11/03/2016

Le théâtre du Gymnase, de Saint-Jacques à Saint-Lambert

plan liege regime français.jpg  Le plan ci-dessus provient du site DONum de l'Ulg. Rendez-vous sur cette page et cliquez sur le bandeau noir « Prévisualisation de 100F.jpg » qui coiffe l'image. Dans la fenêtre qui apparaît, une loupe vous permet d'observer les détails du document. Examinez les emplacements marqués d'une flèche avant de continuer votre lecture.

  Flèche n°1 :

  Le canal de la Sauvenière (futur boulevard du même nom) est longé d'un quai* qui porte le nom de son concepteur : Charles-Emmanuel Micoud d'Umons, préfet du département de l'Ourthe depuis 1806 (portrait ci-contre).

* Ce quai a été aménagé dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, a également été détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la berge.

                       micoud d'umons.jpg


  Flèche n°2 :

  La mention « Salle des Spectacles » désigne un bâtiment attenant à l’église Saint-Jacques, laquelle a échappé de peu à la vente publique et subsiste depuis le Concordat de 1801 comme simple temple paroissial. Cet immeuble est une ancienne salle capitulaire dont les greniers ont été convertis en théâtre.

  Quelle est l'origine de ce théâtre ?

  Quand Charles-Emmanuel Micoud d'Umons prend ses fonctions en 1806, Liège ne possède plus de théâtre, vu l'incendie en janvier 1805 de celui établi sur le quai de la Goffe.

theatre douane batte liege.jpgLe bâtiment de la Douane sur le quai de la Goffe. Le deuxième étage a servi de théâtre de 1767 à 1805.


  Le préfet impérial rêve d'une salle de spectacle de prestige du côté de la place Verte ou de la place aux Chevaux, mais dans l'urgence, il fait d'abord aménager un théâtre provisoire dans « les greniers de Derrière Saint-Jacques », avec l'assentiment du Conseil de Fabrique de l'église qui y voit l'occasion de revenus supplémentaires.

  L'opération est confiée à François-Joseph Dewandre, inspecteur des bâtiments civils, et Auguste Dukers, architecte*. Le Gymnase dramatique, tel sera nom nom, est inauguré le 4 novembre 1806 ; il cessera ses activités en 1820, l'année où débute le théâtre de la place de la Comédie.

* Auguste Dukers sera aussi l'architecte du théâtre construit de 1818 à 1820 sur l'emplacement des jardins de l'ancien couvent des Dominicains (l'actuel Opéra de Wallonie).


 
En 1825 (la Belgique est maintenant rattachée aux Pays-Bas), la Fabrique de l'église Saint-Jacques adresse au gouvernement une demande de subsides afin de restaurer l'édifice religieux. L'État exige la vente préalable du bâtiment ayant servi de théâtre, pour en affecter le montant aux réparations.

  L'immeuble concerné est vendu en août 1827 à Frédéric Rouveroy*, aux enchères publiques. Mais comme une partie de la toiture sert de contrefort à l'église, il ne peut être démoli, et le nouveau propriétaire relance les activités théâtrales dès 1833. On parle dès lors du théâtre des Variétés ou du théâtre du Gymnase, cette dernière appellation finissant par l'emporter.

* Frédéric Rouveroy (1771-1850), membre de la société de l'Émulation, poète et fabuliste, échevin voire adjoint au maire de Liège de 1808 à 1830.

quai d'avroy_liege_1850.jpg  À l'avant-plan, c'est le quai d'Avroy vers 1850. De l'autre côté de la Meuse (telle qu'elle coulait à l'époque), la flèche désigne le théâtre du Gymnase attenant au transept sud de l'église Saint-Jacques.

plan_liege_1828.jpg  Cet extrait de plan date de 1828. La flèche désigne le bâtiment du Gymnase et les anciens cloîtres de Saint-Jacques. À gauche, on aperçoit la rivière et la promenade d'Avroy. Le cours de la Meuse sera modifié de 1853 à 1863. Ce qu'on en voit ici deviendra le boulevard Piercot.

st-jacques_liege_bing maps.jpg  Le même endroit de nos jours, avec le boulevard d'Avroy, le boulevard Piercot et la place Émile Dupont*, précédemment place Rouveroy (où le rectangle rouge rappelle l'emplacement du théâtre d'antan).

* Avocat et homme politique belge (1834-1912), originaire du quartier.


 
Entamée en 1828 sous le régime hollandais, relancée en 1833 à la suite de la visite du roi des Belges Léopold 1er, la restauration de l'église Saint-Jacques va durer jusqu'en 1869. Un chantier colossal pour consolider l'édifice et préserver son ornementation.

  Très vite, le bâtiment du Gymnase pose problème. Déjà jugé indécent par d'aucuns, il est considéré comme une menace pour l'église en cas d'incendie. Des voix s'élèvent pour en réclamer l'expropriation pour cause d'utilité publique.

  Les négociations s'éternisent, tant pour obtenir de la famille Rouveroy une compensation financière acceptable que pour déterminer ce que l'on ferait des lieux (le théâtre jouxte d'anciens cloîtres dans un état de délabrement avancé).

  C'est en 1861 que la Ville acquiert le bâtiment en dédommageant la veuve de Frédéric Rouveroy. Il est question de tout raser du côté sud de l'église, pour y créer une place publique avec la contribution financière des habitants. La troupe théâtrale joue sa dernière représentation en mai 1864, puis commencent les démolitions*.

* La place Rouveroy (place Émile Dupont depuis 1920) ne sera aménagée qu'en 1873 et le square en 1879. Il a d'abord fallu renforcer le transept sud de l'église, que ne soutenait plus l'ancien bâtiment capitulaire.


* * * * *

  Voilà donc la troupe du Gymnase à la recherche d'une nouvelle salle. Elle va finir par s'intéresser à l'ancien hôtel des comtes de Rougrave, rue des Mauvais Chevaux, au nord-ouest de la place Saint-Lambert.

plan_abords cathedrale_liege_fin XVIIIe.jpghttp://www.chokier.com/FILES/STPIERRE/PlanAbord.html


  Ce plan présente les abords de la cathédrale Saint-Lambert (emplacement de l'actuelle place du même nom) à la fin du XVIIIe siècle. Cliquez dessus pour l'agrandir et situer l'hôtel de Rougrave* et la rue des Mauvais Chevaux**.

* Le dernier à occuper les lieux fut Marie-Philippe-Alexandre-Charles Hyacinthe de Rougrave, vicaire général du diocèse (1772-1804) et prévôt de la collégiale Saint-Barthélemy.
** Étymologie inconnue.

plan communal liege vers 1865.jpg   Mais voyons les lieux au milieu des années 1860. La rue des Mauvais Chevaux (qui disparaîtra complètement en 1872) a été réduite et finit en impasse permettant d'accéder à la résidence des Fabry-Beckers. L'ancien hôtel des Rougrave, dès 1865, a été transformé en salle de théâtre par Alphonse Bonnaud. À proximité, en face de la nouvelle aile du palais provincial, débute en 1867 l'aménagement d'un petit parc qu'on appellera le square Notger.

  Le théâtre Bonnaud ferme ses portes en décembre 1867 pour des raisons financières ; la salle est vendue à un certain Carpier, qui accepte d'y accueillir la troupe du Gymnase, laquelle inaugure ses nouveaux locaux le 21 octobre 1868.

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Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880.

  En 1884, la vieille demeure seigneuriale est démolie et reconstruite pour faire place en partie à l'immeuble marqué d'une flèche sur les deux cartes postales qui suivant (1899 et 1903) :
place saint-lambert_liege_1899.jpgtheatre du gymnase_liege_tt debut XXe.jpg


* * * * *

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À l'aube du XXe siècle ▲ et en avril 2006 ▼place saint-lambert_liege_2006.jpg

 

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En 1919 ▲ et octobre 2006 ▼place saint-lambert liege 2006.jpg



theatre du gymnase_liege_1914-18.jpg  Dès août 1914, le théâtre est pillé, avant de servir de magasin de ravitaillement. En 1940-45, il poursuivra ses activités malgré l'occupation, avec un répertoire bien sûr soumis à la censure.

place saint-lambert_liege_annees 1950.jpg
La place Saint-Lambert et le Gymnase dans les années 1950.

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Le square Notger et le Gymnase dans les années 1950.

theatre royal du gymnase_liege.jpgÀ la charnière des années 1950 et 60. À noter que le Gymnase est théâtre royal depuis 1936.


Puis arrivent les années 1970 :

theatre du gymnase_liege_debut annees 1970.jpgtheatre du gymnase_liege_debut annees 1970 (2).jpgtheatre du gymnase_liege_1970.jpgtheatre du gymnase square notger_liege_1970.jpg

 

  Adopté en 1968, le plan Lejeune* sévit dans le courant des années 1970. Le cœur historique de Liège et ses environs sont saccagés, les bulldozers et pelleteuses se lançant à l'assaut du patrimoine cher aux Liégeois. Puis les désaccords politiques et les projets successifs, les problèmes financiers, les mécontentements populaires, vont entraîner, pendant près de trois décennies, ce qu'on surnommera « la saga du trou béant » de la place Saint-Lambert.

* Jean Lejeune est échevin des travaux publics de la la ville de Liège. Historien de formation, il est néanmoins partisan du « tout à l'automobile », influencé par les idées du groupe architectural l'Équerre.

theatre du gymnase square notger_liege-1975.jpg  Photo d'avant 1975. Trois symboles liégeois vont bientôt disparaître : le théâtre du Gymnase, le square Notger et la gare du Palais. On retrouve cet endroit dans le cadre rouge de la photo suivante (que vous pouvez agrandir en cliquant dessus) :
place saint-lambert liege 2007.jpg


  À l'aube des années 1970, la direction du Gymnase sait déjà que l'immeuble de la place Saint-Lambert est condamné. À ce moment, il est cependant question d’édifier au début du boulevard de la Sauvenière un complexe regroupant le Trianon, le Gymnase et même le Conservatoire de musique, le tout complété d’une galerie commerçante. Voici une simulation du projet :
sauveniere liege projet immobilier.jpg


boulevard sauveniere liege 1969.jpg  Pour libérer l'espace en vue de ce mégathéâtre de la Sauvenière qui ne sera jamais réalisé, on a démoli des maisons de la rue Basse-Sauvenière, ainsi que le théâtre wallon du Trianon et le cinéma Crosly (que l'on voit sur la photo ci-dessus datant de 1969, quelques années avant leur destruction).

espace trianon_liege_2013.jpg  Quarante ans plus tard, le site est toujours un chancre urbain, agrandi depuis la démolition en 2012 de l'ancien immeuble du journal « La Meuse ».


Mais revenons-en à la place Saint-Lambert :

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Dans les années 1960 ▲ et en 1974-75 ▼place saint-lambert_liege_demolitions annes 1970.jpgplace saint-lambert_liege_1974.jpgplace saint-lambert_liege_demolitions vers 1976.jpg


yheautre dy gymnanse_liege_deuil 1975.jpg  Le personnel, qui a reçu son préavis en décembre 1974 hisse un drapeau noir en façade dès les premiers jours de 1975. La dernière représentation aura lieu le 3 juin.

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Été 1975.

square notger_liege_demolition_1977.jpgFévrier 1977. Le square Notger disparaît à son tour.

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Le chantier en 1978.


* * * * *

  En 1976, le Nouveau Gymnase entamera sa première saison place de l'Yser (Outremeuse). En 1983, il deviendra le théâtre de la Place, lequel déménagera place du XX Août en 2013, dans le bâtiment entièrement rénové de l'Émulation ; on l'appelle depuis le Théâtre de Liège.

 

Lectures recommandées :

- Marcel CONRADT, Histoire des théâtres de Liège, tome 1, éditions du Céfal, Liège 2005.

- Paul DELCHEF, Le Gymnase, ou l'aventure d'un théâtre liégeois, éditions du Céfal et de la province de Liège, 2002.

 

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18/01/2014

La place et la rue des Carmes, la rue des Clarisses, l'avenue Maurice Destenay

plan-liege-60.jpg  Plan des années 1960. La petite place montrée par la flèche était plus précisément (et est toujours) la place des Carmes.

  Les rues des Carmes et des Clarisses évoquent des couvents établis là autrefois, ces congrégations religieuses ayant perdu leurs biens à la fin du XVIIIe siècle, à la suite des événements révolutionnaires et militaires qui ont abouti à la fin à la principauté de Liège et à son rattachement à la république française.


  La place des Carmes

place-des-carmes-liege-debut-XXe.jpgAu tout début du XXe siècle.

place-des-carmes-liege-1970.jpgEn 1970, trois ans avant le début des démolitions.

demolition-place-des-carmes-liege-1973.jpgLes démolitions en 1973.

place-des-carmes-liege-1977.jpg   En 1977. Depuis le début de la décennie, l'environnement a changé, avec la construction des nouveaux bâtiments de l'athénée Charles Rogier et du complexe culturel des Chiroux. La petite place des Carmes est devenue piétonne en 1975.

place-des-carmes-liege-2009.jpgLe même endroit en 2009.

 

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La place des Carmes vue depuis la rue Saint-Paul en 1962 (ci-dessus) et en 1977 (ci-dessous).

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La rue des Carmes

halle-des-carmes-liege-1971.jpg   La halle des Carmes en 1971, à la veille d'être détruite. Elle a été construite dès 1881 à l'emplacement du couvent d'antan.

librairie-halbart-liege.jpgLa librairie Halbart de la rue des Carmes, à l'époque où j'allais au collège, dans les années 1960.

 

 

La rue des Clarisses

athenee-royal-liege-debut_XXe.jpg  L'athénée royal Charles Rogier (Liège 1) au début du XXe siècle. L'établissement a été créé en 1850 à l'emplacement de l'ancien couvent des Sœurs clarisses. Il doit son nom au célèbre Liégeois qui a participé à la révolution belge de 1830, puis qui est devenu un ministre libéral grand défenseur de l’enseignement public.

  Ces bâtiments disparaîtront dès 1967 pour laisser place à des locaux modernes à la mode du temps. La photo qui suit date de 1977.

rue-des-clarisses-liege-1977.jpg

 

 

rues-clarisses-ysaye-liege-1962.jpg  Cet immeuble (photo de 1962) se situait à l'angle de la rue des Clarisses (1) et de la rue Eugène Ysaÿe (2) qui mène à la place Saint-Jacques. Nous le retrouvons sur la photo suivante, prise depuis le boulevard d'Avroy. La rue qui y mène s'appelait la rue Bertholet, du nom d'un peintre liégeois du XVIIe siècle. Tout ce quartier a été bouleversé, au début des années 1970, par le chantier de l'avenue Maurice Destenay.rue-bertholet-liege-60.jpg

avenue-destenay-liege-1990.jpgLe même endroit en 1990.


L'avenue Maurice Destenay
carmes-croisiers-liege-1970.jpg   La rue André Dumont un peu avant 1970, à l'approche de l'inauguration de la maison de la culture des Chiroux. Dans le fond, les rues des Prémontrés et du Vertbois vont bientôt subir de profondes modifications pour permettre le percement d'une voie rapide en direction du boulevard d'Avroy.

  Les quatre photos qui suivent présentent l'évolution du chantier au cours des années 1970.

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avenue_destenay_vue aerienne-liege-1979.jpg  L'avenue Maurice Destenay en 1979. Elle a été officiellement inaugurée en 1975, du nom du bourgmestre libéral liégeois de 1963 à sa mort en 1973.