15/05/2016

Outremeuse : le monument Tchantchès et un peu d'histoire du quartier

tchantchès liège.jpg  Cliquez ICI pour accéder à une page spécialement consacrée à la légende de Tchantchès, célèbre héros folklorique liégeois.

  En 1914 déjà, l’écrivain liégeois Isi Colin propose d'ériger en Outremeuse un monument dédié à Tchantchès, mais la première guerre mondiale engendre d'autres préoccupations. La société « Le Vieux Liège » relance l'idée en 1922, et à la suite d’un concours, c'est le projet du sculpteur Joseph Zomers qui est retenu. Des problèmes financiers en retardent malheureusement la réalisation* : il faut attendre 1935 pour que l’échevin des travaux Georges Truffaut entame la procédure des travaux du monument, lequel sera inauguré le 27 septembre 1936. Le piédestal et son environnement ont été conçus par l'architecte Émile Bernimolin.

* Ce qui fait que Joseph Zomers, qui meurt en 1928 après avoir présenté l'esquisse de sa statue, ne verra jamais son œuvre définitive.


monument tchantchès 1936.jpg  La statue de Zomers représente une hiercheuse* qui brandit la marionnette de Tchantchès telle un flambeau de la liberté.

* Une hiercheuse, à l'époque des charbonnages, était une ouvrière chargée de pousser les wagonnets.


monument tchantchès_outremeuse_liege_2016.jpgoutremeuse_liege_bing maps.jpg  Le monument (dans le cercle rouge) est situé près du rond-point dit du pont Saint-Nicolas (1), à l'intersection des rues Surlet (2) et Puits en Sock (3). Autres points de repère : le boulevard Saucy (4), la chaussée des Prés (5), le boulevard de l'Est (6) et la place de l'Yser (7).

Les trois vues qui suivent nous reportent dans les années 1950-60 :monument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950 (2).jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950.jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège.jpg

 

tchantchès policier.jpg  Comme Manneken-Pis à Bruxelles, Tchantchès possède des centaines de costumes offerts par des institutions officielles ou groupes folkloriques. Le voici intronisé policier en 1959.

* * * * *


rond-point pont-saint-nicolas_outremeuse_liege_2016.jpgPourquoi la chaussée du rond-point s'appelle-t-elle la rue Pont-Saint-Nicolas ?

Comparons les deux vues qui suivent :
pont saint-nicolas_outremeuse_liege_remont_1865.jpgbd saucy_liege_2016.jpg

  La gravure ancienne, réalisée d'après un dessin de Charles Remont, représente le bief de Saucy* vers 1865, bras de l'Ourthe enjambé par le pont Saint-Nicolas. Les bâtiments à l'arrière-plan sont ceux du tout premier hôpital de Bavière, à l'emplacement de l'actuelle place de l'Yser. La photo contemporaine montre bien le même endroit, mais le site hospitalier n'existe plus, et le cours de l'Ourthe a été comblé depuis longtemps pour être remplacé par des voiries.

* Saucy, tout comme saussaie, dérive du bas latin saucetum et désigne un lieu humide planté de saules.


plan ourthe_moulins_outremeuse.jpg  Autrefois, le quartier d'Outremeuse est parcouru de nombreux bras de la Meuse et de l'Ourthe, lesquels actionnent des moulins. Cliquez ICI pour accéder au plan ci-dessus dans une meilleure résolution.


plan_liège_1737.jpg
  Le plan ci-dessus a été réalisé en 1737 par Christophe Maire. Les eaux du bief de Saucy (1), en aval du pont Saint-Nicolas (2), se scindent pour former une île, sur laquelle le prince-évêque Ernest de Bavière a fondé, au début du XVIIe siècle, un hôpital que l'on a pris l'habitude de désigner de son nom (3).

  Le pont relie les rues Chaussée des Prés* et Puits-en-Sock*. Remarquons (toujours sur le plan ci-dessus) que le symbole d'un édifice religieux figure à l'entrée de l'ouvrage, à l'angle de la rue Chaussée des Prés et de la rivière. Il s'agit de l'ancienne église Saint-Nicolas-au-Pont, fondée au XIIe siècle et aujourd’hui disparue.

* Une famille de haut lignage, les « des Prés », habitaient jadis sur ces terres proches du pont des Arches.
** Le mot « puits » fait allusion à un puits d'eau potable qui desservait autrefois le quartier. On le disait «en Chok », appellation associée (mais je sais pas pourquoi) à diverses familles illustres des siècles passés.


plan_liège_1649.jpg  Ce détail de la gravure de Julius Milheuser nous montre le pont et l'église Saint-Nicolas en 1649. L'église participe au système défensif de la ville, avec sa tour servant de porte fortifiée, comme on le voit aussi sur cette peinture du journaliste et artiste liégeois Charles Bury (1895-1980) :

église saint-nicolas_outremeuse_liege_1620_dessin charles bury.jpg


 

place grétry_liège_outremeuse_fin XIXe.jpg  L'église Saint-Nicolas-au-Pont est démolie en 1805 sous le régime français. En 1810, son emplacement est transformé en petite place que l'on décore de rangées d'arbres et que l'on inaugure l'année suivante. Un parapet la sépare du bras d'eau. Le conseil communal choisit le nom de place Grétry pour commémorer ce musicien liégeois (1741-1813) né rue des Récollets en Outremeuse. Le dessin ci-dessus nous reporte vraisemblablement au milieu du XIXe siècle. Voici le même endroit de nos jours (le pointillé rouge indique le tracé du pont disparu) :
boulevard de l'est_outremeuse_liege_2016.jpg

 

église des récollets_outremeuse_fin XIX.jpg  À la suite du Concordat de 1801, c'est l'église des Récollets qui devient paroissiale et reprend le patronyme de Saint-Nicolas. Le document ci-dessus nous la montre au XIXe siècle, à l'époque des bras de l'Ourthe.

église saint-nicolas_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg

Le même endroit sur une carte postale colorisée du tout début du XXe siècle.


église des récollets_outremeuse_liège_2016.jpg   L'église Saint-Nicolas de nos jours. À côté, l'ancien couvent des Récollets a été totalement rénové et transformé en auberge de jeunesse.


pont saint-nicolas_outremeuse_liège_béthune_1850.jpg  Le pont Saint-Nicolas et l'hôpital de Bavière en 1850 (Léon Béthune, Vieux Liège, recueil de vues rares et inédites, ouvrage paru pour la première fois en 1892).

 

* * * * *


  Au milieu du XIXe siècle, Outremeuse est un quartier populeux, insalubre et malsain. Une population miséreuse s'entasse dans des rues étroites et tortueuses, logée dans des taudis. Les bras de rivière sont devenus des égouts à ciel ouvert ; ils sont la cause de fréquentes inondations et épidémies.

outremeuse plan projet Kummer 1852.jpg   http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1488

  Ce plan a été dressé en 1852 par l'ingénieur en chef Kummer, des Ponts et Chaussées (cliquez ICI pour l'ouvrir au format PDF en meilleure résolution). Il présente ses projets de simplification du réseau hydrographique, comme le redressement de la Meuse en Avroy et la création d'une Dérivation du fleuve, chantier colossal qui durera de 1953 à 63 (voir autre article).

  En Outremeuse, ce plan montre aussi le nouveau quartier de la place Delcour et des rues rectilignes qui y convergent. Subsistent hélas des biefs qui continuent à menacer la santé publique, comme celui qui suit le tracé des actuels boulevard Saucy (1), de l'Est (2) et de la Constitution (3).


  En 1866, une épidémie de choléra tue 2630 Liégeois ; le quartier le plus touché est Outremeuse avec 765 victimes. En 1871, Hubert-Guillaume Blonden, directeur des Travaux publics de la Ville, lance un plan d'assainissement pour supprimer les bras de l'Ourthe et créer de nouvelles voiries équipées d'égouts. Les comblements débuteront en 1872.


blonden assainissant outremeuse 1871.jpg  En octobre 1871, le journal satirique liégeois « Le Rasoir » publie en couverture cette caricature de Blonden assainissant Outremeuse.


bief saucy_outremeuse_1870.jpg  Le bief de Saucy vers 1870, deux ans avant le début de son comblement. Dans le fond, on aperçoit le pont Saint-Nicolas et l'ancien hôpital de Bavière. L'écluse, à gauche, permet une communication avec la Meuse (voir sur les plans anciens présentés plus haut).


boulevard saucy_liege_debut XXe.jpg
Le boulevard Saucy au début du XXe siècle. Une double rangée d'arbres existe depuis 1876.


boulevard saucy_liège_2016.jpg
La même perspective de nos jours.


rues puits en sock et surlet_liege_outremeuse_debut XXe.jpg  À l'angle des rues Puits-en-Sock et Surlet* au tout début du XXe siècle. Rappelons que c'est dans l'axe de la rue Puits-en-Sock que se trouvait autrefois le pont Saint-Nicolas.

* Cette rue n'est pas totalement achevée quand le conseil communal lui donne le nom, en 1846, de Louis le Vieux dit Surlet, riche bourgeois bienfaiteur des hospices au XIIIe siècle.




Comblement bief bvd de l'est.jpg

L'église Saint-Pholien* vue en 1874 depuis le bief en cours de comblement (futur boulevard de l'Est).


* La tour de l'église Saint-Pholien a été érigée de 1835 à 1842 selon les plans de l'architecte Julien Rémont (la coupole qui la surmonte sera enlevée en 1893 pour des raisons de sécurité). Le corps de l'édifice est une réédification progressive de l'église précédente qu'il fallait agrandir, tâche confiée à l'architecte Évariste Halkin.


boulevard de l'est_liege_2016.jpg  L'église n'est plus la même, et son environnement a bien changé ! Le rectangle rouge représente le contenu de la photo précédente.


maison porquin_outremeuse_liège_fin XIXe.jpg

  Mais revenons-en à la situation du tout début du XXe siècle. Cette carte colorisée met en évidence l'ancienne église Saint-Pholien et la maison dite « Porquin », du nom de Bernardin Porcini, le banquier lombard qui l'a fait construire en 1570. Cette « maison » aux allures de demeure seigneuriale était située sur l'île circonscrite par les bras de l'Ourthe juste en aval du pont Saint-Nicolas (emplacement de l'actuelle place de l'Yser) ; elle a été acquise en 1583 par le prince-évêque Ernest de Bavière, qui l'a cédée en 1603 à la confrérie de la Miséricorde chrétienne pour en faire un hospice, l'hôpital de la Miséricorde bien vite surnommé l'hôpital de Bavière. La maison Porquin s'est rapidement vu adjoindre des constructions supplémentaires pour devenir un domaine hospitalier important. Si elle apparaît seule sur la carte postale, c'est que les autres bâtiments ont été démolis à l'extrême fin du XIXe siècle, après le déménagement de l'hôpital dans ses nouvelles installations des Prés Saint-Denis. Malgré les protestations des défenseurs du patrimoine, elle finira aussi par disparaître en 1904, la Ville ayant décidé d'aménager là une nouvelle place publique.


ponçay_liege_fin XIXe.jpg  Cette place publique en devenir, la photo ci-dessus nous la montre à la charnière des XIXe et Xe siècle. Les bâtiments de l'ancien hôpital ont été détruits, comme vont bientôt l'être les masures qui s'étendent de la rue Puits-en-Sock (l'immeuble désigné par la flèche en est l'actuel n° 5) à l'église des Récollets (église paroissiale Saint-Nicolas depuis 1804). Il y avait là, avant 1874, un bras de l'Ourthe et une impasse dite du Ponçay*. En 1908, la place prend le nom de place de Bavière, et la voirie qui la borde dans le prolongement du boulevard Saucy est baptisée la rue Henri de Dinant**.

* Ponçay est la forme wallonne de ponceau, qui provient du latin pons. Il s'agirait du nom donné à une partie de l'ancien pont Saint-Nicolas.
** Henri de Dinant, bourgmestre de Liège au milieu du XIIIe siècle, s'est opposé au prince-évêque Henri de Gueldre.


rue henri de dinant_liege_2016.jpg
La rue Henri de Dinant de nos jours.

plan liège blonden 1880.jpg  Le quartier d'Outremeuse sur le plan de Blonden en 1880. Les boulevards Saucy, de l'Est et de la Constitution ont remplacé les biefs de l'Ourthe. Le premier hôpital de Bavière est toujours là, et des pointillés représentent des voiries en projet, comme les rues Ernest de Bavière et Henri de Dinant, qui seront réalisées en 1907-1908 pour délimiter la future place de Bavière.


église saint-pholien_outremeuse_fin XIX.jpg  L'église Saint-Pholien à la charnière des XIXe et XXe siècle, près de la jonction entre les boulevards de l'Est et de la Constitution.


pont lépopold_liège_tt début XXe.jpg  Découvrons les lieux depuis le pont des Arches (qu'on appelle aussi le pont Léopold à l'époque). Les autorités communales rêvent de créer une large artère rectiligne pour relier ce pont et les nouveaux boulevards conquis sur l'Ourthe.


place st-pholien_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg  La place Saint-Pholien à l'aube du XXe siècle. Certes, l'ancienne rue Derrière Saint-Pholien, devenue rue Saint-Pholien, a été rectifiée et élargie au-delà de l'église, mais il est évident que celle-ci obstrue le passage. Comme l'édifice présente un état de délabrement prématuré, dû à des malfaçons, il est décidé d'en reconstruire un autre à l'écart de la chaussée, conformément à un nouveau plan de voirie.


rue st-pholien_liège_2016.jpg  La place et la rue Saint-Pholien de nos jours. Cette dernière a été conçue dès la fin du XIXe siècle pour devenir l'entrée principale vers Outremeuse, en remplacement de la rue Chaussée des Prés (la flèche).

chaussée des prés_outremeuse_tt début XXe.jpg
La rue Chaussée des Prés au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼
chaussee des pres_liege_2016.jpg



églises saint-pholien_outremeuse_liège_1910.jpg  C'est dès 1910 que l'église Saint-Pholien du XIXe siècle est démolie et que commence la construction de sa remplaçante, conçue dans le style néogothique par l'architecte Edmond Jamar.


place de l'yser_liege_debut XXe.jpg  La nouvelle église Saint-Pholien a été consacrée en mai 1914. Quant à la place de Bavière, elle a été rebaptisée place de l'Yser en 1918, en commémoration des soldats morts sur ce front pendant la première guerre mondiale.


saint-pholien_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


bd de la constitution_liege_2016.jpg
En face du boulevard de l'Est, débute le boulevard de la Constitution.

barbou_liege_1861.jpg  Le bief devenu le boulevard de la Constitution s'appelait le Barbou, que le document ci-dessus représente en 1861. À la suite du bief de Saucy, ce bras de rivière était jadis un cours d'eau où l'on s’adonnait beaucoup à la pêche. Le terme « barbou » est à rapprocher de « barbeau », le poisson de rivière.


barbou_outremeuse_XIXe.jpg  Dessin du Barbou en 1872, juste avant son comblement (le chantier durera jusqu'en 1876). Remarquons les installations de pêche. On parle pourtant, à l'époque, de cloaques infects qui reçoivent les immondices du voisinage !


boulevard de la constitution_liege_1904.jpg  Le boulevard de la Constitution au début du XXe siècle. À gauche, on voit l'entrée d'une caserne de lanciers*. Dans le fond à droite, à l'angle que forme le boulevard avec la rue des Bonnes Villes, on aperçoit une des tourelles du nouvel hôpital de Bavière inauguré en 1895.

* Les bâtiments de la caserne Fonck sont aujourd'hui occupés par l'ESA Saint-Luc (école supérieure des Arts).


baviere_liege_fin XIXe.jpgL'hôpital de Bavière à la charnière des XIXe et Xe siècle.

 

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18/10/2015

Les Terrasses

histoire de liège,terrasses  Cette carte postale de la fin du XIXe siècle représente le parc d'Avroy avec, à l'arrière-plan, les immeubles des Terrasses et de l'avenue Rogier. Elle est pourtant intitulée « L'île de Commerce », rappelant l'existence antérieure, à cet endroit, d'une île et d'un bassin portuaire destinés aux activités économiques (voir autre article).

  Rappelons que c'est Hubert Guillaume Blonden, directeur des travaux publics de la Ville, qui est à l'origine, à la fin des années 1870, du comblement du bassin de Commerce et de la création du parc d'Avroy ; à l'origine aussi, sur les terrains de l'ancienne île, de l'aménagement de l'avenue Rogier* (voir autre article) et d'un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s'est appelé « les Terrasses », squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau.
* Charles Rogier : célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

histoire de liège,terrasses  Cette caricature, parue dans le journal satirique Le Rasoir en 1871, représente Blonden assainissant le quartier d'Outremeuse, une de ses autres entreprises urbanistiques.

histoire de liège,terrasses  Ce plan de Liège est dû à Blonden en 1880 (cliquez dessus pour l'agrandir). Je lui ai superposé en rouge l'ancien bassin portuaire et en vert l'ancienne île de Commerce, l'ensemble ayant été remplacé par le parc d'Avroy et l'élégant quartier Rogier-Terrasses.

histoire de liège,terrasses  Tous les immeubles bourgeois de l'avenue Rogier et des Terrasses ont été construits en 1879-80. L'écrivain ixellois Camille Lemonnier, de passage à Liège, les a qualifiés d'« hôtels de style précieux et tarabiscoté ». Ils sont dus aux architectes Demany, Soubre, Castermans, dont le but était de créer un quartier novateur et luxueux pour séduire la fashion liégeoise. Ci-dessous, le même endroit à la fin du XXe siècle :
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  L'appellation « les Terrasses » n'a rien d'officiel ; elle est d'usage populaire depuis la création des lieux. Les jardins publics sont bordés par les rues Lebeau* (que l'on voit sur les deux photos précédentes) et Paul Devaux**. L'allée centrale, restée presque un siècle sans nom, a été baptisée l'avenue des Croix du Feu en 1974***.
*Nommée ainsi en hommage à Louis-Joseph Lebeau (1794-1865), avocat d’origine hutoise exerçant à Liège, membre du Congrès national, l’un des pères de la Belgique dans la mesure où il a joué un rôle important dans le choix de son premier roi Léopold de Saxe Cobourg Gotha.
** C'est le nom d’un autre membre du Congrès national, le premier parlement belge institué après la révolution de 1830, chargé notamment de rédiger la Constitution.
*** Appellation qui rend hommage aux anciens combattants de 1914-18 décorés de la Croix du Feu (méritée par une présence au front d'au moins douze mois).


  Puisqu'il est question de la première guerre mondiale, la photo qui suit a été prise aux Terrasses
peu après l'armistice de 1918, lors de la « Joyeuse Entrée » à Liège
des souverains Albert 1er et Élisabeth :
histoire de liège,terrasses


Voici l'avenue Rogier à la hauteur des Terrasses, à la fin du XIXe siècle, en 1929 puis de nos jours :histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses


                                              Revenons-en aux Terrasses à l'aube du XXe siècle :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Les deux jardins, accessibles à chaque coin par quelques marches, sont entourés de balustrades et murets auxquels sont intégrés cinq cent quarante-huit éléments décoratifs en fonte. Admirez aussi les réverbères « modern style » au gaz.

  De 1881 à 1885, les Terrasses sont ornées de quatre sculptures en bronze réalisées par des artistes liégeois. La plus célèbre est le « Dompteur de taureau ». En 1880, ce groupe statuaire remporte la médaille d’or au salon de Paris, ville où s’est installé son créateur, Léon Mignon, artiste sculpteur né à Liège en 1847. La Ville de Liège acquiert l’œuvre, transposée en bronze, pour l’ériger aux Terrasses d’Avroy.

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  L’installation de la statue, dès juin 1881, provoque un scandale, car les milieux catholiques traditionnels s’offusquent de la virilité ostensible de l’homme et de la bête.

histoire de liège,terrasses  La caricature ci-dessus représente l’évêque Doutreloux masquant les parties génitales humaines avec la « Gazette de Liége », journal bien-pensant dont le rédacteur en chef s’appelle alors Joseph Demarteau, lequel dénonce, dans ses éditoriaux, l’outrage infligé aux bonnes mœurs. En réaction ironique à cette campagne puritaine, le prénom du journaliste est utilisé pour désigner le dompteur. On parle désormais, en wallon, de « Djôsef » (Joseph) et son « torè » (le taureau).

histoire de liège,terrasses  Lors de l’Exposition universelle de 1905, les attributs mâles du bovidé et de son maître inspirent les fabricants de cartes postales humoristiques.

histoire de liège,terrasses  Ces gamins, au début du XXe siècle, posent calmement devant la célèbre statue. De nos jours, le taureau est devenu la mascotte des étudiants universitaires liégeois, qui célèbrent la « Saint-Torè », trois jours de festivités au cours de la troisième semaine de mars, pour commémorer l’arrivée du printemps. C’est l’occasion de guindailler une dernière fois avant le blocus des examens de juin. L’occasion aussi d’un cortège folklorique et d’un rassemblement rituel aux Terrasses, où il arrive qu’on peigne les parties génitales de l’animal vénéré, comme sur les deux photos qui suivent :
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  Les groupes statuaires des Terrasses associent tous un homme et un animal, le premier dominant l’autre pour l’utiliser à son service. Voici le « Bœuf au repos » (1885) de Léon Mignon, puis le « Cheval dompté » (1884) d’Alphonse de Tombay et le « Cheval de halage » (1885) de Jules Halkin :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses

 

histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses  Ce commentaire concerne les deux cartes postales anciennes qui précèdent : 1 = le « Dompteur de taureau » / 2 = le « Bœuf au repos » / 3 = le « Cheval dompté » / 4 = «  le « Cheval de halage ». On peut constater que les bovins se trouvent côté « terre » et les équidés du côté « eau », vers la Meuse, en allusion à leurs spécialités respectives : le labour et le halage.

  À remarquer, sur la deuxième carte postale, le boulevard Frère-Orban* inauguré en 1879 le long d'un chenal portuaire aménagé en remplacement de l'ancien bassin de Commerce (voir autre article). Une passerelle provisoire a été jetée sur le fleuve pendant la construction d'un nouveau pont de Commerce en perspective de l'Exposition universelle de 1905.
*Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque nationale, du Crédit communal et de la Caisse générale d’épargne et de retraite.

 

histoire de liège,terrassesLes terrasses, le boulevard Frère-Orban et la Meuse (avec son chenal de Commerce) dans les années 1930.

 histoire de liège,terrasses  1930 est l'année où Liège organise (comme Anvers) une exposition internationale à l'occasion du centième anniversaire de l'indépendance belge. Dans le cadre des festivités célébrant l'événement, ce cortège folklorique met en scène Charlemagne et ses preux chevaliers. À l'arrière plan, une partie des Terrasses et la rue Paul Devaux.

histoire de liège,terrasses  Un char Sherman en septembre 1944. Lors de la libération de Liège, les soldats américains manœuvrant aux Terrasses n’ont guère l’occasion d’admirer le fameux « Torè ». La statue, pour la soustraire aux fonderies du Reich, a été cachée dès 1940 dans les caves de l’Académie des Beaux-Arts, emmurée en compagnie de la Vierge de Delcour (fontaine en Vinâve d’Île, près de la place de la Cathédrale).

 

histoire de liège,terrasses  Le boulevard Frère-Orban à l'angle de la rue Lebeau, au début du XXe siècle ▲ et le 19 avril 2015, jour de l'inauguration des nouveaux quais de la rive gauche ▼
histoire de liège,terrasses

 

histoire de liège,terrasses  La rue Lebeau au début du XXe, avec l’homogénéité architecturale des résidences bourgeoises construites en 1879-80.

histoire de liège,terrasses  Les premiers immeubles à appartements multiples apparaissent à la charnière des années 1950 et 60. Ils rompent l’unité architecturale de l’ensemble, mais on s’est habitué à cette diversité. Les anciennes maisons de maître étaient conçuespour des familles très fortunées disposant souvent d’une domesticité nombreuse ; elles ne correspondent plus à l’évolution du mode de vie. Les constructions en hauteur répondent à la demande d’une population en constanteaugmentation, avec des logements modernes beaucoup plus faciles et moins onéreux à entretenir et chauffer.

histoire de liège,terrassesLa rue Lebeau en 1962.

histoire de liège,terrassesLe building en construction, rue Devaux, sera terminé en 1961.

histoire de liège,terrasses  Vue aérienne prise vers 1950 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). À l'avant-plan, l'avenue Rogier et les Terrasses sans le moindre building. Le pont Neuf (futur Kennedy) et celui de Commerce (futur Albert 1er) sont toujours des ouvrages provisoires à la suite des destructions dues à la seconde guerre mondiale.

histoire de liège,terrasses  Cette photo date de la fin des années 1950. Sur la gauche, dans l'axe de l'allée centrale des Terrasses, on distingue le Monument national à la Résistance installé là depuis 1955.

histoire de liège,terrasses                                                            Le mémorial en 2011.

  C'est dès le lendemain de la seconde guerre mondiale que naît l’idée d’instituer en Belgique un site de mémoire en l’honneur de la lutte patriotique clandestine contre l’occupant nazi, lieu de recueillement qui bénéficierait du même statut que la tombe du soldat inconnu à Bruxelles. Tous les mouvements de résistance tombent d’accord pour que ce mémorial soit érigé à Liège, ville qui s’est particulièrement signalée par son héroïsme. La mise en œuvre du monument, au parc d’Avroy, est confiée à l’architecte Paul Étienne et au sculpteur Louis Dupont, déjà connu entre autres pour les bas-reliefs du lycée Léonie de Waha.

histoire de liège,terrasses  Le mémorial est inauguré le 8 mai 1955, en présence du roi Baudouin. Cette photo et la suivante ont la rue Lebeau comme toile de fond :
histoire de liège,terrasses  En contrebas des statues, une urne en bronze contient les cendres de résistants inconnus néerlandophones, recueillies au camp de Flossenburg (ville allemande de Bavière, près de la frontière tchèque). Sur les flancs de ce reliquaire, des figures gravées évoquent la presse clandestine et les services de renseignements. Dans le socle de pierre, sont gravés les blasons des neuf provinces belges de l’époque.

histoire de liège,terrasses  Les deux groupes statuaires représentent la Résistance armée et la Résistance intellectuelle (une présence féminine constitue une exception dans ce genre de monument).

histoire de liège,terrassesLes immeubles de la rue Lebeau vus depuis le parc d’Avroy au début des années 1950.

histoire de liège,terrasses  La même vue en 1969. Le drapeau belge indique l’endroit du monument dédié à la Résistance. Le building à l’angle de la rue Lebeau et de l’avenue Rogier est en cours de construction.

 Terminons par deux vue des Terrasses vers 1960, la première en direction de la Meuse, la seconde en direction du parc d'Avroy :
histoire de liège,terrasseshistoire de liège,terrasses

 
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04/02/2015

L'ancien bassin de Commerce en Avroy

parc_avroy-liege-2009.jpg

   À l'emplacement du parc d'Avroy, se trouvait autrefois un bassin portuaire.

  Remémorons-nous d'abord le réseau hydrographique liégeois au XIXe siècle :
hydrographie_liege_1830.jpg  Commençons notre histoire en 1850. À cette époque, la rivière d'Avroy (A) et le bras de la Sauvenière (S) ont déjà été voûtés et transformés en boulevards. Le cours principal de la Meuse emprunte le tracé des actuels avenue Blonden (1), boulevard d'Avroy (2) et boulevard Piercot (3).

quai des augustins_liege_1850.jpg  Sur la vue ci-dessus, on retrouve les points (2) et (3) du plan précédent. À gauche, c'est le rivage d'Avroy un peu avant l'église des Augustins. Devant l’abbaye Saint-Jacques, la Meuse (actuel boulevard d'Avroy) forme un coude pour bifurquer vers la droite (actuel boulevard Piercot).

 
À titre de comparaison, voici le même coude de nos jours :
piercot_liege_2012.jpg

 

seminaire_liege_1850.jpg  L'illustration ci-dessus montre à contre-courant le tronçon de la Meuse devenu le boulevard Piercot. Les bâtiments mis en valeur sont ceux de l’ancien couvent des Prémontrés, affecté depuis 1809, par décret de l’empereur Napoléon, au grand séminaire et à la résidence de l’évêque de Liège. Vers la gauche, on remarque le débouché du bief de l’ancienne abbaye Saint-Jacques (déviation du courant de la Meuse pour alimenter les moulins de l'institution), et plus loin, l’église des Augustins, désacralisée à cette époque. La photo qui suit montre le contenu actuel du rectangle rouge, avec le boulevard Piercot qui porte ce nom depuis 1889 (le libéral Ferdinand Piercot a été bourgmestre de Liège à plusieurs reprises au XIXe siècle) :
bd piercot-liege-début XXe.jpg


La modification du tracé de la Meuse et la création d'un bassin de Commerce


  Au milieu du XIXe siècle, la ville de Liège reste soumise aux caprices de la Meuse et de l’Ourthe. C’est tantôt la hauteur d’eau qui est insuffisante pour supporter les bateaux, tantôt la force du courant qui provoque de désastreuses inondations. Coudes et méandres, en outre, rendent la navigation difficile, voire périlleuse.

  Ces conditions nuisent à la salubrité publique*, mais aussi au développement économique de la région, le transport fluvial ne permettant pas les relations commerciales dont a besoin le bassin industriel liégeois en plein essor.
*
Les inondations aggravent les problèmes d’hygiène. En 1849, par exemple, une épidémie de choléra fait des ravages parmi la population (près de 2000 morts sur 80000 habitants). Une autre sévira en 1854-55, au début des grands travaux de la Dérivation, le monde politique et médical se réjouissant de leur avancement pour éradiquer une des causes du fléau.

  Les terres d’Avroy, de Sainte-Véronique à Fragnée, se développent considérablement depuis l’installation en 1842 d’une station de chemin de fer aux Guillemins. Il arrive pourtant que des crues y sévissent plusieurs fois par an, le phénomène s’étant accentué depuis la suppression de la rivière d’Avroy et du canal de la Sauvenière, lesquels amortissaient le trop-plein. L’île Colette constitue un obstacle pour les bateliers, et la courbe trop prononcée au niveau de l’ancienne abbaye Saint-Jacques cause de nombreux accidents de navigation.

ile colette_liege_1840.jpg  L'aquarelle ci-dessus, réalisée vers 1840 par Joseph Fussell, nous montre l’île Colette, formée par des atterrissements successifs et immergée pendant les périodes de haut débit. Cet obstacle à la navigation s'étendait du Petit Paradis à l'actuelle rue des Guillemins, sur la longueur donc de l'actuelle avenue Blonden. L'église désignée par la flèche est celle de l'ancienne abbaye Saint-Jacques, très schématisée. On la retrouve au centre du dessin suivant, en 1850, là où la Meuse décrit vers la droite une courbe considérée dangereuse par les bateliers :
quai_avroy_liege_1850.jpg

  Dès 1846, l’ingénieur Kümmer, des Ponts et Chaussées, présente un plan ambitieux pour redresser le tracé de la Meuse et aménager un canal parallèle (la « Dérivation ») qui remplacerait aussi, vers Outremeuse, les nombreux diverticules de l’Ourthe. Les débats s’éternisent à cause des budgets, mais les inondations de 1850 imposent l’urgence d’une décision : le plan Kümmer est adopté l’année suivante, malgré l’opposition des adversaires politiques qui ironisent sur la « dérivation du Trésor public dans la Meuse ». Ces travaux gigantesques débutent en 1853 et vont durer dix ans.

derivation_liege_1890.jpg  La photo ci-dessus ne date pas de la création de la Dérivation, mais de travaux de canalisation et d'approfondissement réalisés en 1890.

plan kummer_liege_amenagement meuse_1851.jpg  Ce détail du plan Kümmer montre le tracé de la Dérivation (les flèches rouges) et le redressement de la Meuse en Avroy (en bleu), avec la création d’un bassin de commerce.

  Entre le début de l’île Colette (1) et le pont de la Boverie (2) – on dirait, de nos jours : entre le lieu-dit Paradis et le pont Kennedy – le cours de la Meuse est rectifié pour supprimer le coude brusque et dangereux à la hauteur de Saint-Jacques (3). Parallèlement, on aménage un vaste plan d’eau de quatre hectares pour servir de bassin de commerce (4). En quelque sorte : le premier port fluvial de Liège. Deux chenaux équipés d’écluses en assurent les débouchés vers la Meuse. Il est même prévu, dans les projets initiaux (mais jamais concrétisés), d’installer à proximité de grands entrepôts et une station de chemin de fer (5) en remplacement de la gare des Guillemins.

  Le nouvel aménagement des lieux crée une île (6) qui, par analogie avec le bassin portuaire, prend le nom d’île de Commerce : quinze hectares appartenant à l’État, terrain vague, marécageux, inculte, mais promis à un avenir économique considérable.

plan_bassin de commerce_liege-1861.jpg  Ce plan communal de 1861 montre le bassin de Commerce s’étendant des Augustins à la rue des Guillemins. La flèche indique le sens du regard pour découvrir cette pièce d’eau telle qu’elle est représentée sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
bassin de commerce_liege_1872.jpg  Les trois arbres à l’avant-plan, font partie des plantations qui ornent le quai Cockerill, le long du chenal d’accès. Ce quai rend hommage, en cette période d’essor industriel, au fondateur de la célèbre métallurgie établie depuis 1817 à Seraing. En 1889, après la suppression du bassin et le comblement du canal, il laissera place au boulevard Piercot. À droite, la maison pontonnière et le quai d’Avroy.

pont tournant_avroy_liege.jpg  Le chenal devenu le boulevard Piercot, le voici arrivant au quai d’Avroy, à la hauteur de l’ancienne église des Augustins devenue celle du Saint-Sacrement. Le pont tournant est un des quatre qui permettent d’accéder sur l’île de Commerce (voir plan plus haut). Les peupliers, à droite, seront bientôt abattus pour permettre l’installation en 1867-1868 d’une statue monumentale représentant Charlemagne à cheval.

michel orban_bassin de commerce_liege_1877.jpg  La statue équestre de Charlemagne, on la voit sur la gauche de ce dessin de 1877. Amarré le long du quai Cockerill, le bateau muni de roues à aubes est le Michel Orban (produit par la maison Orban de Grivegnée) ; il s’agit d’un navire à vapeur assurant depuis 1858 une ligne régulière entre Liège et Seraing. Ce genre de transport disparaîtra au début du XXe siècle à cause du développement des trams urbains et des chemins de fer.

 

La fin du bassin et de l’île de Commerce


  Le bassin portuaire s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite.

  Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

bassin de commerce_liege_fin XIXe.jpg  Ci-dessus, à l'arrière du bassin de Commerce, ce sont les immeubles du quai de Cockerill (futur côté pair du boulevard Piercot). L'église dont on voit la toiture est Saint-Jacques.

bassin de commerce_liege_1870.jpg  Le bassin de Commerce vers 1870. À droite, les bateaux à vapeur sont amarrés le long de l’île du Commerce. La flèche indique le sens du chenal longeant le quai Cockerill, de l’église Saint-Jacques jusqu’à celle de l’évêché.

ile de commerce_liege_1877.jpg  L’évêché, on le retrouve sur la gauche de cette vue de 1877, au confluent du chenal et du nouveau tracé de la Meuse, à l’approche du pont de la Boverie (l’actuel pont Kennedy). À l’avant-plan, l’île de Commerce est laissée à l’abandon.

  On y croit, pourtant, à l’avenir de cette île ! En 1859, l’édilité liégeoise défend toujours l’idée d’y transposer la gare de chemin de fer que Kümmer envisageait déjà en 1851 à proximité du bassin*. De 1864 à 1866, un pont est construit pour la relier au quartier de Boverie, compris entre la Meuse et sa Dérivation, quartier chic en plein essor, avec un parc et un projet de jardin d’acclimatation.
*
Opposé à cette espérance, l’État préférera agrandir la gare des Guillemins et projeter la création d’une autre gare plus près du centre-ville, à côté du palais de justice.

premier pont de commerce_liege.jpg  La carte postale ci-dessus présente le premier pont de Commerce, reliant l'île de Commerce délaissée (à gauche) et le quartier de la Boverie.

  En 1867, la Ville rachète l’île à l’État dans l’espoir d’exploiter enfin ce terrain jusque-là inutile, mais le projet est désespéré. L’endroit est fort marécageux, et de surcroît isolé du reste de la ville à cause des ponts tournants constamment ouverts à cause du passage incessant des bateaux.

ile de commerce_liege_1869.jpg  Ce dessin de 1869 représente des masures sur le terrain vague de l’île de Commerce. À l’arrière-plan, au-delà du bassin,on aperçoit les immeubles du quai d’Avroy (à gauche) et du quai Cockerill (à droite).

  Aussitôt l’île acquise par la Ville, plusieurs plans sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui ne voit d’avenir pour ces terrains que s’ils sont rattachés à la terre ferme grâce à la suppression du bassin portuaire inadapté.

  Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, n’est réalisé qu’à partir de 1876.

blonden_caricature.jpg  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

parc d'aveor_liege-fin XIXe.jpg  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

  Le plan de Blonden, outre l’aménagement de ce parc public, prévoit aussi la création, dès 1876, à l’emplacement de l’ancienne île de Commerce, d’un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s’appellera les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Une artère parallèle à l’avenue d’Avroy, de l’autre côté du parc, sera percée dès 1879 pour desservir ce nouveau quartier luxueux : elle est baptisée avenue Rogier, du nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

 
Mais ces transformations feront l'objet d'autres histoires dans d'autres articles...

03/03/2014

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L'histoire d'anciens bras de la Meuse devenus grands boulevards.

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Une promenade historique le long des boulevards Kleyer, Hillier et Sainte-Beuve.