24/01/2017

L'îlot Saint-Georges

  Grâce aux subsides accordés par la « loi-taudis » votée au national en 1953, les autorités communales liégeoises s’attachent à assainir l’habitat délabré dans le cœur historique. À l’époque, l’habitude n’est pas de restaurer, mais de démolir et reconstruire du moderne.

  Décidée dès 1955, la rénovation du quartier de Potiérue (le chiffre 1 sur les deux documents qui suivent) se termine par la construction de la cité administrative (en 1963-67) et de l’immeuble commercial voisin (occupé par l’Innovation dès 1968). Cet épisode est raconté dans un autre chapitre.

  Dans la foulée, en 1966, un autre plan d’aménagement concerne le quartier Saint-Georges*, reconnu insalubre (le chiffre 2). C’est à ce périmètre compris entre Féronstrée**, la rue Saint-Georges, la Batte*** et la rue Saint-Jean-Baptiste, que nous allons nous intéresser dans cet article.

* Du nom d’une ancienne église paroissiale dont nous parlerons plus loin.
** Féronstrée était autrefois la rue des ferronniers, des artisans travaillant les métaux communs.
*** http://users.belgacom.net/wac/batte/index.htm.


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Plan du milieu des années 1960 ▲ et vue aérienne contemporaine obtenue grâce à Bing Maps
vue aerienne_goffe_liege_bing maps.jpg


plan amenagement 1966.jpg  Le plan ci-dessus présente le plan d’aménagement de 1966. Les zones rouges sont les expropriations nécessaires pour élargir les voiries existantes. Les vertes, celles préparatoires à la reconstruction. Vont disparaître une partie de la rue Sur les Foulons* (1), la rue Pécluse** (2) et l’impasse des Foulons (3) ; la rue Saint-Georges (4) sera rectifiée et élargie.

* Les foulons, avec les tisserands et les teinturiers, constituaient autrefois la corporation des drapiers.
** Étymologie incertaine. Au XIIIe siècle, on trouve l’orthographe « Petreluz », peut-être issue (dit Gobert) de « petriclusa », l’écluse de Pierre. Vraisemblable quand on sait qu’un faux bras bras de la Légia coulait à cet endroit.


 

  Pourquoi l’appellation Saint-Georges ?

 feronstree_liege_google maps.jpgDe nos jours ▲ et en 1966 ▼rue feronstree_liege_1966.jpg

  C’est une ancienne église paroissiale dédiée à saint Georges* (la flèche sur la photo ci-dessus) qui a donné son nom au quartier.

* Originaire de Cappadoce, l'actuelle province d'Anatolie en Turquie, Georges a été éduqué dans la religion chrétienne. Devenu tribun dans l'armée romaine, ce jeune officier se révéla être un vaillant soldat. À partir de 303, l’empereur Dioclétien se mit à persécuter les chrétiens, et Georges, refusant d'abjurer sa foi, fut être emprisonné et torturé, avant d'être décapité.
 
Saint Georges est le patron des chevaliers. Il est le plus souvent représenté en armure, combattant le dragon, allégorie symbolisant la victoire de la foi sur le démon.

 
Un sanctuaire a existé à cet endroit dès le Moyen Âge (dès le Xe siècle, prétendent certains chroniqueurs). On ne sait rien de cette église, sinon qu’elle a été l’un des rares édifices religieux à avoir souffert de l’incendie de 1468, perpétré par les hordes de Charles le Téméraire. Restaurée, elle s’est maintenue plus de deux siècles et demi, jusqu’à ce que son délabrement ait justifié son remplacement en 1739.


eglise saint-georges_liege.jpg  L’église Saint-Georges avant 1738 et après la reconstruction de 1739 dans un style classique-baroque (dessins de J.J. Van den Berg, bibliothèque Ulg).

  Fermé au culte sous le régime française, l'édifice finit par être vendu. À la fin du XIXe siècle, il sert de magasin à un marchand de métaux.


salle ventes.jpg          Avant d’être démolie à l’aube des années 1970, le bâtiment est devenu une salle de ventes.

2006.jpg   Un chapiteau de colonne de l’ancienne église est exposé rue Saint-Georges, au pied de la dalle de l'ex-musée des Beaux-Arts (déménagé à la Boverie en 2016).


 

  Le projet architectural

 
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L’îlot Saint-Georges en 1966 ▲ et 2008 ▼
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maquette ilot st-georges_liege.jpg  Voici, dans le cercle rouge, la maquette des bâtiments à construire sur le site Saint-Georges. Cet ensemble est l’œuvre de l’architecte Henri Bonhomme (auteur aussi de la cité administrative avec son confrère Jean Poskin). Il comporte un parking en sous-sol, une zone commerciale commerciale au rez-de-chaussée et des bureaux dans les étages (services communaux), sans compter un vaste espace muséal appelé à devenir le musée de l’Art wallon*.

* En 2011, les collections du MAMAC (musée d’Art moderne et d’Art contemporain), du CED (cabinet des Estampes et Dessins) et du fonds d’art ancien rejoindront celles d’art wallon à l’îlot Saint-Georges ; on parlera désormais du musée des Beaux-Arts, lequel déménagera à la Boverie en 2016. Les lieux sont actuellement en attente de réaffectation, probablement une réserve muséale.

 
Dans un rapport d’urbanisme de l’époque, on peut lire que le nouvel ensemble architectural s'inspire du style de la maison du poids public jadis élevée sur le quai voisin, et qu’il « fera transition entre le modernisme sage de la cité administrative et le quartier des musées de l'antique Féronstrée ».

  La maison du poids public, appelée aussi local de la douane, a été édifiée sur la Batte en 1574. Le second étage a servi de théâtre de 1767 à 1805, année de l’incendie qui a détruit l’immeuble. En voici une représentation en 1770 (dessin d’Alfred Ista) :
theatre_batte_liege_1770.jpg


 

  L’îlot archéologique


rue feronstree_liege_1965.jpgL’église Saint-Georges, en Féronstrée, en 1965 ▲ et pendant les démolitions du début des années 1970 ▼
eglise st-georges_liege_démolition debut 70s.jpg

 
  Examinez l’immeuble de style qui se trouvait à droite de l’église. On le retrouve (la flèche) sur cette photo qui montre la rue Saint-Georges dans les années 1980 :
rue st-georges_liege_debut 80s.jpg

 
  Il est en effet prévu, dans le projet de rénovation du quartier, de sauvegarder certaines façades des XVIIe et XVIIIe siècle, en les démontant soigneusement pour les reconstruire dans un « îlot archéologique » aménagé principalement rue Saint-Georges et rue Sur les Foulons*.

* Le relais de poste de la rue Saint-Jean-Baptiste, datant de la fin du XVIIe siècle, a été remonté à partir de 1974 dans l’impasse des Ursulines, en vue de la création d’un musée de l’Architecture (inauguration en 1976).


rue st-georges_liege_1977.jpg  Voici, vers 1975-76, le chantier de reconstruction des façades historiques en bordure de la rue Saint-Georges élargie. À l’avant-plan, il s’agit de la dalle recouvrant le parking sous le futur complexe moderne.


rue st-georges_liege_2017.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue st-georges_liege_80s.jpg  D’autres façades de l’îlot archéologique, à l’angle des rues Saint-Georges et Sur les Foulons carte postale des années 1980).


 

  Photos de la métamorphose


vue aerienne_ilot st-georges_liege_google earth.jpg
  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Google Earth. Les traits rouges ajoutés représentent des rues et ruelles qui ont disparu lors de la rénovation du quartier dans les années 1970. Les emplacements numérotés se rapportent aux séries de photos qui suivent, les flèches indiquant le sens des prises de vue.

SÉRIE 1

1a feronstree_liege_debut 70s.jpg
En Féronstrée au tout début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

1b feronstree_liege_2017.jpg
SÉRIE 2

2a demolition eglise st-georges_liege_debut 70s.jpg
Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

2b.jpg


SÉRIE 3

3a rue st-georges_liege_1969.jpg  La rue Saint-Georges en 1969, vue du côté de Féronstrée. La mur de droite est celui de l’ancienne église Saint-Georges. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
3b rue st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 4

4a rue saint-jean-baptiste_liege_1964-65.jpg  La rue Saint-Jean-Baptiste vers 1964, pendant le chantier de la cité administrative. La flèche bleue désigne l’entrée de la rue Sur les Foulons ; la rouge, celle de l’étroite rue Pécluse. À la hauteur du trait vert, entre les enseignes Philips, il s’agit des établissements Fissette, qui ont déménagé en Féronstrée.

4b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg
La rue Saint-Jean-Baptiste de nos jours.


4c rue saint-jean-baptiste_liege_debut 70s.jpgLa même rue dans l’autre sens, pendant les démolitions du début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
4c rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
5

5a rue sur les foulons_liege_1966.jpg  La rue Sur les Foulons en 1966, vue depuis la rue Saint-Jean-Baptiste. Ce tronçon ne survivra pas aux transformations des années 1970, comme en témoigne la photo ci-dessous :5b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
6

6a rue pecluse_liege_1969.jpg  La rue Pécluse en 1969. Dans le fond, on aperçoit la cité administrative tout neuve (voir autre chapitre). Cette voirie n’existant plus, il faut l’imaginer sous l’esplanade de l’actuel îlot Saint-Georges :6b esplanade st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 7

7a rue pecluse_liege_1966.jpg  Une partie de la rue Pécluse (photo de 1966) se termine en impasse, avec une potale à son extrémité. Disparue, elle aussi, lors de la construction de l’îlot moderne :
7b esplanade st-georges_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 8

8a sur les foulons_liege_1969.jpg  Cette photo de 1966 montre la partie de la rue Sur les Foulons, aujourd’hui disparue, qui se dirigeait vers le carrefour avec la rue Saint-Georges.


8b esplanade st-georges_liege_2017.jpg   L’autre partie de la rue Sur les Foulons (à l’arrière-plan ci-dessus) a été remaniée avec le remontage des façades anciennes de l’îlot archéologique :
8c sur les foulons_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 9

9a sur les foulons_liege_1969.jpg
La rue Sur les Foulons dans l’autre sens en 1969 ▲ et de nos jours ▼
9b sur les foulons_liege_2017.jpg


SÉRIE
S 10 et 11

10a batte_liege_1966.jpg
Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
10b batte_liege_2017.jpg

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Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
11b batte_liege_2017.jpg


SÉRIE
12

12a rue st-georges_liege_1969.jpg
La rue Saint-Georges vue depuis la Batte en 1969 ▲ et de nos jours ▼
12b rue st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE
13

13a rue st-georges_liege_1966.jpg  La partie la plus étroite de la rue Saint-Georges (entre la rue Sur les Foulons et Féronstrée) en 1966. Dans la fond, le chevet de l’église Saint-Georges.


13b rue st-georges_liege_2017.jpg
De nos jours.

 

  Le chantier de la seconde partie des années 1970


chantier ilot st-georges_liege_1974-75.jpg  Le début des travaux de reconstruction au milieu des années 1970 (à l’horizon, sur la colline de Sainte-Walburge : les grues du chantier de l’hôpital de la Citadelle, commencé en 1974).


batte_liege_fin 70s.jpgLe marché de la Batte pendant la construction de l’îlot Saint-Georges ▲ et au début des années 1980 ▼
batte_liege_debut 80s.jpg

chantier ilot st-georges_liege.jpg
Vue aérienne du chantier vers 1977.


ilot st-georges_liege_1979.jpg
L’îlot tout neuf en 1979.


bueren_liege_fin 70s.jpg
Le chantier en cours d’achèvement vu de la montagne de Bueren.


quais_meuse_70s.jpg  Vu l’état d’avancement de l’îlot Saint-Georges, cette photo doit dater de 1977-78. Dès le début de la décennie, les quais ont connu un vaste chantier pour les transformer en voies rapides, avec même un tunnel pour le futur métro (qui ne sera jamais concrétisé).

  Voici un aperçu de ce chantier au début des années 19701 :
chantier voies rapides quais liege.jpg



 *  *  *  *  *

  En 2014, le Département de l'Urbanisme de Liège a consacré à ce quartier une exposition de photos d'archives au Grand Curtius.

  Un fascicule a été édité à cette occasion: « Les mutations du cœur de Liège, n°6, l'îlot Saint-Georges ».

 Merci à Messieurs Jean-Pierre ERS et Laurent BRÜCK pour leur aide dans la réalisation de mes pages.

 

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11:32 Écrit par Claude WARZÉE dans Quais de la Batte, Quais de la Meuse | Commentaires (4) |  Facebook |

04/08/2016

Le quai de la Goffe, la Batte, l’ancienne halle aux viandes et la cité administrative

vue aerienne_bing maps.jpg  Cette vue aérienne actuelle a été obtenue grâce à Microsoft Bing Maps. Le quai de la Goffe est compris entre les deux traits rouges, entre le quai de la Ribuée* et la Batte.

* « Ribuée » vient du wallon « ribouwèye » (lessive). Jadis, nos aïeules lavaient le linge dans les eaux de la Meuse !


 
En wallon liégeois, le mot « batte » signifie « digue » ou « quai ». L’expression « quai de la Batte » (soit « quai du Quai ») est passée dans l’usage mais constitue un pléonasme. Depuis 1863, l'appellation officielle « la Batte » désigne le quai compris entre Potiérue* et la rue Hongrée** (entre les quais de la Goffe et de Maestricht).

* La rue des potiers.
** « Hongrée » dériverait d’un mot d’origine flamande servant à désigner un pendoir dans l’industrie drapière, installée autrefois à cet endroit.

quai de la goffe_liege_dessin de gerard michel.jpgDessin de Gérard Michel, ancien professeur de dessin d’architecture à Saint-Luc.

 


  Aux origines

  Jadis, l’emplacement de l’actuelle place Saint-Lambert est occupé par une immense cathédrale (voir autre article), et c'est place du Marché qui constitue le centre vital de la cité. Son existence remonte aux origines de la ville, dont la population a besoin de s'approvisionner quotidiennement. Depuis le début du XIe siècle, la rue du Pont* la relie à la Meuse, où un port est établi « alle Goffe ».

* La rue du Pont a été baptisée ainsi parce qu’elle menait au pont des Arches, le premier du nom, qui se situait alors dans son axe. Parallèlement, la rue Neuvice (appellation provenant de mots latins signifiant « nouveau village ») rappelle l'agglomération marchande qui s'étendait entre la place du Marché et le fleuve.


 
Le mot « goffe », en wallon, désigne une excavation dans le fond du fleuve, une eau plus profonde. Au début, il ne s’agit que d’une berge en pente, submergée à la moindre crue. On y endigue le fleuve de 1545 à 1548, aménageant une batte (un quai donc) qui sera prolongée en 1549 jusqu’à la rue Hongrée.

  La Goffe et ses alentours attirent tous les marchands de la cité. Une halle aux viandes y est construite au milieu du XVIe siècle.


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  Gravure de Julius Milheuser (1649), publiée par Johannes Blaeu. On y aperçoit la halle aux viandes, ainsi que le port fluvial en aval du pont des Arches, de la Goffe à la rue Hongrée.


goffe_liege_1790.jpg  Dessin de 1790 publié par Léon Béthune dans « Vieux Liège : recueil de vues rares ». À gauche, le pont des Arches avec la cathédrale Saint-Lambert à l'arrière-plan. Au centre, le port de la Goffe. À droite, les rangées d’arbres de la Batte.

  Dès le XVIe siècle, le quai de la Goffe et la Batte connaissent une vie commerçante intense : ils accueillent des marchés quotidiens et une foire annuelle qui amène son lot de camelots, saltimbanques, forains*, comédiens, bonimenteurs, vendeurs de remèdes… La Batte, de nos jours, évoque le marché dominical que fréquentent chaque semaine des milliers de curieux, issus aussi des pays limitrophes, principalement des Pays-Bas et d'Allemagne.

* La partie « variétés » de la foire annuelle a quitté la Batte en 1859 pour venir s’installer boulevard d’Avroy.


  La halle aux viandes

 

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Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
halle viandes_liege_2006.jpg

 

blason bouchers liege.jpg  Blason des mangons (c’est ainsi qu’on appelait autrefois les bouchers), corporation dont l’existence remonterait au XIIe siècle, un des trente-deux bons métiers de la cité de Liège à l’époque de la principauté.


blason bouchers.jpg  Ce blason se retrouve au-dessus des portes d’entrée de la halle. La pierre rectangulaire qui le surmonte comportait des armoiries et inscriptions rappelant l'Ancien Régime, lesquelles ont été martelées lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.


  Ce bâtiment destiné au commerce* de la viande, qu’on appellera aussi la Grande Boucherie, a été bâti de 1544 à 1546 selon les plans de l’architecte Paul de Ryckel**, en remplacement de celle établie près de l’hôtel de ville, devenue insuffisante.

* Les bouchers ne seront autorisés à vendre à domicile qu’en 1846, moyennant le paiement d’une taxe et l’obligation d’une hygiène irréprochable.
**Chargé aussi d’une restauration de la collégiale Saint-Martin, qui garde toujours des séquelles de l’incendie du Mal Saint-Martin, deux siècle plus tôt.


  Il s’agit du plus ancien édifice public de la ville, bel exemple du style Renaissance alliant la brique et la pierre calcaire. Les activités marchandes s’exerçaient au rez-de-chaussée, l’étage servant de lieu de réunion aux compagnons.

  Quand la principauté de Liège est rattachée à la république française (1795-1814), la halle devient un bien national. En 1822, le gouvernement la cède à la Ville (nous sommes alors sous le régime hollandais). Le rez-de-chaussée conserve son affectation d’origine, mais l’étage est converti en école communale, laquelle fera place, en 1862, à une bibliothèque publique*.

* Cette bibliothèque sera transférée rue des Chiroux en 1904.


halle viandes_liege_1881.jpgCe dessin de Pierre Dehousse montre la halle en 1881, vue depuis la rue de la Boucherie. À l’arrière-plan, à droite, on aperçoit, au-delà de la Meuse, le clocher à campanile de l’ancienne église Saint-Pholien.

 
plan_1880.jpg  Sur ce plan dressé par Blonden en 1880, j’ai colorié en rouge l’emplacement de la halle. Les voiries environnantes s’appellent la rue du Pont (1), la rue de la Boucherie (2), la rue de la Goffe (3), la rue de la Halle (4), la rue de la Clef (5)*, la rue Sur-le-Mont (6)** et Potiérue (7).

* Une enseigne y portait jadis ce motif.
** Cette rue étroite allait en s’élevant jusqu’au milieu de son parcours. Cette butte datait de la construction de l’enceinte défensive de Notger, car des terres avaient été amoncelées contre le rempart.


halle viandes_liege_1900 (1).jpg  ▲ La halle à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les façades sont en partie peintes à la chaux. Les auvents en zinc ont été placés en 1888 pour abriter les marchandes de volailles ▼
halle viandes_liege_1900 (2).jpg

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Peinture représentant les lieux vers 1900.


halle viandes_liege_plan 1917.jpg  Ce dessin fait partie d’une série de relevés réalisés en 1917 par le service d'architecture de la ville de Liège. Dans les commentaires qui les accompagnent, il est question d’ un « vieux bâtiment condamné à disparaître bientôt ».

  En fait, il y a longtemps que les bouchers se plaignent de l’exiguïté et de la vétusté des lieux. Plusieurs intentions d’agrandissement ont échoué dans la seconde partie du XIXe siècle, vu que le bâtiment est complètement enserré dans le tissu urbain. Mais en 1911, le conseil communal, sous le mandat du bourgmestre Gustave Kleyer*, décide d’aérer et assainir le quartier, afin de construire une nouvelle halle beaucoup plus grande en front de quai. Ce sont des problèmes de finances communales, puis surtout la première guerre mondiale, qui mettent un terme au projet.

* Celui-là même qui dirigeait la ville pendant l'Exposition universelle de 1905.


rue sur-le-mont_liege_1919.jpg  Il n’empêche que des expropriations ont été programmées « au plus grand profit de l’hygiène » ; elles entraînent la disparition des rues Sur-le-Mont (la photo ci-dessus date de 1919) et de la Clef.


plan_liege_1938.jpg  Ce plan communal nous reporte en 1938. Remarquons les transformations apportées au quartier de la halle* : la rue de la Boucherie a été prolongée jusqu’à Potiérue qu’on a élargie ; des immeubles ont été démolis pour faire place à des entrepôts.

* Un plan de 1930 (année d’une exposition internationale) ne présente pas ces transformations.


rue du pont_liege_1905.jpg  La rue du Pont, vers 1905. Le photographe tourne le dos à la place du Marché. À gauche, s’ouvre la rue de la Boucherie.


rue du pont_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue de la boucherie_liege_debut XXe.jpg  La rue de la Boucherie avec ses maisons en encorbellement. Les immeubles, à l’arrière-plan, sont ceux de la rue de la Halle en communication avec la rue de la Clef.


rue de la boucherie_liege_2016.jpg  Les maisons en encorbellement ont subsisté ; l’arrière-plan, lui, a subi une totale métamorphose (nous en reparlerons).


rue de la boucherie_liege_1930.jpg  La rue de la Boucherie vers 1930. Les immeubles de la rue de la Halle vont disparaître pour être remplacés par des entrepôts annexés à la halle aux viandes.


halle aux viandes_liege_1941.jpg

La halle en 1941 entre les entrepôts (à gauche) et la rue de la Goffe (à droite).

 
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▲ La configuration des lieux de nos jours ▼rue de la goffe_liege_2016.jpg


rue de la halle avant 1930.jpg
À droite, la rue de la Halle vers 1930.


rue de la halle_liege_2016.jpg  La rue de la Halle, de nos jours, n’est plus que ce chemin marqué d’une flèche, traversant l’esplanade-parking de la cité administrative.


halle aux viandes_liege_fin années 1950 (1).jpg
▲ Les entrepôts à la fin des années 1950 ▼
entrepots halle viandes_liege_fin annes 1950.jpg


halle aux viandes_liege_2016.jpg
De nos jours.


goffe_liege_fin annees 1950.jpg  Dans la seconde moitié des années 1950, commence un chantier d’envergure. Nous le détaillerons dans le chapitre qui suit.


quai de la goffe_liege_2016.jpg
De nos jours.

 

 
L’évolution du quai de la Goffe

 

quais de meuse_liege_debut XXe.jpg  Cette carte colorisée nous reporte à l’aube du XXe siècle, quand les bateaux-mouches faisaient office de transports en commun avant d’être supplantés par les tramways. L’intitulé « quai de la Batte »* est passé dans les usages, mais rappelons que les appellations officielles sont le quai de la Goffe (1), la Batte (2) et le quai de Maestricht (3).

* Ce qui signifierait « le quai du quai »  wink


la goffe_liege_1900 (1).jpg  Le bâtiment à l’angle du quai et de Potiérue est la maison Havart, du nom du quincaillier qui l’occupait à la fin du XIXe siècle (la photo ci-dessus date du tout début du XXe siècle). Il s’agit d’un des plus anciens immeubles de Liège ; on situe traditionnellement sa construction en 1594, mais il est plus vraisemblable qu’elle ait eu lieu entre 1666 et 1668. Les lieux sont abandonnés depuis la fermeture du restaurant gastronomique « Au Vieux Liège ».


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Le même endroit au début des années 1970.


la goffe_liege_1900 (2).jpg  Le quai de la Goffe vers 1900. Le renfoncement marqué d’une flèche, par rapport à l’alignement des autres immeubles, est un souvenir du XVIe siècle, quand on a aménagé à cet endroit, moyennant des expropriations, un emplacement réservé au marché aux fruits.


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▲ Le marché aux fruits dans la première décennie du XXe siècle ▼
marche aux fruit_liege_1904.jpg


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  La « place » de la Goffe et son marché aux fruits en 1927. La flèche rouge indique l’étroite rue Sur-le-Mont ; la bleue, Potiérue (cliquez sur l’image pour l’agrandir).


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Le pont des Arches vu depuis le marché aux fruits, avant 1914.

quai de la goffe_liege_1940-48.jpg  En mai 1940, le pont des Arches a été dynamité dans l’espoir de ralentir l’invasion allemande. Il sera remplacé jusqu’en 1948 par un pont provisoire en bois au niveau du quai de la Goffe.


quai de la Goffe_liege_debut annees 1960.jpg  Nous voici au milieu de la décennie suivante. En 1955, le conseil communal vote la construction d’un building administratif* à l’emplacement de la flèche, entre Potiérue et la rue Saint-Jean-Baptiste. Il est également prévu d’aménager une aire de parking, de dégager la halle aux viandes et de créer un ensemble commercial (l’Innovation dès 1968). Ce chantier de longue haleine nécessite la démolition ou le démontage** des immeubles marqués d’un trait.

* Il y a longtemps que les autorités communales cherchent à regrouper les services administratifs (vingt-six services dispersés dans dix-huit bâtiments).
** Certaines bâtisses ou façades ont été démontées pour être réassemblées à un autre endroit (le futur îlot Saint-Georges au début des années 1970).


goffe_liege_milieu annees 1950.jpgGros-plan sur les immeubles qui vont disparaître entre la rue de la Goffe et Potiérue.


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Les mêmes immeubles vus dans l’autre sens, au-delà de Potiérue.


potierue_liege_1956.jpgPotiérue en 1956.


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À la charnières des années 1950 et 60.


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De nos jours.


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Potiérue dans l’autre sens en 1955 ▲ et de nos jours ▼
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Les démolitions à front de quai en 1957.


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  Les palissades de la vue précédente se retrouvent (la flèche) sur cette photo mettant en valeur les pont des Arches (cliquez dessus pour l'agrandir).


potierue_liege_1955 (2).jpg  Entre la halle et la maison Havart, il est prévu d’aménager un parking de 360 places en surface et en sous-sol. Il n’est plus question, comme en 1911, de remplacer la halle aux viandes, celle existante étant classée depuis 1950.


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Le même endroit de nos jours.


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En Potiérue, c’est au début des années 1960 que débutent les démolitions.


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▲ Construction de la cité administrative en 1964-65 ▼
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Et en 1966.


cite administrative_liege_1967.jpg  Ce bâtiment de 18 étages et 67 mètres de hauteur est l’œuvre des architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme. Il a été inauguré en octobre 1967 au terme de quatre ans de travaux. Il n’est pas sans rappeler l’immeuble new-yorkais de l’ONU. La présence d’une telle tour moderne en plein cœur historique de la ville provoque une vive polémique*.

*Cette a tour a été construite en dérogation à un règlement communal du 19/10/1959 interdisant toute construction en hauteur dans ce secteur.


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Vue aérienne du centre-ville à la charnière des années 1960 et 70.


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Le marché dominical de la Batte au début des années 1970.


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*Les mêmes qui ont restauré les boules de l'Atomium, de 2004 à 2006.



  Et la halle ?

 

halle aux viandes_liege_1972.jpg  Elle est restée en fonction jusqu'en 1980, année où elle a été interdite aux bouchers pour cause d'insalubrité (la photo ci-dessus date de 1972).

  En 1993, l'architecte Pierre Hebbelinck
(associé avec Alain Richard) est choisi par la ville pour réfléchir à un plan de restauration, du bâtiment et de ses abords. Les travaux commenceront en 1995.


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L
a halle avant la restauration des années 1990 ▲ et en 2006 ▼
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proue halle aux viandes_liege_2016.jpg  Du côté quai, la halle est précédée d’une terrasse qui évoque la proue d’un navire, avec le tronc d'un pin Douglas de 27,5 mètres en guise de mât.


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  Un second mât se dresse de l’autre côté de l’entrée du parking. Son jumeau et lui, ainsi que la terrasse en forme de proue, rappellent le passé portuaire* de cet endroit.

* Dans la chronique d'archéologie et d'histoire du pays de Liège de juillet-septembre 1998, il est écrit : « Deux immenses colonnes urbaines formées de socles en troncs de pyramides et d'immenses troncs d'arbres mettent l'espace en évidence, évoquant à la fois les colonnes du pont de Fragnée et les piliers porteurs du pont de l'Atlas, aux deux extrémités de la ville ».



  Le bâtiment rénové a accueilli diverses expositions et manifestations d’ordre économique. Actuellement, il est devenu le principal lieu d'accueil touristique de la ville, à la suite de la fusion de la Maison du Tourisme du pays de Liège et de l'Office du Tourisme de Liège.

 

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