15/02/2015

Avant la place Saint-Lambert

  Au début du Moyen Âge, le site de l'actuelle place Saint-Lambert est occupé par une bourgade mérovingienne, construite en partie sur les ruines d'une ancienne villa romaine. Le sol fertile, le long de la Légia*, est exploité par une petite population rurale. Un oratoire**, près des chaumières, atteste de la christianisation des lieux.
* Ce ruisseau est aujourd'hui canalisé et souterrain. À l'époque évoquée, il dévalait d'Ans en suivant approximativement le tracé des actuelles rues Sainte-Marguerite, de l'Académie et de Bruxelles, puis se divisait en différents bras avant de se jeter dans la Meuse.
** Cet oratoire dédié aux saints Cosme et Damien, la légende en attribue la construction à Monulphe, évêque du diocèse Tongres-Maastricht dans la seconde moitié du VIe siècle.

 liege-village merovingien.jpg  Ci-dessus, le « leudicus vicus » (le « village public » de Liège), tel qu'imaginé dans la bande dessinée « Pays de Liège, vie d’une Église » (DUSART/VINK, ISCP-CDD, Lg 1984).

 Ci-dessous, le tracé de la Légia (en bleu) reproduit par Christian Hauglustaine sur un plan de 1770 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
plan_legia_liege_1770.jpg

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  Au début du VIIIe siècle, le diocèse de Tongres-Maastricht est dirigé par l'évêque Lambert. Quand celui-ci se déplace dans nos régions, il aime s'arrêter dans l'humble bourgade liégeoise pour prier et se reposer. Et c'est là qu'il est assassiné, avec son entourage, par les hommes d'armes de Dodon, haut fonctionnaire de l’État franc et membre d’un clan rival. La date habituellement retenue pour ce drame est le 17 septembre 705.

assassinat lambert.jpgCi-dessus, le martyre de saint Lambert représenté sur un panneau peint du XVe siècle.

Ci-dessous, la même scène sur une miniature du XIIIe :

martyre_saint-lambert.jpg

      La tradition rapporte que le premier réflexe de Lambert est un réflexe de guerrier : il s’empare d’un glaive, prêt à défendre chèrement sa peau. Puis il jette son arme, renonçant à tuer, et se retire dans la chapelle. Un des agresseurs grimpe sur le toit, arrache le revêtement, aperçoit l’évêque en prière et le frappe d’un coup de javelot.

 

  Lambert est d'abord inhumé à Maastricht, mais le lieu de son supplice attire les pèlerins, et on parle même de guérisons miraculeuses !

  L'évêque Hubert (705-727) fait bâtir à Liège un sanctuaire où sont transférées, vers 718, les reliques de son prédécesseur. Le culte voué au martyr prend tellement d'ampleur que la bourgade se transforme rapidement en une importante agglomération urbaine, qui finit par devenir le siège du diocèse en remplacement de Maastricht.

  L'édifice religieux dédié à Saint-Lambert,
desservi par un chapitre de chanoines, prend de l'ampleur et le rang de cathédrale. Incendié en 881 (ou 882) par les pillards normands, il est rapidement reconstruit, mais il ne retrouve pas son importance d'avant. L'évêque Éracle (959-971) envisage même d'installer, sur la colline du Publémont, son palais épiscopal et une nouvelle cathédrale dédiée à saint Lambert*.
* Ce projet n'aboutira pas.
L'église dont il initie la construction sur le Publémont, en 965, ne deviendra pas la cathédrale de Liège, mais la basilique Saint-Martin).

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Placé sur le trône de saint Lambert par Otton Ier (empereur germanique de 962 à 973), l’évêque Notger (972-1008) reçoit une double mission : rétablir l’ordre à l’intérieur du diocèse de Liège, menacé par des seigneurs locaux, et se protéger des attaques extérieures.

  Otton II (973-983) accorde à Notger un privilège d’immunité générale qui fait de l’évêque le seul et unique maître de ses terres et de ses possessions. Liège n'est plus seulement la capitale d'un diocèse, mais aussi celle d'un État, une principauté épiscopale qui reste certes vassale du Saint-Empire, mais que le prince-évêque peut gérer en toute indépendance vu les pouvoirs temporels dont il dispose.

  Enrichi par les dons des souverains germaniques, Notger se lance dans un vaste programme de construction qui va remanier complètement la physionomie de Liège. Il fait construire ou achever plusieurs collégiales : Saint-Paul et Saint-Martin (commencées sous son prédécesseur Éracle), Sainte-Croix, Saint-Jean-l’Évangéliste, Saint-Denis ; et dote la cité d’une enceinte fortifiée.

  À l'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert, il fait construire un palais épiscopal et une cathédrale dignes du nouveau statut de la cité.

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 La cathédrale est dédiée à Notre-Dame et Saint-Lambert. Notger lui adjoint, accolée au côté sud, une église paroissiale baptistère appelée Notre-Dame aux Fonts.

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  Ci-dessous, deux illustrations de l'édifice remanié en style roman dans le courant du XIIe siècle :
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  Dans la nuit du 28 au 29 avril 1185, un incendie se déclare dans l'une des maisons accolées au cloître*. Il se propage rapidement et dévaste le cœur historique de la cité, détruisant une grande partie du complexe religieux et endommageant même le palais. On raconte que les flammes ont fait rage pendant treize jours.
* C'est la version de Gilles d'Orval, moine cistercien de l'abbaye d'Orval,
connu au XIIIe siècle pour sa Gesta episcoporum Leodiensium (Histoire des évêques de Liège). Le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse parle, lui, de l'imprudence d'un sonneur de cloches, qui a quitté son poste sans éteindre le foyer qui le réchauffait.

  Place Saint-Lambert, sur le mur à droite de l'Archéoforum, figure une ligne du temps résumant les grandes périodes de la cathédrale :
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  La reconstruction de la cathédrale débute immédiatement après l'incendie, en utilisant une grande partie des fondations antérieures. On procède d'abord à des réparations d'urgence, suffisantes pour que l'archevêque de Cologne, en 1189, se déplace pour venir consacrer la partie restaurée du temple. En 1197, les reliques de saint Lambert, mises à l'abri lors de l'incendie (dans la collégiale Saint-Barthélemy), réintègrent les lieux.

 
Puis le chantier colossal va durer près de deux siècles et demi, pour en arriver, au milieu du XVe siècle, à une splendeur de l'art gothique, comparable en dimensions à Notre-Dame de Paris. En 1468, le sac de la ville ordonné par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire n'affectera guère le monument au niveau architectural.

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Les tours jumelées, situées à l'ouest, datent du milieu du XIIIe siècle ; elles ont été appelées les tours de sable parce qu'elles ont été bâties en tuffeau, pierres jaunâtres extraites dans les environs de Maastricht.

  La grande tour (à l'emplacement de l'actuel espace Tivoli) a été terminée dans la troisième décennie du XVe siècle. Elle culmine à 135 mètres, à la même altitude que la colline de Sainte-Walburge. Sa flèche a été couverte de plomb doré au XVIe siècle.

  On remarque, au pied de la grande tour, le long du flanc sud de la nef, l'église baptistère Notre-Dame aux Fonts.

  Tout ce complexe religieux couvrait les actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, que l'on voit ci-dessous en 2008, dans le même sens que la reconstitution qui précède. Les pylônes métalliques symbolisent les colonnes intérieures de l'ancienne cathédrale :
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  Pour mieux comprendre la configuration des lieux avant que la place Saint-Lambert n'existe, voici un plan de 1785, puis un dessin de Camille Bourgault présentant la situation en 1770 (cliquer sur ce dessin permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
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La révolution liégeoise

  À la fin du XVIIIe siècle, les Liégeois se sont attachés aux idées des philosophes qui, en France, critiquent l’ancien régime et demandent des réformes. Les idées nouvelles de liberté, égalité, fraternité, trouvent des adeptes de plus en plus nombreux.

 Esprit émancipé, le prince-évêque François Charles de Velbruck comprend son époque et les aspirations de son peuple. Il veut l’égalité de tous devant l’impôt et se montre partisan du principe de la souveraineté nationale. Il s’avère aussi un grand protecteur des arts et des sciences.

 Mais à ce prince éclairé, succède, en 1784, César Constantin François de Hoensbroeck, autoritaire, têtu, qui gouverne en s’appuyant uniquement sur le parti aristocratique. La situation de paysans et des ouvriers n’est guère enviable, les grèves et les rassemblements se multiplient ; le chômage et la mendicité sévissent. Bref, le peuple réclame plus de justice sociale.

 Le 14 juillet 1789, les Parisiens s’emparent de la Bastille. Le 4 août, l’assemblée nationale française supprime tous les privilèges et proclame la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ces événements suscitent l’enthousiasme au pays de Liège, surtout dans la capitale, où le peuple envahit le 18 août l’hôtel de ville pour proclamer Fabry et Chestret comme bourgmestres populaires. Dans l’après-midi, le prince-évêque Hoensbroeck, ramené de son château de Seraing par la foule, feint de céder, mais le lendemain, il s’enfuit et appelle à l’aide les princes allemands contre ses sujets rebelles.

 Le 30 novembre 1790, des troupes, en majorité prussiennes, occupent la citadelle, et le 12 janvier suivant, l’armée de l’empire germanique entre à Liège, obligeant les patriotes les plus en vue à émigrer en France. Le retour de Hoensbroeck se manifeste par de multiples représailles.

 Le 22 septembre 1792, la république est proclamée en France. Notre grande voisine, à ce moment, est en guerre, car les souverains étrangers veulent y rétablir la monarchie. Le conflit se déroule en partie sur notre sol. Le 6 novembre 1792, le général français Dumouriez inflige à Jemappes une lourde défaite aux Autrichiens ; quelques jours plus tard, il entre à Liège au milieu de l’enthousiasme populaire.

 Les patriotes exilés rentrent avec l’armée française, tandis que le prince-évêque François Antoine Marie de Méan prend la fuite (Hoensbroeck est décédé quatre mois plus tôt). Une assemblée nationale liégeoise, élue par les citoyens, décide en février 1793 le rattachement de la principauté de Liège à la France.

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Les trois derniers princes-évêque de Liège : Velbruck, Hoensbroeck et Méan.

 
 Quelques jours plus tard, les armées françaises subissent un échec, et les Autrichiens réoccupent Liège, ramenant l’ancien régime et le prince-évêque. Restauration de courte durée, car le 26 juin 1794, les troupes républicaines de Jean-Baptiste Jourdan remportent la victoire de Fleurus. Les Autrichiens évacuent le 27 juillet.

 Le 1er octobre 1795, la principauté de Liège (ainsi d'ailleurs que le reste de la Belgique) est réunie à la république française. Liège devient le chef-lieu du département de l’Ourthe.

 

La démolition de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert

  Dans le contexte de la révolution liégeoise, il est décidé, dès fevrier 1793, de détruire cet édifice qui symbolise l'arrogance autoritaire de l'ancien régime. Mais un mois plus tard, la victoire autrichienne à Neerwinden (Landen, en Brabant flamand) entraîne le retour du prince-évêque et une période de répression.

  Quand les troupes républicaines françaises entrent à Liège fin juillet 1794, après avoir vaincu les Autrichiens à Fleurus, la démolition de la cathédrale revient à l'ordre du jour.

  En fait, cette démolition va s'accomplir lentement, car l'édifice est une mine à ciel ouvert que l'on exploite en fonction des circonstances et des besoins. Les plombs des toitures, cuivres et bronzes, sont envoyés à la fonderie « pour faire des balles pour exterminer les satellites des tyrans » ; les boiseries sont récupérées à des fins militaires ou de travaux publics ; les objets et matériaux sont vendus aux enchères... L'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert va rester un amas de ruines pendant près de trois décennies !

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* Les documents représentant les ruines de la cathédrale proviennent des collections artistiques de l'université de Liège et des archives du Vieux-Liège.
** Sauvée du désastre par des particuliers, la cuve baptismale de la fin du Xe siècle a été installée en 1804, après le Concordat, dans l'ancienne collégiale Saint-Barthélemy devenue église paroissiale.

   Ci-dessous, l'échafaudage entoilé, sur l'espace Tivoli en l'an 2000, symbolise le chœur oriental de la cathédrale disparue :
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  En 1811, Napoléon effectue à Liège une seconde visite officielle et s'irrite de revoir des ruines au lieu d'une place publique avec une statue monumentale de sa personne. En 1812, la municipalité adopte un plan d’aménagement du terrain, qui reçoit le nom de place Napoléon le Grand. Des adjudications sont lancées pour activer le déblaiement. Surviennent alors, en 1815, la défaite de napoléon à Waterloo et la décision du Congrès de Vienne d'attribuer la Belgique au royaume des Pays-Bas.

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* * * * *

 
  La photo qui termine cet article a été prise pendant les fouilles archéologiques de 1977-1984, recherches qui ont par ailleurs retardé le chantier d'aménagement de la place Saint-Lambert :
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 Dans le sous-sol de la place, il existe depuis 2003 un espace dédié aux origines de Liège : l'Archéoforum, dont vous pouvez accéder au site Internet en cliquant ICI.

04/02/2015

L'ancien bassin de Commerce en Avroy

parc_avroy-liege-2009.jpg

   À l'emplacement du parc d'Avroy, se trouvait autrefois un bassin portuaire.

  Remémorons-nous d'abord le réseau hydrographique liégeois au XIXe siècle :
hydrographie_liege_1830.jpg  Commençons notre histoire en 1850. À cette époque, la rivière d'Avroy (A) et le bras de la Sauvenière (S) ont déjà été voûtés et transformés en boulevards. Le cours principal de la Meuse emprunte le tracé des actuels avenue Blonden (1), boulevard d'Avroy (2) et boulevard Piercot (3).

quai des augustins_liege_1850.jpg  Sur la vue ci-dessus, on retrouve les points (2) et (3) du plan précédent. À gauche, c'est le rivage d'Avroy un peu avant l'église des Augustins. Devant l’abbaye Saint-Jacques, la Meuse (actuel boulevard d'Avroy) forme un coude pour bifurquer vers la droite (actuel boulevard Piercot).

 
À titre de comparaison, voici le même coude de nos jours :
piercot_liege_2012.jpg

 

seminaire_liege_1850.jpg  L'illustration ci-dessus montre à contre-courant le tronçon de la Meuse devenu le boulevard Piercot. Les bâtiments mis en valeur sont ceux de l’ancien couvent des Prémontrés, affecté depuis 1809, par décret de l’empereur Napoléon, au grand séminaire et à la résidence de l’évêque de Liège. Vers la gauche, on remarque le débouché du bief de l’ancienne abbaye Saint-Jacques (déviation du courant de la Meuse pour alimenter les moulins de l'institution), et plus loin, l’église des Augustins, désacralisée à cette époque. La photo qui suit montre le contenu actuel du rectangle rouge, avec le boulevard Piercot qui porte ce nom depuis 1889 (le libéral Ferdinand Piercot a été bourgmestre de Liège à plusieurs reprises au XIXe siècle) :
bd piercot-liege-début XXe.jpg


La modification du tracé de la Meuse et la création d'un bassin de Commerce


  Au milieu du XIXe siècle, la ville de Liège reste soumise aux caprices de la Meuse et de l’Ourthe. C’est tantôt la hauteur d’eau qui est insuffisante pour supporter les bateaux, tantôt la force du courant qui provoque de désastreuses inondations. Coudes et méandres, en outre, rendent la navigation difficile, voire périlleuse.

  Ces conditions nuisent à la salubrité publique*, mais aussi au développement économique de la région, le transport fluvial ne permettant pas les relations commerciales dont a besoin le bassin industriel liégeois en plein essor.
*
Les inondations aggravent les problèmes d’hygiène. En 1849, par exemple, une épidémie de choléra fait des ravages parmi la population (près de 2000 morts sur 80000 habitants). Une autre sévira en 1854-55, au début des grands travaux de la Dérivation, le monde politique et médical se réjouissant de leur avancement pour éradiquer une des causes du fléau.

  Les terres d’Avroy, de Sainte-Véronique à Fragnée, se développent considérablement depuis l’installation en 1842 d’une station de chemin de fer aux Guillemins. Il arrive pourtant que des crues y sévissent plusieurs fois par an, le phénomène s’étant accentué depuis la suppression de la rivière d’Avroy et du canal de la Sauvenière, lesquels amortissaient le trop-plein. L’île Colette constitue un obstacle pour les bateliers, et la courbe trop prononcée au niveau de l’ancienne abbaye Saint-Jacques cause de nombreux accidents de navigation.

ile colette_liege_1840.jpg  L'aquarelle ci-dessus, réalisée vers 1840 par Joseph Fussell, nous montre l’île Colette, formée par des atterrissements successifs et immergée pendant les périodes de haut débit. Cet obstacle à la navigation s'étendait du Petit Paradis à l'actuelle rue des Guillemins, sur la longueur donc de l'actuelle avenue Blonden. L'église désignée par la flèche est celle de l'ancienne abbaye Saint-Jacques, très schématisée. On la retrouve au centre du dessin suivant, en 1850, là où la Meuse décrit vers la droite une courbe considérée dangereuse par les bateliers :
quai_avroy_liege_1850.jpg

  Dès 1846, l’ingénieur Kümmer, des Ponts et Chaussées, présente un plan ambitieux pour redresser le tracé de la Meuse et aménager un canal parallèle (la « Dérivation ») qui remplacerait aussi, vers Outremeuse, les nombreux diverticules de l’Ourthe. Les débats s’éternisent à cause des budgets, mais les inondations de 1850 imposent l’urgence d’une décision : le plan Kümmer est adopté l’année suivante, malgré l’opposition des adversaires politiques qui ironisent sur la « dérivation du Trésor public dans la Meuse ». Ces travaux gigantesques débutent en 1853 et vont durer dix ans.

derivation_liege_1890.jpg  La photo ci-dessus ne date pas de la création de la Dérivation, mais de travaux de canalisation et d'approfondissement réalisés en 1890.

plan kummer_liege_amenagement meuse_1851.jpg  Ce détail du plan Kümmer montre le tracé de la Dérivation (les flèches rouges) et le redressement de la Meuse en Avroy (en bleu), avec la création d’un bassin de commerce.

  Entre le début de l’île Colette (1) et le pont de la Boverie (2) – on dirait, de nos jours : entre le lieu-dit Paradis et le pont Kennedy – le cours de la Meuse est rectifié pour supprimer le coude brusque et dangereux à la hauteur de Saint-Jacques (3). Parallèlement, on aménage un vaste plan d’eau de quatre hectares pour servir de bassin de commerce (4). En quelque sorte : le premier port fluvial de Liège. Deux chenaux équipés d’écluses en assurent les débouchés vers la Meuse. Il est même prévu, dans les projets initiaux (mais jamais concrétisés), d’installer à proximité de grands entrepôts et une station de chemin de fer (5) en remplacement de la gare des Guillemins.

  Le nouvel aménagement des lieux crée une île (6) qui, par analogie avec le bassin portuaire, prend le nom d’île de Commerce : quinze hectares appartenant à l’État, terrain vague, marécageux, inculte, mais promis à un avenir économique considérable.

plan_bassin de commerce_liege-1861.jpg  Ce plan communal de 1861 montre le bassin de Commerce s’étendant des Augustins à la rue des Guillemins. La flèche indique le sens du regard pour découvrir cette pièce d’eau telle qu’elle est représentée sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
bassin de commerce_liege_1872.jpg  Les trois arbres à l’avant-plan, font partie des plantations qui ornent le quai Cockerill, le long du chenal d’accès. Ce quai rend hommage, en cette période d’essor industriel, au fondateur de la célèbre métallurgie établie depuis 1817 à Seraing. En 1889, après la suppression du bassin et le comblement du canal, il laissera place au boulevard Piercot. À droite, la maison pontonnière et le quai d’Avroy.

pont tournant_avroy_liege.jpg  Le chenal devenu le boulevard Piercot, le voici arrivant au quai d’Avroy, à la hauteur de l’ancienne église des Augustins devenue celle du Saint-Sacrement. Le pont tournant est un des quatre qui permettent d’accéder sur l’île de Commerce (voir plan plus haut). Les peupliers, à droite, seront bientôt abattus pour permettre l’installation en 1867-1868 d’une statue monumentale représentant Charlemagne à cheval.

michel orban_bassin de commerce_liege_1877.jpg  La statue équestre de Charlemagne, on la voit sur la gauche de ce dessin de 1877. Amarré le long du quai Cockerill, le bateau muni de roues à aubes est le Michel Orban (produit par la maison Orban de Grivegnée) ; il s’agit d’un navire à vapeur assurant depuis 1858 une ligne régulière entre Liège et Seraing. Ce genre de transport disparaîtra au début du XXe siècle à cause du développement des trams urbains et des chemins de fer.

 

La fin du bassin et de l’île de Commerce


  Le bassin portuaire s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite.

  Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

bassin de commerce_liege_fin XIXe.jpg  Ci-dessus, à l'arrière du bassin de Commerce, ce sont les immeubles du quai de Cockerill (futur côté pair du boulevard Piercot). L'église dont on voit la toiture est Saint-Jacques.

bassin de commerce_liege_1870.jpg  Le bassin de Commerce vers 1870. À droite, les bateaux à vapeur sont amarrés le long de l’île du Commerce. La flèche indique le sens du chenal longeant le quai Cockerill, de l’église Saint-Jacques jusqu’à celle de l’évêché.

ile de commerce_liege_1877.jpg  L’évêché, on le retrouve sur la gauche de cette vue de 1877, au confluent du chenal et du nouveau tracé de la Meuse, à l’approche du pont de la Boverie (l’actuel pont Kennedy). À l’avant-plan, l’île de Commerce est laissée à l’abandon.

  On y croit, pourtant, à l’avenir de cette île ! En 1859, l’édilité liégeoise défend toujours l’idée d’y transposer la gare de chemin de fer que Kümmer envisageait déjà en 1851 à proximité du bassin*. De 1864 à 1866, un pont est construit pour la relier au quartier de Boverie, compris entre la Meuse et sa Dérivation, quartier chic en plein essor, avec un parc et un projet de jardin d’acclimatation.
*
Opposé à cette espérance, l’État préférera agrandir la gare des Guillemins et projeter la création d’une autre gare plus près du centre-ville, à côté du palais de justice.

premier pont de commerce_liege.jpg  La carte postale ci-dessus présente le premier pont de Commerce, reliant l'île de Commerce délaissée (à gauche) et le quartier de la Boverie.

  En 1867, la Ville rachète l’île à l’État dans l’espoir d’exploiter enfin ce terrain jusque-là inutile, mais le projet est désespéré. L’endroit est fort marécageux, et de surcroît isolé du reste de la ville à cause des ponts tournants constamment ouverts à cause du passage incessant des bateaux.

ile de commerce_liege_1869.jpg  Ce dessin de 1869 représente des masures sur le terrain vague de l’île de Commerce. À l’arrière-plan, au-delà du bassin,on aperçoit les immeubles du quai d’Avroy (à gauche) et du quai Cockerill (à droite).

  Aussitôt l’île acquise par la Ville, plusieurs plans sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui ne voit d’avenir pour ces terrains que s’ils sont rattachés à la terre ferme grâce à la suppression du bassin portuaire inadapté.

  Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, n’est réalisé qu’à partir de 1876.

blonden_caricature.jpg  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

parc d'aveor_liege-fin XIXe.jpg  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

  Le plan de Blonden, outre l’aménagement de ce parc public, prévoit aussi la création, dès 1876, à l’emplacement de l’ancienne île de Commerce, d’un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s’appellera les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Une artère parallèle à l’avenue d’Avroy, de l’autre côté du parc, sera percée dès 1879 pour desservir ce nouveau quartier luxueux : elle est baptisée avenue Rogier, du nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

 
Mais ces transformations feront l'objet d'autres histoires dans d'autres articles...

25/12/2014

Le Pont d'Avroy

pont d'avroy-liege-aout_2008.jpg

  L'appellation « Pont d'Avroy* » rappelle qu'il existait là autrefois un pont enjambant un bras de la Meuse.
*« Avroy », « Avreû » en wallon, viendrait du bas latin « arboretum », servant à désigner un lieu planté d’arbres. Au Moyen Âge, on désigne ainsi la forêt qui, des collines de Saint-Gilles et de Cointe, descend jusqu’à la Meuse.

 Bing Maps.jpgLe lieu-dit Pont d'Avroy de nos jours ▲ et le pont d'Avroy au milieu du XVIIe siècle
(gravure de Julius Milheuser) ▼
milheuser 1649.jpg

Remémorons-nous le réseau hydrographique liégeoise d'antan grâce à ce plan de 1730 :

hydrographie-meuse-ourthe-liege-1740.jpg  La Meuse se sépare en plusieurs branches à la hauteur de la chapelle du Paradis (1). La flèche représente le tracé actuel, à l’emplacement d’un bras qu’on appelle alors le Polet, mais le cours le plus important à l’époque suit les actuels avenue Blonden (2) et boulevard d’Avroy (3). Aux abords de l’église des Augustins (4), le fleuve se scinde encore : son lit principal préfigure le boulevard Piercot (5), de l'abbaye de Saint-Jacques (6) à  celui des Prémontrés* (7), tandis qu’un diverticule décrit une vaste boucle devenue aujourd’hui les boulevards d’Avroy (8) et de la Sauvenière (9), boucle qui circonscrit le quartier de l’Isle (l’Île) ; dès l’actuelle place de la République française (10), et surtout après le pont d’Île, ce bras se divise en de multiples ramifications, zone remplacée de nos jours par les quartiers Régence et Université (11).
* Siège actuel de l'évêché.

aveline-liege-1689.jpg  Cette vue de Liège en 1689 est l’œuvre du graveur parisien Pierre Alexandre Aveline. Elle présente le quartier de l’Île (1), auquel on peut accéder par le pont d’Avroy (2) ou le pont d’Île (3). En amont du pont d’Avroy, le bras de la Meuse est la rivière d’Avroy (4), qui commence à la hauteur de l’église des Augustins (5), là où le cours principal de la Meuse bifurque par l'actuel boulevard Piercot (6). En aval, il s'agit du canal* de la Sauvenière (7), qui deviendra boulevard dans les années 1840.
* Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle, sous le règne du premier prince-évêque Notger.

 

  Le pont d’Avroy, destiné à relier l’Île au faubourg Saint-Gilles, a probablement été construit au XIe siècle. Le chroniqueur Jean d’Outremeuse, en tout cas, signale son existence sous le règne du prince-évêque Réginard (1025-1037). Dès le XIIIe siècle, l’entrée de la ville y est protégée par une porte fortifiée, dans le cadre des nouvelles murailles qui sécurisent désormais le quartier de l’Île.

pont d'avroy-liege-1648.jpg  En 1468, la porte d’Avroy est assiégée et détruite lors du sac de Liège ordonné par Charles le Téméraire. Le pont, lui aussi, subit d’importants dommages. La tradition raconte que cinq ans plus tard, on nettoie toujours le lit de la rivière encombré par des amas de pierres.

aquarelle_liege_XVIe.jpg  L'aquarelle ci-dessus date du XVIe siècle, au cours duquel l’ouvrage souffre de diverses crues et débâcles, notamment en 1514 et 1571.

 
En 1643, le pont ne résiste pas à de terribles inondations, d’autant plus qu’il est fragilisé par les maisons qu’on a laissé construire sur le tablier. Il est à peine restauré, en 1649, quand un autre épisode, guerrier cette fois, va l’ébranler. Cette année-là, le prince-évêque Ferdinand de Bavière, pour mâter une révolte populaire, fait appel à des troupes allemandes commandées par le baron Othon de Spaar. Ce général bavarois fait élever des batteries de canons du côté des actuels Guillemins et ordonne un feu meurtrier en direction du pont d’Avroy.

porte d'avroy-liege-XVIIe.jpg  Reconstitution de la porte d’Avroy au début du XVIIe siècle. On la surnomme la porte « à la voûte noire », car l’arcade donne accès à un couloir étroit et obscur. Le passage est gardé militairement, avec une prison annexe. Des trois tourelles qui surmontent l’édifice, deux se sont écroulées peu après le bombardement de 1649.


  Dès 1808, sous le régime français, le canal de la Sauvenière voit son lit considérablement rétréci avec l’aménagement du quai Micoud*.
* du nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

quai micoud_sauveniere_liege_1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (Musée d'Art Religieux et d'Art Mosan, Grand Curtius Liège) date de 1814. On y aperçoit le quai Micoud. Les soldats qui y défilent appartiennent aux troupes prussiennes se préparant à affronter Napoléon.

  La construction du quai Micoud et le rétrécissement du canal ont bien sûr des répercussions sur le pont d’Avroy, qui est limité à une seule arche en 1812. Cette même année, l’ancienne porte fortifiée est détruite, et ses pierres sont utilisées pour renforcer le mur d’eau du quai toujours en construction. Les derniers débris de muraille disparaîtront totalement en 1817.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Le dessin ci-dessus (lavis de Charles Remont d'après Henry Renardy) représente les lieux en 1826. En aval du pont d’Avroy réduit à une seule arche, la rangée d’arbres du quai de la Sauvenière* permet de deviner le tracé de l’étroit canal du même nom. À l’avant-plan, la rivière d’Avroy apparaît plus large, mais moins bien entretenue. Il existait pourtant là, autrefois, au pied de la rue Saint-Gilles, un port où accostaient des nefs marchandes.
* Nouveau nom du quai Micoud depuis la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815.

 

  Au début du XIXe siècle, la rivière d'Avroy et le canal de la Sauvenière sont devenus des égouts à ciel ouvert. La première sera voûtée de 1831 à 1835 ; le second connaîtra le même sort dès 1844.

pont d'avroy-liege-1815.jpg  Ci-dessus, le pont d’Avroy en 1815. Ci-dessous, le même endroit en 1880. L'appellation « Pont d'Avroy » est restée pour désigner ce carrefour à l'intersection des boulevards d'Avroy et de la Sauvenière :
pont d'avroy-liege-1880.jpg  À droite, à l'angle de la rue Pont d'Avroy et du boulevard d'Avroy, il existe un café qu’on a d’abord appelé « des Boulevards » vu la nouvelle configuration des lieux. À gauche, le jardin grillagé et l’urinoir public vont bientôt faire place à un hôtel qu’on appellera le Métropole.

 

pont d'avroy-liege-début XXe.jpg  Ci-dessus, le Pont d'Avroy à l'aube du XXe siècle. À gauche de la rue Pont d'Avroy, se dresse l'hôtel Métropole, que l'on retrouve sur les photos qui suivent :
hotel metropole-liege.jpg

pont d'avroy-liege-1900(1).jpg

pont d'avroy-liege-1900(2).jpg

hotel metropole-pont d'avroy-liege-debut XXe.jpg  À l'autre angle de la rue Pont d'Avroy, l’ancien café des Boulevards est devenu le café de la Brasserie Grétry (voir photo suivante). Il disparaîtra quand la rue du Pont d’Avroy sera élargie et rectifiée à la veille de l’Exposition universelle de 1905.

brasserie gretry-liege-1900.jpg

 

chantier galeries pont d'avroy-liege-1904.jpg  Cette carte postale de 1904-1905 poursuit incontestablement le but de valoriser le boulevard, avec l’hôtel Métropole, le terre-plein arboré, l’arrêt du tramway électrique et son kiosque à journaux… Mais la palissade, sur la droite du document, signale le début d’un chantier, celui d’un bâtiment commercial d’un style novateur : les galeries du Pont d’Avroy.

  C'est le négociant Paul Ollier qui a acheté ce terrain en 1904 pour y faire ériger un bazar. À la veille de l'Exposition universelle de 1905, il sait que le boulevard est le lieu de promenade à la mode et que la rue Pont d'Avroy est appelée à devenir une artère commerçante importante. Comme architecte, il choisit Paul Jaspar, partisan de l'Art nouveau. Des problèmes à propos de l'obtention du permis de bâtir vont retarder le chantier, qui ne commencera qu'en janvier 1905 et durera 7 mois.

galeries du pont d'avroy-liege-1905.jpg▲ Le bâtiment surprend par la modernité de sa construction, qui allie le verre et le métal, l’ensemble présentant une apparence avant-gardiste osée▼
galeries pont d'avroy-liege-1905.jpg

regina-pont d'avroy-liege-1908.jpg  Dès 1908, on annonce l’ouverture d’un café-restaurant qu'on appellera le Régina, nom qui restera pour désigner l'ensemble de l'immeuble. Est-ce pour « faire moderne » que l’aubette Belle Époque a été remplacée par une espèce de fortin ?

regina-pont d'avroy-liege-debut XXe.jpg

regina-pont d'avroy-liege-1910.jpg  Le Régina dans toute sa splendeur initiale. On y donne aussi des concerts, et la terrasse, sur le toit, constitue une piste de danse à la mode.

terrasse-regina-liege-1910.jpg  Ces deux élégantes se trouvent sur la terrasse supérieure du Régina. Derrière elles, on aperçoit l'hôtel Métropole... à moins qu'il ne s'agisse déjà du Grand Hôtel Verlhac, puisque l'établissement a changé d'appellation entre 1905 et 1908 semble-t-il. Ci-dessous, un papier à en-tête du Grand Hôtel Verlhac en 1908 :
hotel verlhac-liege-1908.jpg

regina-hotel verlhac-liege-debutXXe.jpgLe Grand Hôtel Verlhac et le Régina vers 1910.

pont d'avroy-liege-1927.jpg  Dans les années 1920, le Grand Hôtel Verlhac est devenu le Grand Hôtel des Boulevards, rehaussé de deux étages. Quant au Régina, dont le style trop moderne ne plaît déjà pas à tout le monde, il présente une façade recouverte d’envahissantes publicités. À l’approche de l’Exposition internationale de 1930, qui va attirer de nombreux touristes, le conseil communal regrette qu’on ne puisse contraindre le propriétaire à améliorer l’aspect déplorable de l’immeuble.

 

pont d'avroy-fontaine-liege-1930.jpg  Est-ce pour compenser la laideur qu’elles reprochent au Régina que les autorités communale font installer une fontaine lumineuse installée à l'occasion de l'Exposition internationale de 1930 ?

 

pont d'avroy-liege-fin annees 1930.jpg  Le Régina à la fin des années 1930. Ironie du sort : à la veille de la seconde guerre mondiale, le premier étage du Régina est occupé par le Tyrol, une taverne Oberbayern à la mode.

 Pour comprendre le monticule pierreux servant de rond-point, il faut se référer à la photo suivante, qui le présente dans l’autre sens :
horloge fleurie pont d'avroy-liege-fin annees 1930.jpg  La fontaine des années 1920 a été remplacée par une horloge dont le cadran est constitué d’un parterre fleuri, aux motifs qui changent régulièrement, au gré des saisons et des floraisons.

carrefour pont d'avroy-liege-1939.jpg
Le carrefour du Pont d'Avroy en 1939.

pont d'avoy-liege-bunker.jpg  Lors de l’occupation allemande en 1940, l’horloge est remplacée par un bunker, qui sera détruit à la Libération comme son semblable établi place du Théâtre, à l’autre bout du boulevard de la Sauvenière.

 

pont d'avroy-liege-1951.jpg  Le Régina de 1905 vit ici ses dernière années. Il sera démoli en 1956 pour céder la place à un building à la mode du temps. La photo suivante permet la comparaison avec 1962 :
pont d'avroy-liege-1962.jpg

 

buildings regina et hazinelle-liege-1960.jpg  Cette photo date de 1960. L’Exposition universelle de Bruxelles, deux ans plus tôt, a déclenché une période d’innovations technologiques et de modernisation à outrance. Le nouvel immeuble Régina est l’œuvre de l’architecte Jean Poskin, qui collaborera, dix ans plus tard, à la conception de la tour Kennedy. À sa droite, se dresse l’une des façades du complexe scolaire que l’échevinat de l’instruction fait construire rue Hazinelle. L’institut Hazinelle est dû à Jean Moutschen, architecte municipal qui a également conçu, entre autres, le lycée Léonie de Waha.

regina et hazinelle-liege-1962.jpg  1962. Le Régina new look a été inauguré l’année précédente ; l'école Hazinelle, toujours en chantier, ne le sera qu’en 1964.

hotel boulevards liege-pont d'avroy-1962.jpgLe Grand Hôtel des Boulevards et la rue Pont d'Avroy en 1962.

pont d'avroy-liege-annees 60.jpg  Le Pont d’Avroy dans les années 1960, témoin de la cohabitation forcée entre le patrimoine du XIXe siècle et le modernisme de la seconde moitié du XXe.

incendie hotel boulevards liege 21 aout 1974.jpgL'incendie du Grand Hôtel des Boulevards le 21 août 1974.

pont d'avroy-liege-1974.jpg  Cette dia a été prise le surlendemain du sinistre. Les fenêtres aux vitrages explosés témoignent du ravage intérieur.

pont d'avroy-liege-1977.jpg  Un nouvel immeuble est en cours de construction, dès 1977, pour remplacer le Grand Hôtel des Boulevards. Essentiellement résidentiel, il conserve un rez-de-chaussée voué à l’Horéca. Le Régina a désormais son pendant moderne, mais beaucoup moins élevé.

pont d'avroy-liege-1978.jpgLa rue Pont d'Avroy en 1978.

pont d'avroy-liege-2007.jpgFin 2007, le Pont d'Avroy est agrémenté d'artistiques parasols colorés.

 

Cliquez ICI pour découvrir des vues du Pont d'Avroy (août 2008) prises notamment depuis les buildings Régina et Hazinelle.

 

 

Pour davantage de renseignements concernant
les anciens bras de la Meuse devenus boulevards :

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23/11/2014

Les origines de la place Saint-Étienne

  Situons les lieux grâce à cette vue aérienne réalisée par le MET* en 2004 :
* Ministère de l'équipement et des transports, englobé depuis 2008 dans le SPW (Service public de Wallonie).

Intro_MET_2004.jpg1 : place Saint-Lambert / 2 : espace Tivoli / 3 : îlot Saint-Michel (espace_sain_michel) / 4 : galeries Saint-Lambert / 5 : rue Gérardrie / 6 : place Saint-Étienne / 7 : place Saint-Denis / 8 : rue Saint-Gangulphe  /  9 : place de la République française.

place saint-etienne_liege_2014.jpg

place saint-etienne_liege_2014 (2).jpg  La place Saint-Étienne est de création récente (inauguration en 2005). Pour dégager cet espace, il a fallu détruire l'imposant bâtiment du centre commercial Gérardrie, tombé en désuétude (voir photo suivante). Objectif : aérer et rénover le quartier, dans le cadre du plan d'aménagement des abords des nouvelles galeries Saint-Lambert.

galerie gerardrie-liege-demolition 2003.jpg


* * * * *

  Autrefois donc, il n'existe à cet endroit qu'une rue – plutôt une ruelle – dédiée à Saint-Étienne*. Elle tient son nom d'une église paroissiale dont les origines restent obscures.
* Étienne, juif helléniste converti au christianisme, choisi pour devenir l'un des diacres des apôtres. Lapidé en l'an 33, il est est le premier martyr de la chrétienté.

milheuser-liege-1649.jpg  Ci-dessus, sur la gravure de Julius Milheuser (1649), la rue et l'église Saint-Étienne sont désignées par l'ovale rouge. Dans les alentours, on reconnaît :
- la place aux Chevaux (1), devenue la place de la République française ;
- la place Verte (2), devenue une partie de l'îlot Saint-Michel ;
- la cathédrale Saint-Lambert (3), à l'emplacement actuel de la place du même nom et de l'espace Tivoli ;
- la rue Gérardrie (4) ;
- la collégiale Saint-Denis (5), fondée par Notger en 987, intégrée dans la première enceinte fortifiée de la cité.

eglise saint-etienne_liege_1780.jpg  L'église Saint-Étienne en 1780, dessinée par J.J. Van den Berg (Bibliothèque Ulg). Soustraite au culte en 1797 pendant la période française, elle est mise en vente et devient une salle de spectacle jusqu'en 1806, date à laquelle on la démolit pour la remplacer par une habitation bourgeoise. On profite de l'occasion pour élargir les voiries.

essai.jpg  L'ancienne église Saint-Étienne se trouvait à l'angle des rues Saint-Étienne (trait rouge) et Chapelle des Clercs (flèche bleue). À noter que depuis la création de la nouvelle place, la rue Saint- Étienne porte le nom de rue Lambert Lombard*.
* Lambert Lombard est un artiste liégeois de la Renaissance (XVIe siècle), à la fois peintre, architecte, graveur, archéologue, collectionneur, numismate, homme de lettres, historien de l'art et maître d'une académie de grande réputation (source Wikipédia).

 

plan liege annees 1960.jpg  Plan des années 1960. À l'époque, comme depuis plusieurs siècles, l'emplacement de l'actuelle place Saint-Étienne est bâti (la croix), compris entre les étroites rues Saint-Denis et Saint-Étienne.

rue saint-etienne_liege_debut XXe.jpg  La rue Saint-Étienne au début du XXe siècle, photographiée depuis la place Saint-Denis. L'inscription sur l'immeuble de droite rappelle que se tenait là autrefois un marché au beurre (nous en reparlerons plus loin). Quant à la flèche, elle désigne l'hôtel de Copis, demeure de style Louis XVI qui porte le nom de la famille qui l'a possédée aux XVIIIe et XIXe siècles (jusqu'en 1869). Dès 1913, le bâtiment devient propriété de la Ville qui y installera divers services communaux, dont le service des eaux*.
* Liège possède son propre service des eaux (captages de Hesbaye) avant de faire partie, en 1979, d'une intercommunale devenue la CILE en 1982.

rue saint-etienne_liege_debut annees 1960.jpg  L'immeuble qui portait l'inscription « Marché au beurre » sur la photo précédente, le voici au début des années 1960, en attente de démolition (dans le fond, on aperçoit une partie de la collégiale Saint-Denis). Démolition préparatoire à la construction d'un imposant building consacré au parcage automobile, avec un rez-de-chaussé destiné à l'horéca.

chantier parking saint-denis_liege_debut annees 1960.jpgLe chantier au début des années 1960 ▲ et le parking Saint-Denis de nos jours ▼parking saint-denis_liege_2014.jpg


 

  Au début des années 1960 aussi, le Grand Bazar de la place Saint-Lambert s'étend par l'arrière, du côté de la rue Saint-Gangulphe*. Tout un îlot d'immeuble est démoli entre les rues Saint-Étienne et Saint-Denis, pour y ériger une extension du célèbre grand magasin. Extension moderne qu'on appellera le « hall Saint-Denis ».
* du nom d'une église aujourd'hui disparue, autrefois dédiée à ce saint martyr mort en 760.

 
Suivent cinq photos du chantier du début des années 1960 :

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (1).jpgÀ gauche : la rue Gérardrie. À droite : l'hôtel de Copis.

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (2).jpgÀ gauche : la façade arrière du Grand Bazar.

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (3).jpgÀ l'arrière-plan : la rue Saint-Denis.

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (4).jpgÀ l'arrière plan : la maison « Inca », la rue Saint-Gangulphe et le building de l'Innovation.

construction hall saint-denis-liege.jpg  Le hall Saint-Denis en cours de construction, occupant la superficie de l'actuelle place Saint-Étienne. Le chalet suisse, sur le toit, préfigure la future piste de ski qui fera le bonheur des visiteurs dans les années 1960.

Cette piste de ski, on la retrouve sur la photo ci-dessous, prise en 1965 :
grand bazar-piste ski-liege-annees 1960.jpg

piste ski grand bazar-liege-annees 1960.jpgLa piste de ski du mythique Grand Bazar est une attraction qui a marqué son époque.

maquette grand bazar liiege_annees 1960.jpg  Pour que la nouvelle annexe Saint-Denis et le grand magasin d'origine ne constituent qu'un seul bloc, une imposante passerelle vitrée a été aménagée pour en relier les étages par dessus la rue Saint-Gangulphe, comme on peut le constater sur la maquette ci-dessus.

vue aerienne_liege_dreze 1979.jpg  ▲ Vue aérienne de 1979. À cette date, le Grand Bazar a fait faillite depuis deux ans, et les locaux du côté place Saint-Lambert ont été repris en juin 1978 par la firme Sarma-Penney. Quant au hall Saint-Denis (la flèche), il est maintenu en activité par un groupe de commerçants indépendants (Agimpex). C'est le début du centre commercial Gérardrie.

sarma lux_place saint-lambert_liege_1980.jpgLe Sarma Lux dans les locaux de l'ex-Grand Bazar en 1980.


galerie gerardrie-liege-2000.jpgLa galerie Gérardrie en l'an 2000, vue depuis la rue Gérardrie.

galerie gerardrie-passerelle-liege-2000.jpg
La galerie Gérardrie en l'an 2000, vue depuis la rue Saint-Gangulphe.

demolition galerie gerardrie-liege-2003(1).jpg  Même endroit que la vue précédente, en janvier 2003. La passerelle a disparu (décembre 2002), et l'arrière des bâtiments de l'ex-Grand Bazar sont en cours de démolition, chantier préparatoire à la construction des actuelles galeries Saint-Lambert.

demolition galerie gerardrie-liege-2003(2).jpg▲ Février 2003. La galerie Gérardrie (Agimpex) ne va tarder à disparaître à son tour. Dans le plan global d'aménagement du quartier, il est en effet prévu d'aménager là une nouvelle petite place conviviale
demolition galerie gerardrie-liege-2003(3).jpg

 

vue aerienne_chantier galeries saint-lambert_liege_2003.jpgLe chantier des galeries Saint-Lambert en juin 2003.

chantier galeries saint-lambert_liege_sept 2003.jpg  Du côté de la place Saint-Lambert en septembre 2003 (seule subsiste la façade classée de l'ancien Grand Bazar) ▲ et juin 2004 ▼
chantier galeries saint-lambert_liege_2004.jpg  La future entrée vitrée des galeries Saint-Lambert est établie à l'emplacement de l'ancienne rue Maillard*, ruelle étroite qui reliait la place Saint-Lambert et la rue Saint-Gangulphe.
* Du nom d'un guerrier nommé Jean Colin, dit Maillard (il était armé d'un maillet), personnage légendaire du Pays de Liège au Xe siècle ; il aurait continué de se battre après avoir eu les yeux crevés.


Cette ruelle Maillard, on l'aperçoit entre les grands magasins sur cette photo de 1979 :
bon marche-liege-1979.jpg

 

chantier galeries saint-lambert_liege_aout 2003.jpg  Août 2003. À l'avant-plan, c'est l'emplacement de l'actuelle place Saint-Étienne. Dans le fond, grâce à la trouée occasionnée par la démolition de certaines parties de l'ancien Grand Bazar, on aperçoit l'îlot Saint-Michel de la place Saint-Lambert, complexe inauguré en septembre 1999 (voir autre article).

place saint-etienne-liege-avril 2004.jpg  Sur l'espace dégagé entre les rues Saint-Étienne et Saint-Denis, sont d'abord installés les bureaux modulaires du chantier des galeries Saint-Lambert.

place saint-etienne-liege-juin 2004.jpg▲ Juin 2004. À trois mois de l'ouverture des galeries Saint-Lambert, il est temps de préparer le terrain en vue de l'aménagement de la petite place conviviale promise ▼chantier galeries saint-lambert_liege_juin 2004.jpg

 Au fait, comment va-on l'appeler, cette nouvelle place ? On envisage un moment de la dédier à une Liégeoise célèbre (peu de voiries, en effet, portent le nom d'une femme), mais quand le collège communal se décide, il conserve l'appellation « Saint-Étienne » en souvenir du passé des lieux. Rappelons que la rue Saint-Étienne est parallèlement renommée rue Lambert Lombard.

place saint-etienne-liege-fevrier 2005.jpgLa place Saint-Michel en 2005, six mois avant son inauguration officielle le 2 septembre.

place saint-etienne-liege-dec 2007.jpgLa fontaine que l'on voit à l'avant-plan a été inaugurée le 22 novembre 2007.

 fontaine-place saint-etienne-liege-2007.jpg  La fontaine, réalisée par l'artiste hennuyer Émile Desmedt, se compose d'une imposante vasque de cuivre. L'eau qu'elle contient est éclairée de l'intérieur et forme une vague à intervalles réguliers. La cuve est recouverte d'une mosaïque de céramique bleue représentant la voûte céleste.
 
 
Cette fontaine est une étape supplémentaire dans la réalisation de la place, appelée à devenir l'une des plus belles de la ville, mais le décor qui l'entoure rompt le charme, avec un immense mur pour le moins inesthétique et des immeubles en cours de restauration.

place saint-etienne-liege-2014.jpg  Même angle de vue que sur la photo précédente. En attendant une rénovation complète de l'immeuble concerné, le grand mur au fond de la place a été recouvert en août 2011 d'une vaste bâche décorative comportant les portraits de 140 Liégeois de toutes origines. Cette œuvre intitulée « Liège rencontre des cultures » est due au photographe Samuel Nicolaï. Au centre, à l'arrière-plan, à la place d'un chancre urbain, s'est ouvert récemment un luxueux hôtel 4 étoiles, l'Amosa Centrum.

place saint-etienne-liege-2014(2).jpg  De l'autre côté de la place, l'ancien hôtel de Copis, restauré de 1997 à 2003, est devenu le siège de la société Meusinvest, qui propose des solutions de financement pour la création et la croissance des entreprises.


 

L'immeuble Baar-Lecharlier

mur maison baar lecharlier-liege-2003.jpg  Visible depuis la démolition de la galerie Gérardrie (la photo ci-dessus date de mai 2003), cet horrible mur qui fait tache dans l'aménagement de la nouvelle place est en fait à l' arrière d'un immeuble bien plus beau à regarder quand on se trouve place Saint-Denis (photo ci-dessous) :
place saint-denis_liege_2014.jpg


  Il s'agit d'un bâtiment de style Renaissance, maison canoniale construite au milieu du XVIe siècle sur les encloîtres de la collégiale Saint-Denis. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il a été le siège de la Poste impériale de et pour Cologne.

 
En 1870, le bien est vendu à la famille Baar-Lecharlier, négociants en lingerie-chemiserie-mercerie, lesquels le transforment en 1911 pour y établir les magasins et bureaux de leur firme.

 
En 1952, c'est le Grand Bazar voisin qui y installe des bureaux et un réfectoire pour le personnel.

 
Dans les années 1980, le rez-de-chaussée devient un restaurant appelé « Le Fiacre », qui fermera ses portes en 2005. Les lieux restent abandonnés jusqu'en septembre 2011, quand l'ASBL R7 y ouvre une galerie d'art, avec bar et possibilité de concerts et soirées musicales. L'établissement doit fermer en juillet 2013 à la suite de plaintes pour nuisances sonores.

 
Et actuellement ? Le bâtiment vient d'être racheté par un consortium immobilier constitué de Meusinvest, Moury Construct et François Fornieri (patron de Mithra Pharmaceuticals). Il devrait être consacré à la promotion de l’entrepreneuriat en Wallonie. Au niveau de la place Saint-Étienne, on espère la suppression du mur aveugle qui cache des éléments architecturaux anciens.

  En attendant, voici quelques vues anciennes du côté de la place Saint-Denis :

place saint-denis_liege_fin XIXe.jpgL'immeuble Baar-Lecharlier avant les transformations de 1911.

place saint-denis_marche beurre_liege_avant 1911.jpg  Le marché au beurre (et aux fromages)* se tient là depuis 1835, année où l'on installe une fontaine à l'usage des marchands.
* Ce marché s'est perpétré jusqu'aux années 1960.

place saint-denis_liege_1920.jpg▲ La place Saint-Denis dans les années 1920 ▼place saint-denis_liege_1920 (2).jpg

place saint-denis_liege_dessin tony bergmans.jpgDessin de notre ami saint-clausien Tony Bergmans.

08/11/2014

Le chantier de la gare Calatrava - Liège Guillemins

  La nouvelle gare des Guillemins, à Liège, est l’œuvre de l'architecte espagnol Santiago Calatrava Valls. Sa construction a marqué la première décennie du XXIe siècle.

1960... gare des Guillemins Liège.jpg  La gare des Guillemins précédente datait de 1958. On la voit ci-dessus dans les années 1960 et ci-dessous vers 1975 :
1975...gare des Guillemins Liège.jpg


 L'évolution du chantier de la gare Calatrava
:

 

2003-08-08 chantier gare des Guillemins Liège.jpg8 août 2003.

 

2003-12-06 chantier gare des Guillemins Liège.jpg6 décembre 2003.

 

2004-08-28 chantier gare des Guillemins Liège.jpg28 août 2004.

 

2004-10-23 chantier gare des Guillemins Liège.jpg23 octobre 2004.

2004-12-31 chantier gare des Guillemins Liège.jpg31 décembre 2004.

2005-04-30 chantier gare des Guillemins Liège.jpg30 avril 2005.

2005-06-18 chantier gare des Guillemins Liège.jpg18 juin 2005.

2006-07-01 chantier gare des Guillemins Liège.jpg1er juillet 2006.

2006-10-07 chantier gare des Guillemins Liège.jpg7 octobre 2006.

2007-06-07.jpg7 juin 2007.

2007-08-18 chantier gare des guillemins Liège.jpg18 août 2007.

2007-08-18 vieille gare des GuilleminsLiège.jpg18 août 2007.

2007-08-20 vieille gare des Guillemins Liège.jpg20 août 2007.

2007-08-30 démolition vieille gare des Guillemins Liège.jpg30 août 2007.

2007-09-22 chantier gare des Guillemins Liège.jpg22 septembre 2007.

2008-03-28 chantier gare des Guillemins Liège.jpg23 mars 2008.

2008-08-09 chantier gare des Guillemins Liège.jpg9 août 2008.

2012-08-11 chantier gare des Guillemins Liège.jpg11 août 2012.

25/09/2014

La rue et la passerelle de la Régence, l'hôtel des Postes

  Aidons-nous de cette vue (Julius Milheuser, 1649) pour vous rappeler le réseau hydrographique liégeois d'antan :
vue-liege-milheuser-1649.jpg  La Meuse, qui coule alors à l'emplacement du boulevard d'Avroy, se scinde aux abords de l'église des Augustins (1). Son cours principal préfigure le boulevard Piercot (2), tandis qu’un diverticule décrit une vaste boucle qui circonscrit le quartier de l’Isle (l’Île) ; ce bras de la Sauvenière (3), après le pont d’Île (4), se divise en de multiples ramifications, zone remplacée de nos jours par les quartiers Régence (5) et Université.

  Rapprochons-nous des lieux qui nous font l'objet de cet article :
milheuser-pont d'île liege 1649.jpg1. La collégiale Saint-Paul / 2. Le couvent des Dominicains / 3. Le pont d'Île / 4. La place aux Chevaux (future place de la République française) / 5. La place Verte / 6. La cathédrale Saint-Lambert (future place du même nom) / 7. La collégiale Saint-Denis / 8. Le bief Saint-Denis (future rue de la Régence) / 9. Le collège des Jésuites wallons (à l'emplacement de l'université de Liège).

  Voici les mêmes endroits sur un plan de 1720 (dû au jésuite Christophe Maire). Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre. Le coloriage bleu permet d'identifier le bief Saint-Denis devenu la rue de la Régence :
plan-liege-1720.jpg

place aux chevaux-liege-XVIe.jpg  Ci-dessus, le canal* de la Sauvenière et la place aux Chevaux au XVIe siècle, vus depuis le pont d'Île.
* Ce bras de la Meuse est souvent appelé « canal », dans les documents anciens, parce que son cours naturel a été rectifié et approfondi à la fin du Xe siècle, sous le règne du premier prince-évêque Notger.


  Ci-dessous, le même endroit en 1835, après voûtage des bras de la Meuse et création de la place du Spectacle (voir page consacrée au quartier de l'Opéra) :
place du theatre-liege-1850.jpg  L'immeuble de droite, sur la gravure ci-dessus, bâti en 1830 à l'angle des rues de l'Université et de la Régence, a primitivement appartenu à Dominique Avanzo, éditeur et marchand d'estampes. Ce lien mène à un plan de Liège publié par lui en 1838.

pont d'ile-liege-1820.jpg  Ce dessin du britannique George Arnald, gravé par son compatriote Samuel William Reynolds, représente le pont d'Île vers 1820, lequel ne comporte plus que trois arches sur les onze d'origine (le reste de l'ouvrage, bordé de maisons, est devenu une rue). La fontaine datant du XVIIIe siècle disparaîtra en 1848.

  Voici le même endroit en 1975 et 2014 :
pont d'ile-liege-1975.jpg

pont d'ile-liege-2014.jpg

 

pont torrent-liege-1820.jpg  Ce dessin de George Arnald, gravé par Charles Turner, représente le bief Saint-Denis avant 1825, avec le pont du Torrent. La tour dont on voit le sommet sur la gauche est celle de la collégiale Saint-Denis.

  Ci-dessous, la rue de la Régence actuelle :
rue de la regence-liege-2014.jpg


  Au début du XIXe siècle, le bief Saint-Denis, fortement réduit par les atterrissements, n'est plus qu'un cloaque infect rempli d'ordures et dégageant des odeurs malsaines*. En 1823, de nouvelles plaintes de la part des riverains poussent les autorités communales à envisager la transformation du vieux bief en canal voûté, avec l'aménagement en surface d'une nouvelle artère (il en est de même pour le bief Saint-Jean qui deviendra la rue de l'Université)**. Le chantier débute en 1825 pour se terminer en 1829, après diverses modifications apportées au projet, notamment en ce qui concerne la largeur de la voirie.
* Jusqu'au XVIIIe siècle pourtant, le courant a permis d'activer deux moulins de la collégiale Saint-Denis.
** C'est aussi l'époque où on projette la création de la rue de la Cathédrale.

 
Sous le régime hollandais, le terme « Régence » désigne l'autorité communale. La nouvelle rue porte donc le nom de l'institution politique qui l'a créée.



*  *  *  *  *

  Les cartes postales anciennes qui suivant nous montrent la rue de la Régence au début du XXe siècle. Quelques vues actuelles permettent la comparaison avec la situation actuelle :

rues regence universite-liege-debut XXe.jpg  À l'angle des rues de la Régence et de l'Université, la maison Avenzo a laissé place au magasin Mauguin.

rue regence universite-liege-2014.jpg

rue de la regence-liege-debut XXe(2).jpg

rue de la regence-liege-debut XXe(1).jpg

rue de la regence-liege-2014(2).jpg


rue de la regence-liege-debut XXe(3).jpg  À l'emplacement indiqué par la flèche, s'ouvre la rue Pont-Thomas, dénommée ainsi en souvenir d'un ancien pont sur le bief Saint-Denis.

rue de la regence-liege-la wallonie_1925.jpg  En 1922, le journal quotidien La Wallonie acquiert l'immeuble désigné par la flèche. La petite photo* montre cet immeuble en 1925, agrandi et transformé par l'architecte Jean Moutschen.
* Photo extraite du site de l'Institut liégeois d'histoire sociale.

 

rue de la regence-liege.jpg  Sur la photo de gauche (années 1940, tout début 50), le Priba est entouré des cinémas l'Américain et le Mondain.

rue de la regence-liege-tram vert.jpg  Un tram vert SNCV et un bus de la STIL au milieu des années 1960. Le cadre de cette scène est figuré en rouge sur la photo suivante :
rue de la regence-liege-2014(3).jpg


L'hôtel des Postes (ou Grand-Poste)

  Au milieu des années 1890, une série d'immeubles sont abattus à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse, ainsi que dans le quartier voisin du Chaffour*. Tous les décombres doivent être enlevés pour mai 1896, date à laquelle commence la chantier du nouvel hôtel des Postes.
* Le quartier des fours à chaux (la rue Florimont, initialement « flairmont », rappelle l'ambiance odorante de ces installations). Il s'agit à cette époque d'un quartier fort populeux et insalubre qu'il est temps d'assainir.

quai sur meuse-halle-liege-1890.jpg  Les bâtiments que l'on aperçoit dans le fond, sur ce cliché de 1890, sont ceux situés à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse. À l'avant-plan, il s'agit du marché aux légumes qui se tient là, à l'époque, tous les matins.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
grand-poste_liege_2014.jpg

 

quais sur meuse-liege-1890.jpg  Ci-dessus, les cafés et hôtels du quai sur Meuse qui ont été détruits pour permettre la construction de la Grand-Poste, que l'on voit en chantier ci-dessous :
construction grand-poste_liege.jpg

 

rue de la regence-liege-1890.jpg  Ci-dessus, le marché en 1890. À comparer avec les deux photos suivantes, prises pendant la construction de l"hôtel des Postes :
rue de la regence-liege-1900.jpg
marche-construction grand-poste_liege-1900.jpg

 

passerelle-construction grand-poste_liege_1896-1901.jpgL'hôtel des Postes inachevé, vu depuis la passerelle de la Régence.

grand-poste_liege_1905.jpg  L'hôtel des Postes tout neuf, édifié dans un style ogival XVIe siècle, selon les plans de l'architecte Edmond Jamar. Il a été inauguré le 16 décembre 1901. Les services postaux sont alors en plein essor, ce qui justifie l'ampleur du bâtiment.

grand-poste_liege_interieur 1903.jpgL'intérieur de la Grand-Poste à ses débuts.

 grand-poste_liege-halle-1901.jpg  Revenons-en au marché aux légumes. La construction que l'on aperçoit à moitié sur la droite de la vue ci-dessus, c'est la halle à la criée.

Halle quai sur meuse-liege-1901.jpg  La halle à la criée existe depuis 1868. Elle est entourée d'échoppes pittoresques, et le marché aux légumes (auxquels s'associent fruits et fleurs) s'étend aussi sur l'ensemble du quai sur Meuse et sur la place Cockerill voisine.

grand-poste_liege_debut XXe(1).jpg  La halle disparaît peu après la mise service de la Grand-Poste. Peut-être pour mieux mettre en valeur le prestigieux bâtiment que l'on vient d'ériger.

marche quai sur meuse-liege-1954.jpg  Le marché aux légumes en 1954. Les maraîchers ne quitteront cet endroit qu'en juillet 1963, quand le marché matinal s'installera à Droixhe.

grand-poste_rue de la regence_liege-annees 1960.jpgVue sur la rue de la Régence dans les années 1960.

projet_grand-poste-liege.jpg  La Grand-Poste, désaffectée depuis le début du millénaire, est actuellement au centre d'un vaste projet de réhabilitation, qui envisage l'aménagement d'une galerie commerciale au rez-de-chaussé du bâtiment existant (façades et toitures classés depuis 2002) et la construction d'un appart-hôtel à l'angle des rues de la Régence et Florimont. Le promoteur attend, pour commencer le chantier, que la Ville concrétise le parking promis sous la place Cockerill et le quai sur Meuse...

 

  La passerelle de la Régence


  Bien que le projet ait été imaginé dès 1874, il faut attendre septembre 1880* pour que cette passerelle soit terminée et ouverte aux piétons, diverses crues ayant retardé les travaux et même mis l'ouvrage en péril.
* Le 17 septembre, jour de la Saint-Lambert, patron de la ville.

 
Les Liégeois l'appellent communément « la Passerelle », mais elle porte en réalité le nom de « passerelle de la Régence », du même nom que la rue qu'elle prolonge et dont elle a d'ailleurs accéléré le développement. D'aucuns disent néanmoins « passerelle Saucy », en référence boulevard* auquel elle mène en Outremeuse.
* Ce boulevard est un ancien bief asséché en 1872-73. L'appellation « Saucy » aurait un rapport avec « saussaie », lieu planté de saules.

passerelle-liege_1880-1940.jpg  La passerelle de la Régence première du nom (1880-1940), vue d'Outremeuse. Ci-dessous, de nos jours :
passerelle-liege-2014(2).jpg

passerelle-liege-debut XXe.jpg  La passerelle vue du quai des Pêcheurs (quai Édouard Van Beneden depuis 1920), avec la Grand-Poste à l'arrière plan.

passerelle-liege_saint-pholien_1902.jpg  La passerelle vue du quai Roosevelt au tout début du XXe siècle. L'église Saint-Pholien dont on voit le clocher sur la droite sera détruite en 1910 dans le cadre d'un plan de voirie, puis remplacée par un édifice néogothique en 1914.

passerelle-liege-1901.jpg

passerelle-liege-belle_epoque.jpg  Autrefois, se faire photographier sur la passerelle, avec la Grand-Poste en toile de fond, est un événement exceptionnel. Ci-après, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2014(1).jpg

passerelle-liege-1905.jpg  Le quai des Pêcheurs en 1905 (qui deviendra le quai Van Beneden en 1920), avec l'arrêt du tram Liège-Barchon. À l'arrière-plan : la passerelle et pont des Arches.

passerelle-quai pecheurs-liege-debut XXe.jpg

passerelle-liege-escaliers-debut XXe.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle à la hauteur du boulevard Saucy, au début du XXe siècle. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2014(3).jpg

passerelle-quai sur meuse-liege-début XXe.jpgCi-dessus, le quai sur Meuse au début du XXe siècle. Ci-dessous, de nos jours :passerelle-liege-2014(4).jpg

passerelle-liege-apres 1910.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle, du côté du quai sur Meuse, avec à l'arrière-plan gauche l’église Saint-Pholien due en 1914 à l'architecte Edmond Jamar (celui de l'hôtel des Postes). Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2013.jpg

passerelle-liege-1940.jpg  Ci-dessus, la passerelle détruite en 1940. Ci-dessous, sa reconstruction après-guerre (inauguration en 1949) :
passerelle-liege-reconstruction apres guerre.jpg

passerelle_liege_après-guerre.jpgLa passerelle deuxième génération, telle qu'on la connaîtra dans les années 1950 et 60.

passerelle-quai sur meuse-liege-1962.jpg  L'accès à la passerelle du côté rive gauche en 1962. Au début des années 1970, cet accès sera modifié, avec une rampe allongée qui enjambera le quai devenu une voie rapide (situation actuelle sur la photo suivante) :
passerelle-liege-2009.jpg

document_ville de liege.jpg  Au milieu des années 1990, a lieu l'opération « Liège retrouve son fleuve ». Il s'agit de rendre aux piétons les berges de la Meuse conquises par l'automobile au cours des décennies précédentes. Le dessin ci-dessus, extrait d'une brochure de la Ville expliquant le projet, représente le quai de la Batte et le quai sur Meuse idéalisés. Un rêve non encore réalisé !

passerelle.jpg  C'est dans le cadre de cette opération, en 1994, qu'est construit ce plan incliné du côté rive droite, avec la rampe qui passe en porte-à-faux sur le fleuve.

passerelle-liege-ravel-1994.jpg  1994. L'opération « Liège retrouve son fleuve » permet le réaménagement de la promenade le long de la Meuse et la création d'un Ravel.

 

17/09/2014

Les Grands Champs de Saint-Gilles

place des grands champs-liege-2014.jpg  La place des Grands Champs de nos jours, avec dans le fond l'église romane Saint-Gilles. À gauche, le côté pair de la rue de Tilleur est situé sur le territoire de la commune de Saint-Nicolas ; à droite, le côté impair de la rue de Tilleur et celui de la rue des Grands Champs font partie de Liège.

  Voici la même perspective dans la première moitié du XXe siècle :
place des grands champs-liege-1930.jpg  Le texte de la carte postale ci-dessus est erroné, car le gibet des Grands Champs de Saint-Gilles ne s'est jamais trouvé à cet endroit. Jusqu'en 1901, c'est une grande mare appelée « le flot de Saint-Gilles » qui occupe la quasi-totalité de l’espace. Au XIXe siècle, on y puise l’eau pour alimenter les machines à vapeur de la houillère Piron située non loin de là (site dépendant du charbonnage de La Haye : voir autre note).

grands champs_saint-gilles_carte ferraris.jpg  Ce fragment de carte Ferraris* nous permet de situer avec précision l'emplacement du lieu d'exécution. De haut en bas, les flèches désignent l'abbaye de Saint-Gilles (voir autre note), la rue des Grands Champs et le fameux gibet, sis en bordure d'un sentier devenu la rue de la Justice, sur le territoire donc de la commune de Saint-Nicolas. Remarquons que toute la zone des Grands Champs n'est pas cultivée, vu l'horreur qu'inspire la potence et la présence probable de cadavres enterrés sommairement dans les alentours.
* La carte de Ferraris ou carte des Pays-Bas autrichiens est une carte historique établie entre 1770 et 1778 par le comte Joseph de Ferraris, directeur de l'école de mathématique du corps d'artillerie des Pays-Bas.

 

plan_grands champs_saint-gilles_liege_1874.jpg  Ce plan de 1874 (dressé par M. Nagant, ingénieur du charbonnage de La Haye) nous montre la rue de Tilleur (1), la rue des Grands Champs (2), la rue Ferdinand Borny (3)*, la rue Bois Saint-Gilles (4), la rue Piron (5), le site Piron du charbonnage de La Haye (6), la rue de la Justice avec l'emplacement de l'ancien gibet (7) et le cimetière de l'ermitage (8) dont nous parlerons plus loin.
* À l'époque, le boulevard Kleyer n'existe pas. Ce chemin se prolonge jusqu'au charbonnage du Bois d'Avroy, situé au sommet de la rue de Joie (dans l'actuelle rue Julien d'Andrimont, voir autre note).



* * * * *

  Aux premiers temps de la Cité de Liège, les exécutions capitales ont lieu à l’emplacement de l'actuel quartier militaire Saint-Laurent, ancienne abbaye bénédictine fondée au début du Xie siècle. C’est probablement lors de la construction de ces bâtiments monacaux que le lieu de souffrance est transféré plus haut sur la colline.

 L’existence aux Grands Champs du lieu de justice de la principauté n’est cependant attestée qu’au début du XVe siècle, dans un écrit du chroniqueur Jean de Stavelot.

 À cause des funestes installations, les Grands Champs de Saint-Gilles constituent jadis un endroit malfamé et presque désert. Le lieu est sinistre, avec des terrains laissés en friche et mal entretenus. Des brigands trouvent repaire dans les bois avoisinants et sévissent dans les chemins bordés de buissons, propices aux traquenards. Sous l’Ancien Régime, l’imagination populaire y suppose même des sabbats de sorcières. Au début du XIXe siècle encore (le régime français a pourtant mis fin aux exécutions à cet endroit), le quartier n’est fréquenté que si la nécessité l’exige ; s’il s’urbanise par la suite, c’est grâce au développement de la houillère Piron.

 Revenons-en au gibet. Haut de quatre mètres cinquante environ, il est composé de trois colonnes de pierre disposées en triangle, et les poutres qu’elles supportent permettent neuf pendaisons simultanées. Les bourreaux procèdent aussi à d’autres châtiments : la décapitation, le bûcher et le supplice de la roue.

  On n’exécute à Saint-Gilles que les malfaiteurs non citoyens liégeois. Les citadins subissent leur peine sur la place du Marché, ou sur les degrés de la cathédrale Saint-Lambert s’ils sont de condition sociale élevée.

gibet_saint-gilles_liege-1786.jpgLa gravure ci-dessus est extraite de « La vie de Jacques Pierlot » (Liège, 1786), ouvrage qui raconte « la dégradation et le supplice » d’un prêtre d’origine verviétoise, que les dettes de jeu ont poussé au vol puis au meurtre.

 

 Les condamnés en provenance de l’Official*, quand ils arrivent en charrettes au sommet de la colline Saint-Gilles, sont conduits à la potence par un petit chemin dit des « Patients » (du latin « patiens », « qui souffre »). Situé du côté des prairies surplombant le Laveu, cet itinéraire les fait passer à l’arrière de l’abbaye pour les empêcher d’y demander le droit d’asile.
* Situé au centre de Liège sur le site de l’actuel îlot Saint-Michel, le bâtiment de l’Official, sous l’Ancien Régime, abrite une cour de justice ecclésiastique, avec cachots et salle de torture.

ruelle des patients_saint-gilles_liege_fin XIXe.jpg  Le dessin ci-dessus représente le chemin des Patients à la fin du XIXe siècle. Les bâtiments attenant à l’église Saint-Gilles constituent les derniers souvenirs d'une ancienne abbaye. La tradition désigne la maison haute et étroite, aujourd’hui disparue, comme celle du cloutier, mais aussi du bourreau.

 
Ci-dessous, le même endroit au début des années 1950 (en 1967, le chemin et les prairies à l'avant-plan feront place en 1967 au boulevard Louis Hillier, jonction entre les boulevards Gustave Kleyer et Sainte-Beuve) :
eglise saint-gilles_liege_1950.jpg


* * * * *

 

rue de la justice_saint-nicolas_1950.jpg

rue de la justice_saint-nicolas_1949.jpg  Ces deux photos présentent la rue de la Justice en 1949-50. Les bâtiments au-dessus à gauche de la pente sont des vetiges du charbonnage Piron, fermé en 1930.

  À l'époque du gibet, ce tronçon en pente s’appelle le chemin des Suppliciés. C’est par là que des religieux emportent les supliciés au cimetière de l’ermitage de Tilleur*, sur le Vieux Thier (voir carte au début de cet article), où ils les enterrent après avoir leur avoir assuré des obsèques chrétiennes. Une expression wallonne provient de ces temps anciens : « Vas ti fé pinde à Sint-Djîle, t’ârès t’messe payèye » (« Va te faire pendre à Saint-Gilles, tu auras ta messe payée »). La première partie de la locution, utilisée seule, est restée pour éconduire un importun.
* Cette petite communauté de moines reclus est déjà citée au milieu du XIVe siècle.

 

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Morgue de l'ermitage, où l'on dépose les corps avant leur inhumation.

 
  Au XVIIIe siècle, l'ermitage compte trois maisons abritant les desservants du cimetière. De ces temps lointains, ne subsiste qu'une croix en pierre qu'on a plantée au sommet à droite de la partie champêtre du Vieux Thier (photo ci-dessous) :
croix_ermitage_vieux thier_saint-nicolas_2014.jpg

  Cette croix, qu'on surnomme la « croix des pendus », portait cette inscription aujourd'hui effacée par le temps : « Très-noble et Rd Seigneur Philippe baron d'Eynatten de This, abbé de St-Gilles, a accordé cette place à la compagnie des pauvres prisonniers pour sépulture aux suppliciés, bénite l'an 1701 du temps-Thonnart et d'Engis. M.R.T.I.5 ».              

croix_ermitage_tilleur_1701.jpg

histoire de liège,saint-gilles,grands champs,tilleur,vieux thier,gibet,rue de la justice,chemin des patients,ermitage de tilleur,croix des pendusLa flèche désigne l'emplacement de la croix des pendus, dissimulée dans la végétation du Vieux Thier.

emplacement vieil ermitage vieux thier.jpg  Sur cette vue aérienne, on découvre la configuration actuelle des lieux, avec la rue du Vieux Thier (1) et l'endroit où se trouvait l'ermitage (2). Le paysage a été bouleversé, de 1923 à 1930, lors de la création de la ligne de chemin de fer, chantier qui a nécessité le percement d'un tunnel sous la colline.


 Terminons par ces deux vues de la rue des Grands Champs, dans un sens puis dans l'autre, au début des années 1950 :
rue des grands champs-liege-annees 1950.jpg

rue des grands champs-liege-1954.jpg

 

 

Ouvrages de référence :

André DE BRUYN, Histoire des rues et des lieux-dits de la commune de Saint-Nicolas, éditions Dricot, Liège, 1987.

Pol SCHURGERS, La justice aux Grands Champs de Saint-Gilles (fascicule dactylopgraphié).

Jean BROSE, Les Grands Champs de Saint-Gilles, revue « Si Liège m'était conté », n°62, 1977.

Claude WARZÉE, Liège autrefois, les quartiers et leur histoire : Cointe, Haut-Laveu, Saint-Gilles, Burenville, éditions Noir Dessin, Liège, 2013
.

07/09/2014

Hocheporte

hocheporte-liege-2013.jpgLe carrefour de Hocheporte en août 2013, et ci-dessous dans l'autre sens en 2014 :hocheporte-liege-2014b.jpg

  Ce quartier tient son nom d'une ancienne porte fortifiée établie dans les murailles construites au début du XIIIe siècle. Murailles que nous rappelle aussi la rue des Remparts.

  Le nom « Hocheporte » proviendrait d'un propriétaire local nommé Hacar. Au XIIIe siècle, on trouve en effet l'appellation « Hacarporte » (puis « Hachaporte » au XVe et « Hochaporte » au XVIIIe).

  Situons cette porte sur la vue ci-dessous, due à Julius Milheuser en 1649 :
liege_milheuser_1649.jpgIdentifions les églises Saint-Martin (1) et Saint-Séverin (2). À cette époque, la rue d'Agimont* (3) se situe dans le prolongement de la rue Fond Saint-Servais (4), près du couvent Sainte-Claire** (5). Au sommet de la rue Hocheporte (6), s'ouvre l'arcade fortifiée (7), comprise dans la muraille entre le collège des jésuites anglais (8) et le bastion du Saint-Esprit*** (9). Au-delà du rempart, commence le faubourg Hocheporte **** (10).
* Du nom, sans certitude, d'un ancien propriétaire local (« Agiermont » au XIIIe siècle).
** Voir autre note.
*** Fortification réédifiée au début du XVIIe siècle au sommet de l'actuelle rue Mississipi, sous la magistrature du bourgmestre Philippe du Saint-Esprit (surnom de Philippe le Rousseau).
**** Un faubourg est au départ un quartier en dehors du bourg, au-delà donc des murailles.

 

Recherchons les mêmes lieux sur ces deux autres plans, le premier de 1720, le second de 1810
(cliquer dessus permet de les agrandir) :
plan_liege_maire_1720.jpg

plan_1810.jpg

  La Hocheporte d'antan est détruite en 1821, sous le régime hollandais, et ses matériaux servent à la reconstruction de la citadelle sur les hauteurs de Sainte-Walburge. On réédifie toutefois une arcade en 1824 ; il ne s'agit dès lors plus d'un ouvrage monumental, mais d'une simple voûte en briques sans caractère, qu'on décidera de démolir en 1852 et dont les derniers vestiges ne seront enlevés qu'en 1886
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hocheporte-liege-ruines-fin XIXe.jpg  Ci-dessus, les ruines de la porte après 1852 (dessin d'Alfred Ista). La tour carrée, sur la droite, est celle d'une maison de la rue Hocheporte, dans sa partie jadis située à l'extérieur de l’enceinte fortifiée.

  Sur le dessin qui suit (œuvre d'Adolphe Dubois), on découvre précisément cette partie supérieure de la rue Hocheporte en 1880. On y retrouve la maison avec la tour carrée (qui a perdu sa toiture pyramidale) :
rue hocheporte-liege-1880.jpg  Tour carrée toujours existante, comme le montre cette photo actuelle de la rue Hocheporte (vue dans l'autre sens par rapport au dessin qui précède) :
rue hocheporte-liege-google maps-2013.jpg

  Mais revenons-en aux anciennes murailles. Voici ce qui subsiste du bastion du Saint-Esprit au XIXe siècle (œuvre de G.F Sargent, peintre et dessinateur anglais actif dans les années 1830 à 1870), avec la rue des Remparts à l'emplacement de l'ancien chemin de ronde :
bastion saint-esprit-hocheporte-liege-XIXe.jpg

remparts-hocheporte-mississipi-liege-2014.jpg  Ci-dessus, l'état actuel du rempart à l'angle des rues Mississipi* et Louis Fraigneux**.
* L'emplacement de cette rue servait autrefois de fossé à la muraille. L'appellation « Mississipi » remonte au XVIIIe siècle, probablement à cause de l'engouement que suscitait alors l'exploration du Nouveau Monde.
** Louis Fraigneux (1863-1938), échevin liégeois et conseiller provincial.

remparts-mississipi-liege-2014.jpg  Cette haute muraille, composée de briques et de boutisses en pierre de taille, est donc une section des anciens remparts de la ville. Dès le XVIIIe siècle, des parcelles de terrain situées à son sommet sont données en location à des particuliers. Avec la vente de ces biens au cours du XIXe siècle, l'ancien chemin de ronde est transformé en voie publique, la Ville prenant à sa charge l'amélioration des escaliers qui y mènent et la consolidation des vieux murs.

hocheporte-liege-1885.jpg  Hocheporte avant le percement de la rue de l'Académie, baptisée ainsi en 1886. Ci-dessous, le même endroit de nos jours (repérons-nous grâce au mur désigné par la flèche) :
hocheporte-liege-gare des bus-2014.jpg  L'endroit marqué d'une flèche sur la photo ci-dessus, le voici en plan plus rapproché, avec l'entrée, rue Hocheporte, des escaliers de la rue des Remparts :
rue des remparts-hocheporte-liege-2014.jpg



*  *  *  *  *

rues hocheporte et academie-liege-2014.jpg  Le building a été bâti à l'angle de la rue Hocheporte (tronçon supérieur) et de la voie rapide qui relie la Cadran à Fontainebleau. Autrefois, dans le cadre rouge, se trouvait le bâtiment représenté sur le dessin qui suit, réalisé par Joseph Vuidar en 1888 :
auberge du soleil-hocheporte-liege-1888.jpg  Il s'agit de l'auberge du soleil, datant du XVIIe siècle (la façade porte d'ailleurs une enseigne en pierre sculptée représentant l'astre). L'auberge dite aussi « du bon logis », où les voyageurs attardés logeaient en attendant l'ouverture de la Hocheporte (dixit Théodore Gobert).

maison magnery-hocheporte-liege.jpg  Le même bâtiment à l'aube du XXe siècle. Il est devenu la Maison Magnery, du nom du propriétaire, négociant en graines potagères et fourragères.

maison magnery-hocheporte-liege-1922.jpg  La Maison Magnery en 1922. Les arbres sont ceux de la Place Hocheporte, baptisée ainsi en 1910 au pied de la Montagne Sainte-Walburge.

hocheporte-liege-1944.jpg  Le 7 septembre 1944, afin de retarder l'arrivée des troupes américaines, les Allemands font exploser des chenillettes remplies d'explosifs aux carrefours de Fontainebleau, de Hocheporte et du Cadran. La photo ci-dessus montre les dégâts occasionnés à Hocheporte, au sommet de la rue de l'Académie (dans le fond, on aperçoit le musée des Beaux-Arts, logé à l'époque dans une annexe de l'académie royale du même nom).

maison magnery-hocheporte-liege-1944.jpg  Fissurée et instable à la suite de l'explosion de septembre 1944, la grainerie Magnery devra être détruite.

 

Hocheporte avant 1944.jpg  Ci-dessus, le carrefour de Hocheporte avant 1944. Ci-dessous, le même endroit dans les années 1950 : la Maison Magnery a été remplacée par une station-service :
hocheporte-liege-annees 1950.jpg

 

tram-hocheporte-liege-debut annees 1960.jpg  Ci-dessus, au début des années 1960. Ci-dessous, en 2013 :carrefour hocheporte-liege-2013.jpg


*  *  *  *  *


  C'est dès la fin des années 1970 que le quartier connaît d'importantes transformations qui vont peu à peu aboutir à la configuration actuelle des lieux.

hocheporte-liege-debut annees 1970.jpg  Le carrefour et la place Hocheporte au début des années 1970. J'ai habité au bas de la Montagne Sainte-Walburge, en face de l'hôpital des Anglais (1), de 1964 à 1971. L'école communale (2) date de la fin du XIXe siècle. Je pense que les palissades, à l'angle de la place et de la rue de l'Académie (3), cachent toujours le terrain vague dû à l'explosion de 1944 !

hocheporte-liege-chantier 1979.jpgLe carrefour de Hocheporte en 1979, après la disparition de la station-service.

rue hocheporte-liege-1979.jpg  La partie supérieure de la rue Hocheporte en 1979. Le terrain vague et ses abords ont laissé place à tout un réseau routier (voir photo suivante) :
hocheporte-liege-2014c.jpg

hocheporte-liege-chantier 1983.jpgLe chantier du carrefour Hocheporte en 1983. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :hocheporte-liege-2014.jpg

  Les deux photos qui suivent datent du début des années 1980 ; elles montrent le chantier du côté de la rue de l'Académie, dont il ne subsiste que les immeubles du côté gauche, ceux de droite ayant été démolis (y compris le musée des Beaux-Arts) afin de percer là une voie rapide reliant le Cadran à Fontainebleau :
chantier rue academie-liege-debut annees 1980 (1).jpg

chantier rue academie-liege-debut annees 1980 (2).jpg

rue de l'academie-liege-2006.jpg  La rue de l'Académie en 2006, pendant la construction des « Jardins de l'Académie », complexe de trois immeubles de prestige à usage mixte (bureaux et logements) (architecte : AST Claude Strebelle).

place hocheporte-liege-2006.jpg  Place Hocheporte, la façade de l'ancienne école communale a été conservée et intégrée dans le nouveau complexe.

 

hocheporte et rue de l'academie-liege-2014.jpg  Hocheporte et les jardins de l'Académie. Dans le cadre rouge, se trouvait autrefois cette rangée d'immeubles, dont le musée des Beaux-Arts :
rue de l'academie-liege.jpg

 

20/08/2014

Les boulevards des hauteurs occidentales

  Gustave Kleyer, bourgmestre libéral de Liège de 1900 à 1921 (médaillon ci-contre), et Albert Mahiels, ingénieur de la Ville, rêvent d’un « boulevard de circonvallation » qui serpenterait sur les hauteurs occidentales de la rive gauche, de Cointe au Thier-à-Liège.

 Le premier tronçon, de la place du Batty à la rue Bois l’Évêque, est mis en oeuvre dès 1903, dans la perspective de l’Exposition universelle prévue pour 1905.
La nouvelle voirie (qui sera prolongée jusqu’à la rue des Wallons de 1904 à 1907, puis jusqu’à la rue Henri Maus en 1908-1909) est voulue par ses concepteurs comme une magnifique promenade permettant d’admirer le panorama de la ville et de la vallée de la Meuse.

  Le boulevard de Cointe, comme on l’appelle initialement, sera rebaptisé boulevard Gustave Kleyer en 1921, du nom de l’initiateur principal du projet, contraint cette année-là de renoncer à son mandat maïoral pour cause de cécité.
 

gustave_kleyer_liege.jpg

futur boulevard Kleyer-sentier 1900-liege cointe.jpg  Quelques personnalités, en 1900, probablement en repérage sur le sentier qui deviendra le boulevard de Cointe (futur boulevard Kleyer).

 liege_cointe-percement boulevard Kleyer-1903.jpgLe chantier du boulevard de Cointe en 1903. Les travaux de terrassement sont confiés à l’entreprise liégeoise Reynartz-Riguel.

prince albert-cointe liege-1903.jpgLe 23 juillet 1903, le prince Albert (le futur roi Albert 1er), accompagné de ministres et de l’édilité liégeoise, visite le chantier du boulevard.

plan_exposition-1905_liege.jpg  Ci-dessus, le plan du site cointois de l'Exposition universelle de 1905*, traversé par le nouveau boulevard.
* Cette sompteuse manifestation est principalement implantée aux Vennes-Fétinne et sur l’île de la Boverie, mais c’est le lieu-dit du Champ des Oiseaux, dans « l’élégante oasis de Cointe », qui a été retenu pour les activités agricoles et les festivités de grand air.

palais_horticulture_cointe-liege-expo 1905.jpg  L’annexe cointoise de l’Exposition comporte le palais de l’Horticulture belge, immense hall dans un environnement de serres, parterres, jardins et potagers.

 À proximité, un vaste terrain baptisé « plaine des Sports » est destiné aux fêtes de gymnastique, aux épreuves hippiques, aux lâchers de pigeons ou aux concours d’aérostats. Les alentours sont agrémentés d’un magnifique parc conçu par l’architecte de jardin Louis Van der Swaelmen, créateur aussi du jardin d’Acclimatation.

pensionnat-cointe-site expo 1905.jpg  Le site de l'Exposition universelle abandonné après la clôture de l'événement. À l'avant-plan, c'est le verger du couvent-pensionnat des Filles de la Croix. Sur la droite, on aperçoit le boulevard de Cointe.

parc public_cointe-liege-1907.jpg  Comme prévu avant l'Exposition de 1905, le site devient un parc public (la carte postale ci-dessus a été postée en 1907).

place du baty-cointe liege-1921.jpg  Le départ du boulevard Kleyer, place du Batty à Cointe (vu l'utilisation du nom « Kleyer », cette carte postale date au moins de 1921).

 

boulevard_cointe-parc-villa_de_laminne.jpg  Le premier tronçon du boulevard de Cointe, de la plaine des sports à la rue Bois l’Évêque, est essentiellement boisé, avec des sentiers de promenade. Plus loin ont été autorisées des « habitations éparses ne constituant pas d’agglomération ».

boulevard kleyer-villa bertrand-liege.jpg  Le boulevard Kleyer à la hauteur de la rue des Bruyères. La villa Bertrand, propriété d’un riche commerçant, a été démolie en 1967 après avoir servi de décor au tournage d’un film (« L’inconnu de Shandigor », réalisé par le Suisse Jean-Louis Roy, interprété entre autres par Marie-France Boyer, Jacques Dufilho et Serge Gainsbourg) ; c’est un supermarché GB qui s’est ouvert à cet endroit en septembre 1969.

bois avroy-liege-fin annees 1950.jpg  Le Bois d'Avroy à la fin des années 1950. Les flèches représentent le tracé du boulevard Gustave Kleyer. Dans le cercle, ce sont les bâtiments d'un charbonnage abandonné depuis 1939 (voir cet autre article).

vue aerienne-laveu saint-gilles_liege_1947.jpg  La vue aérienne ci-dessus date de 1947. Le boulevard Kleyer (flèches rouges), qui s'arrête à la rue rue Henri Maus (flèches bleues), ne sera prolongé par le boulevard Louis Hillier que vingt ans plus tard. Le terril que l'on voit au milieu de la photo appartient à la houillère de La Haye. Fermé depuis 1934, ce charbonnage était situé au sommet de la rue Saint-Gilles, là où se dresse actuellement un complexe de buildings (voir autre article).

 

maisons_liegeoises-liege-1921.jpg  Ces immeubles ont été construits par la Maison liégeoises en 1920-21. Celui de droite se trouve à l'angle du boulevard Kleyer et de la rue Henri Maus*.
* Voie très ancienne appelée initialement rue du Haut-Laveu, la rue Henri Maus porte depuis 1889 le nom du célèbre ingénieur belge qui a conçu le plan incliné assurant la jonction ferroviaire entre la gare d’Ans et la gare des Guillemins.

 

eglise_abbaye_saint-gilles-liege-1949.jpg  L’église Saint-Gilles en 1949, à proximité des anciens bâtiments monacaux qui seront détruits dans la décennie suivante. Les pavés, à l’avant-plan, sont ceux de la rue Henri Maus en provenance du Laveu. Le photographe se tient dos au boulevard Kleyer, avec face à lui les terrains vagues et prairies où s’ouvre de nos jours le boulevard Louis Hillier.

 

percement boulevard hillier-liege_saint-gilles_1967.jpg  Le boulevard Louis Hillier* est percé en 1967 à travers les terrains qui longent le cimetière Saint-Gilles. Dans le fond de la photo ci-dessus, on aperçoit les bâtiments de l'école communale André Bensberg (bâtie à la fin des années 1930 sur les plans de l’architecte liégeois Jean Moutschen (1907-1965).
* Louis Hillier est le compositeur, en 1901, du « Tchant dès Walons », l’hymne de la région wallonne de Belgique, dont les paroles en wallon liégeois ont été écrites par Théophile Bovy.

 

boulevard sainte-beuve-liege_saint-gilles-1967.jpg  Cette photo date aussi de 1967, lors du percement du boulevard Hillier. La nouvelle artère met enfin le boulevard Kleyer avec le boulevard Sainte-Beuve* ouvert depuis 1954.
* Célèbre écrivain français, Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869) a été professeur de littérature à l’université de Liège pendant l’année académique 1848-1849. Le boulevard commémore son passage dans notre cité.

 

percement boulevard hillier_liege_saint-gilles-1967.jpg  Le percement du boulevard Hillier a nécessité l'expropriation de plusieurs immeubles de la rue Saint-Gilles.

 

plateau saint-gilles_liege-1968.jpg  Avril 1968. Le boulevard Kleyer (en bas à gauche) se prolonge désormais par le boulevard Hillier (au centre de la photo). Sur la droite, le terrain vague est ce qui reste de l'ancien terril de coteau. À proximité du virage en épingle à cheveux de la rue Henri Maus, la firme immobilière Amelincks a commencé la construction de la résidence « Plein Vent », à l'emplacement de l'ancien charbonnage de La Haye.

 

boulevard hillier-liege-1969.jpgLe boulevard Hillier tout neuf, avec les abords de l’église Saint-Gilles non encore aménagés.

 

boulevard sainte-beuve-liege-fin annees 1950.jpgLa rue Saint-Laurent à sa jonction avec le boulevard Sainte-Beuve, à la fin des années 1950.

 

boulevard sainte-beuve-lmiege-1962.jpg  En 1962, le boulevard Sainte-Beuve est prolongé au-delà de la rue du Snapeux (le pointillé)*.
* Ce nom de rue a une origine incertaine. Certains lui trouvent une origine latine (« sinapis », « snapetum ») qui évoquerait la présence ancienne de champs de moutarde. D’autres envisagent le patronyme d’une famille ayant vécu jadis à cet endroit.

boulevard sainte-beuve_place saint-nicolas_liege-1962.jpg  Le boulevard Sainte-Beuve est ainsi prolongé jusqu'à la place Sainte-Nicolas, à la limite entre Burenville et Saint-Nicolas. Les immeubles à appartements que l'on voit à l'arrière-plan sont des logements sociaux construits par la Maison liégeoise à la fin des années 1950.


  Au début des années 1960, le réseau autoroutier se développe considérablement autour de Liège. L'automobile est reine, et il est jugé essentiel que des voies rapides de pénétration accèdent jusqu'au cœur même de la ville.

  Depuis l’échangeur de Loncin, une liaison est prévue jusqu’au boulevard d’Avroy via Burenville, le Bas-Laveu et les Guillemins (la future A602). Une autre, au départ de Burenville, doit accéder à la place Saint-Lambert via Fontainebleau, Hocheporte et le Cadran. Ces projets vont nécessiter de nombreuses expropriations, un bouleversement total de l’habitat et de l’infrastructure routière.

  Il est loin, le rêve de Gustave Kleyer, de concevoir un boulevard périphérique de Cointe à Sainte-Walburge et au Thier-à-Liège. Désormais, depuis les hauteurs de Burenville en pleine métamorphose, ce sont les autouroutes urbaines qui dévalent dans la cuvette liégeoise.

burenville-liege-1962.jpg  À Burenville, au départ du boulevard Sainte-Beuve, on aménage dès 1962 le boulevard Carton de Wiart (1)* et l’avenue Olympe Gilbart (2)**, voiries baptisées ainsi en 1963, points de départ en direction de la future autoroute A602 et de la voie rapide descendant vers Fontainebleau. À droite, derrière la rue du Calvaire (3), se dresse le terril de l’Aumonier (4)***, vestige d'un charbonnage fermé en 1956 (dont les puits se trouvaient à l'emplacement de l'actuel garage Renault-Neri).
* Homme politique et écrivain, le comte Henry Carton de Wiart (1869-1951) est l’auteur du roman historique « La Cité ardente », qui raconte le sac et l’incendie de la ville de Liège, en 1468, par les hordes bourguignonnes de Charles le Téméraire.
** Le Liégeois Olympe Gilbart (1874-1958), docteur en philologie romane, a été professeur à l’université, militant wallon, rédacteur en chef au journal « La Meuse » et plusieurs fois échevin, notamment de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
*** On utilise parfois l’orthographe « aumônier » par analogie au mot qui désigne un ecclésiastique s’occupant d’une communauté. Normalement, dans le cas qui nous concerne, la graphie ne devrait pas comporter d’accent circonflexe. Le vocable, en effet, n’a rien de religieux, il dérive du wallon « åmonî », qui désigne un framboisier, arbuste autrefois caractéristique du lieu.

  Retrouvez les numéros de la photo précédente sur la vue aérienne ci-dessous, qui présente la configuration actuelle des lieux :
burenville-liege-2014.jpg

 

burenville-liege-1966.jpg  Des expropriations, dès 1956, préparent l’aspect de ce coin de Burenville. L'avenue Émile Jennissen (1)* est créée en 1958, perpendiculairement à la rue Burenville, et les deux voiries sont bordées de logements sociaux (2). L’avenue Olympe Gilbart (3) est inaugurée en 1963, traversant d’anciens terrains maraîchers qui s’étendaient jusqu’au pied du terril de l’Aumonier. L’église Saint-Hubert (4) est bâtie en 1962 dans un style résolument moderne ; cet édifice en béton est l’œuvre de l’architecte liégeois Robert Toussaint (1900-1975), qui a aussi construit l’église Saint-Vincent de Fétinne au début de sa carrière en 1930.
* Émile Jennissen (1882-1949), politicien liégeois ardent défenseur de sa ville et du pays wallon.

avenue_jennissen-burenville-liege-2013.jpg  Ci-dessus, la courte avenue Jennissen en 1966. En bordure de l’avenue Olympe Gilbart, le terril de l’Aumonier, déjà raboté, va bientôt disparaître pour faire place dès 1970 à de nouveaux logements sociaux de la Maison liégeoise. Ci-dessous, le même endroit en 2013 :
avenue_jennissen-burenville-liege-1966.jpg

 

terril_aumonier_burenville_1963.jpg  Ci-dessus, la rue du Calvaire et ce qui reste du terril de l’Aumonier en 1963, au début de la construction des immeubles sociaux du boulevard Carton de Wiart.

plan-logements sociaux-burenville.jpg  Au début des années 1960, la Maison liégeoise entamera la construction, le long du nouveau boulevard Sainte-Beuve, de toute une cité de blocs à appartements sociaux. Ci-dessus, le projet imaginé par l'architecte Jacquet.

  Ci-dessous, le chantier entamé en 1963 :
chantier-logements sociaux-burenville-1963.jpg
 
  Vue aérienne de Burenville entre 1964 et 1968 :
vue aerienne burenville 1964-68.jpg


  Dans le courant des années 1970, la cité sociale s’étendra dans le tronçon du boulevard plus proche de Saint-Gilles :
logements sociaux-burenville-annees 1970.jpg

 

avenue_olympe_gilbart-burenville-1965.jpg  Revenons-en (photo ci-dessus) à l’avenue Olympe Gilbart, dont voici l'extrémité vers 1965, à sa jonction avec la rue Burenville qui s’étend de part et d’autre du carrefour. Cet endroit n’existe plus, remplacé par un pont franchissant l’autoroute, comme le montre la photo ci-dessous :
pont_autoroute_burenville-2013.jpg

rue burenville-liege-1966.jpg  Le bas de la rue Burenville au milieu des années 1960. Ce qu’il en subsistera, après que le chantier de l’autoroute ait coupé le quartier en deux, prendra le nom de rue de Mons. Le choix de cette appellation, dans ce quartier qui a connu une forte activité minière, est un clin d’œil des Liégeois à leurs amis hennuyers et à leurs charbonnages.

avenue olympe gilbart-burenville-liege-1966.jpg   On retrouve, sur cette vue prise en 1966 depuis le terril de l’Aumonier, l’extrémité de l’avenue Olympe Gilbart (1) telle qu'on l'a vue trois photos plus haut. Les immeubles sociaux datant de 1958 attendent d’être expropriés pour les besoins de la future A602. De l’autre côté du carrefour, une voie qui restera tout un temps sans appellation officielle (2) a été ouverte pour rejoindre la rue Bagolet (nom d’origine inconnue).

rue sans nom-burenville-liege-1966.jpg   Le même endroit que sur la photo précédente, mais dans l’autre sens, avec dans le fond le flanc boisé du terril de l’Aumonier. À droite, c’est le sommet de la rue Bois Gotha dont tout un côté de la chaussée a été démoli lors de l’aménagement de la « rue sans nom » mise en valeur à l’avant-plan.

  Ci-dessous, le même endroit au début des années 1970, avec le pont de l'autoroute enjambant l'A602. La « rue sans nom » a été baptisée la rue Jules Delaminne, du nom du chevalier Jules de Laminne (1876-1957), docteur en droit et pionnier liégeois de l’aviation :
pont_autoroute-burenville-lliege-debut annees 1970.jpg

 

chantier autoroute A602 burenville-liege-1967.jpg   Le chantier de l'autoroute A602 en 1967. Le bas de la rue Bois Gotha a survécu, mais le haut a été totalement détruit, de même qu’une partie de la rue Burenville. Les remblais proviennent du terril de l’Aumonier, que l’on voit diminué, ainsi que d’autres à proximité, comme ceux de la rue en Bois et de Glain.

   Ci-dessous, la démolition en 1967 de la partie supérieure de la rue Bois Gotha :
demolition rue bois gotha-burenville-1967.jpg

construction-A602-burenville-liege-1968.jpg  L’autoroute A602 en cours de terrassement à la fin de l’année 1968. Derrière le bulldozer, on reconnaît le chevet de l’église Saint-Hubert érigée six ans plus tôt. Dans le fond, près du terril fortement arasé, se distingue l’ébauche du pont de Burenville, qui permet à la rue Jules de Laminne de franchir la tranchée autoroutière.

   Ci-dessous, la même perspective de nos jours :
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24/07/2014

MERCI

Un grand merci à tous pour vos commentaires sur mes différents blogs.

10:44 Écrit par Claude WARZÉE dans Coups de cœur | Commentaires (6) |  Facebook |