02/03/2014

Le charbonnage de La Haye (Saint-Gilles et Laveu)

    En 1819, la société minière de La Haye* abandonne la fosse du Bois Mayette et continue d’exploiter le sous-sol à partir d’un autre siège situé sur le dessus de la rue Saint-Gilles, près de la rue Chauve-Souris (un ancien puits dit « bure du Procureur » qui prend désormais l'appellation de « Nouvelle-Haye »).
* Cette société tire son nom de « Haie Sanctus », le lieu-dit de la première implantation de la houillère.

   Les maîtres de La Haye s’emploient à moderniser l’équipement, mettant à profit les progrès réalisés en matière de mécanique et de machinerie à vapeur. L’entreprise connaît un essor prodigieux. En 1838, elle absorbe le site rival du Champay.

houillere-la_haye-saint_gilles-liege-1840.jpg   La ville de Liège vue en 1840 depuis les hauteurs de Saint-Gilles, œuvre du lithographe français Édouard Hostein (1804-1889). À l’avant-plan droit, l’artiste a représenté les installations de la houillère de La Haye. Ces bâtiments dissimulent le terril de coteau qui descend jusqu’au quartier du Laveu.


En 1857, trois ans avant sa constitution en société anonyme, le charbonnage est en pleine prospérité. Une annexe est créée au Bas-Laveu pour servir au triage et au lavage de la houille. Au siège d’extraction saint-gillois, on creuse un puits de service au fond duquel commence un long tunnel débouchant dans la vallée, au niveau de l’actuelle rue Louis Boumal*.
* poète et militant wallon (1890-1918).

charbonnage-la_haye-saint_gilles-liege.jpg   Le charbonnage de La Haye au début du XXe siècle, dominant la ville de Liège et particulièrement le quartier du Laveu.

charbonnage-la_laye-paire_laveu.jpg   La paire du Laveu à l’aube du XXe siècle, à proximité de la gare des Guillemins. De nos jours, sont établis là un supermarché et un grand magasin de bricolage.

  
Monsieur Louis Motoul, un habitant du quartier, m'a fait parvenir les commentaires suivants: « En haut à droite, ce sont les maisons de la rue du Laveu (1). Devant elles, s'étire le mur d'enceinte du charbonnage (2), avec une entrée en face du café qui existe toujours et qui s'appelle "La belle équipe" depuis pas mal de temps. Le bâtiment au toit à quatre pans abritait l'administration de la houillère. En bas à gauche, on aperçoit les terrains où passe aujourd'hui la rue Louis Boumal ».

 

charbonnage-la_haye-saint_gilles-laveu.jpg  Le quartier du Laveu au début du XXe siècle, avec ses serres et cultures maraîchères, ainsi que l’orphelinat Saint-Jean-Berchmans de la rue des Wallons, géré par des Salésiens depuis 1891 (l’actuel centre scolaire Don Bosco).


  Pendant une soixantaine d'années, la houillère a répandu ses résidus miniers sur le versant de la colline (la flèche sur la vue ci-dessus). Mais le 5 mai 1881, d'énormes masses de déblais s'effondrent sur la rue du Haut-Laveu (aujourd’hui rue Henri Maus), renversant quelques arbres et maisons. Les autorités communales liégeoises interdisent désormais tout déversement sur ce terril de coteau.

  Un petit chemin de fer Decauville est alors aménagé pour acheminer les résidus vers le terril Piron que la société de La Haye possède au Bois Saint-Gilles.

plan-voie ferree-la_haye-piron.jpg   Ce plan nous reporte à la charnière des XIXe et XXe siècles. Outre les renseignements déjà inscrits, notons le site principal du charbonnage de La Haye (1), le futur boulevard Kleyer (2), l’allée des Grands Champs (3), le sentier qui deviendra la rue de la Houillère en 1910 (4) et le terril Piron (5). Le trait sinueux indiqué par la flèche représente la voie ferrée empruntée par les wagonnets qui font la navette entre les deux sièges du charbonnage.

 

charbonnage-la_haye-saint_gilles-1908.jpgLe siège d'extraction de La Haye au sommet de la rue Saint-Gilles. Idem ci-dessous :charbonnage_la haye-saint_gilles_1911.jpg

 

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Des mineurs de la houillère La Haye en 1893.

charbonnahe-la_haye-cite_ouvriere-saint_gilles-liege.jpg  Le siège d'extraction de la rue Saint-Gilles vu depuis la rue Saint-Laurent. La construction des maisons ouvrières que l'on voit sur la gauche a été initiée par la direction de la houillère, soucieuse de loger les mineurs à proximité des puits. Ces habitations ont aujourd’hui disparu, elles étaient accessibles par un chemin qui s'ouvrait rue de La Haye. Ci-dessous, ce qui subsiste de ce chemin :
rue_la_haye-liege-2013.jpg

 

eglise saint-gilles-liege-début_XXe.jpg   Voici l'église Saint-Gilles au début du XXe siècle, en grande partie masquée par les bâtiments de l'ancienne abbaye (voir autre note consacrée à ce sujet). Les flèches symbolisent un petit sentier appelé le chemin des Patients (du latin « patiens », « qui souffre », car c'est par là que les condamnés à mort étaient autrefois conduits au gibet des Grands Champs). De 1882 à 1930, le charbonnage de La Haye y a fait passer la voie de chemin de fer qui reliait ses deux implantations. Ci-dessous, le même endroit en 2006 :
boulevard_hillier_liege.jpg

wagonnets-charbonnage-la_haye-saint_gilles-liege-1929.jpg   La voie ferrée dans les années 1920. Les enfants déjouaient la surveillance des gardes et s’amusaient à sauter sur les wagonnets en marche.

terril-piron-grands_champs-saint_nicolas-1953.jpg   Le terril Piron en 1953, vu depuis le fond de la rue Bois Saint-Gilles. De ce côté, ce terril de coteau présente des versants abrupts ; au niveau du boulevard Kleyer et des Grands Champs, il se fond dans le paysage parce qu’il présente l’aspect d’un plateau contigu, comme le montre la photo qui suit :
terril_piron_saint-nicolas.jpg

charbonnage-la_haye-piron-1927.jpg   Le site Piron du charbonnage de La Haye en 1927, trois ans avant sa fermeture, entre les actuelles rues de la Houillère et de la Justice. Ci-après, deux vues qui témoignent de l'évolution du lieu, la première datant de 1949, la seconde de 1970 :
charbonnage-ja_haye-piron-vestiges_1949.jpg

charbonnage-piron-vestiges_1970.jpg

 

Revenons-en au siège d'extraction du haut de la rue Saint-Gilles. Au lendemain de la première guerre mondiale, un transporteur aérien métallique est mis en service pour acheminer le charbon du siège vers la station de triage-lavage du Laveu. Opérationnelle jour et nuit, cette bruyante passerelle mécanisée franchit la rue Henri Maus et surplombe une partie du quartier.

charbonnage-la_haye_plan_transportreur_aerien.jpg1 = la rue Saint-Laurent / 2 = la rue Saint-Gilles / 3 = la cité minière aujourd'hui disparue / 4 = la rue de La Haye 5 = le siège d'extraction du charbonnage La Haye / 6 = le transporteur aérien en direction de Bas-Laveu.

charbonnage-la_haye-transporteur-saint_gilles-laveu-1930.jpg  Vue du transporteur aérien en 1930. La société de La Haye, dans la troisième décennie du XXe siècle, est contrainte à de lourds investissements pour améliorer sa productivité et assurer sa survie. Sur la paire du Laveu, une station plus performante de triage-lavage a été construite en 1927. Les deux photos suivantes remontent à la construction de ces nouvelles installations :

charbonnage-la_haye_laveu_1927.jpg

charbonnage-la_haye-triage-lavage-laveu-1927.jpg
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Le charbonnage de La Haye a aussi utilisé un terril de coteau à la hauteur de la rue Boulboul (devenue en 1946 la rue Bel Horizon). Ce crassier est indiqué d'une flèche sur les deux vues qui suivent, la première prise en 1959 depuis le boulevard Kleyer (à la hauteur de la rue du Laveu), la seconde prise en 1968 depuis le haut de la rue Henri Maus (près de la rue Chauve-Souris).

terril-la_haye-bel_horizon-saint_gilles-1959.jpg

terril-charbonnage-la_haye_saint-gilles_1968.jpg

  Ci-dessous, la même vue en 2012 :residence-terrasses_saint-gilles_decembre_2012.jpg

 

chemin-boulboul-bel_horizon-saint_gilles-1921.jpg   La rue Boulboul (du nom d'une ancienne famille de propriétaires terriens et patrons charbonniers) se poursuivait autrefois par un sentier éponyme qui descendait à flanc de terril vers le Laveu fort champêtre.

terril-la_haye-bel_horizon-saint_gilles-1968.jpg   En bordure du boulevard Kleyer, ce plateau à la végétation sauvage est le dessus du terril en 1968. Quelques années plus tard, la Ville y aménagera un dépôt de matériaux de voirie et une plaine de jeux. Celle-ci se caractérisera par un terrain de football en brique pilée rouge, utilisé tout un temps par le club EY Liège et aujourd’hui à l’abandon. Sur ce site, seul le skate park attire quelques groupes de jeunes.


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   Dès les années 1920, en dépit d’une rationalisation des frais généraux, la société de La Haye connaît une récession. Les puits d’extraction ont été approfondis, mais les couches atteintes se révèlent difficiles à exploiter et n’apportent guère le rendement escompté. Une crise aiguë affecte en outre le secteur charbonnier, à cause des nouvelles charges imposées par la législation et de la concurrence d’autres productions meilleur marché, comme les charbons campinois et allemands.

  Pour tenter de résister à cette crise, les charbonnages de la région fusionnent. La Haye s’associe avec le Horloz de Tilleur en avril 1930, puis ce nouveau groupe s’unit au Gosson de Montegnée-Jemeppe en janvier 1931. Les conditions d’exploitation à Saint-Gilles continuant de coûter trop cher, le siège du Piron ferme dès décembre 1930 ; ceux de Saint-Gilles et du Laveu suivent en août 1934.

rue_henri_maus-liege-dessin_photo-1966.jpg   Le dessin représente le haut de la rue Henri Maus au tout début du XXe siècle, avec le charbonnage de La Haye à l'arrière-plan. Sur la photo de 1966, la flèche indique l'endroit où va bientôt s'élever le premier building d'un vaste projet immobilier.

chauve-souris-chantier_amelinckx-sept_1966.jpg   À l’arrière de la rue Chauve-Souris, le terrain de l’ancienne houillère est longtemps resté à l’abandon. Il est acheté en 1965 par la société immobilière Amelinckx, qui projette d’y construire un complexe d’ immeubles à appartements, intégré dans un environnement de verdure. Telle est l’origine des résidences Plein Vent et Chantebrise. Cette photo a été prise en 1966 lors des premiers travaux de fondation.

 

residences_plein vent_chantebrise_saint-gilles-liege.jpgÀ gauche, la résidence Plein Vent. À droite, la résidence Chantebrise.

site-charbonnage-la_haye_abandon-1968.jpg   Le site de l’ancienne houillère de La Haye en 1968, photographié depuis la résidence Plein Vent en cours de construction. Ci-dessous, la même perspective de nos jours. La résidence Chantebrise a été érigé dès 1977. Haute de quarante-deux mètres, elle est le plus imposant des deux buildings Amelinckx.residence_chantebrise_saint-gilles_liege.jpg

 
Les vues anciennes qui ne mentionnent pas une source particulière proviennent du Centre multimédia
Don Bosco (Laveu). Les plans d'époque m'ont été fournis par Jean-Claude JACOBS.
Les photos couleurs contemporaines sont de moi.