'îlot Saint-Georges ».

 Merci à Messieurs Jean-Pierre ERS et Laurent BRÜCK pour leur aide dans la réalisation de mes pages.

 

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11:32 Écrit par Claude WARZÉE dans Quais de la Batte, Quais de la Meuse | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Superbe reportage! C'est on ne peut plus clair. Avec les photos d'époque et d'aujourd'hui à l'appui, que demander de plus!

Philippe Hacherelle

Écrit par : Hacherelle | 05/02/2017

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Magnifique album

Écrit par : Remo | 06/02/2017

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Incroyable! ...encore un article passionnant! Les travaux des années 70 ont tellement bouleversé l'ancien tracé qu'il est Impossible de se faire une idée du quartier tel qu’il était sans ces fabuleux documents. Merci!

Écrit par : Benoit | 06/02/2017

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Je suis très heureuse de revoir, à travers ces photos, ce qu'était Liège dans les années 60-70. Avec les années qui filent, on oublie beaucoup de ce qu'on a connu. Un grand merci à vous, le passionné, qui nous permettez de nous replonger dans le contexte de notre jeunesse.
Dommage que l'on ait tant détruit pour y mettre du béton. Tout est peut-être beaucoup plus "clean" mais pour moi, l'âme de la ville et de ses habitants a disparu depuis belle lurette.

Écrit par : HARZE | 11/02/2017

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