28/10/2015

Les origines du parc privé de Cointe

plan liege cointe 1737.jpg  Essentiellement champêtre, le plateau de Cointe est resté longtemps très peu peuplé. Le plan ci-dessus, dessiné en 1737 (cliquez sur lui pour l'agrandir), ne mentionne qu’une poignée de maisons, au Batty* et du côté de la chapelle Saint-Maur**.
* « Batty » serait la francisation du wallon « bati », mot désignant une place publique entourée de quelques constructions.
** Ancienne chapelle dont les origines remontent au début du XVe siècle. Restauré à la fin des années 1990, le bâtiment accueille des expositions, des concerts, des conférences, des réunions de travail…

  Le hameau est toujours modeste quand il aborde le XIXe siècle ; il ne connaîtra un formidable essor qu'après 1880, grâce à la création d’un parc résidentiel privé, la construction d’un observatoire d’astronomie et l’aménagement de nouvelles voiries pour en faciliter l’accès.


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  Le parc privé de Cointe apparaît sur ce plan de Blonden en 1880 (vous pouvez aussi cliquer desssus pour l'agrandir) ; il est à l'époque situé sur le territoire de la commune d'Ougrée (Sclessin).

 

  Les origines du parc privé

 
Depuis le début du XIIIe siècle, il existe en bord de Meuse, au pied de la colline de Cointe du côté de Sclessin, une abbaye créée par des chanoines augustins, puis occupée par des religieuses cisterciennes ; l’endroit a pris le nom de Val Benoît, du latin « vallis benedicta », la « vallée bénite ».

abbaye val-benoit XVIIIe.jpg  L'abbaye du Val Benoît au XVIIIe siècle (gravure de Remacle Le Loup), vue depuis la colline de Cointe. Ci-après, le même endroit de nos jours, avec un complexe universitaire abandonné en voie de réaffectation :
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  En 1797, sous le Régime français, les propriétés de l’abbaye sont vendues à vil prix. Elles finissent par appartenir à un certain Pierre Joseph Abraham Lesoinne (1739-1820), avocat qui joue un rôle important dans la vie liégeoise lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.

  Son fils Nicolas Maximilien (1774-1839) lui succède en 1820. C’est lui qui réactive en 1824 le charbonnage du Val Benoît. Une de ses filles, Émilie, épouse Édouard van der Heyden a Hauzeur (1799-1863), patron à Sclessin du premier moulin à vapeur de Belgique, machinerie au cœur d’une importante minoterie. La mariée apporte à son époux un héritage considérable : l’abbaye du Val Benoît et les domaines qui en dépendent, dans la plaine de Sclessin et sur les coteaux de Cointe.

moulin hauzeur val benoit.jpg  Voici le moulin à farine appartenant autrefois à la famille Hauzeur. Les meules étaient actionnées par une machinerie à vapeur conçue par les ateliers John Cockerill en 1826.

houillere val benoit.jpg  La houillère du Val Benoît à la fin du XIXe siècle, propriété de la famille Hauzeur-Lesoinne. Au sommet de la colline, dans le parc privé de Cointe, se découpe l’Hôtel des Bains et Thermes, dont nous reparlerons plus loin.

 À l’instar de Seraing où les usines Cockerill prospèrent, Sclessin connaît dès 1870 un essor industriel prodigieux. Dès 1876, la famille Hauzeur envisage la mise en valeur des terrains qu’elle possède sur le plateau de Cointe, avec la création d’un parc résidentiel privé de haut standing : un lotissement de 35 hectares dont les parcelles sont vendues aux bourgeois soucieux de faire construire leurs belles villas dans un environnement verdoyant, tranquille et sécurisé.

 

L'observatoire

En réalité, la première construction installée dans le parc privé de Cointe, un lustre avant celles destinées à l’habitat ou aux loisirs, a été l’institut d’astrophysique, mieux connu sous le surnom d’observatoire.

C’est François Folie, administrateur de l’université de Liège, qui y acquiert en 1880, au nom de l’État, un terrain appartenant à la famille Hauzeur. La construction du complexe scientifique, adjugée à l’entreprise Loyens, est réalisée de mars 1881 à novembre 1882, selon les plans de l’architecte liégeois Lambert Noppius, à qui l’on doit aussi l’institut de zoologie du quai Van Beneden, l’institut d’anatomie de la rue de Pitteurs et l’institut de botanique dans le jardin du même nom.

observatoire cointe vue stereo debut XXe.jpg  Ci-dessus, les bâtiments de l’observatoire sur une vue stéréoscopique du début du XXe siècle, avec la tour crénelée évoquant un château médiéval.

observatoire et etang cointe debut XXe.jpg                              L'institut est situé près de l'étang du parc privé (carte postée en 1904).

observatoire cointe debut XXe.jpg  L’observatoire reçoit ses premiers instruments astronomiques en 1884 : un télescope à monture équatoriale, installé sous la coupole de la tour nord (1), et une lunette méridienne logée dans une construction en bois (2) attenant à la conciergerie (3). La tour octogonale crénelée est destinée aux relevés météorologiques ; la voûte de la tour sud (4) abrite une table équatoriale pour matériel spectroscopique ou photographique.

observatoire cointe champetre.jpg  L’observatoire dans son cadre bucolique au tout début du XXe siècle. À droite, on aperçoit la villa « Les Tamaris », avec ses serres où l’on cultive des orchidées. Le bétail est celui d’une ferme voisine.

observatoire cointe vue aerienne champetre.jpg  Cette vue aérienne de la fin des années 1930 nous montre toujours l’observatoire (1) dans un environnement fort rustique. Même les rues du Chéra (2) et du Puits (3) sont peu urbanisées. Remarquez à l’arrière-plan les usines sidérurgiques de la vallée mosane. À la création de l’institut d’astrophysique, certains ont d’ailleurs mis en doute l’utilité de faire de telles observations au milieu des fumées de l’industrie locale.

observatoire cointe annees 1920.jpg  Le square Hauzeur dans les années 1920, avec l'observatoire à l’arrière-plan. Les gens s'engagent dans l'avenue de la laiterie, laquelle porte ce nom vu l'existence dans cette voirie, dès 1885, d'un établissement de ce type*.
* Dès la fin du XIXe siècle, les laiteries sont à la mode dans les alentours champêtres de Liège, notamment à Embourg, Kinkempois et Cointe. Il s’agit de lieux chics de consommation et de distraction, où les familles de la bonne société viennent se restaurer (produits lactés et tartes au riz à l’honneur), jouer au tennis ou danser, pendant que les enfants s’amusent sur la plaine de jeux.

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La laiterie se trouvait là où débouche la rue du Petit Bourgogne (du nom d'un ancien vignoble).

cointe laiterie du parc 1930.jpg  La laiterie du Parc vers 1930. Le patron, très bon musicien, dirige un orchestre de jazz. Les danseurs viennent de toute la région pour écouter cette musique qui fait fureur.

  Mais revenons-en à l'observatoire.

  Une lunette méridienne plus grande est livrée en 1931, et il est décidé, à la fin de la décennie, de la pourvoir d’un abri mieux adapté. En vue des travaux, dès 1937, la lunette méridienne et ses accessoires sont démontés et stockés dans des caisses. Pendant l’occupation, quand l’armée allemande veut s’en accaparer, on fait croire à l’officier en charge de la procédure qu’une pièce importante a été détruite lors de bombardements. La pièce en question est en réalité dissimulée dans une galerie de charbonnage. Le télescope a moins de chance, il est emporté par les nazis pour équiper le mur de l’Atlantique. Il ne sera remplacé qu’en 1957, dans le cadre des indemnités pour dommage
de guerre. Longtemps attendu, le nouvel instrument sera baptisé « Désiré ».

observatoire cointe 1946.jpg  Le chantier d'un nouvel abri pour la lunette méridienne est enfin entrepris dès le lendemain de la seconde guerre mondiale. La photo ci-dessus a été prise en 1946 pendant l’aménagement de la nouvelle toiture mobile.

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La toiture mobile en 2013, fortement délabrée.

observatoire cointe lunette meridfienne.jpg  J'ai pris cette photo de la lunette méridienne lors d'une visite de l'observatoire en compagnie de Monsieur André Lausberg, président de la Société astronomique de Liège*, que je remercie.
* Hébergée dans l’observatoire, la Société astronomique de Liège organise des conférences et propose de nombreuses activités de vulgarisation. Comme le grand télescope Désiré et la lunette méridienne sont restés sur place, elle se donne pour mission de valoriser ces pièces du patrimoine scientifique liégeois par le moyen de journées portes ouvertes ou de visites scolaires.

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Le télescope Désiré.

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Les bâtiments de l'institut d'astrophysique dans les années 1950.

observatoire cointe 1979.jpg  Vue aérienne de la fin des années 1970. Les blocs plus modernes, à gauche des bâtiments d’origine, datent du début des années 1960 ; ils comportent un auditoire, des laboratoires, des ateliers techniques et un planétarium didactique. C’est l’époque où l’institut d’astrophysique se développe en se mettant à la mode de la technologie spatiale.

 
Fin 2001, le département astronomie de l’université de Liège déménage sur le campus du Sart-Tilman. C’est la Région wallonne qui rachète le site, fort délabré ; elle envisage de restaurer les lieux pour y installer ses services de l’archéologie, mais le projet est avorté faute de budget. En attendant, les infrastructures ne cessent de se dégrader.


  L'avenue et l'hôtel des Thermes

  Pour donner un accès carrossable au parc résidentiel qu'elle se propose d'établir à Cointe, la famille van der Heyden a Hauzeur fait aménager à ses frais, de 1881 à 83, une route en provenance de la vallée mosane. Ce sera l’avenue des Thermes, ainsi nommée parce qu’elle mène à l’hôtel des Bains et Thermes liégeois, construit en 1882-83.

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Le bas de l’avenue des Thermes vers 1910.

avenue constantin de gerlache liege 2014.jpg   Depuis 1931, ce tronçon a été rebaptisé du nom d’Étienne Constantin de Gerlache (1785-1871), homme politique ayant joué un rôle important lors de la naissance de l’État belge.

thermes liegeois cointe.jpg  L'hôtel des Bains et Thermes liégeois est un luxueux hôtel-restaurant, avec installations d’hydrothérapie et salle de jeu. Inauguré en 1883, il n'aura qu'une existence éphémère ; il sera fermé en 1905, démoli, puis remplacé par une villa à l'usage de la famille Hauzeur.

thermes cointe 1908.jpgL'hôtel vu de la vallée à l'aube du XXe siècle.


  L'avenue de l'Observatoire

  En 1880, le conseil communal de Liège est saisi d’un projet d’avenue
qui, au départ du quartier des Guillemins, gravirait le flanc de la colline de Cointe pour accéder au domaine résidentiel en préparation. L’idée émane des propriétaires riverains, qui proposent de céder gratuitement les terrains nécessaires au tracé de la nouvelle artère. Celle-ci ne va-t-elle pas donner de la plus-value aux biens qu’ils possèdent sur le versant ou le plateau ?

 
La Ville accepte le projet en janvier 1882, à condition que les demandeurs s’engagent à assumer également les frais des travaux de voirie. En août 1883, l’avenue est baptisée « de l’Observatoire » parce qu’elle mène essentiellement, à ce moment, à l’institut d’astrophysique terminé quelques mois plus tôt ; elle est ouverte à la circulation au début de 1885.

 
L’implantation du chemin de fer dans le quartier des Guillemins a rendu difficile l’accès à Cointe par les chemins traditionnels que constituaient les rues de Cointe (actuelle rue Alber Mockel) et Saint-Maur. La nouvelle avenue rétablit une liaison indispensable avec la ville ; elle est empruntée dès 1895 par la première ligne liégeoise de tramways électriques, reliant la vallée (place Sainte-Véronique) et le plateau (place du Batty).

 

panorama depuis cointe_2.jpg  Panorama de Liège vu de Cointe à la charnière des XIXe et XXe siècles. On aperçoit en (1) l’amorce peu bâtie de l’avenue de l’Observatoire. Remarquez en (2) la rue Hemricourt jusqu’où s’étendaient les voies de garage de la gare des Guillemins.

panorama depuis cointe_1.jpg  Le même panorama vu depuis le point de vue aménagé en 1904 dans une boucle du boulevard de Cointe (devenu le boulevard Kleyer en 1921).

panorama depuis cointe_3.jpg  L'avenue de l'Observatoire à la fin du XIXe siècle. La petite tour au toit en poivrière fait partie de la propriété de la famille Bégasse de Dhaem (ancien domaine des Jésuites wallons). À cet emplacement, la société immobilière Amelinckx a entamé la construction en 1975 de deux immeubles de quatre-vingts appartements (le second n’a été achevé qu’à la fin des années 1980 à cause de la faillite de l’entrepreneur). Comme on peut le constater sur la photo qui suit, les abords verdoyants du complexe résidentiel ont intégré la tourelle d’antan :
avenue observatoire liege 2012.jpg

avenue observatoire liege 1910.jpg  L'avenue de l'Observatoire vers 1910 ▲ et de nos jours ▼avenue observatoire liege 2014.jpg

 

avenue observatoire liege tt debut XXe.jpg  Les villas de l'avenue de l'Observatoire au début du XXe siècle. Remarquez l’aiguillage au niveau des rails : la voie ferrée unique comporte un évitement pour permettre aux trams de se croiser.

avenue observatoire liege debut XXe.jpg  Le sommet de l’avenue au tout début du XXe siècle, avec des habitations plus populaires et des commerces. Dans le fond : la place du Batty, terminus du tram.

tram cointe 1898.jpg  Une motrice électrique du tram de Cointe, place du Batty, en 1898. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
place du batty cointe 2007.jpg

batty cointe terminus tram.jpg  Le terminus du tram de la place du Batty au début du XXe siècle, avec l'entrée du parc privé à l'arrière-plan gauche.

avenue observatoire liege trolleybus 1934.jpg  1934. Les ouvriers enlèvent les rails de l'avenue de l'Observatoire, car les trams viennent d’être supplantés par des trolleybus, autobus électriques équipés de deux perches pour s’alimenter en courant. Cette photo a servi de propagande pour montrer la maniabilité de ce genre de véhicule, qui peut se déporter de sa ligne aérienne habituelle.


  Les villas du parc privé

avenue des ormes cointe 1899.jpgparc prive cointe villas.jpgvillas cointe reverbere 1904.jpg  Les avenues du parc sont aménagées de 1881 à 1885. Il s’agit d'abord de chaussées empierrées,aux accotements de terre, profitant d’un éclairage public au gaz. Les premières villas sont construites dès 1888.

avenue des ormes cointe 1905.jpg  La carte postale ci-dessus met les villas en valeur dans leur écrin de verdure, à la veille de l’Exposition universelle qui va se tenir à Liège en 1905, aux Vennes, à la Boverie et aussi à Cointe. Ci-dessous, la même carte, colorisée, écrite en 1903 :
avenue des ormes cointe 1903.jpg

avenue de cointe debut XXe.jpgL'avenue de Cointe vers 1905.

tennis cointe 1912.jpg  À la fin du XIXe siècle, le tennis débarque d’Angleterre et devient le sport préféré de la classe aisée. Sur ce document du tout début du siècle suivant, on voit les résidents du parc pratiquer leur passion sur les terrains non bâtis de l’avenue de Cointe. Les hommes jouent en gilet et longs pantalons ; les dames en longues jupes, chemisiers amples et grands chapeaux fleuris, échangeant quelques balles avant de prendre le thé chez l’une ou l’autre voisine.

villa serrurier-bovy cointe 1903.jpg  La villa « l'Aube » a été conçue en 1903 par Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910), architecte, ébéniste et décorateur, précurseur liégeois de l’Art nouveau. L'artiste l'a habitée jusqu'à sa mort, après l'avoir meublée et décorée dans le style qui lui était cher. Le cottage a été classé en 2011 ; inscrit désormais au patrimoine de la Région wallonne, il a été restauré grâce à des subsides publics.

 

cointe cadran solaire.jpg  Au cœur du parc, un large rond-point porte le nom de square Hauzeur. Au début, il est constitué d’une petite pièce d’eau et d'un édicule abritant des instruments de météorologie, avec un cadran solaire sur la face exposée au sud.

square hauzeur cointe.jpg  Le square Hauzeur modifié à la suite de l'installation d'une cabine électrique. De nos jours, c’est une pelouse arborée qui comporte une sous-station électrique plus importante et un bloc de quartzite vieux de deux millions d’années.

etang parc cointe tt debut XXe.jpg  À l’intersection des avenues de Cointe, des Ormes et des Platanes, ce bassin est improprement appelé « étang », car l’eau n’y stagne pas. Il s’agit en réalité d’une réserve de 843 m³ d’eau en cas d’incendie, précaution voulue par la famille Hauzeur dès les origines du parc.

villas colonne barometrique cointe debut XXe.jpg  Le monument de style gothique, à l'avant-plan droit, a disparu ; il renfermait une colonne barométrique qui mesurait la pression atmosphérique et donc l’altitude de l’endroit : 125 mètres. Dans le fond, à droite de la villa « Tamaris », on devine le pensionnat « Maria Immaculata » des Filles de la Croix, construit en 1903-1904.

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Le même endroit de nos jours.

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La pièce d'eau du parc privé de Cointe en 1920.

etang cointe.jpg  Le bassin du rond-point est maintenant agrémenté d’un jet d’eau et entouré de cerisiers du Japon. Ses eaux abritent diverses espèces de poissons dont de magnifiques carpes.


  Du côté de la place du Batty

place du batty cointe tt debut XXe.jpg  La place du Batty à l'aube du XXe siècle, avec à l’avant-plan une villa et un terrain non encore bâti du parc privé.

pensionnat-cointe-batty-1927.jpg  Le même endroit dans les années 1920. Remarquez à gauche l’une des entrées du parc résidentiel privé, avec ses barrières que les gardes fermaient à 22 heures.

place du batty cointe 2000.jpg  En 2000, pendant la restauration du Chanmurly et le chantier du complexe commercial et résidentiel qui se trouve à l'angle du boulevard Kleyer et de la place du Batty (conçu par le bureau d’architectes liégeois Séquences, le projet a été mis en œuvre par l’entreprise Thomas & Piron).


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17:08 Écrit par Claude WARZÉE dans Cointe | Commentaires (2) |  Facebook |

18/10/2015

Les Terrasses

histoire de liège,terrasses  Cette carte postale de la fin du XIXe siècle représente le parc d'Avroy avec, à l'arrière-plan, les immeubles des Terrasses et de l'avenue Rogier. Elle est pourtant intitulée « L'île de Commerce », rappelant l'existence antérieure, à cet endroit, d'une île et d'un bassin portuaire destinés aux activités économiques (voir autre article).

  Rappelons que c'est Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics de la Ville, qui est à l'origine, à la fin des années 1870, du comblement du bassin de Commerce et de la création du parc d'Avroy ; à l'origine aussi, sur les terrains de l'ancienne île, de l'aménagement de l'avenue Rogier* (voir autre article) et d'un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s'est appelé « les Terrasses », squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau.
* Charles Rogier : célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

histoire de liège,terrasses  Cette caricature, parue dans le journal satirique Le Rasoir en 1871, représente Blonden assainissant le quartier d'Outremeuse, une de ses autres entreprises urbanistiques.

histoire de liège,terrasses  Ce plan de Liège est dû à Blonden en 1880 (cliquez dessus pour l'agrandir). Je lui ai superposé en rouge l'ancien bassin portuaire et en vert l'ancienne île de Commerce, l'ensemble ayant été remplacé par le parc d'Avroy et l'élégant quartier Rogier-Terrasses.

histoire de liège,terrasses  Tous les immeubles bourgeois de l'avenue Rogier et des Terrasses ont été construits en 1879-80. L'écrivain ixellois Camille Lemonnier, de passage à Liège, les a qualifiés d'« hôtels de style précieux et tarabiscoté ». Ils sont dus aux architectes Demany, Soubre, Castermans, dont le but était de créer un quartier novateur et luxueux pour séduire la fashion liégeoise. Ci-dessous, le même endroit à la fin du XXe siècle :
histoire de liège,terrasses

 

  L'appellation « les Terrasses » n'a rien d'officiel ; elle est d'usage populaire depuis la création des lieux. Les jardins publics sont bordés par les rues Lebeau* (que l'on voit sur les deux photos précédentes) et Paul Devaux**. L'allée centrale, restée presque un siècle sans nom, a été baptisée l'avenue des Croix du Feu en 1974***.
*Nommée ainsi en hommage à Louis-Joseph Lebeau (1794-1865), avocat d’origine hutoise exerçant à Liège, membre du Congrès national, l’un des pères de la Belgique dans la mesure où il a joué un rôle important dans le choix de son premier roi Léopold de Saxe Cobourg Gotha.
** C'est le nom d’un autre membre du Congrès national, le premier parlement belge institué après la révolution de 1830, chargé notamment de rédiger la Constitution.
*** Appellation qui rend hommage aux anciens combattants de 1914-18 décorés de la Croix du Feu (méritée par une présence au front d'au moins douze mois).


  Puisqu'il est question de la première guerre mondiale, la photo qui suit a été prise aux Terrasses
peu après l'armistice de 1918, lors de la « Joyeuse Entrée » à Liège
des souverains Albert 1er et Élisabeth :
histoire de liège,terrasses


Voici l'avenue Rogier à la hauteur des Terrasses, à la fin du XIXe siècle, en 1929 puis de nos jours :histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses


                                              Revenons-en aux Terrasses à l'aube du XXe siècle :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Les deux jardins, accessibles à chaque coin par quelques marches, sont entourés de balustrades et murets auxquels sont intégrés cinq cent quarante-huit éléments décoratifs en fonte. Admirez aussi les réverbères « modern style » au gaz.

  De 1881 à 1885, les Terrasses sont ornées de quatre sculptures en bronze réalisées par des artistes liégeois. La plus célèbre est le « Dompteur de taureau ». En 1880, ce groupe statuaire remporte la médaille d’or au salon de Paris, ville où s’est installé son créateur, Léon Mignon, artiste sculpteur né à Liège en 1847. La Ville de Liège acquiert l’œuvre, transposée en bronze, pour l’ériger aux Terrasses d’Avroy.

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  L’installation de la statue, dès juin 1881, provoque un scandale, car les milieux catholiques traditionnels s’offusquent de la virilité ostensible de l’homme et de la bête.

histoire de liège,terrasses  La caricature ci-dessus représente l’évêque Doutreloux masquant les parties génitales humaines avec la « Gazette de Liége », journal bien-pensant dont le rédacteur en chef s’appelle alors Joseph Demarteau, lequel dénonce, dans ses éditoriaux, l’outrage infligé aux bonnes mœurs. En réaction ironique à cette campagne puritaine, le prénom du journaliste est utilisé pour désigner le dompteur. On parle désormais, en wallon, de « Djôsef » (Joseph) et son « torè » (le taureau).

histoire de liège,terrasses  Lors de l’Exposition universelle de 1905, les attributs mâles du bovidé et de son maître inspirent les fabricants de cartes postales humoristiques.

histoire de liège,terrasses  Ces gamins, au début du XXe siècle, posent calmement devant la célèbre statue. De nos jours, le taureau est devenu la mascotte des étudiants universitaires liégeois, qui célèbrent la « Saint-Torè », trois jours de festivités au cours de la troisième semaine de mars, pour commémorer l’arrivée du printemps. C’est l’occasion de guindailler une dernière fois avant le blocus des examens de juin. L’occasion aussi d’un cortège folklorique et d’un rassemblement rituel aux Terrasses, où il arrive qu’on peigne les parties génitales de l’animal vénéré, comme sur les deux photos qui suivent :
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  Les groupes statuaires des Terrasses associent tous un homme et un animal, le premier dominant l’autre pour l’utiliser à son service. Voici le « Bœuf au repos » (1885) de Léon Mignon, puis le « Cheval dompté » (1884) d’Alphonse de Tombay et le « Cheval de halage » (1885) de Jules Halkin :
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histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Ce commentaire concerne les deux cartes postales anciennes qui précèdent : 1 = le « Dompteur de taureau » / 2 = le « Bœuf au repos » / 3 = le « Cheval dompté » / 4 = «  le « Cheval de halage ». On peut constater que les bovins se trouvent côté « terre » et les équidés du côté « eau », vers la Meuse, en allusion à leurs spécialités respectives : le labour et le halage.

  À remarquer, sur la deuxième carte postale, le boulevard Frère-Orban* inauguré en 1879 le long d'un chenal portuaire aménagé en remplacement de l'ancien bassin de Commerce (voir autre article). Une passerelle provisoire a été jetée sur le fleuve pendant la construction d'un nouveau pont de Commerce en perspective de l'Exposition universelle de 1905.
*Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque nationale, du Crédit communal et de la Caisse générale d’épargne et de retraite.

 

histoire de liège,terrassesLes terrasses, le boulevard Frère-Orban et la Meuse (avec son chenal de Commerce) dans les années 1930.

 histoire de liège,terrasses  1930 est l'année où Liège organise (comme Anvers) une exposition internationale à l'occasion du centième anniversaire de l'indépendance belge. Dans le cadre des festivités célébrant l'événement, ce cortège folklorique met en scène Charlemagne et ses preux chevaliers. À l'arrière plan, une partie des Terrasses et la rue Paul Devaux.

histoire de liège,terrasses  Un char Sherman en septembre 1944. Lors de la libération de Liège, les soldats américains manœuvrant aux Terrasses n’ont guère l’occasion d’admirer le fameux « Torè ». La statue, pour la soustraire aux fonderies du Reich, a été cachée dès 1940 dans les caves de l’Académie des Beaux-Arts, emmurée en compagnie de la Vierge de Delcour (fontaine en Vinâve d’Île, près de la place de la Cathédrale).

 

histoire de liège,terrasses  Le boulevard Frère-Orban à l'angle de la rue Lebeau, au début du XXe siècle ▲ et le 19 avril 2015, jour de l'inauguration des nouveaux quais de la rive gauche ▼
histoire de liège,terrasses

 

histoire de liège,terrasses  La rue Lebeau au début du XXe, avec l’homogénéité architecturale des résidences bourgeoises construites en 1879-80.

histoire de liège,terrasses  Les premiers immeubles à appartements multiples apparaissent à la charnière des années 1950 et 60. Ils rompent l’unité architecturale de l’ensemble, mais on s’est habitué à cette diversité. Les anciennes maisons de maître étaient conçuespour des familles très fortunées disposant souvent d’une domesticité nombreuse ; elles ne correspondent plus à l’évolution du mode de vie. Les constructions en hauteur répondent à la demande d’une population en constanteaugmentation, avec des logements modernes beaucoup plus faciles et moins onéreux à entretenir et chauffer.

histoire de liège,terrassesLa rue Lebeau en 1962.

histoire de liège,terrassesLe building en construction, rue Devaux, sera terminé en 1961.

histoire de liège,terrasses  Vue aérienne prise vers 1950 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). À l'avant-plan, l'avenue Rogier et les Terrasses sans le moindre building. Le pont Neuf (futur Kennedy) et celui de Commerce (futur Albert 1er) sont toujours des ouvrages provisoires à la suite des destructions dues à la seconde guerre mondiale.

histoire de liège,terrasses  Cette photo date de la fin des années 1950. Sur la gauche, dans l'axe de l'allée centrale des Terrasses, on distingue le Monument national à la Résistance installé là depuis 1955.

histoire de liège,terrasses                                                            Le mémorial en 2011.

  C'est dès le lendemain de la seconde guerre mondiale que naît l’idée d’instituer en Belgique un site de mémoire en l’honneur de la lutte patriotique clandestine contre l’occupant nazi, lieu de recueillement qui bénéficierait du même statut que la tombe du soldat inconnu à Bruxelles. Tous les mouvements de résistance tombent d’accord pour que ce mémorial soit érigé à Liège, ville qui s’est particulièrement signalée par son héroïsme. La mise en œuvre du monument, au parc d’Avroy, est confiée à l’architecte Paul Étienne et au sculpteur Louis Dupont, déjà connu entre autres pour les bas-reliefs du lycée Léonie de Waha.

histoire de liège,terrasses  Le mémorial est inauguré le 8 mai 1955, en présence du roi Baudouin. Cette photo et la suivante ont la rue Lebeau comme toile de fond :
histoire de liège,terrasses  En contrebas des statues, une urne en bronze contient les cendres de résistants inconnus néerlandophones, recueillies au camp de Flossenburg (ville allemande de Bavière, près de la frontière tchèque). Sur les flancs de ce reliquaire, des figures gravées évoquent la presse clandestine et les services de renseignements. Dans le socle de pierre, sont gravés les blasons des neuf provinces belges de l’époque.

histoire de liège,terrasses  Les deux groupes statuaires représentent la Résistance armée et la Résistance intellectuelle (une présence féminine constitue une exception dans ce genre de monument).

histoire de liège,terrassesLes immeubles de la rue Lebeau vus depuis le parc d’Avroy au début des années 1950.

histoire de liège,terrasses  La même vue en 1969. Le drapeau belge indique l’endroit du monument dédié à la Résistance. Le building à l’angle de la rue Lebeau et de l’avenue Rogier est en cours de construction.

 Terminons par deux vue des Terrasses vers 1960, la première en direction de la Meuse, la seconde en direction du parc d'Avroy :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses

 
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23/09/2015

La rue Pont d'Île

  La rue Pont d'ïle est un piétonnier* très commerçant qui relie la place de la République française au Vinâve d'Île et au Carré.
* Piétonnier depuis 1972.

rue du pont d'ile liege 2013.jpgrue du pont d'ile liege 2006.jpg


  Quelle est l'origine de ce nom ?

 
Il faut se rappeler qu'un bras de la Meuse, dit de la Sauvenière, décrit autrefois une large boucle et délimite le quartier de l'Isle (l'Île). Le pont qui permet alors d'accéder à cette île depuis le cœur historique de la cité s'appelle tout logiquement le pont d'Île (la flèche sur la gravure ci-dessous), dénomination qu'a conservée la rue qui se trouve aujourd'hui à cet emplacement :
vue liege aveline.jpg          Eau-forte d'Alexandre Aveline, 1689 ▲                                   Plan de Christophe Maire, 1720 ▼
plan liege 1720.jpg  On s'aperçoit, grâce au plan ci-dessus, que peu avant le pont d'île, le bras de la Sauvenière se ramifie pour donner naissance à plusieurs cours d'eau plus étroits.

  L'existence d'un pont à cet endroit, dont on ignore la date d'édification, est avérée dans la première moitié du XIe siècle.

pont d'ile dessin XVIIe.jpg  Ce dessin du XVIIe siècle (qui figure parmi les vues anciennes de Liège recueillies par Léon Béthune) présente un pont en pierres, composé de onze arches, dont plus de la moitié supportent des maisons à l'instar du Ponte Vecchio de Florence. L'ouvrage commence à la hauteur de la rue de Wache et s'étend sur une grande partie de la rue Pont d'ïle actuelle. Le symbole des deux roues, vers le haut de l'image, supposent la présence de moulins actionnés par les biefs de la Meuse. La pointe de terre, juste à côté, forme l'angle des actuelles rues de la Régence et de l'Université.

  Parmi les occupants des maisons bâties sur le pont, au fil du temps, il faut signaler des notables, des orfèvres, des horlogers, des imprimeurs (Desoer), des graveurs, des boulangers, des barbiers, des débitants de boissons, des brasseurs, des chausseurs, des artistes peintres, des luthiers, des négociants en vins et alcool, des maroquiniers, des marchands de faïences, des marchands de tissus…

  Des enseignes servaient autrefois à différencier les habitations d'artisans, de négociants et même de bourgeois. En voici un exemple toujours existant au 41 de la rue Pont d'Île :
enseigne cygne pont d'ile liege 1690.jpg

 

milheuser 1649.jpg  Ce détail de la gravure de Milheuser nous montre bien la configuration des lieux au milieu du XVIIe siècle, avec les îlots auxquels les cours d'eau ont donné naissance (îlots aménagés en jardins de demeures privilégiées). Autour du pont d'Île, on peut identifier la collégiale Saint-Paul (1), le Vinâve d'Île (2), le couvent des Dominicains (3), la place aux Chevaux devenue la place de République française (4), la place Verte occupée de nos jours par l'îlot Saint-Michel (5), la cathédrale Saint-Lambert détruite à la fin du XVIIIe siècle (6), la collégiale Saint-Denis (7), les biefs de la Meuse devenus les rues de la Régence et de l'Université (8), le couvent des Jésuites anciens à l'emplacement de l'actuelle université (9).

  C'est probablement la vue de Milheuser qui a servi de modèle à ce dessin qui illustre les notes archéologiques et architectoniques de Camille Bourgault (à découvrir en cliquant ICI) :
rue pont d'ile et couvent des dominicains liege 1650.jpg  Sur le dessin ci-dessus, représentant la situation vers 1650, l'église du couvent dominicain est toujours celle issue du XIIIe siècle. Elle sera remplacée au début du XVIIIe par un édifice au dôme imposant, tel qu'on le voit sur l'illustration qui suit :
pont d'ile liege 1816.jpg  Ce dessin de C. Abingdon, réalisé en 1816, représente le bras mosan de la Sauvenière en amont du pont d'Île. À l'arrière-plan, la collégiale Saint-Denis. À droite, le dôme de l'église des dominicains (fermé dès 1796 au début de la période française, le couvent sera finalement détruit en 1817).

place republique française liege 1970.jpgLe même endroit en 1970 ▲ et 2003 ▼Place republique française liege 2003.jpg

 

plan quartier opera liege 1780.jpg  Sur ce plan de la fin du XVIIIe siècle (juste avant les événements révolutionnaires), le cercle rouge représente le dôme du couvent des Dominicains, et la croix situe l'emplacement où sera construit le grand théâtre de Liège de 1818 à 1820. Remarquez que l'appellation « pont d'Île » (le trait rouge) ne concerne plus que les trois arches sous lesquelles passe le cours plus large de la Meuse, car le reste, avec les habitations de chaque côté, s'appelle déjà « rue du Pont d'Île ».

  Devenus de véritables égouts à ciel ouvert, les biefs de la Meuse finissent par être comblés ou voûtés au début du XIXe siècle.

pont d'ile liege XVIIIe.jpg  Dessin d'Alfred Ista d'après Charles Remont : les trois arches du pont d'Île au XVIIIe siècle (lesquelles disparaîtront en 1826).

pont d'ile liege XIXe.jpg
Le même endroit au milieu du XIXe siècle ▲ et en 1975 ▼pont d'ile-liege-1975.jpg



rue pont d'ile liege debut XXe.jpg  La rue Pont d'Île au tout début du XXe siècle. Elle a hérité de l'étroitesse du pont bâti, et certaines caves conservent toujours des vestiges des anciennes arches.

rue pont d'ile liege debut XXe (2).jpg  Le bâtiment mis en évidence sur cette photo est l'ancienne brasserie des frères dominicains, cédée depuis le milieu du XVIIIe siècle à la famille Dejardin. Il est démoli en 1912 pour faire place au Kursaal, une salle de music-hall qui devient cinéma. L'établissement prend le nom de Caméo en 1927 puis de Normandie en 1939.

programme cinema normandit liege 1948-49.jpgLe programme du cinéma Normandie en 1948-49.

cinema normandie pont d'ile liege 1965.jpgLe cinéma Normandie en 1965 ▲ et peu avant sa fermeture en 1976 ▼cinema normandie pont d'ile liege annees 1970.jpg

  Revenons-en à l'ancienne brasserie des frères dominicains, que revoici au début du XXe siècle, quand elle est la propriété de la famille Dejardin :
brasserie dejardin liege.jpg

fontaine du perron pont d'ile liege.jpg  À côté de la brasserie, il existait autrefois, « dans une partie en retrait vierge de bâtiment » (dixit Théodore Gobert), une fontaine alimentée par l'araine Roland. Érigée en 1718, cette fontaine au perron est transférée en 1870 dans la seconde cour du palais des princes-évêques. Elle se trouve actuellement au Grand Curtius.

 

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06/09/2015

L'évolution du boulevard de la Sauvenière de 1871 à la fin du XXe siècle

Cet article suit celui intitulé « l'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière ».

boulevard sauveniere liege avant 1871.jpg  L’entrée du boulevard de la Sauvenière avant 1871, si l’on s’en réfère à l’absence de voies ferrées pour le chemin de fer américain (comme on désigne alors les premiers tramways).

tram traction chevaline 1871.jpg  Dès 1871 en effet, une partie de la voie charretière du côté pair (l’ancienne rive gauche du canal) est consacrée à la circulation des tramways dans les deux sens. Cette ligne n° 1, assurée par des véhicules à traction chevaline, relie la place Saint-Lambert et les Guillemins.

boulevard de la sauveniere liege fin XIXe.jpg  La réfection de la tour de la basilique Saint-Martin permet de dater le document ci-dessus entre 1868 et 1871, avant donc que ne circulent les premiers trams. Un terre-plein central arboré occupe l’essentiel de l’espace, avec de chaque côté une voie charretière desservant d’élégantes demeures. Ci-dessous, on voit la même perspective avec la ligne de tramways, électrifiée depuis 1893 :
boulevard de la sauveniere liege tram électrique.jpg

boulevard sauveniere liege vers 1900 (2).jpgLe boulevard de la Sauvenière vers 1900, du côté du Pont d'Avroy ▲ et de la place du Théâtre ▼boulevard sauveniere liege vers 1900 (1).jpg  Sur la gauche de la photo ci-dessus, parmi les immeubles que longent les trams, une enseigne signale les bureaux du journal La Meuse.

journal la meuse sauveniere avant 1914.jpg  Fondé en 1856, le journal La Meuse occupe d'abord des locaux situés rue du Pot d’Or (imprimerie) et rue Vinâve d’Île (rédaction). C'est en 1874 que les activités sont regroupées boulevard de la Sauvenière, dans l’ancien hôtel de Grady de la Neuville (la photo ci-dessus nous reporte vers 1910).

petit trianon liege 1905.jpg  Sur cette carte postale de 1905, on reconnaît le siège du journal La Meuse juste après la terrasse du Petit Trianon, café-restaurant très réputé à l’époque, où les bourgeois ont l’habitude de dîner lors de l’Exposition universelle organisée à Liège cette année-là.

trianon pathe liege 1908.jpg  À côté du Petit Trianon, le Trianon-Pathé est ouvert en 1908, destiné aux projections cinématographiques (l’enseigne est visible au centre de la photo, au niveau des toitures). Le café du Point de Vue devient rapidement le rendez-vous des cinéphiles.

trianon pathe liege 1912.jpg  La façade du Trianon-Pathé (à gauche) présente des statues ornementales à la manière baroque. Au tout début du XXe siècle, subsiste encore l’obligation d’affranchir une carte postale du côté de la vue.

promenade sauveniere liege debut XXe.jpg  En ce tout début du XXe siècle, l’allée centrale constitue une promenade très prisée par la bourgeoisie liégeoise. Le boulevard est essentiellement résidentiel, mais quelques commerces se sont installés du côté de la voie charretière où circulent les trams.

boulevard sauveniere liege tt debut XXe.jpg  Les photographes ont toujours apprécié la perspective que propose le boulevard quand on le découvre en venant d’Avroy, avec la basilique Saint-Martin fermant l’horizon.

boulevard sauveniere liege debut XXe.jpg  La bâtisse surmontée d’un fronton, à droite avant la longue rangée d’arbres, a abrité dès 1874, l’Institut supérieur libre des Demoiselles, fondé par Léonie de Waha, pédagogue féministe et libérale. Elle est de nos jours une école fondamentale de l’enseignement communal. Le gamin portant sa charge rappelle que la « Belle Époque », comme on surnomme cette période avoisinant les années 1900, ne l’est que pour la bourgeoisie, la classe ouvrière subissant toujours une existence austère et laborieuse.


boulevard sauveniere liege foire.jpg  À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la foire aux variétés d’octobre occupe aussi le boulevard de la Sauvenière. C’est principalement dans les environs du Pont d’Avroy que les amateurs de fritures peuvent satisfaire leur gourmandise.

boulevard de la sauveniere liege debut annees 1920  tram blanc.jpg  Dès 1919-1920, les tramways communaux adoptent une livrée de couleur crème (les fameux « trams blancs »), les vicinaux conservant une carrosserie verte. Une vaste aire piétonne, des transports en commun électriques et même une piste cyclable... de quoi faire rêver les écologistes d’aujourd’hui !


  Dès 1910, les autorités communales envisagent une modernisation du boulevard ; il serait temps par ailleurs de remplacer les ormes atteints par la maladie. La première guerre mondiale, bien sûr, interrompt les études à ce sujet, et il faut patienter jusqu’en 1924 pour qu’une importante modification soit adoptée : le transfert en site propre central de la circulation des trams, avec de chaque côté une large chaussée asphaltée et un trottoir spacieux.

boulevard sauveniere liege 1915.jpg  Ci-dessus, le boulevard de la Sauvenière vu de Saint-Martin pendant le première guerre mondiale, avec sa promenade arborée centrale. Ci-dessous, deux vues montrant la situation dans la seconde partie des années 1920, avec la circulation des trams au centre et de jeunes plantations :
boulevard sauveniere liege apres 1924 (1).jpgboulevard sauveniere liege apres 1924 (2).jpg

 

boulevard sauveniere liege avant 1924.jpg  Cette photo, prise au tout début des années 1920, nous reporte dans le tronçon qui débute place de la République française (place du Théâtre avant 1918). On reconnaît le Trianon-Pathé, renommé simplement Trianon depuis qu’il a été converti en 1914 en une salle de spectacles présentant des opérettes, des revues et des vaudevilles à la française. À sa droite, on a ouvert un cinéma baptisé le Coliséum. Remarquez que le boulevard a été déboisé.


boulevard sauveniere liege chantier tram 1924.jpg  Ce déboisement est préparatoire aux transformations de 1924-25, qui vont déplacer la circulation des trams au milieu du boulevard.

boulevard sauveniere liege chantier tram 1924-25.jpgAutre photo du chantier de 1924-25.

boulevard sauveniere liege 1925.jpgLe café Vénitien et l’entrée du boulevard tout nouvellement réaménagé (les arbres, à droite, cachent le café du Point de Vue, mis en évidence sur la vue suivante) :
crues liege 1926 (1).jpgÀ peine terminé, le nouveau boulevard subit les terribles inondations de l’hiver 1925-26.

crues liege 1926 (2).jpg  Pour situer cette portion du boulevard, imaginez la Cité Miroir (anciens Bains et Thermes de la Sauvenière) à la place du mur de gauche. La publicité peinte sur le pignon d’un immeuble signale l’existence à cet endroit d’un garage Minerva géré par la famille Dehon, dans l’automobile depuis 1897.

minerva liege.jpg  Minerva, c’est la Rolls-Royce belge de l’époque, qui a cessé d’être produite à la fin des années 1930. Dès décembre 1944, le concessionnaire a poursuivi ses activités en se consacrant à une grande marque française symbolisée par des chevrons. Il est installé depuis 1985 sur les hauteurs de Burenville.

boulevard sauveniere liege fin annes 20.jpgLe nouveau boulevard dans la seconde partie des années 1920, vu depuis le rond-point du Pont d'Avroy.

boulevard sauveniere liege 1930.jpgLe rond-point de verdure a été remplacé un temps par une fontaine.

boulevard de la sauveniere liege entre 1925 et 28.jpg  Le nouveau boulevard entre 1925 et 1928, vu cette fois depuis la place de la République française. À gauche, à la hauteur de la camionnette, le bâtiment rosâtre est la Scala, une salle de music-hall fondée en 1918.

boulevard sauveniere liege debut annees 1930.jpg  Au début des années 1930, la salle de music-hall est devenue un cinéma, qui prendra le nom de Carrefour en 1935. À l’affiche : un film muet interprété par Tom Mix, acteur hollywoodien célèbre pour son rôle de cow-boy héroïque.

  De l’autre côté de la chaussée, le Trianon s’est mué en théâtre wallon depuis 1926, et le cinéma Coliséum va bientôt s’appeler le Crosly (1936). À côté, la façade du journal La Meuse a changé d’apparence : le bâtiment, en effet, a été agrandi et modernisé pour s’adapter à l’essor de l’institution et correspondre aux tendances architecturales à la mode.

journal la meuse liege 1928.jpg
La façade du journal La Meuse dès 1928.

boulevard sauveniere liege fin annees 1920.jpg  Depuis la fin des années 1920, l’automobile connaît un essor considérable. À remarquer la pompe à essence, qui témoigne de l’existence à cet endroit d’un garage station-service.

boulevard sauveniere liege annees 1930.jpg  Le premier bâtiment à gauche était en 1738 la propriété du baron d’Aix, construite dans le style Louis XV. Acquis au tout début du XXe siècle par le président du conseil d’administration du Grand Bazar de la place Saint-Lambert, il est transformé pour ressembler au somptueux hôtel d’Ansembourg de la rue Féronstrée. Il est aujourd’hui le siège d’une importante banque allemande.


  En 1930, Liège célèbre le centième anniversaire de la Belgique indépendante, organisant une exposition internationale consacrée à la grande industrie et aux sciences (les sites retenus à cette occasion sont le champ de manœuvres de Droixhe et le parc de la Boverie). La ville, pour cette occasion, veut afficher des allures de modernité.

boulevard sauveniere liege 1930 (2).jpg  Carte éditée dans le cadre de l’exposition internationale de 1930. Le boulevard a perdu son charme romantique de promenade ; il s’est transformé en une voie animée ouverte à la circulation automobile, aux affaires et au commerce. La carte postale ci-dessus nous le montre en direction du Pont d'Avroy.

boulevard sauveniere années 1930 (1).jpgDu côté du théâtre royal en 1930.

boulevard sauveniere pont d'avroy liege fin annees 1930.jpg  Le boulevard à la fin des années 1930, vu depuis le Pont d'Avroy où le rond-point est devenu une horloge fleurie (voir autre article).

boulevard sauveniere liege fin annees 1930.jpg  Le support incliné de l'horloge fleurie se retrouve sur cette photo, prise juste avant la seconde guerre mondiale.


  En 1936, l’échevin des travaux publics Georges Truffaut fait adopter par le Conseil communal le projet de construction d’un établissement de bains et thermes à l’emplacement de l’école communale de la place Xavier Neujean. La façade principale du bâtiment donnera sur le boulevard de la Sauvenière.

  À l’issue d’un concours, c’est à l’architecte Georges Dedoyard* que l’on confie, en 1937, la conception de ce complexe sportif ambitieux, qui prévoit deux bassins de natation, un ensemble complet de bains publics et d’hydrothérapie, un restaurant, ainsi qu’une gare des bus au rez-de-chaussée… et même, à cause de la menace d’un conflit imminent, un abri antiaérien pour quatre cents personnes !

* L’architecte liégeois Georges Dedoyard (1897-1988) a aussi conçu, entre autres, le siège de la Société Générale de Banque du boulevard de la Sauvenière (1937), le pont des Arches (1947), le pont Albert 1er (1957), le pont Neuf (1958, rebaptisé pont Kennedy en 1963), la tour des finances de la rue Paradis (fin des années 1970) ; il est en outre le créateur, à Bastogne, en 1950, du mémorial du Mardasson.

  Les travaux de construction commencent en 1938 ; ils subissent du retard à cause de la déclaration de guerre, mais l’établissement est inauguré et ouvert au public en 1942, malgré les heures sombres de l’occupation ; il est salué comme un modèle d’architecture moderniste.

bains sauveniere liege 1947.jpg
Les Bains et Thermes de la Sauvenière en 1947.

bains sauveniere liege construction.jpg  À l’origine, le grand bassin de natation est éclairé par une immense voûte comportant des briques de verre fabriquées par les cristalleries du Val Saint-Lambert. Cette voûte, un quart de siècle plus tard, nécessitera d’importants travaux de réfection, qui masqueront les éléments translucides initiaux.

piscine sauveniere liege 1963.jpgLe grand bassin en 1963.

cite miroir sauveniere liege 2014.jpg  Les Bains de la Sauvenière ont fermé leurs portes en 2000 pour non-conformité des normes de sécurité. Ce symbole liégeois a finalement été sauvé en 2005 par son classement en tant que monument historique. C'est en 2009 qu'a débuté le chantier de rénovation qui a abouti à l'ouverture de « La Cité Miroir », un lieu culturel et d'éducation permanente au service de la citoyenneté, de la mémoire et du dialogue des cultures.

affiche bains sauveniere liege (1).jpg

  

affiche bains sauveniere liege (2).jpg

  La première de ces deux affiches, à la charnière des années 1940 et 1950, illustre que les Bains de la Sauvenière, à l’origine, répondent aussi à une nécessité sanitaire, en proposant au public des baignoires et douches à une époque où les salles de bains à domicile sont encore rares. La seconde est symbole de modernité, en présentant une femme en bikini, maillot deux pièces créé en 1946 qui suscite bien des émois dans les milieux conservateurs.

 

gare des bus sauveniere liege 1950.jpg  Pendant la guerre, les locaux destinés à la gare routière (au rez-de-chaussée du bâtiment des Bains de la Sauvenière) abritent les bureaux du rationnement, puis du ravitaillement à la Libération. La station communale d’autobus n’est mise en service qu’en 1950. C’est un autobus GMC des Vicinaux que l’on utilise pour l’inauguration officielle en présence de nombreuses personnalités.

gare des bus sauveniere 1958.jpggare des bus sauveniere liege.jpgDès son ouverture, la gare routière de la Sauvenière connaît une activité débordante.

gare des bus sauveniere annees 1960.jpg  Pour satisfaire les usagers, la gare comporte, sur l’îlot central séparant les deux voies d’accès, une salle d’attente, un café-bar, un bureau de messagerie, un kiosque à journaux et un poste de police. Le site sera rajeuni pour aborder la décennie des années 1960, après qu’une délégation liégeoise se soit rendue à Paris pour s’inspirer des modernisations apportées dans les stations du célèbre métro.


boulevard sauveniere liege 1947.jpgLe boulevard en 1947 ▲ et au début des années 1950 ▼boulevard sauveniere liege debut annees 1950.jpgÀ remarquer qu'il n'y a plus d'arbres sur la photo ci-dessus, mais qu'il y en a de nouveau en 1962 :boulevard sauveniere liege 1962.jpg

trams sauvenière liege 1957.jpg  Septembre 1957. Quel incident technique ou arrêt de travail a pu immobiliser ainsi toute une colonne de trams ?

 safege.jpg  Dans le courant des années 1960, le consortium industriel français SAFÈGE met au point un métro suspendu à traction électrique. À Liège, plusieurs sociétés s’intéressent à cette technologie dès 1966, et on envisage une pareille ligne aérienne de transport en commun pour relier le centre-ville à l’université qui s’implante de plus en plus au Sart-Tilman. La navette futuriste, pour se rendre aux Guillemins puis Fragnée, emprunterait les boulevards de la Sauvenière et d’Avroy. Le projet n’a jamais abouti.

 

boulevards sauveniere liege dessin jean dengis.jpg  Retour à l'autre bout du boulevard dans les années 1950, grâce à un dessin de Jean Dengis. Ci-dessous, le même endroit en 1959, 1960-61 (pendant les fameuses grèves contre la Loi unique) et 1964 :
boulevard sauveniere liege 1959.jpgboulevard sauveniere liege grèves hiver 60-61.jpgboulevard sauveniere liege 1964.jpg


boulevard sauveniere liege 1958.jpgDu côté du Trianon et du Crosly en 1958.

trianon crosly liege mars 1950.jpgGros-plan sur le Trianon et le Crosly en 1950.

chantier journal la meuse sauveniere liege 1960-62.jpg  Dix ans plus tard (de 1960 à 62), on construit le nouvel immeuble du journal La Meuse. Le bâtiment est l’œuvre de la société d’architectes l’Équerre, qui vient de réaliser le palais des Congrès en bord de Meuse (1958).

boulevard sauveniere liege 1969.jpg  Dans la seconde partie de la décennie, le boulevard est modifié pour s’adapter au remplacement des trams électriques par des autobus au gasoil. Sur cette photo de 1969, ont disparu les rails et caténaires.

 

boulevard sauveniere liege 1968.jpg  Cette photo a été prise en 1968. Le panneau annonce l'aménagement au milieu du boulevard d'une piste réservée à la circulation des autobus.

boulevard sauveniere liege fin annees 1950.jpg À la fin des années 1950 ▲ et en 1969-70 ▼boulevard sauveniere liege 1970.jpg
 

boulevard sauveniere liege 1972.jpg  Le boulevard de la Sauvenière en 1972. La grue, à l'avant-plan, appartient au chantier d'un hôtel qu'on appellera le Ramada Inn.

boulevard sauveniere liege avant 1971.jpg  La courbe du boulevard, sous la colline du Publémont (avec la basilique Saint-Martin), vers 1969-70. Les trois photos qui suivent montrent le chantier du Ramada Inn en 1971-72 :
chantier ramada inn liege juin 71.jpgchantier ramada inn liege nov71.jpgchantier ramada inn liege.jpg

boulevard sauveniere liege 1980.jpgLe Ramada Inn dans sa première décennie, devenu aujourd'hui l'hôtel Mercure.

boulevard sauveniete liege apres 72.jpg  La flèche désigne le cinéma Concorde qui vient d’être inauguré en 1973. Précurseur du complexe multi-salles (il en comporte deux), il ne connaît qu’un succès mitigé par rapport au Palace situé rue Pont d’Avroy. Il cessera ses activités en 1997 lors de l’ouverture du Kinepolis de Rocourt.

place saint-lambert liege 1980.jpg  Sur la photo ci-dessus, qui date de 1980, le palais arbore des drapeaux commémorant le millénaire de la principauté de Liège, avec un motif symbolisant la puissance des princes-évêques d'antan, lesquels disposaient à la fois du pouvoir temporel (l’épée) et religieux (la crosse).

  Liège a beau pavoiser, cette année-là, elle n’en subit pas moins d’irréversibles outrages. Entamé dans la décennie précédente, le chantier de la place Saint-Lambert, avec les destructions patrimoniales qu’il provoque, défigure le centre-ville et ses alentours.

demolition vieux sarma liege 1982.jpg  Cette photo (cliquez dessus pour l'agrandir) a été prise en 1982 depuis le toit de l’ancien Grand Bazar (de nos jours les galeries Saint-Lambert). À l’arrière du parking terrain vague (l’actuel îlot Saint-Michel), on reconnaît le début des rues Basse et Haute Sauvenière. Une série de démolitions absurdes, dès le milieu des années 1970, a affecté aussi le début du boulevard, qui présente toujours des séquelles issues de cette époque.

parking trianon liege.jpg  Le Trianon et le Crosly sont voués à la destruction en 1976. L’espace libéré est provisoirement transformé en zone de parcage automobile, pompeusement baptisée le « parking Trianon ». Du provisoire qui dure toujours ! Le chancre urbain s'est même agrandi depuis peu avec la démolition de l'immeuble « La Meuse », abandonné depuis 2001.

sauveniere liege projet immobilier.jpg  À la fin des années 1970, la ville poursuivait l’idée d’édifier à cet endroit un mégathéâtre regroupant le Trianon, le Gymnase (en cours de démolition place Saint-Lambert) et même le Conservatoire de musique, le tout complété d’une galerie commerçante. Un projet présenté comme unique en Europe, mais qui ne sera jamais finalisé.

rue basse sauveniere liege 1970 (1).jpg  Ci-dessus, l'entrée de la rue Basse Sauvenière au tout début des années 1970, à l’arrière de l’immeuble du journal La Meuse, qui dispose alors de sa propre imprimerie. C’est là, la nuit, que les camionnettes viennent charger les gazettes fraîchement imprimées. Au-delà du tunnel (aujourd’hui muré), la ruelle compte quelques bars à l’arrière du Trianon et du cinéma Crosly :
rue basse sauveniere liege 1970 (2).jpg

rue basse sauveniere liege fin annees 70.jpgLe même endroit dans la seconde partie des années 1970.

parking trianon liege 2009.jpgEn 2009. L'échafaudage destiné à étayer la colline existe depuis 1983.

parking trianon liege 2013.jpg  Le « parking Trianon » en 2013, sans l'immeuble « La Meuse » qui vient d'être démoli après une inutile restauration de sa façade.

vue aerienne liege 1979.jpg  Revenons-en aux grands travaux qui affectent le quartier à la fin des années 1970 (cette vue aérienne d’André Drèze date de 1979).

- En (1), se poursuit le chantier de la place Saint-Lambert, à l’emplacement où se trouve aujourd’hui l’îlot Saint-Michel.

- En (2), le café Vénitien et le cinéma Carrefour vont bientôt être démolis.

- En (3), le parking terrain vague dont nous en avons déjà parlé a pris place sur les ruines d'une partie de la rue Basse Sauvenière, du Trianon et du Crosly.

boulevard sauveniere liege 1980 (2).jpg  1980. Ce tunnel en construction permettra aux bus d’accéder en sous-sol à la place Saint-Lambert en totale mutation. À droite, les bâtiments de la Société Générale de Banque et du cinéma Carrefour vont disparaître prochainement.

cinema carrefour liege 1980.jpg  Abandonné, le cinéma Carrefour est privé de son enseigne, ce qui permet de redécouvrir, à l’étage, la façade de la Scala de 1918 (voir en début d'article). Pour un court instant, car le bâtiment sera complètement démoli en 1982.

venitien liege 1980.jpgLe café Vénitien au début de sa destruction.

boulevard de la sauveniere liege 1994.jpg  Le nouveau siège de la Générale de Banque en 1994, intégré dans un vaste complexe au rez-de-chaussée commercial. Vu l’évolution du monde financier, avec ses fusions de sociétés, cette banque a depuis changé d’appellation.

 

avroy-sauveniere_gd.jpg

  

J'ai publié chez Noir Dessin Production une version « papier » de l'histoire des grands boulevards de Liège.

En savoir plus

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01/09/2015

L'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière

milheuser 1649.jpg  Les flèches que j'ai ajoutées sur cette gravure de 1649 indiquent le cours principal de la Meuse, qui coulait à l'époque à l’emplacement de l'actuel boulevard Piercot. Un bras secondaire du fleuve délimitait le quartier de l'Île (l'Isle) ; la portion comprise entre le pont d'Avroy (1) et le pont d'Île (2) était appelée le canal de la Sauvenière.

  Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle.

  Dès 980, l’évêque Notger reçoit de tels pouvoirs de la part de l’empereur germanique Otton II, qu’il devient un chef temporel puissant, à la tête d’une importante principauté épiscopale. Ce premier prince-évêque de Liège entreprend de conférer à sa ville un statut digne d’une capitale, en se lançant dans une politique de grands travaux, commençant par l’édification d’un nouveau palais épiscopal et d’une somptueuse cathédrale en l’honneur de saint Lambert.

notger.jpg

Cette peinture représentant Notger est exposée
dans le palais provincial de Liège ; elle est l’œuvre du
peintre belge Barthélemy Vieillevoye (Verviers 1798-Liège
1855), premier directeur de l'Académie des Beaux-Arts
fondée en 1835.

   

        

notger geant 14 aout liege.jpg

  En Outremeuse à Liège, le géant Notger fait partie depuis
2008 du cortège folklorique du 15 août.



 

  Notger désire développer le quartier de l’Île, où son prédécesseur Éracle a érigé la collégiale Saint-Paul, et où lui-même vient de fonder la collégiale Saint-Jean. Il faut assainir ce quartier insulaire, inhabité dans sa plus grande partie à cause des crues fréquentes qui le maintiennent fort marécageux. Le bras de la Sauvenière qui le circonscrit voit son lit rectifié et approfondi, pour réguler les inondations et favoriser la navigation jusqu’au cœur même de la cité.

  Notger est également célèbre pour avoir entouré Liège, dès 983, d’une imposante muraille. Le canal de la Sauvenière, au pied de la colline du Publémont* sert de fossé défensif à ce rempart.
* Du latin « Publicus Mons » (la montagne publique), colline occidentale de Liège, où se trouve la basilique Saint-Martin, dont la construction est initiée en 965 par l’évêque Éracle, qui rêve d’établir le centre de la cité sur cette hauteur, site qu’il estime abrupt et rassurant, à l’abri des inondations et des menaces d’invasion guerrière que la Meuse lui fait redouter.

plan liege an mil.jpg

  Le dessin qui suit donne un aperçu des fortifications de Liège au XIe siècle (il est extrait de l'ouvrage « Histoire de la Principauté de Liège racontée aux enfants », publié par Yves Bricteux aux éditions Desoer Liège). Au-dessus à gauche, surplombant le canal de la Sauvenière, on aperçoit la basilique Saint-Martin. Les trois fossés qu’enjambent des ponts, de gauche à droite, sont devenus le Thier de la Fontaine, les escaliers de la rue de la Montagne et la rue Haute-Sauvenière :
fortifications liege XIe.jpg

  Le nom « Sauvenière » (« Sav’nîre » en dialecte wallon) proviendrait du mot latin « sabulonaria », qui évoque l’exploitation du sable. En effet, les travaux gigantesques ordonnés par Notger, notamment ceux concernant les remparts, impliquent d’ouvrir le flanc de la colline, avec l’opportunité d’en extraire du sable en grande quantité.

liege guichardin XVIe.jpg  Le flanc de la colline ! Il est certes fantaisiste sur cette gravure, l’une des plus anciennes représentant Liège, due au XVIe siècle à Lodovico Guicciardini (Louis Guichardin), gentilhomme florentin établi à Anvers. Le Publémont y prend l’allure d’un pain de sucre, mais on aperçoit bien, au bas de ce relief exagéré, le quartier de la Sauvenière, avec une rue parallèle au canal, nommée Basse-Sauvenière.


  Le quartier de la Sauvenière au Moyen Âge

  La rue Basse-Sauvenière, de nos jours, est une ruelle étroite située à l’arrière des immeubles dont les façades donnent sur le boulevard qui a remplacé la voie d’eau. Il est donc difficile d’imaginer qu’elle constituait jadis un axe urbain principal, habité par des dignitaires ecclésiastiques, des notables politiques, des hommes de loi, des commerçants et artisans aisés.

  Le quartier de la Sauvenière, au Moyen Âge, est un bourg autonome, une seigneurie enclavée dans la ville, placée sous l’autorité du prévôt de la cathédrale Saint-Lambert. Ses habitants jouissent de franchises et avantages particuliers, comme celui d’être exemptés de l’impôt. C’est au XIIIe siècle, au terme de bien des querelles politiques, que cesse cette situation privilégiée, avec l’annexion du territoire de la Sauvenière à la Cité de Liège.

  Dès le début de ce XIIIe siècle, l’importance du quartier nécessite d’en renforcer la défense : l’enceinte notgérienne du Publémont est prolongée d’une fortification reliant Saint-Martin au canal de Sauvenière, avec l’établissement, dans la vallée, d’une tour crénelée et d’une porte fortifiée, dites des Bégards (voir autre article).

liege moyen age roland manigart histart.jpg  Ci-dessus, le bras de la Sauvenière et la tour fortifiée des Bégards au Moyen Âge. Ci-dessous, le boulevard en 2007 (la flèche désigne la ruelle d'accès au site de l'ancienne porte des Bégards) :
boulevard de la sauveniere liege 2007.jpg



  Le rôle économique du canal

 
Le cours canalisé de la Sauvenière, en permettant aux bateaux d’atteindre les abords de l’actuelle place Saint-Lambert, contribue au développement commercial de la cité. Cette gravure du XVIe siècle nous montre le port fluvial de la place aux Chevaux, devenue les places de l'Opéra et de la République française :
place aux chevaux liege XVIe.jpgplace republique française liege.jpg

  Aux XVIe et XVIIe siècles, les autorités veillent toujours au bon entretien de la rivière, utile à la pêche et au ravitaillement. Il est punissable d’y jeter des immondices, et de fréquents curages maintiennent un débit suffisant pour assurer une navigation efficace et alimenter les divers biefs* en aval du Pont d’Île.
* Ces biefs (voies d’eau secondaires) actionnent des moulins. Les deux plus importants sont devenus les rues de la Régence et de l’Université.

 
La surveillance se relâche à la fin du XVIIIe siècle, probablement à cause des troubles politiques et militaires qui marquent la fin de l’ancien régime et l’annexion de la principauté de Liège à la France.


  Le quai Micoud

  Le canal de la Sauvenière, comme la rivière d’Avroy en amont, finit par présenter toutes les nuisances d’un égout à ciel ouvert. Le manque d’entretien a laissé s’accumuler les encombrements, et le débit du cours d’eau est souvent au plus bas. Les mois chauds, l’endroit dégage des odeurs insupportables et constitue un dangereux foyer d’infection à cause des ordures déversées par les riverains.

  Dès 1801, sous le régime français, les autorités décident de diminuer la largeur du cours d’eau et d’assainir la berge de la rive gauche, en construisant un quai le long des façades arrière de la rue Basse-Sauvenière.

  Les travaux commencent dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, est également détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la nouvelle berge. Le quai portera le nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

sauveniere liege 1790.jpg  Le canal de la Sauvenière à la fin du XVIIIe siècle. Le bras de la Meuse, autrefois économiquement profitable, agonise dans les détritus et alluvions ! Le passage d’eau, de moins en moins fréquenté, vit ses dernières années.

place aux chevaux liege 1812.jpg  Le quai Micoud, le voici en 1812, sur la droite du document, avec les déversoirs des égouts dans le mur sans parapet qui soutient la chaussée. Les personnages, à l’avant-plan, se trouvent sur la place aux Chevaux. Le dôme, à gauche, est celui du couvent des Dominicains (emplacement de l’actuel Opéra royal de Wallonie).

quai micoud liege 1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (cliquez sur elle pour l'agrandir) nous reporte en 1814. Les soldats qui défilent sur le quai Micoud appartiennent aux troupes prussiennes qui se préparent à affronter Napoléon à Waterloo.

  En 1815, après la défaite de Napoléon et l'intégration de la Belgique au royaume des Pays-Bas, le quai Micoud est rebaptisé quai de la Sauvenière, appellation qu'il conservera après l'indépendance de 1830.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Ce lavis de Charles Remont, d'après Henry Renardy, montre le pont d'Avroy en 1826 (voir autre article). Au-delà,  l'alignement d'arbres est le quai de la Sauvenière longeant l'étroit canal.

canal sauvenière liege 1826.jpgLe quai et le canal de la Sauvenière (d'amont en aval), dessin réalisé par un voyageur anglais en 1824.

canal de la sauveniere liege 1837.jpg  Le quai et le canal dessinés par Joseph Fussell vers 1837 (les peupliers ont été plantés trois ans plus tôt) ; l’artiste présente tous les atouts d’un agréable lieu de promenade, fréquenté par les bourgeois aisés et les officiers en galante compagnie. Cette vision de l’endroit est idyllique, car la voie d'eau est considérée à l’époque comme un cloaque aux eaux nauséabondes, cause de maladies.

 
En 1833 déjà, il a été convenu de voûter cette partie du bras de la Meuse, mais les travaux ne sont effectués qu’en 1844. Il ne subsiste rien de l’égout initial, dont voici l'aspect actuel (cliquez ici pour ouvrir un plan d'égouttage actuel, avec une croix à l'emplacement de cette photo) :
egout boulevard sauveniere liege.jpg



  Les débuts du boulevard de la Sauvenière

  Le canal de la Sauvenière transformé en égout de grande section, le terrain gagné en surface permet d’élargir la chaussée et de créer une vaste allée de promenade, qui prend officiellement, en 1848, le nom de boulevard de la Sauvenière.

  À cette époque, la ville de Liège bénéficie de l’essor économique de son bassin industriel, où prospèrent sidérurgie et charbonnages. Elle a les moyens de pratiquer une politique d’urbanisme conquérant. La place Saint-Lambert s’affirme comme le nouveau centre stratégique de la cité, et les quartiers avoisinants connaissent d’importantes mutations destinées à les assainir ou embellir, avec la suppression de biefs inutiles et la création d’artères nouvelles. Dans ce contexte, la Sauvenière se doit, elle aussi, de faire peau neuve, en offrant à sa promenade tous les charmes d’un jardin d’agrément.

boulevard sauveniere liege 1860.jpg  Vue du boulevard au milieu du XIXème siècle, dans le sens d’écoulement de l’ancien canal, avec la basilique Saint-Martin sur la colline du Publémont. Des ormes ont été ajoutés aux tilleuls. Lieu de prédilection pour les piétons, avec des bancs dès 1864, la promenade est autorisée aux cavaliers qui font trotter leur monture.

boulevard sauveniere liege milieu XIX.jpg  Derrière le mur de droite, du côté de l’ancien quartier de l’Île, il s’agit de jardins privés. La ville voulant rogner sur ces terrains pour créer une voie charretière bordée d’habitations, une longue bataille juridique l’oppose aux propriétaires, qui résistent en vain pour préserver l’intégralité de leurs biens.

boulevard sauveniere liege 1975.jpgLe même endroit vers 1975.

boulevard de la sauveniere liege fin XIX.jpg  Le boulevard vers 1860, du côté de la place du théâtre. Le café Vénitien (à gauche) a été construit en 1855 sur l’emplacement de l’hôtel du baron de Floen-Aldercrona. Celui du Point de Vue (à droite) était déjà une taverne au XVIIe siècle, avec un relais de diligence. À l’époque du document, tous deux profitent de la clientèle qu’attirent la promenade et le théâtre royal tout proche.

boulevard sauveniere liege 2009.jpgLe même endroit de nos jours.

 

L'évolution du boulevard après 1871 (les premiers tramways) fera l'objet d'un autre article.

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23/08/2015

Les bouleversements urbanistiques dans le Bas-Laveu à la fin du XXe siècle (descente autoroutière A602 et liaison E40-E25)

autoroute A602 1970.jpg  À la fin des années 1960, l'autoroute A602 a atteint les quartiers de Burenville (voir autre article) et de Saint-Laurent. Elle va bientôt se prolonger vers le Bas-Laveu et les Guillemins.

plan laveu liege annees 1960.jpg  Ce plan des années 1960 (cliquez dessus pour l'agrandir), permet de situer la zone géographique dont il va être question.

bas-laveu liege avant autoroute A602.jpg  Voici le Laveu au pied de la rue Henri Maus, au niveau de la rue d'Omalius et d'un tronçon de la rue Saint-Gilles. D'importantes démolitions ont eu lieu en prévision du passage de l'autoroute, laquelle surplombera les voies ferrées et nécessitera un réaménagement des abords. Le tracé rouge délimite l'emplacement de la photo actuelle qui suit :
bas-laveu liege 2015.jpg

rue saint-gilles liege 1969 (1).jpg  Ci-dessus, le viaduc ferroviaire au niveau de la rue Saint-Gilles. La photo a été prise en 1969, juste avant les destructions préparatoires à la construction de l'A602. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
rue saint-gilles liege laveu 2015.jpg

rue henri maus liege 1969.jpg  Ci-dessus, le bas de la rue Henri Maus (côté pair) en 1969, accolé à un autre viaduc du chemin de fer. Ci-dessous, la situation actuelle avec une zone verte en remplacement de la série de maisons :
rue henri maus laveu liege 2015.jpg

autoroute A602 laveu liege 1973.jpg  En 1973, l'autoroute s'arrête au Bas-Laveu, avec une rampe de sortie en direction de la place des Wallons ou du tunnel Sainte-Marie qui débouche sur le boulevard d'Avroy*. Son tracé principal est interrompu en attente de solution définitive concernant sa liaison avec la E25. Pendant plus d'une décennie, on ironisera sur la « piste de ski », ce tronçon d’autoroute urbaine sur colonnes, surplombant les voies de chemin de fer et n’aboutissant que dans le vide !
* L’administration des routes a même envisagé de faire passer l’autoroute sous le parc d’Avroy, mais de nombreuses protestations ont provoqué l’abandon du projet.

place des wallons laveu liege 2015.jpg  Ci-dessus, la « place » des Wallons actuelle, où aboutit la sortie autoroutière. Ci-dessous, le même endroit à la fin des années 1960, avant que le paysage urbain ne soit bouleversé par le chantier de l'A602 :
place des wallons laveu liege annees 1960 (1).jpg

 

  Aux origines de la place des Wallons

 
Au milieu du XIXe siècle, le Laveu* est champêtre, composé de terrains vagues ou cultivés. En terme de voirie, il n'est sillonné que par d'étroits sentiers tortueux bordés de haies.
* « Laveu » est la forme wallonne de « lavoir ». L'endroit n'a pas été habité autrefois par des blanchisseuses, comme on le raconte parfois ; il doit son appellation à l'importante famille des Lavoir, citée dès le XIVe siècle et qui possédait là une prestigieuse résidence d'été.

 
En 1865, plusieurs propriétaires cèdent des terrains à la Ville pour qu'on y aménage quelques rues dignes de ce nom. Parmi elles, figure la future rue des Wallons (elle recevra ce nom en mai 1873), qui s'arrête alors à la rue Jacob Mackoy. Elle attendra 1891-92 pour être prolongée jusqu'au Bois d'Avroy, au sommet de la rue de Joie.

 C'est depuis octobre 1900, que le carrefour des rues du Laveu, des Wallons et des Éburons s'appelle officiellement la place des Wallons.

place des wallons laveu liege 1913.jpg  La place des Wallons sur une carte postée en 1913. L'année suivante, sera prise la décision de modifier le viaduc ferroviaire, jugé trop étroit. Interrompu par la guerre, le projet ne sera réalisé qu'en 1926.
 

bus 20 laveu liege 1930.jpg  Un trolleybus n° 20 (Cointe-centre ville) à l'arrêt de la place des Wallons dans les années 1930, avec vue sur le viaduc élargi.

place des wallons laveu liege annees 1960 (2).jpg                            La place des Wallons à la fin des années 1960 ▲ et de nos jours ▼
rue des wallons laveu liege 2015.jpg  La flèche rouge, ci-dessus, indique l'emplacement où se trouvaient les immeubles que l'on voit sur la photo qui suit (côté impair de l'ancienne place des Wallons en 1968, du viaduc à la rue des Éburons) :
place des wallons laveu liege annees 1960 (3).jpg

place des wallons laveu liege fin annees 1960 (2).jpgLa place des Wallons à la fin des années 1960.

bus 20  laveu liege 1968.jpgFévrier 1968 : un trolleybus n° 20 quitte la place des Wallons pour s'engager dans la rue des Éburons.

place des Wallons liege vers 1970.jpg  À l'époque, passer sous le viaduc permet d'accéder à la rue de Sluse, telle qu'on la voit sur la photo qui suit :
rue de  sluse liege 1969.jpg

rue de sluse liege 2015.jpg  Depuis les aménagements autoroutiers, la rue de Sluse a bien changé. Tous les immeubles visibles sur la photo précédente ont disparu !

place des wallons rue du laveu liege avant 1970.jpg  Cette photo de la place des Wallons a été prise à l’extrême fin des années 1960. Elle montre les immeubles situés entre la rue des Wallons (qu'on ne voit pas à gauche) et la rue du Laveu (à droite). Ces immeubles, on les retrouve sur la photo qui suit, présentant la situation actuelle :
place des wallons rue du laveu liege 2015.jpg

place des wallons laveu liege fin annees 1960 (3).jpg  Ci-dessus, la place des Wallons vue depuis la rue de Sluse à la fin des années 1960. Ci-dessous, la même perspective de nos jours, avec la sortie autoroutière conduisant au tunnel Sainte-Marie :
N607 laveu liege 2014.jpg

  Voici quelques vues prises lors de la démolition de la place des Wallons au tout début des années 1970 :
place des wallons démolitions debut annees 1970.jpg1970 (1) demolition place des wallons liege laveu.jpgplace des wallons liege demolitions.jpg                                        ▲ Quarante-cinq ans séparent ces deux photos ▼
place des wallons laveu liege 2015 (2).jpg



  Du côté de la rue du Plan Incliné

 
Cette rue du quartier des Guillemins est ainsi baptisée en hommage au plan incliné conçu par l'ingénieur Henri Maus, peu avant le milieu du XIXe siècle*, pour permettre aux trains de gravir et descendre la côté d'Ans malgré la forte déclivité naturelle des lieux.
* C'est en 1842 que le plan incliné a été utilisé pour la première fois.

piste de ski guillemins liege 1976.jpg  Cette photo de 1976 montre le début du plan incliné ferroviaire, avec l'autoroute inachevée qu'on a surnommée la « piste de ski ».

plan incline liege 2009.jpg  Ci-dessus, la rue du Plan Incliné actuelle, au niveau du viaduc dont le tunnel mène au Laveu. Là aussi la construction de l'autoroute et de ses accès a profondément modifié le tissu urbain, comme en témoigne la photo suivante datant du début des années 1960 :
plan incline liege 1962.jpg


  De la place des Wallons à l'avenue de l'Observatoire

  Au milieu des années 1980, des expropriations et démolitions massives affectent le côté impair de la rue des Éburons, ainsi que le bas de la rue de Joie et de l’avenue de l’Observatoire. Une décision a enfin été adoptée à propos de la liaison E40-E25, qui se fera grâce à un double tunnel percé dans la colline de Cointe et un pont suspendu jeté sur la Meuse.

 1983 avenue de l'observatoire liege.jpg  Le bas de l’avenue de l’Observatoire avant les destructions qui débuteront en 1984. Toutes les maisons de gauche* ainsi que les premières de droite sont condamnées.
* Disparaîtra aussi toute une partie de la rue Mandeville longeant le chemin de fer.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
avenue de l'observatoire liege 2015.jpg

1983 (1) rue de joie laveu liege.jpgÀ l'angle des rues de Joie et Bois l'Évêque en 1983 ▲ et 2009 ▼rue de joie liege 2009.jpg

1983 (2) rue de joie laveu liege.jpg  La flèche rouge désigne la rue des Éburons, dont le côté impair va disparaître, tout comme les maisons de la rue de Joie situées à droite. Voici la situation actuelle à titre de comparaison :
laveu 2015.jpg

rue des eburons laveu liege debut annees 1980.jpg  Ci-dessus, la rue des Éburons vers 1984-85, avec dans le fond la « piste de ski » (la flèche) arrêtée là au début des années 1970. Ci-dessous, le même endroit de nos jours, avec l'espace vert baptisé depuis peu le jardin de l'abbé Firket :
rue des eburons liege 2015.jpg

construction autoroute laveu liege 1985-86 (1).jpg▲ Ces deux photos datent de 1986, pendant le prolongement de l’autoroute
en direction du futur tunnel sous Cointe ▼
construction autoroute laveu liege 1985-86 (2).jpg

laveu liege 1986.jpgL’autoroute au Laveu en 1986.

rue des eburons laveu liege vers 1990.jpgL'autoroute toute neuve au niveau de la rue des Éburons.

 

chantier tunnel sous cointe liege 1988.jpgLe chantier de la tête du tunnel sous Cointe en 1988.

laveu liege 2007.jpgL'autoroute au Laveu en 2007.

 

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21/07/2015

Les premières gares du Palais à Liège

   Le chemin de fer de ceinture

 

  La seconde moitié du XIXème siècle connaît l'essor des chemins de fer. En 1865, on ouvre une ligne pour relier Liers à Vivegnis, tronçon qui permet de recevoir des convois en provenance des Pays-Bas, via Hasselt et Tongres. Voilà la lisière nord-est de Liège, industrielle, desservie par le rail ; on décide alors de la relier aux Guillemins (où une gare existe depuis 1842) par une voie ferrée de ceinture.

  Cette jonction Vivegnis-Guillemins entraîne le percement de plusieurs tunnels, sous la colline de Pierreuse et sous le Publémont*. Ce chantier d'envergure, de la première adjudication à l'inauguration de la ligne, va durer de 1869 à 1877.

* C'est la colline qui s'étend du mont Saint-Martin à l'église Saint-Gilles.

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Le creusement du tunnel sous Pierreuse en 1873. Ce tunnel mesurera 847 mètres.


histoires de liège,histoire de liège,gare du palais,rue de bruxelles,pierreuse,tunnel sous pierreuse,chemin de fer de ceinture liège,pont d'arcole,square notger  L'aménagement des voies ferrées nécessite de nombreuses expropriations. La rue des Ravets (1) et la rue Salamandre (2) vont notamment disparaître. À droite le long du muret, la rue Table de Pierre est rebaptisée rue de Bruxelles en 1877. Ci-dessous, la même perspective en 2007, pendant les travaux d'extension du palais de justice :
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tunnel-pierreuse-liege-belle_epoque.jpg
Le tunnel ferroviaire de Pierreuse sur une carte postale « Belle Époque ».

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La tête du tunnel vers 1900. Ci-dessous, le même endroit en 2008 :
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  La première gare du Palais

  Les Guillemins sont loin du centre-ville. Dès 1847, les autorités songent à établir une gare au cœur même de la cité, mais il faut attendre 1871 pour que le conseil communal décide de la faire construire près du palais provincial, vu l'aménagement du chemin de fer de ceinture.

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La première gare, dès 1877, est une modeste construction de briques, bois et bitume.

rue-de-bruxelles-gare-palais-liege-1900.jpg
La rue de Bruxelles vers 1900. Ci-dessous, en 2008 :
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gare-palais-pont-arcole-1902.jpg
Le pont d'Arcole en 1902.

  C'est en 1871 qu'une passerelle en bois est construite pour franchir la tranchée du chemin de fer, à l'emplacement de l'ancienne rue Salamandre. Elle est officiellement appelée la passerelle Saint-Servais, mais les Liégeois prennent l'habitude de la nommer le pont d'Arcole (du nom de la bataille, près de Vérone, où Napoléon Bonaparte défait les Autrichiens en 1796). L'ouvrage devient métallique en 1881. Il disparaîtra à la fin des années 1970, quand une partie des voies de chemin de fer sera recouverte d'une dalle (la photo ci-dessous date de 1979) :
gare-palais-liege-1979.jpg

 

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Les quais de la gare sur une carte postée en 1904. Ci-dessous, en 2008 :histoires de liège,histoire de liège,gare du palais,rue de bruxelles,pierreuse,tunnel sous pierreuse,chemin de fer de ceinture liège,pont d'arcole,square notger


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Les quais de la gare, le pont d'Arcole et la rue de Bruxelles vers 1900. Ci-dessous, en 2006 :
rue-de-bruxelles-liege-2006.jpg



  La gare de 1905


  À l'aube du XXème siècle, la gare du Palais est jugée indigne d'une ville qui se prépare à accueillir de nombreux visiteurs à l'occasion de l'exposition universelle prévue pour 1905.

  La construction initiale est remplacée par un bâtiment néogothique (architecte Edmond Jamar) en harmonie avec l'aile du palais qui abrite le gouvernement provincial.

  Les quatre photos qui suivent datent des années 1905–1910 :

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gare-palais-liege-debut_XXe_3.jpg

gare-palais-pierreuse-liege-1905.jpg

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La gare néogothique dans les années 1960. Ci-dessous, vue depuis le square Notger :gare-palais-square-notger-liege-annees_60.jpg


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Vers 1974-1975.
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1977. La gare du Palais et les maisons de la rue de Bruxelles seront démolies avant la fin de la décennie.

Ce sera une autre histoire dans une autre note...

Lien concernant ce sujet :
http://users.belgacom.net/cwarzee/gare_du_palais/index.htm

Autre lien intéressant : http://www.alaf.be/_media/ligne34.pdf.

 

29/04/2015

Les chevaliers teutoniques à Liège - la tour des Vieux-Joncs

  Les chevaliers teutoniques* constituent un ordre religieux militaire, fondé en Terre sainte au XIIe siècle par des seigneurs allemands.

  Il s'agit au départ d'une communauté charitable fondée pour soigner les croisés et pèlerins, avant de devenir une organisation militaire importante qui participe à la défense et à l'expansion de la chrétienté**.

* Les Teutons étaient un peuple de l'ancienne Germanie.
**L'ordre existe toujours, essentiellement en Allemagne, Autriche, Slovénie, Slovaquie et République tchèque. Ses membres ont renoué avec la vocation caritative des origines.

     

La croix teutonique

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« Crux Ordis Teutonicorum » par David Liuzzo — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons 

plan_liege_1737.jpg  Ce plan dessiné par le jésuite Christophe Maire en 1737 (cliquez dessus pour l'agrandir) vous permettra de situer les lieux mentionnés dans les explications qui suivent.

  Au XIIIe siècle, l'ordre teutonique s'implante progressivement en Europe. Des moines-chevaliers s'installent à Liège dès 1254. Ils sont originaires de la Grande Commanderie d' Alden Biesen (Limbourg), mots signifiant « vieux joncs » en ancien néerlandais
. Le prince-évêque Henri de Gueldre les prend sous sa protection et les loge dans le couvent de Beaurepart, l'actuel séminaire épiscopal (1). Ils occupent ensuite l'hôtel de Celles (2), rue de la Wache, au pied du pont d'Île. Ce sont les chevaliers Jacques de Celles (1255) et Jean-Hustin de Thynes (1261) qui leur ont cédé cette propriété, avec droits et dépendances, dont le patronage des églises Saint-André (3) et Saint-Gangulphe.


  En 1294, les chevaliers teutoniques déménagent au pied de la rue Pierreuse, derrière le palais des princes-évêques, dans deux bâtiments qu'ils vont agrandir et transformer en commanderie digne de leur rang (4).

plan milheuser_liege_1649.jpg  En établissant leur commanderie en Basse-Pierreuse (1), les moines-soldats se rapprochent de l'église paroissiale Saint-André (2), qui leur appartient et dont le curé* est issu de leur communauté. À cette époque, cet édifice ne présente évidemment pas l'aspect qu'on lui connaît actuellement**.
* Appelé « grand-curé » ou « grand-pasteur ».
** L'édifice actuel, construit de 1765 à 1772 selon les plans de l'architecte liégeois Jacques-Barthélemy Renoz, est circulaire et coiffé d'un dôme à douze pans. Il n'a connu qu'une courte carrière religieuse, vu les événements révolutionnaires qui ont marqué la fin du XVIIIe siècle.

commanderie teutonique_liege_XVIIIe.jpg  Cette gravure représente la commanderie des chevaliers teutoniques vers 1700. On remarque l'ampleur du domaine, avec des jardins d'agrément en terrasses, aménagés à la mode Renaissance sur des coteaux précédemment plantés de vignes.

  Vous pouvez repérer les mêmes lieux sur la vue aérienne qui suit, prise en 2009 :
histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs  Sur cette vue aérienne, la flèche désigne les bâtiments de l'ancienne commanderie, affectés à cette époque à la justice de première instance (laquelle a déménagé depuis dans les extensions du palais que l'on voit en construction).

rue du palais_pierreuse_liege_2006.jpg  Ces bâtiments sont situés au 66 de la rue du Palais, au pied de la rue Pierreuse. Construits dans la seconde partie du XVIIe siècle pour remplacer ceux du XIIIe, ils ont encore été transformés au XVIIIe comme en témoigne le millésime 1759 gravé sur une pierre de la façade.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs   Ci-dessus, la rue du Palais et la rue Pierreuse en 2008, pendant le chantier d'extension du palais de justice. Sur la droite, on aperçoit l'entrée de l'ancienne commanderie. La carte postale qui suit nous montre le même endroit au début du XXe siècle (Après 1905, vu l'existence de la gare du Palais néogothique, construite à l'occasion de l'exposition universelle qui se tient à Liège cette année-là). On est loin de l'aspect aristocratique des siècles précédents :
histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs   Il est vrai qu'à la suite des événements révolutionnaires de la fin de XVIIIe siècle, les biens de l'ordre teutonique ont été confisqués et vendus. À la fin du XIXe siècle, l'ancienne commanderie sert en partie à loger des « ménages plus que modestes », dans un quartier devenu « cosmopolite et populeux ». Quand la ville de Liège acquiert les lieux en 1920, elle espère pouvoir restaurer l'intérieur pour y installer divers services communaux, mais elle doit reporter son projet à cause de la crise des logements. L'immeuble est aujourd'hui affecté à des services d'aide juridique. Le bâtiment est classé depuis 1971.

 
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  Il existe un sentier de promenade (nous en reparlerons) qui permet d'accéder aux anciennes terrasses teutoniques, d'où l'on peut découvrir un exceptionnel panorama de la ville. Concernant le sujet qui nous intéresse dans cet article, remarquons le dôme de l'ancienne église Saint-André, aujourd'hui désacralisée, et la pointe octogonale de la tour dite des Vieux-Joncs, vestige de l'ancien domaine teutonique.

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L'existence de cette tour est attestée pour la première fois dans un écrit de 1423. L'appellation « Vieux-Joncs » rappelle le lieu* dont sont issus les moines-chevaliers venus s'installer à Liège au XIIIe siècle.
*Alden Biesen (les « Vieux-Joncs » en français, appellation probablement due à la végétation d'origine à cet endroit marécageux) est un lieu-dit de la commune de Bilzen, dans la province de Limbourg. Le splendide château de l'ordre teutonique qui s'y trouve est devenu un centre international de conférences et un haut-lieu de la vie culturelle flamande.

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  Cette carte postale du siècle dernier fait mention d'une tour militaire datant de 1303. Indépendamment de la date invérifiable, il n'est pas certain que cette construction ait eu une vocation guerrière. Elle renferme simplement un escalier donnant accès aux terrasses et jardins, et le pavillon qui la domine, ajouté au XVIe siècle, n'est qu'une petite pièce qui a servi de cabinet de travail au grand-curé de Saint-André, lequel logeait dans la commanderie.

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   La tour des Vieux-Joncs à l'époque où des habitants logent dans l'ancienne commanderie et ont accès aux terrasses.

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En 1926.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncsEn 1966.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncsEn 1969.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs  La tour et le pavillon sont restaurés dans la seconde partie des années 1980. La photo ci-dessus, prise le jour de l'inauguration, est extraite d'un article paru en 1988 dans la revue « Liège, ma cité ».

  Dès 1996, on met à l'étude le projet d'un sentier touristique qui permettrait aux promeneurs de découvrir les terrasses de Frères Minimes et des chevaliers teutoniques, tout en leur offrant un exceptionnel panorama sur la ville. Ouverte au public depuis mai 2002 par l'entrée de la rue de Palais, la promenade est possible depuis 2005 au départ du n° 38 de la rue Pierreuse. Voici quelques vues prises en 2006 :
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 Une petite visite guidée est disponible sur ce lien.

 Merci de cliquer sur « J'aime », ci-dessous, si vous avez apprécié cet article Sourire

08/04/2015

Place de la Cathédrale (ancienne collégiale Saint-Paul)

Cet article ne traitera pas de l'intérieur de la cathédrale Saint-Paul, ni de son précieux trésor artistique. Il s'intéresse essentiellement aux origines de l'édifice et à l'évolution de la place qui lui doit son nom.

histoire de liège,place de la cathedrale,cathédrale saint-paul,collegiale saint-paulSchéma emprunté au site Le Cercle médiéval.

  Au cœur de l'île que délimitent les bras de la Meuse, il existe depuis probablement l'époque de saint Hubert (à l'emplacement n°7 du plan ci-dessus) une chapelle dédiée à saint Calixte, pape et martyr du IIIe siècle. C'est Éracle, évêque de Liège de 959 à 971, qui décide de remplacer cet oratoire par une collégiale consacrée à l'apôtre Paul*.
* La légende voudrait que Dieu lui-même (d'aucuns disent saint Paul en personne) ait indiqué à l'évêque fondateur l'emplacement et les dimensions de l'édifice, en faisant tomber, en plein juillet, une neige miraculeuse qui aurait recouvert toute la région à l'exception d'un espace de terrain bien délimité.

  Entrepris dès 966, le chantier n'est guère terminé à la mort d'Éracle et se prolonge sous le règne de son successeur Notger, qui la confie à un chapitre de trente chanoines. Il ne subsiste pratiquement rien de cette église romane d'origine (sauf une cave voûtée sous les sacristies), et aucune archive ne permet de s'en faire une idée.

 L'église romane a-t-elle été endommagée en 1212 lors du sac de Liège par les troupes brabançonnes ? Quoi qu'il en soit, au milieu du XIIIe siècle débute la construction d'un nouveau sanctuaire. Construction qui durera jusqu'au XVIe siècle, avec parfois de longues périodes d'interruption, ce qui explique que la collégiale Saint-Paul présente une gamme complète de l'architecture gothique, de l'ogival primaire au flamboyant.

  Liens externes intéressants :

  http://tresordeliege.be/2012/03/08/cathedrale-saint-paul
  http://www.chokier.com/FILES/STPAUL/Saint-Paul-Hendrix.html


histoire de liège,place de la cathedrale,cathédrale saint-paul,collegiale saint-paul  Cette gravure de Julius Milheuser présente l'état des lieux au milieu du XVIIe siècle. Identifions la collégiale Saint-Paul (1) et le Vinâve d'Île* (2), entre le pont d'Avroy (3) et le pont d'Île (4). L'imposante cathédrale Saint-Lambert (voir autre article) se trouve à l'emplacement de l'actuelle place du même nom.
* Le mot « vinâve » est une expression typiquement régionale qui désignait au départ une agglomération de maisons, un quartier ; par la suite, il s'est appliqué à la rue la plus importante d'un quartier.

histoire de liège,place de la cathedrale,cathédrale saint-paul,collegiale saint-paul  La gravure ci-dessus, œuvre du dessinateur spadois Remacle Le Loup, montre la collégiale Saint-Paul dans les années 1730. Remarquons le clocher inachevé, qui se limite à une tour basse, arrêtée au niveau de la grande nef et surmontée d'une petite construction où se trouvent les cloches.

  À la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle et de l'entrée à Liège des troupes républicaines françaises, la collégiale est pillée et transformée en halle de boucherie, tandis que les cloîtres servent d'écuries. Les biens sont confisqués et une partie du mobilier est vendu aux enchères. L'ensemble des bâtiments échappe même de peu à la démolition.

  Grâce au concordat de 1801, le premier consul Bonaparte apaise la crise qui oppose l'État et la papauté. En 1802, le diocèse de Liège est réorganisé, et le nouvel évêque, Mgr Jean-Évangéliste Zaepffel, choisit Saint-Paul pour cathédrale, décision officialisée en mai 1803.

histoire de liège,place de la cathedrale,cathédrale saint-paul,collegiale saint-paul  La cathédrale Saint-Paul au début du XIXe siècle. C'est en 1811-1812 qu'on a surélevé la tour d'un étage aux fenêtre ogivales, le tout surmonté d'une flèche octogonale qui atteint presque nonante mètres. Quatre clochetons ont été ajoutés aux angles pour rappeler la magnifique cathédrale Saint-Lambert. La place s'appelle alors la place Saint-Paul (ou la place Devant Saint-Paul)*. Les tilleuls ont été plantés en 1716, pour agrémenter le lieu qui jusque-là avait l'aspect d'un pré.
* La place Saint-Paul actuelle s'appelait autrefois la place Derrière Saint-Paul.

histoire de liège,place de la cathedrale,cathédrale saint-paul,collegiale saint-paul  Remarquons, sur cette photo contemporaine, que l'étage de la tour présente une autre coloration que le reste de l'édifice : on a fait usage, lors de sa construction en 1811-12, de pierres de sable issues de l'ancienne cathédrale Saint-Lambert, toujours en ruines à l'époque.

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* En remplacement d'une fontaine dite du Perron, déjà citée en 1584 et endommagée depuis 1659.

  Dès 1794, sous l'occupation française, le groupe statuaire de la fontaine est menacé d'être fondu pour servir à la fabrication de canons. La « femme Marie » et les quatre lions échappent à ce triste sort grâce aux protestations de la municipalité et des citoyens. La fontaine est sauvée, mais mal entretenue, elle aborde le XIXe siècle dans un état de délabrement préoccupant.

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* Le même architecte propose aussi la création, à cette époque, de la rue de l'Université.
** Le conseil de Régence, sous le régime hollandais, est l'équivalent du conseil communal.
***L'actuel boulevard de la Sauvenière était autrefois un bras de la Meuse qui, après le pont d'Île, se divisait en de multiples ramifications (voir autre article).

  L'absence de moyens financiers retarde le projet d'une vingtaine d'années. Il faut attendre 1846 pour qu'aient lieu les premières expropriations ; l'hôtel de Laminne, importante maison de maître du XVIIIe siècle, est démolie en 1847, là où la rue de la Cathédrale va déboucher dans la place Devant Saint-Paul, en vis-à-vis de la rue Pont d'Avroy.

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* Jean-Charles Delsaux, à la même époque, est chargé de réaliser la façade occidentale du palais provincial (voir autre article).

 
En 1853, la place Devant Saint-Paul est privée de ses tilleuls parce qu'ils empêchent de bien voir l'édifice religieux qu'on vient de rénover. Il est même question de la paver et d'installer en son centre la fontaine de la Vierge qui nécessite par ailleurs d'être renouvelée.

  En 1854, la fontaine de la Vierge (que beaucoup de Liégeois appellent aussi la fontaine aux lions) est reconstruite, non pas sur la place, mais plus en retrait dans le Vinâve d'Île, pour ne pas gêner la communication entre la rue du Pont d'Avroy et la nouvelle rue de la Cathédrale. La statue de la Vierge du XVIIe siècle repose désormais sur un monument en petit granit, selon les plans de l'architecte de la ville Julien-Étienne Rémont.

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histoire de liège,place de la cathedrale,cathédrale saint-paul,collegiale saint-paul,rue de la cathedrale,fontaine delcour,fontaine de la vierge,jean delcour,vierge à l'enfant,vinâve d'île,fontaine vinâve d'île,rémont,delsauxLes fontaines Montefiore sont des fontaines publiques. Elles portent le nom de leur donatrice, Hortense Montefiore-Bischoffsheim, épouse de Georges Montefiore-Levi, industriel et homme politique liégeois.

En 1888, à l'occasion de son vingt-cinquième anniversaire, la Société protectrice des animaux souhaite installer à Liège des fontaines qui, en plus des jets d'eau pour les passants, permettraient aux animaux de s'abreuver (une vasque supérieure pour les chevaux et un bassin inférieur pour les chiens). Hortense Montefiore, connue pour sa générosité, va financer l'opération. Le conseil communal approuve le projet, et dix premières fontaines sont dressées l'année suivante, réalisées par la fonderie Requilé & fils de Liège. Dix autres suivront en 1891.

Les fontaines de la première série sont surmontées d'une figurine en bronze représentant une botteresse au repos, œuvre du statuaire Henri Beckers. Les dix suivantes (comme celle de notre illustration) sont ornées d'une porteuse d'eau due à Léopold Harzé. Ces statuettes ont été coulées à la fonderie des bronzes phosphoreux d'Anderlecht, société appartenant à la famille de la donatrice.

 

La fontaine Delcour et le Vinâve d'Île au cours des décennies :

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Le Vinâve d'Île avec la cathédrale à l'arrière-plan :

 

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Approchons-nous de la place de la Cathédrale :

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La photo ci-contre montre les immeubles qui ferment le côté occidental de la place à la charnière des XIXe et XXe siècles.

 



Plusieurs d'entre eux seront remplacés en 1912 par la Banque centrale de Liège, identifiée d'une flèche sur la photo suivante :

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Dans l'autre sens :

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* Les liégeois se contentent souvent de dire « place Cathédrale », et non « de la Cathédrale ».

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La place du Roi Albert et le Vinâve d'Île en 1961 ▲ ▼histoire de liège,place de la cathedrale,cathédrale saint-paul,collegiale saint-paul,rue de la cathedrale,fontaine delcour,fontaine de la vierge,jean delcour,vierge à l'enfant,vinâve d'île,fontaine vinâve d'île,rémont,delsaux,vinave d'ile piétonnier

 

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  Je possède un plan de Liège non daté, mais qui comporte une publicité pour une voiture produite de 1977 à 1980. En cette extrême fin des années 1970, la place de la Cathédrale s'appelait toujours la place du Roi Albert.

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Du côté de la rue de la Cathédrale :

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Du côté de la rue Pont d'Avroy :

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28/02/2015

Aux origines de l'espace Tivoli

place saint-lambert_liege_vue arrienne_2008.jpg  L'espace Tivoli (1) est le terrain vacant situé entre la place Saint-Lambert (2) et la place du Marché (3), terrain en attente de réaffectation depuis près de trente-cinq ans.

espace tivoli_liege_2008.jpg  L'espace Tivoli en 2008, vu depuis la place Saint-Lambert. Il est le résultat des démolitions effectuées à la fin des années 1970, dans le cadre de l'aménagement de la nouvelle place Saint-Lambert. Le cadre rouge, sur la carte postale qui suit, délimite les bâtiments qui ont été détruit :
place saint-lambert_liege_1970.jpg

tivoli_liege_debut annees 1970.jpg  Les flèches indiquent la rue Sainte-Ursule (1), la rue du Général Jacques (2) et la rue de Bex ((3). Vous pouvez les identifier sur le plan ci-dessous :
plan_liege_debut annees 1960.jpg


  Dans un autre article, nous avons vu que l'imposante cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, qui se dressait à l'emplacement des actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, a été détruite à la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.

plan ruines cathedrale_liege_regime francais.jpg  Ce plan (que vous pouvez l'agrandir en cliquant dessus) a été dressé sous le régime français. On y aperçoit certains vestiges de l'ancienne cathédrale, comme les tours occidentales jumelées et la grande tour. La croix détermine l'actuel espace Tivoli, là où se trouvaient le chœur principal et le cloître oriental.

place saint-lambert_liege_1816.jpg  Le dessin ci-dessus, dû à l'architecte liégeois Jean-Noël Chevron, date de 1816, au tout début du régime hollandais. Quelques décombres subsistent sur la partie orientale. La future place Saint-Lambert (cette appellation ne sera officielle qu'en 1827) attend d'être nivelée et réaménagée.

  Comparons avec la gravure qui suit, qui nous transporte en 1864 :
place saint-lambert_liege_1864.jpg  Les immeubles que l'on voit sur la droite de l'image ont été construits dès 1828, juste après le nivellement de la place Saint-Lambert. Ils constituent deux îlots de part et d'autre d'une voirie baptisée « rue Royale ». Les deux maisons plus petites, qui empiètent sur l'espace public, existaient déjà au XVIIIe siècle et ont échappé aux expropriations lors de la nouvelle configuration des lieux, que voici en 1843 (cliquez sur le plan pour l'agrandir) :
plan_liege_1843.jpg

  Profitons de ce plan pour expliquer les noms des trois voiries incluses dans le cercle rouge :

  - La rue des onze mille Vierges, appelée aussi la rue Sainte-Ursule*, est autrefois une rue étroite coincée entre le palais épiscopal et la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert. Elle est le passage obligé entre le Vieux Marché et la place du Marché (voir le plan quatre illustrations plus haut) et ses maisons pittoresques comportent de nombreux négoces.
* La légende raconte que sainte Ursule et onze mille compagnes vierges comme elle ont été massacrées par les Huns à Cologne en 383. La martyre est la patronne des jeunes filles, mais aussi des drapiers, corporation fort représentée autrefois dans la rue liégeoise qui porte son nom.

 
C'est une église établie là dès le XIIe siècle qui a donné son nom à la rue Sainte-Ursule. La gravure qui suit nous la montre en 1743, après les profondes restaurations subies par le palais et ses abords à la suite de l'incendie de 1734. Elle est accolée au domaine épiscopal, avec la chapelle privée du prince-évêque à l'étage :
palais episcopal_liege_1743.jpg
  À propos de la gravure ci-dessus, il faut bien sûr imaginer l'ancienne cathédrale située devant, avec les maisons accolées à son flanc nord, le tout faisant de la rue Sainte-Ursule un passage fort étroit.

  Ci-dessous, le palais de nos jours. La façade néogothique que l'on voit sur la droite est l’œuvre de l'architecte Godefroid Umé, lequel, de 1865 à 1870, a dirigé le chantier d'une nouvelle aile pour les besoins de la justice. Le mur extérieur de l'ancienne église Saint-Ursule (désacralisée depuis 1803) a été conservé et intégré dans l'ensemble :
palais_liege_2015.jpg


- La rue Royale est ouverte en 1828, sous le régime hollandais, en l'honneur du roi des Pays Bas Guillaume 1er. L'appellation est conservée après l'indépendance de la Belgique vu le maintien d'une monarchie. C'est dans l'entre-deux-guerres que la voirie devient la rue du Général Jacques, du nom du général Jules Marie Alphonse Jacques, un héros de la première guerre mondiale (bataille de Dixmude, 1917).

- La rue Petite Tour* (ou Sous la Petite Tour) était autrefois une ruelle tellement étroite qu'il était impossible qu'une charrette et un piéton se croisent ! Dans le cadre du renouveau urbanistique des années 1820, la voirie est rectifiée, puis élargie à la fin de la décennie suivante. En 1863, les autorités communales décident de changer le nom de la rue, qui devient la rue de Bex, en mémoire de Pierre de Bex (1594-1651), Grignoux notoire, bourgmestre décapité pour s'être opposé au prince-évêque Maximilien de Bavière.
* Comme la rue Grande Tour qui lui était parallèle (et qui existe toujours), elle était située au pied de la grande tour de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert. On se perd en conjectures sur l'origine de l'adjectif « petite ». Théodore Gobert traite de cette rue en l'appelant simplement « Sous la Tour ».


cathedrale saint-lambert_liege_1750.jpg  Le dessin ci-dessus représente l'ancienne cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert avant sa destruction dès 1795. À droite de la petite église Notre-Dame aux Fonts (la croix), on aperçoit les premières maisons de la rue Sous la (Petite) Tour.

  Ci-dessous, le même endroit à la fin du XIXe siècle (entre 1871 et 1875). À l'avant-plan gauche, l'immeuble blanc se trouve à l'emplacement de la grande tour de l'ancienne cathédrale ; la rue Sous la Tour est devenue la rue de Bex, et les maisons de droite vont bientôt disparaître dans le cadre du percement de la rue Léopold :
societe militaire_liege_annees 1870.jpg  C'est dans l'immeuble blanc de gauche que s'est installée, en 1835, la Société militaire, association réunissant non seulement des militaires mais aussi des bourgeois civils. Cette année-là, près de trois cents membres font partie de ce cercle huppé auquel il est de bon ton, socialement, d'appartenir.

place saint-lambert_liege_fin XIXe.jpg  En 1878, le siège de la Société militaire est agrémenté d'un fronton sculpté et de balcons appuyés sur des colonnes en fonte (celui du premier étage est fermé de larges vitres coulissantes). 1878, c'est aussi le millésime que porte la façade du bâtiment à l'angle de la rue de Bex et de la rue Léopold, dont le percement a commencé deux ans plus tôt. Il s'agit d'un magasin de tissus appelé « Au drapeau belge ».

place saint-lambert_liege_1900.jpgLa place Saint-Lambert vers 1900.

societe militaire-liege-1903.jpg  Cette vue date de 1903. Au rez-de-chaussée du bâtiment que les Liégeois ont pris l'habitude d'appeler la « Maison militaire », se trouve une brasserie, que l'on retrouve sur les deux cartes ci-dessous (les stores vantent les bières de Hougaerde et de Diest) :
société militaire_liege_avant 1909.jpgsociete militaire-liege-tout debut XXe.jpg

  Les trois documents qui suivent (1901, 1968 et 2008) permettent de réaliser l'évolution des lieux en un peu plus d'un siècle :
place saint-lambert-liege-1901.jpgPlace saint-lambert-liege-1968.jpgplace saint-lambert-liege-2008.jpg

 *  *  *  *  *

place saint-lambert_liege_1905.jpgLa place Saint-Lambert pavoisée à l'occasion de l'Exposition universelle de 1905.

place foch_liege_1919.jpg  Cette carte postale porte la mention « Place du Maréchal Foch ». C'est en 1919 qu'on a ainsi rebaptisé l'ancienne place Verte (voir cet autre article). 1919, l'année où la Ville acquiert l'immeuble de la Société militaire pour y installer la Bourse officielle du travail et plusieurs services communaux.

place saint-lambert_liege_1920.jpg  Intéressons-nous un instant aux bâtiments qui empiètent sur l'angle nord-est de la place Saint-Lambert (désignés par le tracé rouge). Ces bâtiments, la carte postale qui suit vous les présente dans les années 1920. À l'époque, un photographe propose aux passants de les immortaliser au milieu des pigeons :
charmeur pîgeons_place saint-lambert_liege_annees 1920.jpg

maison du soleil_liege_annees 1920(1).jpg  Les deux maisons de gauche sont le café du Commerce et le café du Soleil (voir l'enseigne entre les deux fenêtres de toit). Elles existaient déjà au XVIIIe siècle ; la plus haute (bien sûr modifiée depuis) a abrité dès 1740 les débuts de l'imprimerie Dessain.

cafe provincial_liege_annees 1920.jpg  Gros-plan sur la rue Royale qui mène à la place du Marché. Cette photo est antérieure à la précédente, vu l'inscription qui propose l'installation à cet endroit d'une publicité lumineuse. Je parle de « rue Royale », car il me semble qu'elle n'a été rebaptisée « rue du Général Jacques » qu'en 1928, pour le dixième anniversaire de la fin de la Grande Guerre. À confirmer !

maison du soleil_liege_annees 1920(2).jpg  Le même endroit… en 1928 suis-je encore amené à penser, étant donné que la rue est pavoisée de drapeaux… et que les bâtiments dont il est question dans les quatre photos précédentes ont bien été démolis à la fin des années 1920, probablement en prévision de l'Exposition internationale de 1930.

place saint-lambert_liege_annees 1930.jpg  La place Saint-Lambert au milieu des années 1930, avec donc le palais davantage dégagé. Quant à l'immeuble de l'ancienne Société militaire que la Ville a racheté en 1919, il sert à l'échevinat et à l'office du tourisme (entrée par la rue du Général Jacques) ; son rez-de-chaussée est occupé par un café-restaurant qu'on appelle le Tivoli-Bourse*.
*L'appellation « Tivoli » évoque un lieu de villégiature au nord-est de Rome, où la villa d'Este est considérée comme un des plus beaux exemples de jardins de la Renaissance.


tivoli_liege_1940.jpg  Cette photo, prise pendant l'occupation allemande de 1940 à 1944, est le document le plus ancien où j'ai pu lire le nom du café-restaurant Tivoli.

tivoli_liege_annees 1950.jpg  Dans les années 1950, l'immeuble Tivoli subit quelques modifications dont la suppression du fronton et des balcons. Ci-dessous, ce qu'il devenu dans la décennie suivante (la photo date de 1968) :
place saint-lambert_tivoli_liege_1968.jpg

place saint-lambert_liege_1960.jpgComparaison entre 1960 ▲ et 2015 ▼place saint-lambert_liege_2015.jpg

tivoli_liege_fin annees 1960.jpg

  L'immeuble du Tivoli-Bourse à la fin des années 1960▲ et la partie correspondante de l'espace Tivoli actuel ▼
espace tivoli_liege_2015.jpg

Rue du general jacques-liege-annees 60 (1).jpg                                       La rue du Général Jacques dans les années 1960.

rue du general jacques-liege-annees 60 (3).jpg  La rue de Général Jacques telle que je l'ai connue dans les années 1960, à l'époque de mes études secondaires à Saint-Barth, la rue des « fritures » et des cafés sympas. Dans le fond : la place du Marché.

 rue du general jacques-liege-annees 60 (2).jpgLa rue du Général Jacques vue cette fois depuis la place du Marché.

place du marche_liege_1978(1).jpg  La rue Sainte-Ursule (dont on devine l'entrée le long du palais) et la rue du Général Jacques en 1978, vues depuis la place du Marché.

 

ilot Tivoli_liege_1978.jpg  Les rues de Bex et du Général Jacques en 1978, vues depuis la place du Marché. Le trait rouge sert de repère pour établir une comparaison avec la photo actuelle qui suit :
espace tivoli_liege_2015(2).jpgLe trait rouge se retrouve aussi sur cette carte postale du début des années 1970 :place saint-lambert_liege_vue aerienne_debut annees 1970.jpg

tivoli_liege_1978.jpgLe Tivoli-Bourse en 1978 ▲ et le même endroit actuellement ▼palais_espace tivoli_liege_2015.jpg

ilot tivoli_liege_1978(2).jpg  1978. Les îlots situés entre la place Saint-Lambert et celle du Marché vont bientôt disparaître sous les coups des démolisseurs, comme en atteste la photo ci-dessous :
demolition ilot tivoli_liege_1979.jpg

   Les deux photos qui suivent montrent les démolitions, en 1979, de la rue du Général Jacques et de la rue Sainte-Ursule :
demolition rue sainte-ursule_liege_1979(1).jpgdemolition ilot tivoli_liege_1979(2).jpg

 

espace tivoli_liege_1982(1).jpg  L'espace Tivoli en 1982. La brasserie-restaurant Tivoli était devenue un lieu mythique de la vie liégeoise. Son nom a subsisté dans la mémoire collective pour désigner le terrain dégagé par les démolitions de la fin des années 1970.

espace tivoli_liege_1982(2).jpg1982 ▲ et de nos jours ▼histoire de liège,photos de liège,place saint-lambert,place foch,espace tivoli,tivoli-bourse,rue sainte-ursule,onze mille vierges,rue du general jacques,rue royale,rue sous la tour,rue de bex,société militaire

  En attendant que les autorités communales se décident à propos de son affectation définitive, l'endroit sert épisodiquement à l'une ou l'autre manifestation, comme le village de Noël :
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