17/09/2014

Les Grands Champs de Saint-Gilles

place des grands champs-liege-2014.jpg  La place des Grands Champs de nos jours, avec dans le fond l'église romane Saint-Gilles. À gauche, le côté pair de la rue de Tilleur est situé sur le territoire de la commune de Saint-Nicolas ; à droite, le côté impair de la rue de Tilleur et celui de la rue des Grands Champs font partie de Liège.

  Voici la même perspective dans la première moitié du XXe siècle :
place des grands champs-liege-1930.jpg  Le texte de la carte postale ci-dessus est erroné, car le gibet des Grands Champs de Saint-Gilles ne s'est jamais trouvé à cet endroit. Jusqu'en 1901, c'est une grande mare appelée « le flot de Saint-Gilles » qui occupe la quasi-totalité de l’espace. Au XIXe siècle, on y puise l’eau pour alimenter les machines à vapeur de la houillère Piron située non loin de là (site dépendant du charbonnage de La Haye : voir autre note).

grands champs_saint-gilles_carte ferraris.jpg  Ce fragment de carte Ferraris* nous permet de situer avec précision l'emplacement du lieu d'exécution. De haut en bas, les flèches désignent l'abbaye de Saint-Gilles (voir autre note), la rue des Grands Champs et le fameux gibet, sis en bordure d'un sentier devenu la rue de la Justice, sur le territoire donc de la commune de Saint-Nicolas. Remarquons que toute la zone des Grands Champs n'est pas cultivée, vu l'horreur qu'inspire la potence et la présence probable de cadavres enterrés sommairement dans les alentours.
* La carte de Ferraris ou carte des Pays-Bas autrichiens est une carte historique établie entre 1770 et 1778 par le comte Joseph de Ferraris, directeur de l'école de mathématique du corps d'artillerie des Pays-Bas.

 

plan_grands champs_saint-gilles_liege_1874.jpg  Ce plan de 1874 (dressé par M. Nagant, ingénieur du charbonnage de La Haye) nous montre la rue de Tilleur (1), la rue des Grands Champs (2), la rue Ferdinand Borny (3)*, la rue Bois Saint-Gilles (4), la rue Piron (5), le site Piron du charbonnage de La Haye (6), la rue de la Justice avec l'emplacement de l'ancien gibet (7) et le cimetière de l'ermitage (8) dont nous parlerons plus loin.
* À l'époque, le boulevard Kleyer n'existe pas. Ce chemin se prolonge jusqu'au charbonnage du Bois d'Avroy, situé au sommet de la rue de Joie (dans l'actuelle rue Julien d'Andrimont, voir autre note).



* * * * *

  Aux premiers temps de la Cité de Liège, les exécutions capitales ont lieu à l’emplacement de l'actuel quartier militaire Saint-Laurent, ancienne abbaye bénédictine fondée au début du Xie siècle. C’est probablement lors de la construction de ces bâtiments monacaux que le lieu de souffrance est transféré plus haut sur la colline.

 L’existence aux Grands Champs du lieu de justice de la principauté n’est cependant attestée qu’au début du XVe siècle, dans un écrit du chroniqueur Jean de Stavelot.

 À cause des funestes installations, les Grands Champs de Saint-Gilles constituent jadis un endroit malfamé et presque désert. Le lieu est sinistre, avec des terrains laissés en friche et mal entretenus. Des brigands trouvent repaire dans les bois avoisinants et sévissent dans les chemins bordés de buissons, propices aux traquenards. Sous l’Ancien Régime, l’imagination populaire y suppose même des sabbats de sorcières. Au début du XIXe siècle encore (le régime français a pourtant mis fin aux exécutions à cet endroit), le quartier n’est fréquenté que si la nécessité l’exige ; s’il s’urbanise par la suite, c’est grâce au développement de la houillère Piron.

 Revenons-en au gibet. Haut de quatre mètres cinquante environ, il est composé de trois colonnes de pierre disposées en triangle, et les poutres qu’elles supportent permettent neuf pendaisons simultanées. Les bourreaux procèdent aussi à d’autres châtiments : la décapitation, le bûcher et le supplice de la roue.

  On n’exécute à Saint-Gilles que les malfaiteurs non citoyens liégeois. Les citadins subissent leur peine sur la place du Marché, ou sur les degrés de la cathédrale Saint-Lambert s’ils sont de condition sociale élevée.

gibet_saint-gilles_liege-1786.jpgLa gravure ci-dessus est extraite de « La vie de Jacques Pierlot » (Liège, 1786), ouvrage qui raconte « la dégradation et le supplice » d’un prêtre d’origine verviétoise, que les dettes de jeu ont poussé au vol puis au meurtre.

 

 Les condamnés en provenance de l’Official*, quand ils arrivent en charrettes au sommet de la colline Saint-Gilles, sont conduits à la potence par un petit chemin dit des « Patients » (du latin « patiens », « qui souffre »). Situé du côté des prairies surplombant le Laveu, cet itinéraire les fait passer à l’arrière de l’abbaye pour les empêcher d’y demander le droit d’asile.
* Situé au centre de Liège sur le site de l’actuel îlot Saint-Michel, le bâtiment de l’Official, sous l’Ancien Régime, abrite une cour de justice ecclésiastique, avec cachots et salle de torture.

ruelle des patients_saint-gilles_liege_fin XIXe.jpg  Le dessin ci-dessus représente le chemin des Patients à la fin du XIXe siècle. Les bâtiments attenant à l’église Saint-Gilles constituent les derniers souvenirs d'une ancienne abbaye. La tradition désigne la maison haute et étroite, aujourd’hui disparue, comme celle du cloutier, mais aussi du bourreau.

 
Ci-dessous, le même endroit au début des années 1950 (en 1967, le chemin et les prairies à l'avant-plan feront place en 1967 au boulevard Louis Hillier, jonction entre les boulevards Gustave Kleyer et Sainte-Beuve) :
eglise saint-gilles_liege_1950.jpg


* * * * *

 

rue de la justice_saint-nicolas_1950.jpg

rue de la justice_saint-nicolas_1949.jpg  Ces deux photos présentent la rue de la Justice en 1949-50. Les bâtiments au-dessus à gauche de la pente sont des vetiges du charbonnage Piron, fermé en 1930.

  À l'époque du gibet, ce tronçon en pente s’appelle le chemin des Suppliciés. C’est par là que des religieux emportent les supliciés au cimetière de l’ermitage de Tilleur*, sur le Vieux Thier (voir carte au début de cet article), où ils les enterrent après avoir leur avoir assuré des obsèques chrétiennes. Une expression wallonne provient de ces temps anciens : « Vas ti fé pinde à Sint-Djîle, t’ârès t’messe payèye » (« Va te faire pendre à Saint-Gilles, tu auras ta messe payée »). La première partie de la locution, utilisée seule, est restée pour éconduire un importun.
* Cette petite communauté de moines reclus est déjà citée au milieu du XIVe siècle.

 

morgue_ermitage_vieux thier_tilleur.jpg
Morgue de l'ermitage, où l'on dépose les corps avant leur inhumation.

 
  Au XVIIIe siècle, l'ermitage compte trois maisons abritant les desservants du cimetière. De ces temps lointains, ne subsiste qu'une croix en pierre qu'on a plantée au sommet à droite de la partie champêtre du Vieux Thier (photo ci-dessous) :
croix_ermitage_vieux thier_saint-nicolas_2014.jpg

  Cette croix, qu'on surnomme la « croix des pendus », portait cette inscription aujourd'hui effacée par le temps : « Très-noble et Rd Seigneur Philippe baron d'Eynatten de This, abbé de St-Gilles, a accordé cette place à la compagnie des pauvres prisonniers pour sépulture aux suppliciés, bénite l'an 1701 du temps-Thonnart et d'Engis. M.R.T.I.5 ».              

croix_ermitage_tilleur_1701.jpg

histoire de liège,saint-gilles,grands champs,tilleur,vieux thier,gibet,rue de la justice,chemin des patients,ermitage de tilleur,croix des pendusLa flèche désigne l'emplacement de la croix des pendus, dissimulée dans la végétation du Vieux Thier.

emplacement vieil ermitage vieux thier.jpg  Sur cette vue aérienne, on découvre la configuration actuelle des lieux, avec la rue du Vieux Thier (1) et l'endroit où se trouvait l'ermitage (2). Le paysage a été bouleversé, de 1923 à 1930, lors de la création de la ligne de chemin de fer, chantier qui a nécessité le percement d'un tunnel sous la colline.


 Terminons par ces deux vues de la rue des Grands Champs, dans un sens puis dans l'autre, au début des années 1950 :
rue des grands champs-liege-annees 1950.jpg

rue des grands champs-liege-1954.jpg

 

 

Ouvrages de référence :

André DE BRUYN, Histoire des rues et des lieux-dits de la commune de Saint-Nicolas, éditions Dricot, Liège, 1987.

Pol SCHURGERS, La justice aux Grands Champs de Saint-Gilles (fascicule dactylopgraphié).

Jean BROSE, Les Grands Champs de Saint-Gilles, revue « Si Liège m'était conté », n°62, 1977.

Claude WARZÉE, Liège autrefois, les quartiers et leur histoire : Cointe, Haut-Laveu, Saint-Gilles, Burenville, éditions Noir Dessin, Liège, 2013
.

20/08/2014

Les boulevards des hauteurs occidentales

  Gustave Kleyer, bourgmestre libéral de Liège de 1900 à 1921 (médaillon ci-contre), et Albert Mahiels, ingénieur de la Ville, rêvent d’un « boulevard de circonvallation » qui serpenterait sur les hauteurs occidentales de la rive gauche, de Cointe au Thier-à-Liège.

 Le premier tronçon, de la place du Batty à la rue Bois l’Évêque, est mis en oeuvre dès 1903, dans la perspective de l’Exposition universelle prévue pour 1905.
La nouvelle voirie (qui sera prolongée jusqu’à la rue des Wallons de 1904 à 1907, puis jusqu’à la rue Henri Maus en 1908-1909) est voulue par ses concepteurs comme une magnifique promenade permettant d’admirer le panorama de la ville et de la vallée de la Meuse.

  Le boulevard de Cointe, comme on l’appelle initialement, sera rebaptisé boulevard Gustave Kleyer en 1921, du nom de l’initiateur principal du projet, contraint cette année-là de renoncer à son mandat maïoral pour cause de cécité.
 

gustave_kleyer_liege.jpg

futur boulevard Kleyer-sentier 1900-liege cointe.jpg  Quelques personnalités, en 1900, probablement en repérage sur le sentier qui deviendra le boulevard de Cointe (futur boulevard Kleyer).

 liege_cointe-percement boulevard Kleyer-1903.jpgLe chantier du boulevard de Cointe en 1903. Les travaux de terrassement sont confiés à l’entreprise liégeoise Reynartz-Riguel.

prince albert-cointe liege-1903.jpgLe 23 juillet 1903, le prince Albert (le futur roi Albert 1er), accompagné de ministres et de l’édilité liégeoise, visite le chantier du boulevard.

plan_exposition-1905_liege.jpg  Ci-dessus, le plan du site cointois de l'Exposition universelle de 1905*, traversé par le nouveau boulevard.
* Cette sompteuse manifestation est principalement implantée aux Vennes-Fétinne et sur l’île de la Boverie, mais c’est le lieu-dit du Champ des Oiseaux, dans « l’élégante oasis de Cointe », qui a été retenu pour les activités agricoles et les festivités de grand air.

palais_horticulture_cointe-liege-expo 1905.jpg  L’annexe cointoise de l’Exposition comporte le palais de l’Horticulture belge, immense hall dans un environnement de serres, parterres, jardins et potagers.

 À proximité, un vaste terrain baptisé « plaine des Sports » est destiné aux fêtes de gymnastique, aux épreuves hippiques, aux lâchers de pigeons ou aux concours d’aérostats. Les alentours sont agrémentés d’un magnifique parc conçu par l’architecte de jardin Louis Van der Swaelmen, créateur aussi du jardin d’Acclimatation.

pensionnat-cointe-site expo 1905.jpg  Le site de l'Exposition universelle abandonné après la clôture de l'événement. À l'avant-plan, c'est le verger du couvent-pensionnat des Filles de la Croix. Sur la droite, on aperçoit le boulevard de Cointe.

parc public_cointe-liege-1907.jpg  Comme prévu avant l'Exposition de 1905, le site devient un parc public (la carte postale ci-dessus a été postée en 1907).

place du baty-cointe liege-1921.jpg  Le départ du boulevard Kleyer, place du Batty à Cointe (vu l'utilisation du nom « Kleyer », cette carte postale date au moins de 1921).

 

boulevard_cointe-parc-villa_de_laminne.jpg  Le premier tronçon du boulevard de Cointe, de la plaine des sports à la rue Bois l’Évêque, est essentiellement boisé, avec des sentiers de promenade. Plus loin ont été autorisées des « habitations éparses ne constituant pas d’agglomération ».

boulevard kleyer-villa bertrand-liege.jpg  Le boulevard Kleyer à la hauteur de la rue des Bruyères. La villa Bertrand, propriété d’un riche commerçant, a été démolie en 1967 après avoir servi de décor au tournage d’un film (« L’inconnu de Shandigor », réalisé par le Suisse Jean-Louis Roy, interprété entre autres par Marie-France Boyer, Jacques Dufilho et Serge Gainsbourg) ; c’est un supermarché GB qui s’est ouvert à cet endroit en septembre 1969.

bois avroy-liege-fin annees 1950.jpg  Le Bois d'Avroy à la fin des années 1950. Les flèches représentent le tracé du boulevard Gustave Kleyer. Dans le cercle, ce sont les bâtiments d'un charbonnage abandonné depuis 1939 (voir cet autre article).

vue aerienne-laveu saint-gilles_liege_1947.jpg  La vue aérienne ci-dessus date de 1947. Le boulevard Kleyer (flèches rouges), qui s'arrête à la rue rue Henri Maus (flèches bleues), ne sera prolongé par le boulevard Louis Hillier que vingt ans plus tard. Le terril que l'on voit au milieu de la photo appartient à la houillère de La Haye. Fermé depuis 1934, ce charbonnage était situé au sommet de la rue Saint-Gilles, là où se dresse actuellement un complexe de buildings (voir autre article).

 

maisons_liegeoises-liege-1921.jpg  Ces immeubles ont été construits par la Maison liégeoises en 1920-21. Celui de droite se trouve à l'angle du boulevard Kleyer et de la rue Henri Maus*.
* Voie très ancienne appelée initialement rue du Haut-Laveu, la rue Henri Maus porte depuis 1889 le nom du célèbre ingénieur belge qui a conçu le plan incliné assurant la jonction ferroviaire entre la gare d’Ans et la gare des Guillemins.

 

eglise_abbaye_saint-gilles-liege-1949.jpg  L’église Saint-Gilles en 1949, à proximité des anciens bâtiments monacaux qui seront détruits dans la décennie suivante. Les pavés, à l’avant-plan, sont ceux de la rue Henri Maus en provenance du Laveu. Le photographe se tient dos au boulevard Kleyer, avec face à lui les terrains vagues et prairies où s’ouvre de nos jours le boulevard Louis Hillier.

 

percement boulevard hillier-liege_saint-gilles_1967.jpg  Le boulevard Louis Hillier* est percé en 1967 à travers les terrains qui longent le cimetière Saint-Gilles. Dans le fond de la photo ci-dessus, on aperçoit les bâtiments de l'école communale André Bensberg (bâtie à la fin des années 1930 sur les plans de l’architecte liégeois Jean Moutschen (1907-1965).
* Louis Hillier est le compositeur, en 1901, du « Tchant dès Walons », l’hymne de la région wallonne de Belgique, dont les paroles en wallon liégeois ont été écrites par Théophile Bovy.

 

boulevard sainte-beuve-liege_saint-gilles-1967.jpg  Cette photo date aussi de 1967, lors du percement du boulevard Hillier. La nouvelle artère met enfin le boulevard Kleyer avec le boulevard Sainte-Beuve* ouvert depuis 1954.
* Célèbre écrivain français, Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869) a été professeur de littérature à l’université de Liège pendant l’année académique 1848-1849. Le boulevard commémore son passage dans notre cité.

 

percement boulevard hillier_liege_saint-gilles-1967.jpg  Le percement du boulevard Hillier a nécessité l'expropriation de plusieurs immeubles de la rue Saint-Gilles.

 

plateau saint-gilles_liege-1968.jpg  Avril 1968. Le boulevard Kleyer (en bas à gauche) se prolonge désormais par le boulevard Hillier (au centre de la photo). Sur la droite, le terrain vague est ce qui reste de l'ancien terril de coteau. À proximité du virage en épingle à cheveux de la rue Henri Maus, la firme immobilière Amelincks a commencé la construction de la résidence « Plein Vent », à l'emplacement de l'ancien charbonnage de La Haye.

 

boulevard hillier-liege-1969.jpgLe boulevard Hillier tout neuf, avec les abords de l’église Saint-Gilles non encore aménagés.

 

boulevard sainte-beuve-liege-fin annees 1950.jpgLa rue Saint-Laurent à sa jonction avec le boulevard Sainte-Beuve, à la fin des années 1950.

 

boulevard sainte-beuve-lmiege-1962.jpg  En 1962, le boulevard Sainte-Beuve est prolongé au-delà de la rue du Snapeux (le pointillé)*.
* Ce nom de rue a une origine incertaine. Certains lui trouvent une origine latine (« sinapis », « snapetum ») qui évoquerait la présence ancienne de champs de moutarde. D’autres envisagent le patronyme d’une famille ayant vécu jadis à cet endroit.

boulevard sainte-beuve_place saint-nicolas_liege-1962.jpg  Le boulevard Sainte-Beuve est ainsi prolongé jusqu'à la place Sainte-Nicolas, à la limite entre Burenville et Saint-Nicolas. Les immeubles à appartements que l'on voit à l'arrière-plan sont des logements sociaux construits par la Maison liégeoise à la fin des années 1950.


  Au début des années 1960, le réseau autoroutier se développe considérablement autour de Liège. L'automobile est reine, et il est jugé essentiel que des voies rapides de pénétration accèdent jusqu'au cœur même de la ville.

  Depuis l’échangeur de Loncin, une liaison est prévue jusqu’au boulevard d’Avroy via Burenville, le Bas-Laveu et les Guillemins (la future A602). Une autre, au départ de Burenville, doit accéder à la place Saint-Lambert via Fontainebleau, Hocheporte et le Cadran. Ces projets vont nécessiter de nombreuses expropriations, un bouleversement total de l’habitat et de l’infrastructure routière.

  Il est loin, le rêve de Gustave Kleyer, de concevoir un boulevard périphérique de Cointe à Sainte-Walburge et au Thier-à-Liège. Désormais, depuis les hauteurs de Burenville en pleine métamorphose, ce sont les autouroutes urbaines qui dévalent dans la cuvette liégeoise.

burenville-liege-1962.jpg  À Burenville, au départ du boulevard Sainte-Beuve, on aménage dès 1962 le boulevard Carton de Wiart (1)* et l’avenue Olympe Gilbart (2)**, voiries baptisées ainsi en 1963, points de départ en direction de la future autoroute A602 et de la voie rapide descendant vers Fontainebleau. À droite, derrière la rue du Calvaire (3), se dresse le terril de l’Aumonier (4)***, vestige d'un charbonnage fermé en 1956 (dont les puits se trouvaient à l'emplacement de l'actuel garage Renault-Neri).
* Homme politique et écrivain, le comte Henry Carton de Wiart (1869-1951) est l’auteur du roman historique « La Cité ardente », qui raconte le sac et l’incendie de la ville de Liège, en 1468, par les hordes bourguignonnes de Charles le Téméraire.
** Le Liégeois Olympe Gilbart (1874-1958), docteur en philologie romane, a été professeur à l’université, militant wallon, rédacteur en chef au journal « La Meuse » et plusieurs fois échevin, notamment de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.
*** On utilise parfois l’orthographe « aumônier » par analogie au mot qui désigne un ecclésiastique s’occupant d’une communauté. Normalement, dans le cas qui nous concerne, la graphie ne devrait pas comporter d’accent circonflexe. Le vocable, en effet, n’a rien de religieux, il dérive du wallon « åmonî », qui désigne un framboisier, arbuste autrefois caractéristique du lieu.

  Retrouvez les numéros de la photo précédente sur la vue aérienne ci-dessous, qui présente la configuration actuelle des lieux :
burenville-liege-2014.jpg

 

burenville-liege-1966.jpg  Des expropriations, dès 1956, préparent l’aspect de ce coin de Burenville. L'avenue Émile Jennissen (1)* est créée en 1958, perpendiculairement à la rue Burenville, et les deux voiries sont bordées de logements sociaux (2). L’avenue Olympe Gilbart (3) est inaugurée en 1963, traversant d’anciens terrains maraîchers qui s’étendaient jusqu’au pied du terril de l’Aumonier. L’église Saint-Hubert (4) est bâtie en 1962 dans un style résolument moderne ; cet édifice en béton est l’œuvre de l’architecte liégeois Robert Toussaint (1900-1975), qui a aussi construit l’église Saint-Vincent de Fétinne au début de sa carrière en 1930.
* Émile Jennissen (1882-1949), politicien liégeois ardent défenseur de sa ville et du pays wallon.

avenue_jennissen-burenville-liege-2013.jpg  Ci-dessus, la courte avenue Jennissen en 1966. En bordure de l’avenue Olympe Gilbart, le terril de l’Aumonier, déjà raboté, va bientôt disparaître pour faire place dès 1970 à de nouveaux logements sociaux de la Maison liégeoise. Ci-dessous, le même endroit en 2013 :
avenue_jennissen-burenville-liege-1966.jpg

 

terril_aumonier_burenville_1963.jpg  Ci-dessus, la rue du Calvaire et ce qui reste du terril de l’Aumonier en 1963, au début de la construction des immeubles sociaux du boulevard Carton de Wiart.

plan-logements sociaux-burenville.jpg  Au début des années 1960, la Maison liégeoise entamera la construction, le long du nouveau boulevard Sainte-Beuve, de toute une cité de blocs à appartements sociaux. Ci-dessus, le projet imaginé par l'architecte Jacquet.

  Ci-dessous, le chantier entamé en 1963 :
chantier-logements sociaux-burenville-1963.jpg
 
  Vue aérienne de Burenville entre 1964 et 1968 :
vue aerienne burenville 1964-68.jpg


  Dans le courant des années 1970, la cité sociale s’étendra dans le tronçon du boulevard plus proche de Saint-Gilles :
logements sociaux-burenville-annees 1970.jpg

 

avenue_olympe_gilbart-burenville-1965.jpg  Revenons-en (photo ci-dessus) à l’avenue Olympe Gilbart, dont voici l'extrémité vers 1965, à sa jonction avec la rue Burenville qui s’étend de part et d’autre du carrefour. Cet endroit n’existe plus, remplacé par un pont franchissant l’autoroute, comme le montre la photo ci-dessous :
pont_autoroute_burenville-2013.jpg

rue burenville-liege-1966.jpg  Le bas de la rue Burenville au milieu des années 1960. Ce qu’il en subsistera, après que le chantier de l’autoroute ait coupé le quartier en deux, prendra le nom de rue de Mons. Le choix de cette appellation, dans ce quartier qui a connu une forte activité minière, est un clin d’œil des Liégeois à leurs amis hennuyers et à leurs charbonnages.

avenue olympe gilbart-burenville-liege-1966.jpg   On retrouve, sur cette vue prise en 1966 depuis le terril de l’Aumonier, l’extrémité de l’avenue Olympe Gilbart (1) telle qu'on l'a vue trois photos plus haut. Les immeubles sociaux datant de 1958 attendent d’être expropriés pour les besoins de la future A602. De l’autre côté du carrefour, une voie qui restera tout un temps sans appellation officielle (2) a été ouverte pour rejoindre la rue Bagolet (nom d’origine inconnue).

rue sans nom-burenville-liege-1966.jpg   Le même endroit que sur la photo précédente, mais dans l’autre sens, avec dans le fond le flanc boisé du terril de l’Aumonier. À droite, c’est le sommet de la rue Bois Gotha dont tout un côté de la chaussée a été démoli lors de l’aménagement de la « rue sans nom » mise en valeur à l’avant-plan.

  Ci-dessous, le même endroit au début des années 1970, avec le pont de l'autoroute enjambant l'A602. La « rue sans nom » a été baptisée la rue Jules Delaminne, du nom du chevalier Jules de Laminne (1876-1957), docteur en droit et pionnier liégeois de l’aviation :
pont_autoroute-burenville-lliege-debut annees 1970.jpg

 

chantier autoroute A602 burenville-liege-1967.jpg   Le chantier de l'autoroute A602 en 1967. Le bas de la rue Bois Gotha a survécu, mais le haut a été totalement détruit, de même qu’une partie de la rue Burenville. Les remblais proviennent du terril de l’Aumonier, que l’on voit diminué, ainsi que d’autres à proximité, comme ceux de la rue en Bois et de Glain.

   Ci-dessous, la démolition en 1967 de la partie supérieure de la rue Bois Gotha :
demolition rue bois gotha-burenville-1967.jpg

construction-A602-burenville-liege-1968.jpg  L’autoroute A602 en cours de terrassement à la fin de l’année 1968. Derrière le bulldozer, on reconnaît le chevet de l’église Saint-Hubert érigée six ans plus tôt. Dans le fond, près du terril fortement arasé, se distingue l’ébauche du pont de Burenville, qui permet à la rue Jules de Laminne de franchir la tranchée autoroutière.

   Ci-dessous, la même perspective de nos jours :
autoroute A602 burenville-liege-2013.jpg

 

02/03/2014

Le charbonnage de La Haye (Saint-Gilles et Laveu)

    En 1819, la société minière de La Haye* abandonne la fosse du Bois Mayette et continue d’exploiter le sous-sol à partir d’un autre siège situé sur le dessus de la rue Saint-Gilles, près de la rue Chauve-Souris (un ancien puits dit « bure du Procureur » qui prend désormais l'appellation de « Nouvelle-Haye »).
* Cette société tire son nom de « Haie Sanctus », le lieu-dit de la première implantation de la houillère.

   Les maîtres de La Haye s’emploient à moderniser l’équipement, mettant à profit les progrès réalisés en matière de mécanique et de machinerie à vapeur. L’entreprise connaît un essor prodigieux. En 1838, elle absorbe le site rival du Champay.

houillere-la_haye-saint_gilles-liege-1840.jpg   La ville de Liège vue en 1840 depuis les hauteurs de Saint-Gilles, œuvre du lithographe français Édouard Hostein (1804-1889). À l’avant-plan droit, l’artiste a représenté les installations de la houillère de La Haye. Ces bâtiments dissimulent le terril de coteau qui descend jusqu’au quartier du Laveu.


En 1857, trois ans avant sa constitution en société anonyme, le charbonnage est en pleine prospérité. Une annexe est créée au Bas-Laveu pour servir au triage et au lavage de la houille. Au siège d’extraction saint-gillois, on creuse un puits de service au fond duquel commence un long tunnel débouchant dans la vallée, au niveau de l’actuelle rue Louis Boumal*.
* poète et militant wallon (1890-1918).

charbonnage-la_haye-saint_gilles-liege.jpg   Le charbonnage de La Haye au début du XXe siècle, dominant la ville de Liège et particulièrement le quartier du Laveu.

charbonnage-la_laye-paire_laveu.jpg   La paire du Laveu à l’aube du XXe siècle, à proximité de la gare des Guillemins. De nos jours, sont établis là un supermarché et un grand magasin de bricolage.

  
Monsieur Louis Motoul, un habitant du quartier, m'a fait parvenir les commentaires suivants: « En haut à droite, ce sont les maisons de la rue du Laveu (1). Devant elles, s'étire le mur d'enceinte du charbonnage (2), avec une entrée en face du café qui existe toujours et qui s'appelle "La belle équipe" depuis pas mal de temps. Le bâtiment au toit à quatre pans abritait l'administration de la houillère. En bas à gauche, on aperçoit les terrains où passe aujourd'hui la rue Louis Boumal ».

 

charbonnage-la_haye-saint_gilles-laveu.jpg  Le quartier du Laveu au début du XXe siècle, avec ses serres et cultures maraîchères, ainsi que l’orphelinat Saint-Jean-Berchmans de la rue des Wallons, géré par des Salésiens depuis 1891 (l’actuel centre scolaire Don Bosco).


  Pendant une soixantaine d'années, la houillère a répandu ses résidus miniers sur le versant de la colline (la flèche sur la vue ci-dessus). Mais le 5 mai 1881, d'énormes masses de déblais s'effondrent sur la rue du Haut-Laveu (aujourd’hui rue Henri Maus), renversant quelques arbres et maisons. Les autorités communales liégeoises interdisent désormais tout déversement sur ce terril de coteau.

  Un petit chemin de fer Decauville est alors aménagé pour acheminer les résidus vers le terril Piron que la société de La Haye possède au Bois Saint-Gilles.

plan-voie ferree-la_haye-piron.jpg   Ce plan nous reporte à la charnière des XIXe et XXe siècles. Outre les renseignements déjà inscrits, notons le site principal du charbonnage de La Haye (1), le futur boulevard Kleyer (2), l’allée des Grands Champs (3), le sentier qui deviendra la rue de la Houillère en 1910 (4) et le terril Piron (5). Le trait sinueux indiqué par la flèche représente la voie ferrée empruntée par les wagonnets qui font la navette entre les deux sièges du charbonnage.

 

charbonnage-la_haye-saint_gilles-1908.jpgLe siège d'extraction de La Haye au sommet de la rue Saint-Gilles. Idem ci-dessous :charbonnage_la haye-saint_gilles_1911.jpg

 

charbonnage-la_haye-mineurs-1893.jpg
Des mineurs de la houillère La Haye en 1893.

charbonnahe-la_haye-cite_ouvriere-saint_gilles-liege.jpg  Le siège d'extraction de la rue Saint-Gilles vu depuis la rue Saint-Laurent. La construction des maisons ouvrières que l'on voit sur la gauche a été initiée par la direction de la houillère, soucieuse de loger les mineurs à proximité des puits. Ces habitations ont aujourd’hui disparu, elles étaient accessibles par un chemin qui s'ouvrait rue de La Haye. Ci-dessous, ce qui subsiste de ce chemin :
rue_la_haye-liege-2013.jpg

 

eglise saint-gilles-liege-début_XXe.jpg   Voici l'église Saint-Gilles au début du XXe siècle, en grande partie masquée par les bâtiments de l'ancienne abbaye (voir autre note consacrée à ce sujet). Les flèches symbolisent un petit sentier appelé le chemin des Patients (du latin « patiens », « qui souffre », car c'est par là que les condamnés à mort étaient autrefois conduits au gibet des Grands Champs). De 1882 à 1930, le charbonnage de La Haye y a fait passer la voie de chemin de fer qui reliait ses deux implantations. Ci-dessous, le même endroit en 2006 :
boulevard_hillier_liege.jpg

wagonnets-charbonnage-la_haye-saint_gilles-liege-1929.jpg   La voie ferrée dans les années 1920. Les enfants déjouaient la surveillance des gardes et s’amusaient à sauter sur les wagonnets en marche.

terril-piron-grands_champs-saint_nicolas-1953.jpg   Le terril Piron en 1953, vu depuis le fond de la rue Bois Saint-Gilles. De ce côté, ce terril de coteau présente des versants abrupts ; au niveau du boulevard Kleyer et des Grands Champs, il se fond dans le paysage parce qu’il présente l’aspect d’un plateau contigu, comme le montre la photo qui suit :
terril_piron_saint-nicolas.jpg

charbonnage-la_haye-piron-1927.jpg   Le site Piron du charbonnage de La Haye en 1927, trois ans avant sa fermeture, entre les actuelles rues de la Houillère et de la Justice. Ci-après, deux vues qui témoignent de l'évolution du lieu, la première datant de 1949, la seconde de 1970 :
charbonnage-ja_haye-piron-vestiges_1949.jpg

charbonnage-piron-vestiges_1970.jpg

 

Revenons-en au siège d'extraction du haut de la rue Saint-Gilles. Au lendemain de la première guerre mondiale, un transporteur aérien métallique est mis en service pour acheminer le charbon du siège vers la station de triage-lavage du Laveu. Opérationnelle jour et nuit, cette bruyante passerelle mécanisée franchit la rue Henri Maus et surplombe une partie du quartier.

charbonnage-la_haye_plan_transportreur_aerien.jpg1 = la rue Saint-Laurent / 2 = la rue Saint-Gilles / 3 = la cité minière aujourd'hui disparue / 4 = la rue de La Haye 5 = le siège d'extraction du charbonnage La Haye / 6 = le transporteur aérien en direction de Bas-Laveu.

charbonnage-la_haye-transporteur-saint_gilles-laveu-1930.jpg  Vue du transporteur aérien en 1930. La société de La Haye, dans la troisième décennie du XXe siècle, est contrainte à de lourds investissements pour améliorer sa productivité et assurer sa survie. Sur la paire du Laveu, une station plus performante de triage-lavage a été construite en 1927. Les deux photos suivantes remontent à la construction de ces nouvelles installations :

charbonnage-la_haye_laveu_1927.jpg

charbonnage-la_haye-triage-lavage-laveu-1927.jpg
. . . . .

Le charbonnage de La Haye a aussi utilisé un terril de coteau à la hauteur de la rue Boulboul (devenue en 1946 la rue Bel Horizon). Ce crassier est indiqué d'une flèche sur les deux vues qui suivent, la première prise en 1959 depuis le boulevard Kleyer (à la hauteur de la rue du Laveu), la seconde prise en 1968 depuis le haut de la rue Henri Maus (près de la rue Chauve-Souris).

terril-la_haye-bel_horizon-saint_gilles-1959.jpg

terril-charbonnage-la_haye_saint-gilles_1968.jpg

  Ci-dessous, la même vue en 2012 :residence-terrasses_saint-gilles_decembre_2012.jpg

 

chemin-boulboul-bel_horizon-saint_gilles-1921.jpg   La rue Boulboul (du nom d'une ancienne famille de propriétaires terriens et patrons charbonniers) se poursuivait autrefois par un sentier éponyme qui descendait à flanc de terril vers le Laveu fort champêtre.

terril-la_haye-bel_horizon-saint_gilles-1968.jpg   En bordure du boulevard Kleyer, ce plateau à la végétation sauvage est le dessus du terril en 1968. Quelques années plus tard, la Ville y aménagera un dépôt de matériaux de voirie et une plaine de jeux. Celle-ci se caractérisera par un terrain de football en brique pilée rouge, utilisé tout un temps par le club EY Liège et aujourd’hui à l’abandon. Sur ce site, seul le skate park attire quelques groupes de jeunes.


. . . . .

   Dès les années 1920, en dépit d’une rationalisation des frais généraux, la société de La Haye connaît une récession. Les puits d’extraction ont été approfondis, mais les couches atteintes se révèlent difficiles à exploiter et n’apportent guère le rendement escompté. Une crise aiguë affecte en outre le secteur charbonnier, à cause des nouvelles charges imposées par la législation et de la concurrence d’autres productions meilleur marché, comme les charbons campinois et allemands.

  Pour tenter de résister à cette crise, les charbonnages de la région fusionnent. La Haye s’associe avec le Horloz de Tilleur en avril 1930, puis ce nouveau groupe s’unit au Gosson de Montegnée-Jemeppe en janvier 1931. Les conditions d’exploitation à Saint-Gilles continuant de coûter trop cher, le siège du Piron ferme dès décembre 1930 ; ceux de Saint-Gilles et du Laveu suivent en août 1934.

rue_henri_maus-liege-dessin_photo-1966.jpg   Le dessin représente le haut de la rue Henri Maus au tout début du XXe siècle, avec le charbonnage de La Haye à l'arrière-plan. Sur la photo de 1966, la flèche indique l'endroit où va bientôt s'élever le premier building d'un vaste projet immobilier.

chauve-souris-chantier_amelinckx-sept_1966.jpg   À l’arrière de la rue Chauve-Souris, le terrain de l’ancienne houillère est longtemps resté à l’abandon. Il est acheté en 1965 par la société immobilière Amelinckx, qui projette d’y construire un complexe d’ immeubles à appartements, intégré dans un environnement de verdure. Telle est l’origine des résidences Plein Vent et Chantebrise. Cette photo a été prise en 1966 lors des premiers travaux de fondation.

 

residences_plein vent_chantebrise_saint-gilles-liege.jpgÀ gauche, la résidence Plein Vent. À droite, la résidence Chantebrise.

site-charbonnage-la_haye_abandon-1968.jpg   Le site de l’ancienne houillère de La Haye en 1968, photographié depuis la résidence Plein Vent en cours de construction. Ci-dessous, la même perspective de nos jours. La résidence Chantebrise a été érigé dès 1977. Haute de quarante-deux mètres, elle est le plus imposant des deux buildings Amelinckx.residence_chantebrise_saint-gilles_liege.jpg

 
Les vues anciennes qui ne mentionnent pas une source particulière proviennent du Centre multimédia
Don Bosco (Laveu). Les plans d'époque m'ont été fournis par Jean-Claude JACOBS.
Les photos couleurs contemporaines sont de moi.

13/01/2014

L'abbaye et l'église de Saint-Gilles

liège,histoire de liège,histoires de liège,Saint-Gilles,plateau Saint-Gilles,abbaye,église romaneL'église Saint-Gilles en 1962

  Aux origines

  À la fin du XIème siècle, l'actuel plateau Saint-Gilles est une épaisse forêt inhospitalière, traversée cependant par le chemin qui mène de Liège à Huy, étape vers la France. Les lieux sont malfamés, peuplés de bêtes sauvages et de bandits qui s’attaquent aux voyageurs.

 C'est pourtant là, vers 1083, qu'un certain Goderan, jongleur-ménestrel désireux de se consacrer à la méditation, sollicite le droit, auprès du père-abbé Bérenger de l'abbaye bénédictine de Saint-Laurent, d'aménager un ermitage sur les hauteurs boisées du Publémont*, terres qui appartiennent à ce monastère.

* On désigne ainsi la colline occidentale traversée par toute la rue Saint-Laurent.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  

  Plusieurs tableaux quadrilobés de ce type font parrtie du mobilier de l'église Saint-Gilles. Celui-ci représente Goderan et son ours savant pendant l'édification de son oratoire.

  La légende voudrait que ce Goderan soit originaire de l'abbaye de Saint-Gilles du Gard, en Provence, mais il ne s'agirait là que d'une interpolation du chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse (XIVe siècle), auteur à l'imagination généreuse.

  Goderan pratique largement l'hospitalité. Il est rejoint par d'autres hommes et femmes attirés par son idéal de vie. Il fait construire, pour les abriter, de petites maisons dont l'ensemble forme progressivement une communauté qu'on dédie à saint Gilles.

  Après la mort de son fondateur, l'oratoire ne cesse se développer ; il finit par être élevé au grade d'abbaye, en 1124, par le prince-évêque Albéron, qui y nomme un abbé à la tête de chanoines réguliers.


  En même temps, le modeste édifice originel est remplacé par une église beaucoup plus spacieuse.

  La consécration de l'église Saint-Gilles par le prince-évêque Albéron, en 1127, est le thème de cet autre tableau quadrilobé.

  liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane

 
Vues anciennes du monastère

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  L'abbaye de Saint-Gilles remise en état après le saccage de 1568, perpétré par les troupes de Guillaume d’Orange-Nassau qui sont passées par Liège pour fuir l’armée du duc d’Albe traquant les calvinistes (enluminure d'un manuscrit de 1585-1586).

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane   L'abbaye (la flèche) sur le plan de Milheuser (1649). Elle est située au sommet de la chaussée Saint-Gilles (1), qui prend son départ au pont d'Avroy (2), lequel enjambe le bras de la Meuse devenu le boulevard de la Sauvenière (3). Repérons également la collégiale Saint-Jean (4), les remparts et la tour des Bégards (5), la collégiale Saint-Martin (6) – elle ne sera basilique qu'en 1886 – et l'abbaye bénédictine de Saint-Laurent (7).

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane   « Vue de l’Abbaye de Saint-Gilles prise du midy », gravure de Remacle Le Loup publiée dans les « Délices du Paï de Liége » de Pierre-Lambert de Saumery, l’un des plus beaux ouvrages imprimés du XVIIIe siècle. Le blason est celui de l’abbé Lambert Le Ruitte. Le monastère, à cette époque, connaît une opulence indéniable. Le verger de gauche préfigure l'actuel cimetière, et le long du mur passe aujourd'hui le boulevard Louis Hillier.

 

  À la fin du XVIIIème siècle, le nombre de chanoines réguliers ne cesse de diminuer, sans compter que la discipline religieuse connaît d’importants relâchements. En septembre 1785, l’abbé Laurent Chantraine et son chapitre adressent une supplique au pape Pie VI et au prince-évêque César-Constantin-François de Hoensbroeck ; ils demandent leur sécularisation et leur incorporation, avec leurs revenus, à la communauté de Saint-Jacques qui comporte moins de chanoines que les autres collégiales liégeoises. Leur requête est acceptée en février 1786. L’abbaye de Saint-Gilles est désertée après quelque sept siècles d’existence, son mobilier vendu aux enchères.

 À la suite du Concordat de 1801, l’ancienne église abbatiale reprend du service comme paroissiale. D’importants travaux sont nécessaires, de 1803 à 1807, pour transformer et remettre en état cet édifice désaffecté depuis dix-sept ans. Les autres bâtiments monacaux sont convertis en habitations.

 

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  Gravure représentant l’église Saint-Gilles vers 1850. Le porche d’entrée est celui érigé dans la première moitié du XVIIIe siècle par l’abbé Lambert Le Ruitte, qui a transféré le chœur sous la voûte de la tour. Le chemin est l’actuelle rue baptisée « cour Saint-Gilles ». À gauche et à l’arrière-plan, on aperçoit ce qui reste des anciens bâtiments abbatiaux.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane

aaa

  L’intérieur de l’église en 1886, avec le maître autel situé sous la voûte du clocher depuis le milieu des années 1730.




 Le grand crucifix suspendu, en chêne polychromé, date probablement du XIIIe siècle. La tradition rapporte qu’un soldat calviniste, en 1600, a transpercé la poitrine de ce Christ d’une balle de mousquet, et que l’iconoclaste est tombé raide mort en sortant de l’église.

  Cette oeuvre gothique a été restaurée en 1885 par l’artiste liégeois Jules Helbig (1821-1906), peintre et historien de l’art belge.

  Tout au long du XIXème siècle, l’église a souffert des affaissements de terrain que provoque dans les alentours l’exploitation intensive du sous-sol houiller.

  En 1891, commence un chantier colossal dans le but de restaurer et agrandir l'édifice. La conception du projet est confiée à l’architecte gantois Auguste Van Assche, bien connu à Liège pour les importantes restaurations qu’il a déjà effectuées à Saint-Jacques, Saint-Denis, Saint-Martin ou Saint-Christophe.




  Ci-contre, les démolitions au pied de la tour dès 1891, préparatoires à l’ajout d’une nef occidentale.
aa


liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  L'avancement des travaux vers 1893, avec une nef occidentale ajoutée et la nef orientale en cours de restauration (à sa droite, on remarque le chevet semi-circulaire du chœur, remis à sa place initiale). L'église entièrement rénovée sera reconsacrée le 28 mai 1894 par l'évêque de Liège Victor Joseph Doutreloux.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane Depuis 1919, cette partie de la cour Saint-Gilles se présente comme une petite place publique.

   Depuis le tout début du XXe siècle, des religieuses françaises qui ont fui les lois anti-congréganistes en vigueur dans leur pays, sont installées dans les anciens bâtiments de l'abbaye bénédictine. Ce sont des sœurs de la Sainte-Famille du Sacré-Cœur, qui mènent une existence contemplative mais se consacrent aussi au catéchisme et aux œuvres paroissiales. Elles resteront là jusqu’en 1948, avant d’aller s’installer à Dinant.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romaneLe couvent des religieuses françaises en 1934.

 

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romaneAbandonnés en 1948, les bâtiments du couvent sont démolis à la fin des années 1950.

 

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  Cette maison (cour Saint-Gilles n° 31, photo de 1955), affectée aux œuvres paroissiales, comporte des éléments de murs qui constituent des vestiges de l'ancien couvent.

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romane  L'église Saint-Gilles et le couvent en 1949. La photo est prise de la fin du boulevard Gustave Kleyer, là où il est coupé par la rue Henri Maus (le boulevard Louis Hillier n'existe pas encore).

liège,histoire de liège,histoires de liège,saint-gilles,plateau saint-gilles,abbaye,église romaneL'église Saint-Gilles vue depuis la rue Henri Maus, pendant le percement, en 1967, du boulevard Louis Hillier.