02/12/2016

L'église Saint-Vincent de Fétinne

google earth.jpg  Il s’agit de l’église au centre de cette vue aérienne, obtenue grâce à Google Earth. Elle est située au confluent de l’Ourthe et de la Dérivation de la Meuse.

   Autrefois, le réseau hydrographique était tout à fait différent. Le plan qui suit, réalisé par Christophe Maire, nous reporte en 1737. L’église de Fétinne (la flèche) se trouve en bordure d’un bras de l’Ourthe appelé le Fourchu-Fossé, peu avant que celui-ci ne se jette dans la Meuse :
plan 1737.jpg

eglise_fetinne_liege_XVIIIe.jpg  Ce dessin représente le confluent du Fourchu-Fossé et de la Meuse, avec l’église telle qu’elle se présentait au XVIIIe siècle dans son environnement champêtre.

  C’est au XIIIe siècle, semble-t-il, qu’un premier édifice religieux est érigé à cet endroit, consacré à saint Vincent, martyr espagnol du IVe siècle dont le culte est en vogue à cette époque.

  Ce sanctuaire est fréquemment ravagé par les crues de l’Ourthe, et l’inondation de 1643 lui est fatale. Il ne sera reconstruit qu’en 1669, pour être à nouveau endommagé en 1691, par des faits de guerre cette fois, lorsque l’artillerie française du maréchal Boufflers bombarde Liège.

  Il faudra attendre 1735 pour qu’une nouvelle église soit consacrée, celle qu’a déjà montrée le document des collections artistiques de l’ULg. La revoici au début du XIXe siècle sur un dessin à la plume d’Olivier Henrotte :
eglise saint-vincent_liege_1850.jpg  Le dessin ci-dessus ressemble fort à celui qui suit, daté de 1822 (et publié par Léon Béthune dans son recueil de vues rares du vieux Liège) :
eglise_fetinne_bethune_1822.jpg

 
  L’église a échappé aux tourments révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. Avec le Concordat, la paroisse a continué d’exister, mais le bâtiment est resté longtemps sans entretien.

  En 1803, une nouvelle inondation a submergé les sols déjà fort affouillés. Malgré l’intervention des paroissiens qui se sont efforcés de construire une digue de fortune, les eaux ont ravagé le cimetière et provoqué l’effondrement d’une partie du chœur. Faute de moyens financiers, les dégâts n’ont été que réparés sommairement.


eglise st-vinvent_fetinne_1850.jpg  C’est en 1833 que l’on s’occupe sérieusement de la restauration de l’église, avec la construction d’une nouvelle tour surmontée désormais d’une plate-forme. On conserve la base de l’édifice, avec ses trois nefs, mais on lui adjoint en 1847 un nouveau chœur, une sacristie et une salle mortuaire.


eglise_fetinne_liege_1901.jpg  À l’arrière-plan de cette carte colorisée, on voit le quai Saint-Vincent, qu’on a aménagé après 1853 sur une digue réclamée par les riverains pour les protéger des inondations. Les terres de remblai sont issues du creusement de la Dérivation de la Meuse.

 Cette mesure de protection n’est guère suffisante. En 1886, est déposé un projet qui prévoit la suppression du Fourchu-Fossé et autres biefs secondaires. Les autorités concernées (État, province, communes) tergiversent longtemps à propos de leurs contributions financières, mais en 1897, la plaine des Vennes est choisie comme site d'une future exposition universelle et internationale (prévue pour 1903 et qui aura finalement lieu en 1905). La décision est prise, et le chantier commence en 1902. Un autre article est entièrement consacré à ce sujet.


construction pont de fetinne_liege_1.jpg  L’église de Fétinne pendant le chantier de rectification du cours de l’Ourthe, préparatoirement à l’Exposition universelle et internationale de 1905.


expo 1905 liege pont et eglise fetinne.jpg  En construction sur la vue précédente, voici le pont de Fétinne qui mène à l’entrée des halls de l’Exposition de 1905. L’église Saint-Vincent fait partie du décor.


eglise st-vincent_fetinne_liege_1909.jpg
Carte postale de 1909.


eglise st-vincent_fetinne_apres 1905.jpgL’église après l’Exposition de 1905, avec le nouveau cours de l’Ourthe.


vue aerienne_site expo apres 1905.jpg

Vue aérienne du site Vennes-Fétinne après l’Exposition de 1905.


  En 1928, un concours est organisé en vue de remplacer l'ancienne église paroissiale Saint-Vincent par un édifice plus spacieux et prestigieux, en vue de l'Exposition internationale de 1930. Il est remporté par l’architecte liégeois Robert Toussaint, qui propose une structure en béton surmontée d’un dôme imposant.

  Les quatre photos qui suivent, prises pendant la construction de la nouvelle église en 1929-1930, proviennent du fonds d’archives Robert Toussaint du GAR :

construction st-vincent 2.jpg

construction st-vincent 1.jpg

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construction st-vincent 4.jpg


eglises st-vincent_liege_1930.jpg
Les deux églises en 1930. L’ancienne sera démolie en 1931.


eglise st-vincent_fetinne_expo liege 1930.jpgDessin publié à l’occasion de l’Exposition internationale de 1930.


eglise st-vincent_fetinne_1930.jpgL'édifice tout neuf.

eglise fetinne monument gramme_liege_1930s.jpg  Carte colorisée de la fin des années 1930. Le dôme de béton est au départ recouvert d’une peinture vert-de-gris. Le monument en l’honneur de Zénobe Gramme a déjà fait l’objet d’un autre article.


pont fragnee_liege_1940.jpg
Le pont de Fragnée volontairement détruit en 1940.


char us fetinne 1944.jpg
Lors de la libération de Liège en septembre 1944.


eglise fetinne_liege_reconstruction pont fragnee_1946.jpgPendant la reconstruction du pont de Fragnée (1946-1948).

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L'église et le pont de Fétinne n 1954.


eglise fetinne monument gramme_liege_1962.jpg
▲ En 1962 ▼
fetinne_liege_1962.jpg

  Remarquez, sur les trois photos précédentes, que la peinture d’origine du dôme est fortement dégradée. En 1966, les coupoles seront recouvertes de seize tonnes de feuilles de cuivre.


Les deux vues aériennes qui suivent ont été prises par André Drèze à la fin des années 1970 :

vue aerienne_fetinne_1979a.jpgvue aerienne_fetinne_1979b.jpg


  Visitez le dôme de l’église Saint-Vincent : http://liege-photos.skynetblogs.be/archive/2007/07/03/a-l....

 

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06/09/2016

Aux origines du quai et du pont Mativa

vue aerienne boverie_liege_bing maps.jpg  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Bing Maps (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). Le parc de la Boverie* (1), est situé entre la Meuse (2) et sa Dérivation (3) ; il est relié au quai Mativa (4) par le pont** du même nom (5).

* Le lieu tient son appellation des bovidés qu’on y faisait paître.
** On  dit souvent la passerelle Mativa vu son usage réservé aux piétons et cyclistes. On l'appelle aussi, nous l'expliquerons plus loin, le pont ou la passerelle Hennebique.


 
Le quai Mativa a été aménagé à la suite des grands travaux de la Dérivation de la Meuse (voir autre article) ; on l’a baptisé ainsi en 1857, en souvenir du pré Mativa, site champêtre qui attirait autrefois les promeneurs recherchant la quiétude. L’appellation « Mativa » est très ancienne ; elle proviendrait de la contraction des mots wallons « Mathî » et « vå », le « Val de Mathieu » (du nom d'un propriétaire local au Moyen Âge).


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  Le plan ci-dessus est proposé en 1852 par l’ingénieur Kümmer pour illustrer les modifications qu’il compte apporter au cours de la Meuse. Le chantier titanesque de rectification et de dérivation du fleuve va durer de 1853 à 1863. J’ai indiqué d’une croix rouge l’emplacement du pré Mativa.

  Le texte qui suit est extrait de l’article « Heurs et malheurs de la Boverie », paru dans la revue « La Vie liégeoise » de mars 1972 : « Les Liégeois d'aujourd'hui ne peuvent se faire une idée des charmants sites de la Boverie sous son aspect champêtre d'autrefois, ils ne peuvent imaginer le magnifique paysage qui fit l'admiration de Pierre-le-Grand, lors de son passage à Liège en 1717. C'était un endroit idyllique, enserré entre les sinuosités pleines de fantaisie des bras de la Meuse et de l'Ourthe, où les îles verdoyantes venaient ajouter leur poésie. À l'entour, la terre était riche et féconde. Les houblonnières avaient grande renommée et les prairies émaillées de fleurs étaient accueillantes aux enfants joueurs. Les adultes y venaient le dimanche se promener, s'y reposer loin des bruits de la ville et respirer l'air pur. De joyeuses guinguettes (La Ferme, Le Château de Versailles, Le Petit Sans-Soucis) étaient des paradis pour la jeunesse, et, aux longs jours d'été, les citadins aimaient s'y délasser et s'y restaurer ».


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  Sur ce plan de 1885, on remarquera qu’une grande partie de la Boverie a été réaménagée en espaces verts, avec un jardin d’Acclimatation (marqué du nombre 58, voir autre article) et un parc public compensant la disparition du pré Mativa. En cette fin du XIXe siècle, les terrains de la Boverie se terminent en cul-de-sac (le cercle rouge), sans communication avec Fragnée ou les Vennes.


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Le quai Mativa à la fin du XIXe siècle ▲ puis le même endroit (dans le cadre rouge) de nos jours ▼
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C’est en 1863 qu’on a planté la double rangée d’arbres et installé les bancs publics.


quai mativa_liege_fin XIXe (2).jpg  À la naissance du XXe siècle, le lieu présente toujours un charme bucolique, même s'il devient un quartier résidentiel bourgeois.

Le quai Mativa en 1954, 1975 et 2007 :quai mativa_liege_1954.jpgquai mativa_liege_1975.jpgquai mativa_liege_2007.jpg

Dans l’autre sens au début des années 1970 :
quais mozart et mativa_liege_debut 70s (2).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (1).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (2).jpg

 

* * * * *

 

quai mativa fin XIXe.jpg  Nous voilà revenus à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les arbres du quai Mativa, on les retrouve à l’arrière-plan droit de la photo qui suit :
derivation_liege_1903.jpg

   Dans le fond, on voit la Dérivation avant l’existence du pont Mativa. Nous sommes en 1903. Le chantier, à l’avant-plan, est celui de la rectification du cours de l’Ourthe. La plaine des Vennes, en effet, subit d’importantes modifications en vue d’accueillir une partie de l’Exposition universelle et internationale prévue pour 1905 (voir cette autre publication).


pont mativa_liege_expo 1905.jpg  La même perspective pendant l’Exposition, d’avril à novembre 1905. À droite, le bâtiment qui longe le quai Mativa est le palais de l’Alimentation française. À gauche, on aperçoit l’Union nautique, club d’aviron installé à la pointe de la Boverie depuis 1873.


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  Plan de l’Exposition universelle de 1905. Le pont Mativa (1) est l’un des trois ponts construits à cette occasion, les deux autres étant les ponts de Fragnée (2) et de Fétinne (3). Il permet un passage immédiat entre le quartier des halls établi aux Vennes (4) et celui des palais situé dans le parc de la Boverie (5).

  Le projet initial prévoit un ouvrage provisoire en bois, mais le comité exécutif de l’Exposition, prévoyant le développement futur du quartier des Vennes, opte finalement pour un ouvrage définitif. Lorsqu’il s’agit de trouver un entrepreneur capable de réaliser le travail en un délai très court, le choix se porte sur la filiale belge de la société française Hennebique*.

* Du nom de son fondateur, François Hennebique (1842-1921), qui a conçu et fait breveter un système de construction en béton armé.


pont mativa_liege_boisage janvier 1905 (1).jpg  Commencé en décembre 1904, le pont Hennebique (on l’appelle souvent ainsi, du nom de son concepteur, même si son appellation officielle est « pont Mativa ») sera terminé en avril 1905, une semaine avant l’inauguration officielle de l’Exposition. La photo ci-dessus montre l’opération de boisage en janvier 1905.


construction passerelle mativa_liege_1904 (1).jpg  Certaines cartes postales souvenirs de l’Exposition proposent des vues prises pendant les travaux d’aménagement, comme celle-ci avec le pont en cours de construction.


pont mativa_liege_essais de charge 1905.jpg  Des soldats traversent le pont au pas cadencé. La manœuvre fait partie des épreuves de mise en charge effectuées en avril 1905, avec aussi des passages de rouleaux compresseurs et de chariots remplis de fonte.


pont mativa_liege_expo 1905 (2).jpg  Il s’agit d’un des tout premiers ponts en béton armé, admiré pour sa technicité et son élégance. D’une longueur totale de 80 mètres, il franchit la Dérivation en une seule travée de 55 mètres. La faible épaisseur du tablier à la clef est impressionnante.


pont mativa_liege_2007.jpg  Vu l’intérêt historique, technologique et esthétique de l’ouvrage, celui-ci a été classé le 4 mai 2016 par Maxime Prévot, ministre wallon du Patrimoine.

  Les garde-corps et les supports d'éclairage sont d'époque (à l'exception des parties supérieures des lampadaires qui ont été modifiées quand l'électricité a remplacé les brûleurs au gaz).

 

Quelques photos prises pendant l’Exposition :

pont mativa_liege_expo 1905 (3).jpg  Avec l’embarcadère des gondoles vénitiennes et le palais de la ville de Liège (la flèche dans les feuillages).


pont mativa_liege_expo 1905 (4).jpg  Le tramway que l’on aperçoit sur le pont* est en réalité un petit train Decauville qui permet visiter l’Exposition.

* À cette époque, l’ouvrage fait vraiment office de pont avec le passage de véhicules ; il y a longtemps qu’il ne sert plus que de passerelle.


pont mativa_liege_expo 1905 (5).jpg
La double voie ferrée du tramway touristique.


quai mativa_liege_1905.jpg  Cette double voie se retrouve sur le tronçon du quai Mativa qu’il faut emprunter pour transiter des Vennes à la Boverie.


pont mativa_liege_expo 1905 (6).jpg  Autre souvenir de l’Exposition : ce morceau de temple grec (inspiré par celui d’Agrigente, en Sicile), décor réalisé par la firme Hennebique à proximité du pont qu’elle vient de construire.


* * * * *

 

pont mativa_liege_apres 1905.jpgLe pont Mativa après l’Exposition.


maison monier_liege_debut XXe.jpg  Le confluent Ourthe-Meuse au début du XXe siècle, avec la maison du barragiste (et non l'Union nautique, voir série 5 de cette page).


chantier pont gramme-liege-1968.jpg
Le même endroit en 1968, pendant le chantier du pont Zénobe Gramme sur l’Ourthe (voir autre article).

 

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29/08/2016

L’ancien immeuble Chapeauville, rue Saint-Laurent, disparu lors de la construction de l’autoroute A 602

rue saint-laurent_liege_2014 (1).jpg  Ce tronçon de la rue Saint-Laurent*, entre les deux murets, est un pont franchissant la tranchée ferroviaire que constitue le plan incliné conçu autrefois par Henri Maus (voir cette autre page).

* La rue et le quartier tirent leur nom d’une ancienne abbaye bénédictine dédiée à ce saint.


plan incline_liege_2006.jpg  Un Thalys descend le plan incliné. Dans le fond, on distingue la nouvelle gare des Guillemins en cours de construction.


rue saint-laurent_liege_2014 (2).jpg  Prenons un peu de recul par rapport à la première photo. Parallèlement au plan incliné ferroviaire, c’est l’autoroute 602 qui surplombe la rue Saint-Laurent.

                                           Retrouvons cet endroit à la fin des années 1960 :
immeuble chapeauville_liege_1968 (1).jpg                     Il s’agit de l’endroit où la rue du Calvaire* débouchait dans la rue Saint-Laurent.

* Un monument de ce genre existait autrefois, non loin de l’église auxiliaire de Notre-Dame du Calvaire, bâtie au début du XXe siècle.


immeuble chapeauville_liege_1968 (2).jpgmaison chapeauville_liege.jpg  Cette demeure est datée de 1608 et a été remaniée au XVIIIe siècle. On l’appelle la maison Chapeauville, du nom de Jean Chapeauville (1551-1617)*, célèbre théologien et historien liégeois qui y a vécu.

* On trouve aussi les graphies « Chapeaville » et « de Chapeauville ».

  Jean Chapeauville a légué l’immeuble à son neveu Jean La Roche, échevin de Liège. Nous sommes au début du XVIIe siècle, période marquée à Liège par la lutte entre les Grignoux, qui exigent davantage de libertés communales, et les Chiroux, qui veulent le renforcement de l'autorité du prince-évêque.

  En 1649, le prince-évêque Ferdinand de Bavière fait appel aux troupes allemandes pour stopper la rébellion. En août, le général bavarois Otto von Sparr s’empare de la maison de La Roche et des habitations voisines entourées de murs, où les milices populaires se sont installées. Il y fait établir des batteries de canons pour bombarder l’abbaye de Saint-Laurent, autre position des démocrates liégeois.

 

* * * * *

 

construction-A602-burenville-liege-1968.jpg  1968. Le chantier de l’autoroute A602 a atteint Burenville (derrière le bulldozer, on reconnaît le chevet de l’église Saint-Hubert érigée six ans plus tôt). Dans le fond, près de l’ancien terril de l’Aumonier fortement arasé, se distingue l’ébauche du viaduc qui permet à la rue Jules de Laminne de franchir la tranchée autoroutière (voir autre article).


autoroute A602_liege_debut 70s.jpg  Au départ de l’échangeur de Loncin, la A602 est initialement prévue jusqu’au boulevard d’Avroy, via Ans, Burenville, Saint-Laurent, le Bas-Laveu et les Guillemins. Cette photo montre la sortie Saint-Laurent au tout début des années 1970.


rue saint-laurent_liege_avant 1970 (1).jpg  La rue Saint-Laurent à l’extrême fin des années 1960. Le passage de l’autoroute à cet endroit, ainsi que l’aménagement des bretelles pour y accéder ou en sortir, vont nécessiter d’importantes expropriations et démolitions. Vont disparaître tous les bâtiments situés entre le building et la tranchée du chemin de fer, des deux côtés de la chaussée.


rue saint-laurent_liege_avant 1970 (2).jpg  Vont donc disparaître tous les bâtiments visibles à l’avant-plan de la photo ci-dessus, à l’exception de l’immeuble sis tout à droite.


rue saint-laurent_liege_1970 (2).jpgPendant les démolitions de 1969-70 ▲ et de nos jours ▼rond-point calvaire-stlaurent_liege_2014.jpg


rue saint-laurent_liege_1970 (3).jpg
À droite, c’est l’entrée de la rue du Calvaire en 1970.


rue saint-laurent_liege_1970.jpg  Toute une série d’immeubles ont été détruits ▲ pour permettre d’aménager un nouvel accès à la rue du Calvaire, accès reporté plus haut dans la rue Saint-Laurent ▼
rue du calvaire_liege_2014 (2).jpg
rue du calvaire_liege_1970.jpg  La rue du Calvaire a également souffert pendant l’aventure, tronquée de sa partie basse vu la largeur de l’autoroute et de ses bretelles.


rue du calvaire_liege_1970 (2).jpg
La rue du Calvaire avant l’aménagement autoroutier ▲ et de nos jours ▼
rue du calvaire_liege_2014.jpg


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04/08/2016

Le quai de la Goffe, la Batte, l’ancienne halle aux viandes et la cité administrative

vue aerienne_bing maps.jpg  Cette vue aérienne actuelle a été obtenue grâce à Microsoft Bing Maps. Le quai de la Goffe est compris entre les deux traits rouges, entre le quai de la Ribuée* et la Batte.

* « Ribuée » vient du wallon « ribouwèye » (lessive). Jadis, nos aïeules lavaient le linge dans les eaux de la Meuse !


 
En wallon liégeois, le mot « batte » signifie « digue » ou « quai ». L’expression « quai de la Batte » (soit « quai du Quai ») est passée dans l’usage mais constitue un pléonasme. Depuis 1863, l'appellation officielle « la Batte » désigne le quai compris entre Potiérue* et la rue Hongrée** (entre les quais de la Goffe et de Maestricht).

* La rue des potiers.
** « Hongrée » dériverait d’un mot d’origine flamande servant à désigner un pendoir dans l’industrie drapière, installée autrefois à cet endroit.

quai de la goffe_liege_dessin de gerard michel.jpgDessin de Gérard Michel, ancien professeur de dessin d’architecture à Saint-Luc.

 


  Aux origines

  Jadis, l’emplacement de l’actuelle place Saint-Lambert est occupé par une immense cathédrale (voir autre article), et c'est place du Marché qui constitue le centre vital de la cité. Son existence remonte aux origines de la ville, dont la population a besoin de s'approvisionner quotidiennement. Depuis le début du XIe siècle, la rue du Pont* la relie à la Meuse, où un port est établi « alle Goffe ».

* La rue du Pont a été baptisée ainsi parce qu’elle menait au pont des Arches, le premier du nom, qui se situait alors dans son axe. Parallèlement, la rue Neuvice (appellation provenant de mots latins signifiant « nouveau village ») rappelle l'agglomération marchande qui s'étendait entre la place du Marché et le fleuve.


 
Le mot « goffe », en wallon, désigne une excavation dans le fond du fleuve, une eau plus profonde. Au début, il ne s’agit que d’une berge en pente, submergée à la moindre crue. On y endigue le fleuve de 1545 à 1548, aménageant une batte (un quai donc) qui sera prolongée en 1549 jusqu’à la rue Hongrée.

  La Goffe et ses alentours attirent tous les marchands de la cité. Une halle aux viandes y est construite au milieu du XVIe siècle.


plan_1649.jpg
  Gravure de Julius Milheuser (1649), publiée par Johannes Blaeu. On y aperçoit la halle aux viandes, ainsi que le port fluvial en aval du pont des Arches, de la Goffe à la rue Hongrée.


goffe_liege_1790.jpg  Dessin de 1790 publié par Léon Béthune dans « Vieux Liège : recueil de vues rares ». À gauche, le pont des Arches avec la cathédrale Saint-Lambert à l'arrière-plan. Au centre, le port de la Goffe. À droite, les rangées d’arbres de la Batte.

  Dès le XVIe siècle, le quai de la Goffe et la Batte connaissent une vie commerçante intense : ils accueillent des marchés quotidiens et une foire annuelle qui amène son lot de camelots, saltimbanques, forains*, comédiens, bonimenteurs, vendeurs de remèdes… La Batte, de nos jours, évoque le marché dominical que fréquentent chaque semaine des milliers de curieux, issus aussi des pays limitrophes, principalement des Pays-Bas et d'Allemagne.

* La partie « variétés » de la foire annuelle a quitté la Batte en 1859 pour venir s’installer boulevard d’Avroy.


  La halle aux viandes

 

halle aux viande_liege_debut annees 1970.jpg
Au début des années 1970 ▲ et de nos jours ▼
halle viandes_liege_2006.jpg

 

blason bouchers liege.jpg  Blason des mangons (c’est ainsi qu’on appelait autrefois les bouchers), corporation dont l’existence remonterait au XIIe siècle, un des trente-deux bons métiers de la cité de Liège à l’époque de la principauté.


blason bouchers.jpg  Ce blason se retrouve au-dessus des portes d’entrée de la halle. La pierre rectangulaire qui le surmonte comportait des armoiries et inscriptions rappelant l'Ancien Régime, lesquelles ont été martelées lors des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.


  Ce bâtiment destiné au commerce* de la viande, qu’on appellera aussi la Grande Boucherie, a été bâti de 1544 à 1546 selon les plans de l’architecte Paul de Ryckel**, en remplacement de celle établie près de l’hôtel de ville, devenue insuffisante.

* Les bouchers ne seront autorisés à vendre à domicile qu’en 1846, moyennant le paiement d’une taxe et l’obligation d’une hygiène irréprochable.
**Chargé aussi d’une restauration de la collégiale Saint-Martin, qui garde toujours des séquelles de l’incendie du Mal Saint-Martin, deux siècle plus tôt.


  Il s’agit du plus ancien édifice public de la ville, bel exemple du style Renaissance alliant la brique et la pierre calcaire. Les activités marchandes s’exerçaient au rez-de-chaussée, l’étage servant de lieu de réunion aux compagnons.

  Quand la principauté de Liège est rattachée à la république française (1795-1814), la halle devient un bien national. En 1822, le gouvernement la cède à la Ville (nous sommes alors sous le régime hollandais). Le rez-de-chaussée conserve son affectation d’origine, mais l’étage est converti en école communale, laquelle fera place, en 1862, à une bibliothèque publique*.

* Cette bibliothèque sera transférée rue des Chiroux en 1904.


halle viandes_liege_1881.jpgCe dessin de Pierre Dehousse montre la halle en 1881, vue depuis la rue de la Boucherie. À l’arrière-plan, à droite, on aperçoit, au-delà de la Meuse, le clocher à campanile de l’ancienne église Saint-Pholien.

 
plan_1880.jpg  Sur ce plan dressé par Blonden en 1880, j’ai colorié en rouge l’emplacement de la halle. Les voiries environnantes s’appellent la rue du Pont (1), la rue de la Boucherie (2), la rue de la Goffe (3), la rue de la Halle (4), la rue de la Clef (5)*, la rue Sur-le-Mont (6)** et Potiérue (7).

* Une enseigne y portait jadis ce motif.
** Cette rue étroite allait en s’élevant jusqu’au milieu de son parcours. Cette butte datait de la construction de l’enceinte défensive de Notger, car des terres avaient été amoncelées contre le rempart.


halle viandes_liege_1900 (1).jpg  ▲ La halle à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les façades sont en partie peintes à la chaux. Les auvents en zinc ont été placés en 1888 pour abriter les marchandes de volailles ▼
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Peinture représentant les lieux vers 1900.


halle viandes_liege_plan 1917.jpg  Ce dessin fait partie d’une série de relevés réalisés en 1917 par le service d'architecture de la ville de Liège. Dans les commentaires qui les accompagnent, il est question d’ un « vieux bâtiment condamné à disparaître bientôt ».

  En fait, il y a longtemps que les bouchers se plaignent de l’exiguïté et de la vétusté des lieux. Plusieurs intentions d’agrandissement ont échoué dans la seconde partie du XIXe siècle, vu que le bâtiment est complètement enserré dans le tissu urbain. Mais en 1911, le conseil communal, sous le mandat du bourgmestre Gustave Kleyer*, décide d’aérer et assainir le quartier, afin de construire une nouvelle halle beaucoup plus grande en front de quai. Ce sont des problèmes de finances communales, puis surtout la première guerre mondiale, qui mettent un terme au projet.

* Celui-là même qui dirigeait la ville pendant l'Exposition universelle de 1905.


rue sur-le-mont_liege_1919.jpg  Il n’empêche que des expropriations ont été programmées « au plus grand profit de l’hygiène » ; elles entraînent la disparition des rues Sur-le-Mont (la photo ci-dessus date de 1919) et de la Clef.


plan_liege_1938.jpg  Ce plan communal nous reporte en 1938. Remarquons les transformations apportées au quartier de la halle* : la rue de la Boucherie a été prolongée jusqu’à Potiérue qu’on a élargie ; des immeubles ont été démolis pour faire place à des entrepôts.

* Un plan de 1930 (année d’une exposition internationale) ne présente pas ces transformations.


rue du pont_liege_1905.jpg  La rue du Pont, vers 1905. Le photographe tourne le dos à la place du Marché. À gauche, s’ouvre la rue de la Boucherie.


rue du pont_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


rue de la boucherie_liege_debut XXe.jpg  La rue de la Boucherie avec ses maisons en encorbellement. Les immeubles, à l’arrière-plan, sont ceux de la rue de la Halle en communication avec la rue de la Clef.


rue de la boucherie_liege_2016.jpg  Les maisons en encorbellement ont subsisté ; l’arrière-plan, lui, a subi une totale métamorphose (nous en reparlerons).


rue de la boucherie_liege_1930.jpg  La rue de la Boucherie vers 1930. Les immeubles de la rue de la Halle vont disparaître pour être remplacés par des entrepôts annexés à la halle aux viandes.


halle aux viandes_liege_1941.jpg

La halle en 1941 entre les entrepôts (à gauche) et la rue de la Goffe (à droite).

 
rue de la boucherie_liege_2016 (2).jpg
▲ La configuration des lieux de nos jours ▼rue de la goffe_liege_2016.jpg


rue de la halle avant 1930.jpg
À droite, la rue de la Halle vers 1930.


rue de la halle_liege_2016.jpg  La rue de la Halle, de nos jours, n’est plus que ce chemin marqué d’une flèche, traversant l’esplanade-parking de la cité administrative.


halle aux viandes_liege_fin années 1950 (1).jpg
▲ Les entrepôts à la fin des années 1950 ▼
entrepots halle viandes_liege_fin annes 1950.jpg


halle aux viandes_liege_2016.jpg
De nos jours.


goffe_liege_fin annees 1950.jpg  Dans la seconde moitié des années 1950, commence un chantier d’envergure. Nous le détaillerons dans le chapitre qui suit.


quai de la goffe_liege_2016.jpg
De nos jours.

 

 
L’évolution du quai de la Goffe

 

quais de meuse_liege_debut XXe.jpg  Cette carte colorisée nous reporte à l’aube du XXe siècle, quand les bateaux-mouches faisaient office de transports en commun avant d’être supplantés par les tramways. L’intitulé « quai de la Batte »* est passé dans les usages, mais rappelons que les appellations officielles sont le quai de la Goffe (1), la Batte (2) et le quai de Maestricht (3).

* Ce qui signifierait « le quai du quai »  wink


la goffe_liege_1900 (1).jpg  Le bâtiment à l’angle du quai et de Potiérue est la maison Havart, du nom du quincaillier qui l’occupait à la fin du XIXe siècle (la photo ci-dessus date du tout début du XXe siècle). Il s’agit d’un des plus anciens immeubles de Liège ; on situe traditionnellement sa construction en 1594, mais il est plus vraisemblable qu’elle ait eu lieu entre 1666 et 1668. Les lieux sont abandonnés depuis la fermeture du restaurant gastronomique « Au Vieux Liège ».


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Le même endroit au début des années 1970.


la goffe_liege_1900 (2).jpg  Le quai de la Goffe vers 1900. Le renfoncement marqué d’une flèche, par rapport à l’alignement des autres immeubles, est un souvenir du XVIe siècle, quand on a aménagé à cet endroit, moyennant des expropriations, un emplacement réservé au marché aux fruits.


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▲ Le marché aux fruits dans la première décennie du XXe siècle ▼
marche aux fruit_liege_1904.jpg


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  La « place » de la Goffe et son marché aux fruits en 1927. La flèche rouge indique l’étroite rue Sur-le-Mont ; la bleue, Potiérue (cliquez sur l’image pour l’agrandir).


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Le pont des Arches vu depuis le marché aux fruits, avant 1914.

quai de la goffe_liege_1940-48.jpg  En mai 1940, le pont des Arches a été dynamité dans l’espoir de ralentir l’invasion allemande. Il sera remplacé jusqu’en 1948 par un pont provisoire en bois au niveau du quai de la Goffe.


quai de la Goffe_liege_debut annees 1960.jpg  Nous voici au milieu de la décennie suivante. En 1955, le conseil communal vote la construction d’un building administratif* à l’emplacement de la flèche, entre Potiérue et la rue Saint-Jean-Baptiste. Il est également prévu d’aménager une aire de parking, de dégager la halle aux viandes et de créer un ensemble commercial (l’Innovation dès 1968). Ce chantier de longue haleine nécessite la démolition ou le démontage** des immeubles marqués d’un trait.

* Il y a longtemps que les autorités communales cherchent à regrouper les services administratifs (vingt-six services dispersés dans dix-huit bâtiments).
** Certaines bâtisses ou façades ont été démontées pour être réassemblées à un autre endroit (le futur îlot Saint-Georges au début des années 1970).


goffe_liege_milieu annees 1950.jpgGros-plan sur les immeubles qui vont disparaître entre la rue de la Goffe et Potiérue.


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Les mêmes immeubles vus dans l’autre sens, au-delà de Potiérue.


potierue_liege_1956.jpgPotiérue en 1956.


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À la charnières des années 1950 et 60.


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De nos jours.


potierue_liege_1955.jpg
Potiérue dans l’autre sens en 1955 ▲ et de nos jours ▼
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Les démolitions à front de quai en 1957.


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  Les palissades de la vue précédente se retrouvent (la flèche) sur cette photo mettant en valeur les pont des Arches (cliquez dessus pour l'agrandir).


potierue_liege_1955 (2).jpg  Entre la halle et la maison Havart, il est prévu d’aménager un parking de 360 places en surface et en sous-sol. Il n’est plus question, comme en 1911, de remplacer la halle aux viandes, celle existante étant classée depuis 1950.


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Le même endroit de nos jours.


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En Potiérue, c’est au début des années 1960 que débutent les démolitions.


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▲ Construction de la cité administrative en 1964-65 ▼
cite administrative_liege_1964-65 (2).jpghistoire de liège,liège,goffe,marché de la goffe,quai de la goffe,rue de la goffe,batte,marché dominical de la batte,halle aux viandes,rue de la boucherie,corporation des bouchers,mangons,potiérue,quais de meuse,rue sur-le-mont,rue de la clef,rue hongree,rue du pont,rue de la halle,cité administrative,parking de la cité,jean poskin,henri bonhomme,maison havart,office du tourisme de la ville de liège,maison du tourisme du pays de liège
Et en 1966.


cite administrative_liege_1967.jpg  Ce bâtiment de 18 étages et 67 mètres de hauteur est l’œuvre des architectes Jean Poskin et Henri Bonhomme. Il a été inauguré en octobre 1967 au terme de quatre ans de travaux. Il n’est pas sans rappeler l’immeuble new-yorkais de l’ONU. La présence d’une telle tour moderne en plein cœur historique de la ville provoque une vive polémique*.

*Cette a tour a été construite en dérogation à un règlement communal du 19/10/1959 interdisant toute construction en hauteur dans ce secteur.


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Vue aérienne du centre-ville à la charnière des années 1960 et 70.


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Le marché dominical de la Batte au début des années 1970.


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*Les mêmes qui ont restauré les boules de l'Atomium, de 2004 à 2006.



  Et la halle ?

 

halle aux viandes_liege_1972.jpg  Elle est restée en fonction jusqu'en 1980, année où elle a été interdite aux bouchers pour cause d'insalubrité (la photo ci-dessus date de 1972).

  En 1993, l'architecte Pierre Hebbelinck
(associé avec Alain Richard) est choisi par la ville pour réfléchir à un plan de restauration, du bâtiment et de ses abords. Les travaux commenceront en 1995.


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L
a halle avant la restauration des années 1990 ▲ et en 2006 ▼
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proue halle aux viandes_liege_2016.jpg  Du côté quai, la halle est précédée d’une terrasse qui évoque la proue d’un navire, avec le tronc d'un pin Douglas de 27,5 mètres en guise de mât.


halle aux viandes_liege_2008.jpg
  Un second mât se dresse de l’autre côté de l’entrée du parking. Son jumeau et lui, ainsi que la terrasse en forme de proue, rappellent le passé portuaire* de cet endroit.

* Dans la chronique d'archéologie et d'histoire du pays de Liège de juillet-septembre 1998, il est écrit : « Deux immenses colonnes urbaines formées de socles en troncs de pyramides et d'immenses troncs d'arbres mettent l'espace en évidence, évoquant à la fois les colonnes du pont de Fragnée et les piliers porteurs du pont de l'Atlas, aux deux extrémités de la ville ».



  Le bâtiment rénové a accueilli diverses expositions et manifestations d’ordre économique. Actuellement, il est devenu le principal lieu d'accueil touristique de la ville, à la suite de la fusion de la Maison du Tourisme du pays de Liège et de l'Office du Tourisme de Liège.

 

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18/06/2016

La rue et la place des Bons Enfants

rue des bons enfants_liege_2016.jpg
La rue des Bons Enfants en 2016.


plan liege 2013.jpg
Plan actuel de Liège. Le trait rouge représente la rue des Bons Enfants.


plan 1649.jpg  La configuration des lieux en 1649 (gravure de Julius Milheuser), avec le couvent des Bons Enfants (1), proche de l'église Saint-Hubert (2). Autres points de repère : la collégiale Sainte-Croix (3), le couvent Sainte-Claire (4), l'église Saint-Séverin (5), la collégiale Saint-Martin (6), la bras de la Meuse devenu le boulevard de la Sauvenière (7), la collégiale Saint-Jean (8) et la place aux Chevaux devenue la place de la République française (9).

 
* * * * *

 
  La rue des Bons Enfants et la place y attenant tirent leur nom d'un couvent établi là autrefois.


  Petite histoire du couvent des Bons Enfants

 
  Sources :

  - Théodore GOBERT, Liège à travers les âges : les rues de Liège, Culture et Civilisation, Bruxelles, édition 1975-78.

  - Léon HALKIN, La Maison des Bons-Enfants, bulletin de l'Institut archéologique liégeois, tome LXIV, 1940.

  
  Décédée en 1231, Élisabeth de Thuringe est canonisée en 1235. Une de ses filles, duchesse de Brabant*, lui dédie une chapelle qu'elle fait construire à Liège vers 1245, à proximité de l'église paroissiale Saint-Hubert**. Elle y annexe un hôpital pour les pauvres et un prieuré de chanoines réguliers de Saint-Augustin.

* Sophie de Thuringe a épousé en 1240 le duc Henri II de Brabant, lequel se réconciliera avec le prince-évêque liégeois Robert de Thourotte et conclura avec lui un traité d'alliance en 1244.
** Cette église n'existe plus ; elle se trouvait à la jonction des actuelles rues Saint-Hubert et Mont Saint-Martin.


  L'hôpital Sainte-Élisabeth tombe rapidement en décadence : les biens de l'institution ont été dilapidés, et l'immoralité des gens qu'on y assiste a fini par gagner les religieux. Les mœurs se sont relâchées, et l'établissement est devenu un lieu de débauche.

  Le prince-évêque Henri de Gueldre (de 1247 à 1274) prend les mesures nécessaire pour rétablir la règle monastique et transforme l'hôpital Sainte-Élisabeth en Maison des Bons Enfants, destinée à héberger, nourrir et éduquer de jeunes indigents jusqu’à leur puberté.

  À la fin du XIVe ou début du XVe siècle (la date est incertaine), la Maison Sainte-Élisabeth est confiée aux Frères de la Vie commune. Ceux-ci doivent veiller, sous le « joug monastique », au bien-être matériel et à la formation spirituelle des jeunes élèves qu'ils admettent comme pensionnaires*.

* La Maison des Bons Enfants est en réalité un pensionnat, dont les bénéficiaires vont recevoir l'instruction dans une école du voisinage. Les religieux aident toutefois les écoliers à répéter leurs leçons.

 
Mais les mœurs se relâchent à nouveau ! Cette mauvaise réputation fait fuir les pensionnaires. Les prieurs ont des concubines ; ils n'hésitent pas, pour l'argent, à transformer le couvent en tripot, où l'on se livre aux plaisirs du jeu, de l'ivrognerie et du sexe.

  Une nouvelle fois, l'autorité épiscopale se voit obligée d'intervenir avec la plus grande énergie. Le prince-évêque Jean de Heinsberg, en 1424, décide de réformer le couvent. Comme il veut y réintroduire des chanoines réguliers de Saint-Augustin, il fait appel à l'établissement de Bethléem, près de Louvain, d'où arrive en 1428 le chanoine Olivier de Champs, chargé de mener à bien cette mission d'épuration et de réorganisation.

  Le couvent réformé conserve son appellation de Maison des Bons Enfants, mais il ne redevient pas un lieu d'éducation, pour peu qu'il l'ait été auparavant. Olivier de Champ inaugure une ère de ferveur religieuse, de fidélité aux devoirs du cloître et de spiritualité ascétique.

  Le couvent Sainte-Élisabeth prospère tellement, dans la seconde moitié du XVIe siècle, que le nombre de ses religieux s’accroît et que la Maison des Bons Enfants ne suffit plus. Sous le règne de Jean de Hornes, les chanoines de Saint-Augustin acquièrent le prieuré bénédictin de Saint-Léonard, situé dans un faubourg de la ville. Ils y déménagent en 1489, puis vendent leurs ancien locaux, en 1493, à des religieuses franciscaines venues de Hasselt.

  Achat précipité, car ces religieuses franciscaines (dites aussi Sœurs de Hasque) trouvent les bâtiments trop exigus ; elles les cèdent aussitôt à des Frères cellites, qui leur laissent en échange leur couvent situé à proximité de la collégiale Saint-Paul (dans l'actuelle rue Sœurs de Hasque).

  Les Cellites ne séjournent guère longtemps aux Bons Enfants. En 1496, ils vendent l'immeuble aux Sépulcrines de Nieuwstad (près de Sittard aux Pays-Bas). Jeanne Schaetzen, prieure de cette communauté, et treize de ses religieuses fuient la guerre entre les ducs de Gueldre et de Clèves ; elles viennent s'installer aux Bons Enfants pour s'adonner à la vie contemplative et surtout se consacrer à l'éducation des jeunes filles.

  Le couvent des Sépulcrines va subsister jusqu'aux événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle. Les liégeois n'arrêteront pas de l'appeler le couvent des Bons Enfants.

 
plan_1737.jpg
  Sur ce plan de 1737, qui respecte les dénominations officielles, la flèche rouge désigne le couvent des Filles du Saint-Sépulcre.


  Dès le début du régime français (1975-1814), les Sépulcrines sont expulsées, et leur couvent est transformé en caserne, avant d'abriter les bureaux du gouvernement départemental.


plan_1827.jpg
  Le plan ci-dessus date nous reporte en 1827. Nous sommes à l'époque du régime hollandais. L'ancien couvent est maintenant le siège du gouvernement provincial (l'hôtel de la Province) ; il le restera après 1830 dans les premières années de la Belgique indépendante.

  Le 31 mars 1845, un incendie ravage une partie du bâtiment, ce qui accélère la décision prise dès 1842 de déménager les services provinciaux dans une nouvelle aile du palais des princes-évêques (voir autre article).

  Ce qui reste des Bons Enfants est vendu au chanoine Habets, curé de Sainte-Croix, lequel installe là, sous la direction des Filles de la Croix, un refuge pour les repenties puis pour un quartier pour jeunes délinquantes. Ce dernier est ouvert en 1847. On y reçoit des jeunes filles condamnées en justice ; on les initie « aux travaux manuels de leur sexe ».

  La maison pénitentiaire est remplacée en 1870 par une école primaire tenues par les mêmes religieuses. Mais le chantier du chemin de fer de ceinture (voir autre article) nécessite de nombreuses expropriations et démolitions. L'ancien couvent et l'église Sainte-Élisabeth elle-même sont sacrifiés sur l'autel de la modernisation. Une partie de l'espace dégagé devient un square public, lequel se bordera de maisons et deviendra en 1910 la place des Bons Enfants, avec un terre-plein garni d'une pelouse et de massifs floraux.


bons enfants_liege_1920.jpg  La place des Bons Enfants vers 1920. À remarquer, à l'arrière-plan, le tunnel ferroviaire sous Pierreuse, aujourd'hui dissimulé en dessous de l'extension moderne du palais de justice :
cadran_liege_google.jpg                      La place des Bons Enfants, à droite, est devenue un espace piétonnier.

 


  Les bouleversements de la fin des années 1970


  Dans le courant des années 1970, un plan d'aménagement du centre-ville entraîne une totale métamorphose du tissu urbain, et la place Saint-Lambert subit de nombreuses démolitions. C'est tout un patrimoine qui est implacablement sacrifié en quelques années.

  Le saccage s’étend jusqu’à la gare du Palais et au site du Cadran (voir cette autre page). La deuxième partie de la décennie voit disparaître les bâtiments qui entourent la place des Bons Enfants, tout comme ceux de la rue de Bruxelles, qu'on élargit en voie rapide.


rue de bruxelles_liege_debut annees 1970.jpg
La rue de Bruxelles et ses alentours au début des années 1970.


rue de bruxelles_liege_debut annees 1980.jpg
Au tout début des années 1980.

cadran_liege_1975.jpg  Au carrefour du Cadran (photo de 1975), la rue de Bruxelles en provenance de la place Saint-Lambert se prolonge par la rue de l'Académie (l'immeuble marqué d'une flèche vous aidera à vous situer sur la photo suivante). La rue qu'on aperçoit en bas à gauche est la rue Sylvestre qui mène à la rue Haute-Sauvenière. Le bus sort de la rue Léon Mignon. À droite, s'ouvre la rue des Anglais.


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Le même endroit en 2009.

chantier gare du palais_liege_1974.jpg  La rue de Bruxelles et la gare du Palais, vues en 1974 depuis la rue Fond Saint-Servais. Dans le fond à droite, entre les deux buildings situés au carrefour du Cadran, on distingue des immeubles de la place des Bons Enfants.

chantier gare du palais_liege_1976.jpg  Des démolitions ont commencé dès 1975 du côté des Bons Enfants ; on le constate par la différence d'arrière-plan entre les deux buildings.


  Voici quelques photos du site des Bons Enfants en 1974-1975, mêlées à des vue plus récentes pour permettre la comparaison :

bons enfants_liege_1975 (1).jpg  Le building marqué « STOCK » (immeuble-parking) est celui de gauche sur les vues précédentes. La rue Léon Mignon* est entrecoupée par la place des Bons Enfants.

* Du nom du sculpteur belge (Liège 1847 – Schaerbeek 1898) qui s'est notamment rendu célèbre par sa statue « Le dompteur de taureau » (Li torè), installée aux Terrasses depuis 1881.

 
Le trait rouge vous aidera à vous situer sur la photo suivante :
bons enfants_liege_2016.jpg

 

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La rue Léon Mignon dans l'autre sens.
bons_enfants_liege_2014.jpg



bons enfants_liege_1974 (1).jpgbons enfants_liege_1974 (2).jpg  La place des Bons Enfants. La chaussée qui vient des rues Saint-Hubert et Mont Saint-Martin se prolonge au-delà de la rue Léon Mignon par une courte rue des Bons Enfants, jusqu'à la rue Agimont* (voir aussi la toute première pohoto de cet article).

* Du nom d'un propriétaire local d'autrefois.

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Le même endroit en 2009.

 
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Et en 2016.

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La courte rue des Bons Enfants vers la rue Agimont.




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La place des Bons Enfants d'hier ▲ et d'aujourd'hui ▼
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bons enfants_liege_1975 (4).jpg  Les immeubles de la place des Bons Enfants entre la rue Saint-Séverin (à gauche) et la rue Léon Mignon (à droite). Ils ont été démolis dans la seconde partie des années 1970.

 
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Un mur de briques rouges et une pelouse ont très longtemps caractérisé l'endroit.

 
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En 2014, a commencé la réalisation d'un projet immobilier destiné à revaloriser le lieu.

 


bons enfants_liege_1975 (3).jpg  C'est en 1975 que vont avoir lieu les premières destructions contiguës à la place des Bons Enfants. Remarquez les palissades sur la droite de la photo, à l'angle des rues Saint-Séverin et Mont Saint-Martin.


tournant saint-hubert_liege_1898.jpg
Cet angle, le voici à la fin du XIXe siècle. On l'appelait le tournant Saint-Hubert.


mont saint-martin_liege_1974-75.jpg  Le revoici en 1975 du côté du Mont Saint-Martin. Tous les bâtiments que longe la palissage vont bientôt disparaître.


mont saint-martin_liege_2009.jpg
Le même endroit en 2009, pendant le chantier de l'hôtel cinq étoiles Crowne Plaza.


angle rue st-hubert_liege_1975.jpg
De l'autre côté en 1975, à l'angle de la rue Saint-Hubert (là où se trouvait autrefois l'église du même nom).


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En 2006 ▲ et 2009 ▼
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cadran bons enfants_liege_1980.jpg  Le chantier d'aménagement du quartier en 1980. Le tunnel du chemin de fer de ceinture passe sous la place des Bons Enfants.

cadran bons enfants_liege_1996.jpg  Le Cadran et la place des Bons Enfants en 1996, à la veille de subir de nouveaux bouleversements… mais ce sera une autre histoire.

 

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13/04/2016

La place des Déportés et le pont Saint-Léonard (ou Maghin)

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

vue aerienne_esplanade saint-leonard_liege.jpg
La situation actuelle de la place des Déportés et de l'esplanade Saint-Léonard (lien Bing Maps).


  Cet emplacement est celui de l'ancien fossé défensif de Saint-Léonard, creusé au XIIIe siècle et alimenté en eau par la Meuse pour servir de douve* aux remparts nord de la cité**

* Cette pièce d'eau sert aussi de refuge pour bateaux lors des débâcles et forts débits du fleuve.
** Ces remparts sont aussi appelés le bastion des Walles, terme wallon issu du latin « vallum » qui désigne le terre-plein d'une fortification.

liege_milheuser_1649.jpg  Cette gravure de Julius Milheuser (1649) nous permet de situer ce fossé (1), ainsi que les portes de Vivegnis (2), Saint-Léonard (3) et Maghin (4), les deux dernières équipées d'un pont-levis. En dehors de l'enceinte fortifiée, le faubourg Saint-Léonard a des aspects de village champêtre.

  Primitivement, les ponts Saint-Léonard* et Maghin** sont donc deux ouvrages distincts appartenant au système défensif de la ville.

* Le quartier doit son nom à un ancien prieuré fondé au XIe siècle et consacré à ce saint.
** « Maghin » était jadis un prénom féminin avant de devenir un patronyme, probablement celui d'une famille locale.

rempart saint-leonard_liege_1755.jpg
Les remparts de Saint-Léonard en 1755. Le fossé apparaît encombré par des atterrissements.

  À la fin du XVIIIe siècle, le fossé de Saint-Léonard est obstrué et en mauvais état. On commence à le combler, et les terrains sont concédés moyennant une faible redevance à des particuliers qui les transforment en jardins. Parmi les bénéficiaires, il y a notamment les habitants de la rue Sur les Fossés (devenue la rue Mathieu Laensbergh), lesquels profitent ainsi d'une parcelle en face de leur demeure.

  En 1806, sous le régime français, le préfet du département de l'Ourthe, Charles Emmanuel Micoud d'Umons, envisage de faire curer les fossés pour y aménager un port aux houilles. Mais le projet n'aboutit pas, et le comblement se poursuit de plus belle.

plan liege regime hollandais 1827.jpg  Le plan ci-dessus nous transporte quelques années plus tard sous le régime hollandais (1815-1830). Le fossé est totalement remblayé, mais les remparts subsistent. La flèche désigne la porte Saint-Léonard, où se trouve la prison de Liège depuis 1738.

porte saint-leonard_liege_1845.jpg  La porte Saint-Léonard en 1845, vue du côté faubourg. Les bâtiments de la prison se trouvent à droite (on n'en voit qu'une partie). Là où marche le personnage, se trouvait précédemment le pont franchissant le fossé défensif.

plan liege 1862.jpg  Plan des années 1860. Les remparts ont été démolis de 1840 à 1863, et une nouvelle prison (on en voit le quadrilatère entre les rues du Nord et Mathieu Laensberg) a été construite de 1847 à 1850, sur des terrains que la Ville a cédés à l'État. Remarquons que l'espace compris entre cette prison et la Meuse est appelé la place Maghin. Avant que cette appellation ne soit officialisée, le peuple avait pris l'habitude de dire « la place du pont Maghin », en souvenir de l'ancien pont-levis de la porte fortifiée de ce nom (le pont Maghin sur la Meuse n'existait pas encore).

prison saint-leonard_liege_entree.jpg▲ L'entrée, rue du Nord, de la prison néogothique Saint-Léonard, conçue par l'architecte bruxellois Joseph-Jonas Dumont. Cet établissement pénitentiaire a été inauguré en 1851 pour les hommes et en 1854 en ce qui concerne l'aile réservée aux femmes (les cartes postales nous reportent au tout début du XXe siècle) ▼

prison saint-leonard_liege_debut XXe.jpg

  Le premier pont Saint-Léonard sur la Meuse

 
En décembre 1858, les entrepreneurs Claes et Flechet sollicitent la concession d'un pont sur la Meuse à la hauteur de la place Maghin, en remplacement d'un ancestral passage d'eau. Ils prennent la construction à leur charge, à condition que la Ville leur accorde de percevoir les droits de péage et aménage les quais de la rive droite, du pont des Arches à Dos Fanchon.

  Étudiant le projet, Hubert-Guillaume Blonden, ingénieur en chef des travaux de la Ville, propose de décaler l'ouvrage légèrement en amont, dans l'axe de la rue du Nord (actuelle rue de la Résistance), que le prolongement du pont rejoindrait par une rampe en pente douce. Cette modification suppose la disparition de la caserne des pontonniers et de trois maisons de la rue Féronstrée, mais le but est de préserver la place Maghin.

  Le plan qui suit, en date de 1860, préfigure la réalisation du projet avec les changements apportés par Blonden. Le conseil communal se montre favorable ; il est même envisagé de profiter de l' occasion pour ouvrir de nouvelles rues dans les prés Saint-Denis :
plan_liege_1860.jpg
  Mais les exigences inconciliables des protagonistes finissent par aboutir à l'abandon du projet. En 1866, la Ville décide de se charger elle-même de la mise en œuvre du pont ; l'année suivante, le chantier est adjugé aux entrepreneurs Chèvremont et Piedbœuf, le premier pour les travaux de maçonnerie, le second pour la construction de la superstructure métallique.

  Le pont Saint-Léonard (c'est son nom officiel même si la population l'appelle fréquemment le pont Maghin) est construit de septembre 1867 à juin 1869. Un péage* est établi pour permettre de rembourser l'emprunt que la Ville a dû contracter.

* Les droits de péage seront supprimés en 1883, quand l'État rachètera l'ouvrage.

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Les trois travées métalliques du premier pont Saint-Léonard sur la Meuse (1869-1928).

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Carte postale affranchie en 1910.

pont maghin_liege_tram_debut XXe.jpg
Carte postale affranchie en 1914.

pont maghin_liege_avant 1900.jpg
▲ La fabrique que l'on voit à l'arrière-plan (entre les deux piles du pont) est la linière de Saint-Léonard, érigée en 1828 par John Cockerill à l'emplacement de l'ancien couvent des Récollectines ▼

pont maghin_liege_annees 1920.jpg

curtius pont maghin et quai_liege_tt debut XXe.jpg
▲ Le pont Saint-Léonard vu du quai de Maestricht. Le palais Curtius (d
emeure Renaissance de l'industriel Jean de Corte au début du XVIIe siècle) est un musée archéologique à partir de 1909 ▼musee curtius liege entre 1896 et 1928.jpgquai de maestricht_liege_1909.jpg

1er pont saint-leonard_liege (4).jpg
Les activités portuaires le long du quai de Maestricht.

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▲ Parties de pêche en amont du pont du Saint-Léonard ▼
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▲ Début du XXe siècle et début des années 1960 ▼
pont maghin_liege_1960.jpg

 


  De la place Maghin à la place des Déportés


1er pont saint-leonard_liege (3).jpgRevenons à l'aube du XXe siècle et empruntons le pont en direction de la place Maghin.

place maghin et prison_liege_1905.jpg
Vue de 1905. À gauche, la rampe d'accès au pont. À l'arrière-plan, la prison. À droite, la place Maghin.


  Pendant la démolition des remparts et la construction du pont sur la Meuse, la place n'a guère été entretenue, jonchée de décombres, matériaux et immondices. Elle a été déblayée en 1869, puis aménagée et arborée. Des platanes plantés en 1876 ne se sont pas développés et ont été remplacés par des ormes en 1890.


rampe pont maghin_liege_debut XXe.jpg
La rampe d'accès au pont à l'aube du XXe siècle.

place maghin et prison_liege_debut XXe.jpg  Les bâtiments industriels sont ceux de la Société de Saint-Léonard, établie à l'emplacement d'un ancien couvent de Carmélites. Cette usine fabriquait de l'acier et des machines, dont des locomotives.


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En 1906 ▲ et 1978 ▼prison saint-leonard_liege_1978.jpg

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Le même endroit de nos jours.

place maghin_liege_tt debut XXe.jpg  La place Maghin au début du XXe siècle, avec vue sur le côté opposé à la rampe du pont. Les immeubles de droite se retrouvent sur la vue qui suit, carte postale affranchie en 1906 et illustrant le marché aux chevaux qui, à l'époque, se tient là hebdomadairement :
marche aux chevaux_maghin_liege.jpg



deportation 14-18.jpg  Pendant la première guerre mondiale, de nombreux ouvriers belges ont été déplacés en Allemagne. C'est en leur hommage que la place Maghin est rebaptisée la place des Déportés le 30 décembre 1918.

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La place des Déportés et la prison Saint-Léonard pendant les inondations de l'hiver 1925-26.

 


  Le deuxième pont Maghin (ou Saint-Léonard)

 
Le pont endommagé en 1914 subit une restauration sommaire en 1921, mais il est rapidement décidé de le remplacer : son faible tirant d'air* entrave le passage des bateaux lors des fortes eaux, ainsi que la circulation des trams sur les quais.

* Le tirant d'air d'un pont est la hauteur disponible entre le tablier et le niveau de l'eau ou du sol.

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▲ Le deuxième pont Maghin, ouvrage métallique réalisé par la société John Cockerill, est construit de 1928 à 1930 ▼construction 2e pont maghin_liege_1928-30.jpg


2e pont maghin_liege (1).jpg  L'ouvrage comporte une arche centrale de 70 mètres et deux demi-arches de 36 mètres. Il est terminé pour l'Exposition internationale de 1930.

passerelle maghin_liege_1928-30 (1).jpg
▲ Une passerelle provisoire est jetée sur la Meuse pendant le chantier de construction du deuxième pont Maghin ▼passerelle maghin_liege_1928-30 (2).jpg


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Le deuxième pont Maghin sur une carte postale écrite en 1936.

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Les ruines du pont après que l'armée belge ait fait sauter l'ouvrage le 11 mai 1940.

 


  Le troisième pont Maghin (l'actuel)


pont maghin_liege_après guerre.jpg  Les ruines du deuxième pont Maghin ont été déblayées. La situation restera inchangée quelques années, le temps que la Ville* obtienne le prêt nécessaire pour financer la construction d'un nouvel ouvrage.

* À l'époque, la Ville est seule propriétaire du pont ; l'État n'est donc pas intervenu dans sa reconstruction. De nos jours, l'ouvrage a été repris par la Région wallonne (renseignements fournis par Jean-Géry Godeaux).

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Plan de 1947, sans pont sur la Meuse à la hauteur de la rampe de la place des Déportés.


vue aerienne_liege_sans pont maghin.jpg
  Photo aérienne que je daterais de 1949-50. Les deux repères désignent la prison Saint-Léonard (1) et la place des Déportés (2).

 
  La construction du troisième pont Maghin est confiée aux entreprises Blaton-Aubert sous la direction de M. A. Joachim, chef du Service de la Voirie de la Ville de Liège. Il s’agira d’un ouvrage à trois arches en béton précontraint, garni de pierres de taille. Il sera ouvert à la circulation en décembre 1952.

construction 3e pont maghin_liege (1).jpg
▲ Le chantier du pont en 1951 ▼construction 3e pont maghin_liege (2).jpg



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▲ En 1962 ▼pont maghin_liege_1962 (2).jpg



pont maghin_liege_1980.jpg
  Cette photo date probablement de 1980-81, si j'en crois le nettoyage intensif de la façade du musée Curtius, opération qui a eu lieu ces années-là. La prison Saint-Léonard (dont on aperçoit le mur d'enceinte sur la gauche du document) est en attente de démolition.

pont saint-leonard_liege_aout 2007.jpg  En août 2007, le pont est fermé à circulation pour un an. Il est urgent de le sécuriser à cause des dégâts causés par la corrosion. On profite de l'occasion pour remplacer l'éclairage et l'illuminer, ainsi que les berges, dans le cadre du Plan Lumière de la Ville.


 
La démolition de la prison Saint-Léonard

prison saint-leonard_liege_1976 (2).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (1).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (3).jpg  Les trois photos ci-dessus datent de 1976. À cette date, il y a déjà trois ans qu'a commencé à Lantin la construction d'un nouvel établissement pénitentiaire, destiné à remplacer la prison Saint-Léonard trop vétuste et non adaptée au monde carcéral moderne.

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La prison de Lantin en cours de construction en 1977.

prison saint-leonard_liege_mutinerie juin 1979.jpg  En juin 1979, quelque six mois avant le déménagement à Lantin*, les détenus profitent d'une grève des gardiens pour se mutiner. Il s'ensuit des évasions et d’importantes dégradations aux installations.

* La prison de Lantin a été officiellement inaugurée le 17 décembre 1979 et occupée précipitamment suite à la destruction par une mutinerie de la prison Saint-Léonard (source : http://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/prisons/p...).


prison saint-leonard_liege_1981.jpgLa prison Saint-Léonard désaffectée ▲, à la veille de sa démolition en 1982-1983 ▼prison saint-leonard_liege_1982.jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (2).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (3).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (1).jpg


esplanade Saint-Léonard_liege_2004.jpg  Laissé longtemps en friche, le site de l'ancienne prison a fait l'objet en 1994 d'un concours de réhabilitation organisé par la Ville de Liège. Rénové jusqu’en 2001 par les soins d’architectes et de paysagistes liégeois, il est aujourd’hui un espace public comportant un terrain de sport, une zone verte et une vaste esplanade permettant d'accueillir divers événements à longueur d’année.

esplanade saint-leonard_liege_2007.jpg
Ce plan d'eau rappellerait-il l'ancien fossé défensif qui servait de douve aux remparts nord de la ville ?

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29/04/2015

Les chevaliers teutoniques à Liège - la tour des Vieux-Joncs

  Les chevaliers teutoniques* constituent un ordre religieux militaire, fondé en Terre sainte au XIIe siècle par des seigneurs allemands.

  Il s'agit au départ d'une communauté charitable fondée pour soigner les croisés et pèlerins, avant de devenir une organisation militaire importante qui participe à la défense et à l'expansion de la chrétienté**.

* Les Teutons étaient un peuple de l'ancienne Germanie.
**L'ordre existe toujours, essentiellement en Allemagne, Autriche, Slovénie, Slovaquie et République tchèque. Ses membres ont renoué avec la vocation caritative des origines.

     

La croix teutonique

croix teutonique.jpg

« Crux Ordis Teutonicorum » par David Liuzzo — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons 

plan_liege_1737.jpg  Ce plan dessiné par le jésuite Christophe Maire en 1737 (cliquez dessus pour l'agrandir) vous permettra de situer les lieux mentionnés dans les explications qui suivent.

  Au XIIIe siècle, l'ordre teutonique s'implante progressivement en Europe. Des moines-chevaliers s'installent à Liège dès 1254. Ils sont originaires de la Grande Commanderie d' Alden Biesen (Limbourg), mots signifiant « vieux joncs » en ancien néerlandais
. Le prince-évêque Henri de Gueldre les prend sous sa protection et les loge dans le couvent de Beaurepart, l'actuel séminaire épiscopal (1). Ils occupent ensuite l'hôtel de Celles (2), rue de la Wache, au pied du pont d'Île. Ce sont les chevaliers Jacques de Celles (1255) et Jean-Hustin de Thynes (1261) qui leur ont cédé cette propriété, avec droits et dépendances, dont le patronage des églises Saint-André (3) et Saint-Gangulphe.


  En 1294, les chevaliers teutoniques déménagent au pied de la rue Pierreuse, derrière le palais des princes-évêques, dans deux bâtiments qu'ils vont agrandir et transformer en commanderie digne de leur rang (4).

plan milheuser_liege_1649.jpg  En établissant leur commanderie en Basse-Pierreuse (1), les moines-soldats se rapprochent de l'église paroissiale Saint-André (2), qui leur appartient et dont le curé* est issu de leur communauté. À cette époque, cet édifice ne présente évidemment pas l'aspect qu'on lui connaît actuellement**.
* Appelé « grand-curé » ou « grand-pasteur ».
** L'édifice actuel, construit de 1765 à 1772 selon les plans de l'architecte liégeois Jacques-Barthélemy Renoz, est circulaire et coiffé d'un dôme à douze pans. Il n'a connu qu'une courte carrière religieuse, vu les événements révolutionnaires qui ont marqué la fin du XVIIIe siècle.

commanderie teutonique_liege_XVIIIe.jpg  Cette gravure représente la commanderie des chevaliers teutoniques vers 1700. On remarque l'ampleur du domaine, avec des jardins d'agrément en terrasses, aménagés à la mode Renaissance sur des coteaux précédemment plantés de vignes.

  Vous pouvez repérer les mêmes lieux sur la vue aérienne qui suit, prise en 2009 :
histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs  Sur cette vue aérienne, la flèche désigne les bâtiments de l'ancienne commanderie, affectés à cette époque à la justice de première instance (laquelle a déménagé depuis dans les extensions du palais que l'on voit en construction).

rue du palais_pierreuse_liege_2006.jpg  Ces bâtiments sont situés au 66 de la rue du Palais, au pied de la rue Pierreuse. Construits dans la seconde partie du XVIIe siècle pour remplacer ceux du XIIIe, ils ont encore été transformés au XVIIIe comme en témoigne le millésime 1759 gravé sur une pierre de la façade.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs   Ci-dessus, la rue du Palais et la rue Pierreuse en 2008, pendant le chantier d'extension du palais de justice. Sur la droite, on aperçoit l'entrée de l'ancienne commanderie. La carte postale qui suit nous montre le même endroit au début du XXe siècle (Après 1905, vu l'existence de la gare du Palais néogothique, construite à l'occasion de l'exposition universelle qui se tient à Liège cette année-là). On est loin de l'aspect aristocratique des siècles précédents :
histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs   Il est vrai qu'à la suite des événements révolutionnaires de la fin de XVIIIe siècle, les biens de l'ordre teutonique ont été confisqués et vendus. À la fin du XIXe siècle, l'ancienne commanderie sert en partie à loger des « ménages plus que modestes », dans un quartier devenu « cosmopolite et populeux ». Quand la ville de Liège acquiert les lieux en 1920, elle espère pouvoir restaurer l'intérieur pour y installer divers services communaux, mais elle doit reporter son projet à cause de la crise des logements. L'immeuble est aujourd'hui affecté à des services d'aide juridique. Le bâtiment est classé depuis 1971.

 
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  Il existe un sentier de promenade (nous en reparlerons) qui permet d'accéder aux anciennes terrasses teutoniques, d'où l'on peut découvrir un exceptionnel panorama de la ville. Concernant le sujet qui nous intéresse dans cet article, remarquons le dôme de l'ancienne église Saint-André, aujourd'hui désacralisée, et la pointe octogonale de la tour dite des Vieux-Joncs, vestige de l'ancien domaine teutonique.

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L'existence de cette tour est attestée pour la première fois dans un écrit de 1423. L'appellation « Vieux-Joncs » rappelle le lieu* dont sont issus les moines-chevaliers venus s'installer à Liège au XIIIe siècle.
*Alden Biesen (les « Vieux-Joncs » en français, appellation probablement due à la végétation d'origine à cet endroit marécageux) est un lieu-dit de la commune de Bilzen, dans la province de Limbourg. Le splendide château de l'ordre teutonique qui s'y trouve est devenu un centre international de conférences et un haut-lieu de la vie culturelle flamande.

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  Cette carte postale du siècle dernier fait mention d'une tour militaire datant de 1303. Indépendamment de la date invérifiable, il n'est pas certain que cette construction ait eu une vocation guerrière. Elle renferme simplement un escalier donnant accès aux terrasses et jardins, et le pavillon qui la domine, ajouté au XVIe siècle, n'est qu'une petite pièce qui a servi de cabinet de travail au grand-curé de Saint-André, lequel logeait dans la commanderie.

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   La tour des Vieux-Joncs à l'époque où des habitants logent dans l'ancienne commanderie et ont accès aux terrasses.

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En 1926.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncsEn 1966.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncsEn 1969.

histoire de liège,liège,pierreuse,rue du palais,ordre teutonique,chevaliers teutoniques,terrasses de la citadelle,coteaux de la citadelle,tour des vieux-joncs  La tour et le pavillon sont restaurés dans la seconde partie des années 1980. La photo ci-dessus, prise le jour de l'inauguration, est extraite d'un article paru en 1988 dans la revue « Liège, ma cité ».

  Dès 1996, on met à l'étude le projet d'un sentier touristique qui permettrait aux promeneurs de découvrir les terrasses de Frères Minimes et des chevaliers teutoniques, tout en leur offrant un exceptionnel panorama sur la ville. Ouverte au public depuis mai 2002 par l'entrée de la rue de Palais, la promenade est possible depuis 2005 au départ du n° 38 de la rue Pierreuse. Voici quelques vues prises en 2006 :
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 Une petite visite guidée est disponible sur ce lien.

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15/02/2015

Avant la place Saint-Lambert

  Au début du Moyen Âge, le site de l'actuelle place Saint-Lambert est occupé par une bourgade mérovingienne, construite en partie sur les ruines d'une ancienne villa romaine. Le sol fertile, le long de la Légia*, est exploité par une petite population rurale. Un oratoire**, près des chaumières, atteste de la christianisation des lieux.
* Ce ruisseau est aujourd'hui canalisé et souterrain. À l'époque évoquée, il dévalait d'Ans en suivant approximativement le tracé des actuelles rues Sainte-Marguerite, de l'Académie et de Bruxelles, puis se divisait en différents bras avant de se jeter dans la Meuse.
** Cet oratoire dédié aux saints Cosme et Damien, la légende en attribue la construction à Monulphe, évêque du diocèse Tongres-Maastricht dans la seconde moitié du VIe siècle.

 liege-village merovingien.jpg  Ci-dessus, le « leudicus vicus » (le « village public » de Liège), tel qu'imaginé dans la bande dessinée « Pays de Liège, vie d’une Église » (DUSART/VINK, ISCP-CDD, Lg 1984).

 Ci-dessous, le tracé de la Légia (en bleu) reproduit par Christian Hauglustaine sur un plan de 1770 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
plan_legia_liege_1770.jpg

saint_lambert.jpg


  Au début du VIIIe siècle, le diocèse de Tongres-Maastricht est dirigé par l'évêque Lambert. Quand celui-ci se déplace dans nos régions, il aime s'arrêter dans l'humble bourgade liégeoise pour prier et se reposer. Et c'est là qu'il est assassiné, avec son entourage, par les hommes d'armes de Dodon, haut fonctionnaire de l’État franc et membre d’un clan rival. La date habituellement retenue pour ce drame est le 17 septembre 705.

assassinat lambert.jpgCi-dessus, le martyre de saint Lambert représenté sur un panneau peint du XVe siècle.

Ci-dessous, la même scène sur une miniature du XIIIe :

martyre_saint-lambert.jpg

      La tradition rapporte que le premier réflexe de Lambert est un réflexe de guerrier : il s’empare d’un glaive, prêt à défendre chèrement sa peau. Puis il jette son arme, renonçant à tuer, et se retire dans la chapelle. Un des agresseurs grimpe sur le toit, arrache le revêtement, aperçoit l’évêque en prière et le frappe d’un coup de javelot.

 

  Lambert est d'abord inhumé à Maastricht, mais le lieu de son supplice attire les pèlerins, et on parle même de guérisons miraculeuses !

  L'évêque Hubert (705-727) fait bâtir à Liège un sanctuaire où sont transférées, vers 718, les reliques de son prédécesseur. Le culte voué au martyr prend tellement d'ampleur que la bourgade se transforme rapidement en une importante agglomération urbaine, qui finit par devenir le siège du diocèse en remplacement de Maastricht.

  L'édifice religieux dédié à Saint-Lambert,
desservi par un chapitre de chanoines, prend de l'ampleur et le rang de cathédrale. Incendié en 881 (ou 882) par les pillards normands, il est rapidement reconstruit, mais il ne retrouve pas son importance d'avant. L'évêque Éracle (959-971) envisage même d'installer, sur la colline du Publémont, son palais épiscopal et une nouvelle cathédrale dédiée à saint Lambert*.
* Ce projet n'aboutira pas.
L'église dont il initie la construction sur le Publémont, en 965, ne deviendra pas la cathédrale de Liège, mais la basilique Saint-Martin).

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Placé sur le trône de saint Lambert par Otton Ier (empereur germanique de 962 à 973), l’évêque Notger (972-1008) reçoit une double mission : rétablir l’ordre à l’intérieur du diocèse de Liège, menacé par des seigneurs locaux, et se protéger des attaques extérieures.

  Otton II (973-983) accorde à Notger un privilège d’immunité générale qui fait de l’évêque le seul et unique maître de ses terres et de ses possessions. Liège n'est plus seulement la capitale d'un diocèse, mais aussi celle d'un État, une principauté épiscopale qui reste certes vassale du Saint-Empire, mais que le prince-évêque peut gérer en toute indépendance vu les pouvoirs temporels dont il dispose.

  Enrichi par les dons des souverains germaniques, Notger se lance dans un vaste programme de construction qui va remanier complètement la physionomie de Liège. Il fait construire ou achever plusieurs collégiales : Saint-Paul et Saint-Martin (commencées sous son prédécesseur Éracle), Sainte-Croix, Saint-Jean-l’Évangéliste, Saint-Denis ; et dote la cité d’une enceinte fortifiée.

  À l'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert, il fait construire un palais épiscopal et une cathédrale dignes du nouveau statut de la cité.

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 La cathédrale est dédiée à Notre-Dame et Saint-Lambert. Notger lui adjoint, accolée au côté sud, une église paroissiale baptistère appelée Notre-Dame aux Fonts.

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  Ci-dessous, deux illustrations de l'édifice remanié en style roman dans le courant du XIIe siècle :
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  Dans la nuit du 28 au 29 avril 1185, un incendie se déclare dans l'une des maisons accolées au cloître*. Il se propage rapidement et dévaste le cœur historique de la cité, détruisant une grande partie du complexe religieux et endommageant même le palais. On raconte que les flammes ont fait rage pendant treize jours.
* C'est la version de Gilles d'Orval, moine cistercien de l'abbaye d'Orval,
connu au XIIIe siècle pour sa Gesta episcoporum Leodiensium (Histoire des évêques de Liège). Le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse parle, lui, de l'imprudence d'un sonneur de cloches, qui a quitté son poste sans éteindre le foyer qui le réchauffait.

  Place Saint-Lambert, sur le mur à droite de l'Archéoforum, figure une ligne du temps résumant les grandes périodes de la cathédrale :
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  La reconstruction de la cathédrale débute immédiatement après l'incendie, en utilisant une grande partie des fondations antérieures. On procède d'abord à des réparations d'urgence, suffisantes pour que l'archevêque de Cologne, en 1189, se déplace pour venir consacrer la partie restaurée du temple. En 1197, les reliques de saint Lambert, mises à l'abri lors de l'incendie (dans la collégiale Saint-Barthélemy), réintègrent les lieux.

 
Puis le chantier colossal va durer près de deux siècles et demi, pour en arriver, au milieu du XVe siècle, à une splendeur de l'art gothique, comparable en dimensions à Notre-Dame de Paris. En 1468, le sac de la ville ordonné par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire n'affectera guère le monument au niveau architectural.

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Les tours jumelées, situées à l'ouest, datent du milieu du XIIIe siècle ; elles ont été appelées les tours de sable parce qu'elles ont été bâties en tuffeau, pierres jaunâtres extraites dans les environs de Maastricht.

  La grande tour (à l'emplacement de l'actuel espace Tivoli) a été terminée dans la troisième décennie du XVe siècle. Elle culmine à 135 mètres, à la même altitude que la colline de Sainte-Walburge. Sa flèche a été couverte de plomb doré au XVIe siècle.

  On remarque, au pied de la grande tour, le long du flanc sud de la nef, l'église baptistère Notre-Dame aux Fonts.

  Tout ce complexe religieux couvrait les actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, que l'on voit ci-dessous en 2008, dans le même sens que la reconstitution qui précède. Les pylônes métalliques symbolisent les colonnes intérieures de l'ancienne cathédrale :
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  Pour mieux comprendre la configuration des lieux avant que la place Saint-Lambert n'existe, voici un plan de 1785, puis un dessin de Camille Bourgault présentant la situation en 1770 (cliquer sur ce dessin permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
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La révolution liégeoise

  À la fin du XVIIIe siècle, les Liégeois se sont attachés aux idées des philosophes qui, en France, critiquent l’ancien régime et demandent des réformes. Les idées nouvelles de liberté, égalité, fraternité, trouvent des adeptes de plus en plus nombreux.

 Esprit émancipé, le prince-évêque François Charles de Velbruck comprend son époque et les aspirations de son peuple. Il veut l’égalité de tous devant l’impôt et se montre partisan du principe de la souveraineté nationale. Il s’avère aussi un grand protecteur des arts et des sciences.

 Mais à ce prince éclairé, succède, en 1784, César Constantin François de Hoensbroeck, autoritaire, têtu, qui gouverne en s’appuyant uniquement sur le parti aristocratique. La situation de paysans et des ouvriers n’est guère enviable, les grèves et les rassemblements se multiplient ; le chômage et la mendicité sévissent. Bref, le peuple réclame plus de justice sociale.

 Le 14 juillet 1789, les Parisiens s’emparent de la Bastille. Le 4 août, l’assemblée nationale française supprime tous les privilèges et proclame la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ces événements suscitent l’enthousiasme au pays de Liège, surtout dans la capitale, où le peuple envahit le 18 août l’hôtel de ville pour proclamer Fabry et Chestret comme bourgmestres populaires. Dans l’après-midi, le prince-évêque Hoensbroeck, ramené de son château de Seraing par la foule, feint de céder, mais le lendemain, il s’enfuit et appelle à l’aide les princes allemands contre ses sujets rebelles.

 Le 30 novembre 1790, des troupes, en majorité prussiennes, occupent la citadelle, et le 12 janvier suivant, l’armée de l’empire germanique entre à Liège, obligeant les patriotes les plus en vue à émigrer en France. Le retour de Hoensbroeck se manifeste par de multiples représailles.

 Le 22 septembre 1792, la république est proclamée en France. Notre grande voisine, à ce moment, est en guerre, car les souverains étrangers veulent y rétablir la monarchie. Le conflit se déroule en partie sur notre sol. Le 6 novembre 1792, le général français Dumouriez inflige à Jemappes une lourde défaite aux Autrichiens ; quelques jours plus tard, il entre à Liège au milieu de l’enthousiasme populaire.

 Les patriotes exilés rentrent avec l’armée française, tandis que le prince-évêque François Antoine Marie de Méan prend la fuite (Hoensbroeck est décédé quatre mois plus tôt). Une assemblée nationale liégeoise, élue par les citoyens, décide en février 1793 le rattachement de la principauté de Liège à la France.

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Les trois derniers princes-évêque de Liège : Velbruck, Hoensbroeck et Méan.

 
 Quelques jours plus tard, les armées françaises subissent un échec, et les Autrichiens réoccupent Liège, ramenant l’ancien régime et le prince-évêque. Restauration de courte durée, car le 26 juin 1794, les troupes républicaines de Jean-Baptiste Jourdan remportent la victoire de Fleurus. Les Autrichiens évacuent le 27 juillet.

 Le 1er octobre 1795, la principauté de Liège (ainsi d'ailleurs que le reste de la Belgique) est réunie à la république française. Liège devient le chef-lieu du département de l’Ourthe.

 

La démolition de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert

  Dans le contexte de la révolution liégeoise, il est décidé, dès fevrier 1793, de détruire cet édifice qui symbolise l'arrogance autoritaire de l'ancien régime. Mais un mois plus tard, la victoire autrichienne à Neerwinden (Landen, en Brabant flamand) entraîne le retour du prince-évêque et une période de répression.

  Quand les troupes républicaines françaises entrent à Liège fin juillet 1794, après avoir vaincu les Autrichiens à Fleurus, la démolition de la cathédrale revient à l'ordre du jour.

  En fait, cette démolition va s'accomplir lentement, car l'édifice est une mine à ciel ouvert que l'on exploite en fonction des circonstances et des besoins. Les plombs des toitures, cuivres et bronzes, sont envoyés à la fonderie « pour faire des balles pour exterminer les satellites des tyrans » ; les boiseries sont récupérées à des fins militaires ou de travaux publics ; les objets et matériaux sont vendus aux enchères... L'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert va rester un amas de ruines pendant près de trois décennies !

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* Les documents représentant les ruines de la cathédrale proviennent des collections artistiques de l'université de Liège et des archives du Vieux-Liège.
** Sauvée du désastre par des particuliers, la cuve baptismale de la fin du Xe siècle a été installée en 1804, après le Concordat, dans l'ancienne collégiale Saint-Barthélemy devenue église paroissiale.

   Ci-dessous, l'échafaudage entoilé, sur l'espace Tivoli en l'an 2000, symbolise le chœur oriental de la cathédrale disparue :
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  En 1811, Napoléon effectue à Liège une seconde visite officielle et s'irrite de revoir des ruines au lieu d'une place publique avec une statue monumentale de sa personne. En 1812, la municipalité adopte un plan d’aménagement du terrain, qui reçoit le nom de place Napoléon le Grand. Des adjudications sont lancées pour activer le déblaiement. Surviennent alors, en 1815, la défaite de napoléon à Waterloo et la décision du Congrès de Vienne d'attribuer la Belgique au royaume des Pays-Bas.

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* * * * *

 
  La photo qui termine cet article a été prise pendant les fouilles archéologiques de 1977-1984, recherches qui ont par ailleurs retardé le chantier d'aménagement de la place Saint-Lambert :
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 Dans le sous-sol de la place, il existe depuis 2003 un espace dédié aux origines de Liège : l'Archéoforum, dont vous pouvez accéder au site Internet en cliquant ICI.

04/02/2015

L'ancien bassin de Commerce en Avroy

parc_avroy-liege-2009.jpg

   À l'emplacement du parc d'Avroy, se trouvait autrefois un bassin portuaire.

  Remémorons-nous d'abord le réseau hydrographique liégeois au XIXe siècle :
hydrographie_liege_1830.jpg  Commençons notre histoire en 1850. À cette époque, la rivière d'Avroy (A) et le bras de la Sauvenière (S) ont déjà été voûtés et transformés en boulevards. Le cours principal de la Meuse emprunte le tracé des actuels avenue Blonden (1), boulevard d'Avroy (2) et boulevard Piercot (3).

quai des augustins_liege_1850.jpg  Sur la vue ci-dessus, on retrouve les points (2) et (3) du plan précédent. À gauche, c'est le rivage d'Avroy un peu avant l'église des Augustins. Devant l’abbaye Saint-Jacques, la Meuse (actuel boulevard d'Avroy) forme un coude pour bifurquer vers la droite (actuel boulevard Piercot).

 
À titre de comparaison, voici le même coude de nos jours :
piercot_liege_2012.jpg

 

seminaire_liege_1850.jpg  L'illustration ci-dessus montre à contre-courant le tronçon de la Meuse devenu le boulevard Piercot. Les bâtiments mis en valeur sont ceux de l’ancien couvent des Prémontrés, affecté depuis 1809, par décret de l’empereur Napoléon, au grand séminaire et à la résidence de l’évêque de Liège. Vers la gauche, on remarque le débouché du bief de l’ancienne abbaye Saint-Jacques (déviation du courant de la Meuse pour alimenter les moulins de l'institution), et plus loin, l’église des Augustins, désacralisée à cette époque. La photo qui suit montre le contenu actuel du rectangle rouge, avec le boulevard Piercot qui porte ce nom depuis 1889 (le libéral Ferdinand Piercot a été bourgmestre de Liège à plusieurs reprises au XIXe siècle) :
bd piercot-liege-début XXe.jpg


La modification du tracé de la Meuse et la création d'un bassin de Commerce


  Au milieu du XIXe siècle, la ville de Liège reste soumise aux caprices de la Meuse et de l’Ourthe. C’est tantôt la hauteur d’eau qui est insuffisante pour supporter les bateaux, tantôt la force du courant qui provoque de désastreuses inondations. Coudes et méandres, en outre, rendent la navigation difficile, voire périlleuse.

  Ces conditions nuisent à la salubrité publique*, mais aussi au développement économique de la région, le transport fluvial ne permettant pas les relations commerciales dont a besoin le bassin industriel liégeois en plein essor.
*
Les inondations aggravent les problèmes d’hygiène. En 1849, par exemple, une épidémie de choléra fait des ravages parmi la population (près de 2000 morts sur 80000 habitants). Une autre sévira en 1854-55, au début des grands travaux de la Dérivation, le monde politique et médical se réjouissant de leur avancement pour éradiquer une des causes du fléau.

  Les terres d’Avroy, de Sainte-Véronique à Fragnée, se développent considérablement depuis l’installation en 1842 d’une station de chemin de fer aux Guillemins. Il arrive pourtant que des crues y sévissent plusieurs fois par an, le phénomène s’étant accentué depuis la suppression de la rivière d’Avroy et du canal de la Sauvenière, lesquels amortissaient le trop-plein. L’île Colette constitue un obstacle pour les bateliers, et la courbe trop prononcée au niveau de l’ancienne abbaye Saint-Jacques cause de nombreux accidents de navigation.

ile colette_liege_1840.jpg  L'aquarelle ci-dessus, réalisée vers 1840 par Joseph Fussell, nous montre l’île Colette, formée par des atterrissements successifs et immergée pendant les périodes de haut débit. Cet obstacle à la navigation s'étendait du Petit Paradis à l'actuelle rue des Guillemins, sur la longueur donc de l'actuelle avenue Blonden. L'église désignée par la flèche est celle de l'ancienne abbaye Saint-Jacques, très schématisée. On la retrouve au centre du dessin suivant, en 1850, là où la Meuse décrit vers la droite une courbe considérée dangereuse par les bateliers :
quai_avroy_liege_1850.jpg

  Dès 1846, l’ingénieur Kümmer, des Ponts et Chaussées, présente un plan ambitieux pour redresser le tracé de la Meuse et aménager un canal parallèle (la « Dérivation ») qui remplacerait aussi, vers Outremeuse, les nombreux diverticules de l’Ourthe. Les débats s’éternisent à cause des budgets, mais les inondations de 1850 imposent l’urgence d’une décision : le plan Kümmer est adopté l’année suivante, malgré l’opposition des adversaires politiques qui ironisent sur la « dérivation du Trésor public dans la Meuse ». Ces travaux gigantesques débutent en 1853 et vont durer dix ans.

derivation_liege_1890.jpg  La photo ci-dessus ne date pas de la création de la Dérivation, mais de travaux de canalisation et d'approfondissement réalisés en 1890.

plan kummer_liege_amenagement meuse_1851.jpg  Ce détail du plan Kümmer montre le tracé de la Dérivation (les flèches rouges) et le redressement de la Meuse en Avroy (en bleu), avec la création d’un bassin de commerce.

  Entre le début de l’île Colette (1) et le pont de la Boverie (2) – on dirait, de nos jours : entre le lieu-dit Paradis et le pont Kennedy – le cours de la Meuse est rectifié pour supprimer le coude brusque et dangereux à la hauteur de Saint-Jacques (3). Parallèlement, on aménage un vaste plan d’eau de quatre hectares pour servir de bassin de commerce (4). En quelque sorte : le premier port fluvial de Liège. Deux chenaux équipés d’écluses en assurent les débouchés vers la Meuse. Il est même prévu, dans les projets initiaux (mais jamais concrétisés), d’installer à proximité de grands entrepôts et une station de chemin de fer (5) en remplacement de la gare des Guillemins.

  Le nouvel aménagement des lieux crée une île (6) qui, par analogie avec le bassin portuaire, prend le nom d’île de Commerce : quinze hectares appartenant à l’État, terrain vague, marécageux, inculte, mais promis à un avenir économique considérable.

plan_bassin de commerce_liege-1861.jpg  Ce plan communal de 1861 montre le bassin de Commerce s’étendant des Augustins à la rue des Guillemins. La flèche indique le sens du regard pour découvrir cette pièce d’eau telle qu’elle est représentée sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
bassin de commerce_liege_1872.jpg  Les trois arbres à l’avant-plan, font partie des plantations qui ornent le quai Cockerill, le long du chenal d’accès. Ce quai rend hommage, en cette période d’essor industriel, au fondateur de la célèbre métallurgie établie depuis 1817 à Seraing. En 1889, après la suppression du bassin et le comblement du canal, il laissera place au boulevard Piercot. À droite, la maison pontonnière et le quai d’Avroy.

pont tournant_avroy_liege.jpg  Le chenal devenu le boulevard Piercot, le voici arrivant au quai d’Avroy, à la hauteur de l’ancienne église des Augustins devenue celle du Saint-Sacrement. Le pont tournant est un des quatre qui permettent d’accéder sur l’île de Commerce (voir plan plus haut). Les peupliers, à droite, seront bientôt abattus pour permettre l’installation en 1867-1868 d’une statue monumentale représentant Charlemagne à cheval.

michel orban_bassin de commerce_liege_1877.jpg  La statue équestre de Charlemagne, on la voit sur la gauche de ce dessin de 1877. Amarré le long du quai Cockerill, le bateau muni de roues à aubes est le Michel Orban (produit par la maison Orban de Grivegnée) ; il s’agit d’un navire à vapeur assurant depuis 1858 une ligne régulière entre Liège et Seraing. Ce genre de transport disparaîtra au début du XXe siècle à cause du développement des trams urbains et des chemins de fer.

 

La fin du bassin et de l’île de Commerce


  Le bassin portuaire s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite.

  Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

bassin de commerce_liege_fin XIXe.jpg  Ci-dessus, à l'arrière du bassin de Commerce, ce sont les immeubles du quai de Cockerill (futur côté pair du boulevard Piercot). L'église dont on voit la toiture est Saint-Jacques.

bassin de commerce_liege_1870.jpg  Le bassin de Commerce vers 1870. À droite, les bateaux à vapeur sont amarrés le long de l’île du Commerce. La flèche indique le sens du chenal longeant le quai Cockerill, de l’église Saint-Jacques jusqu’à celle de l’évêché.

ile de commerce_liege_1877.jpg  L’évêché, on le retrouve sur la gauche de cette vue de 1877, au confluent du chenal et du nouveau tracé de la Meuse, à l’approche du pont de la Boverie (l’actuel pont Kennedy). À l’avant-plan, l’île de Commerce est laissée à l’abandon.

  On y croit, pourtant, à l’avenir de cette île ! En 1859, l’édilité liégeoise défend toujours l’idée d’y transposer la gare de chemin de fer que Kümmer envisageait déjà en 1851 à proximité du bassin*. De 1864 à 1866, un pont est construit pour la relier au quartier de Boverie, compris entre la Meuse et sa Dérivation, quartier chic en plein essor, avec un parc et un projet de jardin d’acclimatation.
*
Opposé à cette espérance, l’État préférera agrandir la gare des Guillemins et projeter la création d’une autre gare plus près du centre-ville, à côté du palais de justice.

premier pont de commerce_liege.jpg  La carte postale ci-dessus présente le premier pont de Commerce, reliant l'île de Commerce délaissée (à gauche) et le quartier de la Boverie.

  En 1867, la Ville rachète l’île à l’État dans l’espoir d’exploiter enfin ce terrain jusque-là inutile, mais le projet est désespéré. L’endroit est fort marécageux, et de surcroît isolé du reste de la ville à cause des ponts tournants constamment ouverts à cause du passage incessant des bateaux.

ile de commerce_liege_1869.jpg  Ce dessin de 1869 représente des masures sur le terrain vague de l’île de Commerce. À l’arrière-plan, au-delà du bassin,on aperçoit les immeubles du quai d’Avroy (à gauche) et du quai Cockerill (à droite).

  Aussitôt l’île acquise par la Ville, plusieurs plans sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui ne voit d’avenir pour ces terrains que s’ils sont rattachés à la terre ferme grâce à la suppression du bassin portuaire inadapté.

  Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, n’est réalisé qu’à partir de 1876.

blonden_caricature.jpg  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

parc d'aveor_liege-fin XIXe.jpg  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

  Le plan de Blonden, outre l’aménagement de ce parc public, prévoit aussi la création, dès 1876, à l’emplacement de l’ancienne île de Commerce, d’un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s’appellera les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Une artère parallèle à l’avenue d’Avroy, de l’autre côté du parc, sera percée dès 1879 pour desservir ce nouveau quartier luxueux : elle est baptisée avenue Rogier, du nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

 
Mais ces transformations feront l'objet d'autres histoires dans d'autres articles...

25/12/2014

Le Pont d'Avroy

pont d'avroy-liege-aout_2008.jpg

  L'appellation « Pont d'Avroy* » rappelle qu'il existait là autrefois un pont enjambant un bras de la Meuse.
*« Avroy », « Avreû » en wallon, viendrait du bas latin « arboretum », servant à désigner un lieu planté d’arbres. Au Moyen Âge, on désigne ainsi la forêt qui, des collines de Saint-Gilles et de Cointe, descend jusqu’à la Meuse.

 Bing Maps.jpgLe lieu-dit Pont d'Avroy de nos jours ▲ et le pont d'Avroy au milieu du XVIIe siècle
(gravure de Julius Milheuser) ▼
milheuser 1649.jpg

Remémorons-nous le réseau hydrographique liégeoise d'antan grâce à ce plan de 1730 :

hydrographie-meuse-ourthe-liege-1740.jpg  La Meuse se sépare en plusieurs branches à la hauteur de la chapelle du Paradis (1). La flèche représente le tracé actuel, à l’emplacement d’un bras qu’on appelle alors le Polet, mais le cours le plus important à l’époque suit les actuels avenue Blonden (2) et boulevard d’Avroy (3). Aux abords de l’église des Augustins (4), le fleuve se scinde encore : son lit principal préfigure le boulevard Piercot (5), de l'abbaye de Saint-Jacques (6) à  celui des Prémontrés* (7), tandis qu’un diverticule décrit une vaste boucle devenue aujourd’hui les boulevards d’Avroy (8) et de la Sauvenière (9), boucle qui circonscrit le quartier de l’Isle (l’Île) ; dès l’actuelle place de la République française (10), et surtout après le pont d’Île, ce bras se divise en de multiples ramifications, zone remplacée de nos jours par les quartiers Régence et Université (11).
* Siège actuel de l'évêché.

aveline-liege-1689.jpg  Cette vue de Liège en 1689 est l’œuvre du graveur parisien Pierre Alexandre Aveline. Elle présente le quartier de l’Île (1), auquel on peut accéder par le pont d’Avroy (2) ou le pont d’Île (3). En amont du pont d’Avroy, le bras de la Meuse est la rivière d’Avroy (4), qui commence à la hauteur de l’église des Augustins (5), là où le cours principal de la Meuse bifurque par l'actuel boulevard Piercot (6). En aval, il s'agit du canal* de la Sauvenière (7), qui deviendra boulevard dans les années 1840.
* Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle, sous le règne du premier prince-évêque Notger.

 

  Le pont d’Avroy, destiné à relier l’Île au faubourg Saint-Gilles, a probablement été construit au XIe siècle. Le chroniqueur Jean d’Outremeuse, en tout cas, signale son existence sous le règne du prince-évêque Réginard (1025-1037). Dès le XIIIe siècle, l’entrée de la ville y est protégée par une porte fortifiée, dans le cadre des nouvelles murailles qui sécurisent désormais le quartier de l’Île.

pont d'avroy-liege-1648.jpg  En 1468, la porte d’Avroy est assiégée et détruite lors du sac de Liège ordonné par Charles le Téméraire. Le pont, lui aussi, subit d’importants dommages. La tradition raconte que cinq ans plus tard, on nettoie toujours le lit de la rivière encombré par des amas de pierres.

aquarelle_liege_XVIe.jpg  L'aquarelle ci-dessus date du XVIe siècle, au cours duquel l’ouvrage souffre de diverses crues et débâcles, notamment en 1514 et 1571.

 
En 1643, le pont ne résiste pas à de terribles inondations, d’autant plus qu’il est fragilisé par les maisons qu’on a laissé construire sur le tablier. Il est à peine restauré, en 1649, quand un autre épisode, guerrier cette fois, va l’ébranler. Cette année-là, le prince-évêque Ferdinand de Bavière, pour mâter une révolte populaire, fait appel à des troupes allemandes commandées par le baron Othon de Spaar. Ce général bavarois fait élever des batteries de canons du côté des actuels Guillemins et ordonne un feu meurtrier en direction du pont d’Avroy.

porte d'avroy-liege-XVIIe.jpg  Reconstitution de la porte d’Avroy au début du XVIIe siècle. On la surnomme la porte « à la voûte noire », car l’arcade donne accès à un couloir étroit et obscur. Le passage est gardé militairement, avec une prison annexe. Des trois tourelles qui surmontent l’édifice, deux se sont écroulées peu après le bombardement de 1649.


  Dès 1808, sous le régime français, le canal de la Sauvenière voit son lit considérablement rétréci avec l’aménagement du quai Micoud*.
* du nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

quai micoud_sauveniere_liege_1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (Musée d'Art Religieux et d'Art Mosan, Grand Curtius Liège) date de 1814. On y aperçoit le quai Micoud. Les soldats qui y défilent appartiennent aux troupes prussiennes se préparant à affronter Napoléon.

  La construction du quai Micoud et le rétrécissement du canal ont bien sûr des répercussions sur le pont d’Avroy, qui est limité à une seule arche en 1812. Cette même année, l’ancienne porte fortifiée est détruite, et ses pierres sont utilisées pour renforcer le mur d’eau du quai toujours en construction. Les derniers débris de muraille disparaîtront totalement en 1817.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Le dessin ci-dessus (lavis de Charles Remont d'après Henry Renardy) représente les lieux en 1826. En aval du pont d’Avroy réduit à une seule arche, la rangée d’arbres du quai de la Sauvenière* permet de deviner le tracé de l’étroit canal du même nom. À l’avant-plan, la rivière d’Avroy apparaît plus large, mais moins bien entretenue. Il existait pourtant là, autrefois, au pied de la rue Saint-Gilles, un port où accostaient des nefs marchandes.
* Nouveau nom du quai Micoud depuis la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815.

 

  Au début du XIXe siècle, la rivière d'Avroy et le canal de la Sauvenière sont devenus des égouts à ciel ouvert. La première sera voûtée de 1831 à 1835 ; le second connaîtra le même sort dès 1844.

pont d'avroy-liege-1815.jpg  Ci-dessus, le pont d’Avroy en 1815. Ci-dessous, le même endroit en 1880. L'appellation « Pont d'Avroy » est restée pour désigner ce carrefour à l'intersection des boulevards d'Avroy et de la Sauvenière :
pont d'avroy-liege-1880.jpg  À droite, à l'angle de la rue Pont d'Avroy et du boulevard d'Avroy, il existe un café qu’on a d’abord appelé « des Boulevards » vu la nouvelle configuration des lieux. À gauche, le jardin grillagé et l’urinoir public vont bientôt faire place à un hôtel qu’on appellera le Métropole.

 

pont d'avroy-liege-début XXe.jpg  Ci-dessus, le Pont d'Avroy à l'aube du XXe siècle. À gauche de la rue Pont d'Avroy, se dresse l'hôtel Métropole, que l'on retrouve sur les photos qui suivent :
hotel metropole-liege.jpg

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hotel metropole-pont d'avroy-liege-debut XXe.jpg  À l'autre angle de la rue Pont d'Avroy, l’ancien café des Boulevards est devenu le café de la Brasserie Grétry (voir photo suivante). Il disparaîtra quand la rue du Pont d’Avroy sera élargie et rectifiée à la veille de l’Exposition universelle de 1905.

brasserie gretry-liege-1900.jpg

 

chantier galeries pont d'avroy-liege-1904.jpg  Cette carte postale de 1904-1905 poursuit incontestablement le but de valoriser le boulevard, avec l’hôtel Métropole, le terre-plein arboré, l’arrêt du tramway électrique et son kiosque à journaux… Mais la palissade, sur la droite du document, signale le début d’un chantier, celui d’un bâtiment commercial d’un style novateur : les galeries du Pont d’Avroy.

  C'est le négociant Paul Ollier qui a acheté ce terrain en 1904 pour y faire ériger un bazar. À la veille de l'Exposition universelle de 1905, il sait que le boulevard est le lieu de promenade à la mode et que la rue Pont d'Avroy est appelée à devenir une artère commerçante importante. Comme architecte, il choisit Paul Jaspar, partisan de l'Art nouveau. Des problèmes à propos de l'obtention du permis de bâtir vont retarder le chantier, qui ne commencera qu'en janvier 1905 et durera 7 mois.

galeries du pont d'avroy-liege-1905.jpg▲ Le bâtiment surprend par la modernité de sa construction, qui allie le verre et le métal, l’ensemble présentant une apparence avant-gardiste osée▼
galeries pont d'avroy-liege-1905.jpg

regina-pont d'avroy-liege-1908.jpg  Dès 1908, on annonce l’ouverture d’un café-restaurant qu'on appellera le Régina, nom qui restera pour désigner l'ensemble de l'immeuble. Est-ce pour « faire moderne » que l’aubette Belle Époque a été remplacée par une espèce de fortin ?

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regina-pont d'avroy-liege-1910.jpg  Le Régina dans toute sa splendeur initiale. On y donne aussi des concerts, et la terrasse, sur le toit, constitue une piste de danse à la mode.

terrasse-regina-liege-1910.jpg  Ces deux élégantes se trouvent sur la terrasse supérieure du Régina. Derrière elles, on aperçoit l'hôtel Métropole... à moins qu'il ne s'agisse déjà du Grand Hôtel Verlhac, puisque l'établissement a changé d'appellation entre 1905 et 1908 semble-t-il. Ci-dessous, un papier à en-tête du Grand Hôtel Verlhac en 1908 :
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regina-hotel verlhac-liege-debutXXe.jpgLe Grand Hôtel Verlhac et le Régina vers 1910.

pont d'avroy-liege-1927.jpg  Dans les années 1920, le Grand Hôtel Verlhac est devenu le Grand Hôtel des Boulevards, rehaussé de deux étages. Quant au Régina, dont le style trop moderne ne plaît déjà pas à tout le monde, il présente une façade recouverte d’envahissantes publicités. À l’approche de l’Exposition internationale de 1930, qui va attirer de nombreux touristes, le conseil communal regrette qu’on ne puisse contraindre le propriétaire à améliorer l’aspect déplorable de l’immeuble.

 

pont d'avroy-fontaine-liege-1930.jpg  Est-ce pour compenser la laideur qu’elles reprochent au Régina que les autorités communale font installer une fontaine lumineuse installée à l'occasion de l'Exposition internationale de 1930 ?

 

pont d'avroy-liege-fin annees 1930.jpg  Le Régina à la fin des années 1930. Ironie du sort : à la veille de la seconde guerre mondiale, le premier étage du Régina est occupé par le Tyrol, une taverne Oberbayern à la mode.

 Pour comprendre le monticule pierreux servant de rond-point, il faut se référer à la photo suivante, qui le présente dans l’autre sens :
horloge fleurie pont d'avroy-liege-fin annees 1930.jpg  La fontaine des années 1920 a été remplacée par une horloge dont le cadran est constitué d’un parterre fleuri, aux motifs qui changent régulièrement, au gré des saisons et des floraisons.

carrefour pont d'avroy-liege-1939.jpg
Le carrefour du Pont d'Avroy en 1939.

pont d'avoy-liege-bunker.jpg  Lors de l’occupation allemande en 1940, l’horloge est remplacée par un bunker, qui sera détruit à la Libération comme son semblable établi place du Théâtre, à l’autre bout du boulevard de la Sauvenière.

 

pont d'avroy-liege-1951.jpg  Le Régina de 1905 vit ici ses dernière années. Il sera démoli en 1956 pour céder la place à un building à la mode du temps. La photo suivante permet la comparaison avec 1962 :
pont d'avroy-liege-1962.jpg

 

buildings regina et hazinelle-liege-1960.jpg  Cette photo date de 1960. L’Exposition universelle de Bruxelles, deux ans plus tôt, a déclenché une période d’innovations technologiques et de modernisation à outrance. Le nouvel immeuble Régina est l’œuvre de l’architecte Jean Poskin, qui collaborera, dix ans plus tard, à la conception de la tour Kennedy. À sa droite, se dresse l’une des façades du complexe scolaire que l’échevinat de l’instruction fait construire rue Hazinelle. L’institut Hazinelle est dû à Jean Moutschen, architecte municipal qui a également conçu, entre autres, le lycée Léonie de Waha.

regina et hazinelle-liege-1962.jpg  1962. Le Régina new look a été inauguré l’année précédente ; l'école Hazinelle, toujours en chantier, ne le sera qu’en 1964.

hotel boulevards liege-pont d'avroy-1962.jpgLe Grand Hôtel des Boulevards et la rue Pont d'Avroy en 1962.

pont d'avroy-liege-annees 60.jpg  Le Pont d’Avroy dans les années 1960, témoin de la cohabitation forcée entre le patrimoine du XIXe siècle et le modernisme de la seconde moitié du XXe.

incendie hotel boulevards liege 21 aout 1974.jpgL'incendie du Grand Hôtel des Boulevards le 21 août 1974.

pont d'avroy-liege-1974.jpg  Cette dia a été prise le surlendemain du sinistre. Les fenêtres aux vitrages explosés témoignent du ravage intérieur.

pont d'avroy-liege-1977.jpg  Un nouvel immeuble est en cours de construction, dès 1977, pour remplacer le Grand Hôtel des Boulevards. Essentiellement résidentiel, il conserve un rez-de-chaussée voué à l’Horéca. Le Régina a désormais son pendant moderne, mais beaucoup moins élevé.

pont d'avroy-liege-1978.jpgLa rue Pont d'Avroy en 1978.

pont d'avroy-liege-2007.jpgFin 2007, le Pont d'Avroy est agrémenté d'artistiques parasols colorés.

 

Cliquez ICI pour découvrir des vues du Pont d'Avroy (août 2008) prises notamment depuis les buildings Régina et Hazinelle.

 

 

Pour davantage de renseignements concernant
les anciens bras de la Meuse devenus boulevards :

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