20/07/2016

La rue Fond Saint-Servais

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La rue Fond Saint-Servais en 2016.


eglise st-servais_liege_1910.jpgL'église Saint-Servais au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼eglise st-servais_liege_2016.jpg


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  Dans la légende de la gravure ci-dessus (œuvre de Julius Milheuser publiée en 1649 par Johannes Blaeu), la rue Fond Saint-Servais est simplement intitulée « À Saint-Servais » (1). On a pris l'habitude d'ajouter le mot « fond » vu qu'elle est située au pied de la colline, dans le bas de la paroisse. Idée que l'on retrouve dans la rue « En Fond » (2), petite pente assez raide qui a disparu depuis longtemps. L'imposante cathédrale Sainte-Lambert (3) est toute proche (l'actuelle place du même nom), et les rues Neuve (4) et Table de Pierre (5) sont devenues la rue de Bruxelles, du palais au Cadran.

  À l'époque de ce document, le quartier Saint-Servais est habité, comme aux origines,
par des gens de condition : familles nobles, notables, magistrats, ecclésiastiques de haut rang...



  Des origines au milieu du XIXe siècle

  Transportons-nous au milieu du IVe siècle. Saint Servais est le premier évêque attesté du diocèse de Tongres. Au cours de ses pérégrinations apostoliques, il s'arrête souvent pour prier dans une petite chapelle établie par saint Materne, deux siècle plus tôt, à l'endroit qui nous intéresse dans cet article. Liège, à cette époque, n'est qu'une insignifiante bourgade rurale issue d'une ancienne villa romaine.

  Un jour qu'il se repose là à l'ombre d'un chêne majestueux, un peu en contrebas de la chapelle, saint Servais est l'objet d'une révélation divine lui apprenant que l'un de ses successeurs construirait à cet emplacement un sanctuaire en son honneur. Il bénit le lieu de son bâton, faisant jaillir une source des flancs du rocher*.

* Il est vrai qu'il existait jadis une fontaine à proximité de l'église Saint-Servais, fontaine prétendue miraculeuse et encore en activité jusqu'au XVe siècle pour l'usage quotidien des habitants du quartier.

 
Quand il lit cette histoire de révélation six siècle plus tard, l'évêque Ricaire (en fonction de 920 à 945)* se dit qu'il est le successeur épiscopal de saint Servais ; il lui fait bâtir un sanctuaire en 933, réalisant ainsi la prophétie.

* Il s'agit maintenant de l'évêque de Liège, le siège du diocèse ayant été transféré de Tongres-Maastricht à Liège au début du VIIIe siècle (voir autre article).

  Telle est la légende racontée au XIVe siècle par le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse, dont on connaît l'imagination fertile et pittoresque.


saint servais.jpg  Outre une statue de saint Servais surmontée d'une croix, la façade de l'édifice religieux comporte des ornementations mentionnant le nom de l'évêque supposé fondateur et l'année 933. Conformément donc à la tradition, bien qu'aucun document probant ne confirme ces éléments.


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  Ce plan est issu du site http://www.chokier.com/FILES/PLANS/1932-Polain.html ; il présente la cité de Liège après que le prince-évêque Notger ait fait construire la première enceinte fortifiée à la fin du Xe siècle. On peut supposer que l'église Saint-Servais et sa paroisse aient été créées à ce moment pour desservir les habitants de la colline, relégués en dehors des remparts.

  Au XIIIe siècle, vu l'essor de la population, la petite église romane est remplacée par un édifice plus vaste en gothique primaire, composé de trois nefs et de probablement un chevet plat. Le chœur sera ajouté au XIVe ou XVe siècle.

  En 1468, l'édifice n'est pas affecté par l'incendie qu'ordonne Charles le Téméraire ; en 1491 par contre, la tour est endommagée par un ouragan.


fonts baptismaux st-servais_liege_1945.jpg  En 1571, le curé Jean Curtius obtient le privilège de doter l'église de fonts baptismaux (les baptêmes, à cette époque, sont essentiellement célébrés à Notre-Dame-aux-Fonts, petite église paroissiale accolée à la cathédrale Saint-Lambert). La photo ci-dessus date de 1945, photographe inconnu.

  En 1583, ce même prêtre est confronté à un accident majeur : la tour s'effondre sur les nefs, qui s'affaissent. Il entreprend immédiatement de tout faire reconstruire.

  La tour retrouve son caractère architectural initial, et le corps de bâtiment est réédifié avec de nouvelles fenêtres de style ogival tertiaire (flamboyant), ornées d'admirables vitraux représentant notamment des scènes de la vie de saint Servais. La toiture est surélevée en 1614.


christ_pierreuse_liege_debut XXe.jpg  En 1649, un crucifix monumental qui se trouvait à l'entrée du chœur est transféré sur le haut de la rue Pierreuse, dans une niche aménagée en chapelle (la photo ci-dessus date du début du XXe siècle).

  En 1785, l'intérieur de l'église est modifié sous le prétexte de le mettre au goût du jour. Selon les consignes de l'architecte Dukers, on bouche des fenêtres du chœur, on diminue la hauteur des nefs, on plâtre les murs et piliers pour les peindre en blanc… Le chantier est à peine terminé quand éclatent les événements révolutionnaires qui vont aboutir à la fin de la principauté de Liège et son intégration à la république française.


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  Ce plan nous montre la configuration des lieux à la fin du régime français (1795-1814). Source du document : http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141.

  Pendant cette période, l'église Saint-Servais connaît les vicissitudes que subissent les biens du clergé. Après avoir servi de local pour des réunions politiques et électorales, elle finit par être mise aux enchères en octobre 1798. Elle est adjugée à un certain P-J Henkart, qui agit au nom du jurisconsulte Charles-Simon-Frédéric de Lintermans. Celui-ci espère sauver l'édifice de la destruction, pour le rendre au culte dès que possible.

  Après le Concordat de 1801, l'église est érigée en chapelle auxiliaire de Sainte-Croix, mais la population de Saint-Servais aspire à une paroisse indépendante. Ce souhait se réalisera en 1806 au terme de multiples tractations*.

* De Lintermans a bien sûr fait don du bâtiment et de ses annexes à la Fabrique d'église . Quant au diocèse, il a obtenu l'autorisation d'ériger Saint-Servais en paroisse à condition que les fidèles subviennent aux besoins du culte et au salaire du prêtre, sans aide du gouvernement.

  L'église est progressivement rendue apte au culte grâce à la générosité des paroissiens. Mais une véritable restauration du bâtiment se fait attendre jusqu'en 1848. Le curé Wafflard fait consolider la porte d'entrée, réparer la façade et remplacer le pavement intérieur*. En 1849, il fait restaurer les grands vitraux des nefs ; en 1855, il fait rouvrir les fenêtres du chœur bouchées à la fin du siècle précédent, pour les orner de nouvelles verrières.

* Hélas au détriment des pierres tombales incluses dans le pavement ancien (on en a cependant conservé des dessins).


eglise st-servais_liege_milieu XIXe.jpg   L'église Saint-Servais et la rampe vers la rue Volière au milieu du XIXe siècle. La porte cochère, dans le bâtiment de gauche, conduit aux ateliers de la Gazette de Liège, installés là de 1849 à 1871. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
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  Le chantier du chemin de fer de ceinture


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  Dans les années 1870, le chantier du chemin de fer de ceinture (voir autre article) va nécessiter la disparition des rues et immeubles compris entre la rue Fond Saint-Servais et la rue de Bruxelles*, de Pierreuse au Cadran. Le quartier concerné était devenu populeux et insalubre, la révolution industrielle ayant transformé le tissu social au cours du XIXe siècle.

* C'est le nouveau nom, depuis 1863, de la rue Neuve. On profitera des démolitions des années 1870 pour élargir cette voie, qui absorbera la rue Table de Pierre en 1877.


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Le quartier Saint-Servais éventré par le chantier du chemin de fer.


chantier chemin de fer_fond st-servais_liege_fin XIXe.jpg  Les destructions en vue de l'établissement de la ligne ferroviaire, vers 1873. On reconnaît la collégiale Sainte-Croix (1), la collégiale Saint-Martin (2)* et l'église Saint-Servais (3). Tout un côté de la rue Fond Saint-Servais a disparu, tout comme les rues des Ravets et Salamandre.

* Saint-Martin ne sera élevée au rang de basilique qu'en 1886.

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Le même endroit en 2006, pendant les travaux d'extension du palais de justice.


gare du palais_liege_1904.jpg  Remarquons, à gauche, combien l'église est proche du mur de soutènement. Quand des explosifs ont été utilisés lors du creusement de la tranchée destinée au chemin de fer, elle a été secouée et fissurée, tant au niveau des murs et des vitraux que du pavement. La fabrique a obtenu un dédommagement de l'État et pu faire faire réparer l'édifice en 1883. Les travaux de restauration ont duré jusqu'en 1891 sous la direction de l'architecte gantois Auguste Van Aasche. On a profité de l'occasion pour déplacer légèrement la porte d'entrée.


 

  À l'époque de la première gare du Palais (1877-1904)


square notger_liege_avant 1905.jpg  Photo prise à la charnière des XIXe et XXe siècle. À l'avant-plan, c'est le square Notger aménagé au début des années 1870 (voir autre article).


gare du palais_liege_1906.jpg  Cette carte postale a été affranchie en 1906, mais présente une situation antérieure, car La gare du Palais que l'on voit a été remplacée par une autre plus majestueuse à l'occasion de l'Exposition universelle de 1905 !


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La même carte postale, mais trafiquée en nocturne.


pont d'arcole_liege_debut XXe.jpg  Le pont d'Arcole à l'aube du XXe siècle. Cette passerelle, initialement en bois, a été construite en 1871 pour permettre une communication entre le Fond Saint-Servais et le centre-ville. Elle franchit la tranchée du chemin de fer à l'emplacement de l'ancienne rue Salamandre. Son nom officiel est la passerelle Saint-Servais, mais les Liégeois prennent l'habitude de la nommer le pont d'Arcole (du nom de la bataille, près de Vérone, où Napoléon Bonaparte a défait les Autrichiens en 1796). L'ouvrage devient métallique en 1881.


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Le même endroit de nos jours.


rue fond st-servais_liege_début Xe.jpg  Cette extension de la rue Fond Saint-Servais, pour ouvrir une communication directe avec la rue Pierreuse, a été décidée en 1889.


rue fond st-servais_liege_2016 (2).jpg  En ce début de XXIe siècle, une dalle a été jetée à cet endroit sur la tranchée du chemin de fer, supportant des bâtiments du nouveau palais de justice.



Une petite promenade à la charnière des années 1960 et 70...

...de la rue du Palais à la rue des Anglais, via les rues Pierreuse et Fond Saint-Servais. Chaque photo ancienne est accompagnée de sa correspondance actuelle :


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rue fond st-servais_liege_debut annees 1960.jpgrue fond st-servais_liege_2016 (4).jpg


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rue fond st-servais_liege_1968 (3).jpgrue fond st-servais_liege_2016 (6).jpg



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  Les bouleversements des années 1970 et 1980


gare du palais_liege_1977.jpg  Cette photo date de juillet 1977. Le square Notger a été saccagé (voir autre article), et les démolitions vont bientôt s'étendre aux immeubles de la rue de Bruxelles et du Cadran. La gare du Palais de 1905 n'échappera pas à la folie destructrice de l'époque.


chantier gare du palais_liege_1974 (1).jpg  En 1974 déjà, le site ferroviaire est en pleine mutation : il est question d'électrifier la ligne et d'aménager une nouvelle gare souterraine, sous quatre voies en surface.


chantier gare du palais_liege_1974 (2).jpg  Les deux flèches désignent des immeubles de la rue Fond Saint-Servais. Le verte, ceux qu'on va conserver ; la rouge, ceux qui vont disparaître en même temps que tous les autres bâtiments visibles sur cette photo de 1974.


rue fond st-servais_liege_1974-75.jpg  Les voici en gros plan, les immeubles montrés par la flèche rouge sur la vue précédente, situés entre l'ancien pont d'Arcole et la rue des Anglais.


rue fond st-servais_liege_1979.jpg  1979. L'arrière-plan est débarrassé des immeubles du Cadran et des Bons Enfants (voir autre article). Au niveau de la gare, juste après les abris pour voyageurs, une dalle est en cours de construction sur une partie des voies. Elle sert actuellement d'espace de parcage automobile.


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La même perspective de nos jours.


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En mars 1980.


incendie eglise st-servais_liege_1981 (1).jpg  ▲ Le 21 août 1981, un incendie ravage l'église Saint-Servais, affectant la toiture, le mobilier et les décors intérieurs des nefs et du chœur ▼
incendie eglise st-servais_liege_1981 (2).jpg


incendie eglise st-servais_liege_1981 (3).jpg  Les dégâts sont considérables ; Il faudra attendre 1985, après restauration partielle, pour que l'église soit réaffectée au culte. Cliquez ici pour accéder à un diaporama montrant l'extérieur et l'intérieur de l'église actuelle.


place st-lambert_liege_1982.jpg  L'église sinistrée en 1982. De la place Saint-Lambert au Cadran, les travaux vont se prolonger deux décennies.

chantier justice_liege_2006.jpg  Un quart de siècle plus tard, le site aux alentours est toujours en chantier. L'église Saint-Servais ne recouvrera probablement jamais une toiture digne de ce nom.



  La rue Fond Saint-Servais au début du XXIe siècle


Pendant le chantier des extensions du palais de justice :

2003 nov.jpg2006 avril.jpg2007 fevrier.jpg2008 mars.jpg2008 novembre.jpg2014 janv.jpg

 

Une partie de cette autre page est consacrée au même sujet : http://users.belgacom.net/cwarzee/gare_du_palais/index.htm

 

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L'ancien square Notger

Autre article concernant cet emplacement et ses environs immédiats :
http://histoiresdeliege.skynetblogs.be/archive/2014/01/07....

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieres  Le plan ci-dessus date de 1827 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre), il nous reporte à la veille de l'indépendance de la Belgique.

  La butte où se trouve la rue Saint-Pierre domine de tout près la façade occidentale du palais, et seule une volée d'escaliers, les degrés de Saint-Pierre, permet de descendre vers la place Saint-Lambert.

  Il n'existe là aucune voie carrossable qui mette le centre-ville en communication directe avec la rue Neuve (la future rue de Bruxelles), artère promise à un grand avenir. Ce sont les habitants des quartiers élevés de l'ouest (Saint-Séverin, Saint-Martin...) qui réclament cette nouvelle voie, vu notamment les difficultés qu'ils rencontrent avec leurs charrettes en empruntant la rue Haute-Sauvenière, trop étroite et trop pentue.

  L'idée d'ouvrir une percée (la flèche) entre la place Saint-Lambert et la rue Neuve naît dès la fin des années 1830, mais les discussions entre les autorités nationales, provinciales et communales, à propos surtout de leur contribution respective, traînent jusqu'en 1844.

  Les expropriations d'immeubles commencent en 1845, et la nouvelle voirie est percée l'année suivante (la flèche sur le plan qui suit). Elle s'appellera la rue Notger, du nom du premier prince-évêque de Liège à la fin du Xème siècle.

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieres  Vu les différences de niveau, un pont est prévu pour qu'elle puisse passer sous la rue Saint-Pierre, avant que celle-ci n'entame sa descente en pente raide (1) vers les rues Neuve (2) et Derrière le Palais (3), à proximité des anciennes écuries du palais transformées en caserne de hussards (4).


place_st-lambert pont Notger_fin_XIXe.jpg  Sur cette gravure du milieu du XIXe siècle, on aperçoit le pont Notger à gauche du palais. Pont qui disparaîtra en 1860 (photo suivante) :
pont_notger-liege-1860.jpg

  En 1842, on projette de restaurer le palais de la place Saint-Lambert, déjà destiné à la justice, pour y transférer le siège du gouvernement provincial, établi jusque-là dans l'ancien couvent des Bons Enfants (voir plan de 1827 au début de cet article). L'incendie de ce couvent, en 1845, précipite les événements.

  Le projet de restauration du palais est soumis à un concours que remporte l'architecte Jean-Charles Delsaux. La caserne annexée au palais est rasée, et la façade occidentale est totalement remaniée de 1849 à 1853, avec l'ajout d'un hôtel provincial dont le style néogothique s'accorde parfaitement avec l'ensemble. La rue Notger est élargie et rectifiée pour la rendre parallèle à la nouvelle aile du palais.

 palais_provincial-liege-facade delsaux.jpg  Le dessin ci-dessus idéalise la façade de Delsaux en la montrant précédée d'une vaste esplanade destinée à la flânerie. En réalité, seule une petite partie de la butte a été enlevée de 1849 à 1853, et les abords du nouvel hôtel provincial ne sont guère aussi dégagés, comme en témoigne la photo ci-dessous, prise probablement vers 1860 :
palais_justice-liege-fin_XIXe.jpg

  En 1862, les autorités communales décident de réaménager l'espace en face du palais provincial, pour y créer « un lieu agréable de promenade et de rencontre ». Dès 1867, des travaux de déblaiement et de nivellement sont entrepris pour aboutir à la création du square Notger.


square_notger-liege-1870.jpg  Le document ci-dessus nous reporte vers 1870, pendant la création du square Notger en face du palais provincial. À gauche : les immeubles de la rue Saint-Pierre, au sommet de la butte en partie enlevée. À droite : la rue Neuve devenue la rue de Bruxelles en 1863.

square_notger-liege-1875.jpgLe square Notger après l'aménagement en 1872 du rocher et de ses décorations florales.

palais square_notger-liege- dessin fin XIXe.jpgLe palais provincial et le square Notger à la veille du XXe siècle.

palais square notger-liege-1900.jpg  La façade du palais provincial vers 1900, vue depuis la gare du Palais première du nom, inaugurée en 1877.

square_notger gare du palais-liege-avant 1905.jpg  Vers 1900 dans l'autre sens. Les immeubles cossus, le long de la pente de la rue Saint-Pierre, ont été bâtis en 1878.

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieresCarte postée en 1907.

 
  Sur la gauche du square, c'est un escalier monumental qui a été aménagé pour descendre place Saint-Lambert. Il a repris l'appellation de la volée de marches d'antan : les degrés de Saint-Pierre, dont voici quelques vues datant du début du XXe siècle :

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place st-lambert_degres st-pierre_liege_debut XXe.jpgLa place Saint-Lambert vue depuis les degrés (de) Saint-Pïerre, vers 1905 ▲ et 1973 ▼degres st-pierre-liege-debut annees 70.jpg

 

square_notger-pierreuse-avant 1905.jpg  Ci-dessus, le square Notger et Pierreuse avant 1905. Ci-dessous, après 1905, avec la gare du Palais deuxième du nom, construite à l'occasion de l'Exposition universelle :
square_notger-pierreuse-1905.jpg

 

square_notger statue_montefiore-liege.jpg  La carte colorisée ci-dessus met en évidence la gare de 1905, mais aussi la statue Montefiore-Levi, installée là en 1911.

 

statue montefiore-levi_liege_1911.jpg  Ce monument modern'style est l'œuvre du statuaire liégeois Oscar Berchmans (1869-1950), élève de Léon Mignon. Il est dédié aux époux philanthropes Hortense et Georges Montefiore-Levi. Il s'agit d’un groupe allégorique en bronze : une jeune femme aux formes épanouies prend sous sa protection deux enfants frêles et tourmentés. L’ensemble symbolise la charité.

  À la fin des années 1970, à la suite de la destruction du Square Notger, le monument Montefiore-Levi est démonté et stocké dans un dépôt de la Ville de Liège. Restauré en avril 1995, il est placé dans la cour de l'Hôtel Somzé, siège de l'Échevinat de l'Environnement, en Féronstrée. En 2012, conformément au souhait de l'architecte Claude Strebelle, la statue reprend place non loin de son emplacement originel, dans le cadre des extensions du Palais de Justice, aux escaliers dits « degrés des Dentellières », qui relient la rue du Palais à la rue Pierreuse :
statue_montefiore-degres dentellieres-liege-2013.jpg

 

Revenons-en au square Notger d'antan. Le voici de 1954 au début des années 1970 :

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La fin du square

 
Ci-dessous, deux vues prises en 1969 :

square_notger-liege-1969a.jpg

square_notger-liege-1969b.jpg


place saint-lambert-liege-demolitions_1974.jpg  Milieu des années 1970. Les démolitions qui sévissent place Saint-Lambert vont bientôt frapper le square Notger et la gare du Palais.

  Ci-dessous, deux photos de la démolition du square en 1977, puis le chantier qui a suivi :

histoire de liège,square notger,place saint-lambert,rue neuve,rue de bruxelles,rue derriere le palais,delsaux,palais provincial,gare du palais,degrés saint-pierre,statue montefiore,degres des dentellieressquare_notger-liege-demolition-1977.jpg
chantier-place st-lambert-liege-1978.jpg


tours_ascenseurs_devant_palais-liege-annees 1980.jpg1988, les cages d'ascenseurs éphémères d'un immeuble qui ne sera jamais terminé !

place saint-lambert-liege-1992.jpgLa place Saint-Lambert en 1992.

place notger-liege-2006.jpgEn 2006.

 

place notger-liege-2013.jpg  Devant cette façade du palais (photo de 2013), l'espace vert porte de nos jours le nom de place Notger.

degres st-pierre-liege-2013.jpg    Depuis le haut de l'îlot Saint-Michel, de nouveaux « degrés Saint-Pierre » permettent de descendre place Saint-Lambert... À comparer avec cette vue de 1960 :
degres st-pierre-liege-1960.jpg

11/03/2016

Le théâtre du Gymnase, de Saint-Jacques à Saint-Lambert

plan liege regime français.jpg  Le plan ci-dessus provient du site DONum de l'Ulg. Rendez-vous sur cette page et cliquez sur le bandeau noir « Prévisualisation de 100F.jpg » qui coiffe l'image. Dans la fenêtre qui apparaît, une loupe vous permet d'observer les détails du document. Examinez les emplacements marqués d'une flèche avant de continuer votre lecture.

  Flèche n°1 :

  Le canal de la Sauvenière (futur boulevard du même nom) est longé d'un quai* qui porte le nom de son concepteur : Charles-Emmanuel Micoud d'Umons, préfet du département de l'Ourthe depuis 1806 (portrait ci-contre).

* Ce quai a été aménagé dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, a également été détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la berge.

                       micoud d'umons.jpg


  Flèche n°2 :

  La mention « Salle des Spectacles » désigne un bâtiment attenant à l’église Saint-Jacques, laquelle a échappé de peu à la vente publique et subsiste depuis le Concordat de 1801 comme simple temple paroissial. Cet immeuble est une ancienne salle capitulaire dont les greniers ont été convertis en théâtre.

  Quelle est l'origine de ce théâtre ?

  Quand Charles-Emmanuel Micoud d'Umons prend ses fonctions en 1806, Liège ne possède plus de théâtre, vu l'incendie en janvier 1805 de celui établi sur le quai de la Goffe.

theatre douane batte liege.jpgLe bâtiment de la Douane sur le quai de la Goffe. Le deuxième étage a servi de théâtre de 1767 à 1805.


  Le préfet impérial rêve d'une salle de spectacle de prestige du côté de la place Verte ou de la place aux Chevaux, mais dans l'urgence, il fait d'abord aménager un théâtre provisoire dans « les greniers de Derrière Saint-Jacques », avec l'assentiment du Conseil de Fabrique de l'église qui y voit l'occasion de revenus supplémentaires.

  L'opération est confiée à François-Joseph Dewandre, inspecteur des bâtiments civils, et Auguste Dukers, architecte*. Le Gymnase dramatique, tel sera nom nom, est inauguré le 4 novembre 1806 ; il cessera ses activités en 1820, l'année où débute le théâtre de la place de la Comédie.

* Auguste Dukers sera aussi l'architecte du théâtre construit de 1818 à 1820 sur l'emplacement des jardins de l'ancien couvent des Dominicains (l'actuel Opéra de Wallonie).


 
En 1825 (la Belgique est maintenant rattachée aux Pays-Bas), la Fabrique de l'église Saint-Jacques adresse au gouvernement une demande de subsides afin de restaurer l'édifice religieux. L'État exige la vente préalable du bâtiment ayant servi de théâtre, pour en affecter le montant aux réparations.

  L'immeuble concerné est vendu en août 1827 à Frédéric Rouveroy*, aux enchères publiques. Mais comme une partie de la toiture sert de contrefort à l'église, il ne peut être démoli, et le nouveau propriétaire relance les activités théâtrales dès 1833. On parle dès lors du théâtre des Variétés ou du théâtre du Gymnase, cette dernière appellation finissant par l'emporter.

* Frédéric Rouveroy (1771-1850), membre de la société de l'Émulation, poète et fabuliste, échevin voire adjoint au maire de Liège de 1808 à 1830.

quai d'avroy_liege_1850.jpg  À l'avant-plan, c'est le quai d'Avroy vers 1850. De l'autre côté de la Meuse (telle qu'elle coulait à l'époque), la flèche désigne le théâtre du Gymnase attenant au transept sud de l'église Saint-Jacques.

plan_liege_1828.jpg  Cet extrait de plan date de 1828. La flèche désigne le bâtiment du Gymnase et les anciens cloîtres de Saint-Jacques. À gauche, on aperçoit la rivière et la promenade d'Avroy. Le cours de la Meuse sera modifié de 1853 à 1863. Ce qu'on en voit ici deviendra le boulevard Piercot.

st-jacques_liege_bing maps.jpg  Le même endroit de nos jours, avec le boulevard d'Avroy, le boulevard Piercot et la place Émile Dupont*, précédemment place Rouveroy (où le rectangle rouge rappelle l'emplacement du théâtre d'antan).

* Avocat et homme politique belge (1834-1912), originaire du quartier.


 
Entamée en 1828 sous le régime hollandais, relancée en 1833 à la suite de la visite du roi des Belges Léopold 1er, la restauration de l'église Saint-Jacques va durer jusqu'en 1869. Un chantier colossal pour consolider l'édifice et préserver son ornementation.

  Très vite, le bâtiment du Gymnase pose problème. Déjà jugé indécent par d'aucuns, il est considéré comme une menace pour l'église en cas d'incendie. Des voix s'élèvent pour en réclamer l'expropriation pour cause d'utilité publique.

  Les négociations s'éternisent, tant pour obtenir de la famille Rouveroy une compensation financière acceptable que pour déterminer ce que l'on ferait des lieux (le théâtre jouxte d'anciens cloîtres dans un état de délabrement avancé).

  C'est en 1861 que la Ville acquiert le bâtiment en dédommageant la veuve de Frédéric Rouveroy. Il est question de tout raser du côté sud de l'église, pour y créer une place publique avec la contribution financière des habitants. La troupe théâtrale joue sa dernière représentation en mai 1864, puis commencent les démolitions*.

* La place Rouveroy (place Émile Dupont depuis 1920) ne sera aménagée qu'en 1873 et le square en 1879. Il a d'abord fallu renforcer le transept sud de l'église, que ne soutenait plus l'ancien bâtiment capitulaire.


* * * * *

  Voilà donc la troupe du Gymnase à la recherche d'une nouvelle salle. Elle va finir par s'intéresser à l'ancien hôtel des comtes de Rougrave, rue des Mauvais Chevaux, au nord-ouest de la place Saint-Lambert.

plan_abords cathedrale_liege_fin XVIIIe.jpghttp://www.chokier.com/FILES/STPIERRE/PlanAbord.html


  Ce plan présente les abords de la cathédrale Saint-Lambert (emplacement de l'actuelle place du même nom) à la fin du XVIIIe siècle. Cliquez dessus pour l'agrandir et situer l'hôtel de Rougrave* et la rue des Mauvais Chevaux**.

* Le dernier à occuper les lieux fut Marie-Philippe-Alexandre-Charles Hyacinthe de Rougrave, vicaire général du diocèse (1772-1804) et prévôt de la collégiale Saint-Barthélemy.
** Étymologie inconnue.

plan communal liege vers 1865.jpg   Mais voyons les lieux au milieu des années 1860. La rue des Mauvais Chevaux (qui disparaîtra complètement en 1872) a été réduite et finit en impasse permettant d'accéder à la résidence des Fabry-Beckers. L'ancien hôtel des Rougrave, dès 1865, a été transformé en salle de théâtre par Alphonse Bonnaud. À proximité, en face de la nouvelle aile du palais provincial, débute en 1867 l'aménagement d'un petit parc qu'on appellera le square Notger.

  Le théâtre Bonnaud ferme ses portes en décembre 1867 pour des raisons financières ; la salle est vendue à un certain Carpier, qui accepte d'y accueillir la troupe du Gymnase, laquelle inaugure ses nouveaux locaux le 21 octobre 1868.

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Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880.

  En 1884, la vieille demeure seigneuriale est démolie et reconstruite pour faire place en partie à l'immeuble marqué d'une flèche sur les deux cartes postales qui suivant (1899 et 1903) :
place saint-lambert_liege_1899.jpgtheatre du gymnase_liege_tt debut XXe.jpg


* * * * *

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À l'aube du XXe siècle ▲ et en avril 2006 ▼place saint-lambert_liege_2006.jpg

 

theatre du gymnase_liege_1919.jpg
En 1919 ▲ et octobre 2006 ▼place saint-lambert liege 2006.jpg



theatre du gymnase_liege_1914-18.jpg  Dès août 1914, le théâtre est pillé, avant de servir de magasin de ravitaillement. En 1940-45, il poursuivra ses activités malgré l'occupation, avec un répertoire bien sûr soumis à la censure.

place saint-lambert_liege_annees 1950.jpg
La place Saint-Lambert et le Gymnase dans les années 1950.

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Le square Notger et le Gymnase dans les années 1950.

theatre royal du gymnase_liege.jpgÀ la charnière des années 1950 et 60. À noter que le Gymnase est théâtre royal depuis 1936.


Puis arrivent les années 1970 :

theatre du gymnase_liege_debut annees 1970.jpgtheatre du gymnase_liege_debut annees 1970 (2).jpgtheatre du gymnase_liege_1970.jpgtheatre du gymnase square notger_liege_1970.jpg

 

  Adopté en 1968, le plan Lejeune* sévit dans le courant des années 1970. Le cœur historique de Liège et ses environs sont saccagés, les bulldozers et pelleteuses se lançant à l'assaut du patrimoine cher aux Liégeois. Puis les désaccords politiques et les projets successifs, les problèmes financiers, les mécontentements populaires, vont entraîner, pendant près de trois décennies, ce qu'on surnommera « la saga du trou béant » de la place Saint-Lambert.

* Jean Lejeune est échevin des travaux publics de la la ville de Liège. Historien de formation, il est néanmoins partisan du « tout à l'automobile », influencé par les idées du groupe architectural l'Équerre.

theatre du gymnase square notger_liege-1975.jpg  Photo d'avant 1975. Trois symboles liégeois vont bientôt disparaître : le théâtre du Gymnase, le square Notger et la gare du Palais. On retrouve cet endroit dans le cadre rouge de la photo suivante (que vous pouvez agrandir en cliquant dessus) :
place saint-lambert liege 2007.jpg


  À l'aube des années 1970, la direction du Gymnase sait déjà que l'immeuble de la place Saint-Lambert est condamné. À ce moment, il est cependant question d’édifier au début du boulevard de la Sauvenière un complexe regroupant le Trianon, le Gymnase et même le Conservatoire de musique, le tout complété d’une galerie commerçante. Voici une simulation du projet :
sauveniere liege projet immobilier.jpg


boulevard sauveniere liege 1969.jpg  Pour libérer l'espace en vue de ce mégathéâtre de la Sauvenière qui ne sera jamais réalisé, on a démoli des maisons de la rue Basse-Sauvenière, ainsi que le théâtre wallon du Trianon et le cinéma Crosly (que l'on voit sur la photo ci-dessus datant de 1969, quelques années avant leur destruction).

espace trianon_liege_2013.jpg  Quarante ans plus tard, le site est toujours un chancre urbain, agrandi depuis la démolition en 2012 de l'ancien immeuble du journal « La Meuse ».


Mais revenons-en à la place Saint-Lambert :

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Dans les années 1960 ▲ et en 1974-75 ▼place saint-lambert_liege_demolitions annes 1970.jpgplace saint-lambert_liege_1974.jpgplace saint-lambert_liege_demolitions vers 1976.jpg


yheautre dy gymnanse_liege_deuil 1975.jpg  Le personnel, qui a reçu son préavis en décembre 1974 hisse un drapeau noir en façade dès les premiers jours de 1975. La dernière représentation aura lieu le 3 juin.

theatre du gymnase_liege_1975.jpg
Été 1975.

square notger_liege_demolition_1977.jpgFévrier 1977. Le square Notger disparaît à son tour.

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Le chantier en 1978.


* * * * *

  En 1976, le Nouveau Gymnase entamera sa première saison place de l'Yser (Outremeuse). En 1983, il deviendra le théâtre de la Place, lequel déménagera place du XX Août en 2013, dans le bâtiment entièrement rénové de l'Émulation ; on l'appelle depuis le Théâtre de Liège.

 

Lectures recommandées :

- Marcel CONRADT, Histoire des théâtres de Liège, tome 1, éditions du Céfal, Liège 2005.

- Paul DELCHEF, Le Gymnase, ou l'aventure d'un théâtre liégeois, éditions du Céfal et de la province de Liège, 2002.

 

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21/07/2015

Les premières gares du Palais à Liège

   Le chemin de fer de ceinture

 

  La seconde moitié du XIXème siècle connaît l'essor des chemins de fer. En 1865, on ouvre une ligne pour relier Liers à Vivegnis, tronçon qui permet de recevoir des convois en provenance des Pays-Bas, via Hasselt et Tongres. Voilà la lisière nord-est de Liège, industrielle, desservie par le rail ; on décide alors de la relier aux Guillemins (où une gare existe depuis 1842) par une voie ferrée de ceinture.

  Cette jonction Vivegnis-Guillemins entraîne le percement de plusieurs tunnels, sous la colline de Pierreuse et sous le Publémont*. Ce chantier d'envergure, de la première adjudication à l'inauguration de la ligne, va durer de 1869 à 1877.

* C'est la colline qui s'étend du mont Saint-Martin à l'église Saint-Gilles.

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Le creusement du tunnel sous Pierreuse en 1873. Ce tunnel mesurera 847 mètres.


histoires de liège,histoire de liège,gare du palais,rue de bruxelles,pierreuse,tunnel sous pierreuse,chemin de fer de ceinture liège,pont d'arcole,square notger  L'aménagement des voies ferrées nécessite de nombreuses expropriations. La rue des Ravets (1) et la rue Salamandre (2) vont notamment disparaître. À droite le long du muret, la rue Table de Pierre est rebaptisée rue de Bruxelles en 1877. Ci-dessous, la même perspective en 2007, pendant les travaux d'extension du palais de justice :
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Le tunnel ferroviaire de Pierreuse sur une carte postale « Belle Époque ».

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La tête du tunnel vers 1900. Ci-dessous, le même endroit en 2008 :
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  La première gare du Palais

  Les Guillemins sont loin du centre-ville. Dès 1847, les autorités songent à établir une gare au cœur même de la cité, mais il faut attendre 1871 pour que le conseil communal décide de la faire construire près du palais provincial, vu l'aménagement du chemin de fer de ceinture.

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La première gare, dès 1877, est une modeste construction de briques, bois et bitume.

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La rue de Bruxelles vers 1900. Ci-dessous, en 2008 :
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Le pont d'Arcole en 1902.

  C'est en 1871 qu'une passerelle en bois est construite pour franchir la tranchée du chemin de fer, à l'emplacement de l'ancienne rue Salamandre. Elle est officiellement appelée la passerelle Saint-Servais, mais les Liégeois prennent l'habitude de la nommer le pont d'Arcole (du nom de la bataille, près de Vérone, où Napoléon Bonaparte défait les Autrichiens en 1796). L'ouvrage devient métallique en 1881. Il disparaîtra à la fin des années 1970, quand une partie des voies de chemin de fer sera recouverte d'une dalle (la photo ci-dessous date de 1979) :
gare-palais-liege-1979.jpg

 

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Les quais de la gare sur une carte postée en 1904. Ci-dessous, en 2008 :histoires de liège,histoire de liège,gare du palais,rue de bruxelles,pierreuse,tunnel sous pierreuse,chemin de fer de ceinture liège,pont d'arcole,square notger


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Les quais de la gare, le pont d'Arcole et la rue de Bruxelles vers 1900. Ci-dessous, en 2006 :
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  La gare de 1905


  À l'aube du XXème siècle, la gare du Palais est jugée indigne d'une ville qui se prépare à accueillir de nombreux visiteurs à l'occasion de l'exposition universelle prévue pour 1905.

  La construction initiale est remplacée par un bâtiment néogothique (architecte Edmond Jamar) en harmonie avec l'aile du palais qui abrite le gouvernement provincial.

  Les quatre photos qui suivent datent des années 1905–1910 :

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La gare néogothique dans les années 1960. Ci-dessous, vue depuis le square Notger :gare-palais-square-notger-liege-annees_60.jpg


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Vers 1974-1975.
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1977. La gare du Palais et les maisons de la rue de Bruxelles seront démolies avant la fin de la décennie.

Ce sera une autre histoire dans une autre note...

Lien concernant ce sujet :
http://users.belgacom.net/cwarzee/gare_du_palais/index.htm

Autre lien intéressant : http://www.alaf.be/_media/ligne34.pdf.

 

07/01/2014

Sur les traces de la collégiale Saint-Pierre

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser  La photo ci-dessus (d'André Drèze, « 100 vues aériennes d'une ville millénaire », 1980) nous montre la place Saint-Lambert et ses alentours en 1979, après les démolitions qui ont marqué la décennie. Intéressons-nous à la rue Saint-Pierre (la flèche), qui tire son nom d'une ancienne église collégiale située autrefois à l'emplacement de la croix.

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser  Voici la jonction, avant les destructions, de la rue Saint-Pierre et de la rue de Bruxelles (à droite, il s'agit de la gare du Palais, bâtiment néogothique aujourd'hui disparu).

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser  Le même endroit en 1954. La rue Saint-Pierre, pour descendre vers la rue de Bruxelles, contourne l'agréable square Notger (dont nous parlerons dans une autre note). Avant le réaménagement du site au milieu du XIXe siècle (nouvelle aile occidentale du palais), la butte Saint-Pierre couvrait cet espace, dominée par l'imposante collégiale éponyme.

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser  Le cœur historique de Liège en 1649 (gravure de Julius MILHEUSER). La flèche désigne la collégiale Saint-Pierre, toute proche du palais des princes-évêques. Le dessin ne rend malheureusement pas compte de la dénivellation de terrain. À l'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert, trône la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, qui sera détruite dès 1794 à la suite des événements révolutionnaires de l'époque.

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser  Dessin du peintre liégeois Englebert FISEN (1655-1733) : la collégiale Saint-Pierre à gauche de la cathédrale Saint-Lambert.

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuserLa collégiale Saint-Pïerre en 1737, gravure due à Remacle Le Loup.

  L'église que l'on voit sur ces documents des XVIIe et XVIIIe siècles n'est plus, bien sûr, le temple originel dont la fondation remonte au début du VIIIe siècle, quand Liège n’est qu’une humble bourgade mérovingienne.

  C'est à l’évêque Hubert, du diocèse de Tongres-Maastricht, qu'on attribue la construction, vers 712, au début de la colline boisée surplombant l’actuelle place Saint-Lambert, d’une église dédiée à saint Pierre, le principal apôtre du Christ. L’édifice et ses dépendances constituent un monastère bénédictin dont les moines proviennent de l’abbaye de Stavelot.

  À sa mort en 727, le prélat est inhumé dans l’église qu’il a fondée. Un siècle plus tard, sa dépouille est transférée dans le village ardennais d’Andage, qui prend le nom de Saint-Hubert. Le tableau qui suit, dû en 1437 au peintre primitif flamand Rogier Van der Weyden, représente l'exhumation du corps avant son déplacement.

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  Ravagée par les Normands en 881, l’église instaurée par saint Hubert est rebâtie en 922 par l’évêque Richaire, qui l'élève au rang de collégiale avec un chapitre de trente chanoines séculiers. Elle sera ensuite modifiée à diverses reprises, comme en 1185, après avoir subi des dommages à la suite de l’incendie de la cathédrale Saint-Lambert voisine.


La fin de la collégiale Saint-Pierre

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser  Imaginons les lieux au début du XIXe siècle, en nous aidant de ce plan de 1810, quand Liège est le chef-lieu du département de l’Ourthe de l’empire français. À cette date, la colline où se situe la rue Saint-Pierre (1) se termine de façon quasi abrupte à quelques mètres à peine de l’aile occidentale du palais des princes-évêques déchus (2), aile qui ne présente absolument pas le même aspect qu’actuellement (nous en parlerons dans une autre note), et à laquelle est annexée une caserne de hussards (3). La collégiale Saint-Pierre (4) domine la butte, mais elle a subi les outrages réservés aux édifices religieux déclarés biens nationaux, tout comme l’église paroissiale Saint-Clément et Saint-Trond (5), désaffectée elle aussi.

  La rue Saint-Pierre se prolonge par la ruelle Saint-Clément (6), qui contourne la collégiale pour descendre vers la rue Derrière le Palais (7). Du promontoire, il faut emprunter les escaliers de la rue des Dégrés de Saint-Pierre (8) pour accéder en contre-bas à la rue des Mauvais-Chevaux (9) et aux ruines de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert (10).

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser   Les ruines de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert au début du XIXe siècle. Dans le fond, on reconnaît le campanile du palais et à sa gauche le clocher de l’ancienne collégiale Saint-Pierre.

  Après le Concordat de 1801, qui réorganise les relations entre la religion et l’État, la collégiale Saint-Pierre ne figure pas au nombre des églises rendues au culte. Dépouillée de son mobilier et de ses ornements, dénudée de ses métaux, marbres et boiseries, que les acquéreurs ont arrachés sans ménagement, utilisée par la mairie comme entrepôt, elle présente un tel état de délabrement, fin 1810, qu’il est arrêté de la vendre à des fins de démolition. L’adjudication du chantier a lieu en mai 1811.

  Parallèlement, il est décidé de prolonger la rue Saint-Pierre à travers l’emplacement de l’église, pour la faire communiquer en pente douce avec la rue Derrière le Palais. Tous ces travaux vont durer bien plus longtemps que prévu et se poursuivre sous le régime hollandais.

liege,histoires de liège,histoire de liège,église saint-pierre,collégiale saint-pierre,rue saint-pierre,square notger,saint hubert,évêque hubert,remacle le loup,julius milheuser  Ce plan date de 1827, à l'époque du régime hollandais (1815-1830). La rue Saint-Pierre a été prolongée par un virage en pente (1) pour rejoindre la rue Derrière le Palais (2). La collégiale proprement dite est détruite, mais les cloîtres et dépendances subsisteront jusqu'en 1860. Une partie de ces bâtiments, depuis 1826, sert de manège et d'école d'équitation (3).



Le palais provincial vu de la butte Saint-Pierre, en 1982 et 2012

 

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