23/08/2015

Les bouleversements urbanistiques dans le Bas-Laveu à la fin du XXe siècle (descente autoroutière A602 et liaison E40-E25)

autoroute A602 1970.jpg  À la fin des années 1960, l'autoroute A602 a atteint les quartiers de Burenville (voir autre article) et de Saint-Laurent. Elle va bientôt se prolonger vers le Bas-Laveu et les Guillemins.

plan laveu liege annees 1960.jpg  Ce plan des années 1960 (cliquez dessus pour l'agrandir), permet de situer la zone géographique dont il va être question.

bas-laveu liege avant autoroute A602.jpg  Voici le Laveu au pied de la rue Henri Maus, au niveau de la rue d'Omalius et d'un tronçon de la rue Saint-Gilles. D'importantes démolitions ont eu lieu en prévision du passage de l'autoroute, laquelle surplombera les voies ferrées et nécessitera un réaménagement des abords. Le tracé rouge délimite l'emplacement de la photo actuelle qui suit :
bas-laveu liege 2015.jpg

rue saint-gilles liege 1969 (1).jpg  Ci-dessus, le viaduc ferroviaire au niveau de la rue Saint-Gilles. La photo a été prise en 1969, juste avant les destructions préparatoires à la construction de l'A602. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
rue saint-gilles liege laveu 2015.jpg

rue henri maus liege 1969.jpg  Ci-dessus, le bas de la rue Henri Maus (côté pair) en 1969, accolé à un autre viaduc du chemin de fer. Ci-dessous, la situation actuelle avec une zone verte en remplacement de la série de maisons :
rue henri maus laveu liege 2015.jpg

autoroute A602 laveu liege 1973.jpg  En 1973, l'autoroute s'arrête au Bas-Laveu, avec une rampe de sortie en direction de la place des Wallons ou du tunnel Sainte-Marie qui débouche sur le boulevard d'Avroy*. Son tracé principal est interrompu en attente de solution définitive concernant sa liaison avec la E25. Pendant plus d'une décennie, on ironisera sur la « piste de ski », ce tronçon d’autoroute urbaine sur colonnes, surplombant les voies de chemin de fer et n’aboutissant que dans le vide !
* L’administration des routes a même envisagé de faire passer l’autoroute sous le parc d’Avroy, mais de nombreuses protestations ont provoqué l’abandon du projet.

place des wallons laveu liege 2015.jpg  Ci-dessus, la « place » des Wallons actuelle, où aboutit la sortie autoroutière. Ci-dessous, le même endroit à la fin des années 1960, avant que le paysage urbain ne soit bouleversé par le chantier de l'A602 :
place des wallons laveu liege annees 1960 (1).jpg

 

  Aux origines de la place des Wallons

 
Au milieu du XIXe siècle, le Laveu* est champêtre, composé de terrains vagues ou cultivés. En terme de voirie, il n'est sillonné que par d'étroits sentiers tortueux bordés de haies.
* « Laveu » est la forme wallonne de « lavoir ». L'endroit n'a pas été habité autrefois par des blanchisseuses, comme on le raconte parfois ; il doit son appellation à l'importante famille des Lavoir, citée dès le XIVe siècle et qui possédait là une prestigieuse résidence d'été.

 
En 1865, plusieurs propriétaires cèdent des terrains à la Ville pour qu'on y aménage quelques rues dignes de ce nom. Parmi elles, figure la future rue des Wallons (elle recevra ce nom en mai 1873), qui s'arrête alors à la rue Jacob Mackoy. Elle attendra 1891-92 pour être prolongée jusqu'au Bois d'Avroy, au sommet de la rue de Joie.

 C'est depuis octobre 1900, que le carrefour des rues du Laveu, des Wallons et des Éburons s'appelle officiellement la place des Wallons.

place des wallons laveu liege 1913.jpg  La place des Wallons sur une carte postée en 1913. L'année suivante, sera prise la décision de modifier le viaduc ferroviaire, jugé trop étroit. Interrompu par la guerre, le projet ne sera réalisé qu'en 1926.
 

bus 20 laveu liege 1930.jpg  Un trolleybus n° 20 (Cointe-centre ville) à l'arrêt de la place des Wallons dans les années 1930, avec vue sur le viaduc élargi.

place des wallons laveu liege annees 1960 (2).jpg                            La place des Wallons à la fin des années 1960 ▲ et de nos jours ▼
rue des wallons laveu liege 2015.jpg  La flèche rouge, ci-dessus, indique l'emplacement où se trouvaient les immeubles que l'on voit sur la photo qui suit (côté impair de l'ancienne place des Wallons en 1968, du viaduc à la rue des Éburons) :
place des wallons laveu liege annees 1960 (3).jpg

place des wallons laveu liege fin annees 1960 (2).jpgLa place des Wallons à la fin des années 1960.

bus 20  laveu liege 1968.jpgFévrier 1968 : un trolleybus n° 20 quitte la place des Wallons pour s'engager dans la rue des Éburons.

place des Wallons liege vers 1970.jpg  À l'époque, passer sous le viaduc permet d'accéder à la rue de Sluse, telle qu'on la voit sur la photo qui suit :
rue de  sluse liege 1969.jpg

rue de sluse liege 2015.jpg  Depuis les aménagements autoroutiers, la rue de Sluse a bien changé. Tous les immeubles visibles sur la photo précédente ont disparu !

place des wallons rue du laveu liege avant 1970.jpg  Cette photo de la place des Wallons a été prise à l’extrême fin des années 1960. Elle montre les immeubles situés entre la rue des Wallons (qu'on ne voit pas à gauche) et la rue du Laveu (à droite). Ces immeubles, on les retrouve sur la photo qui suit, présentant la situation actuelle :
place des wallons rue du laveu liege 2015.jpg

place des wallons laveu liege fin annees 1960 (3).jpg  Ci-dessus, la place des Wallons vue depuis la rue de Sluse à la fin des années 1960. Ci-dessous, la même perspective de nos jours, avec la sortie autoroutière conduisant au tunnel Sainte-Marie :
N607 laveu liege 2014.jpg

  Voici quelques vues prises lors de la démolition de la place des Wallons au tout début des années 1970 :
place des wallons démolitions debut annees 1970.jpg1970 (1) demolition place des wallons liege laveu.jpgplace des wallons liege demolitions.jpg                                        ▲ Quarante-cinq ans séparent ces deux photos ▼
place des wallons laveu liege 2015 (2).jpg



  Du côté de la rue du Plan Incliné

 
Cette rue du quartier des Guillemins est ainsi baptisée en hommage au plan incliné conçu par l'ingénieur Henri Maus, peu avant le milieu du XIXe siècle*, pour permettre aux trains de gravir et descendre la côté d'Ans malgré la forte déclivité naturelle des lieux.
* C'est en 1842 que le plan incliné a été utilisé pour la première fois.

piste de ski guillemins liege 1976.jpg  Cette photo de 1976 montre le début du plan incliné ferroviaire, avec l'autoroute inachevée qu'on a surnommée la « piste de ski ».

plan incline liege 2009.jpg  Ci-dessus, la rue du Plan Incliné actuelle, au niveau du viaduc dont le tunnel mène au Laveu. Là aussi la construction de l'autoroute et de ses accès a profondément modifié le tissu urbain, comme en témoigne la photo suivante datant du début des années 1960 :
plan incline liege 1962.jpg


  De la place des Wallons à l'avenue de l'Observatoire

  Au milieu des années 1980, des expropriations et démolitions massives affectent le côté impair de la rue des Éburons, ainsi que le bas de la rue de Joie et de l’avenue de l’Observatoire. Une décision a enfin été adoptée à propos de la liaison E40-E25, qui se fera grâce à un double tunnel percé dans la colline de Cointe et un pont suspendu jeté sur la Meuse.

 1983 avenue de l'observatoire liege.jpg  Le bas de l’avenue de l’Observatoire avant les destructions qui débuteront en 1984. Toutes les maisons de gauche* ainsi que les premières de droite sont condamnées.
* Disparaîtra aussi toute une partie de la rue Mandeville longeant le chemin de fer.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
avenue de l'observatoire liege 2015.jpg

1983 (1) rue de joie laveu liege.jpgÀ l'angle des rues de Joie et Bois l'Évêque en 1983 ▲ et 2009 ▼rue de joie liege 2009.jpg

1983 (2) rue de joie laveu liege.jpg  La flèche rouge désigne la rue des Éburons, dont le côté impair va disparaître, tout comme les maisons de la rue de Joie situées à droite. Voici la situation actuelle à titre de comparaison :
laveu 2015.jpg

rue des eburons laveu liege debut annees 1980.jpg  Ci-dessus, la rue des Éburons vers 1984-85, avec dans le fond la « piste de ski » (la flèche) arrêtée là au début des années 1970. Ci-dessous, le même endroit de nos jours, avec l'espace vert baptisé depuis peu le jardin de l'abbé Firket :
rue des eburons liege 2015.jpg

construction autoroute laveu liege 1985-86 (1).jpg▲ Ces deux photos datent de 1986, pendant le prolongement de l’autoroute
en direction du futur tunnel sous Cointe ▼
construction autoroute laveu liege 1985-86 (2).jpg

laveu liege 1986.jpgL’autoroute au Laveu en 1986.

rue des eburons laveu liege vers 1990.jpgL'autoroute toute neuve au niveau de la rue des Éburons.

 

chantier tunnel sous cointe liege 1988.jpgLe chantier de la tête du tunnel sous Cointe en 1988.

laveu liege 2007.jpgL'autoroute au Laveu en 2007.

 

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07/05/2014

Le Bois d'Avroy (Cointe, Haut-Laveu)

monulphe decouvrant liege-jean ubaghs-1889.jpg  C'est une légende relative aux origines de Liège qui a inspiré l'artiste liégeois Jean Ubaghs quand il a réalisé cette peinture en 1889.

  La scène se déroule au milieu du VIe siècle. Monulphe, évêque de Tongres-Maastricht, est en déplacement dans son diocèse lorsqu'il tombe en admiration devant une magnifique vallée boisée que traverse un fleuve aux multiples bras ; il prophétise que l'humble bourgade qui y est blottie deviendra une cité illustre.

  Ci-dessous, on retrouve cet épisode dans un extrait de la bande dessinée « Pays de Liège, vie d'une Église », réalisée par Michel Dusart et Vink, éditée en 1984 par l'ISCP-CDD, diocèse de Liège :
saint-monulphe prophetisant sur liege.jpg

  Liège, autrefois, est effectivement entourée d'épaisses forêts, dont celle d'Avroy* sur la rive gauche.
* (Le mot « Avreû », en dialecte wallon, viendrait du latin « arboretum », lieu couvert d’arbres).

  L'antique forêt d'Avroy est défrichée dans la vallée dès le Xe siècle, et dès le XVIe sur les hauteurs, pour faire place aux cultures et pâturages.

  Sur les collines de Cointe et Saint-Gilles, divers lieux-dits rappellent l'existence de cette forêt d'antan, laquelle portait à certains endroits un nom spécifique : le Bois l'Évêque, le Bois d'Avroy, le Bois Saint-Gilles...

plan bois d'avroy-liege-avant 1907.jpg  Ce plan des hauteurs occidentales de Liège nous reporte au tout début du XXe siècle. Le Bois d'Avroy est caractérisé par la houillère éponyme et le domaine de la famille de Laminne (1). Le boulevard de Cointe (2), qu'on appellera Kleyer après 1921, s'arrête au sommet des rues de Joie (3) et des Wallons (4). La rue Bois d'Avroy, à l'époque (5), mène aux Grands Champs (6). Le prolongement du boulevard de Cointe jusqu'à la rue Henri Maus (7), après 1907, modifiera cette configuration.

 

 

 

Le domaine de la famille de Laminne

 


  Il s’agit du vaste domaine que se constitue progressivement la famille de Laminne dès le début du XIXe siècle, à la jonction du Bois l’Évêque et du Bois Saint-Gilles, dans le périmètre des actuels boulevard Keyer, rue des Bruyères, ruelle des Waides et rue Julien d’Andrimont. La propriété comprend des jardins potagers, des pâturages et des houblonnières. Le sous-sol, lui, est riche en charbon, et les de Laminne, impliqués dans le développement industriel de la région, s’investissent dans les charbonnages en plein essor.

  À la fin du XIXe siècle, les maîtres du lieu font construire un élégant château de style Louis XVI, serti dans un parc digne de leur condition :
chateau de laminne-bois d'avroy-liege-fin XIXe.jpg

 

château de laminne-bois d'avroy-liege-après 1944.jpg   Cette vue représente le château de Laminne, au Bois d’Avroy, après les bombardements de mai 1944. Depuis les morcellements du domaine en 1910 et 1912, ces terrains appartiennent à la houillère du Bois d’Avroy (voir titre suivant), et la gentilhommière est habitée par le directeur du charbonnage.

  Au début des années 1960 en effet, le charbonnage a été mis en liquidation et ses biens vendus. À l’emplacement de l’ancien château, sont créés l’école et l’internat Saint-Joseph, gérés par des Sœurs de la Miséricorde. Cet établissement est devenu, depuis 1975, un internat autonome de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

internat-cointe-2013.jpgL'internat de Cointe vu depuis le bloc C des buildings de la rue Julien d'Andrimont.

 

boulevard Keler-bois d'avroy-villa de laminne-liege-1935.jpg  Le boulevard Kleyer en 1935, à l'intersection avec les rues Bois l'Évêque et des Bruyères. La villa qui émerge de la butte boisée a été construite au début du XXe siècle pour servir d'habitation familiale au chevalier Louis de Laminne (1882-1966). La propriété se prolonge, à l’arrière, par quatre hectares de jardins et de bois. C’est ce qui reste du domaine plus vaste ayant appartenu à cette famille au siècle précédent.

  En mai 1944, la villa est endommagée par les bombardements. Sommairement réparée, elle abrite jusqu’en 1947 quelques religieuses du Sacré-Cœur dont le couvent tout proche vient de brûler (voir autre article à ce sujet). Elle renaît dès 1951 pour devenir la résidence familiale de Willy de Laminne (1921 - ), fils de Louis de Laminne, ingénieur puis directeur chez Ferblatil.

villa de laminne-bois d'avroy-liege-fin annees 1950.jpg  La villa de Laminne à la fin des années 1950.


  Désertée en 1975, dégradée par un incendie dans les années 1980, la propriété reste à l’abandon jusqu’en 1990, quand une société immobilière acquiert le terrain dans l’ambition d’y aménager un gigantesque complexe de prestige, composé de trois groupes de logements, avec parvis animés de fontaines, piscine, courts de tennis, club house et parc luxueux.

villa de laminne abandonnée-bois d'avroy-liege-1990.jpgArticle de presse de 1990, montrant la villa de Laminne à l'abandon.

projet residence bois d'avroy-liege.jpgLe projet ambitieux de la société Codrim (1990).

chantier residence bois l'eveque-liege-1992(1).jpg

chantier residence bois l'eveque-liege-1992(2).jpg  La faillite de la société Codrim, en 1992, provoque l’abandon du chantier commencé en bordure de boulevard. Jusqu’en 1999, un début d’ossature en béton, abîmé par les intempéries et envahi par la végétation, défigure le paysage.

residence bois l'eveque-google maps-2009.jpg  En 1995, l’entrepreneur Gillard, engagé depuis le début pour les travaux de construction, rachète le terrain et recherche des partenaires financiers sérieux. Les transactions aboutissent à la création de la SA Immo-Légia, ce qui permet la reprise des activités dès 2000. Un nouveau projet, moins excessif est mis en chantier. Terminée en 2001, la résidence Bois l’Évêque comporte des appartements de standing et des espaces pour professions libérales.

 

 

 

La houillère du Bois d'Avroy

 


  Le défrichage des collines occidentales de Liège, au Moyen Âge, libère certes des terrains pour permettre aux cultivateurs d’y développer leurs activités, mais il met aussi à jour de nombreux endroits où l’on trouve de la houille. Au début, le charbon est ramassé à ciel ouvert là où la veine affleure, puis à partir du XIIIe siècle, se généralise l’utilisation de puits appelés « bures », que concèdent moyennant redevance les grands propriétaires terriens (dont les princes-êvêques et abbayes).

  Quand les profondeurs atteintes exigent de se débarrasser des eaux d’infiltration, on creuse des areines, galeries d’écoulement qui ont leur orifice de sortie dans le fond de la vallée. Un document du XIVe siècle, par exemple, mentionne les eaux en provenance des Bois l’Évêque et d’Avroy, lesquelles débouchent dans les campagnes des Guillemins, où elles irriguent des cultures et alimentent les douves de demeures seigneuriales, avant d’aller se jeter dans la Meuse via un fossé longeant l’actuelle rue Paradis.

 

bures-charbonnages-liege-cointe-sclessin-1831.jpg  Ce dessin de Pol Schurgers présente la situation des anciennes bures en 1831, par rapport aux voiries actuelles. Les numéros indiquent les grands charbonnages de la fin du XIXe siècle : le Bois d’Avroy (1), le Val Benoît (2), le Perron (3), le Grand-Bac (4) et le Piron (5).

  Dès la fin du XVIIIe siècle, l’évolution des pompes à vapeur permet d’exploiter le sous-sol à des profondeurs de plus en plus importantes. Les petites concessions se regroupent pour s’organiser en sociétés plus puissantes. Ainsi, une association d’industriels (Rossius, de Laminne, Élias, Rosen, Cockerill et autres) aboutit dès 1827 au développement du site houiller du Bois d’Avroy, encastré dans le domaine appartenant à la famille de Laminne.

bois d'avroy-liege-houillere fin XIXe.jpg                                  Ci-dessus et ci-dessous, la houillère du Bois d’Avroy d'antan.
houillere bois d'avroy-liege-fin XIXe.jpg  
  Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le charbon est acheminé dans la vallée, à proximité de la gare des Guillemins, à l’aide d’un plan incliné automoteur aménagé entre les rues de Joie et Bois l’Évêque : les berlines pleines qui descendent, entraînées par leur poids, font remonter les berlines vides. Quant aux matériaux stériles (on appelle ainsi les terres extraites contenant peu de minerai utile), ils sont déversés sur le terril de la rue du Terris.

houillere bois d'avroy-liege-plan 1832.jpg  Le chemin marqué 1, du Bois l’Évêque aux Grands Champs de Saint-Gilles, préfigure le boulevard Kleyer. En 2, on reconnaît la configuration de l’actuelle rue Bois d’Avroy, avec en 3 la houillère du même nom. En 4, le cercle représente le terril qui a donné son nom à la rue du Terris*, dont la configuration autrefois (5) était bien différente de celle d’aujourd’hui. * Le mot wallon « tèrris » a été francisé en « terri » ou « terril » pour désigner un crassier où l’on entasse les déchets d’extraction à proximité d’un puits de mine.

  Au début du XIXe siècle, la ruelle de Joie (6) n’est qu’un sentier bordé de taillis, et la rue Bois l’Évêque s’appelle toujours le thier du Boute-li-cou (7)*.
* Expression wallonne signifiant « boute le cul », allusion pittoresque à la partie du corps que l’on met en évidence en se penchant pour gravir cette pente raide.

  Le tracé coloré en gris est le plan incliné construit pour acheminer les bennes vers la vallée. En (8), c’est la paire Sainte-Véronique, étape où le charbon est épierré mais aussi vendu au détail, à l’emplacement de l’actuelle rue des Abeilles.


  En 1885, est constituée la SA Charbonnage du Bois d’Avroy, qui absorbe deux ans plus tard les houillères du Val Benoît, du Grand Bac et du Perron. Bientôt, le puits du Bois d’Avroy ne sert plus qu’au personnel et à la logistique. Chargé dans des wagonnets que tracte une petite locomotive à benzine, le charbon est sorti de la mine par une galerie située à quatre-vingts mètres de profondeur et aboutissant au lieu-dit Sous-les-Vignes, au pied de la colline à Tilleur, près de voies ferrées et de la Meuse. Le système du plan incliné, du côté du Laveu, est d’ailleurs supprimé à la suite de l’aménagement de la colline de Cointe en prévision de l’Exposition universelle de 1905.

 

houillere bois d'avroy-liege.jpg   Le dessin ci-dessus représente le charbonnage du Bois d’Avroy vers 1910-1920. Le site cessera ses activités en 1939, vingt ans avant celui du Val Benoît.

  En septembre 1961, l’Office national de l’emploi* installe un centre de préformation dans les bâtiments de l’ancien charbonnage, dont une grande partie, quelques années plus tard, sont remplacés par des locaux plus modernes. Au départ, les apprentissages se prodiguent notamment dans les domaines de la tôlerie, du soudage, de l’ajustage, de la maçonnerie et de la menuiserie.
* Au départ, c’est l’ONEM qui organise certaines formations. Le Forem n’apparaîtra qu’en 1989, après la régionalisation de l’institution.

forem abandonne-liege-bois d'avroy-2012.jpg  Désertés par le Forem depuis février 2012, les lieux sont actuellement en vente. Les bâtiments marqués d’une flèche datent de l’époque du charbonnage (on les retrouve donc sur le dessin précédant cette photo). À l’emplacement de la croix, se trouvait le local de machinerie de la dernière belle-fleur opérationnelle.

 

 

 

L'actuel domaine du Bois d'Avroy

 


  Au lieu-dit Bois d’Avroy, un vaste complexe d’immeubles à appartements est érigé de 1967 à 1979 sur les terrains champêtres qui jouxtent la houillère d’antan. Un chemin existant donne naissance en 1970 à la rue Julien d’Andrimont, du nom d’un bourgmestre de Liège au XIXe siècle.

bois d'avroy-liege-fin annees 1950.jpg  Le Bois d’Avroy à la fin des années 1950. Autour des prairies concernées par le projet immobilier (1), on peut identifier la villa de Laminne (2), le dessus des rues de Joie et des Wallons (3), le boulevard Kleyer (4), la rue Bois d’Avroy (5) et le site du charbonnage abandonné (6).

 
Ci-dessous, les différents blocs du domaine résidentiel en 2009 (le Forem est toujours en activité), traversé par la rue Julien d'Andrimont :
domaine du bois d'avroy-liege-bing maps.jpg

bois d'avroy-liege-1967.jpgL'entrée du Bois d'Avroy au milieu des années 1960. Ci-dessous, le même endroit actuellement :bois d'avroy-liege-2014.jpg

 

publicite baudoux-journal la meuse-liege.jpg  C’est un certain Jean Baudoux, promoteur à Marcinelle, qui entame ce chantier colossal après avoir acheté en 1966 une partie des terrains du charbonnage en liquidation. Il agit pour le compte de l’Office national des pensions*, à la recherche d’un profitable investissement financier.
* Il s’agit à l’époque de la Caisse nationale de pension pour employés, intégrée depuis lors dans l’Office national des pensions pour travailleurs salariés.

 Quatre blocs d’immeubles sont prévus. La société Baudoux tombera en faillite pendant l’édification du second, que devra terminer une autre firme carolorégienne. Dans la seconde moitié des années 1970, les blocs restants seront construits par une association momentanée d’entrepreneurs dans laquelle figure la firme liégeoise Moury.

domaine bois d'avroy-liege-2013.jpg  Les blocs A et B vus depuis le toit du bloc C. Ils ont été réalisés de 1967 à 1971 selon les plans des architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme, auteurs à la même époque de la Cité administrative et de la tour Kennedy.

 

journal la meuse-novembre 1983.jpg
  Le 8 novembre 1983 vers 1 heure du matin, un tremblement de terre de magnitude 4,9 sur l’échelle de Richter ébranle la région liégeoise, privant de logement de nombreux habitants. Dans le domaine du Bois d’Avroy, des centaines d’appartements sont toujours inoccupés dans les blocs C et D, pourtant terminés depuis cinq ou six ans. Réquisitionnés par les autorités communales, ils vont abriter pendant des mois jusqu’à près de mille sinistrés, la plupart d’origine immigrée, issus des quartiers populaires de Saint-Nicolas, Glain et Montegnée, quartiers les plus touchés vu la vétusté de l’habitat et la fragilité du sous-sol minier. Ci-dessus, le bloc C où la Croix-Rouge accueille les familles victimes du séisme.

  Quand l’Office national des pensions revendra ses biens en 1989, plusieurs sociétés immobilières se succéderont pour réhabiliter les lieux, dégradés par les occupants éphémères de 1983, puis restés longtemps à l’abandon. Actuellement, avec la grande majorité des appartements vendus à des particuliers, le bloc C est devenu une copropriété tout comme les blocs A et B. Le bloc D est en partie occupé par une maison de repos pour personnes âgées.

bois d'avroy-liege-2013.jpgLes blocs A (au milieu) et D (à droite) vus depuis le bloc C.

 

02/03/2014

Le charbonnage de La Haye (Saint-Gilles et Laveu)

    En 1819, la société minière de La Haye* abandonne la fosse du Bois Mayette et continue d’exploiter le sous-sol à partir d’un autre siège situé sur le dessus de la rue Saint-Gilles, près de la rue Chauve-Souris (un ancien puits dit « bure du Procureur » qui prend désormais l'appellation de « Nouvelle-Haye »).
* Cette société tire son nom de « Haie Sanctus », le lieu-dit de la première implantation de la houillère.

   Les maîtres de La Haye s’emploient à moderniser l’équipement, mettant à profit les progrès réalisés en matière de mécanique et de machinerie à vapeur. L’entreprise connaît un essor prodigieux. En 1838, elle absorbe le site rival du Champay.

houillere-la_haye-saint_gilles-liege-1840.jpg   La ville de Liège vue en 1840 depuis les hauteurs de Saint-Gilles, œuvre du lithographe français Édouard Hostein (1804-1889). À l’avant-plan droit, l’artiste a représenté les installations de la houillère de La Haye. Ces bâtiments dissimulent le terril de coteau qui descend jusqu’au quartier du Laveu.


En 1857, trois ans avant sa constitution en société anonyme, le charbonnage est en pleine prospérité. Une annexe est créée au Bas-Laveu pour servir au triage et au lavage de la houille. Au siège d’extraction saint-gillois, on creuse un puits de service au fond duquel commence un long tunnel débouchant dans la vallée, au niveau de l’actuelle rue Louis Boumal*.
* poète et militant wallon (1890-1918).

charbonnage-la_haye-saint_gilles-liege.jpg   Le charbonnage de La Haye au début du XXe siècle, dominant la ville de Liège et particulièrement le quartier du Laveu.

charbonnage-la_laye-paire_laveu.jpg   La paire du Laveu à l’aube du XXe siècle, à proximité de la gare des Guillemins. De nos jours, sont établis là un supermarché et un grand magasin de bricolage.

  
Monsieur Louis Motoul, un habitant du quartier, m'a fait parvenir les commentaires suivants: « En haut à droite, ce sont les maisons de la rue du Laveu (1). Devant elles, s'étire le mur d'enceinte du charbonnage (2), avec une entrée en face du café qui existe toujours et qui s'appelle "La belle équipe" depuis pas mal de temps. Le bâtiment au toit à quatre pans abritait l'administration de la houillère. En bas à gauche, on aperçoit les terrains où passe aujourd'hui la rue Louis Boumal ».

 

charbonnage-la_haye-saint_gilles-laveu.jpg  Le quartier du Laveu au début du XXe siècle, avec ses serres et cultures maraîchères, ainsi que l’orphelinat Saint-Jean-Berchmans de la rue des Wallons, géré par des Salésiens depuis 1891 (l’actuel centre scolaire Don Bosco).


  Pendant une soixantaine d'années, la houillère a répandu ses résidus miniers sur le versant de la colline (la flèche sur la vue ci-dessus). Mais le 5 mai 1881, d'énormes masses de déblais s'effondrent sur la rue du Haut-Laveu (aujourd’hui rue Henri Maus), renversant quelques arbres et maisons. Les autorités communales liégeoises interdisent désormais tout déversement sur ce terril de coteau.

  Un petit chemin de fer Decauville est alors aménagé pour acheminer les résidus vers le terril Piron que la société de La Haye possède au Bois Saint-Gilles.

plan-voie ferree-la_haye-piron.jpg   Ce plan nous reporte à la charnière des XIXe et XXe siècles. Outre les renseignements déjà inscrits, notons le site principal du charbonnage de La Haye (1), le futur boulevard Kleyer (2), l’allée des Grands Champs (3), le sentier qui deviendra la rue de la Houillère en 1910 (4) et le terril Piron (5). Le trait sinueux indiqué par la flèche représente la voie ferrée empruntée par les wagonnets qui font la navette entre les deux sièges du charbonnage.

 

charbonnage-la_haye-saint_gilles-1908.jpgLe siège d'extraction de La Haye au sommet de la rue Saint-Gilles. Idem ci-dessous :charbonnage_la haye-saint_gilles_1911.jpg

 

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Des mineurs de la houillère La Haye en 1893.

charbonnahe-la_haye-cite_ouvriere-saint_gilles-liege.jpg  Le siège d'extraction de la rue Saint-Gilles vu depuis la rue Saint-Laurent. La construction des maisons ouvrières que l'on voit sur la gauche a été initiée par la direction de la houillère, soucieuse de loger les mineurs à proximité des puits. Ces habitations ont aujourd’hui disparu, elles étaient accessibles par un chemin qui s'ouvrait rue de La Haye. Ci-dessous, ce qui subsiste de ce chemin :
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eglise saint-gilles-liege-début_XXe.jpg   Voici l'église Saint-Gilles au début du XXe siècle, en grande partie masquée par les bâtiments de l'ancienne abbaye (voir autre note consacrée à ce sujet). Les flèches symbolisent un petit sentier appelé le chemin des Patients (du latin « patiens », « qui souffre », car c'est par là que les condamnés à mort étaient autrefois conduits au gibet des Grands Champs). De 1882 à 1930, le charbonnage de La Haye y a fait passer la voie de chemin de fer qui reliait ses deux implantations. Ci-dessous, le même endroit en 2006 :
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wagonnets-charbonnage-la_haye-saint_gilles-liege-1929.jpg   La voie ferrée dans les années 1920. Les enfants déjouaient la surveillance des gardes et s’amusaient à sauter sur les wagonnets en marche.

terril-piron-grands_champs-saint_nicolas-1953.jpg   Le terril Piron en 1953, vu depuis le fond de la rue Bois Saint-Gilles. De ce côté, ce terril de coteau présente des versants abrupts ; au niveau du boulevard Kleyer et des Grands Champs, il se fond dans le paysage parce qu’il présente l’aspect d’un plateau contigu, comme le montre la photo qui suit :
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charbonnage-la_haye-piron-1927.jpg   Le site Piron du charbonnage de La Haye en 1927, trois ans avant sa fermeture, entre les actuelles rues de la Houillère et de la Justice. Ci-après, deux vues qui témoignent de l'évolution du lieu, la première datant de 1949, la seconde de 1970 :
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Revenons-en au siège d'extraction du haut de la rue Saint-Gilles. Au lendemain de la première guerre mondiale, un transporteur aérien métallique est mis en service pour acheminer le charbon du siège vers la station de triage-lavage du Laveu. Opérationnelle jour et nuit, cette bruyante passerelle mécanisée franchit la rue Henri Maus et surplombe une partie du quartier.

charbonnage-la_haye_plan_transportreur_aerien.jpg1 = la rue Saint-Laurent / 2 = la rue Saint-Gilles / 3 = la cité minière aujourd'hui disparue / 4 = la rue de La Haye 5 = le siège d'extraction du charbonnage La Haye / 6 = le transporteur aérien en direction de Bas-Laveu.

charbonnage-la_haye-transporteur-saint_gilles-laveu-1930.jpg  Vue du transporteur aérien en 1930. La société de La Haye, dans la troisième décennie du XXe siècle, est contrainte à de lourds investissements pour améliorer sa productivité et assurer sa survie. Sur la paire du Laveu, une station plus performante de triage-lavage a été construite en 1927. Les deux photos suivantes remontent à la construction de ces nouvelles installations :

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Le charbonnage de La Haye a aussi utilisé un terril de coteau à la hauteur de la rue Boulboul (devenue en 1946 la rue Bel Horizon). Ce crassier est indiqué d'une flèche sur les deux vues qui suivent, la première prise en 1959 depuis le boulevard Kleyer (à la hauteur de la rue du Laveu), la seconde prise en 1968 depuis le haut de la rue Henri Maus (près de la rue Chauve-Souris).

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  Ci-dessous, la même vue en 2012 :residence-terrasses_saint-gilles_decembre_2012.jpg

 

chemin-boulboul-bel_horizon-saint_gilles-1921.jpg   La rue Boulboul (du nom d'une ancienne famille de propriétaires terriens et patrons charbonniers) se poursuivait autrefois par un sentier éponyme qui descendait à flanc de terril vers le Laveu fort champêtre.

terril-la_haye-bel_horizon-saint_gilles-1968.jpg   En bordure du boulevard Kleyer, ce plateau à la végétation sauvage est le dessus du terril en 1968. Quelques années plus tard, la Ville y aménagera un dépôt de matériaux de voirie et une plaine de jeux. Celle-ci se caractérisera par un terrain de football en brique pilée rouge, utilisé tout un temps par le club EY Liège et aujourd’hui à l’abandon. Sur ce site, seul le skate park attire quelques groupes de jeunes.


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   Dès les années 1920, en dépit d’une rationalisation des frais généraux, la société de La Haye connaît une récession. Les puits d’extraction ont été approfondis, mais les couches atteintes se révèlent difficiles à exploiter et n’apportent guère le rendement escompté. Une crise aiguë affecte en outre le secteur charbonnier, à cause des nouvelles charges imposées par la législation et de la concurrence d’autres productions meilleur marché, comme les charbons campinois et allemands.

  Pour tenter de résister à cette crise, les charbonnages de la région fusionnent. La Haye s’associe avec le Horloz de Tilleur en avril 1930, puis ce nouveau groupe s’unit au Gosson de Montegnée-Jemeppe en janvier 1931. Les conditions d’exploitation à Saint-Gilles continuant de coûter trop cher, le siège du Piron ferme dès décembre 1930 ; ceux de Saint-Gilles et du Laveu suivent en août 1934.

rue_henri_maus-liege-dessin_photo-1966.jpg   Le dessin représente le haut de la rue Henri Maus au tout début du XXe siècle, avec le charbonnage de La Haye à l'arrière-plan. Sur la photo de 1966, la flèche indique l'endroit où va bientôt s'élever le premier building d'un vaste projet immobilier.

chauve-souris-chantier_amelinckx-sept_1966.jpg   À l’arrière de la rue Chauve-Souris, le terrain de l’ancienne houillère est longtemps resté à l’abandon. Il est acheté en 1965 par la société immobilière Amelinckx, qui projette d’y construire un complexe d’ immeubles à appartements, intégré dans un environnement de verdure. Telle est l’origine des résidences Plein Vent et Chantebrise. Cette photo a été prise en 1966 lors des premiers travaux de fondation.

 

residences_plein vent_chantebrise_saint-gilles-liege.jpgÀ gauche, la résidence Plein Vent. À droite, la résidence Chantebrise.

site-charbonnage-la_haye_abandon-1968.jpg   Le site de l’ancienne houillère de La Haye en 1968, photographié depuis la résidence Plein Vent en cours de construction. Ci-dessous, la même perspective de nos jours. La résidence Chantebrise a été érigé dès 1977. Haute de quarante-deux mètres, elle est le plus imposant des deux buildings Amelinckx.residence_chantebrise_saint-gilles_liege.jpg

 
Les vues anciennes qui ne mentionnent pas une source particulière proviennent du Centre multimédia
Don Bosco (Laveu). Les plans d'époque m'ont été fournis par Jean-Claude JACOBS.
Les photos couleurs contemporaines sont de moi.