28/10/2015

Les origines du parc privé de Cointe

plan liege cointe 1737.jpg  Essentiellement champêtre, le plateau de Cointe est resté longtemps très peu peuplé. Le plan ci-dessus, dessiné en 1737 (cliquez sur lui pour l'agrandir), ne mentionne qu’une poignée de maisons, au Batty* et du côté de la chapelle Saint-Maur**.
* « Batty » serait la francisation du wallon « bati », mot désignant une place publique entourée de quelques constructions.
** Ancienne chapelle dont les origines remontent au début du XVe siècle. Restauré à la fin des années 1990, le bâtiment accueille des expositions, des concerts, des conférences, des réunions de travail…

  Le hameau est toujours modeste quand il aborde le XIXe siècle ; il ne connaîtra un formidable essor qu'après 1880, grâce à la création d’un parc résidentiel privé, la construction d’un observatoire d’astronomie et l’aménagement de nouvelles voiries pour en faciliter l’accès.


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  Le parc privé de Cointe apparaît sur ce plan de Blonden en 1880 (vous pouvez aussi cliquer desssus pour l'agrandir) ; il est à l'époque situé sur le territoire de la commune d'Ougrée (Sclessin).

 

  Les origines du parc privé

 
Depuis le début du XIIIe siècle, il existe en bord de Meuse, au pied de la colline de Cointe du côté de Sclessin, une abbaye créée par des chanoines augustins, puis occupée par des religieuses cisterciennes ; l’endroit a pris le nom de Val Benoît, du latin « vallis benedicta », la « vallée bénite ».

abbaye val-benoit XVIIIe.jpg  L'abbaye du Val Benoît au XVIIIe siècle (gravure de Remacle Le Loup), vue depuis la colline de Cointe. Ci-après, le même endroit de nos jours, avec un complexe universitaire abandonné en voie de réaffectation :
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  En 1797, sous le Régime français, les propriétés de l’abbaye sont vendues à vil prix. Elles finissent par appartenir à un certain Pierre Joseph Abraham Lesoinne (1739-1820), avocat qui joue un rôle important dans la vie liégeoise lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.

  Son fils Nicolas Maximilien (1774-1839) lui succède en 1820. C’est lui qui réactive en 1824 le charbonnage du Val Benoît. Une de ses filles, Émilie, épouse Édouard van der Heyden a Hauzeur (1799-1863), patron à Sclessin du premier moulin à vapeur de Belgique, machinerie au cœur d’une importante minoterie. La mariée apporte à son époux un héritage considérable : l’abbaye du Val Benoît et les domaines qui en dépendent, dans la plaine de Sclessin et sur les coteaux de Cointe.

moulin hauzeur val benoit.jpg  Voici le moulin à farine appartenant autrefois à la famille Hauzeur. Les meules étaient actionnées par une machinerie à vapeur conçue par les ateliers John Cockerill en 1826.

houillere val benoit.jpg  La houillère du Val Benoît à la fin du XIXe siècle, propriété de la famille Hauzeur-Lesoinne. Au sommet de la colline, dans le parc privé de Cointe, se découpe l’Hôtel des Bains et Thermes, dont nous reparlerons plus loin.

 À l’instar de Seraing où les usines Cockerill prospèrent, Sclessin connaît dès 1870 un essor industriel prodigieux. Dès 1876, la famille Hauzeur envisage la mise en valeur des terrains qu’elle possède sur le plateau de Cointe, avec la création d’un parc résidentiel privé de haut standing : un lotissement de 35 hectares dont les parcelles sont vendues aux bourgeois soucieux de faire construire leurs belles villas dans un environnement verdoyant, tranquille et sécurisé.

 

L'observatoire

En réalité, la première construction installée dans le parc privé de Cointe, un lustre avant celles destinées à l’habitat ou aux loisirs, a été l’institut d’astrophysique, mieux connu sous le surnom d’observatoire.

C’est François Folie, administrateur de l’université de Liège, qui y acquiert en 1880, au nom de l’État, un terrain appartenant à la famille Hauzeur. La construction du complexe scientifique, adjugée à l’entreprise Loyens, est réalisée de mars 1881 à novembre 1882, selon les plans de l’architecte liégeois Lambert Noppius, à qui l’on doit aussi l’institut de zoologie du quai Van Beneden, l’institut d’anatomie de la rue de Pitteurs et l’institut de botanique dans le jardin du même nom.

observatoire cointe vue stereo debut XXe.jpg  Ci-dessus, les bâtiments de l’observatoire sur une vue stéréoscopique du début du XXe siècle, avec la tour crénelée évoquant un château médiéval.

observatoire et etang cointe debut XXe.jpg                              L'institut est situé près de l'étang du parc privé (carte postée en 1904).

observatoire cointe debut XXe.jpg  L’observatoire reçoit ses premiers instruments astronomiques en 1884 : un télescope à monture équatoriale, installé sous la coupole de la tour nord (1), et une lunette méridienne logée dans une construction en bois (2) attenant à la conciergerie (3). La tour octogonale crénelée est destinée aux relevés météorologiques ; la voûte de la tour sud (4) abrite une table équatoriale pour matériel spectroscopique ou photographique.

observatoire cointe champetre.jpg  L’observatoire dans son cadre bucolique au tout début du XXe siècle. À droite, on aperçoit la villa « Les Tamaris », avec ses serres où l’on cultive des orchidées. Le bétail est celui d’une ferme voisine.

observatoire cointe vue aerienne champetre.jpg  Cette vue aérienne de la fin des années 1930 nous montre toujours l’observatoire (1) dans un environnement fort rustique. Même les rues du Chéra (2) et du Puits (3) sont peu urbanisées. Remarquez à l’arrière-plan les usines sidérurgiques de la vallée mosane. À la création de l’institut d’astrophysique, certains ont d’ailleurs mis en doute l’utilité de faire de telles observations au milieu des fumées de l’industrie locale.

observatoire cointe annees 1920.jpg  Le square Hauzeur dans les années 1920, avec l'observatoire à l’arrière-plan. Les gens s'engagent dans l'avenue de la laiterie, laquelle porte ce nom vu l'existence dans cette voirie, dès 1885, d'un établissement de ce type*.
* Dès la fin du XIXe siècle, les laiteries sont à la mode dans les alentours champêtres de Liège, notamment à Embourg, Kinkempois et Cointe. Il s’agit de lieux chics de consommation et de distraction, où les familles de la bonne société viennent se restaurer (produits lactés et tartes au riz à l’honneur), jouer au tennis ou danser, pendant que les enfants s’amusent sur la plaine de jeux.

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La laiterie se trouvait là où débouche la rue du Petit Bourgogne (du nom d'un ancien vignoble).

cointe laiterie du parc 1930.jpg  La laiterie du Parc vers 1930. Le patron, très bon musicien, dirige un orchestre de jazz. Les danseurs viennent de toute la région pour écouter cette musique qui fait fureur.

  Mais revenons-en à l'observatoire.

  Une lunette méridienne plus grande est livrée en 1931, et il est décidé, à la fin de la décennie, de la pourvoir d’un abri mieux adapté. En vue des travaux, dès 1937, la lunette méridienne et ses accessoires sont démontés et stockés dans des caisses. Pendant l’occupation, quand l’armée allemande veut s’en accaparer, on fait croire à l’officier en charge de la procédure qu’une pièce importante a été détruite lors de bombardements. La pièce en question est en réalité dissimulée dans une galerie de charbonnage. Le télescope a moins de chance, il est emporté par les nazis pour équiper le mur de l’Atlantique. Il ne sera remplacé qu’en 1957, dans le cadre des indemnités pour dommage
de guerre. Longtemps attendu, le nouvel instrument sera baptisé « Désiré ».

observatoire cointe 1946.jpg  Le chantier d'un nouvel abri pour la lunette méridienne est enfin entrepris dès le lendemain de la seconde guerre mondiale. La photo ci-dessus a été prise en 1946 pendant l’aménagement de la nouvelle toiture mobile.

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La toiture mobile en 2013, fortement délabrée.

observatoire cointe lunette meridfienne.jpg  J'ai pris cette photo de la lunette méridienne lors d'une visite de l'observatoire en compagnie de Monsieur André Lausberg, président de la Société astronomique de Liège*, que je remercie.
* Hébergée dans l’observatoire, la Société astronomique de Liège organise des conférences et propose de nombreuses activités de vulgarisation. Comme le grand télescope Désiré et la lunette méridienne sont restés sur place, elle se donne pour mission de valoriser ces pièces du patrimoine scientifique liégeois par le moyen de journées portes ouvertes ou de visites scolaires.

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Le télescope Désiré.

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Les bâtiments de l'institut d'astrophysique dans les années 1950.

observatoire cointe 1979.jpg  Vue aérienne de la fin des années 1970. Les blocs plus modernes, à gauche des bâtiments d’origine, datent du début des années 1960 ; ils comportent un auditoire, des laboratoires, des ateliers techniques et un planétarium didactique. C’est l’époque où l’institut d’astrophysique se développe en se mettant à la mode de la technologie spatiale.

 
Fin 2001, le département astronomie de l’université de Liège déménage sur le campus du Sart-Tilman. C’est la Région wallonne qui rachète le site, fort délabré ; elle envisage de restaurer les lieux pour y installer ses services de l’archéologie, mais le projet est avorté faute de budget. En attendant, les infrastructures ne cessent de se dégrader.


  L'avenue et l'hôtel des Thermes

  Pour donner un accès carrossable au parc résidentiel qu'elle se propose d'établir à Cointe, la famille van der Heyden a Hauzeur fait aménager à ses frais, de 1881 à 83, une route en provenance de la vallée mosane. Ce sera l’avenue des Thermes, ainsi nommée parce qu’elle mène à l’hôtel des Bains et Thermes liégeois, construit en 1882-83.

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Le bas de l’avenue des Thermes vers 1910.

avenue constantin de gerlache liege 2014.jpg   Depuis 1931, ce tronçon a été rebaptisé du nom d’Étienne Constantin de Gerlache (1785-1871), homme politique ayant joué un rôle important lors de la naissance de l’État belge.

thermes liegeois cointe.jpg  L'hôtel des Bains et Thermes liégeois est un luxueux hôtel-restaurant, avec installations d’hydrothérapie et salle de jeu. Inauguré en 1883, il n'aura qu'une existence éphémère ; il sera fermé en 1905, démoli, puis remplacé par une villa à l'usage de la famille Hauzeur.

thermes cointe 1908.jpgL'hôtel vu de la vallée à l'aube du XXe siècle.


  L'avenue de l'Observatoire

  En 1880, le conseil communal de Liège est saisi d’un projet d’avenue
qui, au départ du quartier des Guillemins, gravirait le flanc de la colline de Cointe pour accéder au domaine résidentiel en préparation. L’idée émane des propriétaires riverains, qui proposent de céder gratuitement les terrains nécessaires au tracé de la nouvelle artère. Celle-ci ne va-t-elle pas donner de la plus-value aux biens qu’ils possèdent sur le versant ou le plateau ?

 
La Ville accepte le projet en janvier 1882, à condition que les demandeurs s’engagent à assumer également les frais des travaux de voirie. En août 1883, l’avenue est baptisée « de l’Observatoire » parce qu’elle mène essentiellement, à ce moment, à l’institut d’astrophysique terminé quelques mois plus tôt ; elle est ouverte à la circulation au début de 1885.

 
L’implantation du chemin de fer dans le quartier des Guillemins a rendu difficile l’accès à Cointe par les chemins traditionnels que constituaient les rues de Cointe (actuelle rue Alber Mockel) et Saint-Maur. La nouvelle avenue rétablit une liaison indispensable avec la ville ; elle est empruntée dès 1895 par la première ligne liégeoise de tramways électriques, reliant la vallée (place Sainte-Véronique) et le plateau (place du Batty).

 

panorama depuis cointe_2.jpg  Panorama de Liège vu de Cointe à la charnière des XIXe et XXe siècles. On aperçoit en (1) l’amorce peu bâtie de l’avenue de l’Observatoire. Remarquez en (2) la rue Hemricourt jusqu’où s’étendaient les voies de garage de la gare des Guillemins.

panorama depuis cointe_1.jpg  Le même panorama vu depuis le point de vue aménagé en 1904 dans une boucle du boulevard de Cointe (devenu le boulevard Kleyer en 1921).

panorama depuis cointe_3.jpg  L'avenue de l'Observatoire à la fin du XIXe siècle. La petite tour au toit en poivrière fait partie de la propriété de la famille Bégasse de Dhaem (ancien domaine des Jésuites wallons). À cet emplacement, la société immobilière Amelinckx a entamé la construction en 1975 de deux immeubles de quatre-vingts appartements (le second n’a été achevé qu’à la fin des années 1980 à cause de la faillite de l’entrepreneur). Comme on peut le constater sur la photo qui suit, les abords verdoyants du complexe résidentiel ont intégré la tourelle d’antan :
avenue observatoire liege 2012.jpg

avenue observatoire liege 1910.jpg  L'avenue de l'Observatoire vers 1910 ▲ et de nos jours ▼avenue observatoire liege 2014.jpg

 

avenue observatoire liege tt debut XXe.jpg  Les villas de l'avenue de l'Observatoire au début du XXe siècle. Remarquez l’aiguillage au niveau des rails : la voie ferrée unique comporte un évitement pour permettre aux trams de se croiser.

avenue observatoire liege debut XXe.jpg  Le sommet de l’avenue au tout début du XXe siècle, avec des habitations plus populaires et des commerces. Dans le fond : la place du Batty, terminus du tram.

tram cointe 1898.jpg  Une motrice électrique du tram de Cointe, place du Batty, en 1898. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
place du batty cointe 2007.jpg

batty cointe terminus tram.jpg  Le terminus du tram de la place du Batty au début du XXe siècle, avec l'entrée du parc privé à l'arrière-plan gauche.

avenue observatoire liege trolleybus 1934.jpg  1934. Les ouvriers enlèvent les rails de l'avenue de l'Observatoire, car les trams viennent d’être supplantés par des trolleybus, autobus électriques équipés de deux perches pour s’alimenter en courant. Cette photo a servi de propagande pour montrer la maniabilité de ce genre de véhicule, qui peut se déporter de sa ligne aérienne habituelle.


  Les villas du parc privé

avenue des ormes cointe 1899.jpgparc prive cointe villas.jpgvillas cointe reverbere 1904.jpg  Les avenues du parc sont aménagées de 1881 à 1885. Il s’agit d'abord de chaussées empierrées,aux accotements de terre, profitant d’un éclairage public au gaz. Les premières villas sont construites dès 1888.

avenue des ormes cointe 1905.jpg  La carte postale ci-dessus met les villas en valeur dans leur écrin de verdure, à la veille de l’Exposition universelle qui va se tenir à Liège en 1905, aux Vennes, à la Boverie et aussi à Cointe. Ci-dessous, la même carte, colorisée, écrite en 1903 :
avenue des ormes cointe 1903.jpg

avenue de cointe debut XXe.jpgL'avenue de Cointe vers 1905.

tennis cointe 1912.jpg  À la fin du XIXe siècle, le tennis débarque d’Angleterre et devient le sport préféré de la classe aisée. Sur ce document du tout début du siècle suivant, on voit les résidents du parc pratiquer leur passion sur les terrains non bâtis de l’avenue de Cointe. Les hommes jouent en gilet et longs pantalons ; les dames en longues jupes, chemisiers amples et grands chapeaux fleuris, échangeant quelques balles avant de prendre le thé chez l’une ou l’autre voisine.

villa serrurier-bovy cointe 1903.jpg  La villa « l'Aube » a été conçue en 1903 par Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910), architecte, ébéniste et décorateur, précurseur liégeois de l’Art nouveau. L'artiste l'a habitée jusqu'à sa mort, après l'avoir meublée et décorée dans le style qui lui était cher. Le cottage a été classé en 2011 ; inscrit désormais au patrimoine de la Région wallonne, il a été restauré grâce à des subsides publics.

 

cointe cadran solaire.jpg  Au cœur du parc, un large rond-point porte le nom de square Hauzeur. Au début, il est constitué d’une petite pièce d’eau et d'un édicule abritant des instruments de météorologie, avec un cadran solaire sur la face exposée au sud.

square hauzeur cointe.jpg  Le square Hauzeur modifié à la suite de l'installation d'une cabine électrique. De nos jours, c’est une pelouse arborée qui comporte une sous-station électrique plus importante et un bloc de quartzite vieux de deux millions d’années.

etang parc cointe tt debut XXe.jpg  À l’intersection des avenues de Cointe, des Ormes et des Platanes, ce bassin est improprement appelé « étang », car l’eau n’y stagne pas. Il s’agit en réalité d’une réserve de 843 m³ d’eau en cas d’incendie, précaution voulue par la famille Hauzeur dès les origines du parc.

villas colonne barometrique cointe debut XXe.jpg  Le monument de style gothique, à l'avant-plan droit, a disparu ; il renfermait une colonne barométrique qui mesurait la pression atmosphérique et donc l’altitude de l’endroit : 125 mètres. Dans le fond, à droite de la villa « Tamaris », on devine le pensionnat « Maria Immaculata » des Filles de la Croix, construit en 1903-1904.

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Le même endroit de nos jours.

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La pièce d'eau du parc privé de Cointe en 1920.

etang cointe.jpg  Le bassin du rond-point est maintenant agrémenté d’un jet d’eau et entouré de cerisiers du Japon. Ses eaux abritent diverses espèces de poissons dont de magnifiques carpes.


  Du côté de la place du Batty

place du batty cointe tt debut XXe.jpg  La place du Batty à l'aube du XXe siècle, avec à l’avant-plan une villa et un terrain non encore bâti du parc privé.

pensionnat-cointe-batty-1927.jpg  Le même endroit dans les années 1920. Remarquez à gauche l’une des entrées du parc résidentiel privé, avec ses barrières que les gardes fermaient à 22 heures.

place du batty cointe 2000.jpg  En 2000, pendant la restauration du Chanmurly et le chantier du complexe commercial et résidentiel qui se trouve à l'angle du boulevard Kleyer et de la place du Batty (conçu par le bureau d’architectes liégeois Séquences, le projet a été mis en œuvre par l’entreprise Thomas & Piron).


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17:08 Écrit par Claude WARZÉE dans Cointe | Commentaires (2) |  Facebook |

20/08/2014

Les boulevards des hauteurs occidentales

  Gustave Kleyer, bourgmestre libéral de Liège de 1900 à 1921 (médaillon ci-contre), et Albert Mahiels, ingénieur de la Ville, rêvent d’un « boulevard de circonvallation » qui serpenterait sur les hauteurs occidentales de la rive gauche, de Cointe au Thier-à-Liège.

 Le premier tronçon, de la place du Batty à la rue Bois l’Évêque, est mis en oeuvre dès 1903, dans la perspective de l’Exposition universelle prévue pour 1905.
La nouvelle voirie (qui sera prolongée jusqu’à la rue des Wallons de 1904 à 1907, puis jusqu’à la rue Henri Maus en 1908-1909) est voulue par ses concepteurs comme une magnifique promenade permettant d’admirer le panorama de la ville et de la vallée de la Meuse.

  Le boulevard de Cointe, comme on l’appelle initialement, sera rebaptisé boulevard Gustave Kleyer en 1921, du nom de l’initiateur principal du projet, contraint cette année-là de renoncer à son mandat maïoral pour cause de cécité.
 

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futur boulevard Kleyer-sentier 1900-liege cointe.jpg  Quelques personnalités, en 1900, probablement en repérage sur le sentier qui deviendra le boulevard de Cointe (futur boulevard Kleyer).

 liege_cointe-percement boulevard Kleyer-1903.jpgLe chantier du boulevard de Cointe en 1903. Les travaux de terrassement sont confiés à l’entreprise liégeoise Reynartz-Riguel.

prince albert-cointe liege-1903.jpgLe 23 juillet 1903, le prince Albert (le futur roi Albert 1er), accompagné de ministres et de l’édilité liégeoise, visite le chantier du boulevard.

plan_exposition-1905_liege.jpg  Ci-dessus, le plan du site cointois de l'Exposition universelle de 1905*, traversé par le nouveau boulevard.
* Cette sompteuse manifestation est principalement implantée aux Vennes-Fétinne et sur l’île de la Boverie, mais c’est le lieu-dit du Champ des Oiseaux, dans « l’élégante oasis de Cointe », qui a été retenu pour les activités agricoles et les festivités de grand air.

palais_horticulture_cointe-liege-expo 1905.jpg  L’annexe cointoise de l’Exposition comporte le palais de l’Horticulture belge, immense hall dans un environnement de serres, parterres, jardins et potagers.

 À proximité, un vaste terrain baptisé « plaine des Sports » est destiné aux fêtes de gymnastique, aux épreuves hippiques, aux lâchers de pigeons ou aux concours d’aérostats. Les alentours sont agrémentés d’un magnifique parc conçu par l’architecte de jardin Louis Van der Swaelmen, créateur aussi du jardin d’Acclimatation.

pensionnat-cointe-site expo 1905.jpg  Le site de l'Exposition universelle abandonné après la clôture de l'événement. À l'avant-plan, c'est le verger du couvent-pensionnat des Filles de la Croix. Sur la droite, on aperçoit le boulevard de Cointe.

parc public_cointe-liege-1907.jpg  Comme prévu avant l'Exposition de 1905, le site devient un parc public (la carte postale ci-dessus a été postée en 1907).

place du baty-cointe liege-1921.jpg  Le départ du boulevard Kleyer, place du Batty à Cointe (vu l'utilisation du nom « Kleyer », cette carte postale date au moins de 1921).

 

boulevard_cointe-parc-villa_de_laminne.jpg  Le premier tronçon du boulevard de Cointe, de la plaine des sports à la rue Bois l’Évêque, est essentiellement boisé, avec des sentiers de promenade. Plus loin ont été autorisées des « habitations éparses ne constituant pas d’agglomération ».

boulevard kleyer-villa bertrand-liege.jpg  Le boulevard Kleyer à la hauteur de la rue des Bruyères. La villa Bertrand, propriété d’un riche commerçant, a été démolie en 1967 après avoir servi de décor au tournage d’un film (« L’inconnu de Shandigor », réalisé par le Suisse Jean-Louis Roy, interprété entre autres par Marie-France Boyer, Jacques Dufilho et Serge Gainsbourg) ; c’est un supermarché GB qui s’est ouvert à cet endroit en septembre 1969.

bois avroy-liege-fin annees 1950.jpg  Le Bois d'Avroy à la fin des années 1950. Les flèches représentent le tracé du boulevard Gustave Kleyer. Dans le cercle, ce sont les bâtiments d'un charbonnage abandonné depuis 1939 (voir cet autre article).

vue aerienne-laveu saint-gilles_liege_1947.jpg  La vue aérienne ci-dessus date de 1947. Le boulevard Kleyer (flèches rouges), qui s'arrête à la rue rue Henri Maus (flèches bleues), ne sera prolongé par le boulevard Louis Hillier que vingt ans plus tard. Le terril que l'on voit au milieu de la photo appartient à la houillère de La Haye. Fermé depuis 1934, ce charbonnage était situé au sommet de la rue Saint-Gilles, là où se dresse actuellement un complexe de buildings (voir autre article).

 

maisons_liegeoises-liege-1921.jpg  Ces immeubles ont été construits par la Maison liégeoises en 1920-21. Celui de droite se trouve à l'angle du boulevard Kleyer et de la rue Henri Maus*.
* Voie très ancienne appelée initialement rue du Haut-Laveu, la rue Henri Maus porte depuis 1889 le nom du célèbre ingénieur belge qui a conçu le plan incliné assurant la jonction ferroviaire entre la gare d’Ans et la gare des Guillemins.

 

eglise_abbaye_saint-gilles-liege-1949.jpg  L’église Saint-Gilles en 1949, à proximité des anciens bâtiments monacaux qui seront détruits dans la décennie suivante. Les pavés, à l’avant-plan, sont ceux de la rue Henri Maus en provenance du Laveu. Le photographe se tient dos au boulevard Kleyer, avec face à lui les terrains vagues et prairies où s’ouvre de nos jours le boulevard Louis Hillier.

 

percement boulevard hillier-liege_saint-gilles_1967.jpg  Le boulevard Louis Hillier* est percé en 1967 à travers les terrains qui longent le cimetière Saint-Gilles. Dans le fond de la photo ci-dessus, on aperçoit les bâtiments de l'école communale André Bensberg (bâtie à la fin des années 1930 sur les plans de l’architecte liégeois Jean Moutschen (1907-1965).
* Louis Hillier est le compositeur, en 1901, du « Tchant dès Walons », l’hymne de la région wallonne de Belgique, dont les paroles en wallon liégeois ont été écrites par Théophile Bovy.

 

boulevard sainte-beuve-liege_saint-gilles-1967.jpg  Cette photo date aussi de 1967, lors du percement du boulevard Hillier. La nouvelle artère met enfin le boulevard Kleyer avec le boulevard Sainte-Beuve* ouvert depuis 1954.
* Célèbre écrivain français, Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869) a été professeur de littérature à l’université de Liège pendant l’année académique 1848-1849. Le boulevard commémore son passage dans notre cité.

 

percement boulevard hillier_liege_saint-gilles-1967.jpg  Le percement du boulevard Hillier a nécessité l'expropriation de plusieurs immeubles de la rue Saint-Gilles.

 

plateau saint-gilles_liege-1968.jpg  Avril 1968. Le boulevard Kleyer (en bas à gauche) se prolonge désormais par le boulevard Hillier (au centre de la photo). Sur la droite, le terrain vague est ce qui reste de l'ancien terril de coteau. À proximité du virage en épingle à cheveux de la rue Henri Maus, la firme immobilière Amelincks a commencé la construction de la résidence « Plein Vent », à l'emplacement de l'ancien charbonnage de La Haye.

 

boulevard hillier-liege-1969.jpgLe boulevard Hillier tout neuf, avec les abords de l’église Saint-Gilles non encore aménagés.

 

boulevard sainte-beuve-liege-fin annees 1950.jpgLa rue Saint-Laurent à sa jonction avec le boulevard Sainte-Beuve, à la fin des années 1950.

 

boulevard sainte-beuve-lmiege-1962.jpg  En 1962, le boulevard Sainte-Beuve est prolongé au-delà de la rue du Snapeux (le pointillé)*.
* Ce nom de rue a une origine incertaine. Certains lui trouvent une origine latine (« sinapis », « snapetum ») qui évoquerait la présence ancienne de champs de moutarde. D’autres envisagent le patronyme d’une famille ayant vécu jadis à cet endroit.

boulevard sainte-beuve_place saint-nicolas_liege-1962.jpg  Le boulevard Sainte-Beuve est ainsi prolongé jusqu'à la place Sainte-Nicolas, à la limite entre Burenville et Saint-Nicolas. Les immeubles à appartements que l'on voit à l'arrière-plan sont des logements sociaux construits par la Maison liégeoise à la fin des années 1950.


  Au début des années 1960, le réseau autoroutier se développe considérablement autour de Liège. L'automobile est reine, et il est jugé essentiel que des voies rapides de pénétration accèdent jusqu'au cœur même de la ville.

  Depuis l’échangeur de Loncin, une liaison est prévue jusqu’au boulevard d’Avroy via Burenville, le Bas-Laveu et les Guillemins (la future A602). Une autre, au départ de Burenville, doit accéder à la place Saint-Lambert via Fontainebleau, Hocheporte et le Cadran. Ces projets vont nécessiter de nombreuses expropriations, un bouleversement total de l’habitat et de l’infrastructure routière.

  Il est loin, le rêve de Gustave Kleyer, de concevoir un boulevard périphérique de Cointe à Sainte-Walburge et au Thier-à-Liège. Désormais, depuis les hauteurs de Burenville en pleine métamorphose, ce sont les autouroutes urbaines qui dévalent dans la cuvette liégeoise.

burenville-liege-1962.jpg  À Burenville, au départ du boulevard Sainte-Beuve, on aménage dès 1962 le boulevard Carton de Wiart (1)* et l’avenue Olympe Gilbart (2)**, voiries baptisées ainsi en 1963, points de départ en direction de la future autoroute A602 et de la voie rapide descendant vers Fontainebleau. À droite, derrière la rue du Calvaire (3), se dresse le terril de l’Aumonier (4)***, vestige d'un charbonnage fermé en 1956 (dont les puits se trouvaient à l'emplacement de l'actuel garage Renault-Neri).
* Homme politique et écrivain, le comte Henry Carton de Wiart (1869-1951) est l’auteur du roman historique « La Cité ardente », qui raconte le sac et l’incendie de la ville de Liège, en 1468, par les hordes bourguignonnes de Charles le Téméraire.
** Le Liégeois Olympe Gilbart (1874-1958), docteur en philologie romane, a été professeur à l’université, militant wallon, rédacteur en chef au journal « La Meuse » et plusieurs fois échevin, notamment de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
*** On utilise parfois l’orthographe « aumônier » par analogie au mot qui désigne un ecclésiastique s’occupant d’une communauté. Normalement, dans le cas qui nous concerne, la graphie ne devrait pas comporter d’accent circonflexe. Le vocable, en effet, n’a rien de religieux, il dérive du wallon « åmonî », qui désigne un framboisier, arbuste autrefois caractéristique du lieu.

  Retrouvez les numéros de la photo précédente sur la vue aérienne ci-dessous, qui présente la configuration actuelle des lieux :
burenville-liege-2014.jpg

 

burenville-liege-1966.jpg  Des expropriations, dès 1956, préparent l’aspect de ce coin de Burenville. L'avenue Émile Jennissen (1)* est créée en 1958, perpendiculairement à la rue Burenville, et les deux voiries sont bordées de logements sociaux (2). L’avenue Olympe Gilbart (3) est inaugurée en 1963, traversant d’anciens terrains maraîchers qui s’étendaient jusqu’au pied du terril de l’Aumonier. L’église Saint-Hubert (4) est bâtie en 1962 dans un style résolument moderne ; cet édifice en béton est l’œuvre de l’architecte liégeois Robert Toussaint (1900-1975), qui a aussi construit l’église Saint-Vincent de Fétinne au début de sa carrière en 1930.
* Émile Jennissen (1882-1949), politicien liégeois ardent défenseur de sa ville et du pays wallon.

avenue_jennissen-burenville-liege-2013.jpg  Ci-dessus, la courte avenue Jennissen en 1966. En bordure de l’avenue Olympe Gilbart, le terril de l’Aumonier, déjà raboté, va bientôt disparaître pour faire place dès 1970 à de nouveaux logements sociaux de la Maison liégeoise. Ci-dessous, le même endroit en 2013 :
avenue_jennissen-burenville-liege-1966.jpg

 

terril_aumonier_burenville_1963.jpg  Ci-dessus, la rue du Calvaire et ce qui reste du terril de l’Aumonier en 1963, au début de la construction des immeubles sociaux du boulevard Carton de Wiart.

plan-logements sociaux-burenville.jpg  Au début des années 1960, la Maison liégeoise entamera la construction, le long du nouveau boulevard Sainte-Beuve, de toute une cité de blocs à appartements sociaux. Ci-dessus, le projet imaginé par l'architecte Jacquet.

  Ci-dessous, le chantier entamé en 1963 :
chantier-logements sociaux-burenville-1963.jpg
 
  Vue aérienne de Burenville entre 1964 et 1968 :
vue aerienne burenville 1964-68.jpg


  Dans le courant des années 1970, la cité sociale s’étendra dans le tronçon du boulevard plus proche de Saint-Gilles :
logements sociaux-burenville-annees 1970.jpg

 

avenue_olympe_gilbart-burenville-1965.jpg  Revenons-en (photo ci-dessus) à l’avenue Olympe Gilbart, dont voici l'extrémité vers 1965, à sa jonction avec la rue Burenville qui s’étend de part et d’autre du carrefour. Cet endroit n’existe plus, remplacé par un pont franchissant l’autoroute, comme le montre la photo ci-dessous :
pont_autoroute_burenville-2013.jpg

rue burenville-liege-1966.jpg  Le bas de la rue Burenville au milieu des années 1960. Ce qu’il en subsistera, après que le chantier de l’autoroute ait coupé le quartier en deux, prendra le nom de rue de Mons. Le choix de cette appellation, dans ce quartier qui a connu une forte activité minière, est un clin d’œil des Liégeois à leurs amis hennuyers et à leurs charbonnages.

avenue olympe gilbart-burenville-liege-1966.jpg   On retrouve, sur cette vue prise en 1966 depuis le terril de l’Aumonier, l’extrémité de l’avenue Olympe Gilbart (1) telle qu'on l'a vue trois photos plus haut. Les immeubles sociaux datant de 1958 attendent d’être expropriés pour les besoins de la future A602. De l’autre côté du carrefour, une voie qui restera tout un temps sans appellation officielle (2) a été ouverte pour rejoindre la rue Bagolet (nom d’origine inconnue).

rue sans nom-burenville-liege-1966.jpg   Le même endroit que sur la photo précédente, mais dans l’autre sens, avec dans le fond le flanc boisé du terril de l’Aumonier. À droite, c’est le sommet de la rue Bois Gotha dont tout un côté de la chaussée a été démoli lors de l’aménagement de la « rue sans nom » mise en valeur à l’avant-plan.

  Ci-dessous, le même endroit au début des années 1970, avec le pont de l'autoroute enjambant l'A602. La « rue sans nom » a été baptisée la rue Jules Delaminne, du nom du chevalier Jules de Laminne (1876-1957), docteur en droit et pionnier liégeois de l’aviation :
pont_autoroute-burenville-lliege-debut annees 1970.jpg

 

chantier autoroute A602 burenville-liege-1967.jpg   Le chantier de l'autoroute A602 en 1967. Le bas de la rue Bois Gotha a survécu, mais le haut a été totalement détruit, de même qu’une partie de la rue Burenville. Les remblais proviennent du terril de l’Aumonier, que l’on voit diminué, ainsi que d’autres à proximité, comme ceux de la rue en Bois et de Glain.

   Ci-dessous, la démolition en 1967 de la partie supérieure de la rue Bois Gotha :
demolition rue bois gotha-burenville-1967.jpg

construction-A602-burenville-liege-1968.jpg  L’autoroute A602 en cours de terrassement à la fin de l’année 1968. Derrière le bulldozer, on reconnaît le chevet de l’église Saint-Hubert érigée six ans plus tôt. Dans le fond, près du terril fortement arasé, se distingue l’ébauche du pont de Burenville, qui permet à la rue Jules de Laminne de franchir la tranchée autoroutière.

   Ci-dessous, la même perspective de nos jours :
autoroute A602 burenville-liege-2013.jpg

 

07/05/2014

Le Bois d'Avroy (Cointe, Haut-Laveu)

monulphe decouvrant liege-jean ubaghs-1889.jpg  C'est une légende relative aux origines de Liège qui a inspiré l'artiste liégeois Jean Ubaghs quand il a réalisé cette peinture en 1889.

  La scène se déroule au milieu du VIe siècle. Monulphe, évêque de Tongres-Maastricht, est en déplacement dans son diocèse lorsqu'il tombe en admiration devant une magnifique vallée boisée que traverse un fleuve aux multiples bras ; il prophétise que l'humble bourgade qui y est blottie deviendra une cité illustre.

  Ci-dessous, on retrouve cet épisode dans un extrait de la bande dessinée « Pays de Liège, vie d'une Église », réalisée par Michel Dusart et Vink, éditée en 1984 par l'ISCP-CDD, diocèse de Liège :
saint-monulphe prophetisant sur liege.jpg

  Liège, autrefois, est effectivement entourée d'épaisses forêts, dont celle d'Avroy* sur la rive gauche.
* (Le mot « Avreû », en dialecte wallon, viendrait du latin « arboretum », lieu couvert d’arbres).

  L'antique forêt d'Avroy est défrichée dans la vallée dès le Xe siècle, et dès le XVIe sur les hauteurs, pour faire place aux cultures et pâturages.

  Sur les collines de Cointe et Saint-Gilles, divers lieux-dits rappellent l'existence de cette forêt d'antan, laquelle portait à certains endroits un nom spécifique : le Bois l'Évêque, le Bois d'Avroy, le Bois Saint-Gilles...

plan bois d'avroy-liege-avant 1907.jpg  Ce plan des hauteurs occidentales de Liège nous reporte au tout début du XXe siècle. Le Bois d'Avroy est caractérisé par la houillère éponyme et le domaine de la famille de Laminne (1). Le boulevard de Cointe (2), qu'on appellera Kleyer après 1921, s'arrête au sommet des rues de Joie (3) et des Wallons (4). La rue Bois d'Avroy, à l'époque (5), mène aux Grands Champs (6). Le prolongement du boulevard de Cointe jusqu'à la rue Henri Maus (7), après 1907, modifiera cette configuration.

 

 

 

Le domaine de la famille de Laminne

 


  Il s’agit du vaste domaine que se constitue progressivement la famille de Laminne dès le début du XIXe siècle, à la jonction du Bois l’Évêque et du Bois Saint-Gilles, dans le périmètre des actuels boulevard Keyer, rue des Bruyères, ruelle des Waides et rue Julien d’Andrimont. La propriété comprend des jardins potagers, des pâturages et des houblonnières. Le sous-sol, lui, est riche en charbon, et les de Laminne, impliqués dans le développement industriel de la région, s’investissent dans les charbonnages en plein essor.

  À la fin du XIXe siècle, les maîtres du lieu font construire un élégant château de style Louis XVI, serti dans un parc digne de leur condition :
chateau de laminne-bois d'avroy-liege-fin XIXe.jpg

 

château de laminne-bois d'avroy-liege-après 1944.jpg   Cette vue représente le château de Laminne, au Bois d’Avroy, après les bombardements de mai 1944. Depuis les morcellements du domaine en 1910 et 1912, ces terrains appartiennent à la houillère du Bois d’Avroy (voir titre suivant), et la gentilhommière est habitée par le directeur du charbonnage.

  Au début des années 1960 en effet, le charbonnage a été mis en liquidation et ses biens vendus. À l’emplacement de l’ancien château, sont créés l’école et l’internat Saint-Joseph, gérés par des Sœurs de la Miséricorde. Cet établissement est devenu, depuis 1975, un internat autonome de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

internat-cointe-2013.jpgL'internat de Cointe vu depuis le bloc C des buildings de la rue Julien d'Andrimont.

 

boulevard Keler-bois d'avroy-villa de laminne-liege-1935.jpg  Le boulevard Kleyer en 1935, à l'intersection avec les rues Bois l'Évêque et des Bruyères. La villa qui émerge de la butte boisée a été construite au début du XXe siècle pour servir d'habitation familiale au chevalier Louis de Laminne (1882-1966). La propriété se prolonge, à l’arrière, par quatre hectares de jardins et de bois. C’est ce qui reste du domaine plus vaste ayant appartenu à cette famille au siècle précédent.

  En mai 1944, la villa est endommagée par les bombardements. Sommairement réparée, elle abrite jusqu’en 1947 quelques religieuses du Sacré-Cœur dont le couvent tout proche vient de brûler (voir autre article à ce sujet). Elle renaît dès 1951 pour devenir la résidence familiale de Willy de Laminne (1921 - ), fils de Louis de Laminne, ingénieur puis directeur chez Ferblatil.

villa de laminne-bois d'avroy-liege-fin annees 1950.jpg  La villa de Laminne à la fin des années 1950.


  Désertée en 1975, dégradée par un incendie dans les années 1980, la propriété reste à l’abandon jusqu’en 1990, quand une société immobilière acquiert le terrain dans l’ambition d’y aménager un gigantesque complexe de prestige, composé de trois groupes de logements, avec parvis animés de fontaines, piscine, courts de tennis, club house et parc luxueux.

villa de laminne abandonnée-bois d'avroy-liege-1990.jpgArticle de presse de 1990, montrant la villa de Laminne à l'abandon.

projet residence bois d'avroy-liege.jpgLe projet ambitieux de la société Codrim (1990).

chantier residence bois l'eveque-liege-1992(1).jpg

chantier residence bois l'eveque-liege-1992(2).jpg  La faillite de la société Codrim, en 1992, provoque l’abandon du chantier commencé en bordure de boulevard. Jusqu’en 1999, un début d’ossature en béton, abîmé par les intempéries et envahi par la végétation, défigure le paysage.

residence bois l'eveque-google maps-2009.jpg  En 1995, l’entrepreneur Gillard, engagé depuis le début pour les travaux de construction, rachète le terrain et recherche des partenaires financiers sérieux. Les transactions aboutissent à la création de la SA Immo-Légia, ce qui permet la reprise des activités dès 2000. Un nouveau projet, moins excessif est mis en chantier. Terminée en 2001, la résidence Bois l’Évêque comporte des appartements de standing et des espaces pour professions libérales.

 

 

 

La houillère du Bois d'Avroy

 


  Le défrichage des collines occidentales de Liège, au Moyen Âge, libère certes des terrains pour permettre aux cultivateurs d’y développer leurs activités, mais il met aussi à jour de nombreux endroits où l’on trouve de la houille. Au début, le charbon est ramassé à ciel ouvert là où la veine affleure, puis à partir du XIIIe siècle, se généralise l’utilisation de puits appelés « bures », que concèdent moyennant redevance les grands propriétaires terriens (dont les princes-êvêques et abbayes).

  Quand les profondeurs atteintes exigent de se débarrasser des eaux d’infiltration, on creuse des areines, galeries d’écoulement qui ont leur orifice de sortie dans le fond de la vallée. Un document du XIVe siècle, par exemple, mentionne les eaux en provenance des Bois l’Évêque et d’Avroy, lesquelles débouchent dans les campagnes des Guillemins, où elles irriguent des cultures et alimentent les douves de demeures seigneuriales, avant d’aller se jeter dans la Meuse via un fossé longeant l’actuelle rue Paradis.

 

bures-charbonnages-liege-cointe-sclessin-1831.jpg  Ce dessin de Pol Schurgers présente la situation des anciennes bures en 1831, par rapport aux voiries actuelles. Les numéros indiquent les grands charbonnages de la fin du XIXe siècle : le Bois d’Avroy (1), le Val Benoît (2), le Perron (3), le Grand-Bac (4) et le Piron (5).

  Dès la fin du XVIIIe siècle, l’évolution des pompes à vapeur permet d’exploiter le sous-sol à des profondeurs de plus en plus importantes. Les petites concessions se regroupent pour s’organiser en sociétés plus puissantes. Ainsi, une association d’industriels (Rossius, de Laminne, Élias, Rosen, Cockerill et autres) aboutit dès 1827 au développement du site houiller du Bois d’Avroy, encastré dans le domaine appartenant à la famille de Laminne.

bois d'avroy-liege-houillere fin XIXe.jpg                                  Ci-dessus et ci-dessous, la houillère du Bois d’Avroy d'antan.
houillere bois d'avroy-liege-fin XIXe.jpg  
  Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le charbon est acheminé dans la vallée, à proximité de la gare des Guillemins, à l’aide d’un plan incliné automoteur aménagé entre les rues de Joie et Bois l’Évêque : les berlines pleines qui descendent, entraînées par leur poids, font remonter les berlines vides. Quant aux matériaux stériles (on appelle ainsi les terres extraites contenant peu de minerai utile), ils sont déversés sur le terril de la rue du Terris.

houillere bois d'avroy-liege-plan 1832.jpg  Le chemin marqué 1, du Bois l’Évêque aux Grands Champs de Saint-Gilles, préfigure le boulevard Kleyer. En 2, on reconnaît la configuration de l’actuelle rue Bois d’Avroy, avec en 3 la houillère du même nom. En 4, le cercle représente le terril qui a donné son nom à la rue du Terris*, dont la configuration autrefois (5) était bien différente de celle d’aujourd’hui. * Le mot wallon « tèrris » a été francisé en « terri » ou « terril » pour désigner un crassier où l’on entasse les déchets d’extraction à proximité d’un puits de mine.

  Au début du XIXe siècle, la ruelle de Joie (6) n’est qu’un sentier bordé de taillis, et la rue Bois l’Évêque s’appelle toujours le thier du Boute-li-cou (7)*.
* Expression wallonne signifiant « boute le cul », allusion pittoresque à la partie du corps que l’on met en évidence en se penchant pour gravir cette pente raide.

  Le tracé coloré en gris est le plan incliné construit pour acheminer les bennes vers la vallée. En (8), c’est la paire Sainte-Véronique, étape où le charbon est épierré mais aussi vendu au détail, à l’emplacement de l’actuelle rue des Abeilles.


  En 1885, est constituée la SA Charbonnage du Bois d’Avroy, qui absorbe deux ans plus tard les houillères du Val Benoît, du Grand Bac et du Perron. Bientôt, le puits du Bois d’Avroy ne sert plus qu’au personnel et à la logistique. Chargé dans des wagonnets que tracte une petite locomotive à benzine, le charbon est sorti de la mine par une galerie située à quatre-vingts mètres de profondeur et aboutissant au lieu-dit Sous-les-Vignes, au pied de la colline à Tilleur, près de voies ferrées et de la Meuse. Le système du plan incliné, du côté du Laveu, est d’ailleurs supprimé à la suite de l’aménagement de la colline de Cointe en prévision de l’Exposition universelle de 1905.

 

houillere bois d'avroy-liege.jpg   Le dessin ci-dessus représente le charbonnage du Bois d’Avroy vers 1910-1920. Le site cessera ses activités en 1939, vingt ans avant celui du Val Benoît.

  En septembre 1961, l’Office national de l’emploi* installe un centre de préformation dans les bâtiments de l’ancien charbonnage, dont une grande partie, quelques années plus tard, sont remplacés par des locaux plus modernes. Au départ, les apprentissages se prodiguent notamment dans les domaines de la tôlerie, du soudage, de l’ajustage, de la maçonnerie et de la menuiserie.
* Au départ, c’est l’ONEM qui organise certaines formations. Le Forem n’apparaîtra qu’en 1989, après la régionalisation de l’institution.

forem abandonne-liege-bois d'avroy-2012.jpg  Désertés par le Forem depuis février 2012, les lieux sont actuellement en vente. Les bâtiments marqués d’une flèche datent de l’époque du charbonnage (on les retrouve donc sur le dessin précédant cette photo). À l’emplacement de la croix, se trouvait le local de machinerie de la dernière belle-fleur opérationnelle.

 

 

 

L'actuel domaine du Bois d'Avroy

 


  Au lieu-dit Bois d’Avroy, un vaste complexe d’immeubles à appartements est érigé de 1967 à 1979 sur les terrains champêtres qui jouxtent la houillère d’antan. Un chemin existant donne naissance en 1970 à la rue Julien d’Andrimont, du nom d’un bourgmestre de Liège au XIXe siècle.

bois d'avroy-liege-fin annees 1950.jpg  Le Bois d’Avroy à la fin des années 1950. Autour des prairies concernées par le projet immobilier (1), on peut identifier la villa de Laminne (2), le dessus des rues de Joie et des Wallons (3), le boulevard Kleyer (4), la rue Bois d’Avroy (5) et le site du charbonnage abandonné (6).

 
Ci-dessous, les différents blocs du domaine résidentiel en 2009 (le Forem est toujours en activité), traversé par la rue Julien d'Andrimont :
domaine du bois d'avroy-liege-bing maps.jpg

bois d'avroy-liege-1967.jpgL'entrée du Bois d'Avroy au milieu des années 1960. Ci-dessous, le même endroit actuellement :bois d'avroy-liege-2014.jpg

 

publicite baudoux-journal la meuse-liege.jpg  C’est un certain Jean Baudoux, promoteur à Marcinelle, qui entame ce chantier colossal après avoir acheté en 1966 une partie des terrains du charbonnage en liquidation. Il agit pour le compte de l’Office national des pensions*, à la recherche d’un profitable investissement financier.
* Il s’agit à l’époque de la Caisse nationale de pension pour employés, intégrée depuis lors dans l’Office national des pensions pour travailleurs salariés.

 Quatre blocs d’immeubles sont prévus. La société Baudoux tombera en faillite pendant l’édification du second, que devra terminer une autre firme carolorégienne. Dans la seconde moitié des années 1970, les blocs restants seront construits par une association momentanée d’entrepreneurs dans laquelle figure la firme liégeoise Moury.

domaine bois d'avroy-liege-2013.jpg  Les blocs A et B vus depuis le toit du bloc C. Ils ont été réalisés de 1967 à 1971 selon les plans des architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme, auteurs à la même époque de la Cité administrative et de la tour Kennedy.

 

journal la meuse-novembre 1983.jpg
  Le 8 novembre 1983 vers 1 heure du matin, un tremblement de terre de magnitude 4,9 sur l’échelle de Richter ébranle la région liégeoise, privant de logement de nombreux habitants. Dans le domaine du Bois d’Avroy, des centaines d’appartements sont toujours inoccupés dans les blocs C et D, pourtant terminés depuis cinq ou six ans. Réquisitionnés par les autorités communales, ils vont abriter pendant des mois jusqu’à près de mille sinistrés, la plupart d’origine immigrée, issus des quartiers populaires de Saint-Nicolas, Glain et Montegnée, quartiers les plus touchés vu la vétusté de l’habitat et la fragilité du sous-sol minier. Ci-dessus, le bloc C où la Croix-Rouge accueille les familles victimes du séisme.

  Quand l’Office national des pensions revendra ses biens en 1989, plusieurs sociétés immobilières se succéderont pour réhabiliter les lieux, dégradés par les occupants éphémères de 1983, puis restés longtemps à l’abandon. Actuellement, avec la grande majorité des appartements vendus à des particuliers, le bloc C est devenu une copropriété tout comme les blocs A et B. Le bloc D est en partie occupé par une maison de repos pour personnes âgées.

bois d'avroy-liege-2013.jpgLes blocs A (au milieu) et D (à droite) vus depuis le bloc C.

 

25/02/2014

Le mémorial interallié de Cointe

   On parle beaucoup de ce mémorial à propos des commémorations, en août 2014, du centenaire de la première guerre mondiale. Il est même question, pour la circonstance, d'installer un phare au sommet du célèbre monument.

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   Le point de repère pour situer la colline de Cointe est immanquablement ce mémorial qui émerge de l’horizon boisé, visible à des kilomètres à la ronde. L'ensemble majestueux, que l'on voit ci-dessous à la fin des années 1930 et pendant la campagne de restauration de 2007-2008, est composé d’une tour civile élancée et d’une église imposante.

memorial-cointe-1937 et 1998.jpgmemorial-cointe-liege-fin des annees 30.jpg   Ci-dessus, le mémorial de Cointe vu des Guillemins à la fin des années 1930 (avec la gare telle qu'elle a existé de 1863 à 1956).


  C’est au début des années 1920 que la Fédération interalliée des anciens combattants envisage la création, dans un pays fortement touché par le conflit, d’un complexe commémoratif à la gloire des soldats alliés morts au cours de la guerre mondiale qui vient de s’achever.

  En 1925, le choix final se porte sur la Belgique, et sur Liège en particulier, première ville en 1914 à s’être opposée efficacement à l’envahisseur, grâce notamment à la résistance héroïque de ses forts. Un comité international, placé sous la présidence de la princesse de Mérode, est constitué pour mener l’entreprise à bon terme, en sollicitant des souscriptions privées et publiques dans les États concernés.

  Le premier emplacement envisagé est situé à Fétinne, au confluent de la Meuse et de l’Ourthe, là où se trouvait le quartier du Vieux-Liège lors de l’Exposition universelle de 1905. Mais les organisateurs apprennent que les milieux catholiques liégeois préparent la construction, sur la colline de Cointe, d’un centre de pèlerinage consacré au Sacré-Cœur de Jésus, en reconnaissance de la protection divine dont le Pays de Liège a bénéficié durant les années d’occupation. À cette fin, l’ASBL « Monument régional du Sacré-Cœur », créée en 1923 sous l’égide de l’évêché, a d’ailleurs acquis un terrain dans le quartier Saint-Maur.

  Les deux initiatives prévoyant un édifice religieux 1, leurs responsables entament des pourparlers pour trouver une solution à ce préjudiciable double-emploi. Un accord d’association est finalement conclu : les projets sont fusionnés et l’implantation cointoise retenue.

  Les idées se multiplient quant à l’aspect du futur mémorial. La conception de l’ouvrage est soumise à un concours d’architectes, que remporte haut la main l’Anversois Joseph Smolderen (1889-1973), lequel participe à l’essor de l’Art déco dans les années 1920.

 

sacre-coeur-cointe.jpg   Parmi les projets architecturaux non retenus, figurait cette église du Sacré-Cœur surmontée d’une imposante statue du Christ, comme le désiraient initialement les autorités ecclésiastiques. Avant même que naissent les idées de centre de pèlerinage ou de mémorial, il était d’ailleurs question d’élever une statue monumentale du Sacré-Cœur au centre de l’étang du parc privé de Cointe.

memorial-cointe-projet_smolderen.jpgUn premier projet de l'architecte Joseph Smolderen.

chateau_tart-castel-cointe.jpg   Le terrain sur lequel on choisit d’implanter le mémorial est une ancienne propriété de la famille Tart-Beaujean, domaine arboré entourant une demeure néo-classique bâtie en 1883, que l’on appelle le château Tart ou encore le Castel. C’est en 1924 que l’ASBL cointoise « Monument régional du Sacré-Cœur » l’acquiert avec l’intention première d’y fonder un centre de pèlerinage dédié au Christ et à l’amour divin qu’il prodigue.

memorial-chateau_tart-cointe.jpg   Le Castel et le mémorial sur des cartes postales anciennes. Sur la seconde, le toit de l'immeuble a été camouflé par de la végétation dessinée. L'édifice religieux de style néo-byzantin est appelé à devenir l'église paroissiale de Cointe, consacrée à Notre-Dame de Lourdes et au Sacré-Cœur (on la qualifie à tort de basilique, car aucune autorité ecclésiastique ne lui a conféré ce titre).

memorial_cointe_premier_coup_de_pelle_1928.jpg   Le chantier du mémorial est confié aux firmes liégeoises Hallet et Poismans. C’est le 4 septembre 1928 qu'un certain colonel Brown, vice-président de la British Legion, donne le premier coup de pelle symbolique.

 

memorial-cointe-murs_soutenement.jpg  Vu le choix de son emplacement sur la colline de Cointe, à cause des dénivellations et des antécédents miniers du terrain*, d’importants travaux s’imposent pour consolider le sol : remblais , injections de mortier, construction de murs de soutènement...

* Les anciennes galeries de charbonnage ont aussi causé des problèmes à la fin du XXe siècle lors du percement du tunnel autoroutier sous la colline.

memorial-cointe-construction-clham.jpg   La tour du monument civil, haute de septante-cinq mètres (culminant à cent trente-cinq mètres au-dessus du niveau de la Meuse), est construite comme un gratte-ciel Art déco, composée de segments empilés de dimensions décroissantes, avec une ossature en béton armé et un revêtement de pierres de France.

memorial-cointe-construction-1934.jpg   Le chantier du mémorial en août 1934 (photo prise depuis le boulevard Kleyer, avec à l’avant-plan les maisons de la rue de Cointe devenue la rue Albert Mockel). L’église attend sa coupole extérieure qui supportera treize tonnes de feuilles de cuivre, métal en provenance du Katanga (Congo belge) et laminé dans les usines Cuivre et Zinc de Chênée.

memorial-cointe-coupole.jpg   Ci-dessus, le coffrage de la coupole intérieure. Ci-dessous, le dôme extérieur et le paysage environnant, avec notamment le couvent-pensionnat des Filles de La Croix qui fait l'objet d'une autre note.

cointe-depuis-basilique.jpg

 

memorial-cointe-inauguration_eglise_sacre-coeur.jpg   C'est le 22 mars 1936 que le sanctuaire est béni par le vicaire général Simenon. L'église est ouverte au culte bien que le manque de fonds n'ait pas permis de concrétiser le projet initial dans sa totalité.

memorial-cointe-inauguration_tour_civile_1937.jpg   Au pied de la tour, un escalier d’honneur en hémicycle conduit en contrebas à une esplanade circulaire bordée de huit pylônes, salle en plein air que jouxte une grande cour d’honneur rectangulaire. C'est là que se déroule, le 20 juillet 1937, l'inauguration officielle de l'infrastructure civile, elle aussi inachevée. La cérémonie a lieu en présence du roi Léopold III, accompagné de son frère Charles, comte de Flandre.

 

leopold III et papa Merx_cointe_1937.jpg   À la cérémonie d’inauguration, sont invités d’anciens combattants. Le souverain a l’occasion de serrer la main de « Papa » Merx et de l’aumônier militaire Henri de Groote. Le Liégeois Pierre Merx (1849-1938) avait 65 ans quand les troupes allemandes ont envahi la Belgique le 4 août 1914. Faisant valoir sa santé de fer et son passé militaire (il était affecté à la surveillance des frontières lors de la guerre franco-allemande de 1870), ce patriote a réussi à se faire engager au 1er régiment de volontaires ; il a exigé de combattre sur le front, où il s'est conduit en héros.

 

memorial-cointe-liege-1937.jpg   Le mémorial à la fin des années 1930, vu depuis les voies ferrées du côté des rues Mandeville et Marcel Thiry. La tour effilée et l’église massive, les Liégeois prennent l’habitude de les surnommer Laurel et Hardy, duo comique américain célèbre à l’époque.

  Il est déjà prévu, à l'époque, d'installer un phare giratoire au sommet de l'édifice civil, mais les menaces de guerre mettront un terme au projet.

bombardements_1944.jpg
  En 1944, les bombardiers américains s’acharnent sur les cibles stratégiques que constituent le réseau ferroviaire des Guillemins et de Kinkempois, ainsi que le viaduc de Sclessin et le pont du Val-Benoît.

bombardements-cointe-1944.jpg   Photo exceptionnelle prise en mai 1944 lors du pilonnage du Val-Benoît par des B-26 Marauder de l’USAF. On aperçoit nettement le parc privé de Cointe (1), le mémorial interallié (2), le viaduc de Renory (5) ; les fumées des bombardements masquent le pont ferroviaire du Val-Benoît (3) et la gare de triage de Kinkempois (4).

val_benoit-bombardements_1944.jpg

memorial-cointe-tour_1944.jpg   La tactique du tapis de bombes occasionne de nombreux dégâts collatéraux. La colline de Cointe n’est pas épargnée ; en mai, la tour du mémorial est éventrée.


  En 1949, la partie civile du site commémoratif devient la propriété de l’État, qui entreprend enfin des opérations de sauvegarde de 1962 à 1968. La direction du chantier est confiée à l’architecte liégeois Georges Dedoyard. Au terme de cette réfection, une nouvelle inauguration s’impose ; elle a lieu le 20 novembre 1968, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’Armistice, en présence du roi Baudouin et de la reine Fabiola.

 

(à suivre)

06/02/2014

Le couvent du Sacré-Cœur, au Bois l'Évêque

boulevard_cointe-parc-villa_de_laminne.jpg   Cette carte postale montre le boulevard de Cointe (renommé Kleyer après 1921) au début du XXe siècle. La villa, sur la butte à l'arrière-plan, est celle de la famille de Laminne, que nous retrouvons sur la vue suivante :boulevard_kleyer-villa_de_laminne-cointe-1935.jpg   Le boulevard Gustave Kleyer en 1935, à son intersection avec les rues Bois l'Évêque (à droite) et des Bruyères (à gauche). À l'emplacement désigné par la flèche, se trouve aujourd'hui un Carrefour Market du groupe Mestdagh.
google_maps_2.jpg  Dans le fond à gauche de la vue ci-dessus, on aperçoit le premier immeuble du complexe de logements sociaux fondés dans les années 1960 par la Maison liégeoise.

  Avant 1944, existait à ce endroit un vaste parc de dix hectares qui servait d'écrin à un château transformé en couvent :
pensionnat-sacre_coeur-cointe_2.jpg

  Au début du XIXe siècle, il s'agit d'un domaine où vit un riche lieutenant-général britannique, lord Crewe, fort remarqué par ses excentricités et folles dépenses. Sa résidence, le château dit du Bois l’Évêque, est entourée de magnifiques jardins.

  Cette propriété finit par appartenir à la famille Lamarche, puis en 1835 à la baronne Émilie D’Hooghsvorst, née d’Oultremont de Warfusée, fondatrice de l’ordre des Dames réparatrices. Cette dernière fait transformer la chapelle du château en très belle église, consacrée en 1853 par l’évêque de Liège Théodore-Alexis de Montpellier.

  En 1865, le bien est acheté par une communauté des Dames du Sacré-Cœur. Les religieuses ouvrent une école gratuite qui compte bientôt une centaine d’élèves, auxquelles elles dispensent un enseignement fondamental et professionnel. En 1866, elles inaugurent un pensionnat pour jeunes filles de la haute bourgeoisie, institution dont la réputation franchira nos frontières.

 

pensionnat-sacre_coeur-cointe_1.jpgVue générale du couvent-pensionnat.

parc-pensionnat-sacre_coeur-cointe.jpgLes jardins à l'anglaise.

entree-pensionnat-sacre_coeur-cointe.jpgL'entrée de l'ancien château.

pensionnat-sacre_coeur-cointe_3.jpg   Conçus par l'architecte Joliet, les bâtiments de gauche ont été ajoutés au château pour répondre aux besoins de l'internat.

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pensionnat-sacre_coeur-cointe-annees_1930.jpgLe couvent-pensionnat du Sacré-Cœur vu depuis la rue des Bruyères.

incendie-pensuinnat-sacre_coeur-cointe-1944.jpg  Le couvent du Sacré-Cœur est malheureusement ravagé par un incendie accidentel en février 1944. Abandonné, le domaine est racheté dix ans plus tard par la Maison liégeoise, société de logement social qui y construit, de 1961 à 1968, toute une cité d’habitations modernes dans un cadre verdoyant.

logements_sociaux_bois_l_eveque-cointe.jpg   La métamorphose de l’ancien domaine religieux est confiée au bureau d’architecture l’Équerre, connue à cette époque pour ses réalisations modernistes comme le palais des Congrès (1956-1958) du parc de la Boverie, en bord de Meuse.

  Le plan d’occupation du terrain prévoit une circulation automobile réduite à l’accès local, ainsi que la sauvegarde d’espaces verts et la création de grandes zones piétonnières. L’habitat se veut aéré, constitué d’un mélange de maisons unifamiliales et de petits blocs d’appartements, avec certains rez-de-chaussée destinés au commerce de proximité.

  Tous les points du projet initial n’ont pas été réalisés. En outre, la vente des maisons individuelles à des particuliers, qui les ont rénovées ou transformées à leur gré, a quelque peu rompu l’homogénéité esthétique de l’ensemble.

 

 

15:35 Écrit par Claude WARZÉE dans Cointe | Tags : histoire de liège, cointe, couvent du sacré-coeur, bois l'évêque | Commentaires (1) |  Facebook |

22/01/2014

Le pensionnat des Filles de la Croix à Cointe, devenu le Chanmurly

   En 1903, la congrégation des Filles de la Croix achète à Cointe, près dela place du Batty, des terrains appartenant aux familles Roberti et de Lamotte. Elle y fait construire un couvent, complété d’un pensionnat d’école moyenne pour jeunes filles de la bonne société. Les plans dressés par les architectes Grisard et Lansberg sont mis en œuvre par l’entrepreneur Victor Ernotte.

  L’établissement accueille ses « premières demoiselles » en octobre 1905 : cinquante-six internes et dix demi-pensionnaires. Le mois suivant, l’évêque de Liège Martin Hubert Rutten bénit solennellement le pensionnat, baptisé « Maria Immaculata ».

pensionnat-place du batty-cointe-1904.jpg   La place du Batty au tout début du XXe siècle. La plus grande des maisons blanches, devant la façade sud-est du pensionnat, constitue l'école de ménage. À l'avant-plan, on aperçoit un terrain non bâti et une villa du parc privé créé à la fin du XIXe siècle. 

  À titre de comparaison, la photo suivante présente le même endroit vers 1925, avec cette fois le boulevard Gustave Kleyer et la barrière d'entrée du parc privé (fermée la nuit).
pensionnat-cointe-batty-1927.jpg

rond-point_batty_chanmurly-cointe-2000.jpgLe même endroit en 2000, pendant la construction du complexe immobilier Chanmurly.

pensionnat-maria immaculata-façade-cointe.jpgLa façade sud-est du couvent-pensionnat au début du XXe siècle.

pensionnat-maria-immaculata-entree principale-cointe.jpgL'entrée principale.

pensionnat-ecole menagere-cointe.jpg  À gauche, c'est l'école ménagère vue d'un étage du pensionnat. À droite, entre les arbres, on aperçoit un morceau de la rue du Batty. Dans le fond, on distingue vaguement le parc privé et l'une ou l'autre de ses villas. Ci-dessous, la même plongée en 2012.
chanmurly-cointe-2012.jpg


pensionnat-cointe-eleves 1908-1909.jpgLa promotion 1908-1909.

pensionnat-cointe-esplanade.jpgBadminton et croquet sur l'esplanade.

pensionnat-cointe-cours de menage.jpgLes cours de ménage.

pensionnat-cointe-dortoir.jpgUn des dortoirs.

pensionnat-cointe_vergers.jpg

pensionnat-cointe-vergers.jpgLes vergers.

pensionnat-cointe-parc.jpgLes allées du parc.

pensionnat-cointe-grotte ND lourdes.jpgLa grotte Notre-Dame de Lourdes.

 

pensionnat-cointe-espace_jeu.jpgL'espace jeux.

pensionnat-cointe-etude sous les arbres.jpgL'étude sous les arbres.

pensionnat-cointe-site expo 1905.jpg   Au-delà du verger, s'étend le site abandonné de l'Exposition universelle de 1905, qui vient de se terminer. Cet espace deviendra la plaine des Sports de Cointe.

exposition_1905-cointe.jpg   Lors de l'Exposition universelle de 1905, cet endroit de Cointe a servi aux manifestations de plein air, comme ici une fête de gymnastique. Au-dessus du palais de l'Horticulture, on voit dépasser la pointe du couvent des Filles de la Croix.

pensionnat-cointe-kiosque expo 1905.jpg1907. Le kiosque (aujourd'hui disparu) est un vestige de l'Exposition universelle.


  En 1939, les menaces de guerre réduisent les effectifs de l'internat, car celui-ci compte beaucoup de jeunes filles étrangères (anglaises, allemandes) qui retournent dans leurs pays. Dès 1942, pour faire face aux difficultés financières, les religieuses accueillent les « enfants du juge », placés ou abandonnés. L’appellation « Chanmurly » qui désigne l’établissement proviendra de la contraction des prénoms de trois assistantes sociales : Chantal, Muriel et Lily (Liliane).

pensionnat-cointe-plaine des sports-1954.jpgLe Chanmurly et la plaine des Sports en 1954. Ci-dessous, en 2007.plaine des sports-cointe-2007.jpg


  Ce sont encore des problèmes budgétaires, en 1977, qui contraignent les Filles de la Croix à cesser leurs activités et à vendre leur domaine, qu’acquiert la ville de Liège.

 
Étrangement, le bien est laissé à l’abandon, même après sa cession en 1989 à la société immobilière Baumanco. Squattés et vandalisés, les bâtiments se dégradent considérablement, constituant un détestable chancre urbain ; il faut attendre 1992 pour qu’on entame certaines démolitions. La compagnie de lotissements Lotinvest reprend l’affaire en 1996. Elle entreprend le déblaiement du site, puis la construction d’un centre commercial surmonté d’appartements de standing. Ce qui reste du couvent est rénové et aménagé en bureaux. Vers l’arrière, dans les espaces arborés, est aménagé un clos résidentiel d’une douzaine de maisons unifamiliales.

place du batty-cointe-1992.jpgLe chancre de la place du Batty en 1992, quand commencent les travaux de démolition.

ruines-chanmurly-cointe-1998.jpgCe qui reste de l'ancien pensionnat en 1998.

chantier-chanmurly-cointe-2000.jpg  La rénovation du Chanmurly, en 2000, est confiée à l’architecte bruxellois Joël Claisse. Réalisée dans le respect de l’architecture d’origine, avec toutefois un ajout d’éléments modernes, elle obtiendra en 2002 le grand prix de l’urbanisme de la ville de Liège.

  On aperçoit aussi, sur cette photo, les fondations du complexe résidentiel et commercial qui s'élève aujourd'hui à l'angle de la place du Batty et du boulevard Kleyer. Conçu par le bureau d’architectes liégeois Séquences, le projet a été mis en œuvre par l’entreprise Thomas & Piron.