20/07/2016

L'ancien square Notger

Autre article concernant cet emplacement et ses environs immédiats :
http://histoiresdeliege.skynetblogs.be/archive/2014/01/07....

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieres  Le plan ci-dessus date de 1827 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre), il nous reporte à la veille de l'indépendance de la Belgique.

  La butte où se trouve la rue Saint-Pierre domine de tout près la façade occidentale du palais, et seule une volée d'escaliers, les degrés de Saint-Pierre, permet de descendre vers la place Saint-Lambert.

  Il n'existe là aucune voie carrossable qui mette le centre-ville en communication directe avec la rue Neuve (la future rue de Bruxelles), artère promise à un grand avenir. Ce sont les habitants des quartiers élevés de l'ouest (Saint-Séverin, Saint-Martin...) qui réclament cette nouvelle voie, vu notamment les difficultés qu'ils rencontrent avec leurs charrettes en empruntant la rue Haute-Sauvenière, trop étroite et trop pentue.

  L'idée d'ouvrir une percée (la flèche) entre la place Saint-Lambert et la rue Neuve naît dès la fin des années 1830, mais les discussions entre les autorités nationales, provinciales et communales, à propos surtout de leur contribution respective, traînent jusqu'en 1844.

  Les expropriations d'immeubles commencent en 1845, et la nouvelle voirie est percée l'année suivante (la flèche sur le plan qui suit). Elle s'appellera la rue Notger, du nom du premier prince-évêque de Liège à la fin du Xème siècle.

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieres  Vu les différences de niveau, un pont est prévu pour qu'elle puisse passer sous la rue Saint-Pierre, avant que celle-ci n'entame sa descente en pente raide (1) vers les rues Neuve (2) et Derrière le Palais (3), à proximité des anciennes écuries du palais transformées en caserne de hussards (4).


place_st-lambert pont Notger_fin_XIXe.jpg  Sur cette gravure du milieu du XIXe siècle, on aperçoit le pont Notger à gauche du palais. Pont qui disparaîtra en 1860 (photo suivante) :
pont_notger-liege-1860.jpg

  En 1842, on projette de restaurer le palais de la place Saint-Lambert, déjà destiné à la justice, pour y transférer le siège du gouvernement provincial, établi jusque-là dans l'ancien couvent des Bons Enfants (voir plan de 1827 au début de cet article). L'incendie de ce couvent, en 1845, précipite les événements.

  Le projet de restauration du palais est soumis à un concours que remporte l'architecte Jean-Charles Delsaux. La caserne annexée au palais est rasée, et la façade occidentale est totalement remaniée de 1849 à 1853, avec l'ajout d'un hôtel provincial dont le style néogothique s'accorde parfaitement avec l'ensemble. La rue Notger est élargie et rectifiée pour la rendre parallèle à la nouvelle aile du palais.

 palais_provincial-liege-facade delsaux.jpg  Le dessin ci-dessus idéalise la façade de Delsaux en la montrant précédée d'une vaste esplanade destinée à la flânerie. En réalité, seule une petite partie de la butte a été enlevée de 1849 à 1853, et les abords du nouvel hôtel provincial ne sont guère aussi dégagés, comme en témoigne la photo ci-dessous, prise probablement vers 1860 :
palais_justice-liege-fin_XIXe.jpg

  En 1862, les autorités communales décident de réaménager l'espace en face du palais provincial, pour y créer « un lieu agréable de promenade et de rencontre ». Dès 1867, des travaux de déblaiement et de nivellement sont entrepris pour aboutir à la création du square Notger.


square_notger-liege-1870.jpg  Le document ci-dessus nous reporte vers 1870, pendant la création du square Notger en face du palais provincial. À gauche : les immeubles de la rue Saint-Pierre, au sommet de la butte en partie enlevée. À droite : la rue Neuve devenue la rue de Bruxelles en 1863.

square_notger-liege-1875.jpgLe square Notger après l'aménagement en 1872 du rocher et de ses décorations florales.

palais square_notger-liege- dessin fin XIXe.jpgLe palais provincial et le square Notger à la veille du XXe siècle.

palais square notger-liege-1900.jpg  La façade du palais provincial vers 1900, vue depuis la gare du Palais première du nom, inaugurée en 1877.

square_notger gare du palais-liege-avant 1905.jpg  Vers 1900 dans l'autre sens. Les immeubles cossus, le long de la pente de la rue Saint-Pierre, ont été bâtis en 1878.

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieresCarte postée en 1907.

 
  Sur la gauche du square, c'est un escalier monumental qui a été aménagé pour descendre place Saint-Lambert. Il a repris l'appellation de la volée de marches d'antan : les degrés de Saint-Pierre, dont voici quelques vues datant du début du XXe siècle :

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place st-lambert_degres st-pierre_liege_debut XXe.jpgLa place Saint-Lambert vue depuis les degrés (de) Saint-Pïerre, vers 1905 ▲ et 1973 ▼degres st-pierre-liege-debut annees 70.jpg

 

square_notger-pierreuse-avant 1905.jpg  Ci-dessus, le square Notger et Pierreuse avant 1905. Ci-dessous, après 1905, avec la gare du Palais deuxième du nom, construite à l'occasion de l'Exposition universelle :
square_notger-pierreuse-1905.jpg

 

square_notger statue_montefiore-liege.jpg  La carte colorisée ci-dessus met en évidence la gare de 1905, mais aussi la statue Montefiore-Levi, installée là en 1911.

 

statue montefiore-levi_liege_1911.jpg  Ce monument modern'style est l'œuvre du statuaire liégeois Oscar Berchmans (1869-1950), élève de Léon Mignon. Il est dédié aux époux philanthropes Hortense et Georges Montefiore-Levi. Il s'agit d’un groupe allégorique en bronze : une jeune femme aux formes épanouies prend sous sa protection deux enfants frêles et tourmentés. L’ensemble symbolise la charité.

  À la fin des années 1970, à la suite de la destruction du Square Notger, le monument Montefiore-Levi est démonté et stocké dans un dépôt de la Ville de Liège. Restauré en avril 1995, il est placé dans la cour de l'Hôtel Somzé, siège de l'Échevinat de l'Environnement, en Féronstrée. En 2012, conformément au souhait de l'architecte Claude Strebelle, la statue reprend place non loin de son emplacement originel, dans le cadre des extensions du Palais de Justice, aux escaliers dits « degrés des Dentellières », qui relient la rue du Palais à la rue Pierreuse :
statue_montefiore-degres dentellieres-liege-2013.jpg

 

Revenons-en au square Notger d'antan. Le voici de 1954 au début des années 1970 :

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square_notger-gare du palais-liege-annees 1960.jpg

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square_nitger-place st-lambert-liege-debut annees 1970.jpg

 

La fin du square

 
Ci-dessous, deux vues prises en 1969 :

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place saint-lambert-liege-demolitions_1974.jpg  Milieu des années 1970. Les démolitions qui sévissent place Saint-Lambert vont bientôt frapper le square Notger et la gare du Palais.

  Ci-dessous, deux photos de la démolition du square en 1977, puis le chantier qui a suivi :

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chantier-place st-lambert-liege-1978.jpg


tours_ascenseurs_devant_palais-liege-annees 1980.jpg1988, les cages d'ascenseurs éphémères d'un immeuble qui ne sera jamais terminé !

place saint-lambert-liege-1992.jpgLa place Saint-Lambert en 1992.

place notger-liege-2006.jpgEn 2006.

 

place notger-liege-2013.jpg  Devant cette façade du palais (photo de 2013), l'espace vert porte de nos jours le nom de place Notger.

degres st-pierre-liege-2013.jpg    Depuis le haut de l'îlot Saint-Michel, de nouveaux « degrés Saint-Pierre » permettent de descendre place Saint-Lambert... À comparer avec cette vue de 1960 :
degres st-pierre-liege-1960.jpg

18/06/2016

La rue et la place des Bons Enfants

rue des bons enfants_liege_2016.jpg
La rue des Bons Enfants en 2016.


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Plan actuel de Liège. Le trait rouge représente la rue des Bons Enfants.


plan 1649.jpg  La configuration des lieux en 1649 (gravure de Julius Milheuser), avec le couvent des Bons Enfants (1), proche de l'église Saint-Hubert (2). Autres points de repère : la collégiale Sainte-Croix (3), le couvent Sainte-Claire (4), l'église Saint-Séverin (5), la collégiale Saint-Martin (6), la bras de la Meuse devenu le boulevard de la Sauvenière (7), la collégiale Saint-Jean (8) et la place aux Chevaux devenue la place de la République française (9).

 
* * * * *

 
  La rue des Bons Enfants et la place y attenant tirent leur nom d'un couvent établi là autrefois.


  Petite histoire du couvent des Bons Enfants

 
  Sources :

  - Théodore GOBERT, Liège à travers les âges : les rues de Liège, Culture et Civilisation, Bruxelles, édition 1975-78.

  - Léon HALKIN, La Maison des Bons-Enfants, bulletin de l'Institut archéologique liégeois, tome LXIV, 1940.

  
  Décédée en 1231, Élisabeth de Thuringe est canonisée en 1235. Une de ses filles, duchesse de Brabant*, lui dédie une chapelle qu'elle fait construire à Liège vers 1245, à proximité de l'église paroissiale Saint-Hubert**. Elle y annexe un hôpital pour les pauvres et un prieuré de chanoines réguliers de Saint-Augustin.

* Sophie de Thuringe a épousé en 1240 le duc Henri II de Brabant, lequel se réconciliera avec le prince-évêque liégeois Robert de Thourotte et conclura avec lui un traité d'alliance en 1244.
** Cette église n'existe plus ; elle se trouvait à la jonction des actuelles rues Saint-Hubert et Mont Saint-Martin.


  L'hôpital Sainte-Élisabeth tombe rapidement en décadence : les biens de l'institution ont été dilapidés, et l'immoralité des gens qu'on y assiste a fini par gagner les religieux. Les mœurs se sont relâchées, et l'établissement est devenu un lieu de débauche.

  Le prince-évêque Henri de Gueldre (de 1247 à 1274) prend les mesures nécessaire pour rétablir la règle monastique et transforme l'hôpital Sainte-Élisabeth en Maison des Bons Enfants, destinée à héberger, nourrir et éduquer de jeunes indigents jusqu’à leur puberté.

  À la fin du XIVe ou début du XVe siècle (la date est incertaine), la Maison Sainte-Élisabeth est confiée aux Frères de la Vie commune. Ceux-ci doivent veiller, sous le « joug monastique », au bien-être matériel et à la formation spirituelle des jeunes élèves qu'ils admettent comme pensionnaires*.

* La Maison des Bons Enfants est en réalité un pensionnat, dont les bénéficiaires vont recevoir l'instruction dans une école du voisinage. Les religieux aident toutefois les écoliers à répéter leurs leçons.

 
Mais les mœurs se relâchent à nouveau ! Cette mauvaise réputation fait fuir les pensionnaires. Les prieurs ont des concubines ; ils n'hésitent pas, pour l'argent, à transformer le couvent en tripot, où l'on se livre aux plaisirs du jeu, de l'ivrognerie et du sexe.

  Une nouvelle fois, l'autorité épiscopale se voit obligée d'intervenir avec la plus grande énergie. Le prince-évêque Jean de Heinsberg, en 1424, décide de réformer le couvent. Comme il veut y réintroduire des chanoines réguliers de Saint-Augustin, il fait appel à l'établissement de Bethléem, près de Louvain, d'où arrive en 1428 le chanoine Olivier de Champs, chargé de mener à bien cette mission d'épuration et de réorganisation.

  Le couvent réformé conserve son appellation de Maison des Bons Enfants, mais il ne redevient pas un lieu d'éducation, pour peu qu'il l'ait été auparavant. Olivier de Champ inaugure une ère de ferveur religieuse, de fidélité aux devoirs du cloître et de spiritualité ascétique.

  Le couvent Sainte-Élisabeth prospère tellement, dans la seconde moitié du XVIe siècle, que le nombre de ses religieux s’accroît et que la Maison des Bons Enfants ne suffit plus. Sous le règne de Jean de Hornes, les chanoines de Saint-Augustin acquièrent le prieuré bénédictin de Saint-Léonard, situé dans un faubourg de la ville. Ils y déménagent en 1489, puis vendent leurs ancien locaux, en 1493, à des religieuses franciscaines venues de Hasselt.

  Achat précipité, car ces religieuses franciscaines (dites aussi Sœurs de Hasque) trouvent les bâtiments trop exigus ; elles les cèdent aussitôt à des Frères cellites, qui leur laissent en échange leur couvent situé à proximité de la collégiale Saint-Paul (dans l'actuelle rue Sœurs de Hasque).

  Les Cellites ne séjournent guère longtemps aux Bons Enfants. En 1496, ils vendent l'immeuble aux Sépulcrines de Nieuwstad (près de Sittard aux Pays-Bas). Jeanne Schaetzen, prieure de cette communauté, et treize de ses religieuses fuient la guerre entre les ducs de Gueldre et de Clèves ; elles viennent s'installer aux Bons Enfants pour s'adonner à la vie contemplative et surtout se consacrer à l'éducation des jeunes filles.

  Le couvent des Sépulcrines va subsister jusqu'aux événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. Les liégeois n'arrêteront pas de l'appeler le couvent des Bons Enfants.

 
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  Sur ce plan de 1737, qui respecte les dénominations officielles, la flèche rouge désigne le couvent des Filles du Saint-Sépulcre.


  Dès le début du régime français (1975-1814), les Sépulcrines sont expulsées, et leur couvent est transformé en caserne, avant d'abriter les bureaux du gouvernement départemental.


plan_1827.jpg
  Le plan ci-dessus date nous reporte en 1827. Nous sommes à l'époque du régime hollandais. L'ancien couvent est maintenant le siège du gouvernement provincial (l'hôtel de la Province) ; il le restera après 1830 dans les premières années de la Belgique indépendante.

  Le 31 mars 1845, un incendie ravage une partie du bâtiment, ce qui accélère la décision prise dès 1842 de déménager les services provinciaux dans une nouvelle aile du palais des princes-évêques (voir autre article).

  Ce qui reste des Bons Enfants est vendu au chanoine Habets, curé de Sainte-Croix, lequel installe là, sous la direction des Filles de la Croix, un refuge pour les repenties puis pour un quartier pour jeunes délinquantes. Ce dernier est ouvert en 1847. On y reçoit des jeunes filles condamnées en justice ; on les initie « aux travaux manuels de leur sexe ».

  La maison pénitentiaire est remplacée en 1870 par une école primaire tenues par les mêmes religieuses. Mais le chantier du chemin de fer de ceinture (voir autre article) nécessite de nombreuses expropriations et démolitions. L'ancien couvent et l'église Sainte-Élisabeth elle-même sont sacrifiés sur l'autel de la modernisation. Une partie de l'espace dégagé devient un square public, lequel se bordera de maisons et deviendra en 1910 la place des Bons Enfants, avec un terre-plein garni d'une pelouse et de massifs floraux.


bons enfants_liege_1920.jpg  La place des Bons Enfants vers 1920. À remarquer, à l'arrière-plan, le tunnel ferroviaire sous Pierreuse, aujourd'hui dissimulé en dessous de l'extension moderne du palais de justice :
cadran_liege_google.jpg                      La place des Bons Enfants, à droite, est devenue un espace piétonnier.

 


  Les bouleversements de la fin des années 1970


  Dans le courant des années 1970, un plan d'aménagement du centre-ville entraîne une totale métamorphose du tissu urbain, et la place Saint-Lambert subit de nombreuses démolitions. C'est tout un patrimoine qui est implacablement sacrifié en quelques années.

  Le saccage s’étend jusqu’à la gare du Palais et au site du Cadran (voir cette autre page). La deuxième partie de la décennie voit disparaître les bâtiments qui entourent la place des Bons Enfants, tout comme ceux de la rue de Bruxelles, qu'on élargit en voie rapide.


rue de bruxelles_liege_debut annees 1970.jpg
La rue de Bruxelles et ses alentours au début des années 1970.


rue de bruxelles_liege_debut annees 1980.jpg
Au tout début des années 1980.

cadran_liege_1975.jpg  Au carrefour du Cadran (photo de 1975), la rue de Bruxelles en provenance de la place Saint-Lambert se prolonge par la rue de l'Académie (l'immeuble marqué d'une flèche vous aidera à vous situer sur la photo suivante). La rue qu'on aperçoit en bas à gauche est la rue Sylvestre qui mène à la rue Haute-Sauvenière. Le bus sort de la rue Léon Mignon. À droite, s'ouvre la rue des Anglais.


cadran_liege_2009.jpg
Le même endroit en 2009.

chantier gare du palais_liege_1974.jpg  La rue de Bruxelles et la gare du Palais, vues en 1974 depuis la rue Fond Saint-Servais. Dans le fond à droite, entre les deux buildings situés au carrefour du Cadran, on distingue des immeubles de la place des Bons Enfants.

chantier gare du palais_liege_1976.jpg  Des démolitions ont commencé dès 1975 du côté des Bons Enfants ; on le constate par la différence d'arrière-plan entre les deux buildings.


  Voici quelques photos du site des Bons Enfants en 1974-1975, mêlées à des vue plus récentes pour permettre la comparaison :

bons enfants_liege_1975 (1).jpg  Le building marqué « STOCK » (immeuble-parking) est celui de gauche sur les vues précédentes. La rue Léon Mignon* est entrecoupée par la place des Bons Enfants.

* Du nom du sculpteur belge (Liège 1847 – Schaerbeek 1898) qui s'est notamment rendu célèbre par sa statue « Le dompteur de taureau » (Li torè), installée aux Terrasses depuis 1881.

 
Le trait rouge vous aidera à vous situer sur la photo suivante :
bons enfants_liege_2016.jpg

 

bons enfants_liege_1975 (2).jpg
La rue Léon Mignon dans l'autre sens.
bons_enfants_liege_2014.jpg



bons enfants_liege_1974 (1).jpgbons enfants_liege_1974 (2).jpg  La place des Bons Enfants. La chaussée qui vient des rues Saint-Hubert et Mont Saint-Martin se prolonge au-delà de la rue Léon Mignon par une courte rue des Bons Enfants, jusqu'à la rue Agimont* (voir aussi la toute première pohoto de cet article).

* Du nom d'un propriétaire local d'autrefois.

bons enfants_liege_2009.jpg
Le même endroit en 2009.

 
bons enfants_liege_2016 (2).jpg
Et en 2016.

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La courte rue des Bons Enfants vers la rue Agimont.




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La place des Bons Enfants d'hier ▲ et d'aujourd'hui ▼
bons enfants_liege_google (2).jpg



bons enfants_liege_1975 (4).jpg  Les immeubles de la place des Bons Enfants entre la rue Saint-Séverin (à gauche) et la rue Léon Mignon (à droite). Ils ont été démolis dans la seconde partie des années 1970.

 
bons enfants_liege_2006 (2).jpg
Un mur de briques rouges et une pelouse ont très longtemps caractérisé l'endroit.

 
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En 2014, a commencé la réalisation d'un projet immobilier destiné à revaloriser le lieu.

 


bons enfants_liege_1975 (3).jpg  C'est en 1975 que vont avoir lieu les premières destructions contiguës à la place des Bons Enfants. Remarquez les palissades sur la droite de la photo, à l'angle des rues Saint-Séverin et Mont Saint-Martin.


tournant saint-hubert_liege_1898.jpg
Cet angle, le voici à la fin du XIXe siècle. On l'appelait le tournant Saint-Hubert.


mont saint-martin_liege_1974-75.jpg  Le revoici en 1975 du côté du Mont Saint-Martin. Tous les bâtiments que longe la palissage vont bientôt disparaître.


mont saint-martin_liege_2009.jpg
Le même endroit en 2009, pendant le chantier de l'hôtel cinq étoiles Crowne Plaza.


angle rue st-hubert_liege_1975.jpg
De l'autre côté en 1975, à l'angle de la rue Saint-Hubert (là où se trouvait autrefois l'église du même nom).


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En 2006 ▲ et 2009 ▼
cadran_liege_2009 (2).jpg

 

cadran bons enfants_liege_1980.jpg  Le chantier d'aménagement du quartier en 1980. Le tunnel du chemin de fer de ceinture passe sous la place des Bons Enfants.

cadran bons enfants_liege_1996.jpg  Le Cadran et la place des Bons Enfants en 1996, à la veille de subir de nouveaux bouleversements… mais ce sera une autre histoire.

 

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15/06/2016

L'îlot Saint-Michel

place saint-lambert_liege_2003.jpg  L'îlot Saint-Michel est l'ensemble de bâtiments modernes que l'on voit dans le fond à droite de la photo ci-dessus, prise en 2003 pendant la construction des galeries Saint-Lambert. Édifié à l'ouest de la place Saint-Lambert, inauguré en septembre 1999, le complexe comporte des commerces, des bureaux et des logements.

 

À l'origine du projet

  Dans les années 1960, responsables politiques et techniciens s’accordent pour adapter le centre de Liège à la circulation automobile. Le plan Lejeune* est adopté en 1968. Il prévoit de transformer la place Saint-Lambert en carrefour de voies rapides, ainsi que de créer en sous-sol une importante gare des bus et deux mille places de parking.
* Jean Lejeune, échevin des travaux publics. Historien, il est néanmoins partisan du « tout à l'automobile », influencé par les idées du groupe architectural l'Équerre.

 
Le plan d'aménagement suppose de nombreuses démolitions. Concernant le sujet de cet article, c'est presque tout le quartier situé entre la place Saint-Lambert et la rue Haute-Sauvenière qui va disparaître dans le courant des années 1970 (à gauche du trait rouge sur la carte postale qui suit) :
place saint-lambert-liege-vue aerienne 1970.jpg

place saint-lambert_liege_debut annees 1970.jpg Ci-dessus, la place Saint-Lambert et ses alentours au début des années 1970. Ci-dessous, en 2004 :
place saint-lambert_liege-MET 2004.jpg

place saint-lambert_liege_chantier 1979.jpgCi-dessus, l'ampleur des destructions en 1979. Ci-dessous, ce que l'endroit est devenu en 2004 :place saint-lambert_liege_MET 2004.jpg

  Les difficultés financières, les désaccords politiques, ainsi que le mécontentement des défenseurs du patrimoine, des commerçants et des habitants en général, vont bloquer longtemps les projets de reconstruction.

  Projets divers qui se succèdent en vain jusqu'en 1984, quand l’architecte Claude Strebelle* se voit officiellement investi de la mission de redessiner complètement la configuration du centre-ville, en tenant compte de tous les acteurs concernés. En 1985, il réalise un premier schéma directeur non contraignant, qui rompt avec les idées précédentes, et qui aboutira, au fil des années, des nécessités et des négociations, à ce qui existe aujourd'hui.
* Claude Strebelle (Bruxelles 1917 - Liège 2010) a aussi été, dans les années 1970, l'architecte coordinateur qui a dirigé l’implantation de l'université de Liège dans le domaine du Sart-Tilman.

 chantier place saint-Lambert_liege_1980.jpg  Le chantier de la place Saint-Lambert vers 1980. Une partie de tout ce béton enfoui inutilement (il était initialement question d'une importante gare des bus) sera récupéré pour devenir le parking Saint-Lambert, situé sous l'actuel îlot Saint-Michel.

place saint-lambert_liege_1992.jpg  La place Saint-Lambert en 1992. Il y a presque deux décennies qu'a commencé la « saga » de la place-Lambert !


  En 1994, un appel d'offres est lancé pour l’aménagement de ce terrain en friche urbaine depuis des années. C'est le groupe immobilier CODIC* qui remporte le marché en 1996 et débute le chantier en octobre 1997.
* Également maître d'ouvrage du centre commercial Belle-Île.

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Codic choisit de développer quatre bâtiments différents, construits autour de voiries piétonnes, confiés à divers bureaux d’architecture (Bruno Albert, François Lemaire, Philippe Gérard, Bernard Herbecq, Quang Tuan Linh) sous la houlette de l’architecte coordonnateur Claude Strebelle. L’aménagement des jardins-terrasses est confié à l’architecte-paysagiste Jean-Noël Capart. Le maître de l'ouvrage fait appel aux entrepreneurs Galère et Wust.

  Voici une série de photos du chantier de l'îlot Saint-Michel en 1998 :

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Le chantier de l'îlot Saint-Michel vu depuis la rue Clémenceau.


ilot saint-michel_liege_2000.jpg  L'îlot Saint-Michel tout neuf en décembre 2000, vu depuis le dernier étage de l'ancien Grand Bazar de la place Saint-Lambert.

  Nous verrons plus loin que l'appellation « Saint-Michel » trouve son origine dans l'histoire du quartier. En avril 2011 pourtant, l'endroit est rebaptisé » « Espace SainMichel ». « Sain » sans « t » : il ne s'agit évidemment pas d'une faute de frappe, mais d'une allusion à la santé, pour lancer un projet original : offrir au consommateur une façon différente et agréable de faire son shopping, dans « un espace respectueux de l’environnement où l’accent est mis à différents niveaux pour le bien-être de tous ».

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Les rues piétonnes de l'Espace SainMichel

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1 : la rue Saint-Michel / 2 : la place Saint-Michel / 3 : la rue de la Populaire / 4 : la rue de l'Official.

 
Ces appellations font référence à des voiries ou bâtiments aujourd'hui disparus.

 

  La rue et la place Saint-Michel

 

  Découvrons les lieux avant les démolitions qui ont caractérisé les années 1970 (la flèche désigne l'ancienne place Saint-Michel) :

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place saint-lambert_liege_annees 1950.jpg  La place Saint-Lambert et la place du Maréchal Foch dans les années 1950. Tout l'espace au-delà du trait rouge est aujourd'hui occupé par l'îlot Saint-Michel. À la pointe de la flèche, se trouve la rue Joffre qui existe toujours.

  Vous trouverez davantage de renseignements sur la place Foch (anciennement place Verte) en cliquant ICI.

rue joffre-liege.jpg  Dans le cadre rouge, la rue Joffre au début des années 1960, avec l'équivalent en 2007. Dans le cadre bleu : la rue de l'Official, dont nous reparlerons plus loin.

rue de l'official-liege-1961.jpg  La rue de l'Official en 1961. À droite, juste après l'enseigne BP, s'ouvre la rue Saint-Michel, qui mène à la petite place du même nom.

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La place de la République française en 1976. C'est derrière les arbres qu'aboutit la rue de l'Official.

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On accède aussi à la place Saint-Michel en empruntant la rue Haute-Sauvenière.

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La place Saint-Michel à la fin des années 1960.


  Selon le chroniqueur médiéval Jean d'Outremeuse*, un château Saint-Michel aurait existé dès le VIIIe siècle sur la colline où se trouvent la rue et la collégiale Sainte-Croix. Une chapelle, en ses murs, consacrée à l'archange-chevalier**, aurait donné son nom à l'édifice.

* Chroniqueur liégeois du XIVe siècle, connu pour son imagination débordante.
** Le prince des anges qui a terrassé le dragon (Satan).


 
En réalité, le culte de Saint-Michel est très répandu à Liège au Moyen Âge, et une église paroissiale est érigée en Haute-Sauvenière au début du XIe siècle. On la voit ci-dessous (désignée par la flèche) sur un fragment de la gravure de Milheuser (1649) :

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  Modifiée à plusieurs reprises, cette église est réédifiée au début du XVIIIe siècle. Elle présente alors une forme hexagonale, comme le montre le document ci-dessous datant de 1720 :
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  On sait le sort réservé aux bâtiments religieux à la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. L'église Saint-Michel est désaffectée dès 1801, servant notamment d'atelier de carrosserie. Vendue en 1824, elle est démolie peu de temps après. Le terrain devenu libre finit par appartenir à la famille Desoër de Solières, propriétaire aussi de l'immeuble Renaissance italienne situé à l'angle de la rue Haute Sauvenière.

hotel desoer-liege-1919.jpg  Construit au milieu du XVIe siècle, l'hôtel Desoër de Solières porte en fait le nom de la famille qui l'a possédé au XIXe siècle. La photo ci-dessus nous le montre au début du XXe siècle, avant qu'il ne soit vendu en 1919 à un particulier qui le transforme en maison de commerce.

  Ci-dessous, une enfilage de trois photos qui constituent une vue panoramique de la place Saint-Michel dans les années 1950 (agrandissez l'image en cliquant dessus) :

place saint-michel_liege_annees 1950.jpgOuvert en octobre 1954, le cinéma Caméo deviendra le Clichy en 1973, lequel fermera en 1976.

place saint-lambert_liege_demolitions annees 1970.jpg  Au cours des années 1970, le côté occidental de la place Saint-Lambert est dévasté par les démolitions dont nous avons parlé plus haut.

place saint-michel_liege_demolitions 1978.jpgL'hôtel Desoër de Solières en 1978, complètement abandonné.

place saint-michel_liege_terrain vague 1981.jpg  1981. Le quartier Saint-Michel et la place Foch ont disparu, et cette friche urbaine va servir de parking pendant une quinzaine d'années. À droite de l'hôtel Desoër, l'hôtel de Bocholtz* vient d'être restauré pendant une dizaine d'années, à la suite de son acquisition en 1967 par le groupe Paribas.

* Autre demeure patricienne de style Renaissance, aménagée du milieu du XVIe siècle par Arnold de Bocholtz, chanoine de la cathédrale de Liège. Le bâtiment a été acheté en 2013 par François Fornieri, patron de la firme pharmaceutique Mithra, dans le dessein d'en faire un « centre d'émulation pour le monde culturel, politique et scientifique ».

hotel de bocholtz-liege-1980.jpgL'hôtel de Bocholtz en 1980 (Paribas) ▲ et 2007 (Dexia)▼hotel de bocholtz-liege-2007.jpg

 

place saint-michel_liege_1985.jpg  Au milieu des années 1980, une aile de l'hôtel Desoër de Solières est squattée par le centre d'expression artistique « La Courte Échelle », à la recherche de locaux. C'est la Communauté française qui est alors propriétaire des lieux, mais ceux-ci restent à l'abandon, faute de moyens financiers pour les restaurer.

  En septembre 1995, le bâtiment est fortement endommagé par un incendie. Propriété depuis peu de la Région wallonne, il fait l'objet de travaux d'urgence pour l'empêcher de s'effondrer partiellement, puis il faut attendre 2001 pour que débute une réelle restauration, selon le projet élaboré par le bureau d'architecture Philippe Greisch.

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La rue Haute-Sauvenière à la fin des années 1990, avec l'hôtel Desoër en attente de restauration.

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Le chantier de restauration de l'hôtel Desoër en mars 2002.

hotel desoer-liege-inauguration 2003.jpg  L'inauguration en mai 2003. L'architecte a réussi à conserver la façade d'origine et lui a ajouté une audacieuse extension contemporaine.

  Ci-dessous, deux photos de l'actuelle place Saint-Michel (2005 et 2007). L'hôtel Desoër abrite désormais un Espace Wallonie, centre d'accueil, d'information et de culture :
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Quant à la rue Saint-Michel actuelle (dont le tracé ne correspond plus à celui d'antan), elle constitue l'artère principale du complexe, reliant la place Saint-Lambert à la rue Haute Sauvenière. La voici en 1999, puis en 2005 :
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La rue de la Populaire

rue de la populaire-liege-2014(1).jpg  La rue de la Populaire vue depuis la place de la République française▲ et depuis l'intérieur de l'îlot Saint-Michel ▼
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Cette voirie ne rappelle pas une rue d'autrefois, mais un bâtiment emblématique de l'ancienne place du Maréchal Foch (appelée place Verte avant 1919, voir l'article consacré spécifiquement à ce sujet).

place verte-liege-debut XXe(2).jpg  Ci-dessus, la place Verte à l'aube du XXe siècle. L'immeuble qui arbore un drapeau noir est La Populaire, maison du peuple et siège du POB (parti ouvrir belge, ancêtre du PS, le parti socialiste). Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
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  La société coopérative La Populaire est fondée en 1887. Le 1er mai 1894 (jour symbolique), elle s'installe définitivement place Verte, dans l'ancien hôtel de Méan* existant depuis 1662. Elle comporte un café, une salle de réunion et un magasin où « les travailleurs socialistes peuvent se fournir en denrées alimentaires aux meilleures conditions ». En 1898 , l'architecte Paul Tombeur réaménage les lieux et y ajoute une vaste salle des fêtes.

*
Ironie du sort, le parti du peuple établit son siège dans l'immeuble d'une des familles les plus aristocratiques de l'Ancien Régime (dont est même issu le dernier prince-évêque François-Antoine-Marie-Constantin de Méan).

café le phare avant 1894.jpg  À gauche du document ci-dessus, on découvre l'immeuble de Méan avant l'installation de la coopérative La Populaire, et même avant les transformations dues à l'architecte Paul Tombeur. Il est mitoyen d'un élégant café-restaurant appelé Au Phare (inauguré en 1891, avec une lanterne à feu tournant située sur le toit).

populaire-liege-1912.jpg  Le 3 juin 1912, La Populaire sert de refuge à des manifestants qui revendiquent le suffrage universel. La gendarmerie intervient et ouvre le feu. Le bilan du drame est lourd : quatre morts (trois militants socialistes et un enfant) et une vingtaine de blessés ! Les petits ronds blancs, sur la carte postale ci-dessus, sont les impacts des balles tirées par la maréchaussée.

place foch-liege-vers 1920.jpg  Après la première guerre mondiale (la place Verte est devenue la place du Maréchal Foch), l’histoire de La Populaire (la flèche) se confond avec celle de l’Union coopérative de Liège, qui acquiert le Grand Hôtel (l'imposant immeuble blanc à l'angle de la place Saint-Lambert), pour en faire le siège de ses magasins dès 1923.

places saint-lambert et foch_liege_annees 1930.jpg  Carte des années 1930, avec l'ancien Grand Hôtel devenu les Grands Magasins de l'Union coopérative, lesquels rivalisent « avec les grandes enseignes bourgeoises situées en face ».

populaire-liege-question royale.jpg  La Populaire pendant la Question royale, les socialistes prônant de voter « non » lors de la consultation populaire du 12 mars 1950, organisée par le gouvernement avant de se prononcer sur le retour au pouvoir du roi Léopold III.

la populaire-liege-annees 1960.jpg  La Populaire au début des années 1960, avec son café-restaurant proposant des prix démocratiques. À la fin de la décennie précédente, la coopérative a acquis le café Au Phare et l'a remplacé par un immeuble moderne qui complète les Grands Magasins établis dans l'ancien Grand Hôtel.

place saint-lambert_phare_liege_1968.jpg  Dans les années 1960, les Grands Magasins de l'Union coopérative ont d'ailleurs adopté le nom de Phare. En couleurs sur la gauche de la carte postale ci-dessous :
place saint-lambert_liege_annees 1960.jpg  À remarquer « l'homme au bouclier » sur le toit de l'immeuble, publicité pour la Prévoyance sociale, société coopératives d'assurances créée en 1907.

rue de l'official-liege-1972.jpg  La Populaire et le Phare en 1972, à la veille d'être démolis dans le cadre des délires urbanistiques de cette décennie.

populaire-pare-liege-milieu annees 1970.jpg  La Populaire a été détruite en 1974. La façade a été démontée pierre par pierre, et tous ses éléments sont conservés dans un entrepôt communal, en attente d'une hypothétique reconstruction !

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La démolition du Phare vers 1975.

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Fin des années 1970 ▲ et en 2006 ▼
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La rue de l'Official

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La voici dans l'autre sens, prolongée au-delà des escaliers par la rue de la Populaire.

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  Ci-dessous, le même endroit en 1974, juste avant les démolitions qui vont marquer la suite de cette décennie :
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  Quelle est l'origine de l'appellation « Official » ?

 
Sous l'Ancien Régime, ce mot désigne un magistrat ecclésiastique ainsi que le tribunal relevant de sa juridiction. Replongeons-nous au milieu du XVIIe siècle grâce à la gravure de Julius Milheuser :
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  Les bâtiments compris entre la place aux Chevaux et la place Verte, les voici reproduits par le dessinateur Alfred Ista :
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La rue de l'Official en 1961, vue depuis la place du Maréchal FOCH ▲ et depuis la place de la République française ▼
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02/06/2016

Les anciens remparts d'Outremeuse, du pont d'Amercœur à la tour en Bêche

plan 1574.jpg  Ce chapitre s'intéresse aux anciens remparts d'Outremeuse compris entre le pont d'Amercœur (1) et la tour en Bêche (2), remparts établis le long de l'Ourthe qui leur servait de fossé. La gravure ci-dessus, qui nous reporte en 1574, est due au cartographe flamand Frans Hogenberg (cliquez ICI pour ouvrir ce document au format PDF).


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   La même ligne de fortification en 1649 (gravure de Julius Milheuser). Elle borde les terres de Bêche*, principalement champêtres à l'époque de ce document.

* Ces terrains s'appellent ainsi parce qu'ils se terminaient autrefois en forme de pointe, de bec (bètch en wallon).



  Le pont et la porte d'Amercœur

plan_1737.jpg  Ce plan de 1737 est l’œuvre du révérend père Christophe Maire. Au bout de l'axe principal qui traverse Outremeuse (les rues Chaussée des Prés, Puits-en-Sock et Entre-deux-Ponts*), le pont d'Amercœur franchit l'Ourthe et constitue le point de départ du chemin vers l'Allemagne.

* La rue Entre-deux-Ponts (entre les ponts Saint-Julien et d'Amercœur) est aujourd'hui absorbée par la rue Puits-en-Sock.


pont et porte d'amecoeur_liege_1770.jpg  Il a existé un pont d'Amercœur dès le XIe siècle ; l'ouvrage a maintes fois été remplacé pour avoir subi les fureurs des crues, de la foudre ou de la guerre. Le dessin ci-dessus nous montre la situation en 1770. Le pont en pierre a été construit en 1741. Quant à la porte fortifiée, elle a été érigée de 1539 à 1541*. Le bastion a dû être réparé à la suite des bombardements effectués en juin 1691 par l'artillerie française du marquis de Boufflers**.

* Une porte d'Amercœur est citée dans certains documents antérieurs à ces dates, mais sans jamais lui conférer une telle ampleur défensive.
** Louis IV voulait punir la principauté de Liège de s'être alliée aux ennemis de la France.


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  L'ancienne porte fortifiée du pont d'Amercœur a inspiré l'entrée du Vieux Liège lors de l'Exposition universelle de 1905.


amercoeur_liege_1845.jpg  Revenons-en à l'Outremeuse d'antan. À l'avant-plan, les prés Saint-Denis. Puis, à droite de la porte d'Amercœur, les remparts des Récollets, avec la route d'un moulin que fait tourner le bras de l'Ourthe appelé le bief des Grandes Oies. À l'arrière-plan, ce sont les bâtiments du premier hôpital de Bavière et le clocher de l'église Saint-Nicolas-au-Pont (voir cet autre article).

  Le dessin ci-avant a été publié sous le titre « Porte et pont d'Amercœur vers 1845 ». La date pose problème. La porte est identique à celle représentée au XVIIIe siècle, et cet ouvrage a été complètement démoli en 1819, sous le régime hollandais, pour être remplacé dès 1821 par un autre en briques rouges, établi sur les anciennes fondations. En voici une représentation en 1828 (quelle est encore l'utilité d'un pareil système défensif quand on voit avec quelle facilité on accède à la berge ?) :
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pont d'amercoeur_liege_1850.jpg  Le pont d'Amercœur en 1850. À gauche, il ne reste que les soubassements de la porte fortifiée, définitivement détruite en 1846.

 
  En 1853, commence le chantier de la Dérivation de la Meuse (voir cet autre article), canal destiné à remplacer en Outremeuse les nombreux bras de l’Ourthe.

  À la suite de l'approfondissement de l'ancien lit de l'Ourthe devenu un tronçon de la Dérivation, le pont d'Amercœur doit être remplacé ; il est démoli en 1858, et on lui substitue un ouvrage mieux adapté, inauguré en janvier 1859.

  Le nouveau pont ne comporte qu'une seule pile. Au départ, le tablier est en bois* ; c'est en 1876 que la société John Cockerill est chargée de réaliser une structure métallique.

* Condition exigée par les autorités militaires, pour que l'ouvrage soit plus facile à faire sauter, précaution probablement prise vu l'essor du nationalisme allemand et le climat international troublé.


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▲ Le pont d'Amercœur au début du XXe siècle ▼
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  Dès avant le premier conflit mondial, l'édilité communale réclame à l'État un pont plus large, mieux adapté aux besoins du trafic. Elle reçoit en 1913 un refus justifié par des raisons budgétaires, puis les années de guerre apportent d'autres préoccupations. Le pont de 1876, qui survit aux hostilités, servira jusqu'à la fin des années 1920, quand il sera remplacé par un ouvrage métallique en arc.


pont d'amercoeur_liege_construction 1927.jpg  La photo ci-dessus montre l'assemblage des arcs métalliques. À remarquer, à l'arrière-plan, le pont provisoire mis en place pendant le chantier qui va durer de juin 1927 à août 1929.


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Un passage de tramways sur le pont provisoire.

pont d'amercoeur_liege_1927-29.jpg  ▲ Le nouvel ouvrage ne comporte qu'une seule arche supérieure pour soutenir un tablier de 60 mètres de portée ; il ne présente guère d'intérêt artistique▼
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 Voici quatre photos prises en 1975-76, la dernière étant suivie d'une vue actuelle :pont d'amercoeur_liege_1975.jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (1).jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (2).jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (3).jpgpont d'amercoeur_liege_2016.jpg

 

pont d'amercoeur_liege_1979 (2).jpg  Nous sommes en 1979. Le pont d'Amercœur va bientôt être remplacé lors de la modernisation des quais de la Dérivation. Le chantier, attribué à la société Franki, durera jusqu'en 1981.


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Une passerelle enjambe la Dérivation pour faire passer les câbles de chantier.


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Un pont provisoire est établi le temps de démonter l'ancien et construire le nouveau.


pont d'amercoeur_liege_chantier 1979.jpg  Vue aérienne permettant de voir l'ancien pont, le pont provisoire, la passerelle et les travaux d'aménagement des quais.


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Le démontage de l'ancien pont en 1980.


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▲ La construction du nouveau pont et les tests de charge en 1980 ▼
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chantier quais de la dérivation_liege_1981.jpgL'aménagement de tunnels routiers pour améliorer la circulation sur les quais (photo de 1981).


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Vue aérienne actuelle réalisée grâce à Bing Maps.


 

 La ligne de remparts devenue le quai de l'Ourthe


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Le quai de l'Ourthe en 2004.

  Le quai de l'Ourthe porte ce nom parce que le tronçon de la Dérivation qu'il longe était autrefois un bras de cette rivière.


plan_1647.jpg  Ce quai a remplacé les anciens remparts qui s'étendaient, en bordure de l'Ourthe, du pont fortifié d'Amercœur (1) à la tour en Bêche (2). Autre points de repère sur cette Eau-forte de 1647, due au graveur suisse Mathieu Merian : l'église et le pont Saint-Nicolas (3) et le pont Saint-Julien (4), dans l'axe Chaussée des Prés, Rue Puits-en-Sock et rue Entre-deux-Ponts.


rempart_beche_liege_1649.jpg  Ce mur d'enceinte, composé de courtines et bastions, date probablement du second quart du XVIe siècle. On le voit ci-dessus (gravure de Julius Melheuser, 1649) après sa reconstruction en 1635.

  Les fortifications subissent d'importants dégâts en juin 1691, à la suite des tirs d'artillerie ordonnés par le maréchal français de Boufflers. En juillet 1794, elles sont la cible des Autrichiens qui bombardent Amercœur avant de quitter Liège pour laisser la place aux troupes
françaises victorieuses.

  Sous le régime hollandais (1815-1830), le gouvernement ordonne le démantèlement de la partie crénelée des remparts, devenus inutiles comme moyen de défense. Le chemin de ronde en terre-plein finit par devenir un quai.

  La voirie ainsi créée est d'abord appelée la rue des Remparts ou quai de Bêche comme sur ce plan communal de 1828 :
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  Au départ, le quai est étroit (deux charrettes ne peuvent pas circuler de front). Il est pavé en 1837, et un parapet est construit en 1844 avec les pierres récupérées du mur d'eau du canal de Sauvenière.

  Puis c'est l'époque du chantier de la Dérivation (1853-63). C'est l'appellation quai de l'Ourthe qui prévaut désormais en souvenir de l'ancien bras de rivière. En 1862-63, il est procédé en divers points à la restauration du mur d'eau ; on en profite pour installer des garde-corps métalliques.


approfondissement derivation_liege_1890.jpg  À la suite des inondations catastrophiques de 1880, de nouveaux aménagements sont apportés au réseau hydrographique liégeois. En 1890, ont lieu des travaux approfondissement et de canalisation de la Dérivation.


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Le quai de l'Ourthe (à gauche) à la fin du XIXe siècle. À l’arrière-plan, le pont d'Amercœur.


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À l'aube du XXe siècle.


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Au début des années 1960.

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Vers 1974-1975.


quai de l'ourthe_liege_1962 (2).jpg  Le quai de l'Ourthe (à gauche) vu depuis le pont de Longdoz au tout début du XXe siècle. La tour Georges Simenon ne sera érigée qu'en 1963.


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Le même endroit de nos jours.


place gobert_liege_1975.jpg  À l'autre extrémité du quai de l'Ourthe, près du pont d'Amercœur, se trouve la place Théodore Gobert*, avec la statue dédié au général Bertrand**. La photo ci-dessus date de 1975-1976.

* Théodore Gobert (1853-1933), historien liégeois et archiviste provincial. Ses écrits sur les rues de Liège et l'histoire régionale lui ont valu une grande renommée.
** http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/lieux-de-memoir...


chantier_place gobert_liege_1981.jpg  Le chantier du pont d'Amercœur et de ses accès (1979-81) a modifié l'emplacement de la statue et la configuration de la place Théodore Gobert.


pont de longdoz liege_1976.jpg  Le pont de Longdoz* en mars 1976. L'année précédente, ont été décidés d'importants travaux pour remplacer cet ouvrage et moderniser les quais qui y aboutissent. Les deux piles posées en aval, destinées à supporter une passerelle, annoncent un chantier qui va durer jusqu'en 1978.

* Ouvrage métallique construit depuis 1939.


quai de l'ourthe_liege_1975 passerelle chantier.jpg  Le quai de l'Ourthe en 1976. Dans le fond à gauche, on aperçoit la passerelle permettant aux piétons de traverser la Dérivation entre la rue Grétry et la place Sylvain Dupuis (jonction entre les quais de l'Ourthe et de la Boverie).


passerelle longdoz_liege_1976.jpg
Zoom avant sur cette passerelle et le pont de Longdoz qu'on va bientôt démolir.


passerelle longdoz_liege_1976 (2).jpg
La rampe de la passerelle du côté de la place Sylvain Dupuis.


pont villette_liege_1976.jpg  Un pont provisoire est établi à la hauteur des rues Strailhe (quai de l'Ourthe) et Villette (quai de Longdoz). La population le surnomme souvent le pont Villette.


pont villette_liege_1976 (2).jpg
Le pont Villette en novembre 1976, vu depuis la passerelle.


chantier tunnel routier_longdoz_liege_1978.jpg
Le chantier, en 1978, du tunnel routier entre les quais de l'Ourthe et de la Boverie.


longdoz_liege_1978.jpg
Le même chantier dans l'autre sens.


longdoz_liege_google maps.jpg
La configurations des lieux actuellement.

 

 

 

(en cours de réalisation)

 

À suivre : la tour en Bêche

 

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12:56 Écrit par Claude WARZÉE dans Outremeuse | Commentaires (6) |  Facebook |

15/05/2016

Outremeuse : le monument Tchantchès et un peu d'histoire du quartier

tchantchès liège.jpg  Cliquez ICI pour accéder à une page spécialement consacrée à la légende de Tchantchès, célèbre héros folklorique liégeois.

  En 1914 déjà, l’écrivain liégeois Isi Colin propose d'ériger en Outremeuse un monument dédié à Tchantchès, mais la première guerre mondiale engendre d'autres préoccupations. La société « Le Vieux Liège » relance l'idée en 1922, et à la suite d’un concours, c'est le projet du sculpteur Joseph Zomers qui est retenu. Des problèmes financiers en retardent malheureusement la réalisation* : il faut attendre 1935 pour que l’échevin des travaux Georges Truffaut entame la procédure des travaux du monument, lequel sera inauguré le 27 septembre 1936. Le piédestal et son environnement ont été conçus par l'architecte Émile Bernimolin.

* Ce qui fait que Joseph Zomers, qui meurt en 1928 après avoir présenté l'esquisse de sa statue, ne verra jamais son œuvre définitive.


monument tchantchès 1936.jpg  La statue de Zomers représente une hiercheuse* qui brandit la marionnette de Tchantchès telle un flambeau de la liberté.

* Une hiercheuse, à l'époque des charbonnages, était une ouvrière chargée de pousser les wagonnets.


monument tchantchès_outremeuse_liege_2016.jpgoutremeuse_liege_bing maps.jpg  Le monument (dans le cercle rouge) est situé près du rond-point dit du pont Saint-Nicolas (1), à l'intersection des rues Surlet (2) et Puits en Sock (3). Autres points de repère : le boulevard Saucy (4), la chaussée des Prés (5), le boulevard de l'Est (6) et la place de l'Yser (7).

Les trois vues qui suivent nous reportent dans les années 1950-60 :monument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950 (2).jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950.jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège.jpg

 

tchantchès policier.jpg  Comme Manneken-Pis à Bruxelles, Tchantchès possède des centaines de costumes offerts par des institutions officielles ou groupes folkloriques. Le voici intronisé policier en 1959.

* * * * *


rond-point pont-saint-nicolas_outremeuse_liege_2016.jpgPourquoi la chaussée du rond-point s'appelle-t-elle la rue Pont-Saint-Nicolas ?

Comparons les deux vues qui suivent :
pont saint-nicolas_outremeuse_liege_remont_1865.jpgbd saucy_liege_2016.jpg

  La gravure ancienne, réalisée d'après un dessin de Charles Remont, représente le bief de Saucy* vers 1865, bras de l'Ourthe enjambé par le pont Saint-Nicolas. Les bâtiments à l'arrière-plan sont ceux du tout premier hôpital de Bavière, à l'emplacement de l'actuelle place de l'Yser. La photo contemporaine montre bien le même endroit, mais le site hospitalier n'existe plus, et le cours de l'Ourthe a été comblé depuis longtemps pour être remplacé par des voiries.

* Saucy, tout comme saussaie, dérive du bas latin saucetum et désigne un lieu humide planté de saules.


plan ourthe_moulins_outremeuse.jpg  Autrefois, le quartier d'Outremeuse est parcouru de nombreux bras de la Meuse et de l'Ourthe, lesquels actionnent des moulins. Cliquez ICI pour accéder au plan ci-dessus dans une meilleure résolution.


plan_liège_1737.jpg
  Le plan ci-dessus a été réalisé en 1737 par Christophe Maire. Les eaux du bief de Saucy (1), en aval du pont Saint-Nicolas (2), se scindent pour former une île, sur laquelle le prince-évêque Ernest de Bavière a fondé, au début du XVIIe siècle, un hôpital que l'on a pris l'habitude de désigner de son nom (3).

  Le pont relie les rues Chaussée des Prés* et Puits-en-Sock*. Remarquons (toujours sur le plan ci-dessus) que le symbole d'un édifice religieux figure à l'entrée de l'ouvrage, à l'angle de la rue Chaussée des Prés et de la rivière. Il s'agit de l'ancienne église Saint-Nicolas-au-Pont, fondée au XIIe siècle et aujourd’hui disparue.

* Une famille de haut lignage, les « des Prés », habitaient jadis sur ces terres proches du pont des Arches.
** Le mot « puits » fait allusion à un puits d'eau potable qui desservait autrefois le quartier. On le disait «en Chok », appellation associée (mais je sais pas pourquoi) à diverses familles illustres des siècles passés.


plan_liège_1649.jpg  Ce détail de la gravure de Julius Milheuser nous montre le pont et l'église Saint-Nicolas en 1649. L'église participe au système défensif de la ville, avec sa tour servant de porte fortifiée, comme on le voit aussi sur cette peinture du journaliste et artiste liégeois Charles Bury (1895-1980) :

église saint-nicolas_outremeuse_liege_1620_dessin charles bury.jpg


 

place grétry_liège_outremeuse_fin XIXe.jpg  L'église Saint-Nicolas-au-Pont est démolie en 1805 sous le régime français. En 1810, son emplacement est transformé en petite place que l'on décore de rangées d'arbres et que l'on inaugure l'année suivante. Un parapet la sépare du bras d'eau. Le conseil communal choisit le nom de place Grétry pour commémorer ce musicien liégeois (1741-1813) né rue des Récollets en Outremeuse. Le dessin ci-dessus nous reporte vraisemblablement au milieu du XIXe siècle. Voici le même endroit de nos jours (le pointillé rouge indique le tracé du pont disparu) :
boulevard de l'est_outremeuse_liege_2016.jpg

 

église des récollets_outremeuse_fin XIX.jpg  À la suite du Concordat de 1801, c'est l'église des Récollets qui devient paroissiale et reprend le patronyme de Saint-Nicolas. Le document ci-dessus nous la montre au XIXe siècle, à l'époque des bras de l'Ourthe.

église saint-nicolas_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg

Le même endroit sur une carte postale colorisée du tout début du XXe siècle.


église des récollets_outremeuse_liège_2016.jpg   L'église Saint-Nicolas de nos jours. À côté, l'ancien couvent des Récollets a été totalement rénové et transformé en auberge de jeunesse.


pont saint-nicolas_outremeuse_liège_béthune_1850.jpg  Le pont Saint-Nicolas et l'hôpital de Bavière en 1850 (Léon Béthune, Vieux Liège, recueil de vues rares et inédites, ouvrage paru pour la première fois en 1892).

 

* * * * *


  Au milieu du XIXe siècle, Outremeuse est un quartier populeux, insalubre et malsain. Une population miséreuse s'entasse dans des rues étroites et tortueuses, logée dans des taudis. Les bras de rivière sont devenus des égouts à ciel ouvert ; ils sont la cause de fréquentes inondations et épidémies.

outremeuse plan projet Kummer 1852.jpg   http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1488

  Ce plan a été dressé en 1852 par l'ingénieur en chef Kummer, des Ponts et Chaussées (cliquez ICI pour l'ouvrir au format PDF en meilleure résolution). Il présente ses projets de simplification du réseau hydrographique, comme le redressement de la Meuse en Avroy et la création d'une Dérivation du fleuve, chantier colossal qui durera de 1953 à 63 (voir autre article).

  En Outremeuse, ce plan montre aussi le nouveau quartier de la place Delcour et des rues rectilignes qui y convergent. Subsistent hélas des biefs qui continuent à menacer la santé publique, comme celui qui suit le tracé des actuels boulevard Saucy (1), de l'Est (2) et de la Constitution (3).


  En 1866, une épidémie de choléra tue 2630 Liégeois ; le quartier le plus touché est Outremeuse avec 765 victimes. En 1871, Hubert-Guillaume Blonden, directeur des Travaux publics de la Ville, lance un plan d'assainissement pour supprimer les bras de l'Ourthe et créer de nouvelles voiries équipées d'égouts. Les comblements débuteront en 1872.


blonden assainissant outremeuse 1871.jpg  En octobre 1871, le journal satirique liégeois « Le Rasoir » publie en couverture cette caricature de Blonden assainissant Outremeuse.


bief saucy_outremeuse_1870.jpg  Le bief de Saucy vers 1870, deux ans avant le début de son comblement. Dans le fond, on aperçoit le pont Saint-Nicolas et l'ancien hôpital de Bavière. L'écluse, à gauche, permet une communication avec la Meuse (voir sur les plans anciens présentés plus haut).


boulevard saucy_liege_debut XXe.jpg
Le boulevard Saucy au début du XXe siècle. Une double rangée d'arbres existe depuis 1876.


boulevard saucy_liège_2016.jpg
La même perspective de nos jours.


rues puits en sock et surlet_liege_outremeuse_debut XXe.jpg  À l'angle des rues Puits-en-Sock et Surlet* au tout début du XXe siècle. Rappelons que c'est dans l'axe de la rue Puits-en-Sock que se trouvait autrefois le pont Saint-Nicolas.

* Cette rue n'est pas totalement achevée quand le conseil communal lui donne le nom, en 1846, de Louis le Vieux dit Surlet, riche bourgeois bienfaiteur des hospices au XIIIe siècle.




Comblement bief bvd de l'est.jpg

L'église Saint-Pholien* vue en 1874 depuis le bief en cours de comblement (futur boulevard de l'Est).


* La tour de l'église Saint-Pholien a été érigée de 1835 à 1842 selon les plans de l'architecte Julien Rémont (la coupole qui la surmonte sera enlevée en 1893 pour des raisons de sécurité). Le corps de l'édifice est une réédification progressive de l'église précédente qu'il fallait agrandir, tâche confiée à l'architecte Évariste Halkin.


boulevard de l'est_liege_2016.jpg  L'église n'est plus la même, et son environnement a bien changé ! Le rectangle rouge représente le contenu de la photo précédente.


maison porquin_outremeuse_liège_fin XIXe.jpg

  Mais revenons-en à la situation du tout début du XXe siècle. Cette carte colorisée met en évidence l'ancienne église Saint-Pholien et la maison dite « Porquin », du nom de Bernardin Porcini, le banquier lombard qui l'a fait construire en 1570. Cette « maison » aux allures de demeure seigneuriale était située sur l'île circonscrite par les bras de l'Ourthe juste en aval du pont Saint-Nicolas (emplacement de l'actuelle place de l'Yser) ; elle a été acquise en 1583 par le prince-évêque Ernest de Bavière, qui l'a cédée en 1603 à la confrérie de la Miséricorde chrétienne pour en faire un hospice, l'hôpital de la Miséricorde bien vite surnommé l'hôpital de Bavière. La maison Porquin s'est rapidement vu adjoindre des constructions supplémentaires pour devenir un domaine hospitalier important. Si elle apparaît seule sur la carte postale, c'est que les autres bâtiments ont été démolis à l'extrême fin du XIXe siècle, après le déménagement de l'hôpital dans ses nouvelles installations des Prés Saint-Denis. Malgré les protestations des défenseurs du patrimoine, elle finira aussi par disparaître en 1904, la Ville ayant décidé d'aménager là une nouvelle place publique.


ponçay_liege_fin XIXe.jpg  Cette place publique en devenir, la photo ci-dessus nous la montre à la charnière des XIXe et Xe siècle. Les bâtiments de l'ancien hôpital ont été détruits, comme vont bientôt l'être les masures qui s'étendent de la rue Puits-en-Sock (l'immeuble désigné par la flèche en est l'actuel n° 5) à l'église des Récollets (église paroissiale Saint-Nicolas depuis 1804). Il y avait là, avant 1874, un bras de l'Ourthe et une impasse dite du Ponçay*. En 1908, la place prend le nom de place de Bavière, et la voirie qui la borde dans le prolongement du boulevard Saucy est baptisée la rue Henri de Dinant**.

* Ponçay est la forme wallonne de ponceau, qui provient du latin pons. Il s'agirait du nom donné à une partie de l'ancien pont Saint-Nicolas.
** Henri de Dinant, bourgmestre de Liège au milieu du XIIIe siècle, s'est opposé au prince-évêque Henri de Gueldre.


rue henri de dinant_liege_2016.jpg
La rue Henri de Dinant de nos jours.

plan liège blonden 1880.jpg  Le quartier d'Outremeuse sur le plan de Blonden en 1880. Les boulevards Saucy, de l'Est et de la Constitution ont remplacé les biefs de l'Ourthe. Le premier hôpital de Bavière est toujours là, et des pointillés représentent des voiries en projet, comme les rues Ernest de Bavière et Henri de Dinant, qui seront réalisées en 1907-1908 pour délimiter la future place de Bavière.


église saint-pholien_outremeuse_fin XIX.jpg  L'église Saint-Pholien à la charnière des XIXe et XXe siècle, près de la jonction entre les boulevards de l'Est et de la Constitution.


pont lépopold_liège_tt début XXe.jpg  Découvrons les lieux depuis le pont des Arches (qu'on appelle aussi le pont Léopold à l'époque). Les autorités communales rêvent de créer une large artère rectiligne pour relier ce pont et les nouveaux boulevards conquis sur l'Ourthe.


place st-pholien_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg  La place Saint-Pholien à l'aube du XXe siècle. Certes, l'ancienne rue Derrière Saint-Pholien, devenue rue Saint-Pholien, a été rectifiée et élargie au-delà de l'église, mais il est évident que celle-ci obstrue le passage. Comme l'édifice présente un état de délabrement prématuré, dû à des malfaçons, il est décidé d'en reconstruire un autre à l'écart de la chaussée, conformément à un nouveau plan de voirie.


rue st-pholien_liège_2016.jpg  La place et la rue Saint-Pholien de nos jours. Cette dernière a été conçue dès la fin du XIXe siècle pour devenir l'entrée principale vers Outremeuse, en remplacement de la rue Chaussée des Prés (la flèche).

chaussée des prés_outremeuse_tt début XXe.jpg
La rue Chaussée des Prés au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼
chaussee des pres_liege_2016.jpg



églises saint-pholien_outremeuse_liège_1910.jpg  C'est dès 1910 que l'église Saint-Pholien du XIXe siècle est démolie et que commence la construction de sa remplaçante, conçue dans le style néogothique par l'architecte Edmond Jamar.


place de l'yser_liege_debut XXe.jpg  La nouvelle église Saint-Pholien a été consacrée en mai 1914. Quant à la place de Bavière, elle a été rebaptisée place de l'Yser en 1918, en commémoration des soldats morts sur ce front pendant la première guerre mondiale.


saint-pholien_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


bd de la constitution_liege_2016.jpg
En face du boulevard de l'Est, débute le boulevard de la Constitution.

barbou_liege_1861.jpg  Le bief devenu le boulevard de la Constitution s'appelait le Barbou, que le document ci-dessus représente en 1861. À la suite du bief de Saucy, ce bras de rivière était jadis un cours d'eau où l'on s’adonnait beaucoup à la pêche. Le terme « barbou » est à rapprocher de « barbeau », le poisson de rivière.


barbou_outremeuse_XIXe.jpg  Dessin du Barbou en 1872, juste avant son comblement (le chantier durera jusqu'en 1876). Remarquons les installations de pêche. On parle pourtant, à l'époque, de cloaques infects qui reçoivent les immondices du voisinage !


boulevard de la constitution_liege_1904.jpg  Le boulevard de la Constitution au début du XXe siècle. À gauche, on voit l'entrée d'une caserne de lanciers*. Dans le fond à droite, à l'angle que forme le boulevard avec la rue des Bonnes Villes, on aperçoit une des tourelles du nouvel hôpital de Bavière inauguré en 1895.

* Les bâtiments de la caserne Fonck sont aujourd'hui occupés par l'ESA Saint-Luc (école supérieure des Arts).


baviere_liege_fin XIXe.jpgL'hôpital de Bavière à la charnière des XIXe et Xe siècle.

 

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13/04/2016

La place des Déportés et le pont Saint-Léonard (ou Maghin)

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

vue aerienne_esplanade saint-leonard_liege.jpg
La situation actuelle de la place des Déportés et de l'esplanade Saint-Léonard (lien Bing Maps).


  Cet emplacement est celui de l'ancien fossé défensif de Saint-Léonard, creusé au XIIIe siècle et alimenté en eau par la Meuse pour servir de douve* aux remparts nord de la cité**

* Cette pièce d'eau sert aussi de refuge pour bateaux lors des débâcles et forts débits du fleuve.
** Ces remparts sont aussi appelés le bastion des Walles, terme wallon issu du latin « vallum » qui désigne le terre-plein d'une fortification.

liege_milheuser_1649.jpg  Cette gravure de Julius Milheuser (1649) nous permet de situer ce fossé (1), ainsi que les portes de Vivegnis (2), Saint-Léonard (3) et Maghin (4), les deux dernières équipées d'un pont-levis. En dehors de l'enceinte fortifiée, le faubourg Saint-Léonard a des aspects de village champêtre.

  Primitivement, les ponts Saint-Léonard* et Maghin** sont donc deux ouvrages distincts appartenant au système défensif de la ville.

* Le quartier doit son nom à un ancien prieuré fondé au XIe siècle et consacré à ce saint.
** « Maghin » était jadis un prénom féminin avant de devenir un patronyme, probablement celui d'une famille locale.

rempart saint-leonard_liege_1755.jpg
Les remparts de Saint-Léonard en 1755. Le fossé apparaît encombré par des atterrissements.

  À la fin du XVIIIe siècle, le fossé de Saint-Léonard est obstrué et en mauvais état. On commence à le combler, et les terrains sont concédés moyennant une faible redevance à des particuliers qui les transforment en jardins. Parmi les bénéficiaires, il y a notamment les habitants de la rue Sur les Fossés (devenue la rue Mathieu Laensbergh), lesquels profitent ainsi d'une parcelle en face de leur demeure.

  En 1806, sous le régime français, le préfet du département de l'Ourthe, Charles Emmanuel Micoud d'Umons, envisage de faire curer les fossés pour y aménager un port aux houilles. Mais le projet n'aboutit pas, et le comblement se poursuit de plus belle.

plan liege regime hollandais 1827.jpg  Le plan ci-dessus nous transporte quelques années plus tard sous le régime hollandais (1815-1830). Le fossé est totalement remblayé, mais les remparts subsistent. La flèche désigne la porte Saint-Léonard, où se trouve la prison de Liège depuis 1738.

porte saint-leonard_liege_1845.jpg  La porte Saint-Léonard en 1845, vue du côté faubourg. Les bâtiments de la prison se trouvent à droite (on n'en voit qu'une partie). Là où marche le personnage, se trouvait précédemment le pont franchissant le fossé défensif.

plan liege 1862.jpg  Plan des années 1860. Les remparts ont été démolis de 1840 à 1863, et une nouvelle prison (on en voit le quadrilatère entre les rues du Nord et Mathieu Laensberg) a été construite de 1847 à 1850, sur des terrains que la Ville a cédés à l'État. Remarquons que l'espace compris entre cette prison et la Meuse est appelé la place Maghin. Avant que cette appellation ne soit officialisée, le peuple avait pris l'habitude de dire « la place du pont Maghin », en souvenir de l'ancien pont-levis de la porte fortifiée de ce nom (le pont Maghin sur la Meuse n'existait pas encore).

prison saint-leonard_liege_entree.jpg▲ L'entrée, rue du Nord, de la prison néogothique Saint-Léonard, conçue par l'architecte bruxellois Joseph-Jonas Dumont. Cet établissement pénitentiaire a été inauguré en 1851 pour les hommes et en 1854 en ce qui concerne l'aile réservée aux femmes (les cartes postales nous reportent au tout début du XXe siècle) ▼

prison saint-leonard_liege_debut XXe.jpg

  Le premier pont Saint-Léonard sur la Meuse

 
En décembre 1858, les entrepreneurs Claes et Flechet sollicitent la concession d'un pont sur la Meuse à la hauteur de la place Maghin, en remplacement d'un ancestral passage d'eau. Ils prennent la construction à leur charge, à condition que la Ville leur accorde de percevoir les droits de péage et aménage les quais de la rive droite, du pont des Arches à Dos Fanchon.

  Étudiant le projet, Hubert-Guillaume Blonden, ingénieur en chef des travaux de la Ville, propose de décaler l'ouvrage légèrement en amont, dans l'axe de la rue du Nord (actuelle rue de la Résistance), que le prolongement du pont rejoindrait par une rampe en pente douce. Cette modification suppose la disparition de la caserne des pontonniers et de trois maisons de la rue Féronstrée, mais le but est de préserver la place Maghin.

  Le plan qui suit, en date de 1860, préfigure la réalisation du projet avec les changements apportés par Blonden. Le conseil communal se montre favorable ; il est même envisagé de profiter de l' occasion pour ouvrir de nouvelles rues dans les prés Saint-Denis :
plan_liege_1860.jpg
  Mais les exigences inconciliables des protagonistes finissent par aboutir à l'abandon du projet. En 1866, la Ville décide de se charger elle-même de la mise en œuvre du pont ; l'année suivante, le chantier est adjugé aux entrepreneurs Chèvremont et Piedbœuf, le premier pour les travaux de maçonnerie, le second pour la construction de la superstructure métallique.

  Le pont Saint-Léonard (c'est son nom officiel même si la population l'appelle fréquemment le pont Maghin) est construit de septembre 1867 à juin 1869. Un péage* est établi pour permettre de rembourser l'emprunt que la Ville a dû contracter.

* Les droits de péage seront supprimés en 1883, quand l'État rachètera l'ouvrage.

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1er pont saint-leonard_liege (5).jpg
Les trois travées métalliques du premier pont Saint-Léonard sur la Meuse (1869-1928).

pont maghin_liege_1910.jpg
Carte postale affranchie en 1910.

pont maghin_liege_tram_debut XXe.jpg
Carte postale affranchie en 1914.

pont maghin_liege_avant 1900.jpg
▲ La fabrique que l'on voit à l'arrière-plan (entre les deux piles du pont) est la linière de Saint-Léonard, érigée en 1828 par John Cockerill à l'emplacement de l'ancien couvent des Récollectines ▼

pont maghin_liege_annees 1920.jpg

curtius pont maghin et quai_liege_tt debut XXe.jpg
▲ Le pont Saint-Léonard vu du quai de Maestricht. Le palais Curtius (d
emeure Renaissance de l'industriel Jean de Corte au début du XVIIe siècle) est un musée archéologique à partir de 1909 ▼musee curtius liege entre 1896 et 1928.jpgquai de maestricht_liege_1909.jpg

1er pont saint-leonard_liege (4).jpg
Les activités portuaires le long du quai de Maestricht.

pont maghin_liege_pecheurs 1903.jpg
▲ Parties de pêche en amont du pont du Saint-Léonard ▼
1er pont saint-léonard_liege (1).jpg

pont maghin_liege_corps de balais.jpg
▲ Début du XXe siècle et début des années 1960 ▼
pont maghin_liege_1960.jpg

 


  De la place Maghin à la place des Déportés


1er pont saint-leonard_liege (3).jpgRevenons à l'aube du XXe siècle et empruntons le pont en direction de la place Maghin.

place maghin et prison_liege_1905.jpg
Vue de 1905. À gauche, la rampe d'accès au pont. À l'arrière-plan, la prison. À droite, la place Maghin.


  Pendant la démolition des remparts et la construction du pont sur la Meuse, la place n'a guère été entretenue, jonchée de décombres, matériaux et immondices. Elle a été déblayée en 1869, puis aménagée et arborée. Des platanes plantés en 1876 ne se sont pas développés et ont été remplacés par des ormes en 1890.


rampe pont maghin_liege_debut XXe.jpg
La rampe d'accès au pont à l'aube du XXe siècle.

place maghin et prison_liege_debut XXe.jpg  Les bâtiments industriels sont ceux de la Société de Saint-Léonard, établie à l'emplacement d'un ancien couvent de Carmélites. Cette usine fabriquait de l'acier et des machines, dont des locomotives.


place maghin_liege_prison_debut XXe.jpg
En 1906 ▲ et 1978 ▼prison saint-leonard_liege_1978.jpg

place maghin_liege_2004.jpg
Le même endroit de nos jours.

place maghin_liege_tt debut XXe.jpg  La place Maghin au début du XXe siècle, avec vue sur le côté opposé à la rampe du pont. Les immeubles de droite se retrouvent sur la vue qui suit, carte postale affranchie en 1906 et illustrant le marché aux chevaux qui, à l'époque, se tient là hebdomadairement :
marche aux chevaux_maghin_liege.jpg



deportation 14-18.jpg  Pendant la première guerre mondiale, de nombreux ouvriers belges ont été déplacés en Allemagne. C'est en leur hommage que la place Maghin est rebaptisée la place des Déportés le 30 décembre 1918.

prison et place des deportes_liege_1926.jpg
La place des Déportés et la prison Saint-Léonard pendant les inondations de l'hiver 1925-26.

 


  Le deuxième pont Maghin (ou Saint-Léonard)

 
Le pont endommagé en 1914 subit une restauration sommaire en 1921, mais il est rapidement décidé de le remplacer : son faible tirant d'air* entrave le passage des bateaux lors des fortes eaux, ainsi que la circulation des trams sur les quais.

* Le tirant d'air d'un pont est la hauteur disponible entre le tablier et le niveau de l'eau ou du sol.

construction 2e pont maghin_liege_1928.jpg
▲ Le deuxième pont Maghin, ouvrage métallique réalisé par la société John Cockerill, est construit de 1928 à 1930 ▼construction 2e pont maghin_liege_1928-30.jpg


2e pont maghin_liege (1).jpg  L'ouvrage comporte une arche centrale de 70 mètres et deux demi-arches de 36 mètres. Il est terminé pour l'Exposition internationale de 1930.

passerelle maghin_liege_1928-30 (1).jpg
▲ Une passerelle provisoire est jetée sur la Meuse pendant le chantier de construction du deuxième pont Maghin ▼passerelle maghin_liege_1928-30 (2).jpg


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Le deuxième pont Maghin sur une carte postale écrite en 1936.

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Les ruines du pont après que l'armée belge ait fait sauter l'ouvrage le 11 mai 1940.

 


  Le troisième pont Maghin (l'actuel)


pont maghin_liege_après guerre.jpg  Les ruines du deuxième pont Maghin ont été déblayées. La situation restera inchangée quelques années, le temps que la Ville* obtienne le prêt nécessaire pour financer la construction d'un nouvel ouvrage.

* À l'époque, la Ville est seule propriétaire du pont ; l'État n'est donc pas intervenu dans sa reconstruction. De nos jours, l'ouvrage a été repris par la Région wallonne (renseignements fournis par Jean-Géry Godeaux).

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Plan de 1947, sans pont sur la Meuse à la hauteur de la rampe de la place des Déportés.


vue aerienne_liege_sans pont maghin.jpg
  Photo aérienne que je daterais de 1949-50. Les deux repères désignent la prison Saint-Léonard (1) et la place des Déportés (2).

 
  La construction du troisième pont Maghin est confiée aux entreprises Blaton-Aubert sous la direction de M. A. Joachim, chef du Service de la Voirie de la Ville de Liège. Il s’agira d’un ouvrage à trois arches en béton précontraint, garni de pierres de taille. Il sera ouvert à la circulation en décembre 1952.

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▲ Le chantier du pont en 1951 ▼construction 3e pont maghin_liege (2).jpg



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▲ En 1962 ▼pont maghin_liege_1962 (2).jpg



pont maghin_liege_1980.jpg
  Cette photo date probablement de 1980-81, si j'en crois le nettoyage intensif de la façade du musée Curtius, opération qui a eu lieu ces années-là. La prison Saint-Léonard (dont on aperçoit le mur d'enceinte sur la gauche du document) est en attente de démolition.

pont saint-leonard_liege_aout 2007.jpg  En août 2007, le pont est fermé à circulation pour un an. Il est urgent de le sécuriser à cause des dégâts causés par la corrosion. On profite de l'occasion pour remplacer l'éclairage et l'illuminer, ainsi que les berges, dans le cadre du Plan Lumière de la Ville.


 
La démolition de la prison Saint-Léonard

prison saint-leonard_liege_1976 (2).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (1).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (3).jpg  Les trois photos ci-dessus datent de 1976. À cette date, il y a déjà trois ans qu'a commencé à Lantin la construction d'un nouvel établissement pénitentiaire, destiné à remplacer la prison Saint-Léonard trop vétuste et non adaptée au monde carcéral moderne.

prison lantin 1977.jpg
La prison de Lantin en cours de construction en 1977.

prison saint-leonard_liege_mutinerie juin 1979.jpg  En juin 1979, quelque six mois avant le déménagement à Lantin*, les détenus profitent d'une grève des gardiens pour se mutiner. Il s'ensuit des évasions et d’importantes dégradations aux installations.

* La prison de Lantin a été officiellement inaugurée le 17 décembre 1979 et occupée précipitamment suite à la destruction par une mutinerie de la prison Saint-Léonard (source : http://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/prisons/p...).


prison saint-leonard_liege_1981.jpgLa prison Saint-Léonard désaffectée ▲, à la veille de sa démolition en 1982-1983 ▼prison saint-leonard_liege_1982.jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (2).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (3).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (1).jpg


esplanade Saint-Léonard_liege_2004.jpg  Laissé longtemps en friche, le site de l'ancienne prison a fait l'objet en 1994 d'un concours de réhabilitation organisé par la Ville de Liège. Rénové jusqu’en 2001 par les soins d’architectes et de paysagistes liégeois, il est aujourd’hui un espace public comportant un terrain de sport, une zone verte et une vaste esplanade permettant d'accueillir divers événements à longueur d’année.

esplanade saint-leonard_liege_2007.jpg
Ce plan d'eau rappellerait-il l'ancien fossé défensif qui servait de douve aux remparts nord de la ville ?

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11/03/2016

Le théâtre du Gymnase, de Saint-Jacques à Saint-Lambert

plan liege regime français.jpg  Le plan ci-dessus provient du site DONum de l'Ulg. Rendez-vous sur cette page et cliquez sur le bandeau noir « Prévisualisation de 100F.jpg » qui coiffe l'image. Dans la fenêtre qui apparaît, une loupe vous permet d'observer les détails du document. Examinez les emplacements marqués d'une flèche avant de continuer votre lecture.

  Flèche n°1 :

  Le canal de la Sauvenière (futur boulevard du même nom) est longé d'un quai* qui porte le nom de son concepteur : Charles-Emmanuel Micoud d'Umons, préfet du département de l'Ourthe depuis 1806 (portrait ci-contre).

* Ce quai a été aménagé dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, a également été détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la berge.

                       micoud d'umons.jpg


  Flèche n°2 :

  La mention « Salle des Spectacles » désigne un bâtiment attenant à l’église Saint-Jacques, laquelle a échappé de peu à la vente publique et subsiste depuis le Concordat de 1801 comme simple temple paroissial. Cet immeuble est une ancienne salle capitulaire dont les greniers ont été convertis en théâtre.

  Quelle est l'origine de ce théâtre ?

  Quand Charles-Emmanuel Micoud d'Umons prend ses fonctions en 1806, Liège ne possède plus de théâtre, vu l'incendie en janvier 1805 de celui établi sur le quai de la Goffe.

theatre douane batte liege.jpgLe bâtiment de la Douane sur le quai de la Goffe. Le deuxième étage a servi de théâtre de 1767 à 1805.


  Le préfet impérial rêve d'une salle de spectacle de prestige du côté de la place Verte ou de la place aux Chevaux, mais dans l'urgence, il fait d'abord aménager un théâtre provisoire dans « les greniers de Derrière Saint-Jacques », avec l'assentiment du Conseil de Fabrique de l'église qui y voit l'occasion de revenus supplémentaires.

  L'opération est confiée à François-Joseph Dewandre, inspecteur des bâtiments civils, et Auguste Dukers, architecte*. Le Gymnase dramatique, tel sera nom nom, est inauguré le 4 novembre 1806 ; il cessera ses activités en 1820, l'année où débute le théâtre de la place de la Comédie.

* Auguste Dukers sera aussi l'architecte du théâtre construit de 1818 à 1820 sur l'emplacement des jardins de l'ancien couvent des Dominicains (l'actuel Opéra de Wallonie).


 
En 1825 (la Belgique est maintenant rattachée aux Pays-Bas), la Fabrique de l'église Saint-Jacques adresse au gouvernement une demande de subsides afin de restaurer l'édifice religieux. L'État exige la vente préalable du bâtiment ayant servi de théâtre, pour en affecter le montant aux réparations.

  L'immeuble concerné est vendu en août 1827 à Frédéric Rouveroy*, aux enchères publiques. Mais comme une partie de la toiture sert de contrefort à l'église, il ne peut être démoli, et le nouveau propriétaire relance les activités théâtrales dès 1833. On parle dès lors du théâtre des Variétés ou du théâtre du Gymnase, cette dernière appellation finissant par l'emporter.

* Frédéric Rouveroy (1771-1850), membre de la société de l'Émulation, poète et fabuliste, échevin voire adjoint au maire de Liège de 1808 à 1830.

quai d'avroy_liege_1850.jpg  À l'avant-plan, c'est le quai d'Avroy vers 1850. De l'autre côté de la Meuse (telle qu'elle coulait à l'époque), la flèche désigne le théâtre du Gymnase attenant au transept sud de l'église Saint-Jacques.

plan_liege_1828.jpg  Cet extrait de plan date de 1828. La flèche désigne le bâtiment du Gymnase et les anciens cloîtres de Saint-Jacques. À gauche, on aperçoit la rivière et la promenade d'Avroy. Le cours de la Meuse sera modifié de 1853 à 1863. Ce qu'on en voit ici deviendra le boulevard Piercot.

st-jacques_liege_bing maps.jpg  Le même endroit de nos jours, avec le boulevard d'Avroy, le boulevard Piercot et la place Émile Dupont*, précédemment place Rouveroy (où le rectangle rouge rappelle l'emplacement du théâtre d'antan).

* Avocat et homme politique belge (1834-1912), originaire du quartier.


 
Entamée en 1828 sous le régime hollandais, relancée en 1833 à la suite de la visite du roi des Belges Léopold 1er, la restauration de l'église Saint-Jacques va durer jusqu'en 1869. Un chantier colossal pour consolider l'édifice et préserver son ornementation.

  Très vite, le bâtiment du Gymnase pose problème. Déjà jugé indécent par d'aucuns, il est considéré comme une menace pour l'église en cas d'incendie. Des voix s'élèvent pour en réclamer l'expropriation pour cause d'utilité publique.

  Les négociations s'éternisent, tant pour obtenir de la famille Rouveroy une compensation financière acceptable que pour déterminer ce que l'on ferait des lieux (le théâtre jouxte d'anciens cloîtres dans un état de délabrement avancé).

  C'est en 1861 que la Ville acquiert le bâtiment en dédommageant la veuve de Frédéric Rouveroy. Il est question de tout raser du côté sud de l'église, pour y créer une place publique avec la contribution financière des habitants. La troupe théâtrale joue sa dernière représentation en mai 1864, puis commencent les démolitions*.

* La place Rouveroy (place Émile Dupont depuis 1920) ne sera aménagée qu'en 1873 et le square en 1879. Il a d'abord fallu renforcer le transept sud de l'église, que ne soutenait plus l'ancien bâtiment capitulaire.


* * * * *

  Voilà donc la troupe du Gymnase à la recherche d'une nouvelle salle. Elle va finir par s'intéresser à l'ancien hôtel des comtes de Rougrave, rue des Mauvais Chevaux, au nord-ouest de la place Saint-Lambert.

plan_abords cathedrale_liege_fin XVIIIe.jpghttp://www.chokier.com/FILES/STPIERRE/PlanAbord.html


  Ce plan présente les abords de la cathédrale Saint-Lambert (emplacement de l'actuelle place du même nom) à la fin du XVIIIe siècle. Cliquez dessus pour l'agrandir et situer l'hôtel de Rougrave* et la rue des Mauvais Chevaux**.

* Le dernier à occuper les lieux fut Marie-Philippe-Alexandre-Charles Hyacinthe de Rougrave, vicaire général du diocèse (1772-1804) et prévôt de la collégiale Saint-Barthélemy.
** Étymologie inconnue.

plan communal liege vers 1865.jpg   Mais voyons les lieux au milieu des années 1860. La rue des Mauvais Chevaux (qui disparaîtra complètement en 1872) a été réduite et finit en impasse permettant d'accéder à la résidence des Fabry-Beckers. L'ancien hôtel des Rougrave, dès 1865, a été transformé en salle de théâtre par Alphonse Bonnaud. À proximité, en face de la nouvelle aile du palais provincial, débute en 1867 l'aménagement d'un petit parc qu'on appellera le square Notger.

  Le théâtre Bonnaud ferme ses portes en décembre 1867 pour des raisons financières ; la salle est vendue à un certain Carpier, qui accepte d'y accueillir la troupe du Gymnase, laquelle inaugure ses nouveaux locaux le 21 octobre 1868.

plan_liege_blonden_1880.jpg
Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880.

  En 1884, la vieille demeure seigneuriale est démolie et reconstruite pour faire place en partie à l'immeuble marqué d'une flèche sur les deux cartes postales qui suivant (1899 et 1903) :
place saint-lambert_liege_1899.jpgtheatre du gymnase_liege_tt debut XXe.jpg


* * * * *

theatre du gymnase_liege_1903.jpg
À l'aube du XXe siècle ▲ et en avril 2006 ▼place saint-lambert_liege_2006.jpg

 

theatre du gymnase_liege_1919.jpg
En 1919 ▲ et octobre 2006 ▼place saint-lambert liege 2006.jpg



theatre du gymnase_liege_1914-18.jpg  Dès août 1914, le théâtre est pillé, avant de servir de magasin de ravitaillement. En 1940-45, il poursuivra ses activités malgré l'occupation, avec un répertoire bien sûr soumis à la censure.

place saint-lambert_liege_annees 1950.jpg
La place Saint-Lambert et le Gymnase dans les années 1950.

square_notger_liege_annees 1950.jpg
Le square Notger et le Gymnase dans les années 1950.

theatre royal du gymnase_liege.jpgÀ la charnière des années 1950 et 60. À noter que le Gymnase est théâtre royal depuis 1936.


Puis arrivent les années 1970 :

theatre du gymnase_liege_debut annees 1970.jpgtheatre du gymnase_liege_debut annees 1970 (2).jpgtheatre du gymnase_liege_1970.jpgtheatre du gymnase square notger_liege_1970.jpg

 

  Adopté en 1968, le plan Lejeune* sévit dans le courant des années 1970. Le cœur historique de Liège et ses environs sont saccagés, les bulldozers et pelleteuses se lançant à l'assaut du patrimoine cher aux Liégeois. Puis les désaccords politiques et les projets successifs, les problèmes financiers, les mécontentements populaires, vont entraîner, pendant près de trois décennies, ce qu'on surnommera « la saga du trou béant » de la place Saint-Lambert.

* Jean Lejeune est échevin des travaux publics de la la ville de Liège. Historien de formation, il est néanmoins partisan du « tout à l'automobile », influencé par les idées du groupe architectural l'Équerre.

theatre du gymnase square notger_liege-1975.jpg  Photo d'avant 1975. Trois symboles liégeois vont bientôt disparaître : le théâtre du Gymnase, le square Notger et la gare du Palais. On retrouve cet endroit dans le cadre rouge de la photo suivante (que vous pouvez agrandir en cliquant dessus) :
place saint-lambert liege 2007.jpg


  À l'aube des années 1970, la direction du Gymnase sait déjà que l'immeuble de la place Saint-Lambert est condamné. À ce moment, il est cependant question d’édifier au début du boulevard de la Sauvenière un complexe regroupant le Trianon, le Gymnase et même le Conservatoire de musique, le tout complété d’une galerie commerçante. Voici une simulation du projet :
sauveniere liege projet immobilier.jpg


boulevard sauveniere liege 1969.jpg  Pour libérer l'espace en vue de ce mégathéâtre de la Sauvenière qui ne sera jamais réalisé, on a démoli des maisons de la rue Basse-Sauvenière, ainsi que le théâtre wallon du Trianon et le cinéma Crosly (que l'on voit sur la photo ci-dessus datant de 1969, quelques années avant leur destruction).

espace trianon_liege_2013.jpg  Quarante ans plus tard, le site est toujours un chancre urbain, agrandi depuis la démolition en 2012 de l'ancien immeuble du journal « La Meuse ».


Mais revenons-en à la place Saint-Lambert :

place saint-lambert_liege_annees 1960.jpg
Dans les années 1960 ▲ et en 1974-75 ▼place saint-lambert_liege_demolitions annes 1970.jpgplace saint-lambert_liege_1974.jpgplace saint-lambert_liege_demolitions vers 1976.jpg


yheautre dy gymnanse_liege_deuil 1975.jpg  Le personnel, qui a reçu son préavis en décembre 1974 hisse un drapeau noir en façade dès les premiers jours de 1975. La dernière représentation aura lieu le 3 juin.

theatre du gymnase_liege_1975.jpg
Été 1975.

square notger_liege_demolition_1977.jpgFévrier 1977. Le square Notger disparaît à son tour.

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Le chantier en 1978.


* * * * *

  En 1976, le Nouveau Gymnase entamera sa première saison place de l'Yser (Outremeuse). En 1983, il deviendra le théâtre de la Place, lequel déménagera place du XX Août en 2013, dans le bâtiment entièrement rénové de l'Émulation ; on l'appelle depuis le Théâtre de Liège.

 

Lectures recommandées :

- Marcel CONRADT, Histoire des théâtres de Liège, tome 1, éditions du Céfal, Liège 2005.

- Paul DELCHEF, Le Gymnase, ou l'aventure d'un théâtre liégeois, éditions du Céfal et de la province de Liège, 2002.

 

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23/02/2016

La rectification de l'Ourthe dans le quartier Vennes-Fétinne

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

hydrographie liege 1830.jpg
Le réseau hydrographique liégeois en 1830.

ourthe d'antan liege.jpg  Sur cette vue aérienne contemporaine, ont été superposés les méandres de l'Ourthe tels qu'ils se présentent à la fin du XIXe siècle.

  Aux Grosses Battes (1), la rivière se divise en deux branches :

- La branche de droite (2) se ramifie en divers biefs parsemés d'îlots ; elle est devenue les actuels boulevards de Douai, Frankignoul et Poincaré.

- La branche de gauche (3), appelée le Fourchu-Fossé, décrit une double boucle et se jette dans la Dérivation à Fétinne. La boucle inférieure et l'étroit bief des Aguesses* (4) délimitent une île nommée plaine des Aguesses. Le tronçon supérieur du Fourchu-Fossé est incorporé au canal de l'Ourthe (le trait rouge), dont les origines remontent au début du XIXe siècle.
* Les aguesses, en wallon, désignent les pies.

pont marcotty angleur1.jpgpont marcotty angleur2.jpg  Les deux photos ci-dessus montrent ce canal de l'Ourthe à la hauteur du pont levant de l'écluse d'Angleur. Inutilisée depuis longtemps à des fins industrielles, la voie d'eau est aujourd'hui, à quelques dizaines de mètres de l’activité urbaine, un havre de paix où stationnement quelques embarcations-logements.

  C'est sous le régime hollandais, dans la troisième décennie du XIXe siècle, que naît l'idée de relier la Meuse au Rhin via l'Ourthe, la Sûre et la Moselle. Les travaux commencent à divers endroits dès 1827, mais sont rapidement interrompus à cause du manque de fonds et des événements révolutionnaires qui secouent la Belgique. Quand la province du Luxembourg est cédée à notre pays en 1839, le gouvernement belge relance un projet concernant l'Ourthe, non plus dans l'intention de la canaliser, mais de lui créer un canal parallèle. Ce chantier, à nouveau, ne sera jamais achevé, les pouvoirs publics préférant accorder la priorité au développement des chemins de fer. Parmi les tronçons de canal qui ont subsisté, figure celui qui passe par Angleur, avec son célèbre pont levant* construit en 1852.
* Le seul actionné manuellement dans la province de Liège. Classé depuis 1983 tout comme les ouvrages de pierre le bordant, vers la darse et le canal.

ecluse canal ourthe angleur1.jpgecluse canal ourthe angleur2.jpgpont-ecluse des aguesses angleur debut XXe.jpg  Le pont levant et la maison pontonnière en 1903. En bas à droite, il s'agit du tronçon du Fourchu-Fossé intégré au canal de l'Ourthe. Le pont est souvent appelé du nom de Marcotty, par analogie avec le moulin à farine situé juste à côté (les bâtiments blancs dont nous parlerons plus loin).

plan liege 1885.jpg  Ce plan de 1885 m'a été fourni par Christian Hauglustaine, un ancien du MET passionné d'histoire. On y retrouve les multiples bras de l'Ourthe à la veille du XXe siècle. Remarquons que sur ce document, l'île comprise entre le bief des Aguesses et le Fourchu-Fossé, porte l'appellation d'île aux Cochons alors qu'elle est connue comme l'île (ou la plaine) des Aguesses ; la confusion provient de l'existence antérieure d'une autre île, comme en témoigne le plan qui suit, publié par Avenzo en 1838 :
plan avanzo liege 1838.jpgplan liege 1899.jpg   Le plan ci-dessus (plan de 1899 fourni également par Christian Hauglustaine) a le mérite de mentionner les deux appellations à leur emplacement primitif, même si les îles ont fusionné.

meuse_fragnee_liege_1900.jpg   Promenade sur la Meuse à la fin du XIXe siècle. À l'arrière-plan, la plaine des Aguesses est séparée de l'église Saint-Vincent de Fétinne par l'embouchure du Fourchu-Fossé. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
meuse_fragnee_liege_2012.jpg


plaine aguesses_liege_angleur_avant 1905.jpg  Le Fourchu-Fossé et la plaine des Aguesses à l'aube du XXe siècle. Dans le fond, on aperçoit le remblai qui supporte la ligne de chemin de fer du Nord-Belge (ligne Namur-gare du Longdoz, ouverte en 1852).

pont arcades plaine aguesses liege.jpg  Le remblai du chemin de fer comporte un viaduc muni d'arches d'inondation, pour permettre l'étalement des eaux en cas de crue.

avenue luxembourg_liege_2007.jpg  L'actuelle avenue du Luxembourg est toujours traversée par cette ligne de chemin de fer surélevée, quelque peu déplacée depuis le chantier colossal de l'Exposition universelle de 1905 (voir plus loin).

* * * * *

houillere des aguesses_angleur.jpg  Le Fourchu-Fossé au début du XXe siècle, avec la houillère des Aguesses (1),  le pont-écluse du même nom (2) et le moulin Marcotty (3). Le contenu du rectangle rouge est repris ci-dessous :moulin marcotty angleur debut XXe.jpg

  La flèche rouge désigne l'entrée du canal de l'Ourthe vers le Rivage en Pot*. La bleue montre le début du bief des Aguesses, qui fournit l'énergie hydraulique au moulin à farine Marcotty.
* Le terme « pot » viendrait de « på » (pal), vu les pieux plantés là autrefois pour consolider la berge. Ce rivage est aujourd'hui constitué des quais Michel Gloesener et Joseph Wauters.

moulin aguesses angleur 1845.jpg  Le bief des Aguesses alimente un moulin depuis le XVIe siècle, mais la gravure ci-dessus présente les installations en 1845. On l'appellera finalement le moulin Marcotty* du nom de la famille propriétaire.
* Joseph Marcotty sera bourgmestre d'Angleur de 1891 à 1903 ; son fils Joseph-Antoine le sera de 1908 à 1921.

bief marcotty angleur2.jpg
Le bief des Aguesses, alimentant le moulin, est souvent appelé le bief Marcotty.

bief marcotty angleur3.jpg
Le bief des Aguesses (ou Marcotty) avant 1902, le long du sentier devenu la rue du Bief.

maison monnier_fetinne_liege_1.jpg  Le bief des Aguesses vers 1900, quand il se jette dans le Fourchu-Fossé. Les arbres, à l'arrière-plan à droite, sont ceux du début du quai Mativa, à proximité de l'église Saint-Vincent qui n'apparaît pas sur cette vue.

maison monnier_fetinne_liege_2.jpg  Voici, en 1886, le confluent du Fourchu-Fossé et de la Meuse, avec son barrage pour réguler le mélange des flots. À l'extrême gauche, il s'agit de l'embouchure du bief des Aguesses. Sur la butte, se trouve la maison Monnier, du nom du barragiste à cette époque.

maison monnier_fetinne_liege_3.jpg  La maison Monnier est aussi appelée le café de Fétinne, car le barragiste sert aussi de tenancier de guinguette, servant à boire et à manger dans ce cadre champêtre. À remarquer à nouveau le petit pont qui enjambe le bief des Aguesses là où il débouche dans le Fourchu-Fossé.

pont monnier.jpg  Le petit pont sur le bief des Aguesses. Dans le fond, entre la Meuse et la Dérivation, on aperçoit la pointe de la Boverie où se trouve l'Union nautique depuis 1873.

passage d'eau fetinne debut XXe.jpg  Le petit pont sur l'embouchure du bief des Aguesses, le revoici avec vue sur l'église Saint-Vincent, située de l'autre côté du Fourchu-Fossé. La barque est celle d'un passeur d'eau.

passage d'eau fetinne avant 1905.jpg  Il existe en effet un passage d'eau entre la rive de l'église Saint-Vincent et l'île des Aguesses dans sa partie ex-île des Cochons. Le document ci-dessus, édité à l'occasion de l'exposition universelle de 1905, montre une situation antérieure aux aménagements gigantesques exigés par l'événement.

passage d'eau fetinne 1891.jpgLe passage d'eau en 1891. À l'arrière-plan, on distingue le pont de chemin de fer de la ligne Namur-Liège.

passage d'eau fetinne quai mativa debut XXe.jpg  Le passage d'eau en 1902 ▲ et juillet 1903 (lors de la visite du prince Albert sur le chantier de l'Exposition universelle) ▼passage d'eau fetinne 1903.jpg


quai saint-vincent_liege_debut XXe.jpg  En 1853, les riverains ont envoyé une pétition à l'administration communale pour exiger que l'on construise une digue le long de la rive droite du Fourchu-Fossé (à gauche sur la photo ci-dessus), pour les protéger des ravages des inondations. Les terres de remblai proviendront du creusement de la Dérivation de la Meuse. Le quai ainsi aménagé prendra le nom de Saint-Vincent, vu le patronage de l'église de Fétinne qui se trouve à son extrémité.

quai saint-vincent église de fetinne.jpg  Le Fourchu-Fossé, le quai et l'église Saint-Vincent, vus d'amont en aval depuis le pont de chemin fer, à l'aube du XXe siècle.

bd de laveleye_liege_2007.jpg
Le Fourchu-Fossé et le quai Saint-Vincent sont devenus le boulevard Émile de Laveleye.

* * * * *


  Rappelons-nous que de 1853 à 1863, le cours principal de la Meuse a été simplifié et rectifié en Avroy, et que le creusement de la Dérivation a grandement contribué à l'assainissement du quartier populeux d'Outremeuse, où le comblement de divers bras de l'Ourthe s'est poursuivi jusqu'en 1876.

  En cette fin du XIXe siècle, l'Ourthe continue cependant de menacer les habitants des Vennes-Fétinne, à cause des crues répétées et des problèmes sanitaires qui en résultent.

  En 1886, est déposé un projet qui prévoit la suppression du Fourchu-Fossé et biefs secondaires, pour offrir à la rivière un nouveau lit plus large et moins sinueux. Les autorités concernées (État, province, communes) tergiversent longtemps à propos de leurs contributions financières, mais le choix dès 1897 de la plaine des Aguesses comme site d'une future exposition universelle* accélère les décisions : le projet initial subit quelques retouches et est accepté en 1900 ; le chantier sera adjugé en juillet 1902.
* L'Exposition universelle de Liège de 1905 était au départ prévue pour 1903. C'est l'ampleur du chantier de la rectification de l'Ourthe qui a reporté l'événement en 1905. Tant mieux finalement ! On a pu en même temps célébrer le 75ème anniversaire de l'indépendance de la Belgique.

plan rectification ourthe vennes avant 1905.jpg  Le plan ci-dessus permet de comprendre le projet de rectification de l'Ourthe en prévision de l'Exposition universelle de 1905.

comblement_bief_marcotty_angleur.jpgCi-dessus, le comblement du bief Marcotty. effectué de façon fort manuelle.

chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905a.jpgchantier_plaine des vennes_liege_1902-1905b.jpg  Dans un premier temps, le creusement du nouveau lit de l'Ourthe se fera aussi manuellement, avant que que les ouvriers ne soient assistés par des machines à vapeur :
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chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905c.jpg

   Le chantier prend du retard à cause de la météo, notamment lors de l'hiver 1902-1903 et du très pluvieux mois d'avril 1903.

chantier inondé 1.jpg  À gauche, la future berge du quai des Ardennes. Nous sommes en avril 1903, les travaux de terrassement du nouveau lit de l'Ourthe sont à l'arrêt à cause des inondations dues aux intempéries.

chantier inondé 2.jpg  Les monteurs en charpente métallique procèdent à la construction du nouveau pont de chemin de fer sur la future rectification de l'Ourthe. Les terrassiers ne peuvent travailler à cause du chantier inondé.

chantier inondé 3.jpg
À l'avant-plan gauche, il s'agit du futur quai du Condroz. Le nouveau lit de l'Ourthe, inachevé, est inondé.

plan chantier avant expo 1905_liege.jpg  Sur le plan ci-dessus, les flèches désignent le tracé de la ligne de chemin de fer du Nord-Belge, tracé qui va subir quelques modifications, avec une infrastructure nouvelle.

ancien pont chemin de fer fosse fourchu vennes liege.jpg   L'ancien pont de chemin de fer sur le Fourchu-Fossé. Dans le fond, sous l'arcade, on aperçoit les maisons de la rue de Fétinne.

construction nouveau pont chemin de fer vennes liege.jpg  On construit un nouveau pont de chemin de fer juste en amont de l'ancien, avant de combler le Fourchu-Fossé pour intégrer ce terrain dans le site de l'Exposition universelle de 1905. Ci-dessous, le même endroit de nos jours, avec le boulevard Émile de Laveleye :
boulevard de laveleye_liege.jpg

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_1.jpg  Dans la plaine des Aguesses (des Vennes), on supprime l'ancien remblai et le viaduc à arcades qui supportent la ligne de chemin de fer. Le tracé ferroviaire est légèrement décalé, avec un nouveau remblai et un nouveau pont pour enjamber ce qui deviendra l'avenue du Luxembourg après l'Exposition de 1905.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_2.jpgL'aménagement de la nouvelle ligne de chemin de fer.

destruction anciennes arcades vennes liege.jpg
La destruction de l'ancien viaduc et de ses arcades.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_4.jpg  Le chantier du nouveau cours de l'Ourthe. À l'arrière-plan central, on aperçoit le nouveau pont de chemin de fer, en cours de construction tout comme les halls de l'Exposition universelle. À gauche, il s'agit de la Compagnie générale des conduites d'eau*, établissement industriel qui a dû être déplacé à cause des modifications apportées à la configuration des lieux.
* Héritière de la fonderie des Vennes, la Compagnie générale des Conduites d'Eau (et de gaz) a été fondée en 1865. Absorbée en 1975 par la Sodemeca, la société a été déclarée en faillite en 1980. Le site est resté désaffecté jusqu'en 1995, année qui a vu l'ouverture du complexe commercial de Belle-Île.

nouveau pont ourthe liege 1905.jpg
Le nouveau pont de chemin de fer pendant l'Exposition universelle de 1905.
 

* * * * *

  Le pont de Fétinne est construit de 1901 à 1904, en même temps que le pont de Fragnée*, les deux allant servir d'entrée monumentale à l'Exposition universelle de 1905.
* Le pont de Fragnée, sur la Meuse, ne sera pas abordé dans cet article consacré à la rectification de l'Ourthe. Des photos de sa construction ont été postées par Christian Hauglustaine dans le groupe Facebook « Souvenirs et mémoire du Pays de Liège » ; il y en a quelques autres dans ma page consacrée à l'Exposition universelle de 1905.

construction pont de fetinne_liege_3.jpg  Construction de la culée droite du pont de Fétinne, avec le quai Mativa et l'église Saint-Vincent à l'arrière-plan.

construction pont de fetinne_liege_2.jpgL'échafaudage permettant l'assemblage de la structure métallique.

construction pont de fetinne_liege_1.jpg
À remarquer que le pont de Fétinne est mis en place avant que le nouveau lit de l'Ourthe ne soit achevé.

construction pont de fetinne_liege_4.jpg  Cette photo a été prise en 1904 depuis la maison Monnier. À droite, le pont de Fétinne en phase d'achèvement et le nouveau lit de l'Ourthe. À gauche, l'ancien cours de la rivière qu'il va maintenant falloir combler.

pont de fetinne_liege_1905.jpg
Le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle de 1905, avec le pont du chemin de fer à l'arrière-plan.

pont fetinne_liege_1905.jpg    Ci-dessus, l’Ourthe rectifiée et le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle, photographiés depuis le clocher de Saint-Vincent. Ci-dessous, le même endroit vu depuis le lanterneau du dôme de l'église actuelle :ourthe_fetinne_liege_2007.jpg


construction pont de fetinne_liege_5.jpg  Le confluent de la nouvelle Ourthe et de la Meuse à la veille de l'Exposition universelle. La berge du quai Mativa (Dérivation) est en cours d'aménagement. La maison du barragiste va bientôt être remplacée par un établissement plus luxueux, aux allures de chalet normand, comme en témoignent les deux photos qui suivent, prises pendant l'Exposition universelle de 1905 :
maison monnier 1905.jpgmaison monnier liege 1905.jpg  Ci-dessus, le confluent Ourthe-Meuse-Dérivation en 1905. À titre de comparaison, voici le même endroit en 1968 (chantier du pont Gramme sur l'Ourthe) et en 2007 :
pont gramme en construction_liege.jpgpont gramme_liege_2007.jpg

 

* * * * *

plan liege 1905.jpg
Liège en 1905.

plan expo liege 1905.jpg

                         Les emplacements de l'Exposition universelle et internationale* de 1905.
* L'Exposition de 1905 a été internationale parce que de nombreux pays y ont participé ; universelle parce qu'elle a traité de différents thèmes.

 

* * * * *

plan lotissement vennes liege apres 1905.jpgL'Exposition universelle terminée, la ville de Liège lotit le site des Vennes.

lotissement vennes liege.jpg  Ci-dessus, la plaine des Vennes après l'Exposition universelle de 1905. On y voit la première maison en construction du boulevard Émile de Laveleye (le n°12 actuel). On devine les futures rue de Paris, rue de Verviers et avenue du Luxembourg. Ci-dessous, une vue aérienne du quartier en 2004 :vue aerienne liege_vennes_liege.jpg


Les quatre photos qui suivent nous reportent au début du XXe siècle :

vennes fetinne debut XXe_1.jpgL'entrée de la rue de Fétinne et le début du boulevard Émile de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_2.jpg
Un autre tronçon du boulevard de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_3.jpgL'avenue du Luxembourg et le pont du chemin de fer.

vennes fetinne debut XXe_4.jpgL'avenue Reine Élisabeth.

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14/02/2016

Du prieuré Saint-Léonard à la fonderie de canons

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

milheuser 1649.jpg  Cette vue gravée par Julius Milheuser nous transporte dans le quartier Saint-Léonard en 1649. Situé en dehors des remparts (1)*, le hameau est essentiellement réservé aux cultures. L'église Sainte-Foy (2), fondée au début du XIIe siècle, présente ici l'apparence de sa reconstruction en 1624**. À côté, il s'agit du prieuré Saint-Léonard (3) auquel le quartier doit son nom.

* On aperçoit la porte fortifiée de Vivegnis et celle de Saint-Léonard (cette dernière est précédée d'un pont qui enjambe le fossé alimenté par la Meuse pour servir de douve et de refuge pour bateaux.
** L'église Sainte-Foy actuelle, conçue par l'architecte Évariste Halkin, a été construite dès 1867 et consacrée en 1871.

 Ce prieuré existe depuis le tout début du XIe siècle. En 1093, un chanoine de la collégiale Saint-Jean fait ériger à cet endroit une chapelle dédiée à saint Léonard ; on lui adjoint bientôt des bâtiments pour accueillir des moines de l'abbaye de Saint-Jacques, détachés là pour être au service de la population locale qui ne dispose pas de lieu de culte.


  Biographie de saint Léonard

  D’après la tradition et le récit légendaire de sa vie, écrit au XIe siècle, Léonard est né à la fin du Ve siècle dans une noble famille franque. Baptisé par saint Rémi, évêque de Reims, il a comme parrain Clovis lui-même, dont il obtient le privilège de visiter les prisonniers et de libérer tous ceux qu’il juge dignes de cette grâce.

  Refusant la dignité épiscopale proposée par le roi, il préfère vivre en ermite dans les forêts du Limousin. C'est pendant cette période qu'il intercède pour sauver la reine d'Aquitaine qui se meurt en couches. En remerciement, il reçoit du roi une part de la forêt, où il construit une chapelle en l’honneur de Marie. Il fait jaillir une source par miracle. Beaucoup de personnes le rejoignent, dont des malades venus se faire guérir et des prisonniers échappés de leur cachot par l’effet de ses prières. Il leur enseigne l'évangile et partage son domaine avec eux pour leur permettre de vivre de leur travail et « non d’aventures et de désordres ».

  Il meurt un 6 novembre ; il est enterré dans la chapelle qu’il a construite. Son tombeau devient vite un lieu de pèlerinage qui donne naissance à la ville de Saint-Léonard-de-Noblat.

  Saint Léonard est le protecteur des prisonniers et des femmes en couches. Dans nos régions, il est aussi considéré comme le saint patron des mineurs.

              statue st-leonard.jpg
  Cette statue en bois polychromé (sculpteur inconnu, XVIIe siècle) représente saint Léonard patron des mineurs (les chaînes de prisonniers ont été remplacées par une cage de houilleurs). Primitivement dans le prieuré Saint-Léonard, elle se trouve depuis le début du XIXe siècle dans l'église Sainte-Foy.

 

   En 1489, le prieuré ne compte plus que deux moines âgés et connaît des problèmes financiers. Il est vendu aux chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui quittent leur couvent des Bons Enfants pour venir s'installer à Saint-Léonard.

  En 1777, le prince-évêque Velbruck fait partir les chanoines pour transformer le prieuré en hôpital général. On y enferme les vagabonds et les mendiants pour leur enseigner la religion et les exercer au travail. Si le principe paraît généreux, il s'agit en réalité de remédier à l'insécurité qui règne dans les rues, de protéger les gens de bien de l'importunité des indigents. La mesure irrite les partisans de liberté individuelle, et ceux qu'ils considèrent comme des prisonniers seront délivrés lors des événements révolutionnaires qui vont marquer la fin de ce siècle.

  Sous le régime français, les bâtiments finissent par être abandonnés et démolis par les pilleurs et les récupérateurs de matériaux. En 1796, ils sont qualifiés de « presque en ruines » dans un rapport officiel. Ils seront rasés en 1803, quand on leur substituera les ateliers d'une fonderie de canons. Le premier consul Napoléon Bonaparte rêve de conquérir l'Angleterre ; il a besoin d'une grande quantité de bouches à feu pour équiper sa flotte amarrée à Boulogne.

  Le CLHAM (Centre liégeois d'histoire et d'archéologie militaires) a publié sur son site un article de P. Beaujean concernant l'évolution de cette fonderie, de ses origines au XIXe siècle à son remplacement par l'Arsenal de Rocourt après la seconde guerre mondiale. Cliquez ICI pour découvrir cet historique, qu'il faut lire avant de regarder les illustrations qui suivent.

visite napoleon fonderie.jpg  Le 8 novembre 1811, Napoléon et l'impératrice Marie-Louise visitent la fonderie impériale de canons de Liège (lavis à l'encre de Chine de Charles Monnet).

napoleon visite fonderie liege 1811.jpg
Le même événement représenté par Jean-François Bosio (dessin à la plume, gouache et aquarelle).

fonderie canons liege 1823-24.jpg  La fonderie royale de canons au milieu des années 1820, sous le régime hollandais (lithographie d'Antoine Dewasme d'après un dessin d'Auguste de la Barrière).

musee d'armes liege.jpg  Cette carte postale présente le musée d'armes de Liège au début du XXe siècle (musée inclus depuis 2009 dans le Grand Curtius). L'entrée était flanquée de deux mortiers fabriqués en 1812 à l'époque de la fonderie impériale.

histoire de liège,histoires de liège,saint-leonard,prieure saint-léonard,eglise sainte-foy,napoleon,fonderie de canons,arsenal de rocourt,athenee liege 2  Ces deux mortiers se trouvent actuellement dans la cour intérieure qui sert d'entrée au département des armes du Grand Curtius (accès par la rue Féronstrée).

mortier monstre 1832.jpg    En 1832, l'armée française de Louis-Philippe, venue assister la nouvelle Belgique indépendante de Léopold 1er, fait le siège de la citadelle d'Anvers, toujours tenue par les Hollandais. Le « Mortier Monstre », capable de tirer des bombes de 500 kilos, est une invention du général français Paixhans ; il a été coulé à la fonderie de canons de Liège.

plan avenzo 1838.jpg  La fonderie et le quartier Saint-Léonard sur un plan publié en 1838 par Avenzo & Cie. Cliquez ICI pour ouvrir une vue aérienne grâce à Google Earth.

litho toovey 1854.jpg
Cette lithographie d'Edwin Toovey (Belge d'origine anglaise) date du milieu du XIXe siècle.

colonne du congres bruxelles d'antan.jpg  Au XIXe siècle, la fonderie réalise aussi des œuvres d'art. À Bruxelles, la colonne du Congrès est édifiée de 1850 à 1859 (architecte Joseph Poelaert). Elle est surmontée d'une statue de Léopold 1er, et son piédestal comporte quatre figures féminines symbolisant les libertés fondamentales garanties par la Constitution. C'est à la fonderie royale de Liège qu'ont été coulés les bronzes de ces sculptures.

statue gretry liege 1909.jpg À Liège, il en a été de même, en 1840, pour la statue de bronze de Grétry, due au sculpteur Guillaume Geefs. Installée initialement place de l'Université (actuelle place du XX Août), elle n'a été déménagée devant le théâtre royal qu'en 1866 (la vue ci-dessus date de 1909).

cheval halage liege.jpg  De même encore pour le cheval de halage du sculpteur Jules Halkin, groupe statuaire de bronze situé aux Terrasses depuis 1885.

fonderie de canons st-lenoard liege 1905.jpg   L'entrée de la FRC (fonderie royale de canons) vers 1905, avec à l'arrière-plan le clocher de l'église Sainte-Foy.

athenee liege II 2013.jpgLe même endroit de nos jours.

entree fonderie canons liege 1906.jpg  Le portique d'entrée en 1906. La couronne justifie l'appellation « fonderie royale ». Les deux canons placés verticalement servent de « chasse-roues ».

quai st-lenard liege 1926.jpg
Le quai Saint-Léonard et l'entrée de la fonderie pendant les inondations de l'hiver 1925-1926.

eglise sainte-foy_liege_debut XXe.jpg  La rue Saint-Léonard et l'église Sainte-Foy au début du XXe siècle. Les bâtiments à droite sont ceux de la fonderie, construits le siècle précédent sur les soubassements de l'ancien preuré.

tram ste-foy liege 1964.jpg  Le même endroit au début des années 1960. Les palissades cachent le chantier de démolition de la fonderie, préparatoire à l'installation à cet endroit de l'athénée Liège II.

cour fonderie canons liege (2).jpg  Ces deux photos d'avant 1940 ▲ montrent la cour intérieure de la fonderie, avec le « monorail » servant à transporter les pièces lourdes ▼
cour fonderie canons liege (1).jpg


mortier FRC 76.jpg
Un mortier FRC de 76 mm, utilisé pendant la seconde guerre mondiale.

canon 47 mm RFC.jpg
Un canon antichar de 47 mm, fabriqué par la FRC, en service en 1940.

VLC mk VI 47mm FRC.jpg
Le même canon FRC monté sur des chenillettes Vickers Carden-Loyd Mk VI.

entree fonderie canons liege apres 1945.jpg  La fonderie après 1945, peu de temps avant son abandon. Les activités vont être progressivement transférées au nouvel Arsenal d'Armement de Rocourt.

vue aerienne.jpg
L'athénée royal Liège II en 1979.

arsenal rocourt char bastogne restaurration 2007.jpgPhoto prise en 2007 à l'Arsenal de Rocourt*, pendant la restauration du char Sherman de Bastogne.
* J'accompagnais des élèves en stage de mécanique dans l'établissement.


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27/01/2016

La place de Bronckart et ses alentours

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

vue aerienne_bing maps.jpg                                                    Vue aérienne obtenue grâce à Bing Maps.


place de bronckart_liege_1979.jpg  Vue aérienne d'André Drèze (extraite de l'ouvrage « Liège / Cent vues aériennes d'une ville millénaire », publié en 1980 à l'occasion du millième anniversaire de la principauté de Liège.

               Cette partie du faubourg d'Avroy, la voici en 1649 sur une gravure due à Julius Milheuser :milheuser liege 1649.jpg  À cette époque, l'endroit est très champêtre, couvert de cultures, vergers et pâturages. Dix hectares de ces terres appartiennent au couvent des Frères Guillemites (le cercle rouge), établi là depuis le XIIIe siècle. Situons quelques points de repère : 1. Le cours principal de la Meuse (devenu les boulevards d'Avroy et Piercot)  / 2. La rue Sainte-Vérone (l'actuelle rue Sainte-Véronique) / 3. Le Grand Jonckeu (l'actuelle rue Louvrex) / 4. L'église Sainte-Véronique / 5. La rue Neuville (l'actuelle rue Hemricourt) / 6. Le Petit Jonckeu (l'actuelle rue du Plan Incliné) / 7. La ruelle du Saint-Esprit (l'actuelle rue de Serbie) / 8. La rue des Hours (l'actuelle rue Paradis).


  Le couvent des Guillemites (Guillemins) a souffert pendant les troubles révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, et il est fort dévasté quand l'administration française* vend le domaine en 1798 comme bien national. C'est la famille Fabry qui acquiert tous ces terrains, appelés le clos des Guillemins. Au début du XIXe siècle, elle en revendra certaines parcelles aux familles Crombet et Simonon.
* La principauté de Liège a été rattachée à la France de 1795 à 1814, tout comme le reste de l'actuelle Belgique connue précédemment sous le nom de Pays-Bas autrichiens.

plan_sud_liege_1827.jpg   Sur ce plan de 1827, le cercle rouge désigne l'emplacement de l'ancien couvent des Guillemites, et les numéros reprennent les mêmes points de repère que ceux de la gravure de Milheuser. Les terres d'Avroy sont toujours rurales et peu peuplées, à l'exception du quai de Meuse. L'urbanisation des lieux ne va pas tarder, avec le développement du chemin de fer et la création de nouvelles voiries.

plan_sud_liege_1845.jpg  Depuis 1842 (le plan ci-dessus date de 1845), une station de chemin de fer est établie aux Guillemins (le quartier a adopté le nom de l'ancien couvent). Une nouvelle rue a été percée pour la relier au quai d'Avroy. D'abord appelée la rue de la Station (1), elle deviendra la rue des Guillemins en 1863. Le Petit Jonckeu a été rectifié et élargi, et le chemin urbain (2) qu'il constitue préfigure la future rue du Plan Incliné.

plan_sud_liege_1883.jpg  Comme en témoigne le plan ci-dessus, daté de 1883, une quarantaine d'années a suffi pour métamorphoser la configuration des lieux.

  De 1853 à 1863, le cours de la Meuse a été déplacé et simplifié. Les terrains récupérés, dès la fin des années 1870, ont permis la création du parc d'Avroy et du quartier bourgeois des Terrasses (voir ces autres articles).

  En 1863, on a construit une nouvelle gare dans l'axe de la rue des Guillemins. Cette fois, il s'agit d'un bâtiment en dur, en gros blocs de pierre de France, avec un impressionnant vitrail en façade (voir ce lien).

  Quant au quartier qui nous intéresse ici, à l'emplacement de l'ancien domaine des Frères Guillemins, il s'est urbanisé dès le milieu du XIXe siècle.

  Reportons-nous en 1852. Malgré les polémiques à ce sujet, il est de plus en plus probable que la gare principale de Liège restera celle des Guillemins (Liège n'aura sa gare centrale qu'avec Liège-Palais en 1877). Pour donner de la plus-value à leurs biens, les propriétaires du clos des Guillemins (dont principalement la famille Fabry) proposent à la Ville de céder les terrains nécessaires à la création d'un réseau de voiries. Le projet est accepté en 1854. Il prévoit un axe principal qui relie la rue de la Station (rue des Guillemins) à la place Sainte-Véronique, axe entrecoupé par une place carrée à chaque coin de laquelle s'ouvre une autre artère.

  Naissent ainsi :

- La rue Fabry, réalisée en 1857. Elle porte ce nom à la demande de la famille Fabry qui a cédé le terrain, pour honorer son ancêtre Jacques-Jospeh de Fabry, bourgmestre de Liège lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, favorable aux idées françaises et opposé au pouvoir tyrannique du prince-évêque.

- La rue de Chestret, réalisée aussi en 1857 et baptisée ainsi en 1866, en hommage à Jean-Remy de Chestret, lui aussi bourgmestre de Liège à la fin du XVIIIe siècle et chef (avec Fabry) des patriotes liégeois hostiles au prince-évêque.

- La rue de la Paix, appelée ainsi en 1866 pour rappeler que la paix est indispensable à l'essor du commerce et de l'industrie. Cette rue sera rebaptisée rue de Rotterdam lors de la fusion des communes de 1977.

- La place de Bronckart, qui n'est ouverte qu'en 1863 et bâtie dès 1866. Elle porte d'abord le nom de place des Guillemins, puisque cet emplacement était au cœur de l'ancien domaine de Frères Guillemites. Elle est rebaptisée en 1885*, peu après le décès d'Émile Joseph de Bronckart, politicien liégeois qui s'est énormément dévoué pour le développement de l'enseignement primaire.
* 1885 est la date généralement retenue, notamment dans « Les rues de Liège » de Théodore Gobert. Constatons néanmoins que le plan de 1883 que nous commentons utilise déjà la mention « place de Bronckart ».

- La rue Simonon, appelée ainsi en 1866 du nom de Charles-Nicolas Simonon (1174-1847), auteur wallon (dictionnaire et poèmes).

- La rue du Midi, nommée ainsi en 1866 et rebaptisée rue des Ixellois en 1947, pour rendre hommage à la commune d'Ixelles qui a recueilli des enfants liégeois pendant la seconde guerre mondiale.

- La rue Dartois, qui porte le nom de Jean Dartois (1754-1848), ciseleur et graveur renommé. L'appellation est adoptée dès 1857, mais il faudra attendre une quinzaine d'années pour que la voie soit opérationnelle et constructible, vu les travaux pour rehausser le terrain puis le niveler.

Il est temps de présenter quelques illustrations :

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place des guillemins_liege_2013.jpg


rue et gare des guillemins_liege_1907.jpg  Cette carte postale de 1907 nous montre la deuxième gare des Guillemins, celle construite en 1863-64, agrandie en 1881-82 et embellie encore en 1905, à l'occasion de l'Exposition universelle. La photo qui suit permet la comparaison avec la troisième gare (1958-2007) :
rue des guillemins_liege_2005.jpg


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*Ce petit clocher n'existe plus de nos jours.

place de bronckart et rue fabry_liege (2).jpg  La même perspective lors de la construction d'un immeuble à l'angle et de la place de Bronckart et de la rue Fabry. Le tram électrique est probablement un véhicule de l'actuelle ligne n°20, créée en 1895 entre la place Sainte-Véronique et la place du Batty à Cointe.

place de bronckart_liege_1962 (1).jpg

  À nouveau la même perspective, en 1962 ▲ puis de nos jours ▼rue fabry_liege_2014.jpg


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place de bronckart_liege_1909.jpg  La place de Bronckart sur une carte postale colorisée affranchie en 1909. Dès 1866, le conseil communal a voté un règlement urbanistique concernant les constructions à venir sur ce site, imposant l'uniformité des façades*. Il a fallu trois décennies pour que l'ensemble soit bâti.
* Façades classées depuis 1985.


À remarquer le pylône de distribution téléphonique, toujours existant dans les années 1950 :place de bronckart_liege_debut annes 1950.jpg


* * * * *

rue dartois_liege_debut XXe.jpg
La rue Dartois au début du XXe siècle, vue depuis la rue des Guillemins.

rue dartois_liege_1962.jpg
En 1962, avec la rue des Guillemins.

rue dartois_liege_1962 (2).jpg
En direction de la place de Bronckart, en 1962 ▲ et 2007 ▼rue dartois_liege_2007.jpg

place de bronckart_liege_1970.jpg
La rue Dartois et la place de Bronckart en 1970 ▲ et en 2006 ▼place de bronckart_liege_2006.jpg

* * * * *

place de bronckart rue simonon_liege_1970.jpg
Dans le fond de cette photo de 1970, s'ouvre la rue Simonon, qu'on retrouve ci-dessous en 2006 :place de bronckart rue simonon_liege_2006.jpg

rue des ixellois_liege_1970.jpg
La rue des Ixellois en 1970 ▲ et 2006 (dans le fond de la place de Bronckart) ▼rue des ixellois_liege_2006.jpg


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