20/07/2016

La rue Fond Saint-Servais

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La rue Fond Saint-Servais en 2016.


eglise st-servais_liege_1910.jpgL'église Saint-Servais au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼eglise st-servais_liege_2016.jpg


*  *  *  *  *


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  Dans la légende de la gravure ci-dessus (œuvre de Julius Milheuser publiée en 1649 par Johannes Blaeu), la rue Fond Saint-Servais est simplement intitulée « À Saint-Servais » (1). On a pris l'habitude d'ajouter le mot « fond » vu qu'elle est située au pied de la colline, dans le bas de la paroisse. Idée que l'on retrouve dans la rue « En Fond » (2), petite pente assez raide qui a disparu depuis longtemps. L'imposante cathédrale Sainte-Lambert (3) est toute proche (l'actuelle place du même nom), et les rues Neuve (4) et Table de Pierre (5) sont devenues la rue de Bruxelles, du palais au Cadran.

  À l'époque de ce document, le quartier Saint-Servais est habité, comme aux origines,
par des gens de condition : familles nobles, notables, magistrats, ecclésiastiques de haut rang...



  Des origines au milieu du XIXe siècle

  Transportons-nous au milieu du IVe siècle. Saint Servais est le premier évêque attesté du diocèse de Tongres. Au cours de ses pérégrinations apostoliques, il s'arrête souvent pour prier dans une petite chapelle établie par saint Materne, deux siècle plus tôt, à l'endroit qui nous intéresse dans cet article. Liège, à cette époque, n'est qu'une insignifiante bourgade rurale issue d'une ancienne villa romaine.

  Un jour qu'il se repose là à l'ombre d'un chêne majestueux, un peu en contrebas de la chapelle, saint Servais est l'objet d'une révélation divine lui apprenant que l'un de ses successeurs construirait à cet emplacement un sanctuaire en son honneur. Il bénit le lieu de son bâton, faisant jaillir une source des flancs du rocher*.

* Il est vrai qu'il existait jadis une fontaine à proximité de l'église Saint-Servais, fontaine prétendue miraculeuse et encore en activité jusqu'au XVe siècle pour l'usage quotidien des habitants du quartier.

 
Quand il lit cette histoire de révélation six siècle plus tard, l'évêque Ricaire (en fonction de 920 à 945)* se dit qu'il est le successeur épiscopal de saint Servais ; il lui fait bâtir un sanctuaire en 933, réalisant ainsi la prophétie.

* Il s'agit maintenant de l'évêque de Liège, le siège du diocèse ayant été transféré de Tongres-Maastricht à Liège au début du VIIIe siècle (voir autre article).

  Telle est la légende racontée au XIVe siècle par le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse, dont on connaît l'imagination fertile et pittoresque.


saint servais.jpg  Outre une statue de saint Servais surmontée d'une croix, la façade de l'édifice religieux comporte des ornementations mentionnant le nom de l'évêque supposé fondateur et l'année 933. Conformément donc à la tradition, bien qu'aucun document probant ne confirme ces éléments.


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  Ce plan est issu du site http://www.chokier.com/FILES/PLANS/1932-Polain.html ; il présente la cité de Liège après que le prince-évêque Notger ait fait construire la première enceinte fortifiée à la fin du Xe siècle. On peut supposer que l'église Saint-Servais et sa paroisse aient été créées à ce moment pour desservir les habitants de la colline, relégués en dehors des remparts.

  Au XIIIe siècle, vu l'essor de la population, la petite église romane est remplacée par un édifice plus vaste en gothique primaire, composé de trois nefs et de probablement un chevet plat. Le chœur sera ajouté au XIVe ou XVe siècle.

  En 1468, l'édifice n'est pas affecté par l'incendie qu'ordonne Charles le Téméraire ; en 1491 par contre, la tour est endommagée par un ouragan.


fonts baptismaux st-servais_liege_1945.jpg  En 1571, le curé Jean Curtius obtient le privilège de doter l'église de fonts baptismaux (les baptêmes, à cette époque, sont essentiellement célébrés à Notre-Dame-aux-Fonts, petite église paroissiale accolée à la cathédrale Saint-Lambert). La photo ci-dessus date de 1945, photographe inconnu.

  En 1583, ce même prêtre est confronté à un accident majeur : la tour s'effondre sur les nefs, qui s'affaissent. Il entreprend immédiatement de tout faire reconstruire.

  La tour retrouve son caractère architectural initial, et le corps de bâtiment est réédifié avec de nouvelles fenêtres de style ogival tertiaire (flamboyant), ornées d'admirables vitraux représentant notamment des scènes de la vie de saint Servais. La toiture est surélevée en 1614.


christ_pierreuse_liege_debut XXe.jpg  En 1649, un crucifix monumental qui se trouvait à l'entrée du chœur est transféré sur le haut de la rue Pierreuse, dans une niche aménagée en chapelle (la photo ci-dessus date du début du XXe siècle).

  En 1785, l'intérieur de l'église est modifié sous le prétexte de le mettre au goût du jour. Selon les consignes de l'architecte Dukers, on bouche des fenêtres du chœur, on diminue la hauteur des nefs, on plâtre les murs et piliers pour les peindre en blanc… Le chantier est à peine terminé quand éclatent les événements révolutionnaires qui vont aboutir à la fin de la principauté de Liège et son intégration à la république française.


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  Ce plan nous montre la configuration des lieux à la fin du régime français (1795-1814). Source du document : http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141.

  Pendant cette période, l'église Saint-Servais connaît les vicissitudes que subissent les biens du clergé. Après avoir servi de local pour des réunions politiques et électorales, elle finit par être mise aux enchères en octobre 1798. Elle est adjugée à un certain P-J Henkart, qui agit au nom du jurisconsulte Charles-Simon-Frédéric de Lintermans. Celui-ci espère sauver l'édifice de la destruction, pour le rendre au culte dès que possible.

  Après le Concordat de 1801, l'église est érigée en chapelle auxiliaire de Sainte-Croix, mais la population de Saint-Servais aspire à une paroisse indépendante. Ce souhait se réalisera en 1806 au terme de multiples tractations*.

* De Lintermans a bien sûr fait don du bâtiment et de ses annexes à la Fabrique d'église . Quant au diocèse, il a obtenu l'autorisation d'ériger Saint-Servais en paroisse à condition que les fidèles subviennent aux besoins du culte et au salaire du prêtre, sans aide du gouvernement.

  L'église est progressivement rendue apte au culte grâce à la générosité des paroissiens. Mais une véritable restauration du bâtiment se fait attendre jusqu'en 1848. Le curé Wafflard fait consolider la porte d'entrée, réparer la façade et remplacer le pavement intérieur*. En 1849, il fait restaurer les grands vitraux des nefs ; en 1855, il fait rouvrir les fenêtres du chœur bouchées à la fin du siècle précédent, pour les orner de nouvelles verrières.

* Hélas au détriment des pierres tombales incluses dans le pavement ancien (on en a cependant conservé des dessins).


eglise st-servais_liege_milieu XIXe.jpg   L'église Saint-Servais et la rampe vers la rue Volière au milieu du XIXe siècle. La porte cochère, dans le bâtiment de gauche, conduit aux ateliers de la Gazette de Liège, installés là de 1849 à 1871. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
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  Le chantier du chemin de fer de ceinture


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  Dans les années 1870, le chantier du chemin de fer de ceinture (voir autre article) va nécessiter la disparition des rues et immeubles compris entre la rue Fond Saint-Servais et la rue de Bruxelles*, de Pierreuse au Cadran. Le quartier concerné était devenu populeux et insalubre, la révolution industrielle ayant transformé le tissu social au cours du XIXe siècle.

* C'est le nouveau nom, depuis 1863, de la rue Neuve. On profitera des démolitions des années 1870 pour élargir cette voie, qui absorbera la rue Table de Pierre en 1877.


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Le quartier Saint-Servais éventré par le chantier du chemin de fer.


chantier chemin de fer_fond st-servais_liege_fin XIXe.jpg  Les destructions en vue de l'établissement de la ligne ferroviaire, vers 1873. On reconnaît la collégiale Sainte-Croix (1), la collégiale Saint-Martin (2)* et l'église Saint-Servais (3). Tout un côté de la rue Fond Saint-Servais a disparu, tout comme les rues des Ravets et Salamandre.

* Saint-Martin ne sera élevée au rang de basilique qu'en 1886.

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Le même endroit en 2006, pendant les travaux d'extension du palais de justice.


gare du palais_liege_1904.jpg  Remarquons, à gauche, combien l'église est proche du mur de soutènement. Quand des explosifs ont été utilisés lors du creusement de la tranchée destinée au chemin de fer, elle a été secouée et fissurée, tant au niveau des murs et des vitraux que du pavement. La fabrique a obtenu un dédommagement de l'État et pu faire faire réparer l'édifice en 1883. Les travaux de restauration ont duré jusqu'en 1891 sous la direction de l'architecte gantois Auguste Van Aasche. On a profité de l'occasion pour déplacer légèrement la porte d'entrée.


 

  À l'époque de la première gare du Palais (1877-1904)


square notger_liege_avant 1905.jpg  Photo prise à la charnière des XIXe et XXe siècle. À l'avant-plan, c'est le square Notger aménagé au début des années 1870 (voir autre article).


gare du palais_liege_1906.jpg  Cette carte postale a été affranchie en 1906, mais présente une situation antérieure, car La gare du Palais que l'on voit a été remplacée par une autre plus majestueuse à l'occasion de l'Exposition universelle de 1905 !


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La même carte postale, mais trafiquée en nocturne.


pont d'arcole_liege_debut XXe.jpg  Le pont d'Arcole à l'aube du XXe siècle. Cette passerelle, initialement en bois, a été construite en 1871 pour permettre une communication entre le Fond Saint-Servais et le centre-ville. Elle franchit la tranchée du chemin de fer à l'emplacement de l'ancienne rue Salamandre. Son nom officiel est la passerelle Saint-Servais, mais les Liégeois prennent l'habitude de la nommer le pont d'Arcole (du nom de la bataille, près de Vérone, où Napoléon Bonaparte a défait les Autrichiens en 1796). L'ouvrage devient métallique en 1881.


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Le même endroit de nos jours.


rue fond st-servais_liege_début Xe.jpg  Cette extension de la rue Fond Saint-Servais, pour ouvrir une communication directe avec la rue Pierreuse, a été décidée en 1889.


rue fond st-servais_liege_2016 (2).jpg  En ce début de XXIe siècle, une dalle a été jetée à cet endroit sur la tranchée du chemin de fer, supportant des bâtiments du nouveau palais de justice.



Une petite promenade à la charnière des années 1960 et 70...

...de la rue du Palais à la rue des Anglais, via les rues Pierreuse et Fond Saint-Servais. Chaque photo ancienne est accompagnée de sa correspondance actuelle :


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rue fond st-servais_liege_debut annees 1960.jpgrue fond st-servais_liege_2016 (4).jpg


rue fond st-servais_liege_1975.jpgrue fond st-servais_liege_2016 (5).jpg



rue fond st-servais_liege_1968 (3).jpgrue fond st-servais_liege_2016 (6).jpg



rue fond st-servais_liege_1968 (4).jpgrue fond st-servais_liege_2016 (7).jpg



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  Les bouleversements des années 1970 et 1980


gare du palais_liege_1977.jpg  Cette photo date de juillet 1977. Le square Notger a été saccagé (voir autre article), et les démolitions vont bientôt s'étendre aux immeubles de la rue de Bruxelles et du Cadran. La gare du Palais de 1905 n'échappera pas à la folie destructrice de l'époque.


chantier gare du palais_liege_1974 (1).jpg  En 1974 déjà, le site ferroviaire est en pleine mutation : il est question d'électrifier la ligne et d'aménager une nouvelle gare souterraine, sous quatre voies en surface.


chantier gare du palais_liege_1974 (2).jpg  Les deux flèches désignent des immeubles de la rue Fond Saint-Servais. Le verte, ceux qu'on va conserver ; la rouge, ceux qui vont disparaître en même temps que tous les autres bâtiments visibles sur cette photo de 1974.


rue fond st-servais_liege_1974-75.jpg  Les voici en gros plan, les immeubles montrés par la flèche rouge sur la vue précédente, situés entre l'ancien pont d'Arcole et la rue des Anglais.


rue fond st-servais_liege_1979.jpg  1979. L'arrière-plan est débarrassé des immeubles du Cadran et des Bons Enfants (voir autre article). Au niveau de la gare, juste après les abris pour voyageurs, une dalle est en cours de construction sur une partie des voies. Elle sert actuellement d'espace de parcage automobile.


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La même perspective de nos jours.


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En mars 1980.


incendie eglise st-servais_liege_1981 (1).jpg  ▲ Le 21 août 1981, un incendie ravage l'église Saint-Servais, affectant la toiture, le mobilier et les décors intérieurs des nefs et du chœur ▼
incendie eglise st-servais_liege_1981 (2).jpg


incendie eglise st-servais_liege_1981 (3).jpg  Les dégâts sont considérables ; Il faudra attendre 1985, après restauration partielle, pour que l'église soit réaffectée au culte. Cliquez ici pour accéder à un diaporama montrant l'extérieur et l'intérieur de l'église actuelle.


place st-lambert_liege_1982.jpg  L'église sinistrée en 1982. De la place Saint-Lambert au Cadran, les travaux vont se prolonger deux décennies.

chantier justice_liege_2006.jpg  Un quart de siècle plus tard, le site aux alentours est toujours en chantier. L'église Saint-Servais ne recouvrera probablement jamais une toiture digne de ce nom.



  La rue Fond Saint-Servais au début du XXIe siècle


Pendant le chantier des extensions du palais de justice :

2003 nov.jpg2006 avril.jpg2007 fevrier.jpg2008 mars.jpg2008 novembre.jpg2014 janv.jpg

 

Une partie de cette autre page est consacrée au même sujet : http://users.belgacom.net/cwarzee/gare_du_palais/index.htm

 

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15/06/2016

L'îlot Saint-Michel

place saint-lambert_liege_2003.jpg  L'îlot Saint-Michel est l'ensemble de bâtiments modernes que l'on voit dans le fond à droite de la photo ci-dessus, prise en 2003 pendant la construction des galeries Saint-Lambert. Édifié à l'ouest de la place Saint-Lambert, inauguré en septembre 1999, le complexe comporte des commerces, des bureaux et des logements.

 

À l'origine du projet

  Dans les années 1960, responsables politiques et techniciens s’accordent pour adapter le centre de Liège à la circulation automobile. Le plan Lejeune* est adopté en 1968. Il prévoit de transformer la place Saint-Lambert en carrefour de voies rapides, ainsi que de créer en sous-sol une importante gare des bus et deux mille places de parking.
* Jean Lejeune, échevin des travaux publics. Historien, il est néanmoins partisan du « tout à l'automobile », influencé par les idées du groupe architectural l'Équerre.

 
Le plan d'aménagement suppose de nombreuses démolitions. Concernant le sujet de cet article, c'est presque tout le quartier situé entre la place Saint-Lambert et la rue Haute-Sauvenière qui va disparaître dans le courant des années 1970 (à gauche du trait rouge sur la carte postale qui suit) :
place saint-lambert-liege-vue aerienne 1970.jpg

place saint-lambert_liege_debut annees 1970.jpg Ci-dessus, la place Saint-Lambert et ses alentours au début des années 1970. Ci-dessous, en 2004 :
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place saint-lambert_liege_chantier 1979.jpgCi-dessus, l'ampleur des destructions en 1979. Ci-dessous, ce que l'endroit est devenu en 2004 :place saint-lambert_liege_MET 2004.jpg

  Les difficultés financières, les désaccords politiques, ainsi que le mécontentement des défenseurs du patrimoine, des commerçants et des habitants en général, vont bloquer longtemps les projets de reconstruction.

  Projets divers qui se succèdent en vain jusqu'en 1984, quand l’architecte Claude Strebelle* se voit officiellement investi de la mission de redessiner complètement la configuration du centre-ville, en tenant compte de tous les acteurs concernés. En 1985, il réalise un premier schéma directeur non contraignant, qui rompt avec les idées précédentes, et qui aboutira, au fil des années, des nécessités et des négociations, à ce qui existe aujourd'hui.
* Claude Strebelle (Bruxelles 1917 - Liège 2010) a aussi été, dans les années 1970, l'architecte coordinateur qui a dirigé l’implantation de l'université de Liège dans le domaine du Sart-Tilman.

 chantier place saint-Lambert_liege_1980.jpg  Le chantier de la place Saint-Lambert vers 1980. Une partie de tout ce béton enfoui inutilement (il était initialement question d'une importante gare des bus) sera récupéré pour devenir le parking Saint-Lambert, situé sous l'actuel îlot Saint-Michel.

place saint-lambert_liege_1992.jpg  La place Saint-Lambert en 1992. Il y a presque deux décennies qu'a commencé la « saga » de la place-Lambert !


  En 1994, un appel d'offres est lancé pour l’aménagement de ce terrain en friche urbaine depuis des années. C'est le groupe immobilier CODIC* qui remporte le marché en 1996 et débute le chantier en octobre 1997.
* Également maître d'ouvrage du centre commercial Belle-Île.

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Codic choisit de développer quatre bâtiments différents, construits autour de voiries piétonnes, confiés à divers bureaux d’architecture (Bruno Albert, François Lemaire, Philippe Gérard, Bernard Herbecq, Quang Tuan Linh) sous la houlette de l’architecte coordonnateur Claude Strebelle. L’aménagement des jardins-terrasses est confié à l’architecte-paysagiste Jean-Noël Capart. Le maître de l'ouvrage fait appel aux entrepreneurs Galère et Wust.

  Voici une série de photos du chantier de l'îlot Saint-Michel en 1998 :

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Le chantier de l'îlot Saint-Michel vu depuis la rue Clémenceau.


ilot saint-michel_liege_2000.jpg  L'îlot Saint-Michel tout neuf en décembre 2000, vu depuis le dernier étage de l'ancien Grand Bazar de la place Saint-Lambert.

  Nous verrons plus loin que l'appellation « Saint-Michel » trouve son origine dans l'histoire du quartier. En avril 2011 pourtant, l'endroit est rebaptisé » « Espace SainMichel ». « Sain » sans « t » : il ne s'agit évidemment pas d'une faute de frappe, mais d'une allusion à la santé, pour lancer un projet original : offrir au consommateur une façon différente et agréable de faire son shopping, dans « un espace respectueux de l’environnement où l’accent est mis à différents niveaux pour le bien-être de tous ».

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Les rues piétonnes de l'Espace SainMichel

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1 : la rue Saint-Michel / 2 : la place Saint-Michel / 3 : la rue de la Populaire / 4 : la rue de l'Official.

 
Ces appellations font référence à des voiries ou bâtiments aujourd'hui disparus.

 

  La rue et la place Saint-Michel

 

  Découvrons les lieux avant les démolitions qui ont caractérisé les années 1970 (la flèche désigne l'ancienne place Saint-Michel) :

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place saint-lambert_liege_annees 1950.jpg  La place Saint-Lambert et la place du Maréchal Foch dans les années 1950. Tout l'espace au-delà du trait rouge est aujourd'hui occupé par l'îlot Saint-Michel. À la pointe de la flèche, se trouve la rue Joffre qui existe toujours.

  Vous trouverez davantage de renseignements sur la place Foch (anciennement place Verte) en cliquant ICI.

rue joffre-liege.jpg  Dans le cadre rouge, la rue Joffre au début des années 1960, avec l'équivalent en 2007. Dans le cadre bleu : la rue de l'Official, dont nous reparlerons plus loin.

rue de l'official-liege-1961.jpg  La rue de l'Official en 1961. À droite, juste après l'enseigne BP, s'ouvre la rue Saint-Michel, qui mène à la petite place du même nom.

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La place de la République française en 1976. C'est derrière les arbres qu'aboutit la rue de l'Official.

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On accède aussi à la place Saint-Michel en empruntant la rue Haute-Sauvenière.

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La place Saint-Michel à la fin des années 1960.


  Selon le chroniqueur médiéval Jean d'Outremeuse*, un château Saint-Michel aurait existé dès le VIIIe siècle sur la colline où se trouvent la rue et la collégiale Sainte-Croix. Une chapelle, en ses murs, consacrée à l'archange-chevalier**, aurait donné son nom à l'édifice.

* Chroniqueur liégeois du XIVe siècle, connu pour son imagination débordante.
** Le prince des anges qui a terrassé le dragon (Satan).


 
En réalité, le culte de Saint-Michel est très répandu à Liège au Moyen Âge, et une église paroissiale est érigée en Haute-Sauvenière au début du XIe siècle. On la voit ci-dessous (désignée par la flèche) sur un fragment de la gravure de Milheuser (1649) :

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  Modifiée à plusieurs reprises, cette église est réédifiée au début du XVIIIe siècle. Elle présente alors une forme hexagonale, comme le montre le document ci-dessous datant de 1720 :
eglise saint-michel-liege-1720.jpg

  On sait le sort réservé aux bâtiments religieux à la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. L'église Saint-Michel est désaffectée dès 1801, servant notamment d'atelier de carrosserie. Vendue en 1824, elle est démolie peu de temps après. Le terrain devenu libre finit par appartenir à la famille Desoër de Solières, propriétaire aussi de l'immeuble Renaissance italienne situé à l'angle de la rue Haute Sauvenière.

hotel desoer-liege-1919.jpg  Construit au milieu du XVIe siècle, l'hôtel Desoër de Solières porte en fait le nom de la famille qui l'a possédé au XIXe siècle. La photo ci-dessus nous le montre au début du XXe siècle, avant qu'il ne soit vendu en 1919 à un particulier qui le transforme en maison de commerce.

  Ci-dessous, une enfilage de trois photos qui constituent une vue panoramique de la place Saint-Michel dans les années 1950 (agrandissez l'image en cliquant dessus) :

place saint-michel_liege_annees 1950.jpgOuvert en octobre 1954, le cinéma Caméo deviendra le Clichy en 1973, lequel fermera en 1976.

place saint-lambert_liege_demolitions annees 1970.jpg  Au cours des années 1970, le côté occidental de la place Saint-Lambert est dévasté par les démolitions dont nous avons parlé plus haut.

place saint-michel_liege_demolitions 1978.jpgL'hôtel Desoër de Solières en 1978, complètement abandonné.

place saint-michel_liege_terrain vague 1981.jpg  1981. Le quartier Saint-Michel et la place Foch ont disparu, et cette friche urbaine va servir de parking pendant une quinzaine d'années. À droite de l'hôtel Desoër, l'hôtel de Bocholtz* vient d'être restauré pendant une dizaine d'années, à la suite de son acquisition en 1967 par le groupe Paribas.

* Autre demeure patricienne de style Renaissance, aménagée du milieu du XVIe siècle par Arnold de Bocholtz, chanoine de la cathédrale de Liège. Le bâtiment a été acheté en 2013 par François Fornieri, patron de la firme pharmaceutique Mithra, dans le dessein d'en faire un « centre d'émulation pour le monde culturel, politique et scientifique ».

hotel de bocholtz-liege-1980.jpgL'hôtel de Bocholtz en 1980 (Paribas) ▲ et 2007 (Dexia)▼hotel de bocholtz-liege-2007.jpg

 

place saint-michel_liege_1985.jpg  Au milieu des années 1980, une aile de l'hôtel Desoër de Solières est squattée par le centre d'expression artistique « La Courte Échelle », à la recherche de locaux. C'est la Communauté française qui est alors propriétaire des lieux, mais ceux-ci restent à l'abandon, faute de moyens financiers pour les restaurer.

  En septembre 1995, le bâtiment est fortement endommagé par un incendie. Propriété depuis peu de la Région wallonne, il fait l'objet de travaux d'urgence pour l'empêcher de s'effondrer partiellement, puis il faut attendre 2001 pour que débute une réelle restauration, selon le projet élaboré par le bureau d'architecture Philippe Greisch.

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La rue Haute-Sauvenière à la fin des années 1990, avec l'hôtel Desoër en attente de restauration.

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Le chantier de restauration de l'hôtel Desoër en mars 2002.

hotel desoer-liege-inauguration 2003.jpg  L'inauguration en mai 2003. L'architecte a réussi à conserver la façade d'origine et lui a ajouté une audacieuse extension contemporaine.

  Ci-dessous, deux photos de l'actuelle place Saint-Michel (2005 et 2007). L'hôtel Desoër abrite désormais un Espace Wallonie, centre d'accueil, d'information et de culture :
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Quant à la rue Saint-Michel actuelle (dont le tracé ne correspond plus à celui d'antan), elle constitue l'artère principale du complexe, reliant la place Saint-Lambert à la rue Haute Sauvenière. La voici en 1999, puis en 2005 :
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rue saint-michel_liege_2005.jpg


 

La rue de la Populaire

rue de la populaire-liege-2014(1).jpg  La rue de la Populaire vue depuis la place de la République française▲ et depuis l'intérieur de l'îlot Saint-Michel ▼
rue de la populaire-liege-2014(2).jpg

Cette voirie ne rappelle pas une rue d'autrefois, mais un bâtiment emblématique de l'ancienne place du Maréchal Foch (appelée place Verte avant 1919, voir l'article consacré spécifiquement à ce sujet).

place verte-liege-debut XXe(2).jpg  Ci-dessus, la place Verte à l'aube du XXe siècle. L'immeuble qui arbore un drapeau noir est La Populaire, maison du peuple et siège du POB (parti ouvrir belge, ancêtre du PS, le parti socialiste). Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
ilot saint-michel_liege_google maps.jpg

  La société coopérative La Populaire est fondée en 1887. Le 1er mai 1894 (jour symbolique), elle s'installe définitivement place Verte, dans l'ancien hôtel de Méan* existant depuis 1662. Elle comporte un café, une salle de réunion et un magasin où « les travailleurs socialistes peuvent se fournir en denrées alimentaires aux meilleures conditions ». En 1898 , l'architecte Paul Tombeur réaménage les lieux et y ajoute une vaste salle des fêtes.

*
Ironie du sort, le parti du peuple établit son siège dans l'immeuble d'une des familles les plus aristocratiques de l'Ancien Régime (dont est même issu le dernier prince-évêque François-Antoine-Marie-Constantin de Méan).

café le phare avant 1894.jpg  À gauche du document ci-dessus, on découvre l'immeuble de Méan avant l'installation de la coopérative La Populaire, et même avant les transformations dues à l'architecte Paul Tombeur. Il est mitoyen d'un élégant café-restaurant appelé Au Phare (inauguré en 1891, avec une lanterne à feu tournant située sur le toit).

populaire-liege-1912.jpg  Le 3 juin 1912, La Populaire sert de refuge à des manifestants qui revendiquent le suffrage universel. La gendarmerie intervient et ouvre le feu. Le bilan du drame est lourd : quatre morts (trois militants socialistes et un enfant) et une vingtaine de blessés ! Les petits ronds blancs, sur la carte postale ci-dessus, sont les impacts des balles tirées par la maréchaussée.

place foch-liege-vers 1920.jpg  Après la première guerre mondiale (la place Verte est devenue la place du Maréchal Foch), l’histoire de La Populaire (la flèche) se confond avec celle de l’Union coopérative de Liège, qui acquiert le Grand Hôtel (l'imposant immeuble blanc à l'angle de la place Saint-Lambert), pour en faire le siège de ses magasins dès 1923.

places saint-lambert et foch_liege_annees 1930.jpg  Carte des années 1930, avec l'ancien Grand Hôtel devenu les Grands Magasins de l'Union coopérative, lesquels rivalisent « avec les grandes enseignes bourgeoises situées en face ».

populaire-liege-question royale.jpg  La Populaire pendant la Question royale, les socialistes prônant de voter « non » lors de la consultation populaire du 12 mars 1950, organisée par le gouvernement avant de se prononcer sur le retour au pouvoir du roi Léopold III.

la populaire-liege-annees 1960.jpg  La Populaire au début des années 1960, avec son café-restaurant proposant des prix démocratiques. À la fin de la décennie précédente, la coopérative a acquis le café Au Phare et l'a remplacé par un immeuble moderne qui complète les Grands Magasins établis dans l'ancien Grand Hôtel.

place saint-lambert_phare_liege_1968.jpg  Dans les années 1960, les Grands Magasins de l'Union coopérative ont d'ailleurs adopté le nom de Phare. En couleurs sur la gauche de la carte postale ci-dessous :
place saint-lambert_liege_annees 1960.jpg  À remarquer « l'homme au bouclier » sur le toit de l'immeuble, publicité pour la Prévoyance sociale, société coopératives d'assurances créée en 1907.

rue de l'official-liege-1972.jpg  La Populaire et le Phare en 1972, à la veille d'être démolis dans le cadre des délires urbanistiques de cette décennie.

populaire-pare-liege-milieu annees 1970.jpg  La Populaire a été détruite en 1974. La façade a été démontée pierre par pierre, et tous ses éléments sont conservés dans un entrepôt communal, en attente d'une hypothétique reconstruction !

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La démolition du Phare vers 1975.

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Fin des années 1970 ▲ et en 2006 ▼
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La rue de l'Official

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La voici dans l'autre sens, prolongée au-delà des escaliers par la rue de la Populaire.

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  Ci-dessous, le même endroit en 1974, juste avant les démolitions qui vont marquer la suite de cette décennie :
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  Quelle est l'origine de l'appellation « Official » ?

 
Sous l'Ancien Régime, ce mot désigne un magistrat ecclésiastique ainsi que le tribunal relevant de sa juridiction. Replongeons-nous au milieu du XVIIe siècle grâce à la gravure de Julius Milheuser :
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  Les bâtiments compris entre la place aux Chevaux et la place Verte, les voici reproduits par le dessinateur Alfred Ista :
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La rue de l'Official en 1961, vue depuis la place du Maréchal FOCH ▲ et depuis la place de la République française ▼
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11/03/2016

Le théâtre du Gymnase, de Saint-Jacques à Saint-Lambert

plan liege regime français.jpg  Le plan ci-dessus provient du site DONum de l'Ulg. Rendez-vous sur cette page et cliquez sur le bandeau noir « Prévisualisation de 100F.jpg » qui coiffe l'image. Dans la fenêtre qui apparaît, une loupe vous permet d'observer les détails du document. Examinez les emplacements marqués d'une flèche avant de continuer votre lecture.

  Flèche n°1 :

  Le canal de la Sauvenière (futur boulevard du même nom) est longé d'un quai* qui porte le nom de son concepteur : Charles-Emmanuel Micoud d'Umons, préfet du département de l'Ourthe depuis 1806 (portrait ci-contre).

* Ce quai a été aménagé dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, a également été détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la berge.

                       micoud d'umons.jpg


  Flèche n°2 :

  La mention « Salle des Spectacles » désigne un bâtiment attenant à l’église Saint-Jacques, laquelle a échappé de peu à la vente publique et subsiste depuis le Concordat de 1801 comme simple temple paroissial. Cet immeuble est une ancienne salle capitulaire dont les greniers ont été convertis en théâtre.

  Quelle est l'origine de ce théâtre ?

  Quand Charles-Emmanuel Micoud d'Umons prend ses fonctions en 1806, Liège ne possède plus de théâtre, vu l'incendie en janvier 1805 de celui établi sur le quai de la Goffe.

theatre douane batte liege.jpgLe bâtiment de la Douane sur le quai de la Goffe. Le deuxième étage a servi de théâtre de 1767 à 1805.


  Le préfet impérial rêve d'une salle de spectacle de prestige du côté de la place Verte ou de la place aux Chevaux, mais dans l'urgence, il fait d'abord aménager un théâtre provisoire dans « les greniers de Derrière Saint-Jacques », avec l'assentiment du Conseil de Fabrique de l'église qui y voit l'occasion de revenus supplémentaires.

  L'opération est confiée à François-Joseph Dewandre, inspecteur des bâtiments civils, et Auguste Dukers, architecte*. Le Gymnase dramatique, tel sera nom nom, est inauguré le 4 novembre 1806 ; il cessera ses activités en 1820, l'année où débute le théâtre de la place de la Comédie.

* Auguste Dukers sera aussi l'architecte du théâtre construit de 1818 à 1820 sur l'emplacement des jardins de l'ancien couvent des Dominicains (l'actuel Opéra de Wallonie).


 
En 1825 (la Belgique est maintenant rattachée aux Pays-Bas), la Fabrique de l'église Saint-Jacques adresse au gouvernement une demande de subsides afin de restaurer l'édifice religieux. L'État exige la vente préalable du bâtiment ayant servi de théâtre, pour en affecter le montant aux réparations.

  L'immeuble concerné est vendu en août 1827 à Frédéric Rouveroy*, aux enchères publiques. Mais comme une partie de la toiture sert de contrefort à l'église, il ne peut être démoli, et le nouveau propriétaire relance les activités théâtrales dès 1833. On parle dès lors du théâtre des Variétés ou du théâtre du Gymnase, cette dernière appellation finissant par l'emporter.

* Frédéric Rouveroy (1771-1850), membre de la société de l'Émulation, poète et fabuliste, échevin voire adjoint au maire de Liège de 1808 à 1830.

quai d'avroy_liege_1850.jpg  À l'avant-plan, c'est le quai d'Avroy vers 1850. De l'autre côté de la Meuse (telle qu'elle coulait à l'époque), la flèche désigne le théâtre du Gymnase attenant au transept sud de l'église Saint-Jacques.

plan_liege_1828.jpg  Cet extrait de plan date de 1828. La flèche désigne le bâtiment du Gymnase et les anciens cloîtres de Saint-Jacques. À gauche, on aperçoit la rivière et la promenade d'Avroy. Le cours de la Meuse sera modifié de 1853 à 1863. Ce qu'on en voit ici deviendra le boulevard Piercot.

st-jacques_liege_bing maps.jpg  Le même endroit de nos jours, avec le boulevard d'Avroy, le boulevard Piercot et la place Émile Dupont*, précédemment place Rouveroy (où le rectangle rouge rappelle l'emplacement du théâtre d'antan).

* Avocat et homme politique belge (1834-1912), originaire du quartier.


 
Entamée en 1828 sous le régime hollandais, relancée en 1833 à la suite de la visite du roi des Belges Léopold 1er, la restauration de l'église Saint-Jacques va durer jusqu'en 1869. Un chantier colossal pour consolider l'édifice et préserver son ornementation.

  Très vite, le bâtiment du Gymnase pose problème. Déjà jugé indécent par d'aucuns, il est considéré comme une menace pour l'église en cas d'incendie. Des voix s'élèvent pour en réclamer l'expropriation pour cause d'utilité publique.

  Les négociations s'éternisent, tant pour obtenir de la famille Rouveroy une compensation financière acceptable que pour déterminer ce que l'on ferait des lieux (le théâtre jouxte d'anciens cloîtres dans un état de délabrement avancé).

  C'est en 1861 que la Ville acquiert le bâtiment en dédommageant la veuve de Frédéric Rouveroy. Il est question de tout raser du côté sud de l'église, pour y créer une place publique avec la contribution financière des habitants. La troupe théâtrale joue sa dernière représentation en mai 1864, puis commencent les démolitions*.

* La place Rouveroy (place Émile Dupont depuis 1920) ne sera aménagée qu'en 1873 et le square en 1879. Il a d'abord fallu renforcer le transept sud de l'église, que ne soutenait plus l'ancien bâtiment capitulaire.


* * * * *

  Voilà donc la troupe du Gymnase à la recherche d'une nouvelle salle. Elle va finir par s'intéresser à l'ancien hôtel des comtes de Rougrave, rue des Mauvais Chevaux, au nord-ouest de la place Saint-Lambert.

plan_abords cathedrale_liege_fin XVIIIe.jpghttp://www.chokier.com/FILES/STPIERRE/PlanAbord.html


  Ce plan présente les abords de la cathédrale Saint-Lambert (emplacement de l'actuelle place du même nom) à la fin du XVIIIe siècle. Cliquez dessus pour l'agrandir et situer l'hôtel de Rougrave* et la rue des Mauvais Chevaux**.

* Le dernier à occuper les lieux fut Marie-Philippe-Alexandre-Charles Hyacinthe de Rougrave, vicaire général du diocèse (1772-1804) et prévôt de la collégiale Saint-Barthélemy.
** Étymologie inconnue.

plan communal liege vers 1865.jpg   Mais voyons les lieux au milieu des années 1860. La rue des Mauvais Chevaux (qui disparaîtra complètement en 1872) a été réduite et finit en impasse permettant d'accéder à la résidence des Fabry-Beckers. L'ancien hôtel des Rougrave, dès 1865, a été transformé en salle de théâtre par Alphonse Bonnaud. À proximité, en face de la nouvelle aile du palais provincial, débute en 1867 l'aménagement d'un petit parc qu'on appellera le square Notger.

  Le théâtre Bonnaud ferme ses portes en décembre 1867 pour des raisons financières ; la salle est vendue à un certain Carpier, qui accepte d'y accueillir la troupe du Gymnase, laquelle inaugure ses nouveaux locaux le 21 octobre 1868.

plan_liege_blonden_1880.jpg
Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880.

  En 1884, la vieille demeure seigneuriale est démolie et reconstruite pour faire place en partie à l'immeuble marqué d'une flèche sur les deux cartes postales qui suivant (1899 et 1903) :
place saint-lambert_liege_1899.jpgtheatre du gymnase_liege_tt debut XXe.jpg


* * * * *

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À l'aube du XXe siècle ▲ et en avril 2006 ▼place saint-lambert_liege_2006.jpg

 

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En 1919 ▲ et octobre 2006 ▼place saint-lambert liege 2006.jpg



theatre du gymnase_liege_1914-18.jpg  Dès août 1914, le théâtre est pillé, avant de servir de magasin de ravitaillement. En 1940-45, il poursuivra ses activités malgré l'occupation, avec un répertoire bien sûr soumis à la censure.

place saint-lambert_liege_annees 1950.jpg
La place Saint-Lambert et le Gymnase dans les années 1950.

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Le square Notger et le Gymnase dans les années 1950.

theatre royal du gymnase_liege.jpgÀ la charnière des années 1950 et 60. À noter que le Gymnase est théâtre royal depuis 1936.


Puis arrivent les années 1970 :

theatre du gymnase_liege_debut annees 1970.jpgtheatre du gymnase_liege_debut annees 1970 (2).jpgtheatre du gymnase_liege_1970.jpgtheatre du gymnase square notger_liege_1970.jpg

 

  Adopté en 1968, le plan Lejeune* sévit dans le courant des années 1970. Le cœur historique de Liège et ses environs sont saccagés, les bulldozers et pelleteuses se lançant à l'assaut du patrimoine cher aux Liégeois. Puis les désaccords politiques et les projets successifs, les problèmes financiers, les mécontentements populaires, vont entraîner, pendant près de trois décennies, ce qu'on surnommera « la saga du trou béant » de la place Saint-Lambert.

* Jean Lejeune est échevin des travaux publics de la la ville de Liège. Historien de formation, il est néanmoins partisan du « tout à l'automobile », influencé par les idées du groupe architectural l'Équerre.

theatre du gymnase square notger_liege-1975.jpg  Photo d'avant 1975. Trois symboles liégeois vont bientôt disparaître : le théâtre du Gymnase, le square Notger et la gare du Palais. On retrouve cet endroit dans le cadre rouge de la photo suivante (que vous pouvez agrandir en cliquant dessus) :
place saint-lambert liege 2007.jpg


  À l'aube des années 1970, la direction du Gymnase sait déjà que l'immeuble de la place Saint-Lambert est condamné. À ce moment, il est cependant question d’édifier au début du boulevard de la Sauvenière un complexe regroupant le Trianon, le Gymnase et même le Conservatoire de musique, le tout complété d’une galerie commerçante. Voici une simulation du projet :
sauveniere liege projet immobilier.jpg


boulevard sauveniere liege 1969.jpg  Pour libérer l'espace en vue de ce mégathéâtre de la Sauvenière qui ne sera jamais réalisé, on a démoli des maisons de la rue Basse-Sauvenière, ainsi que le théâtre wallon du Trianon et le cinéma Crosly (que l'on voit sur la photo ci-dessus datant de 1969, quelques années avant leur destruction).

espace trianon_liege_2013.jpg  Quarante ans plus tard, le site est toujours un chancre urbain, agrandi depuis la démolition en 2012 de l'ancien immeuble du journal « La Meuse ».


Mais revenons-en à la place Saint-Lambert :

place saint-lambert_liege_annees 1960.jpg
Dans les années 1960 ▲ et en 1974-75 ▼place saint-lambert_liege_demolitions annes 1970.jpgplace saint-lambert_liege_1974.jpgplace saint-lambert_liege_demolitions vers 1976.jpg


yheautre dy gymnanse_liege_deuil 1975.jpg  Le personnel, qui a reçu son préavis en décembre 1974 hisse un drapeau noir en façade dès les premiers jours de 1975. La dernière représentation aura lieu le 3 juin.

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Été 1975.

square notger_liege_demolition_1977.jpgFévrier 1977. Le square Notger disparaît à son tour.

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Le chantier en 1978.


* * * * *

  En 1976, le Nouveau Gymnase entamera sa première saison place de l'Yser (Outremeuse). En 1983, il deviendra le théâtre de la Place, lequel déménagera place du XX Août en 2013, dans le bâtiment entièrement rénové de l'Émulation ; on l'appelle depuis le Théâtre de Liège.

 

Lectures recommandées :

- Marcel CONRADT, Histoire des théâtres de Liège, tome 1, éditions du Céfal, Liège 2005.

- Paul DELCHEF, Le Gymnase, ou l'aventure d'un théâtre liégeois, éditions du Céfal et de la province de Liège, 2002.

 

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29/04/2015

Les chevaliers teutoniques à Liège - la tour des Vieux-Joncs

  Les chevaliers teutoniques* constituent un ordre religieux militaire, fondé en Terre sainte au XIIe siècle par des seigneurs allemands.

  Il s'agit au départ d'une communauté charitable fondée pour soigner les croisés et pèlerins, avant de devenir une organisation militaire importante qui participe à la défense et à l'expansion de la chrétienté**.

* Les Teutons étaient un peuple de l'ancienne Germanie.
**L'ordre existe toujours, essentiellement en Allemagne, Autriche, Slovénie, Slovaquie et République tchèque. Ses membres ont renoué avec la vocation caritative des origines.

     

La croix teutonique

croix teutonique.jpg

« Crux Ordis Teutonicorum » par David Liuzzo — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons 

plan_liege_1737.jpg  Ce plan dessiné par le jésuite Christophe Maire en 1737 (cliquez dessus pour l'agrandir) vous permettra de situer les lieux mentionnés dans les explications qui suivent.

  Au XIIIe siècle, l'ordre teutonique s'implante progressivement en Europe. Des moines-chevaliers s'installent à Liège dès 1254. Ils sont originaires de la Grande Commanderie d' Alden Biesen (Limbourg), mots signifiant « vieux joncs » en ancien néerlandais
. Le prince-évêque Henri de Gueldre les prend sous sa protection et les loge dans le couvent de Beaurepart, l'actuel séminaire épiscopal (1). Ils occupent ensuite l'hôtel de Celles (2), rue de la Wache, au pied du pont d'Île. Ce sont les chevaliers Jacques de Celles (1255) et Jean-Hustin de Thynes (1261) qui leur ont cédé cette propriété, avec droits et dépendances, dont le patronage des églises Saint-André (3) et Saint-Gangulphe.


  En 1294, les chevaliers teutoniques déménagent au pied de la rue Pierreuse, derrière le palais des princes-évêques, dans deux bâtiments qu'ils vont agrandir et transformer en commanderie digne de leur rang (4).

plan milheuser_liege_1649.jpg  En établissant leur commanderie en Basse-Pierreuse (1), les moines-soldats se rapprochent de l'église paroissiale Saint-André (2), qui leur appartient et dont le curé* est issu de leur communauté. À cette époque, cet édifice ne présente évidemment pas l'aspect qu'on lui connaît actuellement**.
* Appelé « grand-curé » ou « grand-pasteur ».
** L'édifice actuel, construit de 1765 à 1772 selon les plans de l'architecte liégeois Jacques-Barthélemy Renoz, est circulaire et coiffé d'un dôme à douze pans. Il n'a connu qu'une courte carrière religieuse, vu les événements révolutionnaires qui ont marqué la fin du XVIIIe siècle.

commanderie teutonique_liege_XVIIIe.jpg  Cette gravure représente la commanderie des chevaliers teutoniques vers 1700. On remarque l'ampleur du domaine, avec des jardins d'agrément en terrasses, aménagés à la mode Renaissance sur des coteaux précédemment plantés de vignes.

  Vous pouvez repérer les mêmes lieux sur la vue aérienne qui suit, prise en 2009 :
histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs  Sur cette vue aérienne, la flèche désigne les bâtiments de l'ancienne commanderie, affectés à cette époque à la justice de première instance (laquelle a déménagé depuis dans les extensions du palais que l'on voit en construction).

rue du palais_pierreuse_liege_2006.jpg  Ces bâtiments sont situés au 66 de la rue du Palais, au pied de la rue Pierreuse. Construits dans la seconde partie du XVIIe siècle pour remplacer ceux du XIIIe, ils ont encore été transformés au XVIIIe comme en témoigne le millésime 1759 gravé sur une pierre de la façade.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs   Ci-dessus, la rue du Palais et la rue Pierreuse en 2008, pendant le chantier d'extension du palais de justice. Sur la droite, on aperçoit l'entrée de l'ancienne commanderie. La carte postale qui suit nous montre le même endroit au début du XXe siècle (Après 1905, vu l'existence de la gare du Palais néogothique, construite à l'occasion de l'exposition universelle qui se tient à Liège cette année-là). On est loin de l'aspect aristocratique des siècles précédents :
histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs   Il est vrai qu'à la suite des événements révolutionnaires de la fin de XVIIIe siècle, les biens de l'ordre teutonique ont été confisqués et vendus. À la fin du XIXe siècle, l'ancienne commanderie sert en partie à loger des « ménages plus que modestes », dans un quartier devenu « cosmopolite et populeux ». Quand la ville de Liège acquiert les lieux en 1920, elle espère pouvoir restaurer l'intérieur pour y installer divers services communaux, mais elle doit reporter son projet à cause de la crise des logements. L'immeuble est aujourd'hui affecté à des services d'aide juridique. Le bâtiment est classé depuis 1971.

 
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  Il existe un sentier de promenade (nous en reparlerons) qui permet d'accéder aux anciennes terrasses teutoniques, d'où l'on peut découvrir un exceptionnel panorama de la ville. Concernant le sujet qui nous intéresse dans cet article, remarquons le dôme de l'ancienne église Saint-André, aujourd'hui désacralisée, et la pointe octogonale de la tour dite des Vieux-Joncs, vestige de l'ancien domaine teutonique.

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L'existence de cette tour est attestée pour la première fois dans un écrit de 1423. L'appellation « Vieux-Joncs » rappelle le lieu* dont sont issus les moines-chevaliers venus s'installer à Liège au XIIIe siècle.
*Alden Biesen (les « Vieux-Joncs » en français, appellation probablement due à la végétation d'origine à cet endroit marécageux) est un lieu-dit de la commune de Bilzen, dans la province de Limbourg. Le splendide château de l'ordre teutonique qui s'y trouve est devenu un centre international de conférences et un haut-lieu de la vie culturelle flamande.

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  Cette carte postale du siècle dernier fait mention d'une tour militaire datant de 1303. Indépendamment de la date invérifiable, il n'est pas certain que cette construction ait eu une vocation guerrière. Elle renferme simplement un escalier donnant accès aux terrasses et jardins, et le pavillon qui la domine, ajouté au XVIe siècle, n'est qu'une petite pièce qui a servi de cabinet de travail au grand-curé de Saint-André, lequel logeait dans la commanderie.

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   La tour des Vieux-Joncs à l'époque où des habitants logent dans l'ancienne commanderie et ont accès aux terrasses.

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En 1926.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncsEn 1966.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncsEn 1969.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs  La tour et le pavillon sont restaurés dans la seconde partie des années 1980. La photo ci-dessus, prise le jour de l'inauguration, est extraite d'un article paru en 1988 dans la revue « Liège, ma cité ».

  Dès 1996, on met à l'étude le projet d'un sentier touristique qui permettrait aux promeneurs de découvrir les terrasses de Frères Minimes et des chevaliers teutoniques, tout en leur offrant un exceptionnel panorama sur la ville. Ouverte au public depuis mai 2002 par l'entrée de la rue de Palais, la promenade est possible depuis 2005 au départ du n° 38 de la rue Pierreuse. Voici quelques vues prises en 2006 :
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 Une petite visite guidée est disponible sur ce lien.

 Merci de cliquer sur « J'aime », ci-dessous, si vous avez apprécié cet article Sourire

28/02/2015

Aux origines de l'espace Tivoli

place saint-lambert_liege_vue arrienne_2008.jpg  L'espace Tivoli (1) est le terrain vacant situé entre la place Saint-Lambert (2) et la place du Marché (3), terrain en attente de réaffectation depuis près de trente-cinq ans.

espace tivoli_liege_2008.jpg  L'espace Tivoli en 2008, vu depuis la place Saint-Lambert. Il est le résultat des démolitions effectuées à la fin des années 1970, dans le cadre de l'aménagement de la nouvelle place Saint-Lambert. Le cadre rouge, sur la carte postale qui suit, délimite les bâtiments qui ont été détruit :
place saint-lambert_liege_1970.jpg

tivoli_liege_debut annees 1970.jpg  Les flèches indiquent la rue Sainte-Ursule (1), la rue du Général Jacques (2) et la rue de Bex ((3). Vous pouvez les identifier sur le plan ci-dessous :
plan_liege_debut annees 1960.jpg


  Dans un autre article, nous avons vu que l'imposante cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, qui se dressait à l'emplacement des actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, a été détruite à la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.

plan ruines cathedrale_liege_regime francais.jpg  Ce plan (que vous pouvez l'agrandir en cliquant dessus) a été dressé sous le régime français. On y aperçoit certains vestiges de l'ancienne cathédrale, comme les tours occidentales jumelées et la grande tour. La croix détermine l'actuel espace Tivoli, là où se trouvaient le chœur principal et le cloître oriental.

place saint-lambert_liege_1816.jpg  Le dessin ci-dessus, dû à l'architecte liégeois Jean-Noël Chevron, date de 1816, au tout début du régime hollandais. Quelques décombres subsistent sur la partie orientale. La future place Saint-Lambert (cette appellation ne sera officielle qu'en 1827) attend d'être nivelée et réaménagée.

  Comparons avec la gravure qui suit, qui nous transporte en 1864 :
place saint-lambert_liege_1864.jpg  Les immeubles que l'on voit sur la droite de l'image ont été construits dès 1828, juste après le nivellement de la place Saint-Lambert. Ils constituent deux îlots de part et d'autre d'une voirie baptisée « rue Royale ». Les deux maisons plus petites, qui empiètent sur l'espace public, existaient déjà au XVIIIe siècle et ont échappé aux expropriations lors de la nouvelle configuration des lieux, que voici en 1843 (cliquez sur le plan pour l'agrandir) :
plan_liege_1843.jpg

  Profitons de ce plan pour expliquer les noms des trois voiries incluses dans le cercle rouge :

  - La rue des onze mille Vierges, appelée aussi la rue Sainte-Ursule*, est autrefois une rue étroite coincée entre le palais épiscopal et la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert. Elle est le passage obligé entre le Vieux Marché et la place du Marché (voir le plan quatre illustrations plus haut) et ses maisons pittoresques comportent de nombreux négoces.
* La légende raconte que sainte Ursule et onze mille compagnes vierges comme elle ont été massacrées par les Huns à Cologne en 383. La martyre est la patronne des jeunes filles, mais aussi des drapiers, corporation fort représentée autrefois dans la rue liégeoise qui porte son nom.

 
C'est une église établie là dès le XIIe siècle qui a donné son nom à la rue Sainte-Ursule. La gravure qui suit nous la montre en 1743, après les profondes restaurations subies par le palais et ses abords à la suite de l'incendie de 1734. Elle est accolée au domaine épiscopal, avec la chapelle privée du prince-évêque à l'étage :
palais episcopal_liege_1743.jpg
  À propos de la gravure ci-dessus, il faut bien sûr imaginer l'ancienne cathédrale située devant, avec les maisons accolées à son flanc nord, le tout faisant de la rue Sainte-Ursule un passage fort étroit.

  Ci-dessous, le palais de nos jours. La façade néogothique que l'on voit sur la droite est l’œuvre de l'architecte Godefroid Umé, lequel, de 1865 à 1870, a dirigé le chantier d'une nouvelle aile pour les besoins de la justice. Le mur extérieur de l'ancienne église Saint-Ursule (désacralisée depuis 1803) a été conservé et intégré dans l'ensemble :
palais_liege_2015.jpg


- La rue Royale est ouverte en 1828, sous le régime hollandais, en l'honneur du roi des Pays Bas Guillaume 1er. L'appellation est conservée après l'indépendance de la Belgique vu le maintien d'une monarchie. C'est dans l'entre-deux-guerres que la voirie devient la rue du Général Jacques, du nom du général Jules Marie Alphonse Jacques, un héros de la première guerre mondiale (bataille de Dixmude, 1917).

- La rue Petite Tour* (ou Sous la Petite Tour) était autrefois une ruelle tellement étroite qu'il était impossible qu'une charrette et un piéton se croisent ! Dans le cadre du renouveau urbanistique des années 1820, la voirie est rectifiée, puis élargie à la fin de la décennie suivante. En 1863, les autorités communales décident de changer le nom de la rue, qui devient la rue de Bex, en mémoire de Pierre de Bex (1594-1651), Grignoux notoire, bourgmestre décapité pour s'être opposé au prince-évêque Maximilien de Bavière.
* Comme la rue Grande Tour qui lui était parallèle (et qui existe toujours), elle était située au pied de la grande tour de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert. On se perd en conjectures sur l'origine de l'adjectif « petite ». Théodore Gobert traite de cette rue en l'appelant simplement « Sous la Tour ».


cathedrale saint-lambert_liege_1750.jpg  Le dessin ci-dessus représente l'ancienne cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert avant sa destruction dès 1795. À droite de la petite église Notre-Dame aux Fonts (la croix), on aperçoit les premières maisons de la rue Sous la (Petite) Tour.

  Ci-dessous, le même endroit à la fin du XIXe siècle (entre 1871 et 1875). À l'avant-plan gauche, l'immeuble blanc se trouve à l'emplacement de la grande tour de l'ancienne cathédrale ; la rue Sous la Tour est devenue la rue de Bex, et les maisons de droite vont bientôt disparaître dans le cadre du percement de la rue Léopold :
societe militaire_liege_annees 1870.jpg  C'est dans l'immeuble blanc de gauche que s'est installée, en 1835, la Société militaire, association réunissant non seulement des militaires mais aussi des bourgeois civils. Cette année-là, près de trois cents membres font partie de ce cercle huppé auquel il est de bon ton, socialement, d'appartenir.

place saint-lambert_liege_fin XIXe.jpg  En 1878, le siège de la Société militaire est agrémenté d'un fronton sculpté et de balcons appuyés sur des colonnes en fonte (celui du premier étage est fermé de larges vitres coulissantes). 1878, c'est aussi le millésime que porte la façade du bâtiment à l'angle de la rue de Bex et de la rue Léopold, dont le percement a commencé deux ans plus tôt. Il s'agit d'un magasin de tissus appelé « Au drapeau belge ».

place saint-lambert_liege_1900.jpgLa place Saint-Lambert vers 1900.

societe militaire-liege-1903.jpg  Cette vue date de 1903. Au rez-de-chaussée du bâtiment que les Liégeois ont pris l'habitude d'appeler la « Maison militaire », se trouve une brasserie, que l'on retrouve sur les deux cartes ci-dessous (les stores vantent les bières de Hougaerde et de Diest) :
société militaire_liege_avant 1909.jpgsociete militaire-liege-tout debut XXe.jpg

  Les trois documents qui suivent (1901, 1968 et 2008) permettent de réaliser l'évolution des lieux en un peu plus d'un siècle :
place saint-lambert-liege-1901.jpgPlace saint-lambert-liege-1968.jpgplace saint-lambert-liege-2008.jpg

 *  *  *  *  *

place saint-lambert_liege_1905.jpgLa place Saint-Lambert pavoisée à l'occasion de l'Exposition universelle de 1905.

place foch_liege_1919.jpg  Cette carte postale porte la mention « Place du Maréchal Foch ». C'est en 1919 qu'on a ainsi rebaptisé l'ancienne place Verte (voir cet autre article). 1919, l'année où la Ville acquiert l'immeuble de la Société militaire pour y installer la Bourse officielle du travail et plusieurs services communaux.

place saint-lambert_liege_1920.jpg  Intéressons-nous un instant aux bâtiments qui empiètent sur l'angle nord-est de la place Saint-Lambert (désignés par le tracé rouge). Ces bâtiments, la carte postale qui suit vous les présente dans les années 1920. À l'époque, un photographe propose aux passants de les immortaliser au milieu des pigeons :
charmeur pîgeons_place saint-lambert_liege_annees 1920.jpg

maison du soleil_liege_annees 1920(1).jpg  Les deux maisons de gauche sont le café du Commerce et le café du Soleil (voir l'enseigne entre les deux fenêtres de toit). Elles existaient déjà au XVIIIe siècle ; la plus haute (bien sûr modifiée depuis) a abrité dès 1740 les débuts de l'imprimerie Dessain.

cafe provincial_liege_annees 1920.jpg  Gros-plan sur la rue Royale qui mène à la place du Marché. Cette photo est antérieure à la précédente, vu l'inscription qui propose l'installation à cet endroit d'une publicité lumineuse. Je parle de « rue Royale », car il me semble qu'elle n'a été rebaptisée « rue du Général Jacques » qu'en 1928, pour le dixième anniversaire de la fin de la Grande Guerre. À confirmer !

maison du soleil_liege_annees 1920(2).jpg  Le même endroit… en 1928 suis-je encore amené à penser, étant donné que la rue est pavoisée de drapeaux… et que les bâtiments dont il est question dans les quatre photos précédentes ont bien été démolis à la fin des années 1920, probablement en prévision de l'Exposition internationale de 1930.

place saint-lambert_liege_annees 1930.jpg  La place Saint-Lambert au milieu des années 1930, avec donc le palais davantage dégagé. Quant à l'immeuble de l'ancienne Société militaire que la Ville a racheté en 1919, il sert à l'échevinat et à l'office du tourisme (entrée par la rue du Général Jacques) ; son rez-de-chaussée est occupé par un café-restaurant qu'on appelle le Tivoli-Bourse*.
*L'appellation « Tivoli » évoque un lieu de villégiature au nord-est de Rome, où la villa d'Este est considérée comme un des plus beaux exemples de jardins de la Renaissance.


tivoli_liege_1940.jpg  Cette photo, prise pendant l'occupation allemande de 1940 à 1944, est le document le plus ancien où j'ai pu lire le nom du café-restaurant Tivoli.

tivoli_liege_annees 1950.jpg  Dans les années 1950, l'immeuble Tivoli subit quelques modifications dont la suppression du fronton et des balcons. Ci-dessous, ce qu'il devenu dans la décennie suivante (la photo date de 1968) :
place saint-lambert_tivoli_liege_1968.jpg

place saint-lambert_liege_1960.jpgComparaison entre 1960 ▲ et 2015 ▼place saint-lambert_liege_2015.jpg

tivoli_liege_fin annees 1960.jpg

  L'immeuble du Tivoli-Bourse à la fin des années 1960▲ et la partie correspondante de l'espace Tivoli actuel ▼
espace tivoli_liege_2015.jpg

Rue du general jacques-liege-annees 60 (1).jpg                                       La rue du Général Jacques dans les années 1960.

rue du general jacques-liege-annees 60 (3).jpg  La rue de Général Jacques telle que je l'ai connue dans les années 1960, à l'époque de mes études secondaires à Saint-Barth, la rue des « fritures » et des cafés sympas. Dans le fond : la place du Marché.

 rue du general jacques-liege-annees 60 (2).jpgLa rue du Général Jacques vue cette fois depuis la place du Marché.

place du marche_liege_1978(1).jpg  La rue Sainte-Ursule (dont on devine l'entrée le long du palais) et la rue du Général Jacques en 1978, vues depuis la place du Marché.

 

ilot Tivoli_liege_1978.jpg  Les rues de Bex et du Général Jacques en 1978, vues depuis la place du Marché. Le trait rouge sert de repère pour établir une comparaison avec la photo actuelle qui suit :
espace tivoli_liege_2015(2).jpgLe trait rouge se retrouve aussi sur cette carte postale du début des années 1970 :place saint-lambert_liege_vue aerienne_debut annees 1970.jpg

tivoli_liege_1978.jpgLe Tivoli-Bourse en 1978 ▲ et le même endroit actuellement ▼palais_espace tivoli_liege_2015.jpg

ilot tivoli_liege_1978(2).jpg  1978. Les îlots situés entre la place Saint-Lambert et celle du Marché vont bientôt disparaître sous les coups des démolisseurs, comme en atteste la photo ci-dessous :
demolition ilot tivoli_liege_1979.jpg

   Les deux photos qui suivent montrent les démolitions, en 1979, de la rue du Général Jacques et de la rue Sainte-Ursule :
demolition rue sainte-ursule_liege_1979(1).jpgdemolition ilot tivoli_liege_1979(2).jpg

 

espace tivoli_liege_1982(1).jpg  L'espace Tivoli en 1982. La brasserie-restaurant Tivoli était devenue un lieu mythique de la vie liégeoise. Son nom a subsisté dans la mémoire collective pour désigner le terrain dégagé par les démolitions de la fin des années 1970.

espace tivoli_liege_1982(2).jpg1982 ▲ et de nos jours ▼histoire de liège,photos de liège,place saint-lambert,place foch,espace tivoli,tivoli-bourse,rue sainte-ursule,onze mille vierges,rue du general jacques,rue royale,rue sous la tour,rue de bex,société militaire

  En attendant que les autorités communales se décident à propos de son affectation définitive, l'endroit sert épisodiquement à l'une ou l'autre manifestation, comme le village de Noël :
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15/02/2015

Avant la place Saint-Lambert

  Au début du Moyen Âge, le site de l'actuelle place Saint-Lambert est occupé par une bourgade mérovingienne, construite en partie sur les ruines d'une ancienne villa romaine. Le sol fertile, le long de la Légia*, est exploité par une petite population rurale. Un oratoire**, près des chaumières, atteste de la christianisation des lieux.
* Ce ruisseau est aujourd'hui canalisé et souterrain. À l'époque évoquée, il dévalait d'Ans en suivant approximativement le tracé des actuelles rues Sainte-Marguerite, de l'Académie et de Bruxelles, puis se divisait en différents bras avant de se jeter dans la Meuse.
** Cet oratoire dédié aux saints Cosme et Damien, la légende en attribue la construction à Monulphe, évêque du diocèse Tongres-Maastricht dans la seconde moitié du VIe siècle.

 liege-village merovingien.jpg  Ci-dessus, le « leudicus vicus » (le « village public » de Liège), tel qu'imaginé dans la bande dessinée « Pays de Liège, vie d’une Église » (DUSART/VINK, ISCP-CDD, Lg 1984).

 Ci-dessous, le tracé de la Légia (en bleu) reproduit par Christian Hauglustaine sur un plan de 1770 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
plan_legia_liege_1770.jpg

saint_lambert.jpg


  Au début du VIIIe siècle, le diocèse de Tongres-Maastricht est dirigé par l'évêque Lambert. Quand celui-ci se déplace dans nos régions, il aime s'arrêter dans l'humble bourgade liégeoise pour prier et se reposer. Et c'est là qu'il est assassiné, avec son entourage, par les hommes d'armes de Dodon, haut fonctionnaire de l’État franc et membre d’un clan rival. La date habituellement retenue pour ce drame est le 17 septembre 705.

assassinat lambert.jpgCi-dessus, le martyre de saint Lambert représenté sur un panneau peint du XVe siècle.

Ci-dessous, la même scène sur une miniature du XIIIe :

martyre_saint-lambert.jpg

      La tradition rapporte que le premier réflexe de Lambert est un réflexe de guerrier : il s’empare d’un glaive, prêt à défendre chèrement sa peau. Puis il jette son arme, renonçant à tuer, et se retire dans la chapelle. Un des agresseurs grimpe sur le toit, arrache le revêtement, aperçoit l’évêque en prière et le frappe d’un coup de javelot.

 

  Lambert est d'abord inhumé à Maastricht, mais le lieu de son supplice attire les pèlerins, et on parle même de guérisons miraculeuses !

  L'évêque Hubert (705-727) fait bâtir à Liège un sanctuaire où sont transférées, vers 718, les reliques de son prédécesseur. Le culte voué au martyr prend tellement d'ampleur que la bourgade se transforme rapidement en une importante agglomération urbaine, qui finit par devenir le siège du diocèse en remplacement de Maastricht.

  L'édifice religieux dédié à Saint-Lambert,
desservi par un chapitre de chanoines, prend de l'ampleur et le rang de cathédrale. Incendié en 881 (ou 882) par les pillards normands, il est rapidement reconstruit, mais il ne retrouve pas son importance d'avant. L'évêque Éracle (959-971) envisage même d'installer, sur la colline du Publémont, son palais épiscopal et une nouvelle cathédrale dédiée à saint Lambert*.
* Ce projet n'aboutira pas.
L'église dont il initie la construction sur le Publémont, en 965, ne deviendra pas la cathédrale de Liège, mais la basilique Saint-Martin).

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Placé sur le trône de saint Lambert par Otton Ier (empereur germanique de 962 à 973), l’évêque Notger (972-1008) reçoit une double mission : rétablir l’ordre à l’intérieur du diocèse de Liège, menacé par des seigneurs locaux, et se protéger des attaques extérieures.

  Otton II (973-983) accorde à Notger un privilège d’immunité générale qui fait de l’évêque le seul et unique maître de ses terres et de ses possessions. Liège n'est plus seulement la capitale d'un diocèse, mais aussi celle d'un État, une principauté épiscopale qui reste certes vassale du Saint-Empire, mais que le prince-évêque peut gérer en toute indépendance vu les pouvoirs temporels dont il dispose.

  Enrichi par les dons des souverains germaniques, Notger se lance dans un vaste programme de construction qui va remanier complètement la physionomie de Liège. Il fait construire ou achever plusieurs collégiales : Saint-Paul et Saint-Martin (commencées sous son prédécesseur Éracle), Sainte-Croix, Saint-Jean-l’Évangéliste, Saint-Denis ; et dote la cité d’une enceinte fortifiée.

  À l'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert, il fait construire un palais épiscopal et une cathédrale dignes du nouveau statut de la cité.

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 La cathédrale est dédiée à Notre-Dame et Saint-Lambert. Notger lui adjoint, accolée au côté sud, une église paroissiale baptistère appelée Notre-Dame aux Fonts.

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  Ci-dessous, deux illustrations de l'édifice remanié en style roman dans le courant du XIIe siècle :
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  Dans la nuit du 28 au 29 avril 1185, un incendie se déclare dans l'une des maisons accolées au cloître*. Il se propage rapidement et dévaste le cœur historique de la cité, détruisant une grande partie du complexe religieux et endommageant même le palais. On raconte que les flammes ont fait rage pendant treize jours.
* C'est la version de Gilles d'Orval, moine cistercien de l'abbaye d'Orval,
connu au XIIIe siècle pour sa Gesta episcoporum Leodiensium (Histoire des évêques de Liège). Le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse parle, lui, de l'imprudence d'un sonneur de cloches, qui a quitté son poste sans éteindre le foyer qui le réchauffait.

  Place Saint-Lambert, sur le mur à droite de l'Archéoforum, figure une ligne du temps résumant les grandes périodes de la cathédrale :
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  La reconstruction de la cathédrale débute immédiatement après l'incendie, en utilisant une grande partie des fondations antérieures. On procède d'abord à des réparations d'urgence, suffisantes pour que l'archevêque de Cologne, en 1189, se déplace pour venir consacrer la partie restaurée du temple. En 1197, les reliques de saint Lambert, mises à l'abri lors de l'incendie (dans la collégiale Saint-Barthélemy), réintègrent les lieux.

 
Puis le chantier colossal va durer près de deux siècles et demi, pour en arriver, au milieu du XVe siècle, à une splendeur de l'art gothique, comparable en dimensions à Notre-Dame de Paris. En 1468, le sac de la ville ordonné par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire n'affectera guère le monument au niveau architectural.

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Les tours jumelées, situées à l'ouest, datent du milieu du XIIIe siècle ; elles ont été appelées les tours de sable parce qu'elles ont été bâties en tuffeau, pierres jaunâtres extraites dans les environs de Maastricht.

  La grande tour (à l'emplacement de l'actuel espace Tivoli) a été terminée dans la troisième décennie du XVe siècle. Elle culmine à 135 mètres, à la même altitude que la colline de Sainte-Walburge. Sa flèche a été couverte de plomb doré au XVIe siècle.

  On remarque, au pied de la grande tour, le long du flanc sud de la nef, l'église baptistère Notre-Dame aux Fonts.

  Tout ce complexe religieux couvrait les actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, que l'on voit ci-dessous en 2008, dans le même sens que la reconstitution qui précède. Les pylônes métalliques symbolisent les colonnes intérieures de l'ancienne cathédrale :
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  Pour mieux comprendre la configuration des lieux avant que la place Saint-Lambert n'existe, voici un plan de 1785, puis un dessin de Camille Bourgault présentant la situation en 1770 (cliquer sur ce dessin permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
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La révolution liégeoise

  À la fin du XVIIIe siècle, les Liégeois se sont attachés aux idées des philosophes qui, en France, critiquent l’ancien régime et demandent des réformes. Les idées nouvelles de liberté, égalité, fraternité, trouvent des adeptes de plus en plus nombreux.

 Esprit émancipé, le prince-évêque François Charles de Velbruck comprend son époque et les aspirations de son peuple. Il veut l’égalité de tous devant l’impôt et se montre partisan du principe de la souveraineté nationale. Il s’avère aussi un grand protecteur des arts et des sciences.

 Mais à ce prince éclairé, succède, en 1784, César Constantin François de Hoensbroeck, autoritaire, têtu, qui gouverne en s’appuyant uniquement sur le parti aristocratique. La situation de paysans et des ouvriers n’est guère enviable, les grèves et les rassemblements se multiplient ; le chômage et la mendicité sévissent. Bref, le peuple réclame plus de justice sociale.

 Le 14 juillet 1789, les Parisiens s’emparent de la Bastille. Le 4 août, l’assemblée nationale française supprime tous les privilèges et proclame la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ces événements suscitent l’enthousiasme au pays de Liège, surtout dans la capitale, où le peuple envahit le 18 août l’hôtel de ville pour proclamer Fabry et Chestret comme bourgmestres populaires. Dans l’après-midi, le prince-évêque Hoensbroeck, ramené de son château de Seraing par la foule, feint de céder, mais le lendemain, il s’enfuit et appelle à l’aide les princes allemands contre ses sujets rebelles.

 Le 30 novembre 1790, des troupes, en majorité prussiennes, occupent la citadelle, et le 12 janvier suivant, l’armée de l’empire germanique entre à Liège, obligeant les patriotes les plus en vue à émigrer en France. Le retour de Hoensbroeck se manifeste par de multiples représailles.

 Le 22 septembre 1792, la république est proclamée en France. Notre grande voisine, à ce moment, est en guerre, car les souverains étrangers veulent y rétablir la monarchie. Le conflit se déroule en partie sur notre sol. Le 6 novembre 1792, le général français Dumouriez inflige à Jemappes une lourde défaite aux Autrichiens ; quelques jours plus tard, il entre à Liège au milieu de l’enthousiasme populaire.

 Les patriotes exilés rentrent avec l’armée française, tandis que le prince-évêque François Antoine Marie de Méan prend la fuite (Hoensbroeck est décédé quatre mois plus tôt). Une assemblée nationale liégeoise, élue par les citoyens, décide en février 1793 le rattachement de la principauté de Liège à la France.

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Les trois derniers princes-évêque de Liège : Velbruck, Hoensbroeck et Méan.

 
 Quelques jours plus tard, les armées françaises subissent un échec, et les Autrichiens réoccupent Liège, ramenant l’ancien régime et le prince-évêque. Restauration de courte durée, car le 26 juin 1794, les troupes républicaines de Jean-Baptiste Jourdan remportent la victoire de Fleurus. Les Autrichiens évacuent le 27 juillet.

 Le 1er octobre 1795, la principauté de Liège (ainsi d'ailleurs que le reste de la Belgique) est réunie à la république française. Liège devient le chef-lieu du département de l’Ourthe.

 

La démolition de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert

  Dans le contexte de la révolution liégeoise, il est décidé, dès fevrier 1793, de détruire cet édifice qui symbolise l'arrogance autoritaire de l'ancien régime. Mais un mois plus tard, la victoire autrichienne à Neerwinden (Landen, en Brabant flamand) entraîne le retour du prince-évêque et une période de répression.

  Quand les troupes républicaines françaises entrent à Liège fin juillet 1794, après avoir vaincu les Autrichiens à Fleurus, la démolition de la cathédrale revient à l'ordre du jour.

  En fait, cette démolition va s'accomplir lentement, car l'édifice est une mine à ciel ouvert que l'on exploite en fonction des circonstances et des besoins. Les plombs des toitures, cuivres et bronzes, sont envoyés à la fonderie « pour faire des balles pour exterminer les satellites des tyrans » ; les boiseries sont récupérées à des fins militaires ou de travaux publics ; les objets et matériaux sont vendus aux enchères... L'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert va rester un amas de ruines pendant près de trois décennies !

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* Les documents représentant les ruines de la cathédrale proviennent des collections artistiques de l'université de Liège et des archives du Vieux-Liège.
** Sauvée du désastre par des particuliers, la cuve baptismale de la fin du Xe siècle a été installée en 1804, après le Concordat, dans l'ancienne collégiale Saint-Barthélemy devenue église paroissiale.

   Ci-dessous, l'échafaudage entoilé, sur l'espace Tivoli en l'an 2000, symbolise le chœur oriental de la cathédrale disparue :
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  En 1811, Napoléon effectue à Liège une seconde visite officielle et s'irrite de revoir des ruines au lieu d'une place publique avec une statue monumentale de sa personne. En 1812, la municipalité adopte un plan d’aménagement du terrain, qui reçoit le nom de place Napoléon le Grand. Des adjudications sont lancées pour activer le déblaiement. Surviennent alors, en 1815, la défaite de napoléon à Waterloo et la décision du Congrès de Vienne d'attribuer la Belgique au royaume des Pays-Bas.

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* * * * *

 
  La photo qui termine cet article a été prise pendant les fouilles archéologiques de 1977-1984, recherches qui ont par ailleurs retardé le chantier d'aménagement de la place Saint-Lambert :
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 Dans le sous-sol de la place, il existe depuis 2003 un espace dédié aux origines de Liège : l'Archéoforum, dont vous pouvez accéder au site Internet en cliquant ICI.

23/11/2014

Les origines de la place Saint-Étienne

  Situons les lieux grâce à cette vue aérienne réalisée par le MET* en 2004 :
* Ministère de l'équipement et des transports, englobé depuis 2008 dans le SPW (Service public de Wallonie).

Intro_MET_2004.jpg1 : place Saint-Lambert / 2 : espace Tivoli / 3 : îlot Saint-Michel (espace_sain_michel) / 4 : galeries Saint-Lambert / 5 : rue Gérardrie / 6 : place Saint-Étienne / 7 : place Saint-Denis / 8 : rue Saint-Gangulphe  /  9 : place de la République française.

place saint-etienne_liege_2014.jpg

place saint-etienne_liege_2014 (2).jpg  La place Saint-Étienne est de création récente (inauguration en 2005). Pour dégager cet espace, il a fallu détruire l'imposant bâtiment du centre commercial Gérardrie, tombé en désuétude (voir photo suivante). Objectif : aérer et rénover le quartier, dans le cadre du plan d'aménagement des abords des nouvelles galeries Saint-Lambert.

galerie gerardrie-liege-demolition 2003.jpg


* * * * *

  Autrefois donc, il n'existe à cet endroit qu'une rue – plutôt une ruelle – dédiée à Saint-Étienne*. Elle tient son nom d'une église paroissiale dont les origines restent obscures.
* Étienne, juif helléniste converti au christianisme, choisi pour devenir l'un des diacres des apôtres. Lapidé en l'an 33, il est est le premier martyr de la chrétienté.

milheuser-liege-1649.jpg  Ci-dessus, sur la gravure de Julius Milheuser (1649), la rue et l'église Saint-Étienne sont désignées par l'ovale rouge. Dans les alentours, on reconnaît :
- la place aux Chevaux (1), devenue la place de la République française ;
- la place Verte (2), devenue une partie de l'îlot Saint-Michel ;
- la cathédrale Saint-Lambert (3), à l'emplacement actuel de la place du même nom et de l'espace Tivoli ;
- la rue Gérardrie (4) ;
- la collégiale Saint-Denis (5), fondée par Notger en 987, intégrée dans la première enceinte fortifiée de la cité.

eglise saint-etienne_liege_1780.jpg  L'église Saint-Étienne en 1780, dessinée par J.J. Van den Berg (Bibliothèque Ulg). Soustraite au culte en 1797 pendant la période française, elle est mise en vente et devient une salle de spectacle jusqu'en 1806, date à laquelle on la démolit pour la remplacer par une habitation bourgeoise. On profite de l'occasion pour élargir les voiries.

essai.jpg  L'ancienne église Saint-Étienne se trouvait à l'angle des rues Saint-Étienne (trait rouge) et Chapelle des Clercs (flèche bleue). À noter que depuis la création de la nouvelle place, la rue Saint- Étienne porte le nom de rue Lambert Lombard*.
* Lambert Lombard est un artiste liégeois de la Renaissance (XVIe siècle), à la fois peintre, architecte, graveur, archéologue, collectionneur, numismate, homme de lettres, historien de l'art et maître d'une académie de grande réputation (source Wikipédia).

 

plan liege annees 1960.jpg  Plan des années 1960. À l'époque, comme depuis plusieurs siècles, l'emplacement de l'actuelle place Saint-Étienne est bâti (la croix), compris entre les étroites rues Saint-Denis et Saint-Étienne.

rue saint-etienne_liege_debut XXe.jpg  La rue Saint-Étienne au début du XXe siècle, photographiée depuis la place Saint-Denis. L'inscription sur l'immeuble de droite rappelle que se tenait là autrefois un marché au beurre (nous en reparlerons plus loin). Quant à la flèche, elle désigne l'hôtel de Copis, demeure de style Louis XVI qui porte le nom de la famille qui l'a possédée aux XVIIIe et XIXe siècles (jusqu'en 1869). Dès 1913, le bâtiment devient propriété de la Ville qui y installera divers services communaux, dont le service des eaux*.
* Liège possède son propre service des eaux (captages de Hesbaye) avant de faire partie, en 1979, d'une intercommunale devenue la CILE en 1982.

rue saint-etienne_liege_debut annees 1960.jpg  L'immeuble qui portait l'inscription « Marché au beurre » sur la photo précédente, le voici au début des années 1960, en attente de démolition (dans le fond, on aperçoit une partie de la collégiale Saint-Denis). Démolition préparatoire à la construction d'un imposant building consacré au parcage automobile, avec un rez-de-chaussé destiné à l'horéca.

chantier parking saint-denis_liege_debut annees 1960.jpgLe chantier au début des années 1960 ▲ et le parking Saint-Denis de nos jours ▼parking saint-denis_liege_2014.jpg


 

  Au début des années 1960 aussi, le Grand Bazar de la place Saint-Lambert s'étend par l'arrière, du côté de la rue Saint-Gangulphe*. Tout un îlot d'immeuble est démoli entre les rues Saint-Étienne et Saint-Denis, pour y ériger une extension du célèbre grand magasin. Extension moderne qu'on appellera le « hall Saint-Denis ».
* du nom d'une église aujourd'hui disparue, autrefois dédiée à ce saint martyr mort en 760.

 
Suivent cinq photos du chantier du début des années 1960 :

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (1).jpgÀ gauche : la rue Gérardrie. À droite : l'hôtel de Copis.

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (2).jpgÀ gauche : la façade arrière du Grand Bazar.

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (3).jpgÀ l'arrière-plan : la rue Saint-Denis.

chantier hall saint-denis grand bazar-liege (4).jpgÀ l'arrière plan : la maison « Inca », la rue Saint-Gangulphe et le building de l'Innovation.

construction hall saint-denis-liege.jpg  Le hall Saint-Denis en cours de construction, occupant la superficie de l'actuelle place Saint-Étienne. Le chalet suisse, sur le toit, préfigure la future piste de ski qui fera le bonheur des visiteurs dans les années 1960.

Cette piste de ski, on la retrouve sur la photo ci-dessous, prise en 1965 :
grand bazar-piste ski-liege-annees 1960.jpg

piste ski grand bazar-liege-annees 1960.jpgLa piste de ski du mythique Grand Bazar est une attraction qui a marqué son époque.

maquette grand bazar liiege_annees 1960.jpg  Pour que la nouvelle annexe Saint-Denis et le grand magasin d'origine ne constituent qu'un seul bloc, une imposante passerelle vitrée a été aménagée pour en relier les étages par dessus la rue Saint-Gangulphe, comme on peut le constater sur la maquette ci-dessus.

vue aerienne_liege_dreze 1979.jpg  ▲ Vue aérienne de 1979. À cette date, le Grand Bazar a fait faillite depuis deux ans, et les locaux du côté place Saint-Lambert ont été repris en juin 1978 par la firme Sarma-Penney. Quant au hall Saint-Denis (la flèche), il est maintenu en activité par un groupe de commerçants indépendants (Agimpex). C'est le début du centre commercial Gérardrie.

sarma lux_place saint-lambert_liege_1980.jpgLe Sarma Lux dans les locaux de l'ex-Grand Bazar en 1980.


galerie gerardrie-liege-2000.jpgLa galerie Gérardrie en l'an 2000, vue depuis la rue Gérardrie.

galerie gerardrie-passerelle-liege-2000.jpg
La galerie Gérardrie en l'an 2000, vue depuis la rue Saint-Gangulphe.

demolition galerie gerardrie-liege-2003(1).jpg  Même endroit que la vue précédente, en janvier 2003. La passerelle a disparu (décembre 2002), et l'arrière des bâtiments de l'ex-Grand Bazar sont en cours de démolition, chantier préparatoire à la construction des actuelles galeries Saint-Lambert.

demolition galerie gerardrie-liege-2003(2).jpg▲ Février 2003. La galerie Gérardrie (Agimpex) ne va tarder à disparaître à son tour. Dans le plan global d'aménagement du quartier, il est en effet prévu d'aménager là une nouvelle petite place conviviale
demolition galerie gerardrie-liege-2003(3).jpg

 

vue aerienne_chantier galeries saint-lambert_liege_2003.jpgLe chantier des galeries Saint-Lambert en juin 2003.

chantier galeries saint-lambert_liege_sept 2003.jpg  Du côté de la place Saint-Lambert en septembre 2003 (seule subsiste la façade classée de l'ancien Grand Bazar) ▲ et juin 2004 ▼
chantier galeries saint-lambert_liege_2004.jpg  La future entrée vitrée des galeries Saint-Lambert est établie à l'emplacement de l'ancienne rue Maillard*, ruelle étroite qui reliait la place Saint-Lambert et la rue Saint-Gangulphe.
* Du nom d'un guerrier nommé Jean Colin, dit Maillard (il était armé d'un maillet), personnage légendaire du Pays de Liège au Xe siècle ; il aurait continué de se battre après avoir eu les yeux crevés.


Cette ruelle Maillard, on l'aperçoit entre les grands magasins sur cette photo de 1979 :
bon marche-liege-1979.jpg

 

chantier galeries saint-lambert_liege_aout 2003.jpg  Août 2003. À l'avant-plan, c'est l'emplacement de l'actuelle place Saint-Étienne. Dans le fond, grâce à la trouée occasionnée par la démolition de certaines parties de l'ancien Grand Bazar, on aperçoit l'îlot Saint-Michel de la place Saint-Lambert, complexe inauguré en septembre 1999 (voir autre article).

place saint-etienne-liege-avril 2004.jpg  Sur l'espace dégagé entre les rues Saint-Étienne et Saint-Denis, sont d'abord installés les bureaux modulaires du chantier des galeries Saint-Lambert.

place saint-etienne-liege-juin 2004.jpg▲ Juin 2004. À trois mois de l'ouverture des galeries Saint-Lambert, il est temps de préparer le terrain en vue de l'aménagement de la petite place conviviale promise ▼chantier galeries saint-lambert_liege_juin 2004.jpg

 Au fait, comment va-on l'appeler, cette nouvelle place ? On envisage un moment de la dédier à une Liégeoise célèbre (peu de voiries, en effet, portent le nom d'une femme), mais quand le collège communal se décide, il conserve l'appellation « Saint-Étienne » en souvenir du passé des lieux. Rappelons que la rue Saint-Étienne est parallèlement renommée rue Lambert Lombard.

place saint-etienne-liege-fevrier 2005.jpgLa place Saint-Michel en 2005, six mois avant son inauguration officielle le 2 septembre.

place saint-etienne-liege-dec 2007.jpgLa fontaine que l'on voit à l'avant-plan a été inaugurée le 22 novembre 2007.

 fontaine-place saint-etienne-liege-2007.jpg  La fontaine, réalisée par l'artiste hennuyer Émile Desmedt, se compose d'une imposante vasque de cuivre. L'eau qu'elle contient est éclairée de l'intérieur et forme une vague à intervalles réguliers. La cuve est recouverte d'une mosaïque de céramique bleue représentant la voûte céleste.
 
 
Cette fontaine est une étape supplémentaire dans la réalisation de la place, appelée à devenir l'une des plus belles de la ville, mais le décor qui l'entoure rompt le charme, avec un immense mur pour le moins inesthétique et des immeubles en cours de restauration.

place saint-etienne-liege-2014.jpg  Même angle de vue que sur la photo précédente. En attendant une rénovation complète de l'immeuble concerné, le grand mur au fond de la place a été recouvert en août 2011 d'une vaste bâche décorative comportant les portraits de 140 Liégeois de toutes origines. Cette œuvre intitulée « Liège rencontre des cultures » est due au photographe Samuel Nicolaï. Au centre, à l'arrière-plan, à la place d'un chancre urbain, s'est ouvert récemment un luxueux hôtel 4 étoiles, l'Amosa Centrum.

place saint-etienne-liege-2014(2).jpg  De l'autre côté de la place, l'ancien hôtel de Copis, restauré de 1997 à 2003, est devenu le siège de la société Meusinvest, qui propose des solutions de financement pour la création et la croissance des entreprises.


 

L'immeuble Baar-Lecharlier

mur maison baar lecharlier-liege-2003.jpg  Visible depuis la démolition de la galerie Gérardrie (la photo ci-dessus date de mai 2003), cet horrible mur qui fait tache dans l'aménagement de la nouvelle place est en fait à l' arrière d'un immeuble bien plus beau à regarder quand on se trouve place Saint-Denis (photo ci-dessous) :
place saint-denis_liege_2014.jpg


  Il s'agit d'un bâtiment de style Renaissance, maison canoniale construite au milieu du XVIe siècle sur les encloîtres de la collégiale Saint-Denis. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il a été le siège de la Poste impériale de et pour Cologne.

 
En 1870, le bien est vendu à la famille Baar-Lecharlier, négociants en lingerie-chemiserie-mercerie, lesquels le transforment en 1911 pour y établir les magasins et bureaux de leur firme.

 
En 1952, c'est le Grand Bazar voisin qui y installe des bureaux et un réfectoire pour le personnel.

 
Dans les années 1980, le rez-de-chaussée devient un restaurant appelé « Le Fiacre », qui fermera ses portes en 2005. Les lieux restent abandonnés jusqu'en septembre 2011, quand l'ASBL R7 y ouvre une galerie d'art, avec bar et possibilité de concerts et soirées musicales. L'établissement doit fermer en juillet 2013 à la suite de plaintes pour nuisances sonores.

 
Et actuellement ? Le bâtiment vient d'être racheté par un consortium immobilier constitué de Meusinvest, Moury Construct et François Fornieri (patron de Mithra Pharmaceuticals). Il devrait être consacré à la promotion de l’entrepreneuriat en Wallonie. Au niveau de la place Saint-Étienne, on espère la suppression du mur aveugle qui cache des éléments architecturaux anciens.

  En attendant, voici quelques vues anciennes du côté de la place Saint-Denis :

place saint-denis_liege_fin XIXe.jpgL'immeuble Baar-Lecharlier avant les transformations de 1911.

place saint-denis_marche beurre_liege_avant 1911.jpg  Le marché au beurre (et aux fromages)* se tient là depuis 1835, année où l'on installe une fontaine à l'usage des marchands.
* Ce marché s'est perpétré jusqu'aux années 1960.

place saint-denis_liege_1920.jpg▲ La place Saint-Denis dans les années 1920 ▼place saint-denis_liege_1920 (2).jpg

place saint-denis_liege_dessin tony bergmans.jpgDessin de notre ami saint-clausien Tony Bergmans.

17/07/2014

La rue Léopold (quartier de la Madeleine)

   Cette artère aux immeubles cossus, appelée aussi à devenir la plus commerçante de la ville, a été percée dans le dernier quart du XIXe siècle (nous y reviendrons) à travers le quartier de la Madeleine, un quartier ancien et vétuste qu'il était temps d'assainir.

  Voici un plan de 1843 pour aider le lecteur à s'orienter dans les rues d'antan. La flèche préfigure la future rue Léopold, percée dans l'axe d'un nouveau pont des Arches (inexistant donc sur ce document) :
plan madeleine liege 1843.jpg


  Les deux illustrations qui suivent (un dessin et une photo au contenu identique) montrent l'endroit de la place Saint-Lambert où s'ouvre aujourd'hui la rue Léopold :
place saint-lambert-liege-avant 1876.jpg

rues grande tour et souverain-pont_liege-avant 1876.jpg La flèche rouge désigne la rue de Bex* ; la verte, la rue Grande Tour** ; la bleue, la rue Souverain-Pont***.

* Pierre de Bex (1594-1651), bourgmestre et grignoux notoire, décapité pour s'être opposé au pouvoir absolu du prince-évêque. Cette voirie était appelée rue Petite Tour avant 1863.
** Allusion à la grande tour (128 m) de l'ancienne cathédrale Saint-Lambert, tour qui se trouvait à l'entrée dela rue Souverain-Pont.
*** Allusion à un pont qui surplombait autrefois un vivier, antérieur (souverain) au pont des Arches !

  Aidons-nous de ce même fléchage sur les deux vues suivantes, qui nous proposent les lieux au début du XXe siècle puis en 2009 :

rue leopold-liege-debut XXe.jpg

rue leopold-liege-2007.jpg  La flèche verte ne figure plus sur cette photo de 2009. Une zone arborée a remplacé tout un alignement d'immeubles, rasés au début des années 1980. Se trouve là, actuellement, une gare des bus en plein air :
place maigret-liege-2009.jpg  À côté de l'espace réservé aux arrêts de bus, l'endroit a été aménagé en une petite place appelée la place du Commissaire Maigret* (une statue du célèbre policier a été installée assise sur un banc).

* Les aventures du commissaire Jules Maigret ont été imaginées par Georges Simenon, écrivain né rue Léopold à Liège en 1903 (mort à Lausanne, en Suisse, en 1989).

 


HISTORIQUE

 

  Le quartier populaire de la Madeleine remonte aux origines de Liège. Il tire son nom d'une église dédiée à sainte Madeleine, église probablement créée dans la seconde moitié du XIIe siècle, bien que Jean d'Outremeuse, le chroniqueur-romancier, en imagine l'existence quelque deux siècles plus tôt.

eglise de la madeleine-liege-1800.jpgL'église de la Madeleine vers 1800, dessin de JJ Van den Berg, bibliothèque de l'Ulg.


  Au XIXe siècle, le quartier est tombé en pleine décadence. Gobert parle d'« une population serrée, compacte, grouillant dans une agglomération de rues tortueuses, de venelle et d'impasses obscures, bondée d'habitations ouvrières manquant d'air de lumière ». La Légia traverse les lieux à ciel ouvert, charriant tous les déchets des habitants et répandant d'immondes puanteurs*.

* Ce tronçon pollué du ruisseau est d'ailleurs surnommé depuis longtemps le « merdecoul » (!), appellation déformée en « merchoul », nom qu'on a aussi attribué autrefois à cette partie du quartier. « Merchoul » n'a donc rien à voir avec « mère qui tchoûle », allusion à sainte Madeleine, la patronne de l'église locale (la pécheresse Marie-Madeleine s'est repentie en pleurs aux pieds de Jésus).


En 1849, une épidémie de choléra met en évidence l'état sanitaire pitoyable du quartier de la Madeleine. En 1850, le conseil communal vote un plan d'assainissement, mais celui-ci suppose de nombreuses expropriations qui irritent les propriétaires concernés et risquent de menacer l'avenir financier de la Ville. Il faut attendre 1858 et l'incendie de l'ancienne église de la Madeleine, abandonnée depuis les événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, pour que le projet soit réexaminé et enfin exécuté en partie, avec l'établissement d'une place publique à l'emplacement des ruines de l'église.

place de la madeleine-liege-1860.jpgLa place de la Madeleine entre 1860 (sa création) et 1876 (le percement de la rue Léopold).

 

 

  En 1859, il est décidé de construire un nouveau pont des Arches, légèrement plus en amont que le précédent, et le relier à la place Saint-Lambert par une large artère, laquelle participerait à la mise en ordre générale du quartier de la Madeleine et permettrait une communication aisée entre le centre-ville et Outremeuse.

  Le premier tronçon de cette artère, du nouveau pont à la rue Sur Meuse (devenue le tronçon nord de la rue de la Cathédrale), est aménagé rapidement. En 1863, le conseil communal le baptise « rue Léopold », en hommage au premier roi des Belges ; il est prévu que cette appellation s'appliquera à l'entièreté de la voirie quand elle se sera prolongée jusqu'à la place Saint-Lambert.

  Ce prolongement se fera hélas attendre plus de 10 ans. Le percement de la rue Léopold à travers le quartier de la Madeleine commencera en juillet 1976.

demolition pont des arches-liege-1859.jpg  Démolition en 1859 du pont des Arches troisième du nom. Ce pont, côté centre-ville, se trouvait à la hauteur de la rue Neuvice.

histoire de liège,place saint-lambert,rue leopold,quartier de la madeleine,rue de bex,rue grande tour,pont des arches  Le pont des Arches quatrième du nom, construit en 1860 (on l'appellera aussi quelque temps le pont Léopold). À droite : les moulins de Bèche et de Saucy, au confluent de la Meuse et d'un bras de l'Ourthe.

plan-chantier rue leopold-liege-fin XIXe.jpg  Plan du chantier de réaménagement du quartier de la Madeleine, avec en rouge le tracé des transformations à effectuer.
Plan figurant dans la revue « Si Liège m'était conté », n° 53, 1974, dans un article signé Jean Brose.

 

percement rue leopold-liege-1876.jpgLe début du chantier en 1876, côté place Saint-Lambert.

percement rue leopold-liege-1877.jpg1877. À gauche, on reconnaît l'église Sainte-Catherine (dont la façade se trouve en Neuvice) et dans le fond, l'église Saint-Pholien en Outremeuse.

destruction quartier madeleine-liege-aout 1876.jpg

demolition quartier madeleine-liege-1876.jpgIl ne subsiste rien de cet endroit, traversé par la rue Léopold, comme en témoigne la photo ci-dessous, où seul le clocher de Sainte-Catherine sert de point de repère :
rue leopold-liege-2014.jpg

 

chantier rue leopold-liege-1880.jpg  Photo prise vers 1880. À gauche, on aperçoit une aile de l'hôtel de ville. À l'avant-plan, ce sont les fondations des immeubles de la rue Léopold.


  Rue Derrière la Madeleine, rue des Tourneurs, rue du Casque, rue du Stockis... toutes rues qui ont disparu et dont voici quelques souvenirs :
demolition quartier madeleine-liege.jpg

rue de la cloche-liege-avant 1876.jpg

rue du stockis-liege-avant 1876.jpg

. . . . .

 

place saint-lambert_liege-debut XXe.jpg  À la fin du XIXe siècle, la place Saint-Lambert est devenue la plaque tournante d’un trafic important, le point de concentration d’un commerce très actif et l’aire de distribution d’artères très animées.

rue leopold-liege-crmsf-debut XX.jpg  La rue Léopold vers 1905. Depuis 1878, le bâtiment au coin de la rue Léopold et de la rue de Bex (à gauche) s'appelle le « Drapeau belge ». Il s'agit d'un magasin de tissus.

  Ci-dessous, le même endroit dans les années 1960 :
rue de bex-rue leopold-trams-annees 1960.jpg

 

 

rue leopold-liege-1900.jpg
La rue Léopold en 1900 ▲ et dans les années 1960 ▼
rue leopold-tram-liege.jpg

 

rue leopold-pont des arches-liege-1965.jpgDepuis le pont des Arches, dans les années 1960 ▲ et 1970 ▼rue leopold-pont des arches-liege-1970.jpg

 

 

rue leopold-liege-aux economes.jpgAu début du XXe siècle ▲ et en 2009 ▼rue leopold-liege-bing maps-2009.jpg

 

 

rue leopold-liege-1960.jpgVers 1960 ▲ et en 1976 ▼rue leopold-liege-1976.jpg


rue leopold-liege-1984.jpgEn 1984 ▲ et 2009 ▼place Commissaire Maigret-liege-2009.jpg

 

place saint-lambert_liege-1988.jpgEn 1988 ▲ et 2006 ▼place saint-lambert-rue leopold-liege-2006.jpg

 

 

rue leopold-liege-2009.jpgEn 2009 ▲ et le 27 janvier 2010 ▼explosion-rue leopold-liege-2010.jpg

explosion-rue leopold-liege-27 01 2010.jpg

  Autres renseignements sur la page « Place Saint-Lambert » (série 7) du site « Liège, photos d'hier et d'aujourd'hui ».



Bibliographie :

- Théodore GOBERT, Liège à travers les âges, les rues de Liège, nouvelle édition Culture et Civilisation, 1975.

- Jean BROSE, le quartier de la Madeleine et la création de la rue Léopold, revue communale « Si Liège m'était conté », 1974.

13/03/2014

L'ancienne place Verte (devenue place Foch en 1919)

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtelSituation de cette place sur un plan des années 1960.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   La place Saint-Lambert au début des années 1970, avec la place du maréchal Foch délimitée par le pourtour rouge. Ci-dessous, l'état des lieux de nos jours :
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À l'époque de la place Verte


histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel                      Gravure de Julius Milheuser, publiée en 1649 à Amsterdam par Johannes Blaeu.

   L'ancestrale place Verte (1) est autrefois un terre-plein surélevé que délimite une bordure de pierre. Elle doit son appellation aux rangées d'arbres qui y sont plantés, petite osasis de verdure au cœur même de la Cité, à deux pas de la cathédrale Saint-Lambert (2)*. De l'autre côté, elle fermée par les bâtiments de l'Official (3)**, qui la séparent de la place aux Chevaux (4)***.

* Cette impressionnante cathédrale sera détruite à la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.

** Le terme « Official », sous l'Ancien Régime, désigne un magistrat ecclésiastique et la cour de justice qui relève de son autorité.

*** La place aux Chevaux est devenue la place de la République française ; elle borde à l'époque un des bras de la Meuse (voir aussi http://users.belgacom.net/cwarzee/opera/index.htm).

 

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   Cette gravure nous reporte au milieu du XIXe siècle. Dans le fond, on aperçoit les tilleuls de la place Verte. Celle-ci constitue, sous le règne de Léopold 1er, un haut lieu aristocratique connu pour ses prestigieux hôtels particuliers.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   Au cours du XIXe siècle, les anciens bâtiments de l'Official sont vendus, transformés, réaffectés, puis finalement démolis. Après 1863, c'est l'établissement de ventes publiques présenté sur le document ci-dessus qui sépare la place Verte du quartier du théâtre créé quelque quarante-cinq ans plus tôt.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel  La salle de ventes est démolie en 1881 pour être remplacée par une bâtisse monumentale conçue par l'architecte Hubert Bernimolin. Destiné à devenir un hôtel, le nouvel immeuble est luxueux et extravagant. Aristide Cralle, son propriétaire, cherche visiblement à attirer sur lui toute l'attention publique.

   En 1882, alors que le bâtiment est toujours en construction, on transforme la place Verte : on élargit la voirie devant le futur hôtel, abaisse le niveau du terre-plein et abat les arbres qui justifiaient l'appellation du lieu ! Ne subsiste désormais qu'une pelouse entourée d'un large trottoir asphalté.

   Ruiné par sa folie des grandeurs, Aristide Cralle se suicide en 1885. Vendu, son immeuble est mis en location et connaîtra plusieurs affectations avant d'être connu, dès 1900, sous le nom d'Hôtel Continental, avec au rez-de-chaussée un café-restaurant appelé la Taverne Grüber.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   La place Verte qui ne l'est plus du tout, au tout début du XXe siècle. Ci-dessous, dans le cadre rouge, le même endroit en 2006 :
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histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   La place Verte à l'époque de Léopold II (fin de règne à sa mort en 1909). Inauguré en 1891, « Au Phare » (l'établissement au store rayé blanc et rouge) est un café-restaurant élégant, justifiant son appellation par une lanterne à feu tournant située sur le toit, au-dessus du fronton triangulaire. L'intérieur présente un site enchanteur de grottes et rochers, avec un étang rempli de poissons rouges et des tables en marbre. Autres attractions : vingt-cinq billards, des bals et concerts, puis même des séances cinématographiques...

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   À gauche du Phare, l'ancien hôtel de Méan (remontant à 1622) est devenu « La Populaire » en 1894, maison du peuple créée par le POB (parti ouvrier belge, ancêtre du PS).

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtelLors de manifestations sociales au début du XXe siècle.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtelCi-dessus, la place Saint-Lambert et la place Verte vers 1900 ; ci-dessous, la même perspective en 2000 :histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel

 

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   Découvrons la place Verte dans l'autre sens. La voici à la fin du XIXe siècle. Le bâtiment marqué d'une flèche (là où commence la place Saint-Lambert) est le Grand Bazar fondé en 1885 par Auguste Thiriart. À droite de la photo, il s'agit d'un autre grand magasin, d'abord appelé « À la place Verte », ouvert là en 1881 par François Vaxelaire et Jeanne Claes, les propriétaires du Bon Marché de Bruxelles.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   En 1904, le Grand Bazar s'agrandit dans l'immeuble situé à sa gauche, un hôtel particulier conçu en 1853 par l'architecte Jean-Pierre Cluysenaer, qui s'est inspirée du palais des Procuraties de Venise. Le bâtiment d'origine a été démoli ; il sera reconstruit dans le style néo-Renaissance de l'ensemble. Sur la gauche de la photo, c'est le Grand Hôtel.


                                                   À l'époque de la place Foch

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   En 1919, la place Verte devient la place du maréchal Foch, Liège honorant ainsi le vainqueur de la « Grande Guerre »*. Un monument de la Victoire trônera quelque temps en son centre.

* La rue à gauche de l'Hôtel Continental (là où se trouve actuellement la Fnac) prend, elle, le nom de Joseph Joffre, artisan de la victoire alliée lors de la bataille de la Marne.

 

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   Sur cette vue de la fin des années 1930, l'ancien Hôtel Continental porte l'enseigne « SARMA » (acronyme de Société anonyme pour la revente d'articles de masse). Cette chaîne de grands magasins s'est installée là en 1933 et a d'abord entrepris des travaux pour adapter le bâtiment à sa nouvelle affectation.

 

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   Ci-dessus, la place Foch vers 1920. En 1923, le Grand Hôtel cessera ses activités pour faire place à un magasin de l'Union Coopérative.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtelEn 1959, le « Phare » sera transformé en grand magasin. L'immeuble d'origine laissera la place à un bâtiment plus moderne en béton, et le commerce occupera aussi les locaux de l'ancien Grand Hôtel.


histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   À l'avant-plan, la place Foch dans les années 1930. Ci-dessous, le même endroit dans les années 1950, puis dans la première partie des années 1970 :
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Dans l'autre sens en 1974 :

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histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtelPhoto de 1972. À droite du Sarma : la rue de l'Official qui masque la petite place Saint-Michel.

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel  Le même endroit trois ans plus tard, dans le cadre des démolitions qui saccagent la place Saint-Lambert et ses environs :
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histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtelLe Sarma en novembre 1976. Il sera démoli en 1982 (dia ci-dessous) :histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtelL'espace « libéré » par les démolitions restera pendant des années un terrain vague servant de parking.

Lien vers d'autres photos de la destruction du Sarma : http://lavilledeliegeetcesquartiers.blogspot.be/2012/03/d....

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel  Son implantation d'origine n'existant plus, l'enseigne Sarma a déménagé dans les bâtiments abandonnés par le mythique Grand Bazar, qui a cessé ses activités en juin 1977.


                                                                                  . . . . .

histoire de liège,histoires de liège,place verte,place foch,place saint-lambert,hôtel continental,sarma,grand bazar,au phare,hôtel charlemagne,grand hôtel   Depuis 1999, le nom de « place Verte », en souvenir du passé, a été attribué à ce petit espace du quartier Opéra, au pied de la rue Haute-Sauvenière.