20/07/2016

La rue Fond Saint-Servais

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La rue Fond Saint-Servais en 2016.


eglise st-servais_liege_1910.jpgL'église Saint-Servais au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼eglise st-servais_liege_2016.jpg


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  Dans la légende de la gravure ci-dessus (œuvre de Julius Milheuser publiée en 1649 par Johannes Blaeu), la rue Fond Saint-Servais est simplement intitulée « À Saint-Servais » (1). On a pris l'habitude d'ajouter le mot « fond » vu qu'elle est située au pied de la colline, dans le bas de la paroisse. Idée que l'on retrouve dans la rue « En Fond » (2), petite pente assez raide qui a disparu depuis longtemps. L'imposante cathédrale Sainte-Lambert (3) est toute proche (l'actuelle place du même nom), et les rues Neuve (4) et Table de Pierre (5) sont devenues la rue de Bruxelles, du palais au Cadran.

  À l'époque de ce document, le quartier Saint-Servais est habité, comme aux origines,
par des gens de condition : familles nobles, notables, magistrats, ecclésiastiques de haut rang...



  Des origines au milieu du XIXe siècle

  Transportons-nous au milieu du IVe siècle. Saint Servais est le premier évêque attesté du diocèse de Tongres. Au cours de ses pérégrinations apostoliques, il s'arrête souvent pour prier dans une petite chapelle établie par saint Materne, deux siècle plus tôt, à l'endroit qui nous intéresse dans cet article. Liège, à cette époque, n'est qu'une insignifiante bourgade rurale issue d'une ancienne villa romaine.

  Un jour qu'il se repose là à l'ombre d'un chêne majestueux, un peu en contrebas de la chapelle, saint Servais est l'objet d'une révélation divine lui apprenant que l'un de ses successeurs construirait à cet emplacement un sanctuaire en son honneur. Il bénit le lieu de son bâton, faisant jaillir une source des flancs du rocher*.

* Il est vrai qu'il existait jadis une fontaine à proximité de l'église Saint-Servais, fontaine prétendue miraculeuse et encore en activité jusqu'au XVe siècle pour l'usage quotidien des habitants du quartier.

 
Quand il lit cette histoire de révélation six siècle plus tard, l'évêque Ricaire (en fonction de 920 à 945)* se dit qu'il est le successeur épiscopal de saint Servais ; il lui fait bâtir un sanctuaire en 933, réalisant ainsi la prophétie.

* Il s'agit maintenant de l'évêque de Liège, le siège du diocèse ayant été transféré de Tongres-Maastricht à Liège au début du VIIIe siècle (voir autre article).

  Telle est la légende racontée au XIVe siècle par le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse, dont on connaît l'imagination fertile et pittoresque.


saint servais.jpg  Outre une statue de saint Servais surmontée d'une croix, la façade de l'édifice religieux comporte des ornementations mentionnant le nom de l'évêque supposé fondateur et l'année 933. Conformément donc à la tradition, bien qu'aucun document probant ne confirme ces éléments.


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  Ce plan est issu du site http://www.chokier.com/FILES/PLANS/1932-Polain.html ; il présente la cité de Liège après que le prince-évêque Notger ait fait construire la première enceinte fortifiée à la fin du Xe siècle. On peut supposer que l'église Saint-Servais et sa paroisse aient été créées à ce moment pour desservir les habitants de la colline, relégués en dehors des remparts.

  Au XIIIe siècle, vu l'essor de la population, la petite église romane est remplacée par un édifice plus vaste en gothique primaire, composé de trois nefs et de probablement un chevet plat. Le chœur sera ajouté au XIVe ou XVe siècle.

  En 1468, l'édifice n'est pas affecté par l'incendie qu'ordonne Charles le Téméraire ; en 1491 par contre, la tour est endommagée par un ouragan.


fonts baptismaux st-servais_liege_1945.jpg  En 1571, le curé Jean Curtius obtient le privilège de doter l'église de fonts baptismaux (les baptêmes, à cette époque, sont essentiellement célébrés à Notre-Dame-aux-Fonts, petite église paroissiale accolée à la cathédrale Saint-Lambert). La photo ci-dessus date de 1945, photographe inconnu.

  En 1583, ce même prêtre est confronté à un accident majeur : la tour s'effondre sur les nefs, qui s'affaissent. Il entreprend immédiatement de tout faire reconstruire.

  La tour retrouve son caractère architectural initial, et le corps de bâtiment est réédifié avec de nouvelles fenêtres de style ogival tertiaire (flamboyant), ornées d'admirables vitraux représentant notamment des scènes de la vie de saint Servais. La toiture est surélevée en 1614.


christ_pierreuse_liege_debut XXe.jpg  En 1649, un crucifix monumental qui se trouvait à l'entrée du chœur est transféré sur le haut de la rue Pierreuse, dans une niche aménagée en chapelle (la photo ci-dessus date du début du XXe siècle).

  En 1785, l'intérieur de l'église est modifié sous le prétexte de le mettre au goût du jour. Selon les consignes de l'architecte Dukers, on bouche des fenêtres du chœur, on diminue la hauteur des nefs, on plâtre les murs et piliers pour les peindre en blanc… Le chantier est à peine terminé quand éclatent les événements révolutionnaires qui vont aboutir à la fin de la principauté de Liège et son intégration à la république française.


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  Ce plan nous montre la configuration des lieux à la fin du régime français (1795-1814). Source du document : http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141.

  Pendant cette période, l'église Saint-Servais connaît les vicissitudes que subissent les biens du clergé. Après avoir servi de local pour des réunions politiques et électorales, elle finit par être mise aux enchères en octobre 1798. Elle est adjugée à un certain P-J Henkart, qui agit au nom du jurisconsulte Charles-Simon-Frédéric de Lintermans. Celui-ci espère sauver l'édifice de la destruction, pour le rendre au culte dès que possible.

  Après le Concordat de 1801, l'église est érigée en chapelle auxiliaire de Sainte-Croix, mais la population de Saint-Servais aspire à une paroisse indépendante. Ce souhait se réalisera en 1806 au terme de multiples tractations*.

* De Lintermans a bien sûr fait don du bâtiment et de ses annexes à la Fabrique d'église . Quant au diocèse, il a obtenu l'autorisation d'ériger Saint-Servais en paroisse à condition que les fidèles subviennent aux besoins du culte et au salaire du prêtre, sans aide du gouvernement.

  L'église est progressivement rendue apte au culte grâce à la générosité des paroissiens. Mais une véritable restauration du bâtiment se fait attendre jusqu'en 1848. Le curé Wafflard fait consolider la porte d'entrée, réparer la façade et remplacer le pavement intérieur*. En 1849, il fait restaurer les grands vitraux des nefs ; en 1855, il fait rouvrir les fenêtres du chœur bouchées à la fin du siècle précédent, pour les orner de nouvelles verrières.

* Hélas au détriment des pierres tombales incluses dans le pavement ancien (on en a cependant conservé des dessins).


eglise st-servais_liege_milieu XIXe.jpg   L'église Saint-Servais et la rampe vers la rue Volière au milieu du XIXe siècle. La porte cochère, dans le bâtiment de gauche, conduit aux ateliers de la Gazette de Liège, installés là de 1849 à 1871. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
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  Le chantier du chemin de fer de ceinture


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  Dans les années 1870, le chantier du chemin de fer de ceinture (voir autre article) va nécessiter la disparition des rues et immeubles compris entre la rue Fond Saint-Servais et la rue de Bruxelles*, de Pierreuse au Cadran. Le quartier concerné était devenu populeux et insalubre, la révolution industrielle ayant transformé le tissu social au cours du XIXe siècle.

* C'est le nouveau nom, depuis 1863, de la rue Neuve. On profitera des démolitions des années 1870 pour élargir cette voie, qui absorbera la rue Table de Pierre en 1877.


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Le quartier Saint-Servais éventré par le chantier du chemin de fer.


chantier chemin de fer_fond st-servais_liege_fin XIXe.jpg  Les destructions en vue de l'établissement de la ligne ferroviaire, vers 1873. On reconnaît la collégiale Sainte-Croix (1), la collégiale Saint-Martin (2)* et l'église Saint-Servais (3). Tout un côté de la rue Fond Saint-Servais a disparu, tout comme les rues des Ravets et Salamandre.

* Saint-Martin ne sera élevée au rang de basilique qu'en 1886.

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Le même endroit en 2006, pendant les travaux d'extension du palais de justice.


gare du palais_liege_1904.jpg  Remarquons, à gauche, combien l'église est proche du mur de soutènement. Quand des explosifs ont été utilisés lors du creusement de la tranchée destinée au chemin de fer, elle a été secouée et fissurée, tant au niveau des murs et des vitraux que du pavement. La fabrique a obtenu un dédommagement de l'État et pu faire faire réparer l'édifice en 1883. Les travaux de restauration ont duré jusqu'en 1891 sous la direction de l'architecte gantois Auguste Van Aasche. On a profité de l'occasion pour déplacer légèrement la porte d'entrée.


 

  À l'époque de la première gare du Palais (1877-1904)


square notger_liege_avant 1905.jpg  Photo prise à la charnière des XIXe et XXe siècle. À l'avant-plan, c'est le square Notger aménagé au début des années 1870 (voir autre article).


gare du palais_liege_1906.jpg  Cette carte postale a été affranchie en 1906, mais présente une situation antérieure, car La gare du Palais que l'on voit a été remplacée par une autre plus majestueuse à l'occasion de l'Exposition universelle de 1905 !


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La même carte postale, mais trafiquée en nocturne.


pont d'arcole_liege_debut XXe.jpg  Le pont d'Arcole à l'aube du XXe siècle. Cette passerelle, initialement en bois, a été construite en 1871 pour permettre une communication entre le Fond Saint-Servais et le centre-ville. Elle franchit la tranchée du chemin de fer à l'emplacement de l'ancienne rue Salamandre. Son nom officiel est la passerelle Saint-Servais, mais les Liégeois prennent l'habitude de la nommer le pont d'Arcole (du nom de la bataille, près de Vérone, où Napoléon Bonaparte a défait les Autrichiens en 1796). L'ouvrage devient métallique en 1881.


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Le même endroit de nos jours.


rue fond st-servais_liege_début Xe.jpg  Cette extension de la rue Fond Saint-Servais, pour ouvrir une communication directe avec la rue Pierreuse, a été décidée en 1889.


rue fond st-servais_liege_2016 (2).jpg  En ce début de XXIe siècle, une dalle a été jetée à cet endroit sur la tranchée du chemin de fer, supportant des bâtiments du nouveau palais de justice.



Une petite promenade à la charnière des années 1960 et 70...

...de la rue du Palais à la rue des Anglais, via les rues Pierreuse et Fond Saint-Servais. Chaque photo ancienne est accompagnée de sa correspondance actuelle :


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rue fond st-servais_liege_debut annees 1960.jpgrue fond st-servais_liege_2016 (4).jpg


rue fond st-servais_liege_1975.jpgrue fond st-servais_liege_2016 (5).jpg



rue fond st-servais_liege_1968 (3).jpgrue fond st-servais_liege_2016 (6).jpg



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  Les bouleversements des années 1970 et 1980


gare du palais_liege_1977.jpg  Cette photo date de juillet 1977. Le square Notger a été saccagé (voir autre article), et les démolitions vont bientôt s'étendre aux immeubles de la rue de Bruxelles et du Cadran. La gare du Palais de 1905 n'échappera pas à la folie destructrice de l'époque.


chantier gare du palais_liege_1974 (1).jpg  En 1974 déjà, le site ferroviaire est en pleine mutation : il est question d'électrifier la ligne et d'aménager une nouvelle gare souterraine, sous quatre voies en surface.


chantier gare du palais_liege_1974 (2).jpg  Les deux flèches désignent des immeubles de la rue Fond Saint-Servais. Le verte, ceux qu'on va conserver ; la rouge, ceux qui vont disparaître en même temps que tous les autres bâtiments visibles sur cette photo de 1974.


rue fond st-servais_liege_1974-75.jpg  Les voici en gros plan, les immeubles montrés par la flèche rouge sur la vue précédente, situés entre l'ancien pont d'Arcole et la rue des Anglais.


rue fond st-servais_liege_1979.jpg  1979. L'arrière-plan est débarrassé des immeubles du Cadran et des Bons Enfants (voir autre article). Au niveau de la gare, juste après les abris pour voyageurs, une dalle est en cours de construction sur une partie des voies. Elle sert actuellement d'espace de parcage automobile.


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La même perspective de nos jours.


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En mars 1980.


incendie eglise st-servais_liege_1981 (1).jpg  ▲ Le 21 août 1981, un incendie ravage l'église Saint-Servais, affectant la toiture, le mobilier et les décors intérieurs des nefs et du chœur ▼
incendie eglise st-servais_liege_1981 (2).jpg


incendie eglise st-servais_liege_1981 (3).jpg  Les dégâts sont considérables ; Il faudra attendre 1985, après restauration partielle, pour que l'église soit réaffectée au culte. Cliquez ici pour accéder à un diaporama montrant l'extérieur et l'intérieur de l'église actuelle.


place st-lambert_liege_1982.jpg  L'église sinistrée en 1982. De la place Saint-Lambert au Cadran, les travaux vont se prolonger deux décennies.

chantier justice_liege_2006.jpg  Un quart de siècle plus tard, le site aux alentours est toujours en chantier. L'église Saint-Servais ne recouvrera probablement jamais une toiture digne de ce nom.



  La rue Fond Saint-Servais au début du XXIe siècle


Pendant le chantier des extensions du palais de justice :

2003 nov.jpg2006 avril.jpg2007 fevrier.jpg2008 mars.jpg2008 novembre.jpg2014 janv.jpg

 

Une partie de cette autre page est consacrée au même sujet : http://users.belgacom.net/cwarzee/gare_du_palais/index.htm

 

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18/06/2016

La rue et la place des Bons Enfants

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La rue des Bons Enfants en 2016.


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Plan actuel de Liège. Le trait rouge représente la rue des Bons Enfants.


plan 1649.jpg  La configuration des lieux en 1649 (gravure de Julius Milheuser), avec le couvent des Bons Enfants (1), proche de l'église Saint-Hubert (2). Autres points de repère : la collégiale Sainte-Croix (3), le couvent Sainte-Claire (4), l'église Saint-Séverin (5), la collégiale Saint-Martin (6), la bras de la Meuse devenu le boulevard de la Sauvenière (7), la collégiale Saint-Jean (8) et la place aux Chevaux devenue la place de la République française (9).

 
* * * * *

 
  La rue des Bons Enfants et la place y attenant tirent leur nom d'un couvent établi là autrefois.


  Petite histoire du couvent des Bons Enfants

 
  Sources :

  - Théodore GOBERT, Liège à travers les âges : les rues de Liège, Culture et Civilisation, Bruxelles, édition 1975-78.

  - Léon HALKIN, La Maison des Bons-Enfants, bulletin de l'Institut archéologique liégeois, tome LXIV, 1940.

  
  Décédée en 1231, Élisabeth de Thuringe est canonisée en 1235. Une de ses filles, duchesse de Brabant*, lui dédie une chapelle qu'elle fait construire à Liège vers 1245, à proximité de l'église paroissiale Saint-Hubert**. Elle y annexe un hôpital pour les pauvres et un prieuré de chanoines réguliers de Saint-Augustin.

* Sophie de Thuringe a épousé en 1240 le duc Henri II de Brabant, lequel se réconciliera avec le prince-évêque liégeois Robert de Thourotte et conclura avec lui un traité d'alliance en 1244.
** Cette église n'existe plus ; elle se trouvait à la jonction des actuelles rues Saint-Hubert et Mont Saint-Martin.


  L'hôpital Sainte-Élisabeth tombe rapidement en décadence : les biens de l'institution ont été dilapidés, et l'immoralité des gens qu'on y assiste a fini par gagner les religieux. Les mœurs se sont relâchées, et l'établissement est devenu un lieu de débauche.

  Le prince-évêque Henri de Gueldre (de 1247 à 1274) prend les mesures nécessaire pour rétablir la règle monastique et transforme l'hôpital Sainte-Élisabeth en Maison des Bons Enfants, destinée à héberger, nourrir et éduquer de jeunes indigents jusqu’à leur puberté.

  À la fin du XIVe ou début du XVe siècle (la date est incertaine), la Maison Sainte-Élisabeth est confiée aux Frères de la Vie commune. Ceux-ci doivent veiller, sous le « joug monastique », au bien-être matériel et à la formation spirituelle des jeunes élèves qu'ils admettent comme pensionnaires*.

* La Maison des Bons Enfants est en réalité un pensionnat, dont les bénéficiaires vont recevoir l'instruction dans une école du voisinage. Les religieux aident toutefois les écoliers à répéter leurs leçons.

 
Mais les mœurs se relâchent à nouveau ! Cette mauvaise réputation fait fuir les pensionnaires. Les prieurs ont des concubines ; ils n'hésitent pas, pour l'argent, à transformer le couvent en tripot, où l'on se livre aux plaisirs du jeu, de l'ivrognerie et du sexe.

  Une nouvelle fois, l'autorité épiscopale se voit obligée d'intervenir avec la plus grande énergie. Le prince-évêque Jean de Heinsberg, en 1424, décide de réformer le couvent. Comme il veut y réintroduire des chanoines réguliers de Saint-Augustin, il fait appel à l'établissement de Bethléem, près de Louvain, d'où arrive en 1428 le chanoine Olivier de Champs, chargé de mener à bien cette mission d'épuration et de réorganisation.

  Le couvent réformé conserve son appellation de Maison des Bons Enfants, mais il ne redevient pas un lieu d'éducation, pour peu qu'il l'ait été auparavant. Olivier de Champ inaugure une ère de ferveur religieuse, de fidélité aux devoirs du cloître et de spiritualité ascétique.

  Le couvent Sainte-Élisabeth prospère tellement, dans la seconde moitié du XVIe siècle, que le nombre de ses religieux s’accroît et que la Maison des Bons Enfants ne suffit plus. Sous le règne de Jean de Hornes, les chanoines de Saint-Augustin acquièrent le prieuré bénédictin de Saint-Léonard, situé dans un faubourg de la ville. Ils y déménagent en 1489, puis vendent leurs ancien locaux, en 1493, à des religieuses franciscaines venues de Hasselt.

  Achat précipité, car ces religieuses franciscaines (dites aussi Sœurs de Hasque) trouvent les bâtiments trop exigus ; elles les cèdent aussitôt à des Frères cellites, qui leur laissent en échange leur couvent situé à proximité de la collégiale Saint-Paul (dans l'actuelle rue Sœurs de Hasque).

  Les Cellites ne séjournent guère longtemps aux Bons Enfants. En 1496, ils vendent l'immeuble aux Sépulcrines de Nieuwstad (près de Sittard aux Pays-Bas). Jeanne Schaetzen, prieure de cette communauté, et treize de ses religieuses fuient la guerre entre les ducs de Gueldre et de Clèves ; elles viennent s'installer aux Bons Enfants pour s'adonner à la vie contemplative et surtout se consacrer à l'éducation des jeunes filles.

  Le couvent des Sépulcrines va subsister jusqu'aux événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. Les liégeois n'arrêteront pas de l'appeler le couvent des Bons Enfants.

 
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  Sur ce plan de 1737, qui respecte les dénominations officielles, la flèche rouge désigne le couvent des Filles du Saint-Sépulcre.


  Dès le début du régime français (1975-1814), les Sépulcrines sont expulsées, et leur couvent est transformé en caserne, avant d'abriter les bureaux du gouvernement départemental.


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  Le plan ci-dessus date nous reporte en 1827. Nous sommes à l'époque du régime hollandais. L'ancien couvent est maintenant le siège du gouvernement provincial (l'hôtel de la Province) ; il le restera après 1830 dans les premières années de la Belgique indépendante.

  Le 31 mars 1845, un incendie ravage une partie du bâtiment, ce qui accélère la décision prise dès 1842 de déménager les services provinciaux dans une nouvelle aile du palais des princes-évêques (voir autre article).

  Ce qui reste des Bons Enfants est vendu au chanoine Habets, curé de Sainte-Croix, lequel installe là, sous la direction des Filles de la Croix, un refuge pour les repenties puis pour un quartier pour jeunes délinquantes. Ce dernier est ouvert en 1847. On y reçoit des jeunes filles condamnées en justice ; on les initie « aux travaux manuels de leur sexe ».

  La maison pénitentiaire est remplacée en 1870 par une école primaire tenues par les mêmes religieuses. Mais le chantier du chemin de fer de ceinture (voir autre article) nécessite de nombreuses expropriations et démolitions. L'ancien couvent et l'église Sainte-Élisabeth elle-même sont sacrifiés sur l'autel de la modernisation. Une partie de l'espace dégagé devient un square public, lequel se bordera de maisons et deviendra en 1910 la place des Bons Enfants, avec un terre-plein garni d'une pelouse et de massifs floraux.


bons enfants_liege_1920.jpg  La place des Bons Enfants vers 1920. À remarquer, à l'arrière-plan, le tunnel ferroviaire sous Pierreuse, aujourd'hui dissimulé en dessous de l'extension moderne du palais de justice :
cadran_liege_google.jpg                      La place des Bons Enfants, à droite, est devenue un espace piétonnier.

 


  Les bouleversements de la fin des années 1970


  Dans le courant des années 1970, un plan d'aménagement du centre-ville entraîne une totale métamorphose du tissu urbain, et la place Saint-Lambert subit de nombreuses démolitions. C'est tout un patrimoine qui est implacablement sacrifié en quelques années.

  Le saccage s’étend jusqu’à la gare du Palais et au site du Cadran (voir cette autre page). La deuxième partie de la décennie voit disparaître les bâtiments qui entourent la place des Bons Enfants, tout comme ceux de la rue de Bruxelles, qu'on élargit en voie rapide.


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La rue de Bruxelles et ses alentours au début des années 1970.


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Au tout début des années 1980.

cadran_liege_1975.jpg  Au carrefour du Cadran (photo de 1975), la rue de Bruxelles en provenance de la place Saint-Lambert se prolonge par la rue de l'Académie (l'immeuble marqué d'une flèche vous aidera à vous situer sur la photo suivante). La rue qu'on aperçoit en bas à gauche est la rue Sylvestre qui mène à la rue Haute-Sauvenière. Le bus sort de la rue Léon Mignon. À droite, s'ouvre la rue des Anglais.


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Le même endroit en 2009.

chantier gare du palais_liege_1974.jpg  La rue de Bruxelles et la gare du Palais, vues en 1974 depuis la rue Fond Saint-Servais. Dans le fond à droite, entre les deux buildings situés au carrefour du Cadran, on distingue des immeubles de la place des Bons Enfants.

chantier gare du palais_liege_1976.jpg  Des démolitions ont commencé dès 1975 du côté des Bons Enfants ; on le constate par la différence d'arrière-plan entre les deux buildings.


  Voici quelques photos du site des Bons Enfants en 1974-1975, mêlées à des vue plus récentes pour permettre la comparaison :

bons enfants_liege_1975 (1).jpg  Le building marqué « STOCK » (immeuble-parking) est celui de gauche sur les vues précédentes. La rue Léon Mignon* est entrecoupée par la place des Bons Enfants.

* Du nom du sculpteur belge (Liège 1847 – Schaerbeek 1898) qui s'est notamment rendu célèbre par sa statue « Le dompteur de taureau » (Li torè), installée aux Terrasses depuis 1881.

 
Le trait rouge vous aidera à vous situer sur la photo suivante :
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La rue Léon Mignon dans l'autre sens.
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bons enfants_liege_1974 (1).jpgbons enfants_liege_1974 (2).jpg  La place des Bons Enfants. La chaussée qui vient des rues Saint-Hubert et Mont Saint-Martin se prolonge au-delà de la rue Léon Mignon par une courte rue des Bons Enfants, jusqu'à la rue Agimont* (voir aussi la toute première pohoto de cet article).

* Du nom d'un propriétaire local d'autrefois.

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Le même endroit en 2009.

 
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Et en 2016.

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La courte rue des Bons Enfants vers la rue Agimont.




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La place des Bons Enfants d'hier ▲ et d'aujourd'hui ▼
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bons enfants_liege_1975 (4).jpg  Les immeubles de la place des Bons Enfants entre la rue Saint-Séverin (à gauche) et la rue Léon Mignon (à droite). Ils ont été démolis dans la seconde partie des années 1970.

 
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Un mur de briques rouges et une pelouse ont très longtemps caractérisé l'endroit.

 
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En 2014, a commencé la réalisation d'un projet immobilier destiné à revaloriser le lieu.

 


bons enfants_liege_1975 (3).jpg  C'est en 1975 que vont avoir lieu les premières destructions contiguës à la place des Bons Enfants. Remarquez les palissades sur la droite de la photo, à l'angle des rues Saint-Séverin et Mont Saint-Martin.


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Cet angle, le voici à la fin du XIXe siècle. On l'appelait le tournant Saint-Hubert.


mont saint-martin_liege_1974-75.jpg  Le revoici en 1975 du côté du Mont Saint-Martin. Tous les bâtiments que longe la palissage vont bientôt disparaître.


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Le même endroit en 2009, pendant le chantier de l'hôtel cinq étoiles Crowne Plaza.


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De l'autre côté en 1975, à l'angle de la rue Saint-Hubert (là où se trouvait autrefois l'église du même nom).


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En 2006 ▲ et 2009 ▼
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cadran bons enfants_liege_1980.jpg  Le chantier d'aménagement du quartier en 1980. Le tunnel du chemin de fer de ceinture passe sous la place des Bons Enfants.

cadran bons enfants_liege_1996.jpg  Le Cadran et la place des Bons Enfants en 1996, à la veille de subir de nouveaux bouleversements… mais ce sera une autre histoire.

 

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07/09/2014

Hocheporte

hocheporte-liege-2013.jpgLe carrefour de Hocheporte en août 2013, et ci-dessous dans l'autre sens en 2014 :hocheporte-liege-2014b.jpg

  Ce quartier tient son nom d'une ancienne porte fortifiée établie dans les murailles construites au début du XIIIe siècle. Murailles que nous rappelle aussi la rue des Remparts.

  Le nom « Hocheporte » proviendrait d'un propriétaire local nommé Hacar. Au XIIIe siècle, on trouve en effet l'appellation « Hacarporte » (puis « Hachaporte » au XVe et « Hochaporte » au XVIIIe).

  Situons cette porte sur la vue ci-dessous, due à Julius Milheuser en 1649 :
liege_milheuser_1649.jpgIdentifions les églises Saint-Martin (1) et Saint-Séverin (2). À cette époque, la rue d'Agimont* (3) se situe dans le prolongement de la rue Fond Saint-Servais (4), près du couvent Sainte-Claire** (5). Au sommet de la rue Hocheporte (6), s'ouvre l'arcade fortifiée (7), comprise dans la muraille entre le collège des jésuites anglais (8) et le bastion du Saint-Esprit*** (9). Au-delà du rempart, commence le faubourg Hocheporte **** (10).
* Du nom, sans certitude, d'un ancien propriétaire local (« Agiermont » au XIIIe siècle).
** Voir autre note.
*** Fortification réédifiée au début du XVIIe siècle au sommet de l'actuelle rue Mississipi, sous la magistrature du bourgmestre Philippe du Saint-Esprit (surnom de Philippe le Rousseau).
**** Un faubourg est au départ un quartier en dehors du bourg, au-delà donc des murailles.

 

Recherchons les mêmes lieux sur ces deux autres plans, le premier de 1720, le second de 1810
(cliquer dessus permet de les agrandir) :
plan_liege_maire_1720.jpg

plan_1810.jpg

  La Hocheporte d'antan est détruite en 1821, sous le régime hollandais, et ses matériaux servent à la reconstruction de la citadelle sur les hauteurs de Sainte-Walburge. On réédifie toutefois une arcade en 1824 ; il ne s'agit dès lors plus d'un ouvrage monumental, mais d'une simple voûte en briques sans caractère, qu'on décidera de démolir en 1852 et dont les derniers vestiges ne seront enlevés qu'en 1886
.

hocheporte-liege-ruines-fin XIXe.jpg  Ci-dessus, les ruines de la porte après 1852 (dessin d'Alfred Ista). La tour carrée, sur la droite, est celle d'une maison de la rue Hocheporte, dans sa partie jadis située à l'extérieur de l’enceinte fortifiée.

  Sur le dessin qui suit (œuvre d'Adolphe Dubois), on découvre précisément cette partie supérieure de la rue Hocheporte en 1880. On y retrouve la maison avec la tour carrée (qui a perdu sa toiture pyramidale) :
rue hocheporte-liege-1880.jpg  Tour carrée toujours existante, comme le montre cette photo actuelle de la rue Hocheporte (vue dans l'autre sens par rapport au dessin qui précède) :
rue hocheporte-liege-google maps-2013.jpg

  Mais revenons-en aux anciennes murailles. Voici ce qui subsiste du bastion du Saint-Esprit au XIXe siècle (œuvre de G.F Sargent, peintre et dessinateur anglais actif dans les années 1830 à 1870), avec la rue des Remparts à l'emplacement de l'ancien chemin de ronde :
bastion saint-esprit-hocheporte-liege-XIXe.jpg

remparts-hocheporte-mississipi-liege-2014.jpg  Ci-dessus, l'état actuel du rempart à l'angle des rues Mississipi* et Louis Fraigneux**.
* L'emplacement de cette rue servait autrefois de fossé à la muraille. L'appellation « Mississipi » remonte au XVIIIe siècle, probablement à cause de l'engouement que suscitait alors l'exploration du Nouveau Monde.
** Louis Fraigneux (1863-1938), échevin liégeois et conseiller provincial.

remparts-mississipi-liege-2014.jpg  Cette haute muraille, composée de briques et de boutisses en pierre de taille, est donc une section des anciens remparts de la ville. Dès le XVIIIe siècle, des parcelles de terrain situées à son sommet sont données en location à des particuliers. Avec la vente de ces biens au cours du XIXe siècle, l'ancien chemin de ronde est transformé en voie publique, la Ville prenant à sa charge l'amélioration des escaliers qui y mènent et la consolidation des vieux murs.

hocheporte-liege-1885.jpg  Hocheporte avant le percement de la rue de l'Académie, baptisée ainsi en 1886. Ci-dessous, le même endroit de nos jours (repérons-nous grâce au mur désigné par la flèche) :
hocheporte-liege-gare des bus-2014.jpg  L'endroit marqué d'une flèche sur la photo ci-dessus, le voici en plan plus rapproché, avec l'entrée, rue Hocheporte, des escaliers de la rue des Remparts :
rue des remparts-hocheporte-liege-2014.jpg



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rues hocheporte et academie-liege-2014.jpg  Le building a été bâti à l'angle de la rue Hocheporte (tronçon supérieur) et de la voie rapide qui relie la Cadran à Fontainebleau. Autrefois, dans le cadre rouge, se trouvait le bâtiment représenté sur le dessin qui suit, réalisé par Joseph Vuidar en 1888 :
auberge du soleil-hocheporte-liege-1888.jpg  Il s'agit de l'auberge du soleil, datant du XVIIe siècle (la façade porte d'ailleurs une enseigne en pierre sculptée représentant l'astre). L'auberge dite aussi « du bon logis », où les voyageurs attardés logeaient en attendant l'ouverture de la Hocheporte (dixit Théodore Gobert).

maison magnery-hocheporte-liege.jpg  Le même bâtiment à l'aube du XXe siècle. Il est devenu la Maison Magnery, du nom du propriétaire, négociant en graines potagères et fourragères.

maison magnery-hocheporte-liege-1922.jpg  La Maison Magnery en 1922. Les arbres sont ceux de la Place Hocheporte, baptisée ainsi en 1910 au pied de la Montagne Sainte-Walburge.

hocheporte-liege-1944.jpg  Le 7 septembre 1944, afin de retarder l'arrivée des troupes américaines, les Allemands font exploser des chenillettes remplies d'explosifs aux carrefours de Fontainebleau, de Hocheporte et du Cadran. La photo ci-dessus montre les dégâts occasionnés à Hocheporte, au sommet de la rue de l'Académie (dans le fond, on aperçoit le musée des Beaux-Arts, logé à l'époque dans une annexe de l'académie royale du même nom).

maison magnery-hocheporte-liege-1944.jpg  Fissurée et instable à la suite de l'explosion de septembre 1944, la grainerie Magnery devra être détruite.

 

Hocheporte avant 1944.jpg  Ci-dessus, le carrefour de Hocheporte avant 1944. Ci-dessous, le même endroit dans les années 1950 : la Maison Magnery a été remplacée par une station-service :
hocheporte-liege-annees 1950.jpg

 

tram-hocheporte-liege-debut annees 1960.jpg  Ci-dessus, au début des années 1960. Ci-dessous, en 2013 :carrefour hocheporte-liege-2013.jpg


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  C'est dès la fin des années 1970 que le quartier connaît d'importantes transformations qui vont peu à peu aboutir à la configuration actuelle des lieux.

hocheporte-liege-debut annees 1970.jpg  Le carrefour et la place Hocheporte au début des années 1970. J'ai habité au bas de la Montagne Sainte-Walburge, en face de l'hôpital des Anglais (1), de 1964 à 1971. L'école communale (2) date de la fin du XIXe siècle. Je pense que les palissades, à l'angle de la place et de la rue de l'Académie (3), cachent toujours le terrain vague dû à l'explosion de 1944 !

hocheporte-liege-chantier 1979.jpgLe carrefour de Hocheporte en 1979, après la disparition de la station-service.

rue hocheporte-liege-1979.jpg  La partie supérieure de la rue Hocheporte en 1979. Le terrain vague et ses abords ont laissé place à tout un réseau routier (voir photo suivante) :
hocheporte-liege-2014c.jpg

hocheporte-liege-chantier 1983.jpgLe chantier du carrefour Hocheporte en 1983. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :hocheporte-liege-2014.jpg

  Les deux photos qui suivent datent du début des années 1980 ; elles montrent le chantier du côté de la rue de l'Académie, dont il ne subsiste que les immeubles du côté gauche, ceux de droite ayant été démolis (y compris le musée des Beaux-Arts) afin de percer là une voie rapide reliant le Cadran à Fontainebleau :
chantier rue academie-liege-debut annees 1980 (1).jpg

chantier rue academie-liege-debut annees 1980 (2).jpg

rue de l'academie-liege-2006.jpg  La rue de l'Académie en 2006, pendant la construction des « Jardins de l'Académie », complexe de trois immeubles de prestige à usage mixte (bureaux et logements) (architecte : AST Claude Strebelle).

place hocheporte-liege-2006.jpg  Place Hocheporte, la façade de l'ancienne école communale a été conservée et intégrée dans le nouveau complexe.

 

hocheporte et rue de l'academie-liege-2014.jpg  Hocheporte et les jardins de l'Académie. Dans le cadre rouge, se trouvait autrefois cette rangée d'immeubles, dont le musée des Beaux-Arts :
rue de l'academie-liege.jpg

 

07/03/2014

Aménagement du Cadran : l'espace Saint-Séverin

cadran-liege-projet_altiplan-2014.jpg   La presse vient d'annoncer la construction d'un immeuble de standing sur l'un des terrains vagues du Cadran, entre les rues Saint-Séverin et Léon Mignon :
cadran-liege-chantier_2014.jpg
cadran-liege-futur_espace_saint-severin_2014.jpg   L'école mise en évidence sur cette photo est un des sites du Centre d'enseignement secondaire Léon Mignon. Elle porte le nom du sculpteur belge (Liège 1847 – Schaerbeek 1898) qui s'est notamment rendu célèbre par sa statue « Le dompteur de taureau » (Li torè), installée aux Terrasses depuis 1881.

leon_mignon-liege-debut_XXe.jpgL'école d'armurerie Léon Mignon au tout début du XXe siècle ▲ et à la fin des années 1970 ▼histoire de liège,histoires de liège,cadran,saint-séverin,espace saint-severin,bons enfants,leon mignon,gare du palais,rue de bruxelles

 

cadran-bons_enfants-liege-2014.jpg   À l'emplacement désigné par le rectangle rouge, existaient naguère les bâtiments que l'on voit sur la photo suivante, bâtiments précédés de la petite place des Bons Enfants :
cadran-saint_severin-leon_mignon-liege-1978.jpg  La place des Bons Enfants avant les démolitions de la fin des années 1970. Revoyons la situation des lieux sur un plan d'époque :
plan-cadran-liege-1960.jpg   Le cercle désigne l'emplacement où va s'élever bientôt l'espace Saint-Séverin (dans 15 à 18 mois, promet-on). 1 = l'ancienne place des Bons Enfants / 2 = la rue Léon Mignon / 3 = la rue Saint-Séverin.

cadran-bons_enfants-liege-1975.jpgLa rue Léon Mignon et la place du Cadran (la flèche) en 1975. Ci-dessous, dans l'autre sens :cadran-bons_enfants-leon_mignon-liege-1975.jpg

cadran-google_maps-2009.jpgLe même endroit en 2009.

 

rue_de_bruxelles-cadran-liege-1974.jpg   Dès 1974, le site ferroviaire de la gare du Palais va subir une totale métamorphose, avec l'électrification de la ligne, la mise à quatre voies des quais et la destruction de la station de 1905 au profit d'une infrastructure souterraine. Pour favoriser l'accès routier à la place Saint-Lambert, qui se prépare elle aussi à une profonde mutation, les immeubles de la rue de Bruxelles et du Cadran seront détruits de 1977 à 1979.

gare_du_palais-liege-1982.jpg   Dia personnelle du tout début des années 1980. Tous les immeubles de la rue de Bruxelles ont été rasés, ainsi que les buildings du Cadran. C'est à l'emplacement du rectangle rouge, sur la droite de la photo, que s'élèvera prochainement l'espace Saint-Séverin.

cadran-liege-chantier_gare_palais-1980.jpg   Le tunnel ferroviaire sous l'ancienne place des Bons Enfants (photo de 1980). Ci-dessous, l'aspect de cet endroit du Cadran au terme de ce chantier :
cadran-liege-1996.jpg

cadran-bons_enfants-chantier-tunnel_ferroviaire-1999.jpg   Un nouveau chantier éventre le Cadran en 1999-2000. À droite, il s'agit du tunnel de chemin de fer passant sous le terrain du futur espace Saint-Séverin.

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Vues complémentaires concernant l'avancement du chantier de l'espace Saint-Séverin :histoire de liège,histoires de liège,cadran,saint-séverin,espace saint-severin,bons enfants,leon mignon,gare du palais,rue de bruxelleshistoire de liège,histoires de liège,cadran,saint-séverin,espace saint-severin,bons enfants,leon mignon,gare du palais,rue de bruxelleshistoire de liège,histoires de liège,cadran,saint-séverin,espace saint-severin,bons enfants,leon mignon,gare du palais,rue de bruxelles



12/01/2014

Le couvent de Sainte-Claire et la rue des Anglais

Rue des Anglais 2009.jpgLa rue des Anglais de nos jours.

placz Sainte-Claire 1880 lg rg.jpgLa petite place Sainte-Claire en 1882.

Les traits rouges permettent de comparer les deux vues.


  À l'emplacement de l'Académie royale des Beaux-Arts de Liège, il existait autrefois un couvent de Sœurs clarisses urbanistes (des religieuses de l'ordre de Sainte-Claire, mais suivant la règle adoucie par le pape Urbain IV).

  À l'époque de la deuxième photo, les bâtiments conventuels ont été convertis en logements, et l'église en magasin de tabac. L'arvau* qui coupe la rue donne accès à la rue des Anglais (plus courte donc que de nos jours) et à l'ancien couvent des Jésuites anglais, devenu un hôpital depuis 1880.

* En wallon liégeois, un arvô est un passage voûté. Passé dans le français régional, le mot s'est écrit « arvau », que d'aucuns voudraient transposer en « arveau ».

  L'aquarelle qui suit présente le même endroit :

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Milheuser 1649.jpg   Situons les lieux grâce au plan de Milheuser de 1649 : le couvent de Sainte-Claire (1), le couvent des Jésuites anglais (2), le couvent des Capucins (3), l'église Saint-Servais (4), la collégiale Sainte-Croix (5), la collégiale Saint-Pierre (6), la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert (7).

 


  Établie « en Royal »* depuis 1488, la congrégation des religieuses de Sainte-Claire doit abandonner définitivement les lieux à la fin du XVIIIe, quand la propriété claustrale est vendue comme bien national sous le régime française, en 1797.

* C'est ainsi qu'on appelait autrefois la rue des Anglais.


La situation au XIXe siècle

Plan 1827.jpg  Identifions, sur ce plan de 1827, le couvent des Clarisses (1), la rue des Anglais (2) au-delà de l'arvau de la place Sainte-Claire (3), la ruelle Sainte-Claire (4), la rue Fond Saint-Servais (5), la rue Table de Pierre (6) et la rue Neuve (7). La rue Neuve deviendra la rue de Bruxelles en 1863, laquelle absorbera la rue Table de Pierre en 1877. Amusez-vous à comparer avec la vue aérienne qui suit (2009).

essai.jpg

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porche 1887.jpg  La place Sainte-Claire en 1887. Le porche surmonté d'une niche existe toujours (voir photos ci-dessous, la première en 2014, les deux autres dans les années 1960) ; il s'ouvre sur un escalier qui menait au couvent des Capucins.

Porche Capucins 2014.jpg

porche.jpg

escalier capucins.jpg

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Place Sainte-Claire 1880.jpg  La place Sainte-Claire en 1880. À gauche (hors dessin), commence la ruelle Sainte-Claire qui rejoint la rue Fond Saint-Servais. La photo qui suit présente approximativement le même endroit en 2006.

2006.jpg


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cour Ste-Claire.jpg  La cour intérieure de l'ancien couvent, dont les bâtiments sont devenus, à la fin du XIXe siècle, des logements donnés en location.

Travaux rue de Bruxelles 1880.jpg  Au cours des années 1870, le quartier est bouleversé par la création du chemin de fer de ceinture, travaux gigantesques qui nécessitent de nombreuses expropriations et démolitions. Les voiries avoisinantes sont rectifiées et élargies. C'est le cas pour la rue de Bruxelles, que l'on voit en plein chantier sur ce dessin de 1880. À l'arrière-plan, il s'agit de l'église de l'ancien couvent de Sainte-Claire. Tout dans le fond, on aperçoit un morceau de l'ancien couvent des Jésuites anglais.

 Les autorités communales ont acquis une grande partie des anciens terrains claustraux. En 1885, elles décident de prolonger la rue des Anglais jusqu'au Cadran au détriment de la place et de la ruelle Sainte-Claire.

  Les bâtiments de l'ancien couvent sont démolis en 1889 (en 1900 en ce qui concerne l'arvau). De 1892 à 1895, a lieu la construction de l'Académie royale des Beaux-Arts, selon les plans de Joseph Lousberg, architecte de la Ville.

rue des Anglais début XX.jpgLa rue des Anglais (à droite) à l'aube du XXe siècle.

Fond St-Servais 68.jpgPhoto de 1968. Dans le fond, la rue Fond Saint-Servais forme un « T » avec la rue des Anglais.

Fond St-Servais 2014.jpgLa même perspective en janvier 2014.