12/12/2016

De l’île Hochet à la place du Vingt Août.

ile hochet.jpg    Dessin représentant le cours de la Meuse à Liège au XVe siècle.

  Autrefois, le bras de la Meuse appelé le canal de la Sauvenière (1) se scinde , après le pont d’Île (2), en plusieurs biefs devenus entre autres les rues de la Régence (3) et de l’Université (4). L’îlot Hochet (5), à la jonction avec le cours principal du fleuve, est l’ancêtre de l’actuelle place du Vingt Août.

  L’ « isleau » (îlot) Hochet tient probablement son nom d’une famille de notables qui en détenait une partie au début du XIVe siècle.

  Au XVe siècle, cet îlot est en grande partie inoccupé. Il sert de dépôt d’immondices, et certains endroits sont malfamés à cause des maisons de débauche qu’on y a établies. Il est grand temps de réserver une meilleure affectation à ce morceau de terrain. En 1495, le prince-évêque Jean de Hornes accorde à la congrégation des Frères de la Vie commune* d’y installer un couvent et un établissement d’enseignement moyen.

*Appelés aussi Fratres ou Hiéronymites (sous le patronage de saint Jérôme).


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  Sur la gauche du document ci-dessus, qui nous reporte au milieu du XVIe siècle, on aperçoit le couvent des Frères de la Vie commune, en bordure des bras de Meuse devenus la rue de la Régence et la place Cockerill. Sur la droite, il s’agit du pont des Arches. Le contenu du rectangle rouge, vous le retrouvez dans la photo qui suit, tel qu’il se présentera quatre siècles plus tard :quai sur meuse_liege_1950s.jpg

 

  Avant de faire construire leurs bâtiments, les frères ont dû assainir le terrain. Il faut préciser en outre qu’au début du XVIe siècle, les immondices et atterrissements ont comblé certains biefs et transformé l’îlot en presqu’île, en le reliant à la terre ferme du côté du quartier des Croisiers.


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  Cette vue de Julius Milheuser date de 1649 ; l’ovale rouge nous montre l’emplacement de l’ancien îlot, devenu la pointe nord-est du quartier de l’Isle (l’Île entourée par les bras de la Meuse). À cette époque, le couvent n’est toutefois plus géré par les frères de la Vie commune, mais par des jésuites*.

* L’île Hochet n’existe plus, mais malgré sa désinsularisation, cet endroit conserve longtemps son appellation d’ « îlot » : l’îlot des Jésuites.

 
Depuis novembre 1581 en effet, les frères hiéronymites ont cédé la place à des jésuites, dont l’ordre est réputé dans le domaine de l’éducation de la jeunesse. Le succès de leur collège est fulgurant. Vu le nombre sans cesse croissant d’étudiants, une vaste campagne de travaux commence dès 1660 pour renouveler les infrastructures.


1649.jpg  En 1595, le prince-évêque Ernest de Bavière a fait construire un pont (la flèche rouge) pour faciliter l’accès au collège. L’ouvrage prend officiellement le nom de pont de Bavière, mais on le désigne le plus souvent comme le « pont des Jésuites ». Et même le « grand pont des Jésuites », après 1606, année de la construction du « petit pont des Jésuite » (flèche bleue).


couvent jesuites wallons liege 1737.jpg  Le couvent et le collège des Jésuites wallons* en 1737 (gravure de Remacle Le Loup). Pour vous aider à situer le lieu, sachez que l’actuelle place du Vingt Août se trouve sur la gauche, et que la place Cockerill est derrière l’église. Celle-ci est dédiée au Saint-Sacrement. Un demi-siècle a été nécessaire pour l’ériger, vu l’instabilité du terrain, les problèmes de construction et les événements guerriers ; elle n’a été consacrée qu’en 1700.

* Ces jésuites sont appelés wallons pour les distinguer des jésuites anglais installés en Favechamps, le long de l’actuelle rue Montagne Sainte-Walburge.


1737.jpg  Plan de Christophe Maire (1737), collection de Christian Hauglustaine. La partie de la place du Vingt Août située devant les bâtiments s’appelle la place des Jésuites.

  En 1773, le pape Clément XIV supprime la Compagnie de Jésus. À Liège, le prince-évêque François-Charles de Velbrück récupère et agrandit les installations des jésuites wallons pour en faire un établissement d’enseignement séculier, le Grand Collège des Humanités, tenu par des prêtres nommés par lui. En 1786, on y transfère aussi le Séminaire épiscopal.


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  Cette eau-forte d'Étienne FAYN est datée de 1783 ; elle met en évidence les bâtiments du Grand Collège, avec à droite les bras secondaires de la Meuse (actuelle place Cockerill) et les deux ponts expliqués plus haut.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours (https://www.google.be/intl/fr/earth), avec l’angle rouge qui évoque l’emplacement de l’ancien couvent :
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   Les événements qui suivent la Révolution liégeoise, dès 1789, entraînent la fermeture des cours, au Grand Collège et au Séminaire. Les bâtiments subissent de nombreuses déprédations. En 1794, ils sont mis à la disposition de l’armée française pour servir de magasin à vivres et de boulangerie militaire. La bibliothèque de l’ancien couvent est vandalisée*.

* Beaucoup de livres sont volés ou brûlés dans les fours de la boulangerie. Les ouvrages et documents rescapés serviront de fonds de départ à la bibliothèque de l’université.

 
En 1797 (la principauté de Liège est rattachée depuis deux ans à la république française), est créée une École centrale qui sera remplacée, après le sacre de Napoléon en 1804, par un Lycée impérial. D’abord pillée et transformée en magasin à fourrage, l’ancienne église du Saint-Sacrement est « rendue aux exercices pieux des élèves du lycée ».


plan liege regime français imperial.jpg
  Lien Donum Ulg: http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141

  Plan de Liège sous le 1er Empire français. La place des Jésuites est devenue la place du Lycée, prolongée par la rue Lulay* des Jésuites.

* Comprenez « l’îlot ».

 
En 1814, sous la courte administration prussienne qui fait suite à l’abdication de Napoléon, le Lycée impérial fait place au Gymnase, établissement scolaire éphémère puisqu’en 1816, le roi des Pays-Bas Guillaume 1er institue dans ces locaux l’université de Liège. L’inauguration officielle a lieu le 25 septembre 1817 dans l’ancienne église désaffectée des jésuites wallons.


universite_liege_tour_beche_1818.jpg  Ce dessin d’Alfred Ista est intitulé « vue du vieux Liège en 1818 ». À gauche, l’ancien couvent des Jésuites wallons est devenu l’université de Liège l’année précédente. À l’arrière-plan, il s’agit du pont des Arches. À droite, la tour en Bêche (à la hauteur de l’actuelle pont Kennedy) fait partie des anciennes fortifications de la ville.

  En 1821, il est décidé de démolir l’église des jésuites pour construire à cet emplacement une grande salle académique. Le chantier est confié à Jean-Noël Chevron, architecte de la ville.


universite_liege_1827.jpg  La salle académique est terminée en 1824. Des matériaux de l’ancienne église ont servi à la construire, notamment les colonnes qui ornent la façade majestueuse.


plan universite liege 1824.jpg  Ce plan de 1824 montre le site de l’université réaménagé par Jean-Noël Chevron. Les jardins, depuis 1819, sont utilisés comme « parc de flore » (le jardin botanique qui déménagera du côté de la rue Louvrex vers 1841). La place devant la salle académique et le grand pont des Jésuites (le bras de la Meuse ne sera comblé qu’en 1827-28) sont devenus la place et le pont de l’Université.

  Après l’indépendance de la Belgique, il faut attendre 1835 pour que l’université de Liège soit reconnue institution d’État et bénéfice d’un budget pour moderniser et agrandir ses locaux. Dès 1836, l’architecte Julien-Étienne Rémont réalise un ensemble harmonieux composé de deux U ouverts sur la place.


place universite_liege_1845.jpg  La place de l’Université vers 1845. Remarquez la statue du compositeur André Ernest Modeste Grétry. Cette œuvre en bronze, conçue par le sculpteur belge Guillaume Geefs, a été coulée à la fonderie de canons de Saint-Léonard. Elle a été installée devant la salle académique en 1842.


statue gretry_universite_liege.jpg  La statue de Grétry devant la salle académique de l’université. Elle sera déménagée en 1866 devant le théâtre royal.


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  La place de l’Université en 1869. À gauche, l’actuelle place Cockerill est appelée place du Conservatoire, parce qu’une partie du bâtiment universitaire qu’elle longe abrite l’école de musique depuis 1848*. La statue qui trône devant la salle académique est depuis 1866 celle du géologue André Hubert Dumont (1809-1857).

* Le conservatoire royal ne s’installera boulevard Piercot qu’en 1887.


andre_dumont.jpg  La statue en bronze d’André Dumont a été réalisée par le sculpteur Eugène Simonis. Le célèbre géologue est représenté en toge professorale de l’université de Liège (dont il a été le recteur). Il pointe l’index de la main droite en direction du sous-sol qu’il a tant étudié*. Le document roulé qu’il tient dans la main gauche est la première carte géologique de Belgique, qu’il a dressée en 1853. La lampe de mineur, à ses pieds, est une allusion au rôle important qu’il a joué dans la découverte des sites charbonniers.

* Je me souviens d’un professeur, au collège Saint-Barthélemy, mimant André Dumont en proclamant : « Creusez ici, il y a du charbon » !


plan liege blonden 1880.jpg  Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880. Remarquez que les deux « U » que forment les bâtiments de l’université se sont pas encore fermés du côté de la place du même nom : ils ne le seront qu’à la fin de la décennie et au début de la suivante, selon les plans de l’architecte Laurent Demany (à l’origine aussi du conservatoire de musique).


universite_liege_1893.jpg  L’architecte Laurent Demany a d’abord transformé complètement la partie sud du site universitaire, destinée à l’institut de chimie. Cette photo de la fin des années 1880 ne montre que la nouvelle façade du côté de la place, mais c’est tout un nouvel ensemble qui s’étend à l'arrière jusqu’au quai de l’Université (devenu le quai Roosevelt).


universite_liege_1898.jpg  Laurent Demany s’est ensuite consacré à cette façade principale, qui a été réalisée de 1889 à 1893 (la carte postale a été écrite en 1898). La salle académique n’est plus visible de la place, et la statue d’André Dumont a été avancée de quelques mètres.


place universite_liege_debut XXe.jpgDes colonnes ont été ajoutée à l’entrée monumentale pour rappeler celles de la salle académique. Six statues en bronze symbolisent l’Étude, les Arts et Manufactures, le Droit, la Philosophie, les Mathématiques et la Médecine. Parmi les sculpteurs à l’origine de ces allégories, figurent Léon Mignon et Alphonse de Tombay, qui ont déjà participé à la décoration des Terrasses.


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▲ La place de l’Université sur deux cartes postales écrites en 1908 ▼
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La même perspective de nos jours.


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La statue d’André Dumont au tout début du XXe siècle et en 2007.


place universite_liege_1905.jpg  La place de l’Université vers 1905, photographiée cette fois en direction de la place Cockerill et du centre-ville.


place vingt aout_liege_1970s.jpg  La même perspective dans les années 1970. Bizarrement, on devine à peine le sommet du clocher de Saint-Denis sur la carte postale précédente. Probablement une question d’angle de prise de vue !


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  Retour au début du XXe siècle avec cette carte postale postée en 1912. Le bâtiment, sous le timbre, est la Société libre de l’Émulation.


emulation_liege_debut XXe.jpg  La Société libre d'Émulation est une académie fondée en 1779 sous la protection du prince-évêque François-Charles de Velbrück, avec pour objectifs de cultiver et d'encourager les Arts, les Lettres et les Sciences. Elle est initialement installée dans la « Redoute », un petit immeuble situé sur la place dite à cette époque du Grand Collège, immeuble agrandi et profondément modifié au cours du XIXe siècle. Découvrez l’historique de cette institution en cliquant ICI.


place université_liege_avant 1914.jpg  Le bâtiment de l’Émulation, on en aperçoit un étroit morceau sur la gauche de la photo ci-dessus. Il sera détruit en août 1914 en même temps que tout ce groupe de maisons.


place universite_liege_1914(1).jpg  Le 20 août 1914, en effet, des soldats allemands se livrent, place de l'Université, à d'effroyables exactions. Ils saccagent les locaux de l’université, fusillent dix-sept civils choisis au hasard et incendient toute une série d'édifices. Remarquez, à droite, l'entrée de la rue Sœurs de Hasque et dans le fond le clocher de la cathédrale Saint-Paul. À cette époque, la rue Charles Magnette n’existe pas.

 
place vingt aout_liege_memorial 1914.jpg  En souvenir de cet épisode tragique, la place de l'Université est rebaptisée place du Vingt Août (ou XX Août) au lendemain des hostilités. Une plaque commémorative en bronze a été placée sur le mur de l’université à l’angle avec la place Cockerill.

  Après la guerre, on songe bien sûr à reconstruire l'Émulation, mais aussi à profiter de la trouée pour ouvrir une nouvelle voie de communication en direction de la place du Roi Albert (le nom officiel, à l'époque, de la place de la Cathédrale). Un premier plan d'expropriation est adopté par le conseil communal dès 1919, mais il suscite tant de critiques que la réalisation du projet va s'éterniser. La photo qui suit, prise pendant les inondations de l'hiver 1925-26, montre toujours un chancre urbain :
place vingt aout_liege_1926.jpg

emulation_liege.jpg  Il faut attendre 1939 pour que la Société de l’Émulation inaugure son nouvel immeuble d’inspiration Louis XVI, bien plus imposant que le précédent, dû à l’architecte Julien Koening.


theatre_liege_2013.jpg  Depuis 2013, c’est le Théâtre de Liège* qui est installé là, après la restauration des lieux due au bureau d’architecture liégeois Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit. Le site adapté à sa nouvelle affectation mêle désormais néoclassicisme et design contemporain.

* Théâtre précédemment installé place de l’Yser (voir cet autre article).

place vingt aout_liege_balayeuses 1920s.jpg  Revenons-en aux années 1930. Les palissades couvertes de publicité, du côté de la place Cockerill, annoncent la construction, de 1934 à 36, d’un petit « building » moderniste.


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Le même endroit en 1967.


place vingt aout_liege_1930s.jpg  Cet immeuble moderniste à la façade arrondie, le voici sur une photo de la fin des années 1930, à la jonction de la place du Vingt Août et de la place Cockerill (jour de marché).

 
rue charles magnette_liege_tt début 1950s.jpg  La rue Charles Magnette au début des années 1950. Le bâtiment de droite, à l’angle avec la rue de l’Université, sera remplacé à la fin des années 1950 (construction de 1956 à 58) par un building à la mode du temps (voir deux photos plus haut).


place vingt aout_liege_vers 1964.jpgL’Émulation et son environnement de buildings au milieu des années 1960.


place du vingt aout_liege_1959-60.jpg  Vers 1959-60 (la résidence du XX Août, sur la droite de la photo, est en cours de construction ; elle sera terminée en 1961).


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L’université et la place du XX Août au début des années 1960 (probablement 1963).


place vingt aout_liege_annees 50s et 70s.jpg  La photo de gauche (collection Jean-Géry GODEAUX) nous reporte à la fin des années 1950 ; celle de droite (CRMSF, Fonds Ville de Liège), au début des années 1970. La transformation du quartier Chiroux-Croisiers a modifié une partie de la place du Vingt Août.


rue du mery_liege_fin 1960s.jpg  La rue du Méry à la fin des années 1960. Vous trouverez davantage de renseignements sur ce chantier dans la page consacrée au pont Kennedy et au quartier Chiroux-Croisiers.


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23/04/2014

Le pont Kennedy et le quartier Chiroux-Croisiers

plan-liege-1965.jpgExtrait de « Liège en poche », éditions de Rouck, entre 1963 et 1967.


Du pont de la Boverie au pont Kennedy


  L'ancêtre du pont Kennedy est le pont de la Boverie. Cette appellation suggère l'idée de bœufs, de bovins. Autrefois, la rive droite auquel mène l'ouvrage présentait en effet un aspect fort champêtre. Les bras de l'Ourthe délimitaient des îles verdoyantes, connues pour leurs houblonnières, prés fleuris et pâturages.

  Le premier pont de la Boverie est construit de 1834 à 1837, mais l'arche attenant à la rive droite s'écroule au bout de quelques mois, et il faut démolir l'ensemble.

pont de la boverie-liege-fin XIXe.jpg  L'illustration ci-dessus (seconde partie du XIXe siècle) est le deuxième pont de la Boverie, bâti de 1841 à 1843. On l'appelle aussi le pont Neuf, car il est le second en date dans la chronologie des ponts liégeois, huit siècles après le vénérable pont des Arches.

  La société concessionnaire perçoit un péage jusqu'en 1883, année où l'État rachète le bien et instaure la gratuité de passage.

pont de la boverie-liege-1900.jpgCi-dessus, le pont de la Boverie (ou pont Neuf) avant 1903. Ci-dessous, le pont Kennedy en 1975 :pont kennedy-liege-1975.jpg

 


 En vue de l'Exposition universelle de 1905, les autorités communales entreprennent divers chantiers pour moderniser ou embellir la ville. En 1903, on élargit le tablier du pont de la Boverie.

pont de la boverie-liege-avant 1905.jpgCi-dessus, le tablier du pont avant 1903. Ci-dessous, les travaux d'élargissement :pont de la boverie-liege-elargissement avant expo 1905.jpg

 

pont de la boverie-liege-debut_XXe.jpg  Voici le pont élargi grâce à ses trottoirs en encorbellement. De l'autre côté de la Meuse, à droite du quai des Pêcheurs* (Van Beneden après 1920), s'ouvre la rue Grétry**.
* De nombreux pêcheurs de profession sont jadis établis à cet endroit, près du fleuve dont ils tirent leur subsistance.
** André Ernest Modeste Grétry (1741-1813), célèbre musicien d'origine liégeoise, auteur de nombreux opéras. Son cœur est conservé dans le socle de sa statue, située devant l'Opéra de Liège.

pont de la boverie-liege-apres 1905.jpg  Le pont de la Boverie au début du XXe siècle, avec vue cette fois en direction de la rue André Dumont*. Au-delà des toitures, on distingue la flèche de la cathédrale Saint-Paul.
* André Dumont (1809-1857) : professeur de géologie, puis recteur de l'université de Liège. Il a sa statue place du Vingt-Août.

  Ci-dessous, le même endroit en 2009 :
tour pont kennedy-liege-2009.jpg

 

pont de la boverie-escalier bassin natation-liege-debut_XXe.jpg  L'escalier, sur la droite de l'image, descend vers un double bassin de natation flottant, que l'on découvre sur la photo qui suit :
institut zoologie-liege-1905.jpg  Installée à cet endroit dès les origines du pont, cette infrastructure est divisée en deux parties, séparant les hommes et les femmes.

  Étrange piscine, située juste à côté d'un port pour péniches et bateaux-mouches, comme en témoignent les deux vues suivantes :
institut zoologie-liege-bassin natation.jpg

institut zoologie-liege-bateaux mouches-1903.jpg  La façade néoclassique qui s'étire le long du quai des Pêcheurs est celle de l'institut de zoologie de l'université de Liège, bâtiment érigé de 1886 à 1889 selon les plans de l'architecte liégeois Lambert Noppius*, qui les a conçus en collaboration avec plusieurs professeurs dont Édouard van Beneden (le quai prendra ce nom en 1920).
*Lambert Noppius (1827-1889) est également le créateur de l'observatoire de Cointe, de l'institut d'anatomie et de l'institut de pharmacie (jardin botanique).

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché  Les bains de la Meuse se disloquent en janvier 1922 à la suite d'une forte baisse des eaux. On les retrouve néanmoins rétablis sur cette vue prise juste avant la seconde guerre mondiale.


  Épargné en 1914-18, le pont de la Boverie est dynamité en 1940. Il sera d'abord remplacé par une passerelle sur bateaux :
pont de la boverie-liege-ruines_1940.jpg

pont provisoire boverie-liege-1946 (2).jpg


 Puis, dès 1946, par un ouvrage « provisoire » constitué d'éléments métalliques pour le moins inesthétiques. Du provisoire qui va subsister plus de dix ans :
pont provisoire boverie-liege-1946.jpg

Meuse-pont provisoire boverie-liege-1955.jpg  Ci-dessus, le pont métallique au milieu des années 1950. Ci-dessous, le contenu du rectangle rouge deux décennies plus tard :
pont kennedy-liege.jpg

 

  C'est en 1958 que commence enfin la construction d'un nouveau pont de la Boverie (troisième du nom), œuvre de l’architecte liégeois Georges Dedoyard*.
* Georges Dedoyard (1897-1988), architecte moderniste, élève de Joseph Moutschen. On lui doit entre autres les bains de la Sauvenière (1942), le pont des Arches (1947), le Bon Marché de la place de la République française (1952), le pont Albert 1er (1957), la tour des finances (vers 1965)...

pont provisoire boverie-liege-fin annees 1950 (1).jpgÀ côté du pont métallique provisoire, commence la construction du nouveau pont en béton.

pont neuf boverie-liege-construction 1958-60 (2).jpg  La construction du pont et l'aménagement de ses abords entraînent de nombreuses démolitions. La rue André Dumont est amputée d'un tronçon (flèche rouge), et la bibliothèque communale des Chiroux* (flèche bleue) est visible vu la disparition des immeubles du quai Paul van Hoegaerden**.
* Les Chiroux, au XVIIème siècle, sont les aristocrates favorables à l'autorité du prince-évêque, en opposition aux Grignoux, petits bourgeois et gens du peuple, qui exigent davantage de libertés communales.
** Paul van Hoegaerden (1858-1922), conseiller communal et sénateur.

 L'avancement du chantier de 1958 à 1960 :pont neuf boverie-liege-construction 1958-60 (1).jpg

pont neuf boverie-liege-construction 1958-60 (3).jpg

pont neuf boverie-liege-construction 1958-60 (4).jpg

pont provisoire boverie-liege-fin annees 1950 (2).jpg

  Le nouveau pont de la Boverie est inauguré en 1960, mais l'aménagement de tunnels routiers se poursuit sur les quais de la Meuse :
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Pont et tunnel Kennedy annees 1960.jpg  Le pont de la Boverie (ou pont Neuf) est rebaptisé le pont Kennedy après 1963, en hommage au président américain assassiné à Dallas en novembre de cette année-là.



Le quartier Chiroux-Croisiers

 

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché  Nous avons vu que bien des immeubles, dès la fin des années 1950, ont déjà été détruits dans le cadre de l'aménagement des abords du nouveau pont de la Boverie. Dans le courant des années 1960, ce qui reste de la rue André Dumont (trait vert) et de la rue des Croisiers (trait rouge) va disparaître à son tour. D'une part, il est question d'une voie rapide traversant le quartier de la rue André Dumont à la rue Bertholet (voir l'article sur l'avenue Destenay). D'autre part, une importante entreprise de construction obtient l'autorisation d'ériger là tout un complexe moderne comprenant une tour géante d'habitation.

 

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché  Le couvent des Croisiers* en 1740 (gravure de Remacle Le Loup). L'église sera détruite en 1817, trente ans avant le reste des bâtiments monacaux.
* L'ordre des chanoines réguliers de la Sainte Croix (ou Croisiers) prend naissance dans le diocèse de Liège au début du XIIIe siècle. Au début, il s'agit d'un ordre à la fois religieux et militaire.

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêchéCe montage indique l'emplacement de l'ancien couvent par rapport à la situation de 1964.

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché   Dans le fond à gauche, ce qui subsiste de la rue des Croisiers vers 1961. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché


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histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêchéLa rue André Dumont avant le chantier du pont Kennedy.

 

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêchéDébut des années 1960 : la rue André Dumont d'antan n'est plus qu'un terrain vague.

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêchéLa rue André Dumont et la rue des Croisiers en 1967.

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché  La rue André Dumont en 1970, avec à droite, l'achèvement du nouveau centre culturel des Chiroux. Ci-dessous, le même endroit en 2014 :
histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché


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histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché   L'ancienne bibliothèque communale des Chiroux au milieu des années 1960. Cette façade est celle du côté de la rue des Croisiers. L'entrée se trouve rue des Chiroux, la petite rue sur la gauche, qui communique avec la rue du Méry.

histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché  À l'avant-plan, le site des Croisiers en 1966, avec vue en direction du pont Kennedy. Ci-dessous, en 2006 :
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histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêché  C'est la firme Solico-Demarche qui entreprend la construction de la tour Kennedy et des immeubles annexes. Le chantier dure de 1967 à 1970, selon les plans des architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme. Les autorités communales ont cédé le terrain et accepté le projet du promoteur à condition que l'ensemble immobilier comprenne des bureaux, une nouvelle bibliothèque et un centre culturel avec salles de spectacles et d'expositions.

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histoire de liège,pont de la boverie,pont neuf,pont kennedy,chiroux,croisiers,rue andré dumont,institut de zoologie,bibliothèque des chiroux,tour kennedy,évêchéLa construction de la tour Kennedy à la fin des années 1960.


  Et pour terminer, une comparaison entre le site au milieu des années 1960 et au début des années 1970 :
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