13/04/2016

La place des Déportés et le pont Saint-Léonard (ou Maghin)

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La situation actuelle de la place des Déportés et de l'esplanade Saint-Léonard (lien Bing Maps).


  Cet emplacement est celui de l'ancien fossé défensif de Saint-Léonard, creusé au XIIIe siècle et alimenté en eau par la Meuse pour servir de douve* aux remparts nord de la cité**

* Cette pièce d'eau sert aussi de refuge pour bateaux lors des débâcles et forts débits du fleuve.
** Ces remparts sont aussi appelés le bastion des Walles, terme wallon issu du latin « vallum » qui désigne le terre-plein d'une fortification.

liege_milheuser_1649.jpg  Cette gravure de Julius Milheuser (1649) nous permet de situer ce fossé (1), ainsi que les portes de Vivegnis (2), Saint-Léonard (3) et Maghin (4), les deux dernières équipées d'un pont-levis. En dehors de l'enceinte fortifiée, le faubourg Saint-Léonard a des aspects de village champêtre.

  Primitivement, les ponts Saint-Léonard* et Maghin** sont donc deux ouvrages distincts appartenant au système défensif de la ville.

* Le quartier doit son nom à un ancien prieuré fondé au XIe siècle et consacré à ce saint.
** « Maghin » était jadis un prénom féminin avant de devenir un patronyme, probablement celui d'une famille locale.

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Les remparts de Saint-Léonard en 1755. Le fossé apparaît encombré par des atterrissements.

  À la fin du XVIIIe siècle, le fossé de Saint-Léonard est obstrué et en mauvais état. On commence à le combler, et les terrains sont concédés moyennant une faible redevance à des particuliers qui les transforment en jardins. Parmi les bénéficiaires, il y a notamment les habitants de la rue Sur les Fossés (devenue la rue Mathieu Laensbergh), lesquels profitent ainsi d'une parcelle en face de leur demeure.

  En 1806, sous le régime français, le préfet du département de l'Ourthe, Charles Emmanuel Micoud d'Umons, envisage de faire curer les fossés pour y aménager un port aux houilles. Mais le projet n'aboutit pas, et le comblement se poursuit de plus belle.

plan liege regime hollandais 1827.jpg  Le plan ci-dessus nous transporte quelques années plus tard sous le régime hollandais (1815-1830). Le fossé est totalement remblayé, mais les remparts subsistent. La flèche désigne la porte Saint-Léonard, où se trouve la prison de Liège depuis 1738.

porte saint-leonard_liege_1845.jpg  La porte Saint-Léonard en 1845, vue du côté faubourg. Les bâtiments de la prison se trouvent à droite (on n'en voit qu'une partie). Là où marche le personnage, se trouvait précédemment le pont franchissant le fossé défensif.

plan liege 1862.jpg  Plan des années 1860. Les remparts ont été démolis de 1840 à 1863, et une nouvelle prison (on en voit le quadrilatère entre les rues du Nord et Mathieu Laensberg) a été construite de 1847 à 1850, sur des terrains que la Ville a cédés à l'État. Remarquons que l'espace compris entre cette prison et la Meuse est appelé la place Maghin. Avant que cette appellation ne soit officialisée, le peuple avait pris l'habitude de dire « la place du pont Maghin », en souvenir de l'ancien pont-levis de la porte fortifiée de ce nom (le pont Maghin sur la Meuse n'existait pas encore).

prison saint-leonard_liege_entree.jpg▲ L'entrée, rue du Nord, de la prison néogothique Saint-Léonard, conçue par l'architecte bruxellois Joseph-Jonas Dumont. Cet établissement pénitentiaire a été inauguré en 1851 pour les hommes et en 1854 en ce qui concerne l'aile réservée aux femmes (les cartes postales nous reportent au tout début du XXe siècle) ▼

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  Le premier pont Saint-Léonard sur la Meuse

 
En décembre 1858, les entrepreneurs Claes et Flechet sollicitent la concession d'un pont sur la Meuse à la hauteur de la place Maghin, en remplacement d'un ancestral passage d'eau. Ils prennent la construction à leur charge, à condition que la Ville leur accorde de percevoir les droits de péage et aménage les quais de la rive droite, du pont des Arches à Dos Fanchon.

  Étudiant le projet, Hubert-Guillaume Blonden, ingénieur en chef des travaux de la Ville, propose de décaler l'ouvrage légèrement en amont, dans l'axe de la rue du Nord (actuelle rue de la Résistance), que le prolongement du pont rejoindrait par une rampe en pente douce. Cette modification suppose la disparition de la caserne des pontonniers et de trois maisons de la rue Féronstrée, mais le but est de préserver la place Maghin.

  Le plan qui suit, en date de 1860, préfigure la réalisation du projet avec les changements apportés par Blonden. Le conseil communal se montre favorable ; il est même envisagé de profiter de l' occasion pour ouvrir de nouvelles rues dans les prés Saint-Denis :
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  Mais les exigences inconciliables des protagonistes finissent par aboutir à l'abandon du projet. En 1866, la Ville décide de se charger elle-même de la mise en œuvre du pont ; l'année suivante, le chantier est adjugé aux entrepreneurs Chèvremont et Piedbœuf, le premier pour les travaux de maçonnerie, le second pour la construction de la superstructure métallique.

  Le pont Saint-Léonard (c'est son nom officiel même si la population l'appelle fréquemment le pont Maghin) est construit de septembre 1867 à juin 1869. Un péage* est établi pour permettre de rembourser l'emprunt que la Ville a dû contracter.

* Les droits de péage seront supprimés en 1883, quand l'État rachètera l'ouvrage.

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Les trois travées métalliques du premier pont Saint-Léonard sur la Meuse (1869-1928).

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Carte postale affranchie en 1910.

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Carte postale affranchie en 1914.

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▲ La fabrique que l'on voit à l'arrière-plan (entre les deux piles du pont) est la linière de Saint-Léonard, érigée en 1828 par John Cockerill à l'emplacement de l'ancien couvent des Récollectines ▼

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▲ Le pont Saint-Léonard vu du quai de Maestricht. Le palais Curtius (d
emeure Renaissance de l'industriel Jean de Corte au début du XVIIe siècle) est un musée archéologique à partir de 1909 ▼musee curtius liege entre 1896 et 1928.jpgquai de maestricht_liege_1909.jpg

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Les activités portuaires le long du quai de Maestricht.

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▲ Parties de pêche en amont du pont du Saint-Léonard ▼
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▲ Début du XXe siècle et début des années 1960 ▼
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  De la place Maghin à la place des Déportés


1er pont saint-leonard_liege (3).jpgRevenons à l'aube du XXe siècle et empruntons le pont en direction de la place Maghin.

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Vue de 1905. À gauche, la rampe d'accès au pont. À l'arrière-plan, la prison. À droite, la place Maghin.


  Pendant la démolition des remparts et la construction du pont sur la Meuse, la place n'a guère été entretenue, jonchée de décombres, matériaux et immondices. Elle a été déblayée en 1869, puis aménagée et arborée. Des platanes plantés en 1876 ne se sont pas développés et ont été remplacés par des ormes en 1890.


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La rampe d'accès au pont à l'aube du XXe siècle.

place maghin et prison_liege_debut XXe.jpg  Les bâtiments industriels sont ceux de la Société de Saint-Léonard, établie à l'emplacement d'un ancien couvent de Carmélites. Cette usine fabriquait de l'acier et des machines, dont des locomotives.


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En 1906 ▲ et 1978 ▼prison saint-leonard_liege_1978.jpg

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Le même endroit de nos jours.

place maghin_liege_tt debut XXe.jpg  La place Maghin au début du XXe siècle, avec vue sur le côté opposé à la rampe du pont. Les immeubles de droite se retrouvent sur la vue qui suit, carte postale affranchie en 1906 et illustrant le marché aux chevaux qui, à l'époque, se tient là hebdomadairement :
marche aux chevaux_maghin_liege.jpg



deportation 14-18.jpg  Pendant la première guerre mondiale, de nombreux ouvriers belges ont été déplacés en Allemagne. C'est en leur hommage que la place Maghin est rebaptisée la place des Déportés le 30 décembre 1918.

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La place des Déportés et la prison Saint-Léonard pendant les inondations de l'hiver 1925-26.

 


  Le deuxième pont Maghin (ou Saint-Léonard)

 
Le pont endommagé en 1914 subit une restauration sommaire en 1921, mais il est rapidement décidé de le remplacer : son faible tirant d'air* entrave le passage des bateaux lors des fortes eaux, ainsi que la circulation des trams sur les quais.

* Le tirant d'air d'un pont est la hauteur disponible entre le tablier et le niveau de l'eau ou du sol.

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▲ Le deuxième pont Maghin, ouvrage métallique réalisé par la société John Cockerill, est construit de 1928 à 1930 ▼construction 2e pont maghin_liege_1928-30.jpg


2e pont maghin_liege (1).jpg  L'ouvrage comporte une arche centrale de 70 mètres et deux demi-arches de 36 mètres. Il est terminé pour l'Exposition internationale de 1930.

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▲ Une passerelle provisoire est jetée sur la Meuse pendant le chantier de construction du deuxième pont Maghin ▼passerelle maghin_liege_1928-30 (2).jpg


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Le deuxième pont Maghin sur une carte postale écrite en 1936.

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Les ruines du pont après que l'armée belge ait fait sauter l'ouvrage le 11 mai 1940.

 


  Le troisième pont Maghin (l'actuel)


pont maghin_liege_après guerre.jpg  Les ruines du deuxième pont Maghin ont été déblayées. La situation restera inchangée quelques années, le temps que la Ville* obtienne le prêt nécessaire pour financer la construction d'un nouvel ouvrage.

* À l'époque, la Ville est seule propriétaire du pont ; l'État n'est donc pas intervenu dans sa reconstruction. De nos jours, l'ouvrage a été repris par la Région wallonne (renseignements fournis par Jean-Géry Godeaux).

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Plan de 1947, sans pont sur la Meuse à la hauteur de la rampe de la place des Déportés.


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  Photo aérienne que je daterais de 1949-50. Les deux repères désignent la prison Saint-Léonard (1) et la place des Déportés (2).

 
  La construction du troisième pont Maghin est confiée aux entreprises Blaton-Aubert sous la direction de M. A. Joachim, chef du Service de la Voirie de la Ville de Liège. Il s’agira d’un ouvrage à trois arches en béton précontraint, garni de pierres de taille. Il sera ouvert à la circulation en décembre 1952.

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▲ Le chantier du pont en 1951 ▼construction 3e pont maghin_liege (2).jpg



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▲ En 1962 ▼pont maghin_liege_1962 (2).jpg



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  Cette photo date probablement de 1980-81, si j'en crois le nettoyage intensif de la façade du musée Curtius, opération qui a eu lieu ces années-là. La prison Saint-Léonard (dont on aperçoit le mur d'enceinte sur la gauche du document) est en attente de démolition.

pont saint-leonard_liege_aout 2007.jpg  En août 2007, le pont est fermé à circulation pour un an. Il est urgent de le sécuriser à cause des dégâts causés par la corrosion. On profite de l'occasion pour remplacer l'éclairage et l'illuminer, ainsi que les berges, dans le cadre du Plan Lumière de la Ville.


 
La démolition de la prison Saint-Léonard

prison saint-leonard_liege_1976 (2).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (1).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (3).jpg  Les trois photos ci-dessus datent de 1976. À cette date, il y a déjà trois ans qu'a commencé à Lantin la construction d'un nouvel établissement pénitentiaire, destiné à remplacer la prison Saint-Léonard trop vétuste et non adaptée au monde carcéral moderne.

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La prison de Lantin en cours de construction en 1977.

prison saint-leonard_liege_mutinerie juin 1979.jpg  En juin 1979, quelque six mois avant le déménagement à Lantin*, les détenus profitent d'une grève des gardiens pour se mutiner. Il s'ensuit des évasions et d’importantes dégradations aux installations.

* La prison de Lantin a été officiellement inaugurée le 17 décembre 1979 et occupée précipitamment suite à la destruction par une mutinerie de la prison Saint-Léonard (source : http://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/prisons/p...).


prison saint-leonard_liege_1981.jpgLa prison Saint-Léonard désaffectée ▲, à la veille de sa démolition en 1982-1983 ▼prison saint-leonard_liege_1982.jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (2).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (3).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (1).jpg


esplanade Saint-Léonard_liege_2004.jpg  Laissé longtemps en friche, le site de l'ancienne prison a fait l'objet en 1994 d'un concours de réhabilitation organisé par la Ville de Liège. Rénové jusqu’en 2001 par les soins d’architectes et de paysagistes liégeois, il est aujourd’hui un espace public comportant un terrain de sport, une zone verte et une vaste esplanade permettant d'accueillir divers événements à longueur d’année.

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Ce plan d'eau rappellerait-il l'ancien fossé défensif qui servait de douve aux remparts nord de la ville ?

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14/02/2016

Du prieuré Saint-Léonard à la fonderie de canons

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milheuser 1649.jpg  Cette vue gravée par Julius Milheuser nous transporte dans le quartier Saint-Léonard en 1649. Situé en dehors des remparts (1)*, le hameau est essentiellement réservé aux cultures. L'église Sainte-Foy (2), fondée au début du XIIe siècle, présente ici l'apparence de sa reconstruction en 1624**. À côté, il s'agit du prieuré Saint-Léonard (3) auquel le quartier doit son nom.

* On aperçoit la porte fortifiée de Vivegnis et celle de Saint-Léonard (cette dernière est précédée d'un pont qui enjambe le fossé alimenté par la Meuse pour servir de douve et de refuge pour bateaux.
** L'église Sainte-Foy actuelle, conçue par l'architecte Évariste Halkin, a été construite dès 1867 et consacrée en 1871.

 Ce prieuré existe depuis le tout début du XIe siècle. En 1093, un chanoine de la collégiale Saint-Jean fait ériger à cet endroit une chapelle dédiée à saint Léonard ; on lui adjoint bientôt des bâtiments pour accueillir des moines de l'abbaye de Saint-Jacques, détachés là pour être au service de la population locale qui ne dispose pas de lieu de culte.


  Biographie de saint Léonard

  D’après la tradition et le récit légendaire de sa vie, écrit au XIe siècle, Léonard est né à la fin du Ve siècle dans une noble famille franque. Baptisé par saint Rémi, évêque de Reims, il a comme parrain Clovis lui-même, dont il obtient le privilège de visiter les prisonniers et de libérer tous ceux qu’il juge dignes de cette grâce.

  Refusant la dignité épiscopale proposée par le roi, il préfère vivre en ermite dans les forêts du Limousin. C'est pendant cette période qu'il intercède pour sauver la reine d'Aquitaine qui se meurt en couches. En remerciement, il reçoit du roi une part de la forêt, où il construit une chapelle en l’honneur de Marie. Il fait jaillir une source par miracle. Beaucoup de personnes le rejoignent, dont des malades venus se faire guérir et des prisonniers échappés de leur cachot par l’effet de ses prières. Il leur enseigne l'évangile et partage son domaine avec eux pour leur permettre de vivre de leur travail et « non d’aventures et de désordres ».

  Il meurt un 6 novembre ; il est enterré dans la chapelle qu’il a construite. Son tombeau devient vite un lieu de pèlerinage qui donne naissance à la ville de Saint-Léonard-de-Noblat.

  Saint Léonard est le protecteur des prisonniers et des femmes en couches. Dans nos régions, il est aussi considéré comme le saint patron des mineurs.

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  Cette statue en bois polychromé (sculpteur inconnu, XVIIe siècle) représente saint Léonard patron des mineurs (les chaînes de prisonniers ont été remplacées par une cage de houilleurs). Primitivement dans le prieuré Saint-Léonard, elle se trouve depuis le début du XIXe siècle dans l'église Sainte-Foy.

 

   En 1489, le prieuré ne compte plus que deux moines âgés et connaît des problèmes financiers. Il est vendu aux chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui quittent leur couvent des Bons Enfants pour venir s'installer à Saint-Léonard.

  En 1777, le prince-évêque Velbruck fait partir les chanoines pour transformer le prieuré en hôpital général. On y enferme les vagabonds et les mendiants pour leur enseigner la religion et les exercer au travail. Si le principe paraît généreux, il s'agit en réalité de remédier à l'insécurité qui règne dans les rues, de protéger les gens de bien de l'importunité des indigents. La mesure irrite les partisans de liberté individuelle, et ceux qu'ils considèrent comme des prisonniers seront délivrés lors des événements révolutionnaires qui vont marquer la fin de ce siècle.

  Sous le régime français, les bâtiments finissent par être abandonnés et démolis par les pilleurs et les récupérateurs de matériaux. En 1796, ils sont qualifiés de « presque en ruines » dans un rapport officiel. Ils seront rasés en 1803, quand on leur substituera les ateliers d'une fonderie de canons. Le premier consul Napoléon Bonaparte rêve de conquérir l'Angleterre ; il a besoin d'une grande quantité de bouches à feu pour équiper sa flotte amarrée à Boulogne.

  Le CLHAM (Centre liégeois d'histoire et d'archéologie militaires) a publié sur son site un article de P. Beaujean concernant l'évolution de cette fonderie, de ses origines au XIXe siècle à son remplacement par l'Arsenal de Rocourt après la seconde guerre mondiale. Cliquez ICI pour découvrir cet historique, qu'il faut lire avant de regarder les illustrations qui suivent.

visite napoleon fonderie.jpg  Le 8 novembre 1811, Napoléon et l'impératrice Marie-Louise visitent la fonderie impériale de canons de Liège (lavis à l'encre de Chine de Charles Monnet).

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Le même événement représenté par Jean-François Bosio (dessin à la plume, gouache et aquarelle).

fonderie canons liege 1823-24.jpg  La fonderie royale de canons au milieu des années 1820, sous le régime hollandais (lithographie d'Antoine Dewasme d'après un dessin d'Auguste de la Barrière).

musee d'armes liege.jpg  Cette carte postale présente le musée d'armes de Liège au début du XXe siècle (musée inclus depuis 2009 dans le Grand Curtius). L'entrée était flanquée de deux mortiers fabriqués en 1812 à l'époque de la fonderie impériale.

histoire de liège,histoires de liège,saint-leonard,prieure saint-léonard,eglise sainte-foy,napoleon,fonderie de canons,arsenal de rocourt,athenee liege 2  Ces deux mortiers se trouvent actuellement dans la cour intérieure qui sert d'entrée au département des armes du Grand Curtius (accès par la rue Féronstrée).

mortier monstre 1832.jpg    En 1832, l'armée française de Louis-Philippe, venue assister la nouvelle Belgique indépendante de Léopold 1er, fait le siège de la citadelle d'Anvers, toujours tenue par les Hollandais. Le « Mortier Monstre », capable de tirer des bombes de 500 kilos, est une invention du général français Paixhans ; il a été coulé à la fonderie de canons de Liège.

plan avenzo 1838.jpg  La fonderie et le quartier Saint-Léonard sur un plan publié en 1838 par Avenzo & Cie. Cliquez ICI pour ouvrir une vue aérienne grâce à Google Earth.

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Cette lithographie d'Edwin Toovey (Belge d'origine anglaise) date du milieu du XIXe siècle.

colonne du congres bruxelles d'antan.jpg  Au XIXe siècle, la fonderie réalise aussi des œuvres d'art. À Bruxelles, la colonne du Congrès est édifiée de 1850 à 1859 (architecte Joseph Poelaert). Elle est surmontée d'une statue de Léopold 1er, et son piédestal comporte quatre figures féminines symbolisant les libertés fondamentales garanties par la Constitution. C'est à la fonderie royale de Liège qu'ont été coulés les bronzes de ces sculptures.

statue gretry liege 1909.jpg À Liège, il en a été de même, en 1840, pour la statue de bronze de Grétry, due au sculpteur Guillaume Geefs. Installée initialement place de l'Université (actuelle place du XX Août), elle n'a été déménagée devant le théâtre royal qu'en 1866 (la vue ci-dessus date de 1909).

cheval halage liege.jpg  De même encore pour le cheval de halage du sculpteur Jules Halkin, groupe statuaire de bronze situé aux Terrasses depuis 1885.

fonderie de canons st-lenoard liege 1905.jpg   L'entrée de la FRC (fonderie royale de canons) vers 1905, avec à l'arrière-plan le clocher de l'église Sainte-Foy.

athenee liege II 2013.jpgLe même endroit de nos jours.

entree fonderie canons liege 1906.jpg  Le portique d'entrée en 1906. La couronne justifie l'appellation « fonderie royale ». Les deux canons placés verticalement servent de « chasse-roues ».

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Le quai Saint-Léonard et l'entrée de la fonderie pendant les inondations de l'hiver 1925-1926.

eglise sainte-foy_liege_debut XXe.jpg  La rue Saint-Léonard et l'église Sainte-Foy au début du XXe siècle. Les bâtiments à droite sont ceux de la fonderie, construits le siècle précédent sur les soubassements de l'ancien preuré.

tram ste-foy liege 1964.jpg  Le même endroit au début des années 1960. Les palissades cachent le chantier de démolition de la fonderie, préparatoire à l'installation à cet endroit de l'athénée Liège II.

cour fonderie canons liege (2).jpg  Ces deux photos d'avant 1940 ▲ montrent la cour intérieure de la fonderie, avec le « monorail » servant à transporter les pièces lourdes ▼
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Un mortier FRC de 76 mm, utilisé pendant la seconde guerre mondiale.

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Un canon antichar de 47 mm, fabriqué par la FRC, en service en 1940.

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Le même canon FRC monté sur des chenillettes Vickers Carden-Loyd Mk VI.

entree fonderie canons liege apres 1945.jpg  La fonderie après 1945, peu de temps avant son abandon. Les activités vont être progressivement transférées au nouvel Arsenal d'Armement de Rocourt.

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L'athénée royal Liège II en 1979.

arsenal rocourt char bastogne restaurration 2007.jpgPhoto prise en 2007 à l'Arsenal de Rocourt*, pendant la restauration du char Sherman de Bastogne.
* J'accompagnais des élèves en stage de mécanique dans l'établissement.


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