02/06/2016

Les anciens remparts d'Outremeuse, du pont d'Amercœur à la tour en Bêche

plan 1574.jpg  Ce chapitre s'intéresse aux anciens remparts d'Outremeuse compris entre le pont d'Amercœur (1) et la tour en Bêche (2), remparts établis le long de l'Ourthe qui leur servait de fossé. La gravure ci-dessus, qui nous reporte en 1574, est due au cartographe flamand Frans Hogenberg (cliquez ICI pour ouvrir ce document au format PDF).


plan_1649.jpg
   La même ligne de fortification en 1649 (gravure de Julius Milheuser). Elle borde les terres de Bêche*, principalement champêtres à l'époque de ce document.

* Ces terrains s'appellent ainsi parce qu'ils se terminaient autrefois en forme de pointe, de bec (bètch en wallon).



  Le pont et la porte d'Amercœur

plan_1737.jpg  Ce plan de 1737 est l’œuvre du révérend père Christophe Maire. Au bout de l'axe principal qui traverse Outremeuse (les rues Chaussée des Prés, Puits-en-Sock et Entre-deux-Ponts*), le pont d'Amercœur franchit l'Ourthe et constitue le point de départ du chemin vers l'Allemagne.

* La rue Entre-deux-Ponts (entre les ponts Saint-Julien et d'Amercœur) est aujourd'hui absorbée par la rue Puits-en-Sock.


pont et porte d'amecoeur_liege_1770.jpg  Il a existé un pont d'Amercœur dès le XIe siècle ; l'ouvrage a maintes fois été remplacé pour avoir subi les fureurs des crues, de la foudre ou de la guerre. Le dessin ci-dessus nous montre la situation en 1770. Le pont en pierre a été construit en 1741. Quant à la porte fortifiée, elle a été érigée de 1539 à 1541*. Le bastion a dû être réparé à la suite des bombardements effectués en juin 1691 par l'artillerie française du marquis de Boufflers**.

* Une porte d'Amercœur est citée dans certains documents antérieurs à ces dates, mais sans jamais lui conférer une telle ampleur défensive.
** Louis IV voulait punir la principauté de Liège de s'être alliée aux ennemis de la France.


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  L'ancienne porte fortifiée du pont d'Amercœur a inspiré l'entrée du Vieux Liège lors de l'Exposition universelle de 1905.


amercoeur_liege_1845.jpg  Revenons-en à l'Outremeuse d'antan. À l'avant-plan, les prés Saint-Denis. Puis, à droite de la porte d'Amercœur, les remparts des Récollets, avec la route d'un moulin que fait tourner le bras de l'Ourthe appelé le bief des Grandes Oies. À l'arrière-plan, ce sont les bâtiments du premier hôpital de Bavière et le clocher de l'église Saint-Nicolas-au-Pont (voir cet autre article).

  Le dessin ci-avant a été publié sous le titre « Porte et pont d'Amercœur vers 1845 ». La date pose problème. La porte est identique à celle représentée au XVIIIe siècle, et cet ouvrage a été complètement démoli en 1819, sous le régime hollandais, pour être remplacé dès 1821 par un autre en briques rouges, établi sur les anciennes fondations. En voici une représentation en 1828 (quelle est encore l'utilité d'un pareil système défensif quand on voit avec quelle facilité on accède à la berge ?) :
porte d'amercoeur_liege_1828.jpg
pont d'amercoeur_liege_1850.jpg  Le pont d'Amercœur en 1850. À gauche, il ne reste que les soubassements de la porte fortifiée, définitivement détruite en 1846.

 
  En 1853, commence le chantier de la Dérivation de la Meuse (voir cet autre article), canal destiné à remplacer en Outremeuse les nombreux bras de l’Ourthe.

  À la suite de l'approfondissement de l'ancien lit de l'Ourthe devenu un tronçon de la Dérivation, le pont d'Amercœur doit être remplacé ; il est démoli en 1858, et on lui substitue un ouvrage mieux adapté, inauguré en janvier 1859.

  Le nouveau pont ne comporte qu'une seule pile. Au départ, le tablier est en bois* ; c'est en 1876 que la société John Cockerill est chargée de réaliser une structure métallique.

* Condition exigée par les autorités militaires, pour que l'ouvrage soit plus facile à faire sauter, précaution probablement prise vu l'essor du nationalisme allemand et le climat international troublé.


pont d'amercoeur_liege_tt debut XXe.jpg
▲ Le pont d'Amercœur au début du XXe siècle ▼
pont d'amercoeur_liege_debut Xe.jpg


  Dès avant le premier conflit mondial, l'édilité communale réclame à l'État un pont plus large, mieux adapté aux besoins du trafic. Elle reçoit en 1913 un refus justifié par des raisons budgétaires, puis les années de guerre apportent d'autres préoccupations. Le pont de 1876, qui survit aux hostilités, servira jusqu'à la fin des années 1920, quand il sera remplacé par un ouvrage métallique en arc.


pont d'amercoeur_liege_construction 1927.jpg  La photo ci-dessus montre l'assemblage des arcs métalliques. À remarquer, à l'arrière-plan, le pont provisoire mis en place pendant le chantier qui va durer de juin 1927 à août 1929.


amercoeur_pont provisoire_liege_1927-29.jpg
Un passage de tramways sur le pont provisoire.

pont d'amercoeur_liege_1927-29.jpg  ▲ Le nouvel ouvrage ne comporte qu'une seule arche supérieure pour soutenir un tablier de 60 mètres de portée ; il ne présente guère d'intérêt artistique▼
pont d'amercoeur_liege_apres 1929.jpg


 Voici quatre photos prises en 1975-76, la dernière étant suivie d'une vue actuelle :pont d'amercoeur_liege_1975.jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (1).jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (2).jpgpont d'amercoeur_liege_1976 (3).jpgpont d'amercoeur_liege_2016.jpg

 

pont d'amercoeur_liege_1979 (2).jpg  Nous sommes en 1979. Le pont d'Amercœur va bientôt être remplacé lors de la modernisation des quais de la Dérivation. Le chantier, attribué à la société Franki, durera jusqu'en 1981.


pont d'amercoeur_liege_1979 (3).jpg
Une passerelle enjambe la Dérivation pour faire passer les câbles de chantier.


pont d'amercoeur_liege_1979 (4).jpg
Un pont provisoire est établi le temps de démonter l'ancien et construire le nouveau.


pont d'amercoeur_liege_chantier 1979.jpg  Vue aérienne permettant de voir l'ancien pont, le pont provisoire, la passerelle et les travaux d'aménagement des quais.


pont d'amercoeur_liege_demolition pont en arc.jpg
Le démontage de l'ancien pont en 1980.


pont d'amercoeur_liege_1980 (1).jpg
▲ La construction du nouveau pont et les tests de charge en 1980 ▼
pont d'amercoeur_liege_1980 (2).jpg


chantier quais de la dérivation_liege_1981.jpgL'aménagement de tunnels routiers pour améliorer la circulation sur les quais (photo de 1981).


pont d'amercoeur_liege_bing maps.jpg

Vue aérienne actuelle réalisée grâce à Bing Maps.


 

 La ligne de remparts devenue le quai de l'Ourthe


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Le quai de l'Ourthe en 2004.

  Le quai de l'Ourthe porte ce nom parce que le tronçon de la Dérivation qu'il longe était autrefois un bras de cette rivière.


plan_1647.jpg  Ce quai a remplacé les anciens remparts qui s'étendaient, en bordure de l'Ourthe, du pont fortifié d'Amercœur (1) à la tour en Bêche (2). Autre points de repère sur cette Eau-forte de 1647, due au graveur suisse Mathieu Merian : l'église et le pont Saint-Nicolas (3) et le pont Saint-Julien (4), dans l'axe Chaussée des Prés, Rue Puits-en-Sock et rue Entre-deux-Ponts.


rempart_beche_liege_1649.jpg  Ce mur d'enceinte, composé de courtines et bastions, date probablement du second quart du XVIe siècle. On le voit ci-dessus (gravure de Julius Melheuser, 1649) après sa reconstruction en 1635.

  Les fortifications subissent d'importants dégâts en juin 1691, à la suite des tirs d'artillerie ordonnés par le maréchal français de Boufflers. En juillet 1794, elles sont la cible des Autrichiens qui bombardent Amercœur avant de quitter Liège pour laisser la place aux troupes
françaises victorieuses.

  Sous le régime hollandais (1815-1830), le gouvernement ordonne le démantèlement de la partie crénelée des remparts, devenus inutiles comme moyen de défense. Le chemin de ronde en terre-plein finit par devenir un quai.

  La voirie ainsi créée est d'abord appelée la rue des Remparts ou quai de Bêche comme sur ce plan communal de 1828 :
plan_1828.jpg
  Au départ, le quai est étroit (deux charrettes ne peuvent pas circuler de front). Il est pavé en 1837, et un parapet est construit en 1844 avec les pierres récupérées du mur d'eau du canal de Sauvenière.

  Puis c'est l'époque du chantier de la Dérivation (1853-63). C'est l'appellation quai de l'Ourthe qui prévaut désormais en souvenir de l'ancien bras de rivière. En 1862-63, il est procédé en divers points à la restauration du mur d'eau ; on en profite pour installer des garde-corps métalliques.


approfondissement derivation_liege_1890.jpg  À la suite des inondations catastrophiques de 1880, de nouveaux aménagements sont apportés au réseau hydrographique liégeois. En 1890, ont lieu des travaux approfondissement et de canalisation de la Dérivation.


quai_ourthe_liege_XIXe001.jpg
Le quai de l'Ourthe (à gauche) à la fin du XIXe siècle. À l’arrière-plan, le pont d'Amercœur.


quai de l'ourthe_liege_tt debut XXe.jpg
À l'aube du XXe siècle.


quai de l'ourthe_liege_1962.jpg
Au début des années 1960.

quai de l'ourthe_liege_1975.jpg
Vers 1974-1975.


quai de l'ourthe_liege_1962 (2).jpg  Le quai de l'Ourthe (à gauche) vu depuis le pont de Longdoz au tout début du XXe siècle. La tour Georges Simenon ne sera érigée qu'en 1963.


Quai de l'ourthe_liege_google maps.jpg

Le même endroit de nos jours.


place gobert_liege_1975.jpg  À l'autre extrémité du quai de l'Ourthe, près du pont d'Amercœur, se trouve la place Théodore Gobert*, avec la statue dédié au général Bertrand**. La photo ci-dessus date de 1975-1976.

* Théodore Gobert (1853-1933), historien liégeois et archiviste provincial. Ses écrits sur les rues de Liège et l'histoire régionale lui ont valu une grande renommée.
** http://connaitrelawallonie.wallonie.be/fr/lieux-de-memoir...


chantier_place gobert_liege_1981.jpg  Le chantier du pont d'Amercœur et de ses accès (1979-81) a modifié l'emplacement de la statue et la configuration de la place Théodore Gobert.


pont de longdoz liege_1976.jpg  Le pont de Longdoz* en mars 1976. L'année précédente, ont été décidés d'importants travaux pour remplacer cet ouvrage et moderniser les quais qui y aboutissent. Les deux piles posées en aval, destinées à supporter une passerelle, annoncent un chantier qui va durer jusqu'en 1978.

* Ouvrage métallique construit depuis 1939.


quai de l'ourthe_liege_1975 passerelle chantier.jpg  Le quai de l'Ourthe en 1976. Dans le fond à gauche, on aperçoit la passerelle permettant aux piétons de traverser la Dérivation entre la rue Grétry et la place Sylvain Dupuis (jonction entre les quais de l'Ourthe et de la Boverie).


passerelle longdoz_liege_1976.jpg
Zoom avant sur cette passerelle et le pont de Longdoz qu'on va bientôt démolir.


passerelle longdoz_liege_1976 (2).jpg
La rampe de la passerelle du côté de la place Sylvain Dupuis.


pont villette_liege_1976.jpg  Un pont provisoire est établi à la hauteur des rues Strailhe (quai de l'Ourthe) et Villette (quai de Longdoz). La population le surnomme souvent le pont Villette.


pont villette_liege_1976 (2).jpg
Le pont Villette en novembre 1976, vu depuis la passerelle.


chantier tunnel routier_longdoz_liege_1978.jpg
Le chantier, en 1978, du tunnel routier entre les quais de l'Ourthe et de la Boverie.


longdoz_liege_1978.jpg
Le même chantier dans l'autre sens.


longdoz_liege_google maps.jpg
La configurations des lieux actuellement.

 

 

 

(en cours de réalisation)

 

À suivre : la tour en Bêche

 

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12:56 Écrit par Claude WARZÉE dans Outremeuse | Commentaires (6) |  Facebook |

15/05/2016

Outremeuse : le monument Tchantchès et un peu d'histoire du quartier

tchantchès liège.jpg  Cliquez ICI pour accéder à une page spécialement consacrée à la légende de Tchantchès, célèbre héros folklorique liégeois.

  En 1914 déjà, l’écrivain liégeois Isi Colin propose d'ériger en Outremeuse un monument dédié à Tchantchès, mais la première guerre mondiale engendre d'autres préoccupations. La société « Le Vieux Liège » relance l'idée en 1922, et à la suite d’un concours, c'est le projet du sculpteur Joseph Zomers qui est retenu. Des problèmes financiers en retardent malheureusement la réalisation* : il faut attendre 1935 pour que l’échevin des travaux Georges Truffaut entame la procédure des travaux du monument, lequel sera inauguré le 27 septembre 1936. Le piédestal et son environnement ont été conçus par l'architecte Émile Bernimolin.

* Ce qui fait que Joseph Zomers, qui meurt en 1928 après avoir présenté l'esquisse de sa statue, ne verra jamais son œuvre définitive.


monument tchantchès 1936.jpg  La statue de Zomers représente une hiercheuse* qui brandit la marionnette de Tchantchès telle un flambeau de la liberté.

* Une hiercheuse, à l'époque des charbonnages, était une ouvrière chargée de pousser les wagonnets.


monument tchantchès_outremeuse_liege_2016.jpgoutremeuse_liege_bing maps.jpg  Le monument (dans le cercle rouge) est situé près du rond-point dit du pont Saint-Nicolas (1), à l'intersection des rues Surlet (2) et Puits en Sock (3). Autres points de repère : le boulevard Saucy (4), la chaussée des Prés (5), le boulevard de l'Est (6) et la place de l'Yser (7).

Les trois vues qui suivent nous reportent dans les années 1950-60 :monument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950 (2).jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950.jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège.jpg

 

tchantchès policier.jpg  Comme Manneken-Pis à Bruxelles, Tchantchès possède des centaines de costumes offerts par des institutions officielles ou groupes folkloriques. Le voici intronisé policier en 1959.

* * * * *


rond-point pont-saint-nicolas_outremeuse_liege_2016.jpgPourquoi la chaussée du rond-point s'appelle-t-elle la rue Pont-Saint-Nicolas ?

Comparons les deux vues qui suivent :
pont saint-nicolas_outremeuse_liege_remont_1865.jpgbd saucy_liege_2016.jpg

  La gravure ancienne, réalisée d'après un dessin de Charles Remont, représente le bief de Saucy* vers 1865, bras de l'Ourthe enjambé par le pont Saint-Nicolas. Les bâtiments à l'arrière-plan sont ceux du tout premier hôpital de Bavière, à l'emplacement de l'actuelle place de l'Yser. La photo contemporaine montre bien le même endroit, mais le site hospitalier n'existe plus, et le cours de l'Ourthe a été comblé depuis longtemps pour être remplacé par des voiries.

* Saucy, tout comme saussaie, dérive du bas latin saucetum et désigne un lieu humide planté de saules.


plan ourthe_moulins_outremeuse.jpg  Autrefois, le quartier d'Outremeuse est parcouru de nombreux bras de la Meuse et de l'Ourthe, lesquels actionnent des moulins. Cliquez ICI pour accéder au plan ci-dessus dans une meilleure résolution.


plan_liège_1737.jpg
  Le plan ci-dessus a été réalisé en 1737 par Christophe Maire. Les eaux du bief de Saucy (1), en aval du pont Saint-Nicolas (2), se scindent pour former une île, sur laquelle le prince-évêque Ernest de Bavière a fondé, au début du XVIIe siècle, un hôpital que l'on a pris l'habitude de désigner de son nom (3).

  Le pont relie les rues Chaussée des Prés* et Puits-en-Sock*. Remarquons (toujours sur le plan ci-dessus) que le symbole d'un édifice religieux figure à l'entrée de l'ouvrage, à l'angle de la rue Chaussée des Prés et de la rivière. Il s'agit de l'ancienne église Saint-Nicolas-au-Pont, fondée au XIIe siècle et aujourd’hui disparue.

* Une famille de haut lignage, les « des Prés », habitaient jadis sur ces terres proches du pont des Arches.
** Le mot « puits » fait allusion à un puits d'eau potable qui desservait autrefois le quartier. On le disait «en Chok », appellation associée (mais je sais pas pourquoi) à diverses familles illustres des siècles passés.


plan_liège_1649.jpg  Ce détail de la gravure de Julius Milheuser nous montre le pont et l'église Saint-Nicolas en 1649. L'église participe au système défensif de la ville, avec sa tour servant de porte fortifiée, comme on le voit aussi sur cette peinture du journaliste et artiste liégeois Charles Bury (1895-1980) :

église saint-nicolas_outremeuse_liege_1620_dessin charles bury.jpg


 

place grétry_liège_outremeuse_fin XIXe.jpg  L'église Saint-Nicolas-au-Pont est démolie en 1805 sous le régime français. En 1810, son emplacement est transformé en petite place que l'on décore de rangées d'arbres et que l'on inaugure l'année suivante. Un parapet la sépare du bras d'eau. Le conseil communal choisit le nom de place Grétry pour commémorer ce musicien liégeois (1741-1813) né rue des Récollets en Outremeuse. Le dessin ci-dessus nous reporte vraisemblablement au milieu du XIXe siècle. Voici le même endroit de nos jours (le pointillé rouge indique le tracé du pont disparu) :
boulevard de l'est_outremeuse_liege_2016.jpg

 

église des récollets_outremeuse_fin XIX.jpg  À la suite du Concordat de 1801, c'est l'église des Récollets qui devient paroissiale et reprend le patronyme de Saint-Nicolas. Le document ci-dessus nous la montre au XIXe siècle, à l'époque des bras de l'Ourthe.

église saint-nicolas_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg

Le même endroit sur une carte postale colorisée du tout début du XXe siècle.


église des récollets_outremeuse_liège_2016.jpg   L'église Saint-Nicolas de nos jours. À côté, l'ancien couvent des Récollets a été totalement rénové et transformé en auberge de jeunesse.


pont saint-nicolas_outremeuse_liège_béthune_1850.jpg  Le pont Saint-Nicolas et l'hôpital de Bavière en 1850 (Léon Béthune, Vieux Liège, recueil de vues rares et inédites, ouvrage paru pour la première fois en 1892).

 

* * * * *


  Au milieu du XIXe siècle, Outremeuse est un quartier populeux, insalubre et malsain. Une population miséreuse s'entasse dans des rues étroites et tortueuses, logée dans des taudis. Les bras de rivière sont devenus des égouts à ciel ouvert ; ils sont la cause de fréquentes inondations et épidémies.

outremeuse plan projet Kummer 1852.jpg   http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1488

  Ce plan a été dressé en 1852 par l'ingénieur en chef Kummer, des Ponts et Chaussées (cliquez ICI pour l'ouvrir au format PDF en meilleure résolution). Il présente ses projets de simplification du réseau hydrographique, comme le redressement de la Meuse en Avroy et la création d'une Dérivation du fleuve, chantier colossal qui durera de 1953 à 63 (voir autre article).

  En Outremeuse, ce plan montre aussi le nouveau quartier de la place Delcour et des rues rectilignes qui y convergent. Subsistent hélas des biefs qui continuent à menacer la santé publique, comme celui qui suit le tracé des actuels boulevard Saucy (1), de l'Est (2) et de la Constitution (3).


  En 1866, une épidémie de choléra tue 2630 Liégeois ; le quartier le plus touché est Outremeuse avec 765 victimes. En 1871, Hubert-Guillaume Blonden, directeur des Travaux publics de la Ville, lance un plan d'assainissement pour supprimer les bras de l'Ourthe et créer de nouvelles voiries équipées d'égouts. Les comblements débuteront en 1872.


blonden assainissant outremeuse 1871.jpg  En octobre 1871, le journal satirique liégeois « Le Rasoir » publie en couverture cette caricature de Blonden assainissant Outremeuse.


bief saucy_outremeuse_1870.jpg  Le bief de Saucy vers 1870, deux ans avant le début de son comblement. Dans le fond, on aperçoit le pont Saint-Nicolas et l'ancien hôpital de Bavière. L'écluse, à gauche, permet une communication avec la Meuse (voir sur les plans anciens présentés plus haut).


boulevard saucy_liege_debut XXe.jpg
Le boulevard Saucy au début du XXe siècle. Une double rangée d'arbres existe depuis 1876.


boulevard saucy_liège_2016.jpg
La même perspective de nos jours.


rues puits en sock et surlet_liege_outremeuse_debut XXe.jpg  À l'angle des rues Puits-en-Sock et Surlet* au tout début du XXe siècle. Rappelons que c'est dans l'axe de la rue Puits-en-Sock que se trouvait autrefois le pont Saint-Nicolas.

* Cette rue n'est pas totalement achevée quand le conseil communal lui donne le nom, en 1846, de Louis le Vieux dit Surlet, riche bourgeois bienfaiteur des hospices au XIIIe siècle.




Comblement bief bvd de l'est.jpg

L'église Saint-Pholien* vue en 1874 depuis le bief en cours de comblement (futur boulevard de l'Est).


* La tour de l'église Saint-Pholien a été érigée de 1835 à 1842 selon les plans de l'architecte Julien Rémont (la coupole qui la surmonte sera enlevée en 1893 pour des raisons de sécurité). Le corps de l'édifice est une réédification progressive de l'église précédente qu'il fallait agrandir, tâche confiée à l'architecte Évariste Halkin.


boulevard de l'est_liege_2016.jpg  L'église n'est plus la même, et son environnement a bien changé ! Le rectangle rouge représente le contenu de la photo précédente.


maison porquin_outremeuse_liège_fin XIXe.jpg

  Mais revenons-en à la situation du tout début du XXe siècle. Cette carte colorisée met en évidence l'ancienne église Saint-Pholien et la maison dite « Porquin », du nom de Bernardin Porcini, le banquier lombard qui l'a fait construire en 1570. Cette « maison » aux allures de demeure seigneuriale était située sur l'île circonscrite par les bras de l'Ourthe juste en aval du pont Saint-Nicolas (emplacement de l'actuelle place de l'Yser) ; elle a été acquise en 1583 par le prince-évêque Ernest de Bavière, qui l'a cédée en 1603 à la confrérie de la Miséricorde chrétienne pour en faire un hospice, l'hôpital de la Miséricorde bien vite surnommé l'hôpital de Bavière. La maison Porquin s'est rapidement vu adjoindre des constructions supplémentaires pour devenir un domaine hospitalier important. Si elle apparaît seule sur la carte postale, c'est que les autres bâtiments ont été démolis à l'extrême fin du XIXe siècle, après le déménagement de l'hôpital dans ses nouvelles installations des Prés Saint-Denis. Malgré les protestations des défenseurs du patrimoine, elle finira aussi par disparaître en 1904, la Ville ayant décidé d'aménager là une nouvelle place publique.


ponçay_liege_fin XIXe.jpg  Cette place publique en devenir, la photo ci-dessus nous la montre à la charnière des XIXe et Xe siècle. Les bâtiments de l'ancien hôpital ont été détruits, comme vont bientôt l'être les masures qui s'étendent de la rue Puits-en-Sock (l'immeuble désigné par la flèche en est l'actuel n° 5) à l'église des Récollets (église paroissiale Saint-Nicolas depuis 1804). Il y avait là, avant 1874, un bras de l'Ourthe et une impasse dite du Ponçay*. En 1908, la place prend le nom de place de Bavière, et la voirie qui la borde dans le prolongement du boulevard Saucy est baptisée la rue Henri de Dinant**.

* Ponçay est la forme wallonne de ponceau, qui provient du latin pons. Il s'agirait du nom donné à une partie de l'ancien pont Saint-Nicolas.
** Henri de Dinant, bourgmestre de Liège au milieu du XIIIe siècle, s'est opposé au prince-évêque Henri de Gueldre.


rue henri de dinant_liege_2016.jpg
La rue Henri de Dinant de nos jours.

plan liège blonden 1880.jpg  Le quartier d'Outremeuse sur le plan de Blonden en 1880. Les boulevards Saucy, de l'Est et de la Constitution ont remplacé les biefs de l'Ourthe. Le premier hôpital de Bavière est toujours là, et des pointillés représentent des voiries en projet, comme les rues Ernest de Bavière et Henri de Dinant, qui seront réalisées en 1907-1908 pour délimiter la future place de Bavière.


église saint-pholien_outremeuse_fin XIX.jpg  L'église Saint-Pholien à la charnière des XIXe et XXe siècle, près de la jonction entre les boulevards de l'Est et de la Constitution.


pont lépopold_liège_tt début XXe.jpg  Découvrons les lieux depuis le pont des Arches (qu'on appelle aussi le pont Léopold à l'époque). Les autorités communales rêvent de créer une large artère rectiligne pour relier ce pont et les nouveaux boulevards conquis sur l'Ourthe.


place st-pholien_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg  La place Saint-Pholien à l'aube du XXe siècle. Certes, l'ancienne rue Derrière Saint-Pholien, devenue rue Saint-Pholien, a été rectifiée et élargie au-delà de l'église, mais il est évident que celle-ci obstrue le passage. Comme l'édifice présente un état de délabrement prématuré, dû à des malfaçons, il est décidé d'en reconstruire un autre à l'écart de la chaussée, conformément à un nouveau plan de voirie.


rue st-pholien_liège_2016.jpg  La place et la rue Saint-Pholien de nos jours. Cette dernière a été conçue dès la fin du XIXe siècle pour devenir l'entrée principale vers Outremeuse, en remplacement de la rue Chaussée des Prés (la flèche).

chaussée des prés_outremeuse_tt début XXe.jpg
La rue Chaussée des Prés au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼
chaussee des pres_liege_2016.jpg



églises saint-pholien_outremeuse_liège_1910.jpg  C'est dès 1910 que l'église Saint-Pholien du XIXe siècle est démolie et que commence la construction de sa remplaçante, conçue dans le style néogothique par l'architecte Edmond Jamar.


place de l'yser_liege_debut XXe.jpg  La nouvelle église Saint-Pholien a été consacrée en mai 1914. Quant à la place de Bavière, elle a été rebaptisée place de l'Yser en 1918, en commémoration des soldats morts sur ce front pendant la première guerre mondiale.


saint-pholien_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


bd de la constitution_liege_2016.jpg
En face du boulevard de l'Est, débute le boulevard de la Constitution.

barbou_liege_1861.jpg  Le bief devenu le boulevard de la Constitution s'appelait le Barbou, que le document ci-dessus représente en 1861. À la suite du bief de Saucy, ce bras de rivière était jadis un cours d'eau où l'on s’adonnait beaucoup à la pêche. Le terme « barbou » est à rapprocher de « barbeau », le poisson de rivière.


barbou_outremeuse_XIXe.jpg  Dessin du Barbou en 1872, juste avant son comblement (le chantier durera jusqu'en 1876). Remarquons les installations de pêche. On parle pourtant, à l'époque, de cloaques infects qui reçoivent les immondices du voisinage !


boulevard de la constitution_liege_1904.jpg  Le boulevard de la Constitution au début du XXe siècle. À gauche, on voit l'entrée d'une caserne de lanciers*. Dans le fond à droite, à l'angle que forme le boulevard avec la rue des Bonnes Villes, on aperçoit une des tourelles du nouvel hôpital de Bavière inauguré en 1895.

* Les bâtiments de la caserne Fonck sont aujourd'hui occupés par l'ESA Saint-Luc (école supérieure des Arts).


baviere_liege_fin XIXe.jpgL'hôpital de Bavière à la charnière des XIXe et Xe siècle.

 

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