13/11/2016

Aux origines du parc et de l'étang d'Avroy

Bing Maps.jpg  Le parc d’Avroy auquel nous allons nous intéresser est situé entre l’avenue Rogier et le boulevard d’Avroy (la vue aérienne ci-dessus, que vous pouvez agrandir en cliquant dessus, a été obtenue grâce à Bing Maps).

  Il faut d’abord se rappeler qu’il existait à cet endroit, depuis le chantier de rectification de la Meuse (1853-63), un bassin de Commerce relié à la Meuse par deux chenaux d’accès devenus l’avenue Blonden et le boulevard Piercot. Les traits rouges ajoutés à la photo rappellent l’emplacement approximatif de ces installations portuaires. Avant d'aller plus loin, je vous conseille de (re)lire préalablement le chapitre consacré à ce sujet.


bassin de commerce_liege_1872.jpg  La peinture ci-dessus (due à un certain J. Pierre) nous reporte en 1872 et représente le bassin de Commerce. À droite, il s’agit du quai d’Avroy (actuel boulevard). À gauche, on aperçoit le début du chenal d’accès devenu le boulevard Piercot. Les feuillages à l’avant-plan masquent l’île de Commerce délimitée par le bassin, la Meuse et les deux chenaux d’accès. Île restée pratiquement inexploitée malgré son appellation prometteuse.


square avroy_liege_fin XIXe.jpg  Comblé dès 1879, le bassin portuaire a fait place à un parc doté d’une pièce d’eau d’agrément. L’île de Commerce, rattachée à la terre ferme, est devenue un quartier bourgeois longé par l’avenue Rogier, de part et d’autre de squares aménagés en jardins et appelés les Terrasses.

 
Ces transformations urbanistiques sont l’œuvre de Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics. Son projet figure sur le plan qui suit, approuvé par le conseil communal en 1876 :plan 1876.jpg     Lien Donum : http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1493

  Sur le plan ci-dessus, la zone qui correspond à l’emplacement du futur parc est restée vierge, avec l’inscription « Terrain réservé pour le parc (45000 m²) dont le dessin sera ultérieurement arrêté ». Ce sera dès 1880 que l'espace vert sera aménagé, selon les plans du paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.


square avroy_liege_1887.jpg  Au-delà de l’étang bordé de promenades sinueuses, on peut admirer le tronçon de l’avenue Rogier compris entre le boulevard Piercot et les Terrasses. Cette carte postale nous reporte en 1887.


square avroy_liege_1913.jpgVersion colorisée de la vue précédente, grâce à une carte postée en 1913.


square avroy_liege_1901a.jpgL’autre tronçon de l’avenue Rogier, des Terrasses à l’avenue Blonden.


square avroy_liege_1901b.jpg  Cette carte présente la même vue que la précédente (les deux ont été écrites en 1901), mais elle est erronément intitulée « l’île de Commerce », configuration des lieux qui n’existe plus depuis 1879.


square avroy_liege_2006.jpg
Le même endroit de nos jours (en automne pour qu’on puisse voir l’évolution urbanistique à l’arrière-plan).


square avroy_liege_rocaille 1.jpg  ▲ L’étang est alimenté en eau par le trop-plein des bassins des Terrasses, grâce à un ruisseau qui forme de petites cascades dans un assemblage pittoresque de rocailles ▼square avroy_liege_rocaille 2.jpg

square avroy_liege_2010.jpg
Le même endroit en 2010, lors d’une opération de nettoyage.


square avroy_liege_vers 1900.jpg
À la Belle Époque, le parc est extrêmement prisé par la bourgeoisie.


etang avroy_liege_debut XXe.jpg
parc avroy_liege_debut XXe.jpg▲ Ces deux cartes colorisées datent du tout début du XXe siècle. Les coupoles jumelles cerclées de rouge sont celles du Trink-Hall, café de style mauresque érigé en 1880. Cliquez ICI pour accéder à un article le concernant ▼etang avroy trink-hall tt deburt XXe.jpg


 

  Les statues du parc d'Avroy

 
De 1881 à 1883, le square d’Avroy est orné de sculptures en fonte bronzée, coulées dans la fonderie française du Val d’Osne. La plupart sont des reproductions d’œuvres antiques.

persee (1).jpg  ▲ Voici Persée, héros mythologique grec brandissant la tête de la Gorgone Méduse. Cette statue du sculpteur Charles Veeck rappelle celle de Cellini (XVIe siècle), l’une des plus célèbres de la piazza della Signoria de Florence ▼persee (2).jpg

 

lutteurs.jpg  Ces deux lutteurs sont la copie d’un groupe antique attribué à Céphisodote, statuaire athénien du IVe siècle avant Jésus-Christ. L’original fait la fierté de la galerie des Offices de Florence.


laocoon (1).jpg  ▲ Laocoon est ce prêtre troyen qui a péri avec ses fils, attaqués par des serpents de mer parce qu’il s’’était opposé à l’entrée du cheval en bois que les Grecs avaient laissé devant les portes de la ville après voir levé le siège. La statue originale de marbre blanc, réalisée au IIe siècle avant Jésus-Christ par trois artistes rhodiens, est exposée au musée Pio-Clementino du Vatican, à Rome ▼laocoon (2).jpg

 

fauconnier (1).jpg▲ Selon certains, cette statue représente un gladiateur au combat ; d’autres y voient un fauconnier tendant le bras pour rappeler son rapace ▼fauconnier.jpg

 

silene (1).jpg▲ Le faune à l’enfant. Il s’agit du satyre Silène, père adoptif et précepteur du dieu Bacchus (Dionysos), dieu du vin et de l’ivresse. C’est la réplique d’une œuvre hellénistique trouvée à Rome (collection Borghèse) et figurant au musée du Louvre depuis 1807 ▼silene (2).jpg

 

 Plusieurs statues ont disparu, comme les deux représentées ci-dessous :

bacchus.jpg  Cette statue du dieu Bacchus brandissant une coupe (œuvre de Charles Veeck) a été endommagée pendant la première guerre mondiale.


diane.jpg  Il s’agissait ci-dessus d’une copie de la Diane de Gabies, ainsi appelée du nom de la ville du Latium d’où provenait l’œuvre originale, attribuée au sculpteur grec antique Praxitèle. Cette statue de femme drapée, qui représente la déesse de la chasse, se trouve au Louvre à Paris.

 

L'ASBL Homme et Ville, en 2005, a réalisé un historique du parc d'Avroy pour le compte de l'échevinat de l'Urbanisme. Cliquez ICI pour accéder à cette étude au format PDF.


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10:38 Écrit par Claude WARZÉE dans Blonden, Avroy, Rogier, Terrasses | Commentaires (10) |  Facebook |

08/10/2016

La rivière d'Avroy à Liège, devenue un tronçon du boulevard du même nom

hydro_liege_1649.jpgGravure de Julius Milheuser, publiée en 1649 par Jean Blaeu.

  Rappelons que le cours principal de la Meuse, autrefois, suivait les actuels boulevards d’Avroy (1) et Piercot (2). Aux abords de l’église des Augustins (3), naissait la rivière d’Avroy (4), laquelle, en aval du pont d’Avroy (5), était prolongée par le bras de la Sauvenière (6). Celui-ci décrivait une grande boucle qui achevait de délimiter le quartier de l’Isle (l’Île).

  La rivière d’Avroy (4), qui fait l’objet de cet article, est donc devenue le tronçon du boulevard d’Avroy qui s’étend du boulevard Piercot au Pont d’Avroy. Le bras de la Sauvenière devenu le boulevard du même nom a déjà été traité dans un autre chapitre.


riviere avroy_1649.jpg  Rapprochons-nous de la rivière d’Avroy. La flèche rouge en indique la longueur ainsi que le sens du courant. La rive droite, du côté de l’Île, est protégée d’un rempart originaire du XIIIe siècle et réédifié au XVIe. La muraille est séparée du cours d’eau par une languette de terrain parfois garnie de verdure.


tour aux lapins_liege.jpg  Cette reconstitution des remparts d’Avroy est l’œuvre en 1964 de Florent Ulrix*. Le document provient du site www.chokier.com. La tour à la pointe méridionale de l’Île, là où se séparent les deux bras de la Meuse, est surnommée la Tour aux Lapins**. Derrière elle, le dessinateur a suggéré la présence de l’abbaye bénédictine Saint-Jacques.

* Auteur de l’ouvrage « Le rempart d'Avroy et la Tour aux Lapins à Liège », publié en 1965 (Bruxelles, service national des fouilles).
** La tour aurait servi de refuge pour les lapins qu’élevaient les moines.


abbaye st-jacques_liege_1735.jpg  L’abbaye Saint-Jacques a été fondée en 1015 par le prince-évêque Baldéric II, successeur de Notger. La gravure ci-dessus, due à Remacle Le Loup, nous la présente en 1735. Remarquons sur la droite le moulin de la ferme abbatiale, mû par un bief en provenance de la Meuse.


plan_abbaye st-jacques_liege_1737.jpg  Ce plan de Gustave Ruhl nous présente les lieux en 1737. À l’angle des deux bras de la Meuse, une ouverture dans la Tour aux Lapins permet de dévier une partie des eaux dans l’enceinte de l’abbaye, pour irriguer les vergers et actionner le moulin à blé*.

* À ne pas confondre avec le moulin Saint-Jacques situé derrière le monastère sur le cours de la Meuse.


arvau tour aux lapins_liege_1740.jpg  Ce dessin de Beyer, reproduit par Béthune, montre la configuration des lieux au milieu du XVIIIe siècle, avec l’arvau grillagé où s’engouffre le bief Saint-Jacques, appelé aussi la Rivelette. Ci-dessous, vous pouvez découvrir le même endroit en 1911, puis de nos jours :
statue charlemagne_liege_1911.jpgstatue charlemagne_liege_2013.jpg


arvau bief st-jacques.jpg  En 1962, on démolit deux immeubles en vue de la construction de la résidence Orléans à l’angle des boulevards d’Avroy et Piercot. En creusant, on met à jour des vestiges de la Tour aux Lapins et la voûte qui couvrait la Rivelette.


abbaye st-jacques_liege_XVIIIe.jpg  L’abbaye Saint-Jacques au XVIIIe siècle. L’église abbatiale, reconstruite au XVIe siècle, est un chef-d’œuvre de l’art gothique flamboyant. À l’arrière-plan à droite, on distingue la rivière d’Avroy qui deviendra boulevard un siècle plus tard (les rangées d’arbres sur la vue qui suit).

 
vue aerienne st-jacques liege 1979.jpg  De l’abbaye, il ne reste plus que l’église, dans un quartier aujourd’hui fortement urbanisé. Cette vue aérienne date de la fin des années 1970, aux débuts de l’avenue Maurice Destenay (bourgmestre de Liège de 1963 à 1973).


  La promenade du rivage d’Avroy

 

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Extrait de la vue de Liège réalisée par Aegidius Marischal (1618).


  Intéressons-nous maintenant à la rive gauche de la rivière d’Avroy : elle présente autrefois une berge naturelle que longe un chemin de halage bordé de maisons. À l’exception du faubourg Saint-Gilles proche du pont d’Avroy, l’endroit est champêtre. C’est probablement cette solitude à deux pas de la ville qui incite des pères augustins, au tout début du XVIe siècle, à faire ériger là le prieuré qui va souvent servir de point de repère dans nos explications.

Au début du XVIIIe siècle, l’Église de Liège* dégage les moyens financiers pour transformer l’ancestral chemin d’Avroy par un quai de pierre. En 1716, on modernise le rivage des Augustins, où un port naturel s’est formé sur la grève en pente douce. L’année suivante, commence l’aménagement, en aval, d’une promenade agrémentée par une centaine de marronniers d’Inde.

* Le chapitre de la Cathédrale Saint-Lambert s’affirme ainsi propriétaire des lieux ; il a d’ailleurs dû intenter des actions judiciaires à l’encontre des riverains, qui prétendaient que le chemin était privé et leur appartenait.

 
En 1717, le tsar Pierre le Grand, en villégiature à Spa (son médecin lui a prescrit une cure thermale), est reçu à Liège. La flottille impériale, en provenance de l’abbaye de Flône, arrive par la Meuse et accoste au débarcadère des Augustins, où un carrosse attend l’illustre visiteur, lequel s’extasie devant la beauté de ce bord de Meuse.

 

werner_leodium_1750.jpg  La vue ci-dessus, gravée en 1750 par l’Allemand Friedrich Bernhard Werner, montre bien les rangées de marronniers qui contribuent à l’élégance de la promenade d’Avroy. À droite de ces arbres, face au bras de Meuse devenu le boulevard Piercot, le clocher effilé est celui de l’église Sainte-Anne érigée par les Augustins.

  Le rivage d’Avroy devient rapidement le lieu de promenade préféré des bourgeois fortunés et personnages de haut rang. Pierre-Lambert de Saumery, dans les délices du pays de liège (ouvrage publié de 1738 à 1744) parle du lieu « le plus agréable de la ville, propre à délasser l’esprit et à charmer les sens ».


avroy_liege_1740.jpg
  La rivière d’Avroy en 1740. Sur la rive droite, dominent les bâtiments de l’abbaye Saint-Jacques. Sur la rive gauche, les frondaisons constituent le début de la nouvelle promenade. À l’avant-plan, sur le rivage des Augustins, accoste la barque marchande en provenance de Huy. Une botteresse est assise en attente de marchandises à transporter.


De la rivière au boulevard d’Avroy

  Dès le XVe siècle, le débit des bras de la Meuse subit les conséquences de la digue construite aux Grosses Battes (Angleur), laquelle réduit l’apport de l’Ourthe. À partir du XVIIe, la rivière d’Avroy souffre en outre du barrage installé par les moines de Saint-Jacques au profit de leurs installations meunières. Au XVIIIe, les mesures prises pour renforcer l’alimentation du Polet (voir le plan hydrographique qui suit) affaiblissent encore le courant en direction du quartier de l’Île.


hydro_liege_1800.jpg

  À la fin du XVIIIe siècle, l’état de la rivière d’Avroy est lamentable. Les atterrissements se sont multipliés, aggravés par les détritus de toutes sortes dont se débarrassent impunément les riverains. Les promeneurs se plaignent des odeurs, et la barque marchande de Huy éprouve de plus en plus de difficultés à être traînée jusqu’au pont d’Avroy. Dès le début du XIXe siècle, la navigation est impossible sur ce cloaque. En 1830, il est décidé de le voûter pour lui substituer un aqueduc couvert. Commencés en 1831, les travaux de remblai se terminent en 1835.


quai d'avroy_liege_thomas boys_1838.jpg  Le débarcadère du rivage des Augustins en 1838 (lithographie gouachée du Britannique Thomas Shotter Boys). L’artiste tourne le dos à la rivière d’Avroy qui vient d’être comblée.


avroy_liege_2010.jpg
La même perspective de nos jours.


  La rivière d’Avroy supprimée, on élargit la promenade existante, avec de nouvelles rangées d’arbres. Aux alentours, les terrains restés jusque-là fort agricoles s’urbanisent rapidement. Dès 1836, un jardin botanique est aménagé dans le Bas-Laveu, et de nouvelles voies de communication sont percées pour le relier au futur boulevard d’Avroy, en lieu et place des sentiers étroits et sinueux d’antan : la rue des Augustins est ouverte en 1838, la rue Darchis l’année suivante ; de belles demeures sont construites par centaines, et le quartier en plein développement devient l’un des plus aristocratiques de la ville. Il faut cependant attendre 1848 pour que l’ancien quai, des Augustins au Pont d’Avroy, reçoive officiellement l’appellation de boulevard.


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Le boulevard d’Avroy en 1852. L’église est celle de l’abbaye bénédictine de la Paix-Notre-Dame.


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Le même endroit vers 1900.


abbaye paix notre-dame_liege.jpg
  L’abbaye de la Paix Notre-Dame à la fin du XIXe siècle, vu de l’arrière, côté jardins. Le boulevard d’Avroy apparaît exagérément arboré.

  C’est en janvier 1627 que quelques religieuses bénédictines en provenance de Namur arrivent à Liège par la barque de Huy. Elles logent dans une maison du Pont d’Avroy, mise à leur disposition par un riche marchand dévoué. Séduite par un vaste enclos compris entre le faubourg Saint-Gilles et le domaine des Pères Augustins, elles obtiennent du prince-évêque Ferdinand de Bavière d’y fonder un monastère.

  Dès le début, ces Bénédictines se consacrent à l’éducation des jeunes filles, et beaucoup des pensionnaires, issues de la noblesse et de la haute bourgeoisie, trouvent finalement la vocation monastique. Cellule après cellule, le couvent se construit, grâce à la générosité des familles riches concernées.

  La chapelle de l’abbaye devient fort populaire, grâce au culte voué à sainte Rolende, invoquée pour soulager des hernies et des affections rénales. Le succès du monastère nécessite rapidement l’érection d’une église plus grande, que l’on construit de 1686 à 1690. C’est une des moniales, Dame Antoinette Desmoulins, douée pour tous les arts, qui dresse les plans du nouveau sanctuaire, devenant ainsi la première femme architecte.

  À la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, la congrégation est dissoute et leurs biens confisqués. Mais quelques sœurs ont l’audace de racheter la propriété avec l’aide de généreux donateurs. En 1797, elles ouvrent un pensionnat pour jeunes filles. La communauté se reconstruit ; elle se consacre à l’enseignement, tout en maintenant son identité de contemplatives bénédictines, vouées à la célébration des offices, à la méditation et à la prière.

  En 1841, le pensionnat payant permet la création d’une école gratuite appelée l’institut Saint-Benoît, pour offrir un enseignement de qualité aux jeunes filles défavorisées.

  Depuis 1991 et la mixité dans le secondaire, l’école des Bénédictines est fusionnée avec le collège jésuite Saint-Servais.


benedictines_liege_1932.jpgL’église des Bénédictines en 1932 ▲ et de nos jours ▼benedictines_liege_2010.jpg

 

  Comme le rivage qui l’a précédé, le boulevard d’Avroy devient le lieu de promenade préféré des classes sociales aisées. Les deux documents qui suivent nous transportent en 1898 et 1910 :
bvd d'avroy_liege_1898.jpgbvd d'avroy_liege_1911.jpg


promenade avroy_liege_belle epoque.jpg   ▲ À la Belle Époque, le boulevard attire une foule de promeneurs, venus autant pour rivaliser d’élégance que pour profiter des charmes du décor. C’est un kiosque qui constitue la principale attraction : en été, s’y donnent des concerts de musique classique ou militaire ▼
kiosque_avroy_liege_1907.jpg


kiosque_avroy_liege_1913.jpgCe kiosque à musique existe depuis 1852, non près du Trink-Hall (l’actuel Mad Café) comme on le croit souvent, mais à la hauteur de la rue Darchis, à proximité de l’église des Bénédictines.


crue 1925-26 rue darchis_liege.jpg  Ce premier kiosque à musique, construit en bois, subsistera jusqu’en 1931, année où on lui substituera le monument à la gloire de Walthère Frère-Orban (voir plus loin). Cette vue prise depuis la rue Darchis atteste de son existence lors des inondations de l’hiver 1925-1926.


kiosque_bvd d'acroy_liege_debut XXe.jpg  Les kiosques à musique connaissent leurs heures de gloire entre 1870 et 1914 (cette carte postale a été postée en 1913). Ils ont joué un rôle important dans l’évolution sociale de l’époque : la culture n’est plus réservée aux classes considérées comme supérieures : la musique n’est plus jouée dans des lieux fermés, mais en plein air, pour divertir l’ensemble de la population.


kiodque avroy_liege_debut XXe.jpg  Des badauds posant devant le kiosque d’Avroy vers 1910. Les plus aisés, lors du concert, auront l’avantage de pouvoir se payer une place assise pour quelques centimes.

 

bvd d'avroy_liege_debut XXe.jpg  ▲ Remarquez la résidence patricienne à tourelle, à droite sur la carte postale ancienne ci-dessus. On la retrouve sur la vue qui suit, coincée en 1962 entre des buildings modernes. Belle imitation du style de la Renaissance française (François 1er), cette demeure tout en calcaire est due à l’architecte Paul Jaspar. Construite en 1905 pour Frédéric Braconnier, sénateur libéral et administrateur de charbonnages et sociétés industrielles, elle sera détruite en 1973 ▼
bvd d'avroy_liege_1962(2).jpg  La silhouette sombre, sur la gauche de la photo ci-dessus, est celle du monument Frère-Orban inauguré une trentaine d’années plus tôt :
monument frere-orban_liege_1931.jpg  Le monument dédié à Walthère Frère-Orban* est inauguré en 1931. Le groupe statuaire est l’œuvre du sculpteur belge Paul Du Bois (Aywaille 1859 -Uccle 1938).

* Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque Nationale, du Crédit Communal et de la Caisse Générale d’Épargne et de Retraite.

 

monument frere-orban_liege_2009.jpg
Le monument dans son environnement actuel.


casino gretry_liege.jpg  Le Casino Grétry est inauguré en 1865 comme salle de bals. Il devient ensuite un théâtre (vaudeville et opérettes), un jardin d’été, une piste de patinage à roulettes et même une salle de ventes. En 1903, il est le siège provisoire du théâtre communal wallon. En 1907, le bâtiment est transformé en piscine et prend l’appellation de « Bains Grétry », établissement luxueux et moderne permettant le divertissement, le sport, les soins corporels et l’hydrothérapie. Ne connaissant pas le succès espéré, l’entreprise est fermée en 1914, mais la première guerre mondiale lui fait reprendre provisoirement du service, l’occupant allemand réquisitionnant les lieux à l’usage de ses troupes.


bvd d'avroy_liege_2010.jpg  Il subsiste des traces de ce passé. Au n° 92 du boulevard (la flèche), un porche donne accès à un parking privé pour des bureaux voisins. Le couloir d’accès est orné de cadres publicitaires, lesquels servaient autrefois à annoncer les spectacles théâtraux à l’affiche :
garage avroy_liege.jpg

 

ancienne piscine avroy_liege.jpg
Et à l’étage du parking, la verrière est celle de l’ancienne piscine.


verrerie d'avroy_liege_fin XIXe.jpgÀ l’emplacement de l’actuel athénée Léonie de Waha, existait une impasse appelée « cour de la Verrerie d’Avroy », rappelant qu’il y avait là autrefois une manufacture de verre*, accessible par un porche de style Louis XIV.

* La verrerie de table liégeoise est très appréciée dès le XVIIIe siècle. La fabrique d’Avroy excellait aussi dans le travail du cristal à la mode de Venise.


verrerie d'avroy_liege_fin XIXe (2).jpgLa fabrique a fermé en 1852, et ses bâtiments ont été convertis dès 1856 en logements pour ouvriers.


destruction verrerie liege 1937.jpg  La cour de la Verrerie et sa cité ouvrière sont détruites dans la seconde moitié des années 1930, pour permettre l’implantation à cet endroit, sous l’impulsion de l’échevin Georges Truffaut, d’un nouvel établissement scolaire en l’honneur de Léonie de Waha*.

* Léonie de Chestret a épousé en 1863 le baron Victor de Waha de Baillonville. Veuve quatre ans plus tard, à trente et un ans, elle se consacre à diverses activités philanthropiques et sociales.

 
Rappelons que Léonie de waha est la célèbre pédagogue qui a fondé en 1868 un institut supérieur pour demoiselles, initialement installé dans des locaux acquis place Saint-Paul (rue Hazinelle). En 1874, l’école a déménagé rue des Célestines, dans une ancienne résidence noble donnant aussi sur le boulevard de la Sauvenière. En 1887, elle est cédée à la Ville de Liège.

  Devenu lycée en 1925, l’institut s’est considérablement développé ; il est urgent, dix ans plus tard, de prévoir de plus amples installations.


construction lycee de waha_liege_1.jpg  Le projet du nouveau bâtiment en Avroy est confié à l’architecte de la Ville Jean Moutschen. Celui-ci imagine une œuvre monumentale, résolument moderniste. Sa réalisation exigera des techniques de construction innovantes.


construction lycee de waha_liege_2.jpg  Dans le fond, en bas à droite : probablement des vestiges de l’ancienne cité ouvrière en cours de disparition.


athenee de waha_liege_2010.jpg  La haute cheminée de l’athénée de Waha est celle de la verrerie d’antan, conservée pour le système de chauffage de l’établissement scolaire.


lycee de waha_liege_1938.jpg  Commencé en 1936, le lycée de Waha est officiellement inauguré en septembre 1938. Fonctionnel, il intègre aussi des œuvres d’art originales créées par dix-huit artistes wallons (fresques, bas-reliefs, mosaïques, peintures, vitraux). Dans l’esprit des concepteurs, il s’agit de former les générations futures de jeunes filles en leur faisant côtoyer quotidiennement la beauté artistique.

  L’imposante façade isole les locaux scolaires des bruits de la ville. Les bas-reliefs qui la décorent symbolisent l’Étude et l’Insouciance de la Jeunesse ; ils sont nés de l’imagination des sculpteurs liégeois Louis Dupont, Adelin Salle et Robert Massart.

  Ce témoin de l’architecture moderne wallonne est classé depuis 1999.

  Ci-dessous, le lycée dans les années 1950 et 1960 :
lycee de waha_liege_annees 50 et 60.jpg


bvd d'avroy_liege_1950s.jpg
Les premiers buildings font leur apparition dans les années 1950.


bvd d'avroy_liege_1970s.jpg
Le même tronçon à la fin des années 1970.


bvd d'avroy_liege_debut 60s.jpg
Les buildings de la vue précédente ont remplacé les immeubles soulignés de rouge (photo des années 1960).

demolition_frambach_liege_1977.jpg
Voici la maison Frambach et les immeubles voisins en cours de démolition en 1977.


bvd d'avroy_liege_1962 (3).jpg  L’autre côté du boulevard au début des années 1960. C’est en 1952 que ce tronçon a été livré au parcage automobile.


rue bertholet_liege_1960s.jpg  La rue Bertholet (du nom d’un peintre liégeois du XVIIe siècle) assurait la communication avec la rue des Clarisses et la place Saint-Jacques. Elle n’existe officiellement plus, absorbée par la nouvelle avenue Destenay* inaugurée en 1975.

*Bourgmestre libéral de Liège de 1963 à 1973.


rue bertholet_liege_1976-77.jpg  La jonction, en 1976-77 (années du chantier au centre de la photo), entre l’avenue Destenay et le boulevard d’Avroy.


avenue destenay_liege_fin 1970s.jpg  L’avenue Destenay à la fin des années 1970. Les trois immeubles de droite constituent les derniers vestiges de l’ancienne rue Bertholet. Les structures squelettiques abriteront bientôt de nombreux bureaux, privés et communaux.


avenue destenay_liege_1977.jpg
Dans l’autre sens vers 1977.


assurance liegeoise 1980.jpg  Dès 1980, la compagnie L’Assurance liégeoise modernise ses installations en Avroy, où elle est installée depuis 1931. Le complexe moderne va progressivement s’étendre vers la gauche jusqu’à absorber en 1984 le début de l’avenue Destenay, comme on le constate sur cette vue capturée dans Google Street View :

 

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18/10/2015

Les Terrasses

histoire de liège,terrasses  Cette carte postale de la fin du XIXe siècle représente le parc d'Avroy avec, à l'arrière-plan, les immeubles des Terrasses et de l'avenue Rogier. Elle est pourtant intitulée « L'île de Commerce », rappelant l'existence antérieure, à cet endroit, d'une île et d'un bassin portuaire destinés aux activités économiques (voir autre article).

  Rappelons que c'est Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics de la Ville, qui est à l'origine, à la fin des années 1870, du comblement du bassin de Commerce et de la création du parc d'Avroy ; à l'origine aussi, sur les terrains de l'ancienne île, de l'aménagement de l'avenue Rogier* (voir autre article) et d'un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s'est appelé « les Terrasses », squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau.
* Charles Rogier : célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

histoire de liège,terrasses  Cette caricature, parue dans le journal satirique Le Rasoir en 1871, représente Blonden assainissant le quartier d'Outremeuse, une de ses autres entreprises urbanistiques.

histoire de liège,terrasses  Ce plan de Liège est dû à Blonden en 1880 (cliquez dessus pour l'agrandir). Je lui ai superposé en rouge l'ancien bassin portuaire et en vert l'ancienne île de Commerce, l'ensemble ayant été remplacé par le parc d'Avroy et l'élégant quartier Rogier-Terrasses.

histoire de liège,terrasses  Tous les immeubles bourgeois de l'avenue Rogier et des Terrasses ont été construits en 1879-80. L'écrivain ixellois Camille Lemonnier, de passage à Liège, les a qualifiés d'« hôtels de style précieux et tarabiscoté ». Ils sont dus aux architectes Demany, Soubre, Castermans, dont le but était de créer un quartier novateur et luxueux pour séduire la fashion liégeoise. Ci-dessous, le même endroit à la fin du XXe siècle :
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  L'appellation « les Terrasses » n'a rien d'officiel ; elle est d'usage populaire depuis la création des lieux. Les jardins publics sont bordés par les rues Lebeau* (que l'on voit sur les deux photos précédentes) et Paul Devaux**. L'allée centrale, restée presque un siècle sans nom, a été baptisée l'avenue des Croix du Feu en 1974***.
*Nommée ainsi en hommage à Louis-Joseph Lebeau (1794-1865), avocat d’origine hutoise exerçant à Liège, membre du Congrès national, l’un des pères de la Belgique dans la mesure où il a joué un rôle important dans le choix de son premier roi Léopold de Saxe Cobourg Gotha.
** C'est le nom d’un autre membre du Congrès national, le premier parlement belge institué après la révolution de 1830, chargé notamment de rédiger la Constitution.
*** Appellation qui rend hommage aux anciens combattants de 1914-18 décorés de la Croix du Feu (méritée par une présence au front d'au moins douze mois).


  Puisqu'il est question de la première guerre mondiale, la photo qui suit a été prise aux Terrasses
peu après l'armistice de 1918, lors de la « Joyeuse Entrée » à Liège
des souverains Albert 1er et Élisabeth :
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Voici l'avenue Rogier à la hauteur des Terrasses, à la fin du XIXe siècle, en 1929 puis de nos jours :histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses


                                              Revenons-en aux Terrasses à l'aube du XXe siècle :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Les deux jardins, accessibles à chaque coin par quelques marches, sont entourés de balustrades et murets auxquels sont intégrés cinq cent quarante-huit éléments décoratifs en fonte. Admirez aussi les réverbères « modern style » au gaz.

  De 1881 à 1885, les Terrasses sont ornées de quatre sculptures en bronze réalisées par des artistes liégeois. La plus célèbre est le « Dompteur de taureau ». En 1880, ce groupe statuaire remporte la médaille d’or au salon de Paris, ville où s’est installé son créateur, Léon Mignon, artiste sculpteur né à Liège en 1847. La Ville de Liège acquiert l’œuvre, transposée en bronze, pour l’ériger aux Terrasses d’Avroy.

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  L’installation de la statue, dès juin 1881, provoque un scandale, car les milieux catholiques traditionnels s’offusquent de la virilité ostensible de l’homme et de la bête.

histoire de liège,terrasses  La caricature ci-dessus représente l’évêque Doutreloux masquant les parties génitales humaines avec la « Gazette de Liége », journal bien-pensant dont le rédacteur en chef s’appelle alors Joseph Demarteau, lequel dénonce, dans ses éditoriaux, l’outrage infligé aux bonnes mœurs. En réaction ironique à cette campagne puritaine, le prénom du journaliste est utilisé pour désigner le dompteur. On parle désormais, en wallon, de « Djôsef » (Joseph) et son « torè » (le taureau).

histoire de liège,terrasses  Lors de l’Exposition universelle de 1905, les attributs mâles du bovidé et de son maître inspirent les fabricants de cartes postales humoristiques.

histoire de liège,terrasses  Ces gamins, au début du XXe siècle, posent calmement devant la célèbre statue. De nos jours, le taureau est devenu la mascotte des étudiants universitaires liégeois, qui célèbrent la « Saint-Torè », trois jours de festivités au cours de la troisième semaine de mars, pour commémorer l’arrivée du printemps. C’est l’occasion de guindailler une dernière fois avant le blocus des examens de juin. L’occasion aussi d’un cortège folklorique et d’un rassemblement rituel aux Terrasses, où il arrive qu’on peigne les parties génitales de l’animal vénéré, comme sur les deux photos qui suivent :
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  Les groupes statuaires des Terrasses associent tous un homme et un animal, le premier dominant l’autre pour l’utiliser à son service. Voici le « Bœuf au repos » (1885) de Léon Mignon, puis le « Cheval dompté » (1884) d’Alphonse de Tombay et le « Cheval de halage » (1885) de Jules Halkin :
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histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Ce commentaire concerne les deux cartes postales anciennes qui précèdent : 1 = le « Dompteur de taureau » / 2 = le « Bœuf au repos » / 3 = le « Cheval dompté » / 4 = «  le « Cheval de halage ». On peut constater que les bovins se trouvent côté « terre » et les équidés du côté « eau », vers la Meuse, en allusion à leurs spécialités respectives : le labour et le halage.

  À remarquer, sur la deuxième carte postale, le boulevard Frère-Orban* inauguré en 1879 le long d'un chenal portuaire aménagé en remplacement de l'ancien bassin de Commerce (voir autre article). Une passerelle provisoire a été jetée sur le fleuve pendant la construction d'un nouveau pont de Commerce en perspective de l'Exposition universelle de 1905.
*Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque nationale, du Crédit communal et de la Caisse générale d’épargne et de retraite.

 

histoire de liège,terrassesLes terrasses, le boulevard Frère-Orban et la Meuse (avec son chenal de Commerce) dans les années 1930.

 histoire de liège,terrasses  1930 est l'année où Liège organise (comme Anvers) une exposition internationale à l'occasion du centième anniversaire de l'indépendance belge. Dans le cadre des festivités célébrant l'événement, ce cortège folklorique met en scène Charlemagne et ses preux chevaliers. À l'arrière plan, une partie des Terrasses et la rue Paul Devaux.

histoire de liège,terrasses  Un char Sherman en septembre 1944. Lors de la libération de Liège, les soldats américains manœuvrant aux Terrasses n’ont guère l’occasion d’admirer le fameux « Torè ». La statue, pour la soustraire aux fonderies du Reich, a été cachée dès 1940 dans les caves de l’Académie des Beaux-Arts, emmurée en compagnie de la Vierge de Delcour (fontaine en Vinâve d’Île, près de la place de la Cathédrale).

 

histoire de liège,terrasses  Le boulevard Frère-Orban à l'angle de la rue Lebeau, au début du XXe siècle ▲ et le 19 avril 2015, jour de l'inauguration des nouveaux quais de la rive gauche ▼
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histoire de liège,terrasses  La rue Lebeau au début du XXe, avec l’homogénéité architecturale des résidences bourgeoises construites en 1879-80.

histoire de liège,terrasses  Les premiers immeubles à appartements multiples apparaissent à la charnière des années 1950 et 60. Ils rompent l’unité architecturale de l’ensemble, mais on s’est habitué à cette diversité. Les anciennes maisons de maître étaient conçuespour des familles très fortunées disposant souvent d’une domesticité nombreuse ; elles ne correspondent plus à l’évolution du mode de vie. Les constructions en hauteur répondent à la demande d’une population en constanteaugmentation, avec des logements modernes beaucoup plus faciles et moins onéreux à entretenir et chauffer.

histoire de liège,terrassesLa rue Lebeau en 1962.

histoire de liège,terrassesLe building en construction, rue Devaux, sera terminé en 1961.

histoire de liège,terrasses  Vue aérienne prise vers 1950 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). À l'avant-plan, l'avenue Rogier et les Terrasses sans le moindre building. Le pont Neuf (futur Kennedy) et celui de Commerce (futur Albert 1er) sont toujours des ouvrages provisoires à la suite des destructions dues à la seconde guerre mondiale.

histoire de liège,terrasses  Cette photo date de la fin des années 1950. Sur la gauche, dans l'axe de l'allée centrale des Terrasses, on distingue le Monument national à la Résistance installé là depuis 1955.

histoire de liège,terrasses                                                            Le mémorial en 2011.

  C'est dès le lendemain de la seconde guerre mondiale que naît l’idée d’instituer en Belgique un site de mémoire en l’honneur de la lutte patriotique clandestine contre l’occupant nazi, lieu de recueillement qui bénéficierait du même statut que la tombe du soldat inconnu à Bruxelles. Tous les mouvements de résistance tombent d’accord pour que ce mémorial soit érigé à Liège, ville qui s’est particulièrement signalée par son héroïsme. La mise en œuvre du monument, au parc d’Avroy, est confiée à l’architecte Paul Étienne et au sculpteur Louis Dupont, déjà connu entre autres pour les bas-reliefs du lycée Léonie de Waha.

histoire de liège,terrasses  Le mémorial est inauguré le 8 mai 1955, en présence du roi Baudouin. Cette photo et la suivante ont la rue Lebeau comme toile de fond :
histoire de liège,terrasses  En contrebas des statues, une urne en bronze contient les cendres de résistants inconnus néerlandophones, recueillies au camp de Flossenburg (ville allemande de Bavière, près de la frontière tchèque). Sur les flancs de ce reliquaire, des figures gravées évoquent la presse clandestine et les services de renseignements. Dans le socle de pierre, sont gravés les blasons des neuf provinces belges de l’époque.

histoire de liège,terrasses  Les deux groupes statuaires représentent la Résistance armée et la Résistance intellectuelle (une présence féminine constitue une exception dans ce genre de monument).

histoire de liège,terrassesLes immeubles de la rue Lebeau vus depuis le parc d’Avroy au début des années 1950.

histoire de liège,terrasses  La même vue en 1969. Le drapeau belge indique l’endroit du monument dédié à la Résistance. Le building à l’angle de la rue Lebeau et de l’avenue Rogier est en cours de construction.

 Terminons par deux vue des Terrasses vers 1960, la première en direction de la Meuse, la seconde en direction du parc d'Avroy :
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04/02/2015

L'ancien bassin de Commerce en Avroy

parc_avroy-liege-2009.jpg

   À l'emplacement du parc d'Avroy, se trouvait autrefois un bassin portuaire.

  Remémorons-nous d'abord le réseau hydrographique liégeois au XIXe siècle :
hydrographie_liege_1830.jpg  Commençons notre histoire en 1850. À cette époque, la rivière d'Avroy (A) et le bras de la Sauvenière (S) ont déjà été voûtés et transformés en boulevards. Le cours principal de la Meuse emprunte le tracé des actuels avenue Blonden (1), boulevard d'Avroy (2) et boulevard Piercot (3).

quai des augustins_liege_1850.jpg  Sur la vue ci-dessus, on retrouve les points (2) et (3) du plan précédent. À gauche, c'est le rivage d'Avroy un peu avant l'église des Augustins. Devant l’abbaye Saint-Jacques, la Meuse (actuel boulevard d'Avroy) forme un coude pour bifurquer vers la droite (actuel boulevard Piercot).

 
À titre de comparaison, voici le même coude de nos jours :
piercot_liege_2012.jpg

 

seminaire_liege_1850.jpg  L'illustration ci-dessus montre à contre-courant le tronçon de la Meuse devenu le boulevard Piercot. Les bâtiments mis en valeur sont ceux de l’ancien couvent des Prémontrés, affecté depuis 1809, par décret de l’empereur Napoléon, au grand séminaire et à la résidence de l’évêque de Liège. Vers la gauche, on remarque le débouché du bief de l’ancienne abbaye Saint-Jacques (déviation du courant de la Meuse pour alimenter les moulins de l'institution), et plus loin, l’église des Augustins, désacralisée à cette époque. La photo qui suit montre le contenu actuel du rectangle rouge, avec le boulevard Piercot qui porte ce nom depuis 1889 (le libéral Ferdinand Piercot a été bourgmestre de Liège à plusieurs reprises au XIXe siècle) :
bd piercot-liege-début XXe.jpg


La modification du tracé de la Meuse et la création d'un bassin de Commerce


  Au milieu du XIXe siècle, la ville de Liège reste soumise aux caprices de la Meuse et de l’Ourthe. C’est tantôt la hauteur d’eau qui est insuffisante pour supporter les bateaux, tantôt la force du courant qui provoque de désastreuses inondations. Coudes et méandres, en outre, rendent la navigation difficile, voire périlleuse.

  Ces conditions nuisent à la salubrité publique*, mais aussi au développement économique de la région, le transport fluvial ne permettant pas les relations commerciales dont a besoin le bassin industriel liégeois en plein essor.
*
Les inondations aggravent les problèmes d’hygiène. En 1849, par exemple, une épidémie de choléra fait des ravages parmi la population (près de 2000 morts sur 80000 habitants). Une autre sévira en 1854-55, au début des grands travaux de la Dérivation, le monde politique et médical se réjouissant de leur avancement pour éradiquer une des causes du fléau.

  Les terres d’Avroy, de Sainte-Véronique à Fragnée, se développent considérablement depuis l’installation en 1842 d’une station de chemin de fer aux Guillemins. Il arrive pourtant que des crues y sévissent plusieurs fois par an, le phénomène s’étant accentué depuis la suppression de la rivière d’Avroy et du canal de la Sauvenière, lesquels amortissaient le trop-plein. L’île Colette constitue un obstacle pour les bateliers, et la courbe trop prononcée au niveau de l’ancienne abbaye Saint-Jacques cause de nombreux accidents de navigation.

ile colette_liege_1840.jpg  L'aquarelle ci-dessus, réalisée vers 1840 par Joseph Fussell, nous montre l’île Colette, formée par des atterrissements successifs et immergée pendant les périodes de haut débit. Cet obstacle à la navigation s'étendait du Petit Paradis à l'actuelle rue des Guillemins, sur la longueur donc de l'actuelle avenue Blonden. L'église désignée par la flèche est celle de l'ancienne abbaye Saint-Jacques, très schématisée. On la retrouve au centre du dessin suivant, en 1850, là où la Meuse décrit vers la droite une courbe considérée dangereuse par les bateliers :
quai_avroy_liege_1850.jpg

  Dès 1846, l’ingénieur Kümmer, des Ponts et Chaussées, présente un plan ambitieux pour redresser le tracé de la Meuse et aménager un canal parallèle (la « Dérivation ») qui remplacerait aussi, vers Outremeuse, les nombreux diverticules de l’Ourthe. Les débats s’éternisent à cause des budgets, mais les inondations de 1850 imposent l’urgence d’une décision : le plan Kümmer est adopté l’année suivante, malgré l’opposition des adversaires politiques qui ironisent sur la « dérivation du Trésor public dans la Meuse ». Ces travaux gigantesques débutent en 1853 et vont durer dix ans.

derivation_liege_1890.jpg  La photo ci-dessus ne date pas de la création de la Dérivation, mais de travaux de canalisation et d'approfondissement réalisés en 1890.

plan kummer_liege_amenagement meuse_1851.jpg  Ce détail du plan Kümmer montre le tracé de la Dérivation (les flèches rouges) et le redressement de la Meuse en Avroy (en bleu), avec la création d’un bassin de commerce.

  Entre le début de l’île Colette (1) et le pont de la Boverie (2) – on dirait, de nos jours : entre le lieu-dit Paradis et le pont Kennedy – le cours de la Meuse est rectifié pour supprimer le coude brusque et dangereux à la hauteur de Saint-Jacques (3). Parallèlement, on aménage un vaste plan d’eau de quatre hectares pour servir de bassin de commerce (4). En quelque sorte : le premier port fluvial de Liège. Deux chenaux équipés d’écluses en assurent les débouchés vers la Meuse. Il est même prévu, dans les projets initiaux (mais jamais concrétisés), d’installer à proximité de grands entrepôts et une station de chemin de fer (5) en remplacement de la gare des Guillemins.

  Le nouvel aménagement des lieux crée une île (6) qui, par analogie avec le bassin portuaire, prend le nom d’île de Commerce : quinze hectares appartenant à l’État, terrain vague, marécageux, inculte, mais promis à un avenir économique considérable.

plan_bassin de commerce_liege-1861.jpg  Ce plan communal de 1861 montre le bassin de Commerce s’étendant des Augustins à la rue des Guillemins. La flèche indique le sens du regard pour découvrir cette pièce d’eau telle qu’elle est représentée sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
bassin de commerce_liege_1872.jpg  Les trois arbres à l’avant-plan, font partie des plantations qui ornent le quai Cockerill, le long du chenal d’accès. Ce quai rend hommage, en cette période d’essor industriel, au fondateur de la célèbre métallurgie établie depuis 1817 à Seraing. En 1889, après la suppression du bassin et le comblement du canal, il laissera place au boulevard Piercot. À droite, la maison pontonnière et le quai d’Avroy.

pont tournant_avroy_liege.jpg  Le chenal devenu le boulevard Piercot, le voici arrivant au quai d’Avroy, à la hauteur de l’ancienne église des Augustins devenue celle du Saint-Sacrement. Le pont tournant est un des quatre qui permettent d’accéder sur l’île de Commerce (voir plan plus haut). Les peupliers, à droite, seront bientôt abattus pour permettre l’installation en 1867-1868 d’une statue monumentale représentant Charlemagne à cheval.

michel orban_bassin de commerce_liege_1877.jpg  La statue équestre de Charlemagne, on la voit sur la gauche de ce dessin de 1877. Amarré le long du quai Cockerill, le bateau muni de roues à aubes est le Michel Orban (produit par la maison Orban de Grivegnée) ; il s’agit d’un navire à vapeur assurant depuis 1858 une ligne régulière entre Liège et Seraing. Ce genre de transport disparaîtra au début du XXe siècle à cause du développement des trams urbains et des chemins de fer.

 

La fin du bassin et de l’île de Commerce


  Le bassin portuaire s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite.

  Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

bassin de commerce_liege_fin XIXe.jpg  Ci-dessus, à l'arrière du bassin de Commerce, ce sont les immeubles du quai de Cockerill (futur côté pair du boulevard Piercot). L'église dont on voit la toiture est Saint-Jacques.

bassin de commerce_liege_1870.jpg  Le bassin de Commerce vers 1870. À droite, les bateaux à vapeur sont amarrés le long de l’île du Commerce. La flèche indique le sens du chenal longeant le quai Cockerill, de l’église Saint-Jacques jusqu’à celle de l’évêché.

ile de commerce_liege_1877.jpg  L’évêché, on le retrouve sur la gauche de cette vue de 1877, au confluent du chenal et du nouveau tracé de la Meuse, à l’approche du pont de la Boverie (l’actuel pont Kennedy). À l’avant-plan, l’île de Commerce est laissée à l’abandon.

  On y croit, pourtant, à l’avenir de cette île ! En 1859, l’édilité liégeoise défend toujours l’idée d’y transposer la gare de chemin de fer que Kümmer envisageait déjà en 1851 à proximité du bassin*. De 1864 à 1866, un pont est construit pour la relier au quartier de Boverie, compris entre la Meuse et sa Dérivation, quartier chic en plein essor, avec un parc et un projet de jardin d’acclimatation.
*
Opposé à cette espérance, l’État préférera agrandir la gare des Guillemins et projeter la création d’une autre gare plus près du centre-ville, à côté du palais de justice.

premier pont de commerce_liege.jpg  La carte postale ci-dessus présente le premier pont de Commerce, reliant l'île de Commerce délaissée (à gauche) et le quartier de la Boverie.

  En 1867, la Ville rachète l’île à l’État dans l’espoir d’exploiter enfin ce terrain jusque-là inutile, mais le projet est désespéré. L’endroit est fort marécageux, et de surcroît isolé du reste de la ville à cause des ponts tournants constamment ouverts à cause du passage incessant des bateaux.

ile de commerce_liege_1869.jpg  Ce dessin de 1869 représente des masures sur le terrain vague de l’île de Commerce. À l’arrière-plan, au-delà du bassin,on aperçoit les immeubles du quai d’Avroy (à gauche) et du quai Cockerill (à droite).

  Aussitôt l’île acquise par la Ville, plusieurs plans sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui ne voit d’avenir pour ces terrains que s’ils sont rattachés à la terre ferme grâce à la suppression du bassin portuaire inadapté.

  Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, n’est réalisé qu’à partir de 1876.

blonden_caricature.jpg  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

parc d'aveor_liege-fin XIXe.jpg  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

  Le plan de Blonden, outre l’aménagement de ce parc public, prévoit aussi la création, dès 1876, à l’emplacement de l’ancienne île de Commerce, d’un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s’appellera les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Une artère parallèle à l’avenue d’Avroy, de l’autre côté du parc, sera percée dès 1879 pour desservir ce nouveau quartier luxueux : elle est baptisée avenue Rogier, du nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

 
Mais ces transformations feront l'objet d'autres histoires dans d'autres articles...

25/12/2014

Le Pont d'Avroy

pont d'avroy-liege-aout_2008.jpg

  L'appellation « Pont d'Avroy* » rappelle qu'il existait là autrefois un pont enjambant un bras de la Meuse.
*« Avroy », « Avreû » en wallon, viendrait du bas latin « arboretum », servant à désigner un lieu planté d’arbres. Au Moyen Âge, on désigne ainsi la forêt qui, des collines de Saint-Gilles et de Cointe, descend jusqu’à la Meuse.

 Bing Maps.jpgLe lieu-dit Pont d'Avroy de nos jours ▲ et le pont d'Avroy au milieu du XVIIe siècle
(gravure de Julius Milheuser) ▼
milheuser 1649.jpg

Remémorons-nous le réseau hydrographique liégeoise d'antan grâce à ce plan de 1730 :

hydrographie-meuse-ourthe-liege-1740.jpg  La Meuse se sépare en plusieurs branches à la hauteur de la chapelle du Paradis (1). La flèche représente le tracé actuel, à l’emplacement d’un bras qu’on appelle alors le Polet, mais le cours le plus important à l’époque suit les actuels avenue Blonden (2) et boulevard d’Avroy (3). Aux abords de l’église des Augustins (4), le fleuve se scinde encore : son lit principal préfigure le boulevard Piercot (5), de l'abbaye de Saint-Jacques (6) à  celui des Prémontrés* (7), tandis qu’un diverticule décrit une vaste boucle devenue aujourd’hui les boulevards d’Avroy (8) et de la Sauvenière (9), boucle qui circonscrit le quartier de l’Isle (l’Île) ; dès l’actuelle place de la République française (10), et surtout après le pont d’Île, ce bras se divise en de multiples ramifications, zone remplacée de nos jours par les quartiers Régence et Université (11).
* Siège actuel de l'évêché.

aveline-liege-1689.jpg  Cette vue de Liège en 1689 est l’œuvre du graveur parisien Pierre Alexandre Aveline. Elle présente le quartier de l’Île (1), auquel on peut accéder par le pont d’Avroy (2) ou le pont d’Île (3). En amont du pont d’Avroy, le bras de la Meuse est la rivière d’Avroy (4), qui commence à la hauteur de l’église des Augustins (5), là où le cours principal de la Meuse bifurque par l'actuel boulevard Piercot (6). En aval, il s'agit du canal* de la Sauvenière (7), qui deviendra boulevard dans les années 1840.
* Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle, sous le règne du premier prince-évêque Notger.

 

  Le pont d’Avroy, destiné à relier l’Île au faubourg Saint-Gilles, a probablement été construit au XIe siècle. Le chroniqueur Jean d’Outremeuse, en tout cas, signale son existence sous le règne du prince-évêque Réginard (1025-1037). Dès le XIIIe siècle, l’entrée de la ville y est protégée par une porte fortifiée, dans le cadre des nouvelles murailles qui sécurisent désormais le quartier de l’Île.

pont d'avroy-liege-1648.jpg  En 1468, la porte d’Avroy est assiégée et détruite lors du sac de Liège ordonné par Charles le Téméraire. Le pont, lui aussi, subit d’importants dommages. La tradition raconte que cinq ans plus tard, on nettoie toujours le lit de la rivière encombré par des amas de pierres.

aquarelle_liege_XVIe.jpg  L'aquarelle ci-dessus date du XVIe siècle, au cours duquel l’ouvrage souffre de diverses crues et débâcles, notamment en 1514 et 1571.

 
En 1643, le pont ne résiste pas à de terribles inondations, d’autant plus qu’il est fragilisé par les maisons qu’on a laissé construire sur le tablier. Il est à peine restauré, en 1649, quand un autre épisode, guerrier cette fois, va l’ébranler. Cette année-là, le prince-évêque Ferdinand de Bavière, pour mâter une révolte populaire, fait appel à des troupes allemandes commandées par le baron Othon de Spaar. Ce général bavarois fait élever des batteries de canons du côté des actuels Guillemins et ordonne un feu meurtrier en direction du pont d’Avroy.

porte d'avroy-liege-XVIIe.jpg  Reconstitution de la porte d’Avroy au début du XVIIe siècle. On la surnomme la porte « à la voûte noire », car l’arcade donne accès à un couloir étroit et obscur. Le passage est gardé militairement, avec une prison annexe. Des trois tourelles qui surmontent l’édifice, deux se sont écroulées peu après le bombardement de 1649.


  Dès 1808, sous le régime français, le canal de la Sauvenière voit son lit considérablement rétréci avec l’aménagement du quai Micoud*.
* du nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

quai micoud_sauveniere_liege_1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (Musée d'Art Religieux et d'Art Mosan, Grand Curtius Liège) date de 1814. On y aperçoit le quai Micoud. Les soldats qui y défilent appartiennent aux troupes prussiennes se préparant à affronter Napoléon.

  La construction du quai Micoud et le rétrécissement du canal ont bien sûr des répercussions sur le pont d’Avroy, qui est limité à une seule arche en 1812. Cette même année, l’ancienne porte fortifiée est détruite, et ses pierres sont utilisées pour renforcer le mur d’eau du quai toujours en construction. Les derniers débris de muraille disparaîtront totalement en 1817.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Le dessin ci-dessus (lavis de Charles Remont d'après Henry Renardy) représente les lieux en 1826. En aval du pont d’Avroy réduit à une seule arche, la rangée d’arbres du quai de la Sauvenière* permet de deviner le tracé de l’étroit canal du même nom. À l’avant-plan, la rivière d’Avroy apparaît plus large, mais moins bien entretenue. Il existait pourtant là, autrefois, au pied de la rue Saint-Gilles, un port où accostaient des nefs marchandes.
* Nouveau nom du quai Micoud depuis la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815.

 

  Au début du XIXe siècle, la rivière d'Avroy et le canal de la Sauvenière sont devenus des égouts à ciel ouvert. La première sera voûtée de 1831 à 1835 ; le second connaîtra le même sort dès 1844.

pont d'avroy-liege-1815.jpg  Ci-dessus, le pont d’Avroy en 1815. Ci-dessous, le même endroit en 1880. L'appellation « Pont d'Avroy » est restée pour désigner ce carrefour à l'intersection des boulevards d'Avroy et de la Sauvenière :
pont d'avroy-liege-1880.jpg  À droite, à l'angle de la rue Pont d'Avroy et du boulevard d'Avroy, il existe un café qu’on a d’abord appelé « des Boulevards » vu la nouvelle configuration des lieux. À gauche, le jardin grillagé et l’urinoir public vont bientôt faire place à un hôtel qu’on appellera le Métropole.

 

pont d'avroy-liege-début XXe.jpg  Ci-dessus, le Pont d'Avroy à l'aube du XXe siècle. À gauche de la rue Pont d'Avroy, se dresse l'hôtel Métropole, que l'on retrouve sur les photos qui suivent :
hotel metropole-liege.jpg

pont d'avroy-liege-1900(1).jpg

pont d'avroy-liege-1900(2).jpg

hotel metropole-pont d'avroy-liege-debut XXe.jpg  À l'autre angle de la rue Pont d'Avroy, l’ancien café des Boulevards est devenu le café de la Brasserie Grétry (voir photo suivante). Il disparaîtra quand la rue du Pont d’Avroy sera élargie et rectifiée à la veille de l’Exposition universelle de 1905.

brasserie gretry-liege-1900.jpg

 

chantier galeries pont d'avroy-liege-1904.jpg  Cette carte postale de 1904-1905 poursuit incontestablement le but de valoriser le boulevard, avec l’hôtel Métropole, le terre-plein arboré, l’arrêt du tramway électrique et son kiosque à journaux… Mais la palissade, sur la droite du document, signale le début d’un chantier, celui d’un bâtiment commercial d’un style novateur : les galeries du Pont d’Avroy.

  C'est le négociant Paul Ollier qui a acheté ce terrain en 1904 pour y faire ériger un bazar. À la veille de l'Exposition universelle de 1905, il sait que le boulevard est le lieu de promenade à la mode et que la rue Pont d'Avroy est appelée à devenir une artère commerçante importante. Comme architecte, il choisit Paul Jaspar, partisan de l'Art nouveau. Des problèmes à propos de l'obtention du permis de bâtir vont retarder le chantier, qui ne commencera qu'en janvier 1905 et durera 7 mois.

galeries du pont d'avroy-liege-1905.jpg▲ Le bâtiment surprend par la modernité de sa construction, qui allie le verre et le métal, l’ensemble présentant une apparence avant-gardiste osée▼
galeries pont d'avroy-liege-1905.jpg

regina-pont d'avroy-liege-1908.jpg  Dès 1908, on annonce l’ouverture d’un café-restaurant qu'on appellera le Régina, nom qui restera pour désigner l'ensemble de l'immeuble. Est-ce pour « faire moderne » que l’aubette Belle Époque a été remplacée par une espèce de fortin ?

regina-pont d'avroy-liege-debut XXe.jpg

regina-pont d'avroy-liege-1910.jpg  Le Régina dans toute sa splendeur initiale. On y donne aussi des concerts, et la terrasse, sur le toit, constitue une piste de danse à la mode.

terrasse-regina-liege-1910.jpg  Ces deux élégantes se trouvent sur la terrasse supérieure du Régina. Derrière elles, on aperçoit l'hôtel Métropole... à moins qu'il ne s'agisse déjà du Grand Hôtel Verlhac, puisque l'établissement a changé d'appellation entre 1905 et 1908 semble-t-il. Ci-dessous, un papier à en-tête du Grand Hôtel Verlhac en 1908 :
hotel verlhac-liege-1908.jpg

regina-hotel verlhac-liege-debutXXe.jpgLe Grand Hôtel Verlhac et le Régina vers 1910.

pont d'avroy-liege-1927.jpg  Dans les années 1920, le Grand Hôtel Verlhac est devenu le Grand Hôtel des Boulevards, rehaussé de deux étages. Quant au Régina, dont le style trop moderne ne plaît déjà pas à tout le monde, il présente une façade recouverte d’envahissantes publicités. À l’approche de l’Exposition internationale de 1930, qui va attirer de nombreux touristes, le conseil communal regrette qu’on ne puisse contraindre le propriétaire à améliorer l’aspect déplorable de l’immeuble.

 

pont d'avroy-fontaine-liege-1930.jpg  Est-ce pour compenser la laideur qu’elles reprochent au Régina que les autorités communale font installer une fontaine lumineuse installée à l'occasion de l'Exposition internationale de 1930 ?

 

pont d'avroy-liege-fin annees 1930.jpg  Le Régina à la fin des années 1930. Ironie du sort : à la veille de la seconde guerre mondiale, le premier étage du Régina est occupé par le Tyrol, une taverne Oberbayern à la mode.

 Pour comprendre le monticule pierreux servant de rond-point, il faut se référer à la photo suivante, qui le présente dans l’autre sens :
horloge fleurie pont d'avroy-liege-fin annees 1930.jpg  La fontaine des années 1920 a été remplacée par une horloge dont le cadran est constitué d’un parterre fleuri, aux motifs qui changent régulièrement, au gré des saisons et des floraisons.

carrefour pont d'avroy-liege-1939.jpg
Le carrefour du Pont d'Avroy en 1939.

pont d'avoy-liege-bunker.jpg  Lors de l’occupation allemande en 1940, l’horloge est remplacée par un bunker, qui sera détruit à la Libération comme son semblable établi place du Théâtre, à l’autre bout du boulevard de la Sauvenière.

 

pont d'avroy-liege-1951.jpg  Le Régina de 1905 vit ici ses dernière années. Il sera démoli en 1956 pour céder la place à un building à la mode du temps. La photo suivante permet la comparaison avec 1962 :
pont d'avroy-liege-1962.jpg

 

buildings regina et hazinelle-liege-1960.jpg  Cette photo date de 1960. L’Exposition universelle de Bruxelles, deux ans plus tôt, a déclenché une période d’innovations technologiques et de modernisation à outrance. Le nouvel immeuble Régina est l’œuvre de l’architecte Jean Poskin, qui collaborera, dix ans plus tard, à la conception de la tour Kennedy. À sa droite, se dresse l’une des façades du complexe scolaire que l’échevinat de l’instruction fait construire rue Hazinelle. L’institut Hazinelle est dû à Jean Moutschen, architecte municipal qui a également conçu, entre autres, le lycée Léonie de Waha.

regina et hazinelle-liege-1962.jpg  1962. Le Régina new look a été inauguré l’année précédente ; l'école Hazinelle, toujours en chantier, ne le sera qu’en 1964.

hotel boulevards liege-pont d'avroy-1962.jpgLe Grand Hôtel des Boulevards et la rue Pont d'Avroy en 1962.

pont d'avroy-liege-annees 60.jpg  Le Pont d’Avroy dans les années 1960, témoin de la cohabitation forcée entre le patrimoine du XIXe siècle et le modernisme de la seconde moitié du XXe.

incendie hotel boulevards liege 21 aout 1974.jpgL'incendie du Grand Hôtel des Boulevards le 21 août 1974.

pont d'avroy-liege-1974.jpg  Cette dia a été prise le surlendemain du sinistre. Les fenêtres aux vitrages explosés témoignent du ravage intérieur.

pont d'avroy-liege-1977.jpg  Un nouvel immeuble est en cours de construction, dès 1977, pour remplacer le Grand Hôtel des Boulevards. Essentiellement résidentiel, il conserve un rez-de-chaussée voué à l’Horéca. Le Régina a désormais son pendant moderne, mais beaucoup moins élevé.

pont d'avroy-liege-1978.jpgLa rue Pont d'Avroy en 1978.

pont d'avroy-liege-2007.jpgFin 2007, le Pont d'Avroy est agrémenté d'artistiques parasols colorés.

 

Cliquez ICI pour découvrir des vues du Pont d'Avroy (août 2008) prises notamment depuis les buildings Régina et Hazinelle.

 

 

Pour davantage de renseignements concernant
les anciens bras de la Meuse devenus boulevards :

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24/06/2014

Les origines de l'avenue Rogier

histoire de liège,charles rogier,avenue Rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden  La rue des Guillemins à l'aube du XXe siècle. À l'angle de l'avenue Blonden, le bistrot s'appelle le café de la Belle Vue. Serait-ce celle que les clients peuvent admirer depuis la terrasse de l'établissement ? Celle que vous découvrez sur la photo qui suit, avec le parc d'Avroy et l'avenue Rogier, quartier somptueux conçu une vingtaine d'années plus tôt par Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics de la ville de Liège :
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Voici l'équivalent en 2007 de ces deux cartes postales anciennes :histoire de liège,charles rogier,avenue Rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden

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  L'avenue Rogier porte le nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830 :
histoire de liège,charles rogier,avenue Rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden  Réalisé en 1878 par le peintre liégeois Charles Soubre (1854-1889, professeur à l'académie des Beaux-Arts), ce tableau représente le départ pour Bruxelles, en 1830, des volontaires liégeois emmenés par Charles Rogier. On reconnaît, à l'arrière-plan, les colonnes de la première cour du palais de justice.

 

 

HISTORIQUE

 

  Découvrons les lieux tels qu'ils étaient en 1861 :histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden

1. La rue de la Station (rue des Guillemins dès 1863).

2. L'avenue d'Avroy (boulevard d'Avroy dès 1900).

3. Le bassin de Commerce, vaste plan d'eau de quatre hectares servant de port fluvial. L'étang du parc d'Avroy en est une réminiscence.

4. Chenal d'accès au bassin de Commerce, devenu l'avenue Blonden.

5. L'île de Commerce, terrain vague promis en vain à un grand avenir économique.

6. Chenal d'accès au bassin de Commerce, devenu le boulevard Piercot.

7. L'église Saint-Jacques.

8. Le Grand Séminaire et l'Évêché.

9. Le lieu-dit Paradis.

10. Le cours de la Meuse, rectifié depuis les travaux gigantesques de 1853-63, qui ont aussi abouti à la création du bassin de Commerce et au creusement de la Dérivation.

11. Le pont de Commerce (actuel pont Albert 1).

12. Le jardin d'Acclimatation (Boverie).

13. La Dérivation de la Meuse, canal creusé en remplacement de divers bras de la Meuse et de l'Ourthe.

 

  La flèche indique le sens du regard pour découvrir le bassin de Commerce tel qu'il est représenté sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
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  Ce bassin s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite. Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

  Plusieurs plans urbanistiques sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui prévoit la suppression du bassin inadapté et le rattachement de l'île à la terre ferme, dans l'intention d'établir à ces endroits un grand parc public et un quartier résidentiel bourgeois. Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, ne sera réalisé qu’à partir de 1876.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce,  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce,  Au cœur du nouveau quartier luxueux prévu par Blonden, que longe l'avenue Rogier, se trouvent les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Nous traiterons de ce sujet dans un autre article.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceLe boulevard d'Avroy, le parc d'Avroy et l'avenue Rogier à la fin du XIXe siècle▲ et en 2009 ▼histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  En 1887.

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  L'avenue Rogier est incontestablement un quartier huppé. L'ensemble qu'elle constitue avec les boulevards d'Avroy et de la Sauvenière rivalise avec les Champs-Élysées de Paris, eux aussi en plein essor à cette époque. Hubert Guillaume Blonden est fier de son œuvre : les grands boulevards liégeois, depuis la place du Théâtre jusqu'au lieu-dit Paradis, sont plus longs que la célèbre avenue de la capitale française (2200 mètres contre 1910).

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceAvant 1904, avec les charrettes à tonneaux des services de l'arrosement (comprenez : les services de lavage des chaussées).

 

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histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceEn 1900 ▲ et 2007 ▼histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commercePour rappel, le monument national à la Résistance a été inauguré en 1955.

 

  En 1905, Liège célèbre le jubilé de l’indépendance du pays en même temps qu’elle vit à l’heure de l’Exposition universelle ; il est décidé, dans ces circonstances, d’ériger un mémorial Charles Rogier à l'extrémité du parc d’Avroy, lieu de passage incontournable quand on arrive de la gare des Guillemins.

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceLe monument et l'avenue Charles Rogier en 1906 ▲ et 2006 ▼histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  Ce groupe en bronze a été réalisé par l’artiste bruxellois Camille-Marc Sturbelle. Une anecdote : la sculpturale femme nue qui représente la Patrie aurait eu comme modèle une certaine Elvire, sœur de Henri Herd, mieux connu sous le pseudonyme de Constant-le-Marin, athlète impressionnant célèbre au tout début du XXe siècle pour ses victoires en lutte gréco-romaine.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  Cette carte postale, émise à l'époque de l'Exposition universelle de 1905, met en valeur les « constructions modernes » de l'avenue Rogier et des Terrasses. Ci-dessous, cinquante-cinq ans plus tard, les maisons de maître commencent à laisser la place à d'autre types d'immeubles à la mode :
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histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  En 1930, la Belgique célèbre le centenaire de son indépendance en organisant une double exposition internationale, à Liège et à Anvers. À cette occasion, on réaménage le carrefour proche du monument Rogier. L'habitude d'une fontaine est restée, comme en témoignent les deux photos qui suivent, prises en 1959 et 1969 :
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30/05/2014

Le Trink-Hall du parc d'Avroy

  Dès 1880, le parc d’Avroy se voit doter d’un trink-hall (parfois orthographié « trinck-hall », mots d’origine germanique désignant au départ une salle de dégustation dans une station thermale). Il s’agit d’un café de style mauresque, décoré d’arabesques et flanqué de deux coupoles cuivrées. Le bâtiment correspond aux goûts de la clientèle bourgeoise de l’époque, qui apprécie ce dépaysement à l’orientale.

parc d'avroy_trink-hall-liege-fin XIXe.jpg   Cette carte postale colorisée présente le parc d'Avroy et l'avenue Rogier à la fin du XIXe siècle. La flèche permet de repérer les coupoles du Trink-Hall.

trink-hall_parc d'avroy-liege-dessin fin XIXe.jpgCarte postale de 1896.

parc d'avroy-statue charlemagne-dessin fin XIXe.jpg  Le parc d'Avroy à la fin du XIXe siècle, avec le Trink-Hall et le monument équestre de Charlemagne (œuvre du statuaire Louis Jehotte), installé là depuis 1868. Ce dessin provient de la revue « Si Liège m’était conté », revue trimestrielle publiée par les autorités communales dans les années 1960 et 70.

terrasses-parc d'avroy-liege-fin XIXe.jpg  Cette carte postale de la fin du XIXème siècle nous montre, à l’arrière de la balustrade des Terrasses et de l’avenue Rogier, le parc d’Avroy dont la végétation naissante ne masque ni le Trink-Hall mauresque ni l’église du Saint-Sacrement.

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-1887.jpgCi-dessus, le Trink-Hall en 1887. Ci-dessous, en 1890 :

trink-hall_parc d'avroy-liege-1890.jpg

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-sans kiosque.jpg  Remarquez l'inscription sous la coupole de gauche. La grande salle, en effet (photo suivante), éclairée par de hautes verrières, comporte huit billards pour accueillir les amateurs du genre :
trink-hall_parc d'avroy-liege-salle billards.jpg

 

trink-hall_promenade d'avroy-liege-debut XXe.jpg   Ci-dessus, la promenade d'Avroy à l'aube du XXe siècle. Ci-dessous, à titre de comparaison, le même endroit en 2006 :
trink-hall_parc d'avroy-liege-2009.jpg

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-debut XXe.jpg  Très vite, un kiosque à musique est érigé dans le parc, près de la façade arrière du Trink-Hall. Le décor est idéal pour assurer le confort des auditeurs qui viennent écouter les concerts organisés par la Ville. Ce nouvel édicule, aux colonnes en fonte gracieusement inclinées vers l’extérieur, finira par détrôner son prédécesseur établi depuis 1852 à la hauteur de la rue Darchis.

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-1901.jpg

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trink-hall_etang du parc d'avroy-liege-debut XXe.jpgCi-dessus vers 1900. Ci-dessous en 2006 :

parc d'avroy-etang-liege-2006.jpg

trink-hall_parc d'avroy-liege-1905.jpg

  Le Trink-Hall est voué à la gastronomie, mais aussi aux divertissements. Depuis 1885, y ont lieu des séances de cinématographie (les premières à Liège, paraît-il).

  Le local de cinématographie est victime d'un incendie en 1908, et le sinistre endommage d'autres parties du bâtiment, ce qui nécessite des travaux de restauration en 1910.

trink-hall-liege-incendie_1908.jpg   Cette photo datant de 1908 est répertoriée aux archives du Vieux-Liège comme « le Trink-Hall après l'incendie de 1908 », mais je m’avoue incapable de reconnaître de quelle partie du bâtiment il s'agit !

trink-hall-avroy-liege-restauration 1910.jpg

  Les travaux de restauration de 1910, effectués par la firme Herzé et frère. Le bâtiment est alors « mis provisoirement à la disposition du syndicat d'initiative du pays de Liège, de la société des Amis du Vieux-Liège et des groupes de boys-scouts » (dixit Gobert).

  Dès 1914, le Trink-Hall est utilisé comme bureau de ravitaillement. En 1918, il subit de nouvelles dégradations quand les Allemands, à des fins militaires, font arracher les éléments métalliques de sa toiture.

obusier allemand 1914 avroy liege.jpg  À propos de la guerre, la tradition veut que la batterie d’obusiers installée en Avroy par les Allemands, en août 1914, était du type « Grosse Bertha » de 420 mm (un arbre entouré de chaînes rappelle cet emplacement). L’objectif de ces canons géants : frapper les forts de Flémalle et Hollogne. Cependant, les spécialistes militaires opteraient plutôt de nos jours pour des engins de 305, plus légers et plus facilement transportables depuis la gare des Guillemins où ils sont arrivés par rails.

trink-hall_parc d'avroy-liege-1910.jpg

   Le sort s’acharne sur le Trink-Hall. Il a certes recouvré dès 1921 les parures cuivrées de sa célèbre toiture, mais après les inondations catastrophiques de l’hiver 1925-1926, il ne retrouvera jamais son prestige d'antan. Le bâtiment va se délabrer au fil du temps et atteindre un tel niveau de vétusté que les autorités communales, en 1961, décident sa démolition parce qu’il « dépare incontestablement un des coins les plus agréables de la ville ».

trink-hall_parc d'avroy-liege-inondation 1925-1926.jpgPendant les inondations de l'hiver 1925-1926.

 

  Les quatre photos qui suivent ont été prises en mai 1962 et témoignent de l'abandon des lieux à cette époque :

trink-hall_parc d'avroy-liege-1962a.jpg

trink-hall_parc d'avroy-liege-1962b.jpg

trink-hall_parc d'avroy-liege-1962c.jpg

trink-hall_interieur abandonne-liege-1962.jpg

 

projet trink-hall-liege-1963.jpg   Maquette du nouveau Trink-Hall qui sera construit en 1963 (© Bureau d’Études Age-Satin). « Souhaitons à ce nouveau-né de l’architecture moderne (dit un texte d’époque) de rendre à ce coin pittoresque et reposant toute sa popularité d’antan ». L’établissement redevient un endroit chic, où l’on organise des mariages, soirées dansantes et réunions d’affaires. Avec l’obligation que le café du rez-de-chaussée et les terrasses soient librement accessibles aux promeneurs du parc.

trink-hall_parc d'avroy-liege-annees fin 60 debut 70.jpg  Le Trink-Hall au début des années 1970. Sous la frondaison, à droite, on distingue l’escalier du kiosque à musique modernisé la décennie précédente. C’est cet escalier que l’on retrouve sur la photo ci-dessous, prise le 1er mai 1968 (année de contestation notoire). Dès l’origine, le kiosque a servi de point de ralliement pour le cortège du parti socialiste le jour de la fête des travailleurs :
kiosque parc d'avroy-liege-mai 1968.jpg

 

 

madcafe-liege-2009.jpg   Depuis 1982, le bâtiment abrite le Musée d’Art Différencié (MAD), géré par le CREAHM (Créativité et Handicap Mental). Les jours de beau temps, la terrasse du MAD Café ( la photo ci-dessus date de 2009) permet aux promeneurs de se désaltérer ou de se restaurer. Diverses activités sont organisées dans ce cadre arboré, et le kiosque voisin accueille à nouveau des concerts, notamment lors des fêtes de la Musique ou du 21 juillet (fête nationale).

  Il existe un projet de rénovation et d’extension du MAD, dû à l’Atelier d’Architecture Beguin-Massart. On le prétend possible pour 2015 :
mad_cafe-liege-projet beguin massart_1.jpg

mad_cafe-liege-projet beguin massart_2.jpg