13/04/2016

La place des Déportés et le pont Saint-Léonard (ou Maghin)

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La situation actuelle de la place des Déportés et de l'esplanade Saint-Léonard (lien Bing Maps).


  Cet emplacement est celui de l'ancien fossé défensif de Saint-Léonard, creusé au XIIIe siècle et alimenté en eau par la Meuse pour servir de douve* aux remparts nord de la cité**

* Cette pièce d'eau sert aussi de refuge pour bateaux lors des débâcles et forts débits du fleuve.
** Ces remparts sont aussi appelés le bastion des Walles, terme wallon issu du latin « vallum » qui désigne le terre-plein d'une fortification.

liege_milheuser_1649.jpg  Cette gravure de Julius Milheuser (1649) nous permet de situer ce fossé (1), ainsi que les portes de Vivegnis (2), Saint-Léonard (3) et Maghin (4), les deux dernières équipées d'un pont-levis. En dehors de l'enceinte fortifiée, le faubourg Saint-Léonard a des aspects de village champêtre.

  Primitivement, les ponts Saint-Léonard* et Maghin** sont donc deux ouvrages distincts appartenant au système défensif de la ville.

* Le quartier doit son nom à un ancien prieuré fondé au XIe siècle et consacré à ce saint.
** « Maghin » était jadis un prénom féminin avant de devenir un patronyme, probablement celui d'une famille locale.

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Les remparts de Saint-Léonard en 1755. Le fossé apparaît encombré par des atterrissements.

  À la fin du XVIIIe siècle, le fossé de Saint-Léonard est obstrué et en mauvais état. On commence à le combler, et les terrains sont concédés moyennant une faible redevance à des particuliers qui les transforment en jardins. Parmi les bénéficiaires, il y a notamment les habitants de la rue Sur les Fossés (devenue la rue Mathieu Laensbergh), lesquels profitent ainsi d'une parcelle en face de leur demeure.

  En 1806, sous le régime français, le préfet du département de l'Ourthe, Charles Emmanuel Micoud d'Umons, envisage de faire curer les fossés pour y aménager un port aux houilles. Mais le projet n'aboutit pas, et le comblement se poursuit de plus belle.

plan liege regime hollandais 1827.jpg  Le plan ci-dessus nous transporte quelques années plus tard sous le régime hollandais (1815-1830). Le fossé est totalement remblayé, mais les remparts subsistent. La flèche désigne la porte Saint-Léonard, où se trouve la prison de Liège depuis 1738.

porte saint-leonard_liege_1845.jpg  La porte Saint-Léonard en 1845, vue du côté faubourg. Les bâtiments de la prison se trouvent à droite (on n'en voit qu'une partie). Là où marche le personnage, se trouvait précédemment le pont franchissant le fossé défensif.

plan liege 1862.jpg  Plan des années 1860. Les remparts ont été démolis de 1840 à 1863, et une nouvelle prison (on en voit le quadrilatère entre les rues du Nord et Mathieu Laensberg) a été construite de 1847 à 1850, sur des terrains que la Ville a cédés à l'État. Remarquons que l'espace compris entre cette prison et la Meuse est appelé la place Maghin. Avant que cette appellation ne soit officialisée, le peuple avait pris l'habitude de dire « la place du pont Maghin », en souvenir de l'ancien pont-levis de la porte fortifiée de ce nom (le pont Maghin sur la Meuse n'existait pas encore).

prison saint-leonard_liege_entree.jpg▲ L'entrée, rue du Nord, de la prison néogothique Saint-Léonard, conçue par l'architecte bruxellois Joseph-Jonas Dumont. Cet établissement pénitentiaire a été inauguré en 1851 pour les hommes et en 1854 en ce qui concerne l'aile réservée aux femmes (les cartes postales nous reportent au tout début du XXe siècle) ▼

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  Le premier pont Saint-Léonard sur la Meuse

 
En décembre 1858, les entrepreneurs Claes et Flechet sollicitent la concession d'un pont sur la Meuse à la hauteur de la place Maghin, en remplacement d'un ancestral passage d'eau. Ils prennent la construction à leur charge, à condition que la Ville leur accorde de percevoir les droits de péage et aménage les quais de la rive droite, du pont des Arches à Dos Fanchon.

  Étudiant le projet, Hubert-Guillaume Blonden, ingénieur en chef des travaux de la Ville, propose de décaler l'ouvrage légèrement en amont, dans l'axe de la rue du Nord (actuelle rue de la Résistance), que le prolongement du pont rejoindrait par une rampe en pente douce. Cette modification suppose la disparition de la caserne des pontonniers et de trois maisons de la rue Féronstrée, mais le but est de préserver la place Maghin.

  Le plan qui suit, en date de 1860, préfigure la réalisation du projet avec les changements apportés par Blonden. Le conseil communal se montre favorable ; il est même envisagé de profiter de l' occasion pour ouvrir de nouvelles rues dans les prés Saint-Denis :
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  Mais les exigences inconciliables des protagonistes finissent par aboutir à l'abandon du projet. En 1866, la Ville décide de se charger elle-même de la mise en œuvre du pont ; l'année suivante, le chantier est adjugé aux entrepreneurs Chèvremont et Piedbœuf, le premier pour les travaux de maçonnerie, le second pour la construction de la superstructure métallique.

  Le pont Saint-Léonard (c'est son nom officiel même si la population l'appelle fréquemment le pont Maghin) est construit de septembre 1867 à juin 1869. Un péage* est établi pour permettre de rembourser l'emprunt que la Ville a dû contracter.

* Les droits de péage seront supprimés en 1883, quand l'État rachètera l'ouvrage.

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Les trois travées métalliques du premier pont Saint-Léonard sur la Meuse (1869-1928).

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Carte postale affranchie en 1910.

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Carte postale affranchie en 1914.

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▲ La fabrique que l'on voit à l'arrière-plan (entre les deux piles du pont) est la linière de Saint-Léonard, érigée en 1828 par John Cockerill à l'emplacement de l'ancien couvent des Récollectines ▼

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▲ Le pont Saint-Léonard vu du quai de Maestricht. Le palais Curtius (d
emeure Renaissance de l'industriel Jean de Corte au début du XVIIe siècle) est un musée archéologique à partir de 1909 ▼musee curtius liege entre 1896 et 1928.jpgquai de maestricht_liege_1909.jpg

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Les activités portuaires le long du quai de Maestricht.

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▲ Parties de pêche en amont du pont du Saint-Léonard ▼
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▲ Début du XXe siècle et début des années 1960 ▼
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  De la place Maghin à la place des Déportés


1er pont saint-leonard_liege (3).jpgRevenons à l'aube du XXe siècle et empruntons le pont en direction de la place Maghin.

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Vue de 1905. À gauche, la rampe d'accès au pont. À l'arrière-plan, la prison. À droite, la place Maghin.


  Pendant la démolition des remparts et la construction du pont sur la Meuse, la place n'a guère été entretenue, jonchée de décombres, matériaux et immondices. Elle a été déblayée en 1869, puis aménagée et arborée. Des platanes plantés en 1876 ne se sont pas développés et ont été remplacés par des ormes en 1890.


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La rampe d'accès au pont à l'aube du XXe siècle.

place maghin et prison_liege_debut XXe.jpg  Les bâtiments industriels sont ceux de la Société de Saint-Léonard, établie à l'emplacement d'un ancien couvent de Carmélites. Cette usine fabriquait de l'acier et des machines, dont des locomotives.


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En 1906 ▲ et 1978 ▼prison saint-leonard_liege_1978.jpg

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Le même endroit de nos jours.

place maghin_liege_tt debut XXe.jpg  La place Maghin au début du XXe siècle, avec vue sur le côté opposé à la rampe du pont. Les immeubles de droite se retrouvent sur la vue qui suit, carte postale affranchie en 1906 et illustrant le marché aux chevaux qui, à l'époque, se tient là hebdomadairement :
marche aux chevaux_maghin_liege.jpg



deportation 14-18.jpg  Pendant la première guerre mondiale, de nombreux ouvriers belges ont été déplacés en Allemagne. C'est en leur hommage que la place Maghin est rebaptisée la place des Déportés le 30 décembre 1918.

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La place des Déportés et la prison Saint-Léonard pendant les inondations de l'hiver 1925-26.

 


  Le deuxième pont Maghin (ou Saint-Léonard)

 
Le pont endommagé en 1914 subit une restauration sommaire en 1921, mais il est rapidement décidé de le remplacer : son faible tirant d'air* entrave le passage des bateaux lors des fortes eaux, ainsi que la circulation des trams sur les quais.

* Le tirant d'air d'un pont est la hauteur disponible entre le tablier et le niveau de l'eau ou du sol.

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▲ Le deuxième pont Maghin, ouvrage métallique réalisé par la société John Cockerill, est construit de 1928 à 1930 ▼construction 2e pont maghin_liege_1928-30.jpg


2e pont maghin_liege (1).jpg  L'ouvrage comporte une arche centrale de 70 mètres et deux demi-arches de 36 mètres. Il est terminé pour l'Exposition internationale de 1930.

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▲ Une passerelle provisoire est jetée sur la Meuse pendant le chantier de construction du deuxième pont Maghin ▼passerelle maghin_liege_1928-30 (2).jpg


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Le deuxième pont Maghin sur une carte postale écrite en 1936.

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Les ruines du pont après que l'armée belge ait fait sauter l'ouvrage le 11 mai 1940.

 


  Le troisième pont Maghin (l'actuel)


pont maghin_liege_après guerre.jpg  Les ruines du deuxième pont Maghin ont été déblayées. La situation restera inchangée quelques années, le temps que la Ville* obtienne le prêt nécessaire pour financer la construction d'un nouvel ouvrage.

* À l'époque, la Ville est seule propriétaire du pont ; l'État n'est donc pas intervenu dans sa reconstruction. De nos jours, l'ouvrage a été repris par la Région wallonne (renseignements fournis par Jean-Géry Godeaux).

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Plan de 1947, sans pont sur la Meuse à la hauteur de la rampe de la place des Déportés.


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  Photo aérienne que je daterais de 1949-50. Les deux repères désignent la prison Saint-Léonard (1) et la place des Déportés (2).

 
  La construction du troisième pont Maghin est confiée aux entreprises Blaton-Aubert sous la direction de M. A. Joachim, chef du Service de la Voirie de la Ville de Liège. Il s’agira d’un ouvrage à trois arches en béton précontraint, garni de pierres de taille. Il sera ouvert à la circulation en décembre 1952.

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▲ Le chantier du pont en 1951 ▼construction 3e pont maghin_liege (2).jpg



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▲ En 1962 ▼pont maghin_liege_1962 (2).jpg



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  Cette photo date probablement de 1980-81, si j'en crois le nettoyage intensif de la façade du musée Curtius, opération qui a eu lieu ces années-là. La prison Saint-Léonard (dont on aperçoit le mur d'enceinte sur la gauche du document) est en attente de démolition.

pont saint-leonard_liege_aout 2007.jpg  En août 2007, le pont est fermé à circulation pour un an. Il est urgent de le sécuriser à cause des dégâts causés par la corrosion. On profite de l'occasion pour remplacer l'éclairage et l'illuminer, ainsi que les berges, dans le cadre du Plan Lumière de la Ville.


 
La démolition de la prison Saint-Léonard

prison saint-leonard_liege_1976 (2).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (1).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (3).jpg  Les trois photos ci-dessus datent de 1976. À cette date, il y a déjà trois ans qu'a commencé à Lantin la construction d'un nouvel établissement pénitentiaire, destiné à remplacer la prison Saint-Léonard trop vétuste et non adaptée au monde carcéral moderne.

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La prison de Lantin en cours de construction en 1977.

prison saint-leonard_liege_mutinerie juin 1979.jpg  En juin 1979, quelque six mois avant le déménagement à Lantin*, les détenus profitent d'une grève des gardiens pour se mutiner. Il s'ensuit des évasions et d’importantes dégradations aux installations.

* La prison de Lantin a été officiellement inaugurée le 17 décembre 1979 et occupée précipitamment suite à la destruction par une mutinerie de la prison Saint-Léonard (source : http://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/prisons/p...).


prison saint-leonard_liege_1981.jpgLa prison Saint-Léonard désaffectée ▲, à la veille de sa démolition en 1982-1983 ▼prison saint-leonard_liege_1982.jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (2).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (3).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (1).jpg


esplanade Saint-Léonard_liege_2004.jpg  Laissé longtemps en friche, le site de l'ancienne prison a fait l'objet en 1994 d'un concours de réhabilitation organisé par la Ville de Liège. Rénové jusqu’en 2001 par les soins d’architectes et de paysagistes liégeois, il est aujourd’hui un espace public comportant un terrain de sport, une zone verte et une vaste esplanade permettant d'accueillir divers événements à longueur d’année.

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Ce plan d'eau rappellerait-il l'ancien fossé défensif qui servait de douve aux remparts nord de la ville ?

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23/02/2016

La rectification de l'Ourthe dans le quartier Vennes-Fétinne

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Le réseau hydrographique liégeois en 1830.

ourthe d'antan liege.jpg  Sur cette vue aérienne contemporaine, ont été superposés les méandres de l'Ourthe tels qu'ils se présentent à la fin du XIXe siècle.

  Aux Grosses Battes (1), la rivière se divise en deux branches :

- La branche de droite (2) se ramifie en divers biefs parsemés d'îlots ; elle est devenue les actuels boulevards de Douai, Frankignoul et Poincaré.

- La branche de gauche (3), appelée le Fourchu-Fossé, décrit une double boucle et se jette dans la Dérivation à Fétinne. La boucle inférieure et l'étroit bief des Aguesses* (4) délimitent une île nommée plaine des Aguesses. Le tronçon supérieur du Fourchu-Fossé est incorporé au canal de l'Ourthe (le trait rouge), dont les origines remontent au début du XIXe siècle.
* Les aguesses, en wallon, désignent les pies.

pont marcotty angleur1.jpgpont marcotty angleur2.jpg  Les deux photos ci-dessus montrent ce canal de l'Ourthe à la hauteur du pont levant de l'écluse d'Angleur. Inutilisée depuis longtemps à des fins industrielles, la voie d'eau est aujourd'hui, à quelques dizaines de mètres de l’activité urbaine, un havre de paix où stationnement quelques embarcations-logements.

  C'est sous le régime hollandais, dans la troisième décennie du XIXe siècle, que naît l'idée de relier la Meuse au Rhin via l'Ourthe, la Sûre et la Moselle. Les travaux commencent à divers endroits dès 1827, mais sont rapidement interrompus à cause du manque de fonds et des événements révolutionnaires qui secouent la Belgique. Quand la province du Luxembourg est cédée à notre pays en 1839, le gouvernement belge relance un projet concernant l'Ourthe, non plus dans l'intention de la canaliser, mais de lui créer un canal parallèle. Ce chantier, à nouveau, ne sera jamais achevé, les pouvoirs publics préférant accorder la priorité au développement des chemins de fer. Parmi les tronçons de canal qui ont subsisté, figure celui qui passe par Angleur, avec son célèbre pont levant* construit en 1852.
* Le seul actionné manuellement dans la province de Liège. Classé depuis 1983 tout comme les ouvrages de pierre le bordant, vers la darse et le canal.

ecluse canal ourthe angleur1.jpgecluse canal ourthe angleur2.jpgpont-ecluse des aguesses angleur debut XXe.jpg  Le pont levant et la maison pontonnière en 1903. En bas à droite, il s'agit du tronçon du Fourchu-Fossé intégré au canal de l'Ourthe. Le pont est souvent appelé du nom de Marcotty, par analogie avec le moulin à farine situé juste à côté (les bâtiments blancs dont nous parlerons plus loin).

plan liege 1885.jpg  Ce plan de 1885 m'a été fourni par Christian Hauglustaine, un ancien du MET passionné d'histoire. On y retrouve les multiples bras de l'Ourthe à la veille du XXe siècle. Remarquons que sur ce document, l'île comprise entre le bief des Aguesses et le Fourchu-Fossé, porte l'appellation d'île aux Cochons alors qu'elle est connue comme l'île (ou la plaine) des Aguesses ; la confusion provient de l'existence antérieure d'une autre île, comme en témoigne le plan qui suit, publié par Avenzo en 1838 :
plan avanzo liege 1838.jpgplan liege 1899.jpg   Le plan ci-dessus (plan de 1899 fourni également par Christian Hauglustaine) a le mérite de mentionner les deux appellations à leur emplacement primitif, même si les îles ont fusionné.

meuse_fragnee_liege_1900.jpg   Promenade sur la Meuse à la fin du XIXe siècle. À l'arrière-plan, la plaine des Aguesses est séparée de l'église Saint-Vincent de Fétinne par l'embouchure du Fourchu-Fossé. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
meuse_fragnee_liege_2012.jpg


plaine aguesses_liege_angleur_avant 1905.jpg  Le Fourchu-Fossé et la plaine des Aguesses à l'aube du XXe siècle. Dans le fond, on aperçoit le remblai qui supporte la ligne de chemin de fer du Nord-Belge (ligne Namur-gare du Longdoz, ouverte en 1852).

pont arcades plaine aguesses liege.jpg  Le remblai du chemin de fer comporte un viaduc muni d'arches d'inondation, pour permettre l'étalement des eaux en cas de crue.

avenue luxembourg_liege_2007.jpg  L'actuelle avenue du Luxembourg est toujours traversée par cette ligne de chemin de fer surélevée, quelque peu déplacée depuis le chantier colossal de l'Exposition universelle de 1905 (voir plus loin).

* * * * *

houillere des aguesses_angleur.jpg  Le Fourchu-Fossé au début du XXe siècle, avec la houillère des Aguesses (1),  le pont-écluse du même nom (2) et le moulin Marcotty (3). Le contenu du rectangle rouge est repris ci-dessous :moulin marcotty angleur debut XXe.jpg

  La flèche rouge désigne l'entrée du canal de l'Ourthe vers le Rivage en Pot*. La bleue montre le début du bief des Aguesses, qui fournit l'énergie hydraulique au moulin à farine Marcotty.
* Le terme « pot » viendrait de « på » (pal), vu les pieux plantés là autrefois pour consolider la berge. Ce rivage est aujourd'hui constitué des quais Michel Gloesener et Joseph Wauters.

moulin aguesses angleur 1845.jpg  Le bief des Aguesses alimente un moulin depuis le XVIe siècle, mais la gravure ci-dessus présente les installations en 1845. On l'appellera finalement le moulin Marcotty* du nom de la famille propriétaire.
* Joseph Marcotty sera bourgmestre d'Angleur de 1891 à 1903 ; son fils Joseph-Antoine le sera de 1908 à 1921.

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Le bief des Aguesses, alimentant le moulin, est souvent appelé le bief Marcotty.

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Le bief des Aguesses (ou Marcotty) avant 1902, le long du sentier devenu la rue du Bief.

maison monnier_fetinne_liege_1.jpg  Le bief des Aguesses vers 1900, quand il se jette dans le Fourchu-Fossé. Les arbres, à l'arrière-plan à droite, sont ceux du début du quai Mativa, à proximité de l'église Saint-Vincent qui n'apparaît pas sur cette vue.

maison monnier_fetinne_liege_2.jpg  Voici, en 1886, le confluent du Fourchu-Fossé et de la Meuse, avec son barrage pour réguler le mélange des flots. À l'extrême gauche, il s'agit de l'embouchure du bief des Aguesses. Sur la butte, se trouve la maison Monnier, du nom du barragiste à cette époque.

maison monnier_fetinne_liege_3.jpg  La maison Monnier est aussi appelée le café de Fétinne, car le barragiste sert aussi de tenancier de guinguette, servant à boire et à manger dans ce cadre champêtre. À remarquer à nouveau le petit pont qui enjambe le bief des Aguesses là où il débouche dans le Fourchu-Fossé.

pont monnier.jpg  Le petit pont sur le bief des Aguesses. Dans le fond, entre la Meuse et la Dérivation, on aperçoit la pointe de la Boverie où se trouve l'Union nautique depuis 1873.

passage d'eau fetinne debut XXe.jpg  Le petit pont sur l'embouchure du bief des Aguesses, le revoici avec vue sur l'église Saint-Vincent, située de l'autre côté du Fourchu-Fossé. La barque est celle d'un passeur d'eau.

passage d'eau fetinne avant 1905.jpg  Il existe en effet un passage d'eau entre la rive de l'église Saint-Vincent et l'île des Aguesses dans sa partie ex-île des Cochons. Le document ci-dessus, édité à l'occasion de l'exposition universelle de 1905, montre une situation antérieure aux aménagements gigantesques exigés par l'événement.

passage d'eau fetinne 1891.jpgLe passage d'eau en 1891. À l'arrière-plan, on distingue le pont de chemin de fer de la ligne Namur-Liège.

passage d'eau fetinne quai mativa debut XXe.jpg  Le passage d'eau en 1902 ▲ et juillet 1903 (lors de la visite du prince Albert sur le chantier de l'Exposition universelle) ▼passage d'eau fetinne 1903.jpg


quai saint-vincent_liege_debut XXe.jpg  En 1853, les riverains ont envoyé une pétition à l'administration communale pour exiger que l'on construise une digue le long de la rive droite du Fourchu-Fossé (à gauche sur la photo ci-dessus), pour les protéger des ravages des inondations. Les terres de remblai proviendront du creusement de la Dérivation de la Meuse. Le quai ainsi aménagé prendra le nom de Saint-Vincent, vu le patronage de l'église de Fétinne qui se trouve à son extrémité.

quai saint-vincent église de fetinne.jpg  Le Fourchu-Fossé, le quai et l'église Saint-Vincent, vus d'amont en aval depuis le pont de chemin fer, à l'aube du XXe siècle.

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Le Fourchu-Fossé et le quai Saint-Vincent sont devenus le boulevard Émile de Laveleye.

* * * * *


  Rappelons-nous que de 1853 à 1863, le cours principal de la Meuse a été simplifié et rectifié en Avroy, et que le creusement de la Dérivation a grandement contribué à l'assainissement du quartier populeux d'Outremeuse, où le comblement de divers bras de l'Ourthe s'est poursuivi jusqu'en 1876.

  En cette fin du XIXe siècle, l'Ourthe continue cependant de menacer les habitants des Vennes-Fétinne, à cause des crues répétées et des problèmes sanitaires qui en résultent.

  En 1886, est déposé un projet qui prévoit la suppression du Fourchu-Fossé et biefs secondaires, pour offrir à la rivière un nouveau lit plus large et moins sinueux. Les autorités concernées (État, province, communes) tergiversent longtemps à propos de leurs contributions financières, mais le choix dès 1897 de la plaine des Aguesses comme site d'une future exposition universelle* accélère les décisions : le projet initial subit quelques retouches et est accepté en 1900 ; le chantier sera adjugé en juillet 1902.
* L'Exposition universelle de Liège de 1905 était au départ prévue pour 1903. C'est l'ampleur du chantier de la rectification de l'Ourthe qui a reporté l'événement en 1905. Tant mieux finalement ! On a pu en même temps célébrer le 75ème anniversaire de l'indépendance de la Belgique.

plan rectification ourthe vennes avant 1905.jpg  Le plan ci-dessus permet de comprendre le projet de rectification de l'Ourthe en prévision de l'Exposition universelle de 1905.

comblement_bief_marcotty_angleur.jpgCi-dessus, le comblement du bief Marcotty. effectué de façon fort manuelle.

chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905a.jpgchantier_plaine des vennes_liege_1902-1905b.jpg  Dans un premier temps, le creusement du nouveau lit de l'Ourthe se fera aussi manuellement, avant que que les ouvriers ne soient assistés par des machines à vapeur :
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   Le chantier prend du retard à cause de la météo, notamment lors de l'hiver 1902-1903 et du très pluvieux mois d'avril 1903.

chantier inondé 1.jpg  À gauche, la future berge du quai des Ardennes. Nous sommes en avril 1903, les travaux de terrassement du nouveau lit de l'Ourthe sont à l'arrêt à cause des inondations dues aux intempéries.

chantier inondé 2.jpg  Les monteurs en charpente métallique procèdent à la construction du nouveau pont de chemin de fer sur la future rectification de l'Ourthe. Les terrassiers ne peuvent travailler à cause du chantier inondé.

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À l'avant-plan gauche, il s'agit du futur quai du Condroz. Le nouveau lit de l'Ourthe, inachevé, est inondé.

plan chantier avant expo 1905_liege.jpg  Sur le plan ci-dessus, les flèches désignent le tracé de la ligne de chemin de fer du Nord-Belge, tracé qui va subir quelques modifications, avec une infrastructure nouvelle.

ancien pont chemin de fer fosse fourchu vennes liege.jpg   L'ancien pont de chemin de fer sur le Fourchu-Fossé. Dans le fond, sous l'arcade, on aperçoit les maisons de la rue de Fétinne.

construction nouveau pont chemin de fer vennes liege.jpg  On construit un nouveau pont de chemin de fer juste en amont de l'ancien, avant de combler le Fourchu-Fossé pour intégrer ce terrain dans le site de l'Exposition universelle de 1905. Ci-dessous, le même endroit de nos jours, avec le boulevard Émile de Laveleye :
boulevard de laveleye_liege.jpg

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_1.jpg  Dans la plaine des Aguesses (des Vennes), on supprime l'ancien remblai et le viaduc à arcades qui supportent la ligne de chemin de fer. Le tracé ferroviaire est légèrement décalé, avec un nouveau remblai et un nouveau pont pour enjamber ce qui deviendra l'avenue du Luxembourg après l'Exposition de 1905.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_2.jpgL'aménagement de la nouvelle ligne de chemin de fer.

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La destruction de l'ancien viaduc et de ses arcades.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_4.jpg  Le chantier du nouveau cours de l'Ourthe. À l'arrière-plan central, on aperçoit le nouveau pont de chemin de fer, en cours de construction tout comme les halls de l'Exposition universelle. À gauche, il s'agit de la Compagnie générale des conduites d'eau*, établissement industriel qui a dû être déplacé à cause des modifications apportées à la configuration des lieux.
* Héritière de la fonderie des Vennes, la Compagnie générale des Conduites d'Eau (et de gaz) a été fondée en 1865. Absorbée en 1975 par la Sodemeca, la société a été déclarée en faillite en 1980. Le site est resté désaffecté jusqu'en 1995, année qui a vu l'ouverture du complexe commercial de Belle-Île.

nouveau pont ourthe liege 1905.jpg
Le nouveau pont de chemin de fer pendant l'Exposition universelle de 1905.
 

* * * * *

  Le pont de Fétinne est construit de 1901 à 1904, en même temps que le pont de Fragnée*, les deux allant servir d'entrée monumentale à l'Exposition universelle de 1905.
* Le pont de Fragnée, sur la Meuse, ne sera pas abordé dans cet article consacré à la rectification de l'Ourthe. Des photos de sa construction ont été postées par Christian Hauglustaine dans le groupe Facebook « Souvenirs et mémoire du Pays de Liège » ; il y en a quelques autres dans ma page consacrée à l'Exposition universelle de 1905.

construction pont de fetinne_liege_3.jpg  Construction de la culée droite du pont de Fétinne, avec le quai Mativa et l'église Saint-Vincent à l'arrière-plan.

construction pont de fetinne_liege_2.jpgL'échafaudage permettant l'assemblage de la structure métallique.

construction pont de fetinne_liege_1.jpg
À remarquer que le pont de Fétinne est mis en place avant que le nouveau lit de l'Ourthe ne soit achevé.

construction pont de fetinne_liege_4.jpg  Cette photo a été prise en 1904 depuis la maison Monnier. À droite, le pont de Fétinne en phase d'achèvement et le nouveau lit de l'Ourthe. À gauche, l'ancien cours de la rivière qu'il va maintenant falloir combler.

pont de fetinne_liege_1905.jpg
Le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle de 1905, avec le pont du chemin de fer à l'arrière-plan.

pont fetinne_liege_1905.jpg    Ci-dessus, l’Ourthe rectifiée et le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle, photographiés depuis le clocher de Saint-Vincent. Ci-dessous, le même endroit vu depuis le lanterneau du dôme de l'église actuelle :ourthe_fetinne_liege_2007.jpg


construction pont de fetinne_liege_5.jpg  Le confluent de la nouvelle Ourthe et de la Meuse à la veille de l'Exposition universelle. La berge du quai Mativa (Dérivation) est en cours d'aménagement. La maison du barragiste va bientôt être remplacée par un établissement plus luxueux, aux allures de chalet normand, comme en témoignent les deux photos qui suivent, prises pendant l'Exposition universelle de 1905 :
maison monnier 1905.jpgmaison monnier liege 1905.jpg  Ci-dessus, le confluent Ourthe-Meuse-Dérivation en 1905. À titre de comparaison, voici le même endroit en 1968 (chantier du pont Gramme sur l'Ourthe) et en 2007 :
pont gramme en construction_liege.jpgpont gramme_liege_2007.jpg

 

* * * * *

plan liege 1905.jpg
Liège en 1905.

plan expo liege 1905.jpg

                         Les emplacements de l'Exposition universelle et internationale* de 1905.
* L'Exposition de 1905 a été internationale parce que de nombreux pays y ont participé ; universelle parce qu'elle a traité de différents thèmes.

 

* * * * *

plan lotissement vennes liege apres 1905.jpgL'Exposition universelle terminée, la ville de Liège lotit le site des Vennes.

lotissement vennes liege.jpg  Ci-dessus, la plaine des Vennes après l'Exposition universelle de 1905. On y voit la première maison en construction du boulevard Émile de Laveleye (le n°12 actuel). On devine les futures rue de Paris, rue de Verviers et avenue du Luxembourg. Ci-dessous, une vue aérienne du quartier en 2004 :vue aerienne liege_vennes_liege.jpg


Les quatre photos qui suivent nous reportent au début du XXe siècle :

vennes fetinne debut XXe_1.jpgL'entrée de la rue de Fétinne et le début du boulevard Émile de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_2.jpg
Un autre tronçon du boulevard de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_3.jpgL'avenue du Luxembourg et le pont du chemin de fer.

vennes fetinne debut XXe_4.jpgL'avenue Reine Élisabeth.

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14/02/2016

Du prieuré Saint-Léonard à la fonderie de canons

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

milheuser 1649.jpg  Cette vue gravée par Julius Milheuser nous transporte dans le quartier Saint-Léonard en 1649. Situé en dehors des remparts (1)*, le hameau est essentiellement réservé aux cultures. L'église Sainte-Foy (2), fondée au début du XIIe siècle, présente ici l'apparence de sa reconstruction en 1624**. À côté, il s'agit du prieuré Saint-Léonard (3) auquel le quartier doit son nom.

* On aperçoit la porte fortifiée de Vivegnis et celle de Saint-Léonard (cette dernière est précédée d'un pont qui enjambe le fossé alimenté par la Meuse pour servir de douve et de refuge pour bateaux.
** L'église Sainte-Foy actuelle, conçue par l'architecte Évariste Halkin, a été construite dès 1867 et consacrée en 1871.

 Ce prieuré existe depuis le tout début du XIe siècle. En 1093, un chanoine de la collégiale Saint-Jean fait ériger à cet endroit une chapelle dédiée à saint Léonard ; on lui adjoint bientôt des bâtiments pour accueillir des moines de l'abbaye de Saint-Jacques, détachés là pour être au service de la population locale qui ne dispose pas de lieu de culte.


  Biographie de saint Léonard

  D’après la tradition et le récit légendaire de sa vie, écrit au XIe siècle, Léonard est né à la fin du Ve siècle dans une noble famille franque. Baptisé par saint Rémi, évêque de Reims, il a comme parrain Clovis lui-même, dont il obtient le privilège de visiter les prisonniers et de libérer tous ceux qu’il juge dignes de cette grâce.

  Refusant la dignité épiscopale proposée par le roi, il préfère vivre en ermite dans les forêts du Limousin. C'est pendant cette période qu'il intercède pour sauver la reine d'Aquitaine qui se meurt en couches. En remerciement, il reçoit du roi une part de la forêt, où il construit une chapelle en l’honneur de Marie. Il fait jaillir une source par miracle. Beaucoup de personnes le rejoignent, dont des malades venus se faire guérir et des prisonniers échappés de leur cachot par l’effet de ses prières. Il leur enseigne l'évangile et partage son domaine avec eux pour leur permettre de vivre de leur travail et « non d’aventures et de désordres ».

  Il meurt un 6 novembre ; il est enterré dans la chapelle qu’il a construite. Son tombeau devient vite un lieu de pèlerinage qui donne naissance à la ville de Saint-Léonard-de-Noblat.

  Saint Léonard est le protecteur des prisonniers et des femmes en couches. Dans nos régions, il est aussi considéré comme le saint patron des mineurs.

              statue st-leonard.jpg
  Cette statue en bois polychromé (sculpteur inconnu, XVIIe siècle) représente saint Léonard patron des mineurs (les chaînes de prisonniers ont été remplacées par une cage de houilleurs). Primitivement dans le prieuré Saint-Léonard, elle se trouve depuis le début du XIXe siècle dans l'église Sainte-Foy.

 

   En 1489, le prieuré ne compte plus que deux moines âgés et connaît des problèmes financiers. Il est vendu aux chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui quittent leur couvent des Bons Enfants pour venir s'installer à Saint-Léonard.

  En 1777, le prince-évêque Velbruck fait partir les chanoines pour transformer le prieuré en hôpital général. On y enferme les vagabonds et les mendiants pour leur enseigner la religion et les exercer au travail. Si le principe paraît généreux, il s'agit en réalité de remédier à l'insécurité qui règne dans les rues, de protéger les gens de bien de l'importunité des indigents. La mesure irrite les partisans de liberté individuelle, et ceux qu'ils considèrent comme des prisonniers seront délivrés lors des événements révolutionnaires qui vont marquer la fin de ce siècle.

  Sous le régime français, les bâtiments finissent par être abandonnés et démolis par les pilleurs et les récupérateurs de matériaux. En 1796, ils sont qualifiés de « presque en ruines » dans un rapport officiel. Ils seront rasés en 1803, quand on leur substituera les ateliers d'une fonderie de canons. Le premier consul Napoléon Bonaparte rêve de conquérir l'Angleterre ; il a besoin d'une grande quantité de bouches à feu pour équiper sa flotte amarrée à Boulogne.

  Le CLHAM (Centre liégeois d'histoire et d'archéologie militaires) a publié sur son site un article de P. Beaujean concernant l'évolution de cette fonderie, de ses origines au XIXe siècle à son remplacement par l'Arsenal de Rocourt après la seconde guerre mondiale. Cliquez ICI pour découvrir cet historique, qu'il faut lire avant de regarder les illustrations qui suivent.

visite napoleon fonderie.jpg  Le 8 novembre 1811, Napoléon et l'impératrice Marie-Louise visitent la fonderie impériale de canons de Liège (lavis à l'encre de Chine de Charles Monnet).

napoleon visite fonderie liege 1811.jpg
Le même événement représenté par Jean-François Bosio (dessin à la plume, gouache et aquarelle).

fonderie canons liege 1823-24.jpg  La fonderie royale de canons au milieu des années 1820, sous le régime hollandais (lithographie d'Antoine Dewasme d'après un dessin d'Auguste de la Barrière).

musee d'armes liege.jpg  Cette carte postale présente le musée d'armes de Liège au début du XXe siècle (musée inclus depuis 2009 dans le Grand Curtius). L'entrée était flanquée de deux mortiers fabriqués en 1812 à l'époque de la fonderie impériale.

histoire de liège,histoires de liège,saint-leonard,prieure saint-léonard,eglise sainte-foy,napoleon,fonderie de canons,arsenal de rocourt,athenee liege 2  Ces deux mortiers se trouvent actuellement dans la cour intérieure qui sert d'entrée au département des armes du Grand Curtius (accès par la rue Féronstrée).

mortier monstre 1832.jpg    En 1832, l'armée française de Louis-Philippe, venue assister la nouvelle Belgique indépendante de Léopold 1er, fait le siège de la citadelle d'Anvers, toujours tenue par les Hollandais. Le « Mortier Monstre », capable de tirer des bombes de 500 kilos, est une invention du général français Paixhans ; il a été coulé à la fonderie de canons de Liège.

plan avenzo 1838.jpg  La fonderie et le quartier Saint-Léonard sur un plan publié en 1838 par Avenzo & Cie. Cliquez ICI pour ouvrir une vue aérienne grâce à Google Earth.

litho toovey 1854.jpg
Cette lithographie d'Edwin Toovey (Belge d'origine anglaise) date du milieu du XIXe siècle.

colonne du congres bruxelles d'antan.jpg  Au XIXe siècle, la fonderie réalise aussi des œuvres d'art. À Bruxelles, la colonne du Congrès est édifiée de 1850 à 1859 (architecte Joseph Poelaert). Elle est surmontée d'une statue de Léopold 1er, et son piédestal comporte quatre figures féminines symbolisant les libertés fondamentales garanties par la Constitution. C'est à la fonderie royale de Liège qu'ont été coulés les bronzes de ces sculptures.

statue gretry liege 1909.jpg À Liège, il en a été de même, en 1840, pour la statue de bronze de Grétry, due au sculpteur Guillaume Geefs. Installée initialement place de l'Université (actuelle place du XX Août), elle n'a été déménagée devant le théâtre royal qu'en 1866 (la vue ci-dessus date de 1909).

cheval halage liege.jpg  De même encore pour le cheval de halage du sculpteur Jules Halkin, groupe statuaire de bronze situé aux Terrasses depuis 1885.

fonderie de canons st-lenoard liege 1905.jpg   L'entrée de la FRC (fonderie royale de canons) vers 1905, avec à l'arrière-plan le clocher de l'église Sainte-Foy.

athenee liege II 2013.jpgLe même endroit de nos jours.

entree fonderie canons liege 1906.jpg  Le portique d'entrée en 1906. La couronne justifie l'appellation « fonderie royale ». Les deux canons placés verticalement servent de « chasse-roues ».

quai st-lenard liege 1926.jpg
Le quai Saint-Léonard et l'entrée de la fonderie pendant les inondations de l'hiver 1925-1926.

eglise sainte-foy_liege_debut XXe.jpg  La rue Saint-Léonard et l'église Sainte-Foy au début du XXe siècle. Les bâtiments à droite sont ceux de la fonderie, construits le siècle précédent sur les soubassements de l'ancien preuré.

tram ste-foy liege 1964.jpg  Le même endroit au début des années 1960. Les palissades cachent le chantier de démolition de la fonderie, préparatoire à l'installation à cet endroit de l'athénée Liège II.

cour fonderie canons liege (2).jpg  Ces deux photos d'avant 1940 ▲ montrent la cour intérieure de la fonderie, avec le « monorail » servant à transporter les pièces lourdes ▼
cour fonderie canons liege (1).jpg


mortier FRC 76.jpg
Un mortier FRC de 76 mm, utilisé pendant la seconde guerre mondiale.

canon 47 mm RFC.jpg
Un canon antichar de 47 mm, fabriqué par la FRC, en service en 1940.

VLC mk VI 47mm FRC.jpg
Le même canon FRC monté sur des chenillettes Vickers Carden-Loyd Mk VI.

entree fonderie canons liege apres 1945.jpg  La fonderie après 1945, peu de temps avant son abandon. Les activités vont être progressivement transférées au nouvel Arsenal d'Armement de Rocourt.

vue aerienne.jpg
L'athénée royal Liège II en 1979.

arsenal rocourt char bastogne restaurration 2007.jpgPhoto prise en 2007 à l'Arsenal de Rocourt*, pendant la restauration du char Sherman de Bastogne.
* J'accompagnais des élèves en stage de mécanique dans l'établissement.


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27/01/2016

La place de Bronckart et ses alentours

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

vue aerienne_bing maps.jpg                                                    Vue aérienne obtenue grâce à Bing Maps.


place de bronckart_liege_1979.jpg  Vue aérienne d'André Drèze (extraite de l'ouvrage « Liège / Cent vues aériennes d'une ville millénaire », publié en 1980 à l'occasion du millième anniversaire de la principauté de Liège.

               Cette partie du faubourg d'Avroy, la voici en 1649 sur une gravure due à Julius Milheuser :milheuser liege 1649.jpg  À cette époque, l'endroit est très champêtre, couvert de cultures, vergers et pâturages. Dix hectares de ces terres appartiennent au couvent des Frères Guillemites (le cercle rouge), établi là depuis le XIIIe siècle. Situons quelques points de repère : 1. Le cours principal de la Meuse (devenu les boulevards d'Avroy et Piercot)  / 2. La rue Sainte-Vérone (l'actuelle rue Sainte-Véronique) / 3. Le Grand Jonckeu (l'actuelle rue Louvrex) / 4. L'église Sainte-Véronique / 5. La rue Neuville (l'actuelle rue Hemricourt) / 6. Le Petit Jonckeu (l'actuelle rue du Plan Incliné) / 7. La ruelle du Saint-Esprit (l'actuelle rue de Serbie) / 8. La rue des Hours (l'actuelle rue Paradis).


  Le couvent des Guillemites (Guillemins) a souffert pendant les troubles révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, et il est fort dévasté quand l'administration française* vend le domaine en 1798 comme bien national. C'est la famille Fabry qui acquiert tous ces terrains, appelés le clos des Guillemins. Au début du XIXe siècle, elle en revendra certaines parcelles aux familles Crombet et Simonon.
* La principauté de Liège a été rattachée à la France de 1795 à 1814, tout comme le reste de l'actuelle Belgique connue précédemment sous le nom de Pays-Bas autrichiens.

plan_sud_liege_1827.jpg   Sur ce plan de 1827, le cercle rouge désigne l'emplacement de l'ancien couvent des Guillemites, et les numéros reprennent les mêmes points de repère que ceux de la gravure de Milheuser. Les terres d'Avroy sont toujours rurales et peu peuplées, à l'exception du quai de Meuse. L'urbanisation des lieux ne va pas tarder, avec le développement du chemin de fer et la création de nouvelles voiries.

plan_sud_liege_1845.jpg  Depuis 1842 (le plan ci-dessus date de 1845), une station de chemin de fer est établie aux Guillemins (le quartier a adopté le nom de l'ancien couvent). Une nouvelle rue a été percée pour la relier au quai d'Avroy. D'abord appelée la rue de la Station (1), elle deviendra la rue des Guillemins en 1863. Le Petit Jonckeu a été rectifié et élargi, et le chemin urbain (2) qu'il constitue préfigure la future rue du Plan Incliné.

plan_sud_liege_1883.jpg  Comme en témoigne le plan ci-dessus, daté de 1883, une quarantaine d'années a suffi pour métamorphoser la configuration des lieux.

  De 1853 à 1863, le cours de la Meuse a été déplacé et simplifié. Les terrains récupérés, dès la fin des années 1870, ont permis la création du parc d'Avroy et du quartier bourgeois des Terrasses (voir ces autres articles).

  En 1863, on a construit une nouvelle gare dans l'axe de la rue des Guillemins. Cette fois, il s'agit d'un bâtiment en dur, en gros blocs de pierre de France, avec un impressionnant vitrail en façade (voir ce lien).

  Quant au quartier qui nous intéresse ici, à l'emplacement de l'ancien domaine des Frères Guillemins, il s'est urbanisé dès le milieu du XIXe siècle.

  Reportons-nous en 1852. Malgré les polémiques à ce sujet, il est de plus en plus probable que la gare principale de Liège restera celle des Guillemins (Liège n'aura sa gare centrale qu'avec Liège-Palais en 1877). Pour donner de la plus-value à leurs biens, les propriétaires du clos des Guillemins (dont principalement la famille Fabry) proposent à la Ville de céder les terrains nécessaires à la création d'un réseau de voiries. Le projet est accepté en 1854. Il prévoit un axe principal qui relie la rue de la Station (rue des Guillemins) à la place Sainte-Véronique, axe entrecoupé par une place carrée à chaque coin de laquelle s'ouvre une autre artère.

  Naissent ainsi :

- La rue Fabry, réalisée en 1857. Elle porte ce nom à la demande de la famille Fabry qui a cédé le terrain, pour honorer son ancêtre Jacques-Jospeh de Fabry, bourgmestre de Liège lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, favorable aux idées françaises et opposé au pouvoir tyrannique du prince-évêque.

- La rue de Chestret, réalisée aussi en 1857 et baptisée ainsi en 1866, en hommage à Jean-Remy de Chestret, lui aussi bourgmestre de Liège à la fin du XVIIIe siècle et chef (avec Fabry) des patriotes liégeois hostiles au prince-évêque.

- La rue de la Paix, appelée ainsi en 1866 pour rappeler que la paix est indispensable à l'essor du commerce et de l'industrie. Cette rue sera rebaptisée rue de Rotterdam lors de la fusion des communes de 1977.

- La place de Bronckart, qui n'est ouverte qu'en 1863 et bâtie dès 1866. Elle porte d'abord le nom de place des Guillemins, puisque cet emplacement était au cœur de l'ancien domaine de Frères Guillemites. Elle est rebaptisée en 1885*, peu après le décès d'Émile Joseph de Bronckart, politicien liégeois qui s'est énormément dévoué pour le développement de l'enseignement primaire.
* 1885 est la date généralement retenue, notamment dans « Les rues de Liège » de Théodore Gobert. Constatons néanmoins que le plan de 1883 que nous commentons utilise déjà la mention « place de Bronckart ».

- La rue Simonon, appelée ainsi en 1866 du nom de Charles-Nicolas Simonon (1174-1847), auteur wallon (dictionnaire et poèmes).

- La rue du Midi, nommée ainsi en 1866 et rebaptisée rue des Ixellois en 1947, pour rendre hommage à la commune d'Ixelles qui a recueilli des enfants liégeois pendant la seconde guerre mondiale.

- La rue Dartois, qui porte le nom de Jean Dartois (1754-1848), ciseleur et graveur renommé. L'appellation est adoptée dès 1857, mais il faudra attendre une quinzaine d'années pour que la voie soit opérationnelle et constructible, vu les travaux pour rehausser le terrain puis le niveler.

Il est temps de présenter quelques illustrations :

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place des guillemins_liege_2013.jpg


rue et gare des guillemins_liege_1907.jpg  Cette carte postale de 1907 nous montre la deuxième gare des Guillemins, celle construite en 1863-64, agrandie en 1881-82 et embellie encore en 1905, à l'occasion de l'Exposition universelle. La photo qui suit permet la comparaison avec la troisième gare (1958-2007) :
rue des guillemins_liege_2005.jpg


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*Ce petit clocher n'existe plus de nos jours.

place de bronckart et rue fabry_liege (2).jpg  La même perspective lors de la construction d'un immeuble à l'angle et de la place de Bronckart et de la rue Fabry. Le tram électrique est probablement un véhicule de l'actuelle ligne n°20, créée en 1895 entre la place Sainte-Véronique et la place du Batty à Cointe.

place de bronckart_liege_1962 (1).jpg

  À nouveau la même perspective, en 1962 ▲ puis de nos jours ▼rue fabry_liege_2014.jpg


* * * * *

place de bronckart_liege_1909.jpg  La place de Bronckart sur une carte postale colorisée affranchie en 1909. Dès 1866, le conseil communal a voté un règlement urbanistique concernant les constructions à venir sur ce site, imposant l'uniformité des façades*. Il a fallu trois décennies pour que l'ensemble soit bâti.
* Façades classées depuis 1985.


À remarquer le pylône de distribution téléphonique, toujours existant dans les années 1950 :place de bronckart_liege_debut annes 1950.jpg


* * * * *

rue dartois_liege_debut XXe.jpg
La rue Dartois au début du XXe siècle, vue depuis la rue des Guillemins.

rue dartois_liege_1962.jpg
En 1962, avec la rue des Guillemins.

rue dartois_liege_1962 (2).jpg
En direction de la place de Bronckart, en 1962 ▲ et 2007 ▼rue dartois_liege_2007.jpg

place de bronckart_liege_1970.jpg
La rue Dartois et la place de Bronckart en 1970 ▲ et en 2006 ▼place de bronckart_liege_2006.jpg

* * * * *

place de bronckart rue simonon_liege_1970.jpg
Dans le fond de cette photo de 1970, s'ouvre la rue Simonon, qu'on retrouve ci-dessous en 2006 :place de bronckart rue simonon_liege_2006.jpg

rue des ixellois_liege_1970.jpg
La rue des Ixellois en 1970 ▲ et 2006 (dans le fond de la place de Bronckart) ▼rue des ixellois_liege_2006.jpg


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18/10/2015

Les Terrasses

histoire de liège,terrasses  Cette carte postale de la fin du XIXe siècle représente le parc d'Avroy avec, à l'arrière-plan, les immeubles des Terrasses et de l'avenue Rogier. Elle est pourtant intitulée « L'île de Commerce », rappelant l'existence antérieure, à cet endroit, d'une île et d'un bassin portuaire destinés aux activités économiques (voir autre article).

  Rappelons que c'est Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics de la Ville, qui est à l'origine, à la fin des années 1870, du comblement du bassin de Commerce et de la création du parc d'Avroy ; à l'origine aussi, sur les terrains de l'ancienne île, de l'aménagement de l'avenue Rogier* (voir autre article) et d'un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s'est appelé « les Terrasses », squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau.
* Charles Rogier : célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

histoire de liège,terrasses  Cette caricature, parue dans le journal satirique Le Rasoir en 1871, représente Blonden assainissant le quartier d'Outremeuse, une de ses autres entreprises urbanistiques.

histoire de liège,terrasses  Ce plan de Liège est dû à Blonden en 1880 (cliquez dessus pour l'agrandir). Je lui ai superposé en rouge l'ancien bassin portuaire et en vert l'ancienne île de Commerce, l'ensemble ayant été remplacé par le parc d'Avroy et l'élégant quartier Rogier-Terrasses.

histoire de liège,terrasses  Tous les immeubles bourgeois de l'avenue Rogier et des Terrasses ont été construits en 1879-80. L'écrivain ixellois Camille Lemonnier, de passage à Liège, les a qualifiés d'« hôtels de style précieux et tarabiscoté ». Ils sont dus aux architectes Demany, Soubre, Castermans, dont le but était de créer un quartier novateur et luxueux pour séduire la fashion liégeoise. Ci-dessous, le même endroit à la fin du XXe siècle :
histoire de liège,terrasses

 

  L'appellation « les Terrasses » n'a rien d'officiel ; elle est d'usage populaire depuis la création des lieux. Les jardins publics sont bordés par les rues Lebeau* (que l'on voit sur les deux photos précédentes) et Paul Devaux**. L'allée centrale, restée presque un siècle sans nom, a été baptisée l'avenue des Croix du Feu en 1974***.
*Nommée ainsi en hommage à Louis-Joseph Lebeau (1794-1865), avocat d’origine hutoise exerçant à Liège, membre du Congrès national, l’un des pères de la Belgique dans la mesure où il a joué un rôle important dans le choix de son premier roi Léopold de Saxe Cobourg Gotha.
** C'est le nom d’un autre membre du Congrès national, le premier parlement belge institué après la révolution de 1830, chargé notamment de rédiger la Constitution.
*** Appellation qui rend hommage aux anciens combattants de 1914-18 décorés de la Croix du Feu (méritée par une présence au front d'au moins douze mois).


  Puisqu'il est question de la première guerre mondiale, la photo qui suit a été prise aux Terrasses
peu après l'armistice de 1918, lors de la « Joyeuse Entrée » à Liège
des souverains Albert 1er et Élisabeth :
histoire de liège,terrasses


Voici l'avenue Rogier à la hauteur des Terrasses, à la fin du XIXe siècle, en 1929 puis de nos jours :histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses


                                              Revenons-en aux Terrasses à l'aube du XXe siècle :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Les deux jardins, accessibles à chaque coin par quelques marches, sont entourés de balustrades et murets auxquels sont intégrés cinq cent quarante-huit éléments décoratifs en fonte. Admirez aussi les réverbères « modern style » au gaz.

  De 1881 à 1885, les Terrasses sont ornées de quatre sculptures en bronze réalisées par des artistes liégeois. La plus célèbre est le « Dompteur de taureau ». En 1880, ce groupe statuaire remporte la médaille d’or au salon de Paris, ville où s’est installé son créateur, Léon Mignon, artiste sculpteur né à Liège en 1847. La Ville de Liège acquiert l’œuvre, transposée en bronze, pour l’ériger aux Terrasses d’Avroy.

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  L’installation de la statue, dès juin 1881, provoque un scandale, car les milieux catholiques traditionnels s’offusquent de la virilité ostensible de l’homme et de la bête.

histoire de liège,terrasses  La caricature ci-dessus représente l’évêque Doutreloux masquant les parties génitales humaines avec la « Gazette de Liége », journal bien-pensant dont le rédacteur en chef s’appelle alors Joseph Demarteau, lequel dénonce, dans ses éditoriaux, l’outrage infligé aux bonnes mœurs. En réaction ironique à cette campagne puritaine, le prénom du journaliste est utilisé pour désigner le dompteur. On parle désormais, en wallon, de « Djôsef » (Joseph) et son « torè » (le taureau).

histoire de liège,terrasses  Lors de l’Exposition universelle de 1905, les attributs mâles du bovidé et de son maître inspirent les fabricants de cartes postales humoristiques.

histoire de liège,terrasses  Ces gamins, au début du XXe siècle, posent calmement devant la célèbre statue. De nos jours, le taureau est devenu la mascotte des étudiants universitaires liégeois, qui célèbrent la « Saint-Torè », trois jours de festivités au cours de la troisième semaine de mars, pour commémorer l’arrivée du printemps. C’est l’occasion de guindailler une dernière fois avant le blocus des examens de juin. L’occasion aussi d’un cortège folklorique et d’un rassemblement rituel aux Terrasses, où il arrive qu’on peigne les parties génitales de l’animal vénéré, comme sur les deux photos qui suivent :
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  Les groupes statuaires des Terrasses associent tous un homme et un animal, le premier dominant l’autre pour l’utiliser à son service. Voici le « Bœuf au repos » (1885) de Léon Mignon, puis le « Cheval dompté » (1884) d’Alphonse de Tombay et le « Cheval de halage » (1885) de Jules Halkin :
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histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Ce commentaire concerne les deux cartes postales anciennes qui précèdent : 1 = le « Dompteur de taureau » / 2 = le « Bœuf au repos » / 3 = le « Cheval dompté » / 4 = «  le « Cheval de halage ». On peut constater que les bovins se trouvent côté « terre » et les équidés du côté « eau », vers la Meuse, en allusion à leurs spécialités respectives : le labour et le halage.

  À remarquer, sur la deuxième carte postale, le boulevard Frère-Orban* inauguré en 1879 le long d'un chenal portuaire aménagé en remplacement de l'ancien bassin de Commerce (voir autre article). Une passerelle provisoire a été jetée sur le fleuve pendant la construction d'un nouveau pont de Commerce en perspective de l'Exposition universelle de 1905.
*Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque nationale, du Crédit communal et de la Caisse générale d’épargne et de retraite.

 

histoire de liège,terrassesLes terrasses, le boulevard Frère-Orban et la Meuse (avec son chenal de Commerce) dans les années 1930.

 histoire de liège,terrasses  1930 est l'année où Liège organise (comme Anvers) une exposition internationale à l'occasion du centième anniversaire de l'indépendance belge. Dans le cadre des festivités célébrant l'événement, ce cortège folklorique met en scène Charlemagne et ses preux chevaliers. À l'arrière plan, une partie des Terrasses et la rue Paul Devaux.

histoire de liège,terrasses  Un char Sherman en septembre 1944. Lors de la libération de Liège, les soldats américains manœuvrant aux Terrasses n’ont guère l’occasion d’admirer le fameux « Torè ». La statue, pour la soustraire aux fonderies du Reich, a été cachée dès 1940 dans les caves de l’Académie des Beaux-Arts, emmurée en compagnie de la Vierge de Delcour (fontaine en Vinâve d’Île, près de la place de la Cathédrale).

 

histoire de liège,terrasses  Le boulevard Frère-Orban à l'angle de la rue Lebeau, au début du XXe siècle ▲ et le 19 avril 2015, jour de l'inauguration des nouveaux quais de la rive gauche ▼
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histoire de liège,terrasses  La rue Lebeau au début du XXe, avec l’homogénéité architecturale des résidences bourgeoises construites en 1879-80.

histoire de liège,terrasses  Les premiers immeubles à appartements multiples apparaissent à la charnière des années 1950 et 60. Ils rompent l’unité architecturale de l’ensemble, mais on s’est habitué à cette diversité. Les anciennes maisons de maître étaient conçuespour des familles très fortunées disposant souvent d’une domesticité nombreuse ; elles ne correspondent plus à l’évolution du mode de vie. Les constructions en hauteur répondent à la demande d’une population en constanteaugmentation, avec des logements modernes beaucoup plus faciles et moins onéreux à entretenir et chauffer.

histoire de liège,terrassesLa rue Lebeau en 1962.

histoire de liège,terrassesLe building en construction, rue Devaux, sera terminé en 1961.

histoire de liège,terrasses  Vue aérienne prise vers 1950 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). À l'avant-plan, l'avenue Rogier et les Terrasses sans le moindre building. Le pont Neuf (futur Kennedy) et celui de Commerce (futur Albert 1er) sont toujours des ouvrages provisoires à la suite des destructions dues à la seconde guerre mondiale.

histoire de liège,terrasses  Cette photo date de la fin des années 1950. Sur la gauche, dans l'axe de l'allée centrale des Terrasses, on distingue le Monument national à la Résistance installé là depuis 1955.

histoire de liège,terrasses                                                            Le mémorial en 2011.

  C'est dès le lendemain de la seconde guerre mondiale que naît l’idée d’instituer en Belgique un site de mémoire en l’honneur de la lutte patriotique clandestine contre l’occupant nazi, lieu de recueillement qui bénéficierait du même statut que la tombe du soldat inconnu à Bruxelles. Tous les mouvements de résistance tombent d’accord pour que ce mémorial soit érigé à Liège, ville qui s’est particulièrement signalée par son héroïsme. La mise en œuvre du monument, au parc d’Avroy, est confiée à l’architecte Paul Étienne et au sculpteur Louis Dupont, déjà connu entre autres pour les bas-reliefs du lycée Léonie de Waha.

histoire de liège,terrasses  Le mémorial est inauguré le 8 mai 1955, en présence du roi Baudouin. Cette photo et la suivante ont la rue Lebeau comme toile de fond :
histoire de liège,terrasses  En contrebas des statues, une urne en bronze contient les cendres de résistants inconnus néerlandophones, recueillies au camp de Flossenburg (ville allemande de Bavière, près de la frontière tchèque). Sur les flancs de ce reliquaire, des figures gravées évoquent la presse clandestine et les services de renseignements. Dans le socle de pierre, sont gravés les blasons des neuf provinces belges de l’époque.

histoire de liège,terrasses  Les deux groupes statuaires représentent la Résistance armée et la Résistance intellectuelle (une présence féminine constitue une exception dans ce genre de monument).

histoire de liège,terrassesLes immeubles de la rue Lebeau vus depuis le parc d’Avroy au début des années 1950.

histoire de liège,terrasses  La même vue en 1969. Le drapeau belge indique l’endroit du monument dédié à la Résistance. Le building à l’angle de la rue Lebeau et de l’avenue Rogier est en cours de construction.

 Terminons par deux vue des Terrasses vers 1960, la première en direction de la Meuse, la seconde en direction du parc d'Avroy :
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23/09/2015

La rue Pont d'Île

  La rue Pont d'ïle est un piétonnier* très commerçant qui relie la place de la République française au Vinâve d'Île et au Carré.
* Piétonnier depuis 1972.

rue du pont d'ile liege 2013.jpgrue du pont d'ile liege 2006.jpg


  Quelle est l'origine de ce nom ?

 
Il faut se rappeler qu'un bras de la Meuse, dit de la Sauvenière, décrit autrefois une large boucle et délimite le quartier de l'Isle (l'Île). Le pont qui permet alors d'accéder à cette île depuis le cœur historique de la cité s'appelle tout logiquement le pont d'Île (la flèche sur la gravure ci-dessous), dénomination qu'a conservée la rue qui se trouve aujourd'hui à cet emplacement :
vue liege aveline.jpg          Eau-forte d'Alexandre Aveline, 1689 ▲                                   Plan de Christophe Maire, 1720 ▼
plan liege 1720.jpg  On s'aperçoit, grâce au plan ci-dessus, que peu avant le pont d'île, le bras de la Sauvenière se ramifie pour donner naissance à plusieurs cours d'eau plus étroits.

  L'existence d'un pont à cet endroit, dont on ignore la date d'édification, est avérée dans la première moitié du XIe siècle.

pont d'ile dessin XVIIe.jpg  Ce dessin du XVIIe siècle (qui figure parmi les vues anciennes de Liège recueillies par Léon Béthune) présente un pont en pierres, composé de onze arches, dont plus de la moitié supportent des maisons à l'instar du Ponte Vecchio de Florence. L'ouvrage commence à la hauteur de la rue de Wache et s'étend sur une grande partie de la rue Pont d'ïle actuelle. Le symbole des deux roues, vers le haut de l'image, supposent la présence de moulins actionnés par les biefs de la Meuse. La pointe de terre, juste à côté, forme l'angle des actuelles rues de la Régence et de l'Université.

  Parmi les occupants des maisons bâties sur le pont, au fil du temps, il faut signaler des notables, des orfèvres, des horlogers, des imprimeurs (Desoer), des graveurs, des boulangers, des barbiers, des débitants de boissons, des brasseurs, des chausseurs, des artistes peintres, des luthiers, des négociants en vins et alcool, des maroquiniers, des marchands de faïences, des marchands de tissus…

  Des enseignes servaient autrefois à différencier les habitations d'artisans, de négociants et même de bourgeois. En voici un exemple toujours existant au 41 de la rue Pont d'Île :
enseigne cygne pont d'ile liege 1690.jpg

 

milheuser 1649.jpg  Ce détail de la gravure de Milheuser nous montre bien la configuration des lieux au milieu du XVIIe siècle, avec les îlots auxquels les cours d'eau ont donné naissance (îlots aménagés en jardins de demeures privilégiées). Autour du pont d'Île, on peut identifier la collégiale Saint-Paul (1), le Vinâve d'Île (2), le couvent des Dominicains (3), la place aux Chevaux devenue la place de République française (4), la place Verte occupée de nos jours par l'îlot Saint-Michel (5), la cathédrale Saint-Lambert détruite à la fin du XVIIIe siècle (6), la collégiale Saint-Denis (7), les biefs de la Meuse devenus les rues de la Régence et de l'Université (8), le couvent des Jésuites anciens à l'emplacement de l'actuelle université (9).

  C'est probablement la vue de Milheuser qui a servi de modèle à ce dessin qui illustre les notes archéologiques et architectoniques de Camille Bourgault (à découvrir en cliquant ICI) :
rue pont d'ile et couvent des dominicains liege 1650.jpg  Sur le dessin ci-dessus, représentant la situation vers 1650, l'église du couvent dominicain est toujours celle issue du XIIIe siècle. Elle sera remplacée au début du XVIIIe par un édifice au dôme imposant, tel qu'on le voit sur l'illustration qui suit :
pont d'ile liege 1816.jpg  Ce dessin de C. Abingdon, réalisé en 1816, représente le bras mosan de la Sauvenière en amont du pont d'Île. À l'arrière-plan, la collégiale Saint-Denis. À droite, le dôme de l'église des dominicains (fermé dès 1796 au début de la période française, le couvent sera finalement détruit en 1817).

place republique française liege 1970.jpgLe même endroit en 1970 ▲ et 2003 ▼Place republique française liege 2003.jpg

 

plan quartier opera liege 1780.jpg  Sur ce plan de la fin du XVIIIe siècle (juste avant les événements révolutionnaires), le cercle rouge représente le dôme du couvent des Dominicains, et la croix situe l'emplacement où sera construit le grand théâtre de Liège de 1818 à 1820. Remarquez que l'appellation « pont d'Île » (le trait rouge) ne concerne plus que les trois arches sous lesquelles passe le cours plus large de la Meuse, car le reste, avec les habitations de chaque côté, s'appelle déjà « rue du Pont d'Île ».

  Devenus de véritables égouts à ciel ouvert, les biefs de la Meuse finissent par être comblés ou voûtés au début du XIXe siècle.

pont d'ile liege XVIIIe.jpg  Dessin d'Alfred Ista d'après Charles Remont : les trois arches du pont d'Île au XVIIIe siècle (lesquelles disparaîtront en 1826).

pont d'ile liege XIXe.jpg
Le même endroit au milieu du XIXe siècle ▲ et en 1975 ▼pont d'ile-liege-1975.jpg



rue pont d'ile liege debut XXe.jpg  La rue Pont d'Île au tout début du XXe siècle. Elle a hérité de l'étroitesse du pont bâti, et certaines caves conservent toujours des vestiges des anciennes arches.

rue pont d'ile liege debut XXe (2).jpg  Le bâtiment mis en évidence sur cette photo est l'ancienne brasserie des frères dominicains, cédée depuis le milieu du XVIIIe siècle à la famille Dejardin. Il est démoli en 1912 pour faire place au Kursaal, une salle de music-hall qui devient cinéma. L'établissement prend le nom de Caméo en 1927 puis de Normandie en 1939.

programme cinema normandit liege 1948-49.jpgLe programme du cinéma Normandie en 1948-49.

cinema normandie pont d'ile liege 1965.jpgLe cinéma Normandie en 1965 ▲ et peu avant sa fermeture en 1976 ▼cinema normandie pont d'ile liege annees 1970.jpg

  Revenons-en à l'ancienne brasserie des frères dominicains, que revoici au début du XXe siècle, quand elle est la propriété de la famille Dejardin :
brasserie dejardin liege.jpg

fontaine du perron pont d'ile liege.jpg  À côté de la brasserie, il existait autrefois, « dans une partie en retrait vierge de bâtiment » (dixit Théodore Gobert), une fontaine alimentée par l'araine Roland. Érigée en 1718, cette fontaine au perron est transférée en 1870 dans la seconde cour du palais des princes-évêques. Elle se trouve actuellement au Grand Curtius.

 

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06/09/2015

L'évolution du boulevard de la Sauvenière de 1871 à la fin du XXe siècle

Cet article suit celui intitulé « l'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière ».

boulevard sauveniere liege avant 1871.jpg  L’entrée du boulevard de la Sauvenière avant 1871, si l’on s’en réfère à l’absence de voies ferrées pour le chemin de fer américain (comme on désigne alors les premiers tramways).

tram traction chevaline 1871.jpg  Dès 1871 en effet, une partie de la voie charretière du côté pair (l’ancienne rive gauche du canal) est consacrée à la circulation des tramways dans les deux sens. Cette ligne n° 1, assurée par des véhicules à traction chevaline, relie la place Saint-Lambert et les Guillemins.

boulevard de la sauveniere liege fin XIXe.jpg  La réfection de la tour de la basilique Saint-Martin permet de dater le document ci-dessus entre 1868 et 1871, avant donc que ne circulent les premiers trams. Un terre-plein central arboré occupe l’essentiel de l’espace, avec de chaque côté une voie charretière desservant d’élégantes demeures. Ci-dessous, on voit la même perspective avec la ligne de tramways, électrifiée depuis 1893 :
boulevard de la sauveniere liege tram électrique.jpg

boulevard sauveniere liege vers 1900 (2).jpgLe boulevard de la Sauvenière vers 1900, du côté du Pont d'Avroy ▲ et de la place du Théâtre ▼boulevard sauveniere liege vers 1900 (1).jpg  Sur la gauche de la photo ci-dessus, parmi les immeubles que longent les trams, une enseigne signale les bureaux du journal La Meuse.

journal la meuse sauveniere avant 1914.jpg  Fondé en 1856, le journal La Meuse occupe d'abord des locaux situés rue du Pot d’Or (imprimerie) et rue Vinâve d’Île (rédaction). C'est en 1874 que les activités sont regroupées boulevard de la Sauvenière, dans l’ancien hôtel de Grady de la Neuville (la photo ci-dessus nous reporte vers 1910).

petit trianon liege 1905.jpg  Sur cette carte postale de 1905, on reconnaît le siège du journal La Meuse juste après la terrasse du Petit Trianon, café-restaurant très réputé à l’époque, où les bourgeois ont l’habitude de dîner lors de l’Exposition universelle organisée à Liège cette année-là.

trianon pathe liege 1908.jpg  À côté du Petit Trianon, le Trianon-Pathé est ouvert en 1908, destiné aux projections cinématographiques (l’enseigne est visible au centre de la photo, au niveau des toitures). Le café du Point de Vue devient rapidement le rendez-vous des cinéphiles.

trianon pathe liege 1912.jpg  La façade du Trianon-Pathé (à gauche) présente des statues ornementales à la manière baroque. Au tout début du XXe siècle, subsiste encore l’obligation d’affranchir une carte postale du côté de la vue.

promenade sauveniere liege debut XXe.jpg  En ce tout début du XXe siècle, l’allée centrale constitue une promenade très prisée par la bourgeoisie liégeoise. Le boulevard est essentiellement résidentiel, mais quelques commerces se sont installés du côté de la voie charretière où circulent les trams.

boulevard sauveniere liege tt debut XXe.jpg  Les photographes ont toujours apprécié la perspective que propose le boulevard quand on le découvre en venant d’Avroy, avec la basilique Saint-Martin fermant l’horizon.

boulevard sauveniere liege debut XXe.jpg  La bâtisse surmontée d’un fronton, à droite avant la longue rangée d’arbres, a abrité dès 1874, l’Institut supérieur libre des Demoiselles, fondé par Léonie de Waha, pédagogue féministe et libérale. Elle est de nos jours une école fondamentale de l’enseignement communal. Le gamin portant sa charge rappelle que la « Belle Époque », comme on surnomme cette période avoisinant les années 1900, ne l’est que pour la bourgeoisie, la classe ouvrière subissant toujours une existence austère et laborieuse.


boulevard sauveniere liege foire.jpg  À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la foire aux variétés d’octobre occupe aussi le boulevard de la Sauvenière. C’est principalement dans les environs du Pont d’Avroy que les amateurs de fritures peuvent satisfaire leur gourmandise.

boulevard de la sauveniere liege debut annees 1920  tram blanc.jpg  Dès 1919-1920, les tramways communaux adoptent une livrée de couleur crème (les fameux « trams blancs »), les vicinaux conservant une carrosserie verte. Une vaste aire piétonne, des transports en commun électriques et même une piste cyclable... de quoi faire rêver les écologistes d’aujourd’hui !


  Dès 1910, les autorités communales envisagent une modernisation du boulevard ; il serait temps par ailleurs de remplacer les ormes atteints par la maladie. La première guerre mondiale, bien sûr, interrompt les études à ce sujet, et il faut patienter jusqu’en 1924 pour qu’une importante modification soit adoptée : le transfert en site propre central de la circulation des trams, avec de chaque côté une large chaussée asphaltée et un trottoir spacieux.

boulevard sauveniere liege 1915.jpg  Ci-dessus, le boulevard de la Sauvenière vu de Saint-Martin pendant le première guerre mondiale, avec sa promenade arborée centrale. Ci-dessous, deux vues montrant la situation dans la seconde partie des années 1920, avec la circulation des trams au centre et de jeunes plantations :
boulevard sauveniere liege apres 1924 (1).jpgboulevard sauveniere liege apres 1924 (2).jpg

 

boulevard sauveniere liege avant 1924.jpg  Cette photo, prise au tout début des années 1920, nous reporte dans le tronçon qui débute place de la République française (place du Théâtre avant 1918). On reconnaît le Trianon-Pathé, renommé simplement Trianon depuis qu’il a été converti en 1914 en une salle de spectacles présentant des opérettes, des revues et des vaudevilles à la française. À sa droite, on a ouvert un cinéma baptisé le Coliséum. Remarquez que le boulevard a été déboisé.


boulevard sauveniere liege chantier tram 1924.jpg  Ce déboisement est préparatoire aux transformations de 1924-25, qui vont déplacer la circulation des trams au milieu du boulevard.

boulevard sauveniere liege chantier tram 1924-25.jpgAutre photo du chantier de 1924-25.

boulevard sauveniere liege 1925.jpgLe café Vénitien et l’entrée du boulevard tout nouvellement réaménagé (les arbres, à droite, cachent le café du Point de Vue, mis en évidence sur la vue suivante) :
crues liege 1926 (1).jpgÀ peine terminé, le nouveau boulevard subit les terribles inondations de l’hiver 1925-26.

crues liege 1926 (2).jpg  Pour situer cette portion du boulevard, imaginez la Cité Miroir (anciens Bains et Thermes de la Sauvenière) à la place du mur de gauche. La publicité peinte sur le pignon d’un immeuble signale l’existence à cet endroit d’un garage Minerva géré par la famille Dehon, dans l’automobile depuis 1897.

minerva liege.jpg  Minerva, c’est la Rolls-Royce belge de l’époque, qui a cessé d’être produite à la fin des années 1930. Dès décembre 1944, le concessionnaire a poursuivi ses activités en se consacrant à une grande marque française symbolisée par des chevrons. Il est installé depuis 1985 sur les hauteurs de Burenville.

boulevard sauveniere liege fin annes 20.jpgLe nouveau boulevard dans la seconde partie des années 1920, vu depuis le rond-point du Pont d'Avroy.

boulevard sauveniere liege 1930.jpgLe rond-point de verdure a été remplacé un temps par une fontaine.

boulevard de la sauveniere liege entre 1925 et 28.jpg  Le nouveau boulevard entre 1925 et 1928, vu cette fois depuis la place de la République française. À gauche, à la hauteur de la camionnette, le bâtiment rosâtre est la Scala, une salle de music-hall fondée en 1918.

boulevard sauveniere liege debut annees 1930.jpg  Au début des années 1930, la salle de music-hall est devenue un cinéma, qui prendra le nom de Carrefour en 1935. À l’affiche : un film muet interprété par Tom Mix, acteur hollywoodien célèbre pour son rôle de cow-boy héroïque.

  De l’autre côté de la chaussée, le Trianon s’est mué en théâtre wallon depuis 1926, et le cinéma Coliséum va bientôt s’appeler le Crosly (1936). À côté, la façade du journal La Meuse a changé d’apparence : le bâtiment, en effet, a été agrandi et modernisé pour s’adapter à l’essor de l’institution et correspondre aux tendances architecturales à la mode.

journal la meuse liege 1928.jpg
La façade du journal La Meuse dès 1928.

boulevard sauveniere liege fin annees 1920.jpg  Depuis la fin des années 1920, l’automobile connaît un essor considérable. À remarquer la pompe à essence, qui témoigne de l’existence à cet endroit d’un garage station-service.

boulevard sauveniere liege annees 1930.jpg  Le premier bâtiment à gauche était en 1738 la propriété du baron d’Aix, construite dans le style Louis XV. Acquis au tout début du XXe siècle par le président du conseil d’administration du Grand Bazar de la place Saint-Lambert, il est transformé pour ressembler au somptueux hôtel d’Ansembourg de la rue Féronstrée. Il est aujourd’hui le siège d’une importante banque allemande.


  En 1930, Liège célèbre le centième anniversaire de la Belgique indépendante, organisant une exposition internationale consacrée à la grande industrie et aux sciences (les sites retenus à cette occasion sont le champ de manœuvres de Droixhe et le parc de la Boverie). La ville, pour cette occasion, veut afficher des allures de modernité.

boulevard sauveniere liege 1930 (2).jpg  Carte éditée dans le cadre de l’exposition internationale de 1930. Le boulevard a perdu son charme romantique de promenade ; il s’est transformé en une voie animée ouverte à la circulation automobile, aux affaires et au commerce. La carte postale ci-dessus nous le montre en direction du Pont d'Avroy.

boulevard sauveniere années 1930 (1).jpgDu côté du théâtre royal en 1930.

boulevard sauveniere pont d'avroy liege fin annees 1930.jpg  Le boulevard à la fin des années 1930, vu depuis le Pont d'Avroy où le rond-point est devenu une horloge fleurie (voir autre article).

boulevard sauveniere liege fin annees 1930.jpg  Le support incliné de l'horloge fleurie se retrouve sur cette photo, prise juste avant la seconde guerre mondiale.


  En 1936, l’échevin des travaux publics Georges Truffaut fait adopter par le Conseil communal le projet de construction d’un établissement de bains et thermes à l’emplacement de l’école communale de la place Xavier Neujean. La façade principale du bâtiment donnera sur le boulevard de la Sauvenière.

  À l’issue d’un concours, c’est à l’architecte Georges Dedoyard* que l’on confie, en 1937, la conception de ce complexe sportif ambitieux, qui prévoit deux bassins de natation, un ensemble complet de bains publics et d’hydrothérapie, un restaurant, ainsi qu’une gare des bus au rez-de-chaussée… et même, à cause de la menace d’un conflit imminent, un abri antiaérien pour quatre cents personnes !

* L’architecte liégeois Georges Dedoyard (1897-1988) a aussi conçu, entre autres, le siège de la Société Générale de Banque du boulevard de la Sauvenière (1937), le pont des Arches (1947), le pont Albert 1er (1957), le pont Neuf (1958, rebaptisé pont Kennedy en 1963), la tour des finances de la rue Paradis (fin des années 1970) ; il est en outre le créateur, à Bastogne, en 1950, du mémorial du Mardasson.

  Les travaux de construction commencent en 1938 ; ils subissent du retard à cause de la déclaration de guerre, mais l’établissement est inauguré et ouvert au public en 1942, malgré les heures sombres de l’occupation ; il est salué comme un modèle d’architecture moderniste.

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Les Bains et Thermes de la Sauvenière en 1947.

bains sauveniere liege construction.jpg  À l’origine, le grand bassin de natation est éclairé par une immense voûte comportant des briques de verre fabriquées par les cristalleries du Val Saint-Lambert. Cette voûte, un quart de siècle plus tard, nécessitera d’importants travaux de réfection, qui masqueront les éléments translucides initiaux.

piscine sauveniere liege 1963.jpgLe grand bassin en 1963.

cite miroir sauveniere liege 2014.jpg  Les Bains de la Sauvenière ont fermé leurs portes en 2000 pour non-conformité des normes de sécurité. Ce symbole liégeois a finalement été sauvé en 2005 par son classement en tant que monument historique. C'est en 2009 qu'a débuté le chantier de rénovation qui a abouti à l'ouverture de « La Cité Miroir », un lieu culturel et d'éducation permanente au service de la citoyenneté, de la mémoire et du dialogue des cultures.

affiche bains sauveniere liege (1).jpg

  

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  La première de ces deux affiches, à la charnière des années 1940 et 1950, illustre que les Bains de la Sauvenière, à l’origine, répondent aussi à une nécessité sanitaire, en proposant au public des baignoires et douches à une époque où les salles de bains à domicile sont encore rares. La seconde est symbole de modernité, en présentant une femme en bikini, maillot deux pièces créé en 1946 qui suscite bien des émois dans les milieux conservateurs.

 

gare des bus sauveniere liege 1950.jpg  Pendant la guerre, les locaux destinés à la gare routière (au rez-de-chaussée du bâtiment des Bains de la Sauvenière) abritent les bureaux du rationnement, puis du ravitaillement à la Libération. La station communale d’autobus n’est mise en service qu’en 1950. C’est un autobus GMC des Vicinaux que l’on utilise pour l’inauguration officielle en présence de nombreuses personnalités.

gare des bus sauveniere 1958.jpggare des bus sauveniere liege.jpgDès son ouverture, la gare routière de la Sauvenière connaît une activité débordante.

gare des bus sauveniere annees 1960.jpg  Pour satisfaire les usagers, la gare comporte, sur l’îlot central séparant les deux voies d’accès, une salle d’attente, un café-bar, un bureau de messagerie, un kiosque à journaux et un poste de police. Le site sera rajeuni pour aborder la décennie des années 1960, après qu’une délégation liégeoise se soit rendue à Paris pour s’inspirer des modernisations apportées dans les stations du célèbre métro.


boulevard sauveniere liege 1947.jpgLe boulevard en 1947 ▲ et au début des années 1950 ▼boulevard sauveniere liege debut annees 1950.jpgÀ remarquer qu'il n'y a plus d'arbres sur la photo ci-dessus, mais qu'il y en a de nouveau en 1962 :boulevard sauveniere liege 1962.jpg

trams sauvenière liege 1957.jpg  Septembre 1957. Quel incident technique ou arrêt de travail a pu immobiliser ainsi toute une colonne de trams ?

 safege.jpg  Dans le courant des années 1960, le consortium industriel français SAFÈGE met au point un métro suspendu à traction électrique. À Liège, plusieurs sociétés s’intéressent à cette technologie dès 1966, et on envisage une pareille ligne aérienne de transport en commun pour relier le centre-ville à l’université qui s’implante de plus en plus au Sart-Tilman. La navette futuriste, pour se rendre aux Guillemins puis Fragnée, emprunterait les boulevards de la Sauvenière et d’Avroy. Le projet n’a jamais abouti.

 

boulevards sauveniere liege dessin jean dengis.jpg  Retour à l'autre bout du boulevard dans les années 1950, grâce à un dessin de Jean Dengis. Ci-dessous, le même endroit en 1959, 1960-61 (pendant les fameuses grèves contre la Loi unique) et 1964 :
boulevard sauveniere liege 1959.jpgboulevard sauveniere liege grèves hiver 60-61.jpgboulevard sauveniere liege 1964.jpg


boulevard sauveniere liege 1958.jpgDu côté du Trianon et du Crosly en 1958.

trianon crosly liege mars 1950.jpgGros-plan sur le Trianon et le Crosly en 1950.

chantier journal la meuse sauveniere liege 1960-62.jpg  Dix ans plus tard (de 1960 à 62), on construit le nouvel immeuble du journal La Meuse. Le bâtiment est l’œuvre de la société d’architectes l’Équerre, qui vient de réaliser le palais des Congrès en bord de Meuse (1958).

boulevard sauveniere liege 1969.jpg  Dans la seconde partie de la décennie, le boulevard est modifié pour s’adapter au remplacement des trams électriques par des autobus au gasoil. Sur cette photo de 1969, ont disparu les rails et caténaires.

 

boulevard sauveniere liege 1968.jpg  Cette photo a été prise en 1968. Le panneau annonce l'aménagement au milieu du boulevard d'une piste réservée à la circulation des autobus.

boulevard sauveniere liege fin annees 1950.jpg À la fin des années 1950 ▲ et en 1969-70 ▼boulevard sauveniere liege 1970.jpg
 

boulevard sauveniere liege 1972.jpg  Le boulevard de la Sauvenière en 1972. La grue, à l'avant-plan, appartient au chantier d'un hôtel qu'on appellera le Ramada Inn.

boulevard sauveniere liege avant 1971.jpg  La courbe du boulevard, sous la colline du Publémont (avec la basilique Saint-Martin), vers 1969-70. Les trois photos qui suivent montrent le chantier du Ramada Inn en 1971-72 :
chantier ramada inn liege juin 71.jpgchantier ramada inn liege nov71.jpgchantier ramada inn liege.jpg

boulevard sauveniere liege 1980.jpgLe Ramada Inn dans sa première décennie, devenu aujourd'hui l'hôtel Mercure.

boulevard sauveniete liege apres 72.jpg  La flèche désigne le cinéma Concorde qui vient d’être inauguré en 1973. Précurseur du complexe multi-salles (il en comporte deux), il ne connaît qu’un succès mitigé par rapport au Palace situé rue Pont d’Avroy. Il cessera ses activités en 1997 lors de l’ouverture du Kinepolis de Rocourt.

place saint-lambert liege 1980.jpg  Sur la photo ci-dessus, qui date de 1980, le palais arbore des drapeaux commémorant le millénaire de la principauté de Liège, avec un motif symbolisant la puissance des princes-évêques d'antan, lesquels disposaient à la fois du pouvoir temporel (l’épée) et religieux (la crosse).

  Liège a beau pavoiser, cette année-là, elle n’en subit pas moins d’irréversibles outrages. Entamé dans la décennie précédente, le chantier de la place Saint-Lambert, avec les destructions patrimoniales qu’il provoque, défigure le centre-ville et ses alentours.

demolition vieux sarma liege 1982.jpg  Cette photo (cliquez dessus pour l'agrandir) a été prise en 1982 depuis le toit de l’ancien Grand Bazar (de nos jours les galeries Saint-Lambert). À l’arrière du parking terrain vague (l’actuel îlot Saint-Michel), on reconnaît le début des rues Basse et Haute Sauvenière. Une série de démolitions absurdes, dès le milieu des années 1970, a affecté aussi le début du boulevard, qui présente toujours des séquelles issues de cette époque.

parking trianon liege.jpg  Le Trianon et le Crosly sont voués à la destruction en 1976. L’espace libéré est provisoirement transformé en zone de parcage automobile, pompeusement baptisée le « parking Trianon ». Du provisoire qui dure toujours ! Le chancre urbain s'est même agrandi depuis peu avec la démolition de l'immeuble « La Meuse », abandonné depuis 2001.

sauveniere liege projet immobilier.jpg  À la fin des années 1970, la ville poursuivait l’idée d’édifier à cet endroit un mégathéâtre regroupant le Trianon, le Gymnase (en cours de démolition place Saint-Lambert) et même le Conservatoire de musique, le tout complété d’une galerie commerçante. Un projet présenté comme unique en Europe, mais qui ne sera jamais finalisé.

rue basse sauveniere liege 1970 (1).jpg  Ci-dessus, l'entrée de la rue Basse Sauvenière au tout début des années 1970, à l’arrière de l’immeuble du journal La Meuse, qui dispose alors de sa propre imprimerie. C’est là, la nuit, que les camionnettes viennent charger les gazettes fraîchement imprimées. Au-delà du tunnel (aujourd’hui muré), la ruelle compte quelques bars à l’arrière du Trianon et du cinéma Crosly :
rue basse sauveniere liege 1970 (2).jpg

rue basse sauveniere liege fin annees 70.jpgLe même endroit dans la seconde partie des années 1970.

parking trianon liege 2009.jpgEn 2009. L'échafaudage destiné à étayer la colline existe depuis 1983.

parking trianon liege 2013.jpg  Le « parking Trianon » en 2013, sans l'immeuble « La Meuse » qui vient d'être démoli après une inutile restauration de sa façade.

vue aerienne liege 1979.jpg  Revenons-en aux grands travaux qui affectent le quartier à la fin des années 1970 (cette vue aérienne d’André Drèze date de 1979).

- En (1), se poursuit le chantier de la place Saint-Lambert, à l’emplacement où se trouve aujourd’hui l’îlot Saint-Michel.

- En (2), le café Vénitien et le cinéma Carrefour vont bientôt être démolis.

- En (3), le parking terrain vague dont nous en avons déjà parlé a pris place sur les ruines d'une partie de la rue Basse Sauvenière, du Trianon et du Crosly.

boulevard sauveniere liege 1980 (2).jpg  1980. Ce tunnel en construction permettra aux bus d’accéder en sous-sol à la place Saint-Lambert en totale mutation. À droite, les bâtiments de la Société Générale de Banque et du cinéma Carrefour vont disparaître prochainement.

cinema carrefour liege 1980.jpg  Abandonné, le cinéma Carrefour est privé de son enseigne, ce qui permet de redécouvrir, à l’étage, la façade de la Scala de 1918 (voir en début d'article). Pour un court instant, car le bâtiment sera complètement démoli en 1982.

venitien liege 1980.jpgLe café Vénitien au début de sa destruction.

boulevard de la sauveniere liege 1994.jpg  Le nouveau siège de la Générale de Banque en 1994, intégré dans un vaste complexe au rez-de-chaussée commercial. Vu l’évolution du monde financier, avec ses fusions de sociétés, cette banque a depuis changé d’appellation.

 

avroy-sauveniere_gd.jpg

  

J'ai publié chez Noir Dessin Production une version « papier » de l'histoire des grands boulevards de Liège.

En savoir plus

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01/09/2015

L'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière

milheuser 1649.jpg  Les flèches que j'ai ajoutées sur cette gravure de 1649 indiquent le cours principal de la Meuse, qui coulait à l'époque à l’emplacement de l'actuel boulevard Piercot. Un bras secondaire du fleuve délimitait le quartier de l'Île (l'Isle) ; la portion comprise entre le pont d'Avroy (1) et le pont d'Île (2) était appelée le canal de la Sauvenière.

  Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle.

  Dès 980, l’évêque Notger reçoit de tels pouvoirs de la part de l’empereur germanique Otton II, qu’il devient un chef temporel puissant, à la tête d’une importante principauté épiscopale. Ce premier prince-évêque de Liège entreprend de conférer à sa ville un statut digne d’une capitale, en se lançant dans une politique de grands travaux, commençant par l’édification d’un nouveau palais épiscopal et d’une somptueuse cathédrale en l’honneur de saint Lambert.

notger.jpg

Cette peinture représentant Notger est exposée
dans le palais provincial de Liège ; elle est l’œuvre du
peintre belge Barthélemy Vieillevoye (Verviers 1798-Liège
1855), premier directeur de l'Académie des Beaux-Arts
fondée en 1835.

   

        

notger geant 14 aout liege.jpg

  En Outremeuse à Liège, le géant Notger fait partie depuis
2008 du cortège folklorique du 15 août.



 

  Notger désire développer le quartier de l’Île, où son prédécesseur Éracle a érigé la collégiale Saint-Paul, et où lui-même vient de fonder la collégiale Saint-Jean. Il faut assainir ce quartier insulaire, inhabité dans sa plus grande partie à cause des crues fréquentes qui le maintiennent fort marécageux. Le bras de la Sauvenière qui le circonscrit voit son lit rectifié et approfondi, pour réguler les inondations et favoriser la navigation jusqu’au cœur même de la cité.

  Notger est également célèbre pour avoir entouré Liège, dès 983, d’une imposante muraille. Le canal de la Sauvenière, au pied de la colline du Publémont* sert de fossé défensif à ce rempart.
* Du latin « Publicus Mons » (la montagne publique), colline occidentale de Liège, où se trouve la basilique Saint-Martin, dont la construction est initiée en 965 par l’évêque Éracle, qui rêve d’établir le centre de la cité sur cette hauteur, site qu’il estime abrupt et rassurant, à l’abri des inondations et des menaces d’invasion guerrière que la Meuse lui fait redouter.

plan liege an mil.jpg

  Le dessin qui suit donne un aperçu des fortifications de Liège au XIe siècle (il est extrait de l'ouvrage « Histoire de la Principauté de Liège racontée aux enfants », publié par Yves Bricteux aux éditions Desoer Liège). Au-dessus à gauche, surplombant le canal de la Sauvenière, on aperçoit la basilique Saint-Martin. Les trois fossés qu’enjambent des ponts, de gauche à droite, sont devenus le Thier de la Fontaine, les escaliers de la rue de la Montagne et la rue Haute-Sauvenière :
fortifications liege XIe.jpg

  Le nom « Sauvenière » (« Sav’nîre » en dialecte wallon) proviendrait du mot latin « sabulonaria », qui évoque l’exploitation du sable. En effet, les travaux gigantesques ordonnés par Notger, notamment ceux concernant les remparts, impliquent d’ouvrir le flanc de la colline, avec l’opportunité d’en extraire du sable en grande quantité.

liege guichardin XVIe.jpg  Le flanc de la colline ! Il est certes fantaisiste sur cette gravure, l’une des plus anciennes représentant Liège, due au XVIe siècle à Lodovico Guicciardini (Louis Guichardin), gentilhomme florentin établi à Anvers. Le Publémont y prend l’allure d’un pain de sucre, mais on aperçoit bien, au bas de ce relief exagéré, le quartier de la Sauvenière, avec une rue parallèle au canal, nommée Basse-Sauvenière.


  Le quartier de la Sauvenière au Moyen Âge

  La rue Basse-Sauvenière, de nos jours, est une ruelle étroite située à l’arrière des immeubles dont les façades donnent sur le boulevard qui a remplacé la voie d’eau. Il est donc difficile d’imaginer qu’elle constituait jadis un axe urbain principal, habité par des dignitaires ecclésiastiques, des notables politiques, des hommes de loi, des commerçants et artisans aisés.

  Le quartier de la Sauvenière, au Moyen Âge, est un bourg autonome, une seigneurie enclavée dans la ville, placée sous l’autorité du prévôt de la cathédrale Saint-Lambert. Ses habitants jouissent de franchises et avantages particuliers, comme celui d’être exemptés de l’impôt. C’est au XIIIe siècle, au terme de bien des querelles politiques, que cesse cette situation privilégiée, avec l’annexion du territoire de la Sauvenière à la Cité de Liège.

  Dès le début de ce XIIIe siècle, l’importance du quartier nécessite d’en renforcer la défense : l’enceinte notgérienne du Publémont est prolongée d’une fortification reliant Saint-Martin au canal de Sauvenière, avec l’établissement, dans la vallée, d’une tour crénelée et d’une porte fortifiée, dites des Bégards (voir autre article).

liege moyen age roland manigart histart.jpg  Ci-dessus, le bras de la Sauvenière et la tour fortifiée des Bégards au Moyen Âge. Ci-dessous, le boulevard en 2007 (la flèche désigne la ruelle d'accès au site de l'ancienne porte des Bégards) :
boulevard de la sauveniere liege 2007.jpg



  Le rôle économique du canal

 
Le cours canalisé de la Sauvenière, en permettant aux bateaux d’atteindre les abords de l’actuelle place Saint-Lambert, contribue au développement commercial de la cité. Cette gravure du XVIe siècle nous montre le port fluvial de la place aux Chevaux, devenue les places de l'Opéra et de la République française :
place aux chevaux liege XVIe.jpgplace republique française liege.jpg

  Aux XVIe et XVIIe siècles, les autorités veillent toujours au bon entretien de la rivière, utile à la pêche et au ravitaillement. Il est punissable d’y jeter des immondices, et de fréquents curages maintiennent un débit suffisant pour assurer une navigation efficace et alimenter les divers biefs* en aval du Pont d’Île.
* Ces biefs (voies d’eau secondaires) actionnent des moulins. Les deux plus importants sont devenus les rues de la Régence et de l’Université.

 
La surveillance se relâche à la fin du XVIIIe siècle, probablement à cause des troubles politiques et militaires qui marquent la fin de l’ancien régime et l’annexion de la principauté de Liège à la France.


  Le quai Micoud

  Le canal de la Sauvenière, comme la rivière d’Avroy en amont, finit par présenter toutes les nuisances d’un égout à ciel ouvert. Le manque d’entretien a laissé s’accumuler les encombrements, et le débit du cours d’eau est souvent au plus bas. Les mois chauds, l’endroit dégage des odeurs insupportables et constitue un dangereux foyer d’infection à cause des ordures déversées par les riverains.

  Dès 1801, sous le régime français, les autorités décident de diminuer la largeur du cours d’eau et d’assainir la berge de la rive gauche, en construisant un quai le long des façades arrière de la rue Basse-Sauvenière.

  Les travaux commencent dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, est également détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la nouvelle berge. Le quai portera le nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

sauveniere liege 1790.jpg  Le canal de la Sauvenière à la fin du XVIIIe siècle. Le bras de la Meuse, autrefois économiquement profitable, agonise dans les détritus et alluvions ! Le passage d’eau, de moins en moins fréquenté, vit ses dernières années.

place aux chevaux liege 1812.jpg  Le quai Micoud, le voici en 1812, sur la droite du document, avec les déversoirs des égouts dans le mur sans parapet qui soutient la chaussée. Les personnages, à l’avant-plan, se trouvent sur la place aux Chevaux. Le dôme, à gauche, est celui du couvent des Dominicains (emplacement de l’actuel Opéra royal de Wallonie).

quai micoud liege 1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (cliquez sur elle pour l'agrandir) nous reporte en 1814. Les soldats qui défilent sur le quai Micoud appartiennent aux troupes prussiennes qui se préparent à affronter Napoléon à Waterloo.

  En 1815, après la défaite de Napoléon et l'intégration de la Belgique au royaume des Pays-Bas, le quai Micoud est rebaptisé quai de la Sauvenière, appellation qu'il conservera après l'indépendance de 1830.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Ce lavis de Charles Remont, d'après Henry Renardy, montre le pont d'Avroy en 1826 (voir autre article). Au-delà,  l'alignement d'arbres est le quai de la Sauvenière longeant l'étroit canal.

canal sauvenière liege 1826.jpgLe quai et le canal de la Sauvenière (d'amont en aval), dessin réalisé par un voyageur anglais en 1824.

canal de la sauveniere liege 1837.jpg  Le quai et le canal dessinés par Joseph Fussell vers 1837 (les peupliers ont été plantés trois ans plus tôt) ; l’artiste présente tous les atouts d’un agréable lieu de promenade, fréquenté par les bourgeois aisés et les officiers en galante compagnie. Cette vision de l’endroit est idyllique, car la voie d'eau est considérée à l’époque comme un cloaque aux eaux nauséabondes, cause de maladies.

 
En 1833 déjà, il a été convenu de voûter cette partie du bras de la Meuse, mais les travaux ne sont effectués qu’en 1844. Il ne subsiste rien de l’égout initial, dont voici l'aspect actuel (cliquez ici pour ouvrir un plan d'égouttage actuel, avec une croix à l'emplacement de cette photo) :
egout boulevard sauveniere liege.jpg



  Les débuts du boulevard de la Sauvenière

  Le canal de la Sauvenière transformé en égout de grande section, le terrain gagné en surface permet d’élargir la chaussée et de créer une vaste allée de promenade, qui prend officiellement, en 1848, le nom de boulevard de la Sauvenière.

  À cette époque, la ville de Liège bénéficie de l’essor économique de son bassin industriel, où prospèrent sidérurgie et charbonnages. Elle a les moyens de pratiquer une politique d’urbanisme conquérant. La place Saint-Lambert s’affirme comme le nouveau centre stratégique de la cité, et les quartiers avoisinants connaissent d’importantes mutations destinées à les assainir ou embellir, avec la suppression de biefs inutiles et la création d’artères nouvelles. Dans ce contexte, la Sauvenière se doit, elle aussi, de faire peau neuve, en offrant à sa promenade tous les charmes d’un jardin d’agrément.

boulevard sauveniere liege 1860.jpg  Vue du boulevard au milieu du XIXème siècle, dans le sens d’écoulement de l’ancien canal, avec la basilique Saint-Martin sur la colline du Publémont. Des ormes ont été ajoutés aux tilleuls. Lieu de prédilection pour les piétons, avec des bancs dès 1864, la promenade est autorisée aux cavaliers qui font trotter leur monture.

boulevard sauveniere liege milieu XIX.jpg  Derrière le mur de droite, du côté de l’ancien quartier de l’Île, il s’agit de jardins privés. La ville voulant rogner sur ces terrains pour créer une voie charretière bordée d’habitations, une longue bataille juridique l’oppose aux propriétaires, qui résistent en vain pour préserver l’intégralité de leurs biens.

boulevard sauveniere liege 1975.jpgLe même endroit vers 1975.

boulevard de la sauveniere liege fin XIX.jpg  Le boulevard vers 1860, du côté de la place du théâtre. Le café Vénitien (à gauche) a été construit en 1855 sur l’emplacement de l’hôtel du baron de Floen-Aldercrona. Celui du Point de Vue (à droite) était déjà une taverne au XVIIe siècle, avec un relais de diligence. À l’époque du document, tous deux profitent de la clientèle qu’attirent la promenade et le théâtre royal tout proche.

boulevard sauveniere liege 2009.jpgLe même endroit de nos jours.

 

L'évolution du boulevard après 1871 (les premiers tramways) fera l'objet d'un autre article.

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23/08/2015

Les bouleversements urbanistiques dans le Bas-Laveu à la fin du XXe siècle (descente autoroutière A602 et liaison E40-E25)

autoroute A602 1970.jpg  À la fin des années 1960, l'autoroute A602 a atteint les quartiers de Burenville (voir autre article) et de Saint-Laurent. Elle va bientôt se prolonger vers le Bas-Laveu et les Guillemins.

plan laveu liege annees 1960.jpg  Ce plan des années 1960 (cliquez dessus pour l'agrandir), permet de situer la zone géographique dont il va être question.

bas-laveu liege avant autoroute A602.jpg  Voici le Laveu au pied de la rue Henri Maus, au niveau de la rue d'Omalius et d'un tronçon de la rue Saint-Gilles. D'importantes démolitions ont eu lieu en prévision du passage de l'autoroute, laquelle surplombera les voies ferrées et nécessitera un réaménagement des abords. Le tracé rouge délimite l'emplacement de la photo actuelle qui suit :
bas-laveu liege 2015.jpg

rue saint-gilles liege 1969 (1).jpg  Ci-dessus, le viaduc ferroviaire au niveau de la rue Saint-Gilles. La photo a été prise en 1969, juste avant les destructions préparatoires à la construction de l'A602. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
rue saint-gilles liege laveu 2015.jpg

rue henri maus liege 1969.jpg  Ci-dessus, le bas de la rue Henri Maus (côté pair) en 1969, accolé à un autre viaduc du chemin de fer. Ci-dessous, la situation actuelle avec une zone verte en remplacement de la série de maisons :
rue henri maus laveu liege 2015.jpg

autoroute A602 laveu liege 1973.jpg  En 1973, l'autoroute s'arrête au Bas-Laveu, avec une rampe de sortie en direction de la place des Wallons ou du tunnel Sainte-Marie qui débouche sur le boulevard d'Avroy*. Son tracé principal est interrompu en attente de solution définitive concernant sa liaison avec la E25. Pendant plus d'une décennie, on ironisera sur la « piste de ski », ce tronçon d’autoroute urbaine sur colonnes, surplombant les voies de chemin de fer et n’aboutissant que dans le vide !
* L’administration des routes a même envisagé de faire passer l’autoroute sous le parc d’Avroy, mais de nombreuses protestations ont provoqué l’abandon du projet.

place des wallons laveu liege 2015.jpg  Ci-dessus, la « place » des Wallons actuelle, où aboutit la sortie autoroutière. Ci-dessous, le même endroit à la fin des années 1960, avant que le paysage urbain ne soit bouleversé par le chantier de l'A602 :
place des wallons laveu liege annees 1960 (1).jpg

 

  Aux origines de la place des Wallons

 
Au milieu du XIXe siècle, le Laveu* est champêtre, composé de terrains vagues ou cultivés. En terme de voirie, il n'est sillonné que par d'étroits sentiers tortueux bordés de haies.
* « Laveu » est la forme wallonne de « lavoir ». L'endroit n'a pas été habité autrefois par des blanchisseuses, comme on le raconte parfois ; il doit son appellation à l'importante famille des Lavoir, citée dès le XIVe siècle et qui possédait là une prestigieuse résidence d'été.

 
En 1865, plusieurs propriétaires cèdent des terrains à la Ville pour qu'on y aménage quelques rues dignes de ce nom. Parmi elles, figure la future rue des Wallons (elle recevra ce nom en mai 1873), qui s'arrête alors à la rue Jacob Mackoy. Elle attendra 1891-92 pour être prolongée jusqu'au Bois d'Avroy, au sommet de la rue de Joie.

 C'est depuis octobre 1900, que le carrefour des rues du Laveu, des Wallons et des Éburons s'appelle officiellement la place des Wallons.

place des wallons laveu liege 1913.jpg  La place des Wallons sur une carte postée en 1913. L'année suivante, sera prise la décision de modifier le viaduc ferroviaire, jugé trop étroit. Interrompu par la guerre, le projet ne sera réalisé qu'en 1926.
 

bus 20 laveu liege 1930.jpg  Un trolleybus n° 20 (Cointe-centre ville) à l'arrêt de la place des Wallons dans les années 1930, avec vue sur le viaduc élargi.

place des wallons laveu liege annees 1960 (2).jpg                            La place des Wallons à la fin des années 1960 ▲ et de nos jours ▼
rue des wallons laveu liege 2015.jpg  La flèche rouge, ci-dessus, indique l'emplacement où se trouvaient les immeubles que l'on voit sur la photo qui suit (côté impair de l'ancienne place des Wallons en 1968, du viaduc à la rue des Éburons) :
place des wallons laveu liege annees 1960 (3).jpg

place des wallons laveu liege fin annees 1960 (2).jpgLa place des Wallons à la fin des années 1960.

bus 20  laveu liege 1968.jpgFévrier 1968 : un trolleybus n° 20 quitte la place des Wallons pour s'engager dans la rue des Éburons.

place des Wallons liege vers 1970.jpg  À l'époque, passer sous le viaduc permet d'accéder à la rue de Sluse, telle qu'on la voit sur la photo qui suit :
rue de  sluse liege 1969.jpg

rue de sluse liege 2015.jpg  Depuis les aménagements autoroutiers, la rue de Sluse a bien changé. Tous les immeubles visibles sur la photo précédente ont disparu !

place des wallons rue du laveu liege avant 1970.jpg  Cette photo de la place des Wallons a été prise à l’extrême fin des années 1960. Elle montre les immeubles situés entre la rue des Wallons (qu'on ne voit pas à gauche) et la rue du Laveu (à droite). Ces immeubles, on les retrouve sur la photo qui suit, présentant la situation actuelle :
place des wallons rue du laveu liege 2015.jpg

place des wallons laveu liege fin annees 1960 (3).jpg  Ci-dessus, la place des Wallons vue depuis la rue de Sluse à la fin des années 1960. Ci-dessous, la même perspective de nos jours, avec la sortie autoroutière conduisant au tunnel Sainte-Marie :
N607 laveu liege 2014.jpg

  Voici quelques vues prises lors de la démolition de la place des Wallons au tout début des années 1970 :
place des wallons démolitions debut annees 1970.jpg1970 (1) demolition place des wallons liege laveu.jpgplace des wallons liege demolitions.jpg                                        ▲ Quarante-cinq ans séparent ces deux photos ▼
place des wallons laveu liege 2015 (2).jpg



  Du côté de la rue du Plan Incliné

 
Cette rue du quartier des Guillemins est ainsi baptisée en hommage au plan incliné conçu par l'ingénieur Henri Maus, peu avant le milieu du XIXe siècle*, pour permettre aux trains de gravir et descendre la côté d'Ans malgré la forte déclivité naturelle des lieux.
* C'est en 1842 que le plan incliné a été utilisé pour la première fois.

piste de ski guillemins liege 1976.jpg  Cette photo de 1976 montre le début du plan incliné ferroviaire, avec l'autoroute inachevée qu'on a surnommée la « piste de ski ».

plan incline liege 2009.jpg  Ci-dessus, la rue du Plan Incliné actuelle, au niveau du viaduc dont le tunnel mène au Laveu. Là aussi la construction de l'autoroute et de ses accès a profondément modifié le tissu urbain, comme en témoigne la photo suivante datant du début des années 1960 :
plan incline liege 1962.jpg


  De la place des Wallons à l'avenue de l'Observatoire

  Au milieu des années 1980, des expropriations et démolitions massives affectent le côté impair de la rue des Éburons, ainsi que le bas de la rue de Joie et de l’avenue de l’Observatoire. Une décision a enfin été adoptée à propos de la liaison E40-E25, qui se fera grâce à un double tunnel percé dans la colline de Cointe et un pont suspendu jeté sur la Meuse.

 1983 avenue de l'observatoire liege.jpg  Le bas de l’avenue de l’Observatoire avant les destructions qui débuteront en 1984. Toutes les maisons de gauche* ainsi que les premières de droite sont condamnées.
* Disparaîtra aussi toute une partie de la rue Mandeville longeant le chemin de fer.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
avenue de l'observatoire liege 2015.jpg

1983 (1) rue de joie laveu liege.jpgÀ l'angle des rues de Joie et Bois l'Évêque en 1983 ▲ et 2009 ▼rue de joie liege 2009.jpg

1983 (2) rue de joie laveu liege.jpg  La flèche rouge désigne la rue des Éburons, dont le côté impair va disparaître, tout comme les maisons de la rue de Joie situées à droite. Voici la situation actuelle à titre de comparaison :
laveu 2015.jpg

rue des eburons laveu liege debut annees 1980.jpg  Ci-dessus, la rue des Éburons vers 1984-85, avec dans le fond la « piste de ski » (la flèche) arrêtée là au début des années 1970. Ci-dessous, le même endroit de nos jours, avec l'espace vert baptisé depuis peu le jardin de l'abbé Firket :
rue des eburons liege 2015.jpg

construction autoroute laveu liege 1985-86 (1).jpg▲ Ces deux photos datent de 1986, pendant le prolongement de l’autoroute
en direction du futur tunnel sous Cointe ▼
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laveu liege 1986.jpgL’autoroute au Laveu en 1986.

rue des eburons laveu liege vers 1990.jpgL'autoroute toute neuve au niveau de la rue des Éburons.

 

chantier tunnel sous cointe liege 1988.jpgLe chantier de la tête du tunnel sous Cointe en 1988.

laveu liege 2007.jpgL'autoroute au Laveu en 2007.

 

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21/07/2015

Les premières gares du Palais à Liège

   Le chemin de fer de ceinture

 

  La seconde moitié du XIXème siècle connaît l'essor des chemins de fer. En 1865, on ouvre une ligne pour relier Liers à Vivegnis, tronçon qui permet de recevoir des convois en provenance des Pays-Bas, via Hasselt et Tongres. Voilà la lisière nord-est de Liège, industrielle, desservie par le rail ; on décide alors de la relier aux Guillemins (où une gare existe depuis 1842) par une voie ferrée de ceinture.

  Cette jonction Vivegnis-Guillemins entraîne le percement de plusieurs tunnels, sous la colline de Pierreuse et sous le Publémont*. Ce chantier d'envergure, de la première adjudication à l'inauguration de la ligne, va durer de 1869 à 1877.

* C'est la colline qui s'étend du mont Saint-Martin à l'église Saint-Gilles.

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Le creusement du tunnel sous Pierreuse en 1873. Ce tunnel mesurera 847 mètres.


histoires de liège,histoire de liège,gare du palais,rue de bruxelles,pierreuse,tunnel sous pierreuse,chemin de fer de ceinture liège,pont d'arcole,square notger  L'aménagement des voies ferrées nécessite de nombreuses expropriations. La rue des Ravets (1) et la rue Salamandre (2) vont notamment disparaître. À droite le long du muret, la rue Table de Pierre est rebaptisée rue de Bruxelles en 1877. Ci-dessous, la même perspective en 2007, pendant les travaux d'extension du palais de justice :
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Le tunnel ferroviaire de Pierreuse sur une carte postale « Belle Époque ».

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La tête du tunnel vers 1900. Ci-dessous, le même endroit en 2008 :
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  La première gare du Palais

  Les Guillemins sont loin du centre-ville. Dès 1847, les autorités songent à établir une gare au cœur même de la cité, mais il faut attendre 1871 pour que le conseil communal décide de la faire construire près du palais provincial, vu l'aménagement du chemin de fer de ceinture.

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La première gare, dès 1877, est une modeste construction de briques, bois et bitume.

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La rue de Bruxelles vers 1900. Ci-dessous, en 2008 :
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Le pont d'Arcole en 1902.

  C'est en 1871 qu'une passerelle en bois est construite pour franchir la tranchée du chemin de fer, à l'emplacement de l'ancienne rue Salamandre. Elle est officiellement appelée la passerelle Saint-Servais, mais les Liégeois prennent l'habitude de la nommer le pont d'Arcole (du nom de la bataille, près de Vérone, où Napoléon Bonaparte défait les Autrichiens en 1796). L'ouvrage devient métallique en 1881. Il disparaîtra à la fin des années 1970, quand une partie des voies de chemin de fer sera recouverte d'une dalle (la photo ci-dessous date de 1979) :
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Les quais de la gare sur une carte postée en 1904. Ci-dessous, en 2008 :histoires de liège,histoire de liège,gare du palais,rue de bruxelles,pierreuse,tunnel sous pierreuse,chemin de fer de ceinture liège,pont d'arcole,square notger


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Les quais de la gare, le pont d'Arcole et la rue de Bruxelles vers 1900. Ci-dessous, en 2006 :
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  La gare de 1905


  À l'aube du XXème siècle, la gare du Palais est jugée indigne d'une ville qui se prépare à accueillir de nombreux visiteurs à l'occasion de l'exposition universelle prévue pour 1905.

  La construction initiale est remplacée par un bâtiment néogothique (architecte Edmond Jamar) en harmonie avec l'aile du palais qui abrite le gouvernement provincial.

  Les quatre photos qui suivent datent des années 1905–1910 :

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La gare néogothique dans les années 1960. Ci-dessous, vue depuis le square Notger :gare-palais-square-notger-liege-annees_60.jpg


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Vers 1974-1975.
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1977. La gare du Palais et les maisons de la rue de Bruxelles seront démolies avant la fin de la décennie.

Ce sera une autre histoire dans une autre note...

Lien concernant ce sujet :
http://users.belgacom.net/cwarzee/gare_du_palais/index.htm

Autre lien intéressant : http://www.alaf.be/_media/ligne34.pdf.