18/10/2015

Les Terrasses

histoire de liège,terrasses  Cette carte postale de la fin du XIXe siècle représente le parc d'Avroy avec, à l'arrière-plan, les immeubles des Terrasses et de l'avenue Rogier. Elle est pourtant intitulée « L'île de Commerce », rappelant l'existence antérieure, à cet endroit, d'une île et d'un bassin portuaire destinés aux activités économiques (voir autre article).

  Rappelons que c'est Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics de la Ville, qui est à l'origine, à la fin des années 1870, du comblement du bassin de Commerce et de la création du parc d'Avroy ; à l'origine aussi, sur les terrains de l'ancienne île, de l'aménagement de l'avenue Rogier* (voir autre article) et d'un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s'est appelé « les Terrasses », squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau.
* Charles Rogier : célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

histoire de liège,terrasses  Cette caricature, parue dans le journal satirique Le Rasoir en 1871, représente Blonden assainissant le quartier d'Outremeuse, une de ses autres entreprises urbanistiques.

histoire de liège,terrasses  Ce plan de Liège est dû à Blonden en 1880 (cliquez dessus pour l'agrandir). Je lui ai superposé en rouge l'ancien bassin portuaire et en vert l'ancienne île de Commerce, l'ensemble ayant été remplacé par le parc d'Avroy et l'élégant quartier Rogier-Terrasses.

histoire de liège,terrasses  Tous les immeubles bourgeois de l'avenue Rogier et des Terrasses ont été construits en 1879-80. L'écrivain ixellois Camille Lemonnier, de passage à Liège, les a qualifiés d'« hôtels de style précieux et tarabiscoté ». Ils sont dus aux architectes Demany, Soubre, Castermans, dont le but était de créer un quartier novateur et luxueux pour séduire la fashion liégeoise. Ci-dessous, le même endroit à la fin du XXe siècle :
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  L'appellation « les Terrasses » n'a rien d'officiel ; elle est d'usage populaire depuis la création des lieux. Les jardins publics sont bordés par les rues Lebeau* (que l'on voit sur les deux photos précédentes) et Paul Devaux**. L'allée centrale, restée presque un siècle sans nom, a été baptisée l'avenue des Croix du Feu en 1974***.
*Nommée ainsi en hommage à Louis-Joseph Lebeau (1794-1865), avocat d’origine hutoise exerçant à Liège, membre du Congrès national, l’un des pères de la Belgique dans la mesure où il a joué un rôle important dans le choix de son premier roi Léopold de Saxe Cobourg Gotha.
** C'est le nom d’un autre membre du Congrès national, le premier parlement belge institué après la révolution de 1830, chargé notamment de rédiger la Constitution.
*** Appellation qui rend hommage aux anciens combattants de 1914-18 décorés de la Croix du Feu (méritée par une présence au front d'au moins douze mois).


  Puisqu'il est question de la première guerre mondiale, la photo qui suit a été prise aux Terrasses
peu après l'armistice de 1918, lors de la « Joyeuse Entrée » à Liège
des souverains Albert 1er et Élisabeth :
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Voici l'avenue Rogier à la hauteur des Terrasses, à la fin du XIXe siècle, en 1929 puis de nos jours :histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses


                                              Revenons-en aux Terrasses à l'aube du XXe siècle :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Les deux jardins, accessibles à chaque coin par quelques marches, sont entourés de balustrades et murets auxquels sont intégrés cinq cent quarante-huit éléments décoratifs en fonte. Admirez aussi les réverbères « modern style » au gaz.

  De 1881 à 1885, les Terrasses sont ornées de quatre sculptures en bronze réalisées par des artistes liégeois. La plus célèbre est le « Dompteur de taureau ». En 1880, ce groupe statuaire remporte la médaille d’or au salon de Paris, ville où s’est installé son créateur, Léon Mignon, artiste sculpteur né à Liège en 1847. La Ville de Liège acquiert l’œuvre, transposée en bronze, pour l’ériger aux Terrasses d’Avroy.

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  L’installation de la statue, dès juin 1881, provoque un scandale, car les milieux catholiques traditionnels s’offusquent de la virilité ostensible de l’homme et de la bête.

histoire de liège,terrasses  La caricature ci-dessus représente l’évêque Doutreloux masquant les parties génitales humaines avec la « Gazette de Liége », journal bien-pensant dont le rédacteur en chef s’appelle alors Joseph Demarteau, lequel dénonce, dans ses éditoriaux, l’outrage infligé aux bonnes mœurs. En réaction ironique à cette campagne puritaine, le prénom du journaliste est utilisé pour désigner le dompteur. On parle désormais, en wallon, de « Djôsef » (Joseph) et son « torè » (le taureau).

histoire de liège,terrasses  Lors de l’Exposition universelle de 1905, les attributs mâles du bovidé et de son maître inspirent les fabricants de cartes postales humoristiques.

histoire de liège,terrasses  Ces gamins, au début du XXe siècle, posent calmement devant la célèbre statue. De nos jours, le taureau est devenu la mascotte des étudiants universitaires liégeois, qui célèbrent la « Saint-Torè », trois jours de festivités au cours de la troisième semaine de mars, pour commémorer l’arrivée du printemps. C’est l’occasion de guindailler une dernière fois avant le blocus des examens de juin. L’occasion aussi d’un cortège folklorique et d’un rassemblement rituel aux Terrasses, où il arrive qu’on peigne les parties génitales de l’animal vénéré, comme sur les deux photos qui suivent :
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  Les groupes statuaires des Terrasses associent tous un homme et un animal, le premier dominant l’autre pour l’utiliser à son service. Voici le « Bœuf au repos » (1885) de Léon Mignon, puis le « Cheval dompté » (1884) d’Alphonse de Tombay et le « Cheval de halage » (1885) de Jules Halkin :
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histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Ce commentaire concerne les deux cartes postales anciennes qui précèdent : 1 = le « Dompteur de taureau » / 2 = le « Bœuf au repos » / 3 = le « Cheval dompté » / 4 = «  le « Cheval de halage ». On peut constater que les bovins se trouvent côté « terre » et les équidés du côté « eau », vers la Meuse, en allusion à leurs spécialités respectives : le labour et le halage.

  À remarquer, sur la deuxième carte postale, le boulevard Frère-Orban* inauguré en 1879 le long d'un chenal portuaire aménagé en remplacement de l'ancien bassin de Commerce (voir autre article). Une passerelle provisoire a été jetée sur le fleuve pendant la construction d'un nouveau pont de Commerce en perspective de l'Exposition universelle de 1905.
*Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque nationale, du Crédit communal et de la Caisse générale d’épargne et de retraite.

 

histoire de liège,terrassesLes terrasses, le boulevard Frère-Orban et la Meuse (avec son chenal de Commerce) dans les années 1930.

 histoire de liège,terrasses  1930 est l'année où Liège organise (comme Anvers) une exposition internationale à l'occasion du centième anniversaire de l'indépendance belge. Dans le cadre des festivités célébrant l'événement, ce cortège folklorique met en scène Charlemagne et ses preux chevaliers. À l'arrière plan, une partie des Terrasses et la rue Paul Devaux.

histoire de liège,terrasses  Un char Sherman en septembre 1944. Lors de la libération de Liège, les soldats américains manœuvrant aux Terrasses n’ont guère l’occasion d’admirer le fameux « Torè ». La statue, pour la soustraire aux fonderies du Reich, a été cachée dès 1940 dans les caves de l’Académie des Beaux-Arts, emmurée en compagnie de la Vierge de Delcour (fontaine en Vinâve d’Île, près de la place de la Cathédrale).

 

histoire de liège,terrasses  Le boulevard Frère-Orban à l'angle de la rue Lebeau, au début du XXe siècle ▲ et le 19 avril 2015, jour de l'inauguration des nouveaux quais de la rive gauche ▼
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histoire de liège,terrasses  La rue Lebeau au début du XXe, avec l’homogénéité architecturale des résidences bourgeoises construites en 1879-80.

histoire de liège,terrasses  Les premiers immeubles à appartements multiples apparaissent à la charnière des années 1950 et 60. Ils rompent l’unité architecturale de l’ensemble, mais on s’est habitué à cette diversité. Les anciennes maisons de maître étaient conçuespour des familles très fortunées disposant souvent d’une domesticité nombreuse ; elles ne correspondent plus à l’évolution du mode de vie. Les constructions en hauteur répondent à la demande d’une population en constanteaugmentation, avec des logements modernes beaucoup plus faciles et moins onéreux à entretenir et chauffer.

histoire de liège,terrassesLa rue Lebeau en 1962.

histoire de liège,terrassesLe building en construction, rue Devaux, sera terminé en 1961.

histoire de liège,terrasses  Vue aérienne prise vers 1950 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). À l'avant-plan, l'avenue Rogier et les Terrasses sans le moindre building. Le pont Neuf (futur Kennedy) et celui de Commerce (futur Albert 1er) sont toujours des ouvrages provisoires à la suite des destructions dues à la seconde guerre mondiale.

histoire de liège,terrasses  Cette photo date de la fin des années 1950. Sur la gauche, dans l'axe de l'allée centrale des Terrasses, on distingue le Monument national à la Résistance installé là depuis 1955.

histoire de liège,terrasses                                                            Le mémorial en 2011.

  C'est dès le lendemain de la seconde guerre mondiale que naît l’idée d’instituer en Belgique un site de mémoire en l’honneur de la lutte patriotique clandestine contre l’occupant nazi, lieu de recueillement qui bénéficierait du même statut que la tombe du soldat inconnu à Bruxelles. Tous les mouvements de résistance tombent d’accord pour que ce mémorial soit érigé à Liège, ville qui s’est particulièrement signalée par son héroïsme. La mise en œuvre du monument, au parc d’Avroy, est confiée à l’architecte Paul Étienne et au sculpteur Louis Dupont, déjà connu entre autres pour les bas-reliefs du lycée Léonie de Waha.

histoire de liège,terrasses  Le mémorial est inauguré le 8 mai 1955, en présence du roi Baudouin. Cette photo et la suivante ont la rue Lebeau comme toile de fond :
histoire de liège,terrasses  En contrebas des statues, une urne en bronze contient les cendres de résistants inconnus néerlandophones, recueillies au camp de Flossenburg (ville allemande de Bavière, près de la frontière tchèque). Sur les flancs de ce reliquaire, des figures gravées évoquent la presse clandestine et les services de renseignements. Dans le socle de pierre, sont gravés les blasons des neuf provinces belges de l’époque.

histoire de liège,terrasses  Les deux groupes statuaires représentent la Résistance armée et la Résistance intellectuelle (une présence féminine constitue une exception dans ce genre de monument).

histoire de liège,terrassesLes immeubles de la rue Lebeau vus depuis le parc d’Avroy au début des années 1950.

histoire de liège,terrasses  La même vue en 1969. Le drapeau belge indique l’endroit du monument dédié à la Résistance. Le building à l’angle de la rue Lebeau et de l’avenue Rogier est en cours de construction.

 Terminons par deux vue des Terrasses vers 1960, la première en direction de la Meuse, la seconde en direction du parc d'Avroy :
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24/06/2014

Les origines de l'avenue Rogier

histoire de liège,charles rogier,avenue Rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden  La rue des Guillemins à l'aube du XXe siècle. À l'angle de l'avenue Blonden, le bistrot s'appelle le café de la Belle Vue. Serait-ce celle que les clients peuvent admirer depuis la terrasse de l'établissement ? Celle que vous découvrez sur la photo qui suit, avec le parc d'Avroy et l'avenue Rogier, quartier somptueux conçu une vingtaine d'années plus tôt par Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics de la ville de Liège :
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Voici l'équivalent en 2007 de ces deux cartes postales anciennes :histoire de liège,charles rogier,avenue Rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden

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  L'avenue Rogier porte le nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830 :
histoire de liège,charles rogier,avenue Rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden  Réalisé en 1878 par le peintre liégeois Charles Soubre (1854-1889, professeur à l'académie des Beaux-Arts), ce tableau représente le départ pour Bruxelles, en 1830, des volontaires liégeois emmenés par Charles Rogier. On reconnaît, à l'arrière-plan, les colonnes de la première cour du palais de justice.

 

 

HISTORIQUE

 

  Découvrons les lieux tels qu'ils étaient en 1861 :histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden

1. La rue de la Station (rue des Guillemins dès 1863).

2. L'avenue d'Avroy (boulevard d'Avroy dès 1900).

3. Le bassin de Commerce, vaste plan d'eau de quatre hectares servant de port fluvial. L'étang du parc d'Avroy en est une réminiscence.

4. Chenal d'accès au bassin de Commerce, devenu l'avenue Blonden.

5. L'île de Commerce, terrain vague promis en vain à un grand avenir économique.

6. Chenal d'accès au bassin de Commerce, devenu le boulevard Piercot.

7. L'église Saint-Jacques.

8. Le Grand Séminaire et l'Évêché.

9. Le lieu-dit Paradis.

10. Le cours de la Meuse, rectifié depuis les travaux gigantesques de 1853-63, qui ont aussi abouti à la création du bassin de Commerce et au creusement de la Dérivation.

11. Le pont de Commerce (actuel pont Albert 1).

12. Le jardin d'Acclimatation (Boverie).

13. La Dérivation de la Meuse, canal creusé en remplacement de divers bras de la Meuse et de l'Ourthe.

 

  La flèche indique le sens du regard pour découvrir le bassin de Commerce tel qu'il est représenté sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
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  Ce bassin s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite. Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

  Plusieurs plans urbanistiques sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui prévoit la suppression du bassin inadapté et le rattachement de l'île à la terre ferme, dans l'intention d'établir à ces endroits un grand parc public et un quartier résidentiel bourgeois. Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, ne sera réalisé qu’à partir de 1876.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce,  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce,  Au cœur du nouveau quartier luxueux prévu par Blonden, que longe l'avenue Rogier, se trouvent les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Nous traiterons de ce sujet dans un autre article.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceLe boulevard d'Avroy, le parc d'Avroy et l'avenue Rogier à la fin du XIXe siècle▲ et en 2009 ▼histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  En 1887.

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  L'avenue Rogier est incontestablement un quartier huppé. L'ensemble qu'elle constitue avec les boulevards d'Avroy et de la Sauvenière rivalise avec les Champs-Élysées de Paris, eux aussi en plein essor à cette époque. Hubert Guillaume Blonden est fier de son œuvre : les grands boulevards liégeois, depuis la place du Théâtre jusqu'au lieu-dit Paradis, sont plus longs que la célèbre avenue de la capitale française (2200 mètres contre 1910).

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceAvant 1904, avec les charrettes à tonneaux des services de l'arrosement (comprenez : les services de lavage des chaussées).

 

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histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceEn 1900 ▲ et 2007 ▼histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commercePour rappel, le monument national à la Résistance a été inauguré en 1955.

 

  En 1905, Liège célèbre le jubilé de l’indépendance du pays en même temps qu’elle vit à l’heure de l’Exposition universelle ; il est décidé, dans ces circonstances, d’ériger un mémorial Charles Rogier à l'extrémité du parc d’Avroy, lieu de passage incontournable quand on arrive de la gare des Guillemins.

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerceLe monument et l'avenue Charles Rogier en 1906 ▲ et 2006 ▼histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  Ce groupe en bronze a été réalisé par l’artiste bruxellois Camille-Marc Sturbelle. Une anecdote : la sculpturale femme nue qui représente la Patrie aurait eu comme modèle une certaine Elvire, sœur de Henri Herd, mieux connu sous le pseudonyme de Constant-le-Marin, athlète impressionnant célèbre au tout début du XXe siècle pour ses victoires en lutte gréco-romaine.

 

histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  Cette carte postale, émise à l'époque de l'Exposition universelle de 1905, met en valeur les « constructions modernes » de l'avenue Rogier et des Terrasses. Ci-dessous, cinquante-cinq ans plus tard, les maisons de maître commencent à laisser la place à d'autre types d'immeubles à la mode :
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histoire de liège,charles rogier,avenue rogier,avroy,rue des guillemins,parc d'avroy,square d'avroy,terrasses,avenue blonden,hubert guillaume blonden,bassin de commerce  En 1930, la Belgique célèbre le centenaire de son indépendance en organisant une double exposition internationale, à Liège et à Anvers. À cette occasion, on réaménage le carrefour proche du monument Rogier. L'habitude d'une fontaine est restée, comme en témoignent les deux photos qui suivent, prises en 1959 et 1969 :
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30/05/2014

Le Trink-Hall du parc d'Avroy

  Dès 1880, le parc d’Avroy se voit doter d’un trink-hall (parfois orthographié « trinck-hall », mots d’origine germanique désignant au départ une salle de dégustation dans une station thermale). Il s’agit d’un café de style mauresque, décoré d’arabesques et flanqué de deux coupoles cuivrées. Le bâtiment correspond aux goûts de la clientèle bourgeoise de l’époque, qui apprécie ce dépaysement à l’orientale.

parc d'avroy_trink-hall-liege-fin XIXe.jpg   Cette carte postale colorisée présente le parc d'Avroy et l'avenue Rogier à la fin du XIXe siècle. La flèche permet de repérer les coupoles du Trink-Hall.

trink-hall_parc d'avroy-liege-dessin fin XIXe.jpgCarte postale de 1896.

parc d'avroy-statue charlemagne-dessin fin XIXe.jpg  Le parc d'Avroy à la fin du XIXe siècle, avec le Trink-Hall et le monument équestre de Charlemagne (œuvre du statuaire Louis Jehotte), installé là depuis 1868. Ce dessin provient de la revue « Si Liège m’était conté », revue trimestrielle publiée par les autorités communales dans les années 1960 et 70.

terrasses-parc d'avroy-liege-fin XIXe.jpg  Cette carte postale de la fin du XIXème siècle nous montre, à l’arrière de la balustrade des Terrasses et de l’avenue Rogier, le parc d’Avroy dont la végétation naissante ne masque ni le Trink-Hall mauresque ni l’église du Saint-Sacrement.

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-1887.jpgCi-dessus, le Trink-Hall en 1887. Ci-dessous, en 1890 :

trink-hall_parc d'avroy-liege-1890.jpg

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-sans kiosque.jpg  Remarquez l'inscription sous la coupole de gauche. La grande salle, en effet (photo suivante), éclairée par de hautes verrières, comporte huit billards pour accueillir les amateurs du genre :
trink-hall_parc d'avroy-liege-salle billards.jpg

 

trink-hall_promenade d'avroy-liege-debut XXe.jpg   Ci-dessus, la promenade d'Avroy à l'aube du XXe siècle. Ci-dessous, à titre de comparaison, le même endroit en 2006 :
trink-hall_parc d'avroy-liege-2009.jpg

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-debut XXe.jpg  Très vite, un kiosque à musique est érigé dans le parc, près de la façade arrière du Trink-Hall. Le décor est idéal pour assurer le confort des auditeurs qui viennent écouter les concerts organisés par la Ville. Ce nouvel édicule, aux colonnes en fonte gracieusement inclinées vers l’extérieur, finira par détrôner son prédécesseur établi depuis 1852 à la hauteur de la rue Darchis.

 

trink-hall_parc d'avroy-liege-1901.jpg

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trink-hall_etang du parc d'avroy-liege-debut XXe.jpgCi-dessus vers 1900. Ci-dessous en 2006 :

parc d'avroy-etang-liege-2006.jpg

trink-hall_parc d'avroy-liege-1905.jpg

  Le Trink-Hall est voué à la gastronomie, mais aussi aux divertissements. Depuis 1885, y ont lieu des séances de cinématographie (les premières à Liège, paraît-il).

  Le local de cinématographie est victime d'un incendie en 1908, et le sinistre endommage d'autres parties du bâtiment, ce qui nécessite des travaux de restauration en 1910.

trink-hall-liege-incendie_1908.jpg   Cette photo datant de 1908 est répertoriée aux archives du Vieux-Liège comme « le Trink-Hall après l'incendie de 1908 », mais je m’avoue incapable de reconnaître de quelle partie du bâtiment il s'agit !

trink-hall-avroy-liege-restauration 1910.jpg

  Les travaux de restauration de 1910, effectués par la firme Herzé et frère. Le bâtiment est alors « mis provisoirement à la disposition du syndicat d'initiative du pays de Liège, de la société des Amis du Vieux-Liège et des groupes de boys-scouts » (dixit Gobert).

  Dès 1914, le Trink-Hall est utilisé comme bureau de ravitaillement. En 1918, il subit de nouvelles dégradations quand les Allemands, à des fins militaires, font arracher les éléments métalliques de sa toiture.

obusier allemand 1914 avroy liege.jpg  À propos de la guerre, la tradition veut que la batterie d’obusiers installée en Avroy par les Allemands, en août 1914, était du type « Grosse Bertha » de 420 mm (un arbre entouré de chaînes rappelle cet emplacement). L’objectif de ces canons géants : frapper les forts de Flémalle et Hollogne. Cependant, les spécialistes militaires opteraient plutôt de nos jours pour des engins de 305, plus légers et plus facilement transportables depuis la gare des Guillemins où ils sont arrivés par rails.

trink-hall_parc d'avroy-liege-1910.jpg

   Le sort s’acharne sur le Trink-Hall. Il a certes recouvré dès 1921 les parures cuivrées de sa célèbre toiture, mais après les inondations catastrophiques de l’hiver 1925-1926, il ne retrouvera jamais son prestige d'antan. Le bâtiment va se délabrer au fil du temps et atteindre un tel niveau de vétusté que les autorités communales, en 1961, décident sa démolition parce qu’il « dépare incontestablement un des coins les plus agréables de la ville ».

trink-hall_parc d'avroy-liege-inondation 1925-1926.jpgPendant les inondations de l'hiver 1925-1926.

 

  Les quatre photos qui suivent ont été prises en mai 1962 et témoignent de l'abandon des lieux à cette époque :

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projet trink-hall-liege-1963.jpg   Maquette du nouveau Trink-Hall qui sera construit en 1963 (© Bureau d’Études Age-Satin). « Souhaitons à ce nouveau-né de l’architecture moderne (dit un texte d’époque) de rendre à ce coin pittoresque et reposant toute sa popularité d’antan ». L’établissement redevient un endroit chic, où l’on organise des mariages, soirées dansantes et réunions d’affaires. Avec l’obligation que le café du rez-de-chaussée et les terrasses soient librement accessibles aux promeneurs du parc.

trink-hall_parc d'avroy-liege-annees fin 60 debut 70.jpg  Le Trink-Hall au début des années 1970. Sous la frondaison, à droite, on distingue l’escalier du kiosque à musique modernisé la décennie précédente. C’est cet escalier que l’on retrouve sur la photo ci-dessous, prise le 1er mai 1968 (année de contestation notoire). Dès l’origine, le kiosque a servi de point de ralliement pour le cortège du parti socialiste le jour de la fête des travailleurs :
kiosque parc d'avroy-liege-mai 1968.jpg

 

 

madcafe-liege-2009.jpg   Depuis 1982, le bâtiment abrite le Musée d’Art Différencié (MAD), géré par le CREAHM (Créativité et Handicap Mental). Les jours de beau temps, la terrasse du MAD Café ( la photo ci-dessus date de 2009) permet aux promeneurs de se désaltérer ou de se restaurer. Diverses activités sont organisées dans ce cadre arboré, et le kiosque voisin accueille à nouveau des concerts, notamment lors des fêtes de la Musique ou du 21 juillet (fête nationale).

  Il existe un projet de rénovation et d’extension du MAD, dû à l’Atelier d’Architecture Beguin-Massart. On le prétend possible pour 2015 :
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