24/01/2017

L'îlot Saint-Georges

  Grâce aux subsides accordés par la « loi-taudis » votée au national en 1953, les autorités communales liégeoises s’attachent à assainir l’habitat délabré dans le cœur historique. À l’époque, l’habitude n’est pas de restaurer, mais de démolir et reconstruire du moderne.

  Décidée dès 1955, la rénovation du quartier de Potiérue (le chiffre 1 sur les deux documents qui suivent) se termine par la construction de la cité administrative (en 1963-67) et de l’immeuble commercial voisin (occupé par l’Innovation dès 1968). Cet épisode est raconté dans un autre chapitre.

  Dans la foulée, en 1966, un autre plan d’aménagement concerne le quartier Saint-Georges*, reconnu insalubre (le chiffre 2). C’est à ce périmètre compris entre Féronstrée**, la rue Saint-Georges, la Batte*** et la rue Saint-Jean-Baptiste, que nous allons nous intéresser dans cet article.

* Du nom d’une ancienne église paroissiale dont nous parlerons plus loin.
** Féronstrée était autrefois la rue des ferronniers, des artisans travaillant les métaux communs.
*** http://users.belgacom.net/wac/batte/index.htm.


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Plan du milieu des années 1960 ▲ et vue aérienne contemporaine obtenue grâce à Bing Maps
vue aerienne_goffe_liege_bing maps.jpg


plan amenagement 1966.jpg  Le plan ci-dessus présente le plan d’aménagement de 1966. Les zones rouges sont les expropriations nécessaires pour élargir les voiries existantes. Les vertes, celles préparatoires à la reconstruction. Vont disparaître une partie de la rue Sur les Foulons* (1), la rue Pécluse** (2) et l’impasse des Foulons (3) ; la rue Saint-Georges (4) sera rectifiée et élargie.

* Les foulons, avec les tisserands et les teinturiers, constituaient autrefois la corporation des drapiers.
** Étymologie incertaine. Au XIIIe siècle, on trouve l’orthographe « Petreluz », peut-être issue (dit Gobert) de « petriclusa », l’écluse de Pierre. Vraisemblable quand on sait qu’un faux bras bras de la Légia coulait à cet endroit.


 

  Pourquoi l’appellation Saint-Georges ?

 feronstree_liege_google maps.jpgDe nos jours ▲ et en 1966 ▼rue feronstree_liege_1966.jpg

  C’est une ancienne église paroissiale dédiée à saint Georges* (la flèche sur la photo ci-dessus) qui a donné son nom au quartier.

* Originaire de Cappadoce, l'actuelle province d'Anatolie en Turquie, Georges a été éduqué dans la religion chrétienne. Devenu tribun dans l'armée romaine, ce jeune officier se révéla être un vaillant soldat. À partir de 303, l’empereur Dioclétien se mit à persécuter les chrétiens, et Georges, refusant d'abjurer sa foi, fut être emprisonné et torturé, avant d'être décapité.
 
Saint Georges est le patron des chevaliers. Il est le plus souvent représenté en armure, combattant le dragon, allégorie symbolisant la victoire de la foi sur le démon.

 
Un sanctuaire a existé à cet endroit dès le Moyen Âge (dès le Xe siècle, prétendent certains chroniqueurs). On ne sait rien de cette église, sinon qu’elle a été l’un des rares édifices religieux à avoir souffert de l’incendie de 1468, perpétré par les hordes de Charles le Téméraire. Restaurée, elle s’est maintenue plus de deux siècles et demi, jusqu’à ce que son délabrement ait justifié son remplacement en 1739.


eglise saint-georges_liege.jpg  L’église Saint-Georges avant 1738 et après la reconstruction de 1739 dans un style classique-baroque (dessins de J.J. Van den Berg, bibliothèque Ulg).

  Fermé au culte sous le régime française, l'édifice finit par être vendu. À la fin du XIXe siècle, il sert de magasin à un marchand de métaux.


salle ventes.jpg          Avant d’être démolie à l’aube des années 1970, le bâtiment est devenu une salle de ventes.

2006.jpg   Un chapiteau de colonne de l’ancienne église est exposé rue Saint-Georges, au pied de la dalle de l'ex-musée des Beaux-Arts (déménagé à la Boverie en 2016).


 

  Le projet architectural

 
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L’îlot Saint-Georges en 1966 ▲ et 2008 ▼
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maquette ilot st-georges_liege.jpg  Voici, dans le cercle rouge, la maquette des bâtiments à construire sur le site Saint-Georges. Cet ensemble est l’œuvre de l’architecte Henri Bonhomme (auteur aussi de la cité administrative avec son confrère Jean Poskin). Il comporte un parking en sous-sol, une zone commerciale commerciale au rez-de-chaussée et des bureaux dans les étages (services communaux), sans compter un vaste espace muséal appelé à devenir le musée de l’Art wallon*.

* En 2011, les collections du MAMAC (musée d’Art moderne et d’Art contemporain), du CED (cabinet des Estampes et Dessins) et du fonds d’art ancien rejoindront celles d’art wallon à l’îlot Saint-Georges ; on parlera désormais du musée des Beaux-Arts, lequel déménagera à la Boverie en 2016. Les lieux sont actuellement en attente de réaffectation, probablement une réserve muséale.

 
Dans un rapport d’urbanisme de l’époque, on peut lire que le nouvel ensemble architectural s'inspire du style de la maison du poids public jadis élevée sur le quai voisin, et qu’il « fera transition entre le modernisme sage de la cité administrative et le quartier des musées de l'antique Féronstrée ».

  La maison du poids public, appelée aussi local de la douane, a été édifiée sur la Batte en 1574. Le second étage a servi de théâtre de 1767 à 1805, année de l’incendie qui a détruit l’immeuble. En voici une représentation en 1770 (dessin d’Alfred Ista) :
theatre_batte_liege_1770.jpg


 

  L’îlot archéologique


rue feronstree_liege_1965.jpgL’église Saint-Georges, en Féronstrée, en 1965 ▲ et pendant les démolitions du début des années 1970 ▼
eglise st-georges_liege_démolition debut 70s.jpg

 
  Examinez l’immeuble de style qui se trouvait à droite de l’église. On le retrouve (la flèche) sur cette photo qui montre la rue Saint-Georges dans les années 1980 :
rue st-georges_liege_debut 80s.jpg

 
  Il est en effet prévu, dans le projet de rénovation du quartier, de sauvegarder certaines façades des XVIIe et XVIIIe siècle, en les démontant soigneusement pour les reconstruire dans un « îlot archéologique » aménagé principalement rue Saint-Georges et rue Sur les Foulons*.

* Le relais de poste de la rue Saint-Jean-Baptiste, datant de la fin du XVIIe siècle, a été remonté à partir de 1974 dans l’impasse des Ursulines, en vue de la création d’un musée de l’Architecture (inauguration en 1976).


rue st-georges_liege_1977.jpg  Voici, vers 1975-76, le chantier de reconstruction des façades historiques en bordure de la rue Saint-Georges élargie. À l’avant-plan, il s’agit de la dalle recouvrant le parking sous le futur complexe moderne.


rue st-georges_liege_2017.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue st-georges_liege_80s.jpg  D’autres façades de l’îlot archéologique, à l’angle des rues Saint-Georges et Sur les Foulons carte postale des années 1980).


 

  Photos de la métamorphose


vue aerienne_ilot st-georges_liege_google earth.jpg
  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Google Earth. Les traits rouges ajoutés représentent des rues et ruelles qui ont disparu lors de la rénovation du quartier dans les années 1970. Les emplacements numérotés se rapportent aux séries de photos qui suivent, les flèches indiquant le sens des prises de vue.

SÉRIE 1

1a feronstree_liege_debut 70s.jpg
En Féronstrée au tout début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

1b feronstree_liege_2017.jpg
SÉRIE 2

2a demolition eglise st-georges_liege_debut 70s.jpg
Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼

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SÉRIE 3

3a rue st-georges_liege_1969.jpg  La rue Saint-Georges en 1969, vue du côté de Féronstrée. La mur de droite est celui de l’ancienne église Saint-Georges. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
3b rue st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 4

4a rue saint-jean-baptiste_liege_1964-65.jpg  La rue Saint-Jean-Baptiste vers 1964, pendant le chantier de la cité administrative. La flèche bleue désigne l’entrée de la rue Sur les Foulons ; la rouge, celle de l’étroite rue Pécluse. À la hauteur du trait vert, entre les enseignes Philips, il s’agit des établissements Fissette, qui ont déménagé en Féronstrée.

4b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg
La rue Saint-Jean-Baptiste de nos jours.


4c rue saint-jean-baptiste_liege_debut 70s.jpgLa même rue dans l’autre sens, pendant les démolitions du début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
4c rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
5

5a rue sur les foulons_liege_1966.jpg  La rue Sur les Foulons en 1966, vue depuis la rue Saint-Jean-Baptiste. Ce tronçon ne survivra pas aux transformations des années 1970, comme en témoigne la photo ci-dessous :5b rue st-jean-baptiste_liege_2017.jpg


SÉRIE
6

6a rue pecluse_liege_1969.jpg  La rue Pécluse en 1969. Dans le fond, on aperçoit la cité administrative tout neuve (voir autre chapitre). Cette voirie n’existant plus, il faut l’imaginer sous l’esplanade de l’actuel îlot Saint-Georges :6b esplanade st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE 7

7a rue pecluse_liege_1966.jpg  Une partie de la rue Pécluse (photo de 1966) se termine en impasse, avec une potale à son extrémité. Disparue, elle aussi, lors de la construction de l’îlot moderne :
7b esplanade st-georges_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 8

8a sur les foulons_liege_1969.jpg  Cette photo de 1966 montre la partie de la rue Sur les Foulons, aujourd’hui disparue, qui se dirigeait vers le carrefour avec la rue Saint-Georges.


8b esplanade st-georges_liege_2017.jpg   L’autre partie de la rue Sur les Foulons (à l’arrière-plan ci-dessus) a été remaniée avec le remontage des façades anciennes de l’îlot archéologique :
8c sur les foulons_liege_2017.jpg

 
SÉRIE 9

9a sur les foulons_liege_1969.jpg
La rue Sur les Foulons dans l’autre sens en 1969 ▲ et de nos jours ▼
9b sur les foulons_liege_2017.jpg


SÉRIE
S 10 et 11

10a batte_liege_1966.jpg
Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
10b batte_liege_2017.jpg

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Du côte de la Batte en 1966 ▲ et de nos jours ▼
11b batte_liege_2017.jpg


SÉRIE
12

12a rue st-georges_liege_1969.jpg
La rue Saint-Georges vue depuis la Batte en 1969 ▲ et de nos jours ▼
12b rue st-georges_liege_2017.jpg


SÉRIE
13

13a rue st-georges_liege_1966.jpg  La partie la plus étroite de la rue Saint-Georges (entre la rue Sur les Foulons et Féronstrée) en 1966. Dans la fond, le chevet de l’église Saint-Georges.


13b rue st-georges_liege_2017.jpg
De nos jours.

 

  Le chantier de la seconde partie des années 1970


chantier ilot st-georges_liege_1974-75.jpg  Le début des travaux de reconstruction au milieu des années 1970 (à l’horizon, sur la colline de Sainte-Walburge : les grues du chantier de l’hôpital de la Citadelle, commencé en 1974).


batte_liege_fin 70s.jpgLe marché de la Batte pendant la construction de l’îlot Saint-Georges ▲ et au début des années 1980 ▼
batte_liege_debut 80s.jpg

chantier ilot st-georges_liege.jpg
Vue aérienne du chantier vers 1977.


ilot st-georges_liege_1979.jpg
L’îlot tout neuf en 1979.


bueren_liege_fin 70s.jpg
Le chantier en cours d’achèvement vu de la montagne de Bueren.


quais_meuse_70s.jpg  Vu l’état d’avancement de l’îlot Saint-Georges, cette photo doit dater de 1977-78. Dès le début de la décennie, les quais ont connu un vaste chantier pour les transformer en voies rapides, avec même un tunnel pour le futur métro (qui ne sera jamais concrétisé).

  Voici un aperçu de ce chantier au début des années 19701 :
chantier voies rapides quais liege.jpg



 *  *  *  *  *

  En 2014, le Département de l'Urbanisme de Liège a consacré à ce quartier une exposition de photos d'archives au Grand Curtius.

  Un fascicule a été édité à cette occasion: « Les mutations du cœur de Liège, n°6, l'îlot Saint-Georges ».

 Merci à Messieurs Jean-Pierre ERS et Laurent BRÜCK pour leur aide dans la réalisation de mes pages.

 

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11:32 Écrit par Claude WARZÉE dans Quais de la Batte, Quais de la Meuse | Commentaires (4) |  Facebook |

06/09/2016

Aux origines du quai et du pont Mativa

vue aerienne boverie_liege_bing maps.jpg  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Bing Maps (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). Le parc de la Boverie* (1), est situé entre la Meuse (2) et sa Dérivation (3) ; il est relié au quai Mativa (4) par le pont** du même nom (5).

* Le lieu tient son appellation des bovidés qu’on y faisait paître.
** On  dit souvent la passerelle Mativa vu son usage réservé aux piétons et cyclistes. On l'appelle aussi, nous l'expliquerons plus loin, le pont ou la passerelle Hennebique.


 
Le quai Mativa a été aménagé à la suite des grands travaux de la Dérivation de la Meuse (voir autre article) ; on l’a baptisé ainsi en 1857, en souvenir du pré Mativa, site champêtre qui attirait autrefois les promeneurs recherchant la quiétude. L’appellation « Mativa » est très ancienne ; elle proviendrait de la contraction des mots wallons « Mathî » et « vå », le « Val de Mathieu » (du nom d'un propriétaire local au Moyen Âge).


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  Le plan ci-dessus est proposé en 1852 par l’ingénieur Kümmer pour illustrer les modifications qu’il compte apporter au cours de la Meuse. Le chantier titanesque de rectification et de dérivation du fleuve va durer de 1853 à 1863. J’ai indiqué d’une croix rouge l’emplacement du pré Mativa.

  Le texte qui suit est extrait de l’article « Heurs et malheurs de la Boverie », paru dans la revue « La Vie liégeoise » de mars 1972 : « Les Liégeois d'aujourd'hui ne peuvent se faire une idée des charmants sites de la Boverie sous son aspect champêtre d'autrefois, ils ne peuvent imaginer le magnifique paysage qui fit l'admiration de Pierre-le-Grand, lors de son passage à Liège en 1717. C'était un endroit idyllique, enserré entre les sinuosités pleines de fantaisie des bras de la Meuse et de l'Ourthe, où les îles verdoyantes venaient ajouter leur poésie. À l'entour, la terre était riche et féconde. Les houblonnières avaient grande renommée et les prairies émaillées de fleurs étaient accueillantes aux enfants joueurs. Les adultes y venaient le dimanche se promener, s'y reposer loin des bruits de la ville et respirer l'air pur. De joyeuses guinguettes (La Ferme, Le Château de Versailles, Le Petit Sans-Soucis) étaient des paradis pour la jeunesse, et, aux longs jours d'été, les citadins aimaient s'y délasser et s'y restaurer ».


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  Sur ce plan de 1885, on remarquera qu’une grande partie de la Boverie a été réaménagée en espaces verts, avec un jardin d’Acclimatation (marqué du nombre 58, voir autre article) et un parc public compensant la disparition du pré Mativa. En cette fin du XIXe siècle, les terrains de la Boverie se terminent en cul-de-sac (le cercle rouge), sans communication avec Fragnée ou les Vennes.


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Le quai Mativa à la fin du XIXe siècle ▲ puis le même endroit (dans le cadre rouge) de nos jours ▼
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C’est en 1863 qu’on a planté la double rangée d’arbres et installé les bancs publics.


quai mativa_liege_fin XIXe (2).jpg  À la naissance du XXe siècle, le lieu présente toujours un charme bucolique, même s'il devient un quartier résidentiel bourgeois.

Le quai Mativa en 1954, 1975 et 2007 :quai mativa_liege_1954.jpgquai mativa_liege_1975.jpgquai mativa_liege_2007.jpg

Dans l’autre sens au début des années 1970 :
quais mozart et mativa_liege_debut 70s (2).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (1).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (2).jpg

 

* * * * *

 

quai mativa fin XIXe.jpg  Nous voilà revenus à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les arbres du quai Mativa, on les retrouve à l’arrière-plan droit de la photo qui suit :
derivation_liege_1903.jpg

   Dans le fond, on voit la Dérivation avant l’existence du pont Mativa. Nous sommes en 1903. Le chantier, à l’avant-plan, est celui de la rectification du cours de l’Ourthe. La plaine des Vennes, en effet, subit d’importantes modifications en vue d’accueillir une partie de l’Exposition universelle et internationale prévue pour 1905 (voir cette autre publication).


pont mativa_liege_expo 1905.jpg  La même perspective pendant l’Exposition, d’avril à novembre 1905. À droite, le bâtiment qui longe le quai Mativa est le palais de l’Alimentation française. À gauche, on aperçoit l’Union nautique, club d’aviron installé à la pointe de la Boverie depuis 1873.


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  Plan de l’Exposition universelle de 1905. Le pont Mativa (1) est l’un des trois ponts construits à cette occasion, les deux autres étant les ponts de Fragnée (2) et de Fétinne (3). Il permet un passage immédiat entre le quartier des halls établi aux Vennes (4) et celui des palais situé dans le parc de la Boverie (5).

  Le projet initial prévoit un ouvrage provisoire en bois, mais le comité exécutif de l’Exposition, prévoyant le développement futur du quartier des Vennes, opte finalement pour un ouvrage définitif. Lorsqu’il s’agit de trouver un entrepreneur capable de réaliser le travail en un délai très court, le choix se porte sur la filiale belge de la société française Hennebique*.

* Du nom de son fondateur, François Hennebique (1842-1921), qui a conçu et fait breveter un système de construction en béton armé.


pont mativa_liege_boisage janvier 1905 (1).jpg  Commencé en décembre 1904, le pont Hennebique (on l’appelle souvent ainsi, du nom de son concepteur, même si son appellation officielle est « pont Mativa ») sera terminé en avril 1905, une semaine avant l’inauguration officielle de l’Exposition. La photo ci-dessus montre l’opération de boisage en janvier 1905.


construction passerelle mativa_liege_1904 (1).jpg  Certaines cartes postales souvenirs de l’Exposition proposent des vues prises pendant les travaux d’aménagement, comme celle-ci avec le pont en cours de construction.


pont mativa_liege_essais de charge 1905.jpg  Des soldats traversent le pont au pas cadencé. La manœuvre fait partie des épreuves de mise en charge effectuées en avril 1905, avec aussi des passages de rouleaux compresseurs et de chariots remplis de fonte.


pont mativa_liege_expo 1905 (2).jpg  Il s’agit d’un des tout premiers ponts en béton armé, admiré pour sa technicité et son élégance. D’une longueur totale de 80 mètres, il franchit la Dérivation en une seule travée de 55 mètres. La faible épaisseur du tablier à la clef est impressionnante.


pont mativa_liege_2007.jpg  Vu l’intérêt historique, technologique et esthétique de l’ouvrage, celui-ci a été classé le 4 mai 2016 par Maxime Prévot, ministre wallon du Patrimoine.

  Les garde-corps et les supports d'éclairage sont d'époque (à l'exception des parties supérieures des lampadaires qui ont été modifiées quand l'électricité a remplacé les brûleurs au gaz).

 

Quelques photos prises pendant l’Exposition :

pont mativa_liege_expo 1905 (3).jpg  Avec l’embarcadère des gondoles vénitiennes et le palais de la ville de Liège (la flèche dans les feuillages).


pont mativa_liege_expo 1905 (4).jpg  Le tramway que l’on aperçoit sur le pont* est en réalité un petit train Decauville qui permet visiter l’Exposition.

* À cette époque, l’ouvrage fait vraiment office de pont avec le passage de véhicules ; il y a longtemps qu’il ne sert plus que de passerelle.


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La double voie ferrée du tramway touristique.


quai mativa_liege_1905.jpg  Cette double voie se retrouve sur le tronçon du quai Mativa qu’il faut emprunter pour transiter des Vennes à la Boverie.


pont mativa_liege_expo 1905 (6).jpg  Autre souvenir de l’Exposition : ce morceau de temple grec (inspiré par celui d’Agrigente, en Sicile), décor réalisé par la firme Hennebique à proximité du pont qu’elle vient de construire.


* * * * *

 

pont mativa_liege_apres 1905.jpgLe pont Mativa après l’Exposition.


maison monier_liege_debut XXe.jpg  Le confluent Ourthe-Meuse au début du XXe siècle, avec la maison du barragiste (et non l'Union nautique, voir série 5 de cette page).


chantier pont gramme-liege-1968.jpg
Le même endroit en 1968, pendant le chantier du pont Zénobe Gramme sur l’Ourthe (voir autre article).

 

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04/08/2016

Le quai de la Goffe, la Batte, l’ancienne halle aux viandes et la cité administrative

vue aerienne_bing maps.jpg  Cette vue aérienne actuelle a été obtenue grâce à Microsoft Bing Maps. Le quai de la Goffe est compris entre les deux traits rouges, entre le quai de la Ribuée* et la Batte.

* « Ribuée » vient du wallon « ribouwèye » (lessive). Jadis, nos aïeules lavaient le linge dans les eaux de la Meuse !


 
En wallon liégeois, le mot « batte » signifie « digue » ou « quai ». L’expression « quai de la Batte » (soit « quai du Quai ») est passée dans l’usage mais constitue un pléonasme. Depuis 1863, l'appellation officielle « la Batte » désigne le quai compris entre Potiérue* et la rue Hongrée** (entre les quais de la Goffe et de Maestricht).

* La rue des potiers.
** « Hongrée » dériverait d’un mot d’origine flamande servant à désigner un pendoir dans l’industrie drapière, installée autrefois à cet endroit.

quai de la goffe_liege_dessin de gerard michel.jpgDessin de Gérard Michel, ancien professeur de dessin d’architecture à Saint-Luc.

 


  Aux origines

  Jadis, l’emplacement de l’actuelle place Saint-Lambert est occupé par une immense cathédrale (voir autre article), et c'est place du Marché qui constitue le centre vital de la cité. Son existence remonte aux origines de la ville, dont la population a besoin de s'approvisionner quotidiennement. Depuis le début du XIe siècle, la rue du Pont* la relie à la Meuse, où un port est établi « alle Goffe ».

* La rue du Pont a été baptisée ainsi parce qu’elle menait au pont des Arches, le premier du nom, qui se situait alors dans son axe. Parallèlement, la rue Neuvice (appellation provenant de mots latins signifiant « nouveau village ») rappelle l'agglomération marchande qui s'étendait entre la place du Marché et le fleuve.


 
Le mot « goffe », en wallon, désigne une excavation dans le fond du fleuve, une eau plus profonde. Au début, il ne s’agit que d’une berge en pente, submergée à la moindre crue. On y endigue le fleuve de 1545 à 1548, aménageant une batte (un quai donc) qui sera prolongée en 1549 jusqu’à la rue Hongrée.

  La Goffe et ses alentours attirent tous les marchands de la cité. Une halle aux viandes y est construite au milieu du XVIe siècle.


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  Gravure de Julius Milheuser (1649), publiée par Johannes Blaeu. On y aperçoit la halle aux viandes, ainsi que le port fluvial en aval du pont des Arches, de la Goffe à la rue Hongrée.


goffe_liege_1790.jpg  Dessin de 1790 publié par Léon Béthune dans « Vieux Liège : recueil de vues rares ». À gauche, le pont des Arches avec la cathédrale Saint-Lambert à l'arrière-plan. Au centre, le port de la Goffe. À droite, les rangées d’arbres de la Batte.

  Dès le XVIe siècle, le quai de la Goffe et la Batte connaissent une vie commerçante intense : ils accueillent des marchés quotidiens et une foire annuelle qui amène son lot de camelots, saltimbanques, forains*, comédiens, bonimenteurs, vendeurs de remèdes… La Batte, de nos jours, évoque le marché dominical que fréquentent chaque semaine des milliers de curieux, issus aussi des pays limitrophes, principalement des Pays-Bas et d'Allemagne.

* La partie « variétés » de la foire annuelle a quitté la Batte en 1859 pour venir s’installer boulevard d’Avroy.


  La halle aux viandes

 

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Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
halle viandes_liege_2006.jpg

 

blason bouchers liege.jpg  Blason des mangons (c’est ainsi qu’on appelait autrefois les bouchers), corporation dont l’existence remonterait au XIIe siècle, un des trente-deux bons métiers de la cité de Liège à l’époque de la principauté.


blason bouchers.jpg  Ce blason se retrouve au-dessus des portes d’entrée de la halle. La pierre rectangulaire qui le surmonte comportait des armoiries et inscriptions rappelant l'Ancien Régime, lesquelles ont été martelées lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.


  Ce bâtiment destiné au commerce* de la viande, qu’on appellera aussi la Grande Boucherie, a été bâti de 1544 à 1546 selon les plans de l’architecte Paul de Ryckel**, en remplacement de celle établie près de l’hôtel de ville, devenue insuffisante.

* Les bouchers ne seront autorisés à vendre à domicile qu’en 1846, moyennant le paiement d’une taxe et l’obligation d’une hygiène irréprochable.
**Chargé aussi d’une restauration de la collégiale Saint-Martin, qui garde toujours des séquelles de l’incendie du Mal Saint-Martin, deux siècle plus tôt.


  Il s’agit du plus ancien édifice public de la ville, bel exemple du style Renaissance alliant la brique et la pierre calcaire. Les activités marchandes s’exerçaient au rez-de-chaussée, l’étage servant de lieu de réunion aux compagnons.

  Quand la principauté de Liège est rattachée à la république française (1795-1814), la halle devient un bien national. En 1822, le gouvernement la cède à la Ville (nous sommes alors sous le régime hollandais). Le rez-de-chaussée conserve son affectation d’origine, mais l’étage est converti en école communale, laquelle fera place, en 1862, à une bibliothèque publique*.

* Cette bibliothèque sera transférée rue des Chiroux en 1904.


halle viandes_liege_1881.jpgCe dessin de Pierre Dehousse montre la halle en 1881, vue depuis la rue de la Boucherie. À l’arrière-plan, à droite, on aperçoit, au-delà de la Meuse, le clocher à campanile de l’ancienne église Saint-Pholien.

 
plan_1880.jpg  Sur ce plan dressé par Blonden en 1880, j’ai colorié en rouge l’emplacement de la halle. Les voiries environnantes s’appellent la rue du Pont (1), la rue de la Boucherie (2), la rue de la Goffe (3), la rue de la Halle (4), la rue de la Clef (5)*, la rue Sur-le-Mont (6)** et Potiérue (7).

* Une enseigne y portait jadis ce motif.
** Cette rue étroite allait en s’élevant jusqu’au milieu de son parcours. Cette butte datait de la construction de l’enceinte défensive de Notger, car des terres avaient été amoncelées contre le rempart.


halle viandes_liege_1900 (1).jpg  ▲ La halle à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les façades sont en partie peintes à la chaux. Les auvents en zinc ont été placés en 1888 pour abriter les marchandes de volailles ▼
halle viandes_liege_1900 (2).jpg

halle viandes_liege_1900 (3).jpg
Peinture représentant les lieux vers 1900.


halle viandes_liege_plan 1917.jpg  Ce dessin fait partie d’une série de relevés réalisés en 1917 par le service d'architecture de la ville de Liège. Dans les commentaires qui les accompagnent, il est question d’ un « vieux bâtiment condamné à disparaître bientôt ».

  En fait, il y a longtemps que les bouchers se plaignent de l’exiguïté et de la vétusté des lieux. Plusieurs intentions d’agrandissement ont échoué dans la seconde partie du XIXe siècle, vu que le bâtiment est complètement enserré dans le tissu urbain. Mais en 1911, le conseil communal, sous le mandat du bourgmestre Gustave Kleyer*, décide d’aérer et assainir le quartier, afin de construire une nouvelle halle beaucoup plus grande en front de quai. Ce sont des problèmes de finances communales, puis surtout la première guerre mondiale, qui mettent un terme au projet.

* Celui-là même qui dirigeait la ville pendant l'Exposition universelle de 1905.


rue sur-le-mont_liege_1919.jpg  Il n’empêche que des expropriations ont été programmées « au plus grand profit de l’hygiène » ; elles entraînent la disparition des rues Sur-le-Mont (la photo ci-dessus date de 1919) et de la Clef.


plan_liege_1938.jpg  Ce plan communal nous reporte en 1938. Remarquons les transformations apportées au quartier de la halle* : la rue de la Boucherie a été prolongée jusqu’à Potiérue qu’on a élargie ; des immeubles ont été démolis pour faire place à des entrepôts.

* Un plan de 1930 (année d’une exposition internationale) ne présente pas ces transformations.


rue du pont_liege_1905.jpg  La rue du Pont, vers 1905. Le photographe tourne le dos à la place du Marché. À gauche, s’ouvre la rue de la Boucherie.


rue du pont_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue de la boucherie_liege_debut XXe.jpg  La rue de la Boucherie avec ses maisons en encorbellement. Les immeubles, à l’arrière-plan, sont ceux de la rue de la Halle en communication avec la rue de la Clef.


rue de la boucherie_liege_2016.jpg  Les maisons en encorbellement ont subsisté ; l’arrière-plan, lui, a subi une totale métamorphose (nous en reparlerons).


rue de la boucherie_liege_1930.jpg  La rue de la Boucherie vers 1930. Les immeubles de la rue de la Halle vont disparaître pour être remplacés par des entrepôts annexés à la halle aux viandes.


halle aux viandes_liege_1941.jpg

La halle en 1941 entre les entrepôts (à gauche) et la rue de la Goffe (à droite).

 
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▲ La configuration des lieux de nos jours ▼rue de la goffe_liege_2016.jpg


rue de la halle avant 1930.jpg
À droite, la rue de la Halle vers 1930.


rue de la halle_liege_2016.jpg  La rue de la Halle, de nos jours, n’est plus que ce chemin marqué d’une flèche, traversant l’esplanade-parking de la cité administrative.


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▲ Les entrepôts à la fin des années 1950 ▼
entrepots halle viandes_liege_fin annes 1950.jpg


halle aux viandes_liege_2016.jpg
De nos jours.


goffe_liege_fin annees 1950.jpg  Dans la seconde moitié des années 1950, commence un chantier d’envergure. Nous le détaillerons dans le chapitre qui suit.


quai de la goffe_liege_2016.jpg
De nos jours.

 

 
L’évolution du quai de la Goffe

 

quais de meuse_liege_debut XXe.jpg  Cette carte colorisée nous reporte à l’aube du XXe siècle, quand les bateaux-mouches faisaient office de transports en commun avant d’être supplantés par les tramways. L’intitulé « quai de la Batte »* est passé dans les usages, mais rappelons que les appellations officielles sont le quai de la Goffe (1), la Batte (2) et le quai de Maestricht (3).

* Ce qui signifierait « le quai du quai »  wink


la goffe_liege_1900 (1).jpg  Le bâtiment à l’angle du quai et de Potiérue est la maison Havart, du nom du quincaillier qui l’occupait à la fin du XIXe siècle (la photo ci-dessus date du tout début du XXe siècle). Il s’agit d’un des plus anciens immeubles de Liège ; on situe traditionnellement sa construction en 1594, mais il est plus vraisemblable qu’elle ait eu lieu entre 1666 et 1668. Les lieux sont abandonnés depuis la fermeture du restaurant gastronomique « Au Vieux Liège ».


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Le même endroit au début des années 1970.


la goffe_liege_1900 (2).jpg  Le quai de la Goffe vers 1900. Le renfoncement marqué d’une flèche, par rapport à l’alignement des autres immeubles, est un souvenir du XVIe siècle, quand on a aménagé à cet endroit, moyennant des expropriations, un emplacement réservé au marché aux fruits.


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▲ Le marché aux fruits dans la première décennie du XXe siècle ▼
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  La « place » de la Goffe et son marché aux fruits en 1927. La flèche rouge indique l’étroite rue Sur-le-Mont ; la bleue, Potiérue (cliquez sur l’image pour l’agrandir).


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Le pont des Arches vu depuis le marché aux fruits, avant 1914.

quai de la goffe_liege_1940-48.jpg  En mai 1940, le pont des Arches a été dynamité dans l’espoir de ralentir l’invasion allemande. Il sera remplacé jusqu’en 1948 par un pont provisoire en bois au niveau du quai de la Goffe.


quai de la Goffe_liege_debut annees 1960.jpg  Nous voici au milieu de la décennie suivante. En 1955, le conseil communal vote la construction d’un building administratif* à l’emplacement de la flèche, entre Potiérue et la rue Saint-Jean-Baptiste. Il est également prévu d’aménager une aire de parking, de dégager la halle aux viandes et de créer un ensemble commercial (l’Innovation dès 1968). Ce chantier de longue haleine nécessite la démolition ou le démontage** des immeubles marqués d’un trait.

* Il y a longtemps que les autorités communales cherchent à regrouper les services administratifs (vingt-six services dispersés dans dix-huit bâtiments).
** Certaines bâtisses ou façades ont été démontées pour être réassemblées à un autre endroit (le futur îlot Saint-Georges au début des années 1970).


goffe_liege_milieu annees 1950.jpgGros-plan sur les immeubles qui vont disparaître entre la rue de la Goffe et Potiérue.


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Les mêmes immeubles vus dans l’autre sens, au-delà de Potiérue.


potierue_liege_1956.jpgPotiérue en 1956.


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À la charnières des années 1950 et 60.


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De nos jours.


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Potiérue dans l’autre sens en 1955 ▲ et de nos jours ▼
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Les démolitions à front de quai en 1957.


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  Les palissades de la vue précédente se retrouvent (la flèche) sur cette photo mettant en valeur les pont des Arches (cliquez dessus pour l'agrandir).


potierue_liege_1955 (2).jpg  Entre la halle et la maison Havart, il est prévu d’aménager un parking de 360 places en surface et en sous-sol. Il n’est plus question, comme en 1911, de remplacer la halle aux viandes, celle existante étant classée depuis 1950.


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Le même endroit de nos jours.


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En Potiérue, c’est au début des années 1960 que débutent les démolitions.


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▲ Construction de la cité administrative en 1964-65 ▼
cite administrative_liege_1964-65 (2).jpghistoire de liège,liège,goffe,marché de la goffe,quai de la goffe,rue de la goffe,batte,marché dominical de la batte,halle aux viandes,rue de la boucherie,corporation des bouchers,mangons,potiérue,quais de meuse,rue sur-le-mont,rue de la clef,rue hongree,rue du pont,rue de la halle,cité administrative,parking de la cité,jean poskin,henri bonhomme,maison havart,office du tourisme de la ville de liège,maison du tourisme du pays de liège
Et en 1966.


cite administrative_liege_1967.jpg  Ce bâtiment de 18 étages et 67 mètres de hauteur est l’œuvre des architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme. Il a été inauguré en octobre 1967 au terme de quatre ans de travaux. Il n’est pas sans rappeler l’immeuble new-yorkais de l’ONU. La présence d’une telle tour moderne en plein cœur historique de la ville provoque une vive polémique*.

*Cette a tour a été construite en dérogation à un règlement communal du 19/10/1959 interdisant toute construction en hauteur dans ce secteur.


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Vue aérienne du centre-ville à la charnière des années 1960 et 70.


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Le marché dominical de la Batte au début des années 1970.


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*Les mêmes qui ont restauré les boules de l'Atomium, de 2004 à 2006.



  Et la halle ?

 

halle aux viandes_liege_1972.jpg  Elle est restée en fonction jusqu'en 1980, année où elle a été interdite aux bouchers pour cause d'insalubrité (la photo ci-dessus date de 1972).

  En 1993, l'architecte Pierre Hebbelinck
(associé avec Alain Richard) est choisi par la ville pour réfléchir à un plan de restauration, du bâtiment et de ses abords. Les travaux commenceront en 1995.


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L
a halle avant la restauration des années 1990 ▲ et en 2006 ▼
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proue halle aux viandes_liege_2016.jpg  Du côté quai, la halle est précédée d’une terrasse qui évoque la proue d’un navire, avec le tronc d'un pin Douglas de 27,5 mètres en guise de mât.


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  Un second mât se dresse de l’autre côté de l’entrée du parking. Son jumeau et lui, ainsi que la terrasse en forme de proue, rappellent le passé portuaire* de cet endroit.

* Dans la chronique d'archéologie et d'histoire du pays de Liège de juillet-septembre 1998, il est écrit : « Deux immenses colonnes urbaines formées de socles en troncs de pyramides et d'immenses troncs d'arbres mettent l'espace en évidence, évoquant à la fois les colonnes du pont de Fragnée et les piliers porteurs du pont de l'Atlas, aux deux extrémités de la ville ».



  Le bâtiment rénové a accueilli diverses expositions et manifestations d’ordre économique. Actuellement, il est devenu le principal lieu d'accueil touristique de la ville, à la suite de la fusion de la Maison du Tourisme du pays de Liège et de l'Office du Tourisme de Liège.

 

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04/02/2015

L'ancien bassin de Commerce en Avroy

parc_avroy-liege-2009.jpg

   À l'emplacement du parc d'Avroy, se trouvait autrefois un bassin portuaire.

  Remémorons-nous d'abord le réseau hydrographique liégeois au XIXe siècle :
hydrographie_liege_1830.jpg  Commençons notre histoire en 1850. À cette époque, la rivière d'Avroy (A) et le bras de la Sauvenière (S) ont déjà été voûtés et transformés en boulevards. Le cours principal de la Meuse emprunte le tracé des actuels avenue Blonden (1), boulevard d'Avroy (2) et boulevard Piercot (3).

quai des augustins_liege_1850.jpg  Sur la vue ci-dessus, on retrouve les points (2) et (3) du plan précédent. À gauche, c'est le rivage d'Avroy un peu avant l'église des Augustins. Devant l’abbaye Saint-Jacques, la Meuse (actuel boulevard d'Avroy) forme un coude pour bifurquer vers la droite (actuel boulevard Piercot).

 
À titre de comparaison, voici le même coude de nos jours :
piercot_liege_2012.jpg

 

seminaire_liege_1850.jpg  L'illustration ci-dessus montre à contre-courant le tronçon de la Meuse devenu le boulevard Piercot. Les bâtiments mis en valeur sont ceux de l’ancien couvent des Prémontrés, affecté depuis 1809, par décret de l’empereur Napoléon, au grand séminaire et à la résidence de l’évêque de Liège. Vers la gauche, on remarque le débouché du bief de l’ancienne abbaye Saint-Jacques (déviation du courant de la Meuse pour alimenter les moulins de l'institution), et plus loin, l’église des Augustins, désacralisée à cette époque. La photo qui suit montre le contenu actuel du rectangle rouge, avec le boulevard Piercot qui porte ce nom depuis 1889 (le libéral Ferdinand Piercot a été bourgmestre de Liège à plusieurs reprises au XIXe siècle) :
bd piercot-liege-début XXe.jpg


La modification du tracé de la Meuse et la création d'un bassin de Commerce


  Au milieu du XIXe siècle, la ville de Liège reste soumise aux caprices de la Meuse et de l’Ourthe. C’est tantôt la hauteur d’eau qui est insuffisante pour supporter les bateaux, tantôt la force du courant qui provoque de désastreuses inondations. Coudes et méandres, en outre, rendent la navigation difficile, voire périlleuse.

  Ces conditions nuisent à la salubrité publique*, mais aussi au développement économique de la région, le transport fluvial ne permettant pas les relations commerciales dont a besoin le bassin industriel liégeois en plein essor.
*
Les inondations aggravent les problèmes d’hygiène. En 1849, par exemple, une épidémie de choléra fait des ravages parmi la population (près de 2000 morts sur 80000 habitants). Une autre sévira en 1854-55, au début des grands travaux de la Dérivation, le monde politique et médical se réjouissant de leur avancement pour éradiquer une des causes du fléau.

  Les terres d’Avroy, de Sainte-Véronique à Fragnée, se développent considérablement depuis l’installation en 1842 d’une station de chemin de fer aux Guillemins. Il arrive pourtant que des crues y sévissent plusieurs fois par an, le phénomène s’étant accentué depuis la suppression de la rivière d’Avroy et du canal de la Sauvenière, lesquels amortissaient le trop-plein. L’île Colette constitue un obstacle pour les bateliers, et la courbe trop prononcée au niveau de l’ancienne abbaye Saint-Jacques cause de nombreux accidents de navigation.

ile colette_liege_1840.jpg  L'aquarelle ci-dessus, réalisée vers 1840 par Joseph Fussell, nous montre l’île Colette, formée par des atterrissements successifs et immergée pendant les périodes de haut débit. Cet obstacle à la navigation s'étendait du Petit Paradis à l'actuelle rue des Guillemins, sur la longueur donc de l'actuelle avenue Blonden. L'église désignée par la flèche est celle de l'ancienne abbaye Saint-Jacques, très schématisée. On la retrouve au centre du dessin suivant, en 1850, là où la Meuse décrit vers la droite une courbe considérée dangereuse par les bateliers :
quai_avroy_liege_1850.jpg

  Dès 1846, l’ingénieur Kümmer, des Ponts et Chaussées, présente un plan ambitieux pour redresser le tracé de la Meuse et aménager un canal parallèle (la « Dérivation ») qui remplacerait aussi, vers Outremeuse, les nombreux diverticules de l’Ourthe. Les débats s’éternisent à cause des budgets, mais les inondations de 1850 imposent l’urgence d’une décision : le plan Kümmer est adopté l’année suivante, malgré l’opposition des adversaires politiques qui ironisent sur la « dérivation du Trésor public dans la Meuse ». Ces travaux gigantesques débutent en 1853 et vont durer dix ans.

derivation_liege_1890.jpg  La photo ci-dessus ne date pas de la création de la Dérivation, mais de travaux de canalisation et d'approfondissement réalisés en 1890.

plan kummer_liege_amenagement meuse_1851.jpg  Ce détail du plan Kümmer montre le tracé de la Dérivation (les flèches rouges) et le redressement de la Meuse en Avroy (en bleu), avec la création d’un bassin de commerce.

  Entre le début de l’île Colette (1) et le pont de la Boverie (2) – on dirait, de nos jours : entre le lieu-dit Paradis et le pont Kennedy – le cours de la Meuse est rectifié pour supprimer le coude brusque et dangereux à la hauteur de Saint-Jacques (3). Parallèlement, on aménage un vaste plan d’eau de quatre hectares pour servir de bassin de commerce (4). En quelque sorte : le premier port fluvial de Liège. Deux chenaux équipés d’écluses en assurent les débouchés vers la Meuse. Il est même prévu, dans les projets initiaux (mais jamais concrétisés), d’installer à proximité de grands entrepôts et une station de chemin de fer (5) en remplacement de la gare des Guillemins.

  Le nouvel aménagement des lieux crée une île (6) qui, par analogie avec le bassin portuaire, prend le nom d’île de Commerce : quinze hectares appartenant à l’État, terrain vague, marécageux, inculte, mais promis à un avenir économique considérable.

plan_bassin de commerce_liege-1861.jpg  Ce plan communal de 1861 montre le bassin de Commerce s’étendant des Augustins à la rue des Guillemins. La flèche indique le sens du regard pour découvrir cette pièce d’eau telle qu’elle est représentée sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
bassin de commerce_liege_1872.jpg  Les trois arbres à l’avant-plan, font partie des plantations qui ornent le quai Cockerill, le long du chenal d’accès. Ce quai rend hommage, en cette période d’essor industriel, au fondateur de la célèbre métallurgie établie depuis 1817 à Seraing. En 1889, après la suppression du bassin et le comblement du canal, il laissera place au boulevard Piercot. À droite, la maison pontonnière et le quai d’Avroy.

pont tournant_avroy_liege.jpg  Le chenal devenu le boulevard Piercot, le voici arrivant au quai d’Avroy, à la hauteur de l’ancienne église des Augustins devenue celle du Saint-Sacrement. Le pont tournant est un des quatre qui permettent d’accéder sur l’île de Commerce (voir plan plus haut). Les peupliers, à droite, seront bientôt abattus pour permettre l’installation en 1867-1868 d’une statue monumentale représentant Charlemagne à cheval.

michel orban_bassin de commerce_liege_1877.jpg  La statue équestre de Charlemagne, on la voit sur la gauche de ce dessin de 1877. Amarré le long du quai Cockerill, le bateau muni de roues à aubes est le Michel Orban (produit par la maison Orban de Grivegnée) ; il s’agit d’un navire à vapeur assurant depuis 1858 une ligne régulière entre Liège et Seraing. Ce genre de transport disparaîtra au début du XXe siècle à cause du développement des trams urbains et des chemins de fer.

 

La fin du bassin et de l’île de Commerce


  Le bassin portuaire s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite.

  Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

bassin de commerce_liege_fin XIXe.jpg  Ci-dessus, à l'arrière du bassin de Commerce, ce sont les immeubles du quai de Cockerill (futur côté pair du boulevard Piercot). L'église dont on voit la toiture est Saint-Jacques.

bassin de commerce_liege_1870.jpg  Le bassin de Commerce vers 1870. À droite, les bateaux à vapeur sont amarrés le long de l’île du Commerce. La flèche indique le sens du chenal longeant le quai Cockerill, de l’église Saint-Jacques jusqu’à celle de l’évêché.

ile de commerce_liege_1877.jpg  L’évêché, on le retrouve sur la gauche de cette vue de 1877, au confluent du chenal et du nouveau tracé de la Meuse, à l’approche du pont de la Boverie (l’actuel pont Kennedy). À l’avant-plan, l’île de Commerce est laissée à l’abandon.

  On y croit, pourtant, à l’avenir de cette île ! En 1859, l’édilité liégeoise défend toujours l’idée d’y transposer la gare de chemin de fer que Kümmer envisageait déjà en 1851 à proximité du bassin*. De 1864 à 1866, un pont est construit pour la relier au quartier de Boverie, compris entre la Meuse et sa Dérivation, quartier chic en plein essor, avec un parc et un projet de jardin d’acclimatation.
*
Opposé à cette espérance, l’État préférera agrandir la gare des Guillemins et projeter la création d’une autre gare plus près du centre-ville, à côté du palais de justice.

premier pont de commerce_liege.jpg  La carte postale ci-dessus présente le premier pont de Commerce, reliant l'île de Commerce délaissée (à gauche) et le quartier de la Boverie.

  En 1867, la Ville rachète l’île à l’État dans l’espoir d’exploiter enfin ce terrain jusque-là inutile, mais le projet est désespéré. L’endroit est fort marécageux, et de surcroît isolé du reste de la ville à cause des ponts tournants constamment ouverts à cause du passage incessant des bateaux.

ile de commerce_liege_1869.jpg  Ce dessin de 1869 représente des masures sur le terrain vague de l’île de Commerce. À l’arrière-plan, au-delà du bassin,on aperçoit les immeubles du quai d’Avroy (à gauche) et du quai Cockerill (à droite).

  Aussitôt l’île acquise par la Ville, plusieurs plans sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui ne voit d’avenir pour ces terrains que s’ils sont rattachés à la terre ferme grâce à la suppression du bassin portuaire inadapté.

  Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, n’est réalisé qu’à partir de 1876.

blonden_caricature.jpg  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

parc d'aveor_liege-fin XIXe.jpg  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

  Le plan de Blonden, outre l’aménagement de ce parc public, prévoit aussi la création, dès 1876, à l’emplacement de l’ancienne île de Commerce, d’un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s’appellera les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Une artère parallèle à l’avenue d’Avroy, de l’autre côté du parc, sera percée dès 1879 pour desservir ce nouveau quartier luxueux : elle est baptisée avenue Rogier, du nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

 
Mais ces transformations feront l'objet d'autres histoires dans d'autres articles...

17/05/2014

Le lieu-dit Paradis (ou Petit Paradis) et l'ancien chenal de Commerce

La chapelle du Paradis


  Le lieu-dit Paradis (ou Petit Paradis) se trouve à l’extrémité de l’avenue Blonden. Ce nom d’apparence religieuse ne provient pas de l’ancienne chapelle qui a disparu à la fin du XIXème siècle, mais d’une agréable propriété champêtre citée dès le XIIIème siècle, dite du « Paradis terrestre ».

chapelle paradis-liege-1850.jpg   La chapelle du Paradis en 1850, à l’angle du quai* et de la rue de Fragnée. Elle tire donc son appellation du quartier et non l’inverse. Ses origines remontent au milieu du XVIIème siècle : le terrain appartient alors à Henry Bonhomme, verrier réputé et bourgeois pieux qui désire y faire ériger un oratoire dédié à la Vierge ; le projet est accepté par les autorités épiscopales en 1647.
* Le quai de Fragnée ne s'appellera le quai de Rome qu'après 1923.

paradis-avenue blonden-liege-1962.jpg  Sur cette photo de 1962, le contenu du dessin de 1850 trouverait sa place dans le carré rouge. Ci-dessous, le même endroit en avril 2014, pendant le chantier de réaménagement des quais de la Meuse :
paradis-avenue blonden-chantier 2014.jpg

 

 

chapelle paradis-liege-inondation 1881.jpg   La vue ci-dessus date de la grande crue de 1880 : le bateau est supposé amarré le long du quai de Fragnée (l’actuel quai de Rome). La chapelle du Paradis est abandonnée, devenue inutile depuis la construction en 1874 de l’église Sainte-Marie des Anges de la place des Franchises. Délabrée, elle sera détruite en 1881. Ci-dessous, la même vue en 1962 et 2014 :
paradis-avenue blonden-meuse--liege-1962.jpg

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chapelle paradis-liege-1881.jpgLa chapelle du Paradis abandonnée après 1874. Les deux photos qui suivent témoignent de l'évolution du lieu au début du XXe siècle :paradis-liege-debut XXe.jpg   La maison garnie d’une tourelle fait partie des embellissements apportés au quartier en vue de l’Exposition universelle de 1905. À l’autre coin de la rue de Fragnée, le bâtiment avec loggia date de 1916, même s’il se donne des airs plus anciens.

paradis-liege-1954.jpg   La résidence Petit Paradis est le premier immeuble en hauteur du quartier ; elle remplace la maison à tourelle depuis 1937 (mais la photo date des années 1950).

 

Le chenal de Commerce

 

  À la fin du XIXe siècle, le plan urbanistique d'Hubert Guillaume Blonden* modifie profondément cet endroit de la ville, avec notamment la création du parc d'Avroy, de l'avenue Rogier, des Terrasses et du boulevard Frère-Orban.
* Ingénieur et directeur des travaux publics de 1857 à 1880.

  Dans le cadre de ces transformations pharaoniques, un chenal portuaire est aménagé dès 1878 le long du redressement de la Meuse, côté rive gauche, du Paradis jusqu’au boulevard Piercot.

petit paradis-liege-chenal de commerce 1904.jpg  Ci-dessus, la Meuse et le chenal sur une carte postale affranchie en 1904. Ci-dessous, la même perspective en août 2013, lors du chantier de réaménagement des quais et de l'avenue Blonden :chantier-amenagement des quais-paradis-liege-2013.jpg

 

chenal-paradis-liege-1909.jpg  Le chenal latéral est séparé de la Meuse par une jetée servant de débarcadère ; il est réservé aux bateaux transportant des marchandises, car le transport de passagers par bateaux-mouches s’effectue sur le cours principal du fleuve, régulé par un barrage à aiguilles.

chenal-paradis-liege-entree 1897.jpg  L’entrée du chenal du côté Paradis en 1897. La maison dotée d’une tour crénelée est celle de l’éclusier. Dans le fond à gauche, s’alignent les immeubles bourgeois du boulevard Frère-Orban.

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Gros-plan sur la maison de l’éclusier, qui a l’aspect d’un petit manoir.

chenal paradis-liege-peniche voile.jpg  Une péniche s’approche de l’entrée du chenal. À la fin du XIXe et début du XXe siècle, beaucoup d’embarcations naviguent encore à la voile.

chenal paradis-bateau mouche.jpg   Le bateau-mouche à vapeur, lui, emprunte le cours normal du fleuve ; son embarcadère est situé un peu plus loin sur la jetée, près de l’évêché.

bateau mouche-meuse-liege-1903.jpg  À l'époque, les bateaux-mouches sont affectés au transport en commun de passagers et assurent des liaisons régulières avec d'autres localités comme Visé, Seraing, Huy, Dinant... De nos jours (ci-dessous), le « Pays de Liège » propose des croisières touristiques ou festives :
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maison eclusier-paradis-liege-1909.jpg  La passerelle d’accès à la maison de l’éclusier est un pont tournant qui pivote quand il faut laisser passer les bateaux.
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chenal-paradis-liege-remorqueur vapeur.jpg  Le pont tournant a ouvert la voie à un remorqueur à vapeur, venu tracter les péniches non motorisées. Un chemin, le long de la berge, permet aussi le halage par des chevaux de trait.

bateaux mouches-meuse-liege-debut XXe.jpg   Les bateaux-mouches sur la Meuse à la hauteur du Petit-Paradis. De la colline, à l’horizon, émergent l'église Saint-Gilles et les belles-fleurs des charbonnages de La Haye. Ci-dessous, le même endroit au début des années 1960 :
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chenal paradis-liege-debut XXe.jpgLe chenal de Commerce à proximité du pont éponyme (aujourd'hui le pont Albert 1er).

chenl et pont de Commerce-liege-debut XXe.jpg  Une arche du pont de Commerce enjambe le chenal du côté des Terrasses (voir aussi photo suivante, qui date des années 1920) :
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ecluses-chenal-boulevard frere orban-liege-debut XXe.jpg  Le chenal portuaire le long du boulevard Frère-Orban, photographié au début du XXe siècle depuis le pont de Commerce. Ci-dessus, le même endroit en 2014 :
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quai-eveche-liege-debarcadere debut XXe.jpg  La flèche désigne le débarcadère des bateaux-mouches, que l'on voit aussi sur les deux documents suivants :
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La fin du chenal

 
  Inondant un tiers de la ville, les crues exceptionnelles de l’hiver 1925-1926 se sont moquées des améliorations apportées au réseau hydrographique à la fin du XIXe siècle. Dès 1928, des fonds sont libérés, avec l’aide d’une Commission nationale, pour entreprendre de nouveaux travaux d’approfondissement, d’élargissement et d’endiguement du fleuve.

  Pour stabiliser le cours de la Meuse, un pont-barrage est construit en 1930 au niveau de l’île Monsin, zone qui accueille, dès 1937, le port autonome de Liège. La nouvelle infrastructure est bientôt reliée au port d’Anvers grâce à l’inauguration du canal Albert en 1939, dans le cadre de l’Exposition universelle de l’Eau que la déclaration de guerre a interrompue.

 Toutes ces circonstances rendent obsolètes le barrage à aiguilles à proximité du pont de Commerce et le chenal éclusé qui longe le boulevard Frère-Orban depuis 1878.

chenal-boulevard frere orban-liege-remblayage (3).jpgCette vue date de la fin des années 1930. La résidence Petit Paradis vient d'être érigée en 1937, année où l'on a inauguré la tour civile du mémorial interallié de Cointe (l'église du Sacré-Cœur l'a été l'année précédente). Remarquez que le chenal de Commerce a été comblé et que l'on réaménage cette rive de la Meuse. Rive que la photo suivante propose en 2009 :
meuse-pont albert-boulevard frere orban-liege-2009.jpg

  Les deux photos qui suivent montrent le remblayage progressif du chenal dans le courant des années 1930 :
chenal-boulevard frere orban-liege-remblayage fin annees 1930 (1).jpg

chenal-boulevard frere orban-liege-remblayage-fin annees 1930 (2).jpg

 

chenal remblaye-liege-sept 1944.jpg  Le document ci-dessus date de septembre 1944. Le pont de Commerce ayant été saboté dès le début de la guerre, les soldats américains du génie aménagent des pontons supportés par des canots pneumatiques. On distingue, à l’arrière-plan, la résidence Petit Paradis de 1937. Les camions, à droite, sont stationnés sur l’ancien chenal récemment comblé. Ci-dessous, la même rive de la Meuse en 1979 :
vue aerienne heliport-liege-1979.jpg

 

futur port de plaisance-liege.jpg  Seule, cette partie de l'ancien chenal n’a pas été comblée, en prévision d’y établir un port de plaisance (l’actuel port des yachts), que l'on découvre ci-après en 1962, 1977 et 2014 :
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Revenons-en au lieu-dit Paradis :

paradis-liege-tunnel routier 1968 (1).jpg  Cet endroit est choisi, en 1968-69, pour installer la centrale à béton qui sert à la construction simultanée des tunnels routiers du Petit Paradis, du pont roi Albert 1er et de l’Évêché.

paradis-liege-tunnel routier 1968 (2).jpg  1968-1969. Lors des terrassements nécessités par la réalisation du tunnel routier Petit Paradis (on aperçoit dans le fond l’avenue Blonden et le boulevard Frère-Orban), les ouvriers ont dû s’attaquer, au marteau-piqueur, à des fondations témoignant des anciennes berges de la Meuse et de ses installations portuaires.

 

chantier-paradis-liege-2014.jpg  L'histoire serait-elle un éternel recommencement ? La photo ci-dessus date d'août 2013, pendant le chantier de réaménagement des quais de la Meuse, du Paradis aux Prémontrés (Évêché).


D'autres photos de ce chantier sur http://liege-photos.skynetblogs.be/quais-de-la-meuse/

 

Cet article constitue un des chapitres du livre présenté ci-dessous, lequel raconte l'histoire des anciens bras de la Meuse devenus grands boulevards :

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14:48 Écrit par Claude WARZÉE dans Guillemins et environs, Quais de la Meuse | Commentaires (2) |  Facebook |