08/10/2016

La rivière d'Avroy à Liège, devenue un tronçon du boulevard du même nom

hydro_liege_1649.jpgGravure de Julius Milheuser, publiée en 1649 par Jean Blaeu.

  Rappelons que le cours principal de la Meuse, autrefois, suivait les actuels boulevards d’Avroy (1) et Piercot (2). Aux abords de l’église des Augustins (3), naissait la rivière d’Avroy (4), laquelle, en aval du pont d’Avroy (5), était prolongée par le bras de la Sauvenière (6). Celui-ci décrivait une grande boucle qui achevait de délimiter le quartier de l’Isle (l’Île).

  La rivière d’Avroy (4), qui fait l’objet de cet article, est donc devenue le tronçon du boulevard d’Avroy qui s’étend du boulevard Piercot au Pont d’Avroy. Le bras de la Sauvenière devenu le boulevard du même nom a déjà été traité dans un autre chapitre.


riviere avroy_1649.jpg  Rapprochons-nous de la rivière d’Avroy. La flèche rouge en indique la longueur ainsi que le sens du courant. La rive droite, du côté de l’Île, est protégée d’un rempart originaire du XIIIe siècle et réédifié au XVIe. La muraille est séparée du cours d’eau par une languette de terrain parfois garnie de verdure.


tour aux lapins_liege.jpg  Cette reconstitution des remparts d’Avroy est l’œuvre en 1964 de Florent Ulrix*. Le document provient du site www.chokier.com. La tour à la pointe méridionale de l’Île, là où se séparent les deux bras de la Meuse, est surnommée la Tour aux Lapins**. Derrière elle, le dessinateur a suggéré la présence de l’abbaye bénédictine Saint-Jacques.

* Auteur de l’ouvrage « Le rempart d'Avroy et la Tour aux Lapins à Liège », publié en 1965 (Bruxelles, service national des fouilles).
** La tour aurait servi de refuge pour les lapins qu’élevaient les moines.


abbaye st-jacques_liege_1735.jpg  L’abbaye Saint-Jacques a été fondée en 1015 par le prince-évêque Baldéric II, successeur de Notger. La gravure ci-dessus, due à Remacle Le Loup, nous la présente en 1735. Remarquons sur la droite le moulin de la ferme abbatiale, mû par un bief en provenance de la Meuse.


plan_abbaye st-jacques_liege_1737.jpg  Ce plan de Gustave Ruhl nous présente les lieux en 1737. À l’angle des deux bras de la Meuse, une ouverture dans la Tour aux Lapins permet de dévier une partie des eaux dans l’enceinte de l’abbaye, pour irriguer les vergers et actionner le moulin à blé*.

* À ne pas confondre avec le moulin Saint-Jacques situé derrière le monastère sur le cours de la Meuse.


arvau tour aux lapins_liege_1740.jpg  Ce dessin de Beyer, reproduit par Béthune, montre la configuration des lieux au milieu du XVIIIe siècle, avec l’arvau grillagé où s’engouffre le bief Saint-Jacques, appelé aussi la Rivelette. Ci-dessous, vous pouvez découvrir le même endroit en 1911, puis de nos jours :
statue charlemagne_liege_1911.jpgstatue charlemagne_liege_2013.jpg


arvau bief st-jacques.jpg  En 1962, on démolit deux immeubles en vue de la construction de la résidence Orléans à l’angle des boulevards d’Avroy et Piercot. En creusant, on met à jour des vestiges de la Tour aux Lapins et la voûte qui couvrait la Rivelette.


abbaye st-jacques_liege_XVIIIe.jpg  L’abbaye Saint-Jacques au XVIIIe siècle. L’église abbatiale, reconstruite au XVIe siècle, est un chef-d’œuvre de l’art gothique flamboyant. À l’arrière-plan à droite, on distingue la rivière d’Avroy qui deviendra boulevard un siècle plus tard (les rangées d’arbres sur la vue qui suit).

 
vue aerienne st-jacques liege 1979.jpg  De l’abbaye, il ne reste plus que l’église, dans un quartier aujourd’hui fortement urbanisé. Cette vue aérienne date de la fin des années 1970, aux débuts de l’avenue Maurice Destenay (bourgmestre de Liège de 1963 à 1973).


  La promenade du rivage d’Avroy

 

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Extrait de la vue de Liège réalisée par Aegidius Marischal (1618).


  Intéressons-nous maintenant à la rive gauche de la rivière d’Avroy : elle présente autrefois une berge naturelle que longe un chemin de halage bordé de maisons. À l’exception du faubourg Saint-Gilles proche du pont d’Avroy, l’endroit est champêtre. C’est probablement cette solitude à deux pas de la ville qui incite des pères augustins, au tout début du XVIe siècle, à faire ériger là le prieuré qui va souvent servir de point de repère dans nos explications.

Au début du XVIIIe siècle, l’Église de Liège* dégage les moyens financiers pour transformer l’ancestral chemin d’Avroy par un quai de pierre. En 1716, on modernise le rivage des Augustins, où un port naturel s’est formé sur la grève en pente douce. L’année suivante, commence l’aménagement, en aval, d’une promenade agrémentée par une centaine de marronniers d’Inde.

* Le chapitre de la Cathédrale Saint-Lambert s’affirme ainsi propriétaire des lieux ; il a d’ailleurs dû intenter des actions judiciaires à l’encontre des riverains, qui prétendaient que le chemin était privé et leur appartenait.

 
En 1717, le tsar Pierre le Grand, en villégiature à Spa (son médecin lui a prescrit une cure thermale), est reçu à Liège. La flottille impériale, en provenance de l’abbaye de Flône, arrive par la Meuse et accoste au débarcadère des Augustins, où un carrosse attend l’illustre visiteur, lequel s’extasie devant la beauté de ce bord de Meuse.

 

werner_leodium_1750.jpg  La vue ci-dessus, gravée en 1750 par l’Allemand Friedrich Bernhard Werner, montre bien les rangées de marronniers qui contribuent à l’élégance de la promenade d’Avroy. À droite de ces arbres, face au bras de Meuse devenu le boulevard Piercot, le clocher effilé est celui de l’église Sainte-Anne érigée par les Augustins.

  Le rivage d’Avroy devient rapidement le lieu de promenade préféré des bourgeois fortunés et personnages de haut rang. Pierre-Lambert de Saumery, dans les délices du pays de liège (ouvrage publié de 1738 à 1744) parle du lieu « le plus agréable de la ville, propre à délasser l’esprit et à charmer les sens ».


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  La rivière d’Avroy en 1740. Sur la rive droite, dominent les bâtiments de l’abbaye Saint-Jacques. Sur la rive gauche, les frondaisons constituent le début de la nouvelle promenade. À l’avant-plan, sur le rivage des Augustins, accoste la barque marchande en provenance de Huy. Une botteresse est assise en attente de marchandises à transporter.


De la rivière au boulevard d’Avroy

  Dès le XVe siècle, le débit des bras de la Meuse subit les conséquences de la digue construite aux Grosses Battes (Angleur), laquelle réduit l’apport de l’Ourthe. À partir du XVIIe, la rivière d’Avroy souffre en outre du barrage installé par les moines de Saint-Jacques au profit de leurs installations meunières. Au XVIIIe, les mesures prises pour renforcer l’alimentation du Polet (voir le plan hydrographique qui suit) affaiblissent encore le courant en direction du quartier de l’Île.


hydro_liege_1800.jpg

  À la fin du XVIIIe siècle, l’état de la rivière d’Avroy est lamentable. Les atterrissements se sont multipliés, aggravés par les détritus de toutes sortes dont se débarrassent impunément les riverains. Les promeneurs se plaignent des odeurs, et la barque marchande de Huy éprouve de plus en plus de difficultés à être traînée jusqu’au pont d’Avroy. Dès le début du XIXe siècle, la navigation est impossible sur ce cloaque. En 1830, il est décidé de le voûter pour lui substituer un aqueduc couvert. Commencés en 1831, les travaux de remblai se terminent en 1835.


quai d'avroy_liege_thomas boys_1838.jpg  Le débarcadère du rivage des Augustins en 1838 (lithographie gouachée du Britannique Thomas Shotter Boys). L’artiste tourne le dos à la rivière d’Avroy qui vient d’être comblée.


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La même perspective de nos jours.


  La rivière d’Avroy supprimée, on élargit la promenade existante, avec de nouvelles rangées d’arbres. Aux alentours, les terrains restés jusque-là fort agricoles s’urbanisent rapidement. Dès 1836, un jardin botanique est aménagé dans le Bas-Laveu, et de nouvelles voies de communication sont percées pour le relier au futur boulevard d’Avroy, en lieu et place des sentiers étroits et sinueux d’antan : la rue des Augustins est ouverte en 1838, la rue Darchis l’année suivante ; de belles demeures sont construites par centaines, et le quartier en plein développement devient l’un des plus aristocratiques de la ville. Il faut cependant attendre 1848 pour que l’ancien quai, des Augustins au Pont d’Avroy, reçoive officiellement l’appellation de boulevard.


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Le boulevard d’Avroy en 1852. L’église est celle de l’abbaye bénédictine de la Paix-Notre-Dame.


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Le même endroit vers 1900.


abbaye paix notre-dame_liege.jpg
  L’abbaye de la Paix Notre-Dame à la fin du XIXe siècle, vu de l’arrière, côté jardins. Le boulevard d’Avroy apparaît exagérément arboré.

  C’est en janvier 1627 que quelques religieuses bénédictines en provenance de Namur arrivent à Liège par la barque de Huy. Elles logent dans une maison du Pont d’Avroy, mise à leur disposition par un riche marchand dévoué. Séduite par un vaste enclos compris entre le faubourg Saint-Gilles et le domaine des Pères Augustins, elles obtiennent du prince-évêque Ferdinand de Bavière d’y fonder un monastère.

  Dès le début, ces Bénédictines se consacrent à l’éducation des jeunes filles, et beaucoup des pensionnaires, issues de la noblesse et de la haute bourgeoisie, trouvent finalement la vocation monastique. Cellule après cellule, le couvent se construit, grâce à la générosité des familles riches concernées.

  La chapelle de l’abbaye devient fort populaire, grâce au culte voué à sainte Rolende, invoquée pour soulager des hernies et des affections rénales. Le succès du monastère nécessite rapidement l’érection d’une église plus grande, que l’on construit de 1686 à 1690. C’est une des moniales, Dame Antoinette Desmoulins, douée pour tous les arts, qui dresse les plans du nouveau sanctuaire, devenant ainsi la première femme architecte.

  À la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle, la congrégation est dissoute et leurs biens confisqués. Mais quelques sœurs ont l’audace de racheter la propriété avec l’aide de généreux donateurs. En 1797, elles ouvrent un pensionnat pour jeunes filles. La communauté se reconstruit ; elle se consacre à l’enseignement, tout en maintenant son identité de contemplatives bénédictines, vouées à la célébration des offices, à la méditation et à la prière.

  En 1841, le pensionnat payant permet la création d’une école gratuite appelée l’institut Saint-Benoît, pour offrir un enseignement de qualité aux jeunes filles défavorisées.

  Depuis 1991 et la mixité dans le secondaire, l’école des Bénédictines est fusionnée avec le collège jésuite Saint-Servais.


benedictines_liege_1932.jpgL’église des Bénédictines en 1932 ▲ et de nos jours ▼benedictines_liege_2010.jpg

 

  Comme le rivage qui l’a précédé, le boulevard d’Avroy devient le lieu de promenade préféré des classes sociales aisées. Les deux documents qui suivent nous transportent en 1898 et 1910 :
bvd d'avroy_liege_1898.jpgbvd d'avroy_liege_1911.jpg


promenade avroy_liege_belle epoque.jpg   ▲ À la Belle Époque, le boulevard attire une foule de promeneurs, venus autant pour rivaliser d’élégance que pour profiter des charmes du décor. C’est un kiosque qui constitue la principale attraction : en été, s’y donnent des concerts de musique classique ou militaire ▼
kiosque_avroy_liege_1907.jpg


kiosque_avroy_liege_1913.jpgCe kiosque à musique existe depuis 1852, non près du Trink-Hall (l’actuel Mad Café) comme on le croit souvent, mais à la hauteur de la rue Darchis, à proximité de l’église des Bénédictines.


crue 1925-26 rue darchis_liege.jpg  Ce premier kiosque à musique, construit en bois, subsistera jusqu’en 1931, année où on lui substituera le monument à la gloire de Walthère Frère-Orban (voir plus loin). Cette vue prise depuis la rue Darchis atteste de son existence lors des inondations de l’hiver 1925-1926.


kiosque_bvd d'acroy_liege_debut XXe.jpg  Les kiosques à musique connaissent leurs heures de gloire entre 1870 et 1914 (cette carte postale a été postée en 1913). Ils ont joué un rôle important dans l’évolution sociale de l’époque : la culture n’est plus réservée aux classes considérées comme supérieures : la musique n’est plus jouée dans des lieux fermés, mais en plein air, pour divertir l’ensemble de la population.


kiodque avroy_liege_debut XXe.jpg  Des badauds posant devant le kiosque d’Avroy vers 1910. Les plus aisés, lors du concert, auront l’avantage de pouvoir se payer une place assise pour quelques centimes.

 

bvd d'avroy_liege_debut XXe.jpg  ▲ Remarquez la résidence patricienne à tourelle, à droite sur la carte postale ancienne ci-dessus. On la retrouve sur la vue qui suit, coincée en 1962 entre des buildings modernes. Belle imitation du style de la Renaissance française (François 1er), cette demeure tout en calcaire est due à l’architecte Paul Jaspar. Construite en 1905 pour Frédéric Braconnier, sénateur libéral et administrateur de charbonnages et sociétés industrielles, elle sera détruite en 1973 ▼
bvd d'avroy_liege_1962(2).jpg  La silhouette sombre, sur la gauche de la photo ci-dessus, est celle du monument Frère-Orban inauguré une trentaine d’années plus tôt :
monument frere-orban_liege_1931.jpg  Le monument dédié à Walthère Frère-Orban* est inauguré en 1931. Le groupe statuaire est l’œuvre du sculpteur belge Paul Du Bois (Aywaille 1859 -Uccle 1938).

* Avocat liégeois, Walthère Frère (1812-1896) se consacre à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban, riche héritière d’un industriel liégeois. Fondateur du parti libéral en 1846, il va marquer de son empreinte le premier demi-siècle d’indépendance belge. D’abord conseiller communal puis député, il occupe divers postes ministériels (travaux publics, finances, affaires étrangères, chef du gouvernement). Il défend l’État laïc et lutte pour un enseignement public dégagé d’influences religieuses. Il participe à la création de la Banque Nationale, du Crédit Communal et de la Caisse Générale d’Épargne et de Retraite.

 

monument frere-orban_liege_2009.jpg
Le monument dans son environnement actuel.


casino gretry_liege.jpg  Le Casino Grétry est inauguré en 1865 comme salle de bals. Il devient ensuite un théâtre (vaudeville et opérettes), un jardin d’été, une piste de patinage à roulettes et même une salle de ventes. En 1903, il est le siège provisoire du théâtre communal wallon. En 1907, le bâtiment est transformé en piscine et prend l’appellation de « Bains Grétry », établissement luxueux et moderne permettant le divertissement, le sport, les soins corporels et l’hydrothérapie. Ne connaissant pas le succès espéré, l’entreprise est fermée en 1914, mais la première guerre mondiale lui fait reprendre provisoirement du service, l’occupant allemand réquisitionnant les lieux à l’usage de ses troupes.


bvd d'avroy_liege_2010.jpg  Il subsiste des traces de ce passé. Au n° 92 du boulevard (la flèche), un porche donne accès à un parking privé pour des bureaux voisins. Le couloir d’accès est orné de cadres publicitaires, lesquels servaient autrefois à annoncer les spectacles théâtraux à l’affiche :
garage avroy_liege.jpg

 

ancienne piscine avroy_liege.jpg
Et à l’étage du parking, la verrière est celle de l’ancienne piscine.


verrerie d'avroy_liege_fin XIXe.jpgÀ l’emplacement de l’actuel athénée Léonie de Waha, existait une impasse appelée « cour de la Verrerie d’Avroy », rappelant qu’il y avait là autrefois une manufacture de verre*, accessible par un porche de style Louis XIV.

* La verrerie de table liégeoise est très appréciée dès le XVIIIe siècle. La fabrique d’Avroy excellait aussi dans le travail du cristal à la mode de Venise.


verrerie d'avroy_liege_fin XIXe (2).jpgLa fabrique a fermé en 1852, et ses bâtiments ont été convertis dès 1856 en logements pour ouvriers.


destruction verrerie liege 1937.jpg  La cour de la Verrerie et sa cité ouvrière sont détruites dans la seconde moitié des années 1930, pour permettre l’implantation à cet endroit, sous l’impulsion de l’échevin Georges Truffaut, d’un nouvel établissement scolaire en l’honneur de Léonie de Waha*.

* Léonie de Chestret a épousé en 1863 le baron Victor de Waha de Baillonville. Veuve quatre ans plus tard, à trente et un ans, elle se consacre à diverses activités philanthropiques et sociales.

 
Rappelons que Léonie de waha est la célèbre pédagogue qui a fondé en 1868 un institut supérieur pour demoiselles, initialement installé dans des locaux acquis place Saint-Paul (rue Hazinelle). En 1874, l’école a déménagé rue des Célestines, dans une ancienne résidence noble donnant aussi sur le boulevard de la Sauvenière. En 1887, elle est cédée à la Ville de Liège.

  Devenu lycée en 1925, l’institut s’est considérablement développé ; il est urgent, dix ans plus tard, de prévoir de plus amples installations.


construction lycee de waha_liege_1.jpg  Le projet du nouveau bâtiment en Avroy est confié à l’architecte de la Ville Jean Moutschen. Celui-ci imagine une œuvre monumentale, résolument moderniste. Sa réalisation exigera des techniques de construction innovantes.


construction lycee de waha_liege_2.jpg  Dans le fond, en bas à droite : probablement des vestiges de l’ancienne cité ouvrière en cours de disparition.


athenee de waha_liege_2010.jpg  La haute cheminée de l’athénée de Waha est celle de la verrerie d’antan, conservée pour le système de chauffage de l’établissement scolaire.


lycee de waha_liege_1938.jpg  Commencé en 1936, le lycée de Waha est officiellement inauguré en septembre 1938. Fonctionnel, il intègre aussi des œuvres d’art originales créées par dix-huit artistes wallons (fresques, bas-reliefs, mosaïques, peintures, vitraux). Dans l’esprit des concepteurs, il s’agit de former les générations futures de jeunes filles en leur faisant côtoyer quotidiennement la beauté artistique.

  L’imposante façade isole les locaux scolaires des bruits de la ville. Les bas-reliefs qui la décorent symbolisent l’Étude et l’Insouciance de la Jeunesse ; ils sont nés de l’imagination des sculpteurs liégeois Louis Dupont, Adelin Salle et Robert Massart.

  Ce témoin de l’architecture moderne wallonne est classé depuis 1999.

  Ci-dessous, le lycée dans les années 1950 et 1960 :
lycee de waha_liege_annees 50 et 60.jpg


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Les premiers buildings font leur apparition dans les années 1950.


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Le même tronçon à la fin des années 1970.


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Les buildings de la vue précédente ont remplacé les immeubles soulignés de rouge (photo des années 1960).

demolition_frambach_liege_1977.jpg
Voici la maison Frambach et les immeubles voisins en cours de démolition en 1977.


bvd d'avroy_liege_1962 (3).jpg  L’autre côté du boulevard au début des années 1960. C’est en 1952 que ce tronçon a été livré au parcage automobile.


rue bertholet_liege_1960s.jpg  La rue Bertholet (du nom d’un peintre liégeois du XVIIe siècle) assurait la communication avec la rue des Clarisses et la place Saint-Jacques. Elle n’existe officiellement plus, absorbée par la nouvelle avenue Destenay* inaugurée en 1975.

*Bourgmestre libéral de Liège de 1963 à 1973.


rue bertholet_liege_1976-77.jpg  La jonction, en 1976-77 (années du chantier au centre de la photo), entre l’avenue Destenay et le boulevard d’Avroy.


avenue destenay_liege_fin 1970s.jpg  L’avenue Destenay à la fin des années 1970. Les trois immeubles de droite constituent les derniers vestiges de l’ancienne rue Bertholet. Les structures squelettiques abriteront bientôt de nombreux bureaux, privés et communaux.


avenue destenay_liege_1977.jpg
Dans l’autre sens vers 1977.


assurance liegeoise 1980.jpg  Dès 1980, la compagnie L’Assurance liégeoise modernise ses installations en Avroy, où elle est installée depuis 1931. Le complexe moderne va progressivement s’étendre vers la gauche jusqu’à absorber en 1984 le début de l’avenue Destenay, comme on le constate sur cette vue capturée dans Google Street View :

 

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01/09/2015

L'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière

milheuser 1649.jpg  Les flèches que j'ai ajoutées sur cette gravure de 1649 indiquent le cours principal de la Meuse, qui coulait à l'époque à l’emplacement de l'actuel boulevard Piercot. Un bras secondaire du fleuve délimitait le quartier de l'Île (l'Isle) ; la portion comprise entre le pont d'Avroy (1) et le pont d'Île (2) était appelée le canal de la Sauvenière.

  Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle.

  Dès 980, l’évêque Notger reçoit de tels pouvoirs de la part de l’empereur germanique Otton II, qu’il devient un chef temporel puissant, à la tête d’une importante principauté épiscopale. Ce premier prince-évêque de Liège entreprend de conférer à sa ville un statut digne d’une capitale, en se lançant dans une politique de grands travaux, commençant par l’édification d’un nouveau palais épiscopal et d’une somptueuse cathédrale en l’honneur de saint Lambert.

notger.jpg

Cette peinture représentant Notger est exposée
dans le palais provincial de Liège ; elle est l’œuvre du
peintre belge Barthélemy Vieillevoye (Verviers 1798-Liège
1855), premier directeur de l'Académie des Beaux-Arts
fondée en 1835.

   

        

notger geant 14 aout liege.jpg

  En Outremeuse à Liège, le géant Notger fait partie depuis
2008 du cortège folklorique du 15 août.



 

  Notger désire développer le quartier de l’Île, où son prédécesseur Éracle a érigé la collégiale Saint-Paul, et où lui-même vient de fonder la collégiale Saint-Jean. Il faut assainir ce quartier insulaire, inhabité dans sa plus grande partie à cause des crues fréquentes qui le maintiennent fort marécageux. Le bras de la Sauvenière qui le circonscrit voit son lit rectifié et approfondi, pour réguler les inondations et favoriser la navigation jusqu’au cœur même de la cité.

  Notger est également célèbre pour avoir entouré Liège, dès 983, d’une imposante muraille. Le canal de la Sauvenière, au pied de la colline du Publémont* sert de fossé défensif à ce rempart.
* Du latin « Publicus Mons » (la montagne publique), colline occidentale de Liège, où se trouve la basilique Saint-Martin, dont la construction est initiée en 965 par l’évêque Éracle, qui rêve d’établir le centre de la cité sur cette hauteur, site qu’il estime abrupt et rassurant, à l’abri des inondations et des menaces d’invasion guerrière que la Meuse lui fait redouter.

plan liege an mil.jpg

  Le dessin qui suit donne un aperçu des fortifications de Liège au XIe siècle (il est extrait de l'ouvrage « Histoire de la Principauté de Liège racontée aux enfants », publié par Yves Bricteux aux éditions Desoer Liège). Au-dessus à gauche, surplombant le canal de la Sauvenière, on aperçoit la basilique Saint-Martin. Les trois fossés qu’enjambent des ponts, de gauche à droite, sont devenus le Thier de la Fontaine, les escaliers de la rue de la Montagne et la rue Haute-Sauvenière :
fortifications liege XIe.jpg

  Le nom « Sauvenière » (« Sav’nîre » en dialecte wallon) proviendrait du mot latin « sabulonaria », qui évoque l’exploitation du sable. En effet, les travaux gigantesques ordonnés par Notger, notamment ceux concernant les remparts, impliquent d’ouvrir le flanc de la colline, avec l’opportunité d’en extraire du sable en grande quantité.

liege guichardin XVIe.jpg  Le flanc de la colline ! Il est certes fantaisiste sur cette gravure, l’une des plus anciennes représentant Liège, due au XVIe siècle à Lodovico Guicciardini (Louis Guichardin), gentilhomme florentin établi à Anvers. Le Publémont y prend l’allure d’un pain de sucre, mais on aperçoit bien, au bas de ce relief exagéré, le quartier de la Sauvenière, avec une rue parallèle au canal, nommée Basse-Sauvenière.


  Le quartier de la Sauvenière au Moyen Âge

  La rue Basse-Sauvenière, de nos jours, est une ruelle étroite située à l’arrière des immeubles dont les façades donnent sur le boulevard qui a remplacé la voie d’eau. Il est donc difficile d’imaginer qu’elle constituait jadis un axe urbain principal, habité par des dignitaires ecclésiastiques, des notables politiques, des hommes de loi, des commerçants et artisans aisés.

  Le quartier de la Sauvenière, au Moyen Âge, est un bourg autonome, une seigneurie enclavée dans la ville, placée sous l’autorité du prévôt de la cathédrale Saint-Lambert. Ses habitants jouissent de franchises et avantages particuliers, comme celui d’être exemptés de l’impôt. C’est au XIIIe siècle, au terme de bien des querelles politiques, que cesse cette situation privilégiée, avec l’annexion du territoire de la Sauvenière à la Cité de Liège.

  Dès le début de ce XIIIe siècle, l’importance du quartier nécessite d’en renforcer la défense : l’enceinte notgérienne du Publémont est prolongée d’une fortification reliant Saint-Martin au canal de Sauvenière, avec l’établissement, dans la vallée, d’une tour crénelée et d’une porte fortifiée, dites des Bégards (voir autre article).

liege moyen age roland manigart histart.jpg  Ci-dessus, le bras de la Sauvenière et la tour fortifiée des Bégards au Moyen Âge. Ci-dessous, le boulevard en 2007 (la flèche désigne la ruelle d'accès au site de l'ancienne porte des Bégards) :
boulevard de la sauveniere liege 2007.jpg



  Le rôle économique du canal

 
Le cours canalisé de la Sauvenière, en permettant aux bateaux d’atteindre les abords de l’actuelle place Saint-Lambert, contribue au développement commercial de la cité. Cette gravure du XVIe siècle nous montre le port fluvial de la place aux Chevaux, devenue les places de l'Opéra et de la République française :
place aux chevaux liege XVIe.jpgplace republique française liege.jpg

  Aux XVIe et XVIIe siècles, les autorités veillent toujours au bon entretien de la rivière, utile à la pêche et au ravitaillement. Il est punissable d’y jeter des immondices, et de fréquents curages maintiennent un débit suffisant pour assurer une navigation efficace et alimenter les divers biefs* en aval du Pont d’Île.
* Ces biefs (voies d’eau secondaires) actionnent des moulins. Les deux plus importants sont devenus les rues de la Régence et de l’Université.

 
La surveillance se relâche à la fin du XVIIIe siècle, probablement à cause des troubles politiques et militaires qui marquent la fin de l’ancien régime et l’annexion de la principauté de Liège à la France.


  Le quai Micoud

  Le canal de la Sauvenière, comme la rivière d’Avroy en amont, finit par présenter toutes les nuisances d’un égout à ciel ouvert. Le manque d’entretien a laissé s’accumuler les encombrements, et le débit du cours d’eau est souvent au plus bas. Les mois chauds, l’endroit dégage des odeurs insupportables et constitue un dangereux foyer d’infection à cause des ordures déversées par les riverains.

  Dès 1801, sous le régime français, les autorités décident de diminuer la largeur du cours d’eau et d’assainir la berge de la rive gauche, en construisant un quai le long des façades arrière de la rue Basse-Sauvenière.

  Les travaux commencent dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, est également détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la nouvelle berge. Le quai portera le nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

sauveniere liege 1790.jpg  Le canal de la Sauvenière à la fin du XVIIIe siècle. Le bras de la Meuse, autrefois économiquement profitable, agonise dans les détritus et alluvions ! Le passage d’eau, de moins en moins fréquenté, vit ses dernières années.

place aux chevaux liege 1812.jpg  Le quai Micoud, le voici en 1812, sur la droite du document, avec les déversoirs des égouts dans le mur sans parapet qui soutient la chaussée. Les personnages, à l’avant-plan, se trouvent sur la place aux Chevaux. Le dôme, à gauche, est celui du couvent des Dominicains (emplacement de l’actuel Opéra royal de Wallonie).

quai micoud liege 1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (cliquez sur elle pour l'agrandir) nous reporte en 1814. Les soldats qui défilent sur le quai Micoud appartiennent aux troupes prussiennes qui se préparent à affronter Napoléon à Waterloo.

  En 1815, après la défaite de Napoléon et l'intégration de la Belgique au royaume des Pays-Bas, le quai Micoud est rebaptisé quai de la Sauvenière, appellation qu'il conservera après l'indépendance de 1830.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Ce lavis de Charles Remont, d'après Henry Renardy, montre le pont d'Avroy en 1826 (voir autre article). Au-delà,  l'alignement d'arbres est le quai de la Sauvenière longeant l'étroit canal.

canal sauvenière liege 1826.jpgLe quai et le canal de la Sauvenière (d'amont en aval), dessin réalisé par un voyageur anglais en 1826.

canal de la sauveniere liege 1837.jpg  Le quai et le canal dessinés par Joseph Fussell vers 1837 (les peupliers ont été plantés trois ans plus tôt) ; l’artiste présente tous les atouts d’un agréable lieu de promenade, fréquenté par les bourgeois aisés et les officiers en galante compagnie. Cette vision de l’endroit est idyllique, car la voie d'eau est considérée à l’époque comme un cloaque aux eaux nauséabondes, cause de maladies.

 
En 1833 déjà, il a été convenu de voûter cette partie du bras de la Meuse, mais les travaux ne sont effectués qu’en 1844. Il ne subsiste rien de l’égout initial, dont voici l'aspect actuel (cliquez ici pour ouvrir un plan d'égouttage actuel, avec une croix à l'emplacement de cette photo) :
egout boulevard sauveniere liege.jpg



  Les débuts du boulevard de la Sauvenière

  Le canal de la Sauvenière transformé en égout de grande section, le terrain gagné en surface permet d’élargir la chaussée et de créer une vaste allée de promenade, qui prend officiellement, en 1848, le nom de boulevard de la Sauvenière.

  À cette époque, la ville de Liège bénéficie de l’essor économique de son bassin industriel, où prospèrent sidérurgie et charbonnages. Elle a les moyens de pratiquer une politique d’urbanisme conquérant. La place Saint-Lambert s’affirme comme le nouveau centre stratégique de la cité, et les quartiers avoisinants connaissent d’importantes mutations destinées à les assainir ou embellir, avec la suppression de biefs inutiles et la création d’artères nouvelles. Dans ce contexte, la Sauvenière se doit, elle aussi, de faire peau neuve, en offrant à sa promenade tous les charmes d’un jardin d’agrément.

boulevard sauveniere liege 1860.jpg  Vue du boulevard au milieu du XIXème siècle, dans le sens d’écoulement de l’ancien canal, avec la basilique Saint-Martin sur la colline du Publémont. Des ormes ont été ajoutés aux tilleuls. Lieu de prédilection pour les piétons, avec des bancs dès 1864, la promenade est autorisée aux cavaliers qui font trotter leur monture.

boulevard sauveniere liege milieu XIX.jpg  Derrière le mur de droite, du côté de l’ancien quartier de l’Île, il s’agit de jardins privés. La ville voulant rogner sur ces terrains pour créer une voie charretière bordée d’habitations, une longue bataille juridique l’oppose aux propriétaires, qui résistent en vain pour préserver l’intégralité de leurs biens.

boulevard sauveniere liege 1975.jpgLe même endroit vers 1975.

boulevard de la sauveniere liege fin XIX.jpg  Le boulevard vers 1860, du côté de la place du théâtre. Le café Vénitien (à gauche) a été construit en 1855 sur l’emplacement de l’hôtel du baron de Floen-Aldercrona. Celui du Point de Vue (à droite) était déjà une taverne au XVIIe siècle, avec un relais de diligence. À l’époque du document, tous deux profitent de la clientèle qu’attirent la promenade et le théâtre royal tout proche.

boulevard sauveniere liege 2009.jpgLe même endroit de nos jours.

 

L'évolution du boulevard après 1871 (les premiers tramways) fera l'objet d'un autre article.

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04/02/2015

L'ancien bassin de Commerce en Avroy

parc_avroy-liege-2009.jpg

   À l'emplacement du parc d'Avroy, se trouvait autrefois un bassin portuaire.

  Remémorons-nous d'abord le réseau hydrographique liégeois au XIXe siècle :
hydrographie_liege_1830.jpg  Commençons notre histoire en 1850. À cette époque, la rivière d'Avroy (A) et le bras de la Sauvenière (S) ont déjà été voûtés et transformés en boulevards. Le cours principal de la Meuse emprunte le tracé des actuels avenue Blonden (1), boulevard d'Avroy (2) et boulevard Piercot (3).

quai des augustins_liege_1850.jpg  Sur la vue ci-dessus, on retrouve les points (2) et (3) du plan précédent. À gauche, c'est le rivage d'Avroy un peu avant l'église des Augustins. Devant l’abbaye Saint-Jacques, la Meuse (actuel boulevard d'Avroy) forme un coude pour bifurquer vers la droite (actuel boulevard Piercot).

 
À titre de comparaison, voici le même coude de nos jours :
piercot_liege_2012.jpg

 

seminaire_liege_1850.jpg  L'illustration ci-dessus montre à contre-courant le tronçon de la Meuse devenu le boulevard Piercot. Les bâtiments mis en valeur sont ceux de l’ancien couvent des Prémontrés, affecté depuis 1809, par décret de l’empereur Napoléon, au grand séminaire et à la résidence de l’évêque de Liège. Vers la gauche, on remarque le débouché du bief de l’ancienne abbaye Saint-Jacques (déviation du courant de la Meuse pour alimenter les moulins de l'institution), et plus loin, l’église des Augustins, désacralisée à cette époque. La photo qui suit montre le contenu actuel du rectangle rouge, avec le boulevard Piercot qui porte ce nom depuis 1889 (le libéral Ferdinand Piercot a été bourgmestre de Liège à plusieurs reprises au XIXe siècle) :
bd piercot-liege-début XXe.jpg


La modification du tracé de la Meuse et la création d'un bassin de Commerce


  Au milieu du XIXe siècle, la ville de Liège reste soumise aux caprices de la Meuse et de l’Ourthe. C’est tantôt la hauteur d’eau qui est insuffisante pour supporter les bateaux, tantôt la force du courant qui provoque de désastreuses inondations. Coudes et méandres, en outre, rendent la navigation difficile, voire périlleuse.

  Ces conditions nuisent à la salubrité publique*, mais aussi au développement économique de la région, le transport fluvial ne permettant pas les relations commerciales dont a besoin le bassin industriel liégeois en plein essor.
*
Les inondations aggravent les problèmes d’hygiène. En 1849, par exemple, une épidémie de choléra fait des ravages parmi la population (près de 2000 morts sur 80000 habitants). Une autre sévira en 1854-55, au début des grands travaux de la Dérivation, le monde politique et médical se réjouissant de leur avancement pour éradiquer une des causes du fléau.

  Les terres d’Avroy, de Sainte-Véronique à Fragnée, se développent considérablement depuis l’installation en 1842 d’une station de chemin de fer aux Guillemins. Il arrive pourtant que des crues y sévissent plusieurs fois par an, le phénomène s’étant accentué depuis la suppression de la rivière d’Avroy et du canal de la Sauvenière, lesquels amortissaient le trop-plein. L’île Colette constitue un obstacle pour les bateliers, et la courbe trop prononcée au niveau de l’ancienne abbaye Saint-Jacques cause de nombreux accidents de navigation.

ile colette_liege_1840.jpg  L'aquarelle ci-dessus, réalisée vers 1840 par Joseph Fussell, nous montre l’île Colette, formée par des atterrissements successifs et immergée pendant les périodes de haut débit. Cet obstacle à la navigation s'étendait du Petit Paradis à l'actuelle rue des Guillemins, sur la longueur donc de l'actuelle avenue Blonden. L'église désignée par la flèche est celle de l'ancienne abbaye Saint-Jacques, très schématisée. On la retrouve au centre du dessin suivant, en 1850, là où la Meuse décrit vers la droite une courbe considérée dangereuse par les bateliers :
quai_avroy_liege_1850.jpg

  Dès 1846, l’ingénieur Kümmer, des Ponts et Chaussées, présente un plan ambitieux pour redresser le tracé de la Meuse et aménager un canal parallèle (la « Dérivation ») qui remplacerait aussi, vers Outremeuse, les nombreux diverticules de l’Ourthe. Les débats s’éternisent à cause des budgets, mais les inondations de 1850 imposent l’urgence d’une décision : le plan Kümmer est adopté l’année suivante, malgré l’opposition des adversaires politiques qui ironisent sur la « dérivation du Trésor public dans la Meuse ». Ces travaux gigantesques débutent en 1853 et vont durer dix ans.

derivation_liege_1890.jpg  La photo ci-dessus ne date pas de la création de la Dérivation, mais de travaux de canalisation et d'approfondissement réalisés en 1890.

plan kummer_liege_amenagement meuse_1851.jpg  Ce détail du plan Kümmer montre le tracé de la Dérivation (les flèches rouges) et le redressement de la Meuse en Avroy (en bleu), avec la création d’un bassin de commerce.

  Entre le début de l’île Colette (1) et le pont de la Boverie (2) – on dirait, de nos jours : entre le lieu-dit Paradis et le pont Kennedy – le cours de la Meuse est rectifié pour supprimer le coude brusque et dangereux à la hauteur de Saint-Jacques (3). Parallèlement, on aménage un vaste plan d’eau de quatre hectares pour servir de bassin de commerce (4). En quelque sorte : le premier port fluvial de Liège. Deux chenaux équipés d’écluses en assurent les débouchés vers la Meuse. Il est même prévu, dans les projets initiaux (mais jamais concrétisés), d’installer à proximité de grands entrepôts et une station de chemin de fer (5) en remplacement de la gare des Guillemins.

  Le nouvel aménagement des lieux crée une île (6) qui, par analogie avec le bassin portuaire, prend le nom d’île de Commerce : quinze hectares appartenant à l’État, terrain vague, marécageux, inculte, mais promis à un avenir économique considérable.

plan_bassin de commerce_liege-1861.jpg  Ce plan communal de 1861 montre le bassin de Commerce s’étendant des Augustins à la rue des Guillemins. La flèche indique le sens du regard pour découvrir cette pièce d’eau telle qu’elle est représentée sur la peinture ci-dessous, qui date de 1872 :
bassin de commerce_liege_1872.jpg  Les trois arbres à l’avant-plan, font partie des plantations qui ornent le quai Cockerill, le long du chenal d’accès. Ce quai rend hommage, en cette période d’essor industriel, au fondateur de la célèbre métallurgie établie depuis 1817 à Seraing. En 1889, après la suppression du bassin et le comblement du canal, il laissera place au boulevard Piercot. À droite, la maison pontonnière et le quai d’Avroy.

pont tournant_avroy_liege.jpg  Le chenal devenu le boulevard Piercot, le voici arrivant au quai d’Avroy, à la hauteur de l’ancienne église des Augustins devenue celle du Saint-Sacrement. Le pont tournant est un des quatre qui permettent d’accéder sur l’île de Commerce (voir plan plus haut). Les peupliers, à droite, seront bientôt abattus pour permettre l’installation en 1867-1868 d’une statue monumentale représentant Charlemagne à cheval.

michel orban_bassin de commerce_liege_1877.jpg  La statue équestre de Charlemagne, on la voit sur la gauche de ce dessin de 1877. Amarré le long du quai Cockerill, le bateau muni de roues à aubes est le Michel Orban (produit par la maison Orban de Grivegnée) ; il s’agit d’un navire à vapeur assurant depuis 1858 une ligne régulière entre Liège et Seraing. Ce genre de transport disparaîtra au début du XXe siècle à cause du développement des trams urbains et des chemins de fer.

 

La fin du bassin et de l’île de Commerce


  Le bassin portuaire s’avère très vite mal adapté aux besoins des bateliers, contraints à de nombreuses manœuvres difficiles. Les bourgeois d’Avroy, en outre, se plaignent de l’aspect inesthétique de cette zone aux eaux sales le long de leur promenade favorite.

  Quant à l’île de Commerce au nom prometteur, elle reste inexploitée, les débats s’éternisant à propos de son affectation définitive.

bassin de commerce_liege_fin XIXe.jpg  Ci-dessus, à l'arrière du bassin de Commerce, ce sont les immeubles du quai de Cockerill (futur côté pair du boulevard Piercot). L'église dont on voit la toiture est Saint-Jacques.

bassin de commerce_liege_1870.jpg  Le bassin de Commerce vers 1870. À droite, les bateaux à vapeur sont amarrés le long de l’île du Commerce. La flèche indique le sens du chenal longeant le quai Cockerill, de l’église Saint-Jacques jusqu’à celle de l’évêché.

ile de commerce_liege_1877.jpg  L’évêché, on le retrouve sur la gauche de cette vue de 1877, au confluent du chenal et du nouveau tracé de la Meuse, à l’approche du pont de la Boverie (l’actuel pont Kennedy). À l’avant-plan, l’île de Commerce est laissée à l’abandon.

  On y croit, pourtant, à l’avenir de cette île ! En 1859, l’édilité liégeoise défend toujours l’idée d’y transposer la gare de chemin de fer que Kümmer envisageait déjà en 1851 à proximité du bassin*. De 1864 à 1866, un pont est construit pour la relier au quartier de Boverie, compris entre la Meuse et sa Dérivation, quartier chic en plein essor, avec un parc et un projet de jardin d’acclimatation.
*
Opposé à cette espérance, l’État préférera agrandir la gare des Guillemins et projeter la création d’une autre gare plus près du centre-ville, à côté du palais de justice.

premier pont de commerce_liege.jpg  La carte postale ci-dessus présente le premier pont de Commerce, reliant l'île de Commerce délaissée (à gauche) et le quartier de la Boverie.

  En 1867, la Ville rachète l’île à l’État dans l’espoir d’exploiter enfin ce terrain jusque-là inutile, mais le projet est désespéré. L’endroit est fort marécageux, et de surcroît isolé du reste de la ville à cause des ponts tournants constamment ouverts à cause du passage incessant des bateaux.

ile de commerce_liege_1869.jpg  Ce dessin de 1869 représente des masures sur le terrain vague de l’île de Commerce. À l’arrière-plan, au-delà du bassin,on aperçoit les immeubles du quai d’Avroy (à gauche) et du quai Cockerill (à droite).

  Aussitôt l’île acquise par la Ville, plusieurs plans sont proposés pour réaménager les lieux. En 1868, les autorités communales adoptent celui de leur directeur des travaux publics, Hubert Guillaume Blonden, qui ne voit d’avenir pour ces terrains que s’ils sont rattachés à la terre ferme grâce à la suppression du bassin portuaire inadapté.

  Diverses tracasseries administratives, financières et judiciaires entraînent d’importants retards : le projet de Blonden, remanié, n’est réalisé qu’à partir de 1876.

blonden_caricature.jpg  Cette illustration provient du journal satirique « Le rasoir » (feuille liégeoise ayant publié de nombreuses caricatures politiques de 1859 à 1889). Évoquant la statue de Charlemagne sise en Avroy, elle se moque de Blonden qui agit en maître incontesté, menant le conseil communal par le bout du nez.

parc d'aveor_liege-fin XIXe.jpg  Le comblement du bassin de Commerce est terminé en 1879. L’espace récupéré est utilisé pour ouvrir au public un vaste parc dessiné par le paysagiste allemand Édouard Keilig, déjà sollicité à Bruxelles, dès 1861, pour l’aménagement du bois de la Cambre.

  Le plan de Blonden, outre l’aménagement de ce parc public, prévoit aussi la création, dès 1876, à l’emplacement de l’ancienne île de Commerce, d’un quartier résidentiel bourgeois dont le cœur s’appellera les Terrasses, squares aménagés en jardins classiques autour de deux bassins d’eau. Une artère parallèle à l’avenue d’Avroy, de l’autre côté du parc, sera percée dès 1879 pour desservir ce nouveau quartier luxueux : elle est baptisée avenue Rogier, du nom du célèbre avocat liégeois qui a joué un rôle essentiel lors de l’indépendance de la Belgique en 1830.

 
Mais ces transformations feront l'objet d'autres histoires dans d'autres articles...

05/06/2014

Vues aériennes exceptionnelles de Liège au lendemain de la seconde guerre mondiale

  Ces vues proviennent d'un dossier complet qui concernait l'emplacement éventuel à Liège de la haute autorité Schuman (CECA). Elles m'ont été fournies par Pierre MARDAGA, qui les tient de son grand-oncle, député à l'époque.


Cliquez dessus pour les découvrir en meilleure résolution :
quais de la Batte-meuse-liege-fin_annees_1940.jpg

boverie-meuse-derivation-liege-fin annes 1940.jpg

25/01/2014

Un loisir d'un autre temps : les guinguettes de Kinkempois

   À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, des familles entières se rendent le dimanche sur la rive droite de la Meuse à Kinkempois, où cafés-restaurants et guinguettes leur permettent de passer d'agréables moments dans un cadre bucolique. Le dépaysement sans trop s'éloigner du centre-ville !

batte-bateau_mouche-debut_XXe.jpg   Première étape de l'expédition dominicale : prendre place à bord d'un bateau-mouche à vapeur, comme ici à l'embarcadère de la Batte.

eglise-saint-vincent-vall-benoit-rivage en pot.jpg   Ces bateaux assurent la liaison entre Liège et Seraing, avec diverses escales, dont celle-ci au Rivage-en-Pot, près de l'église Saint-Vincent de Fétinne que l'on aperçoit à l'arrière-plan (cette église a été remplacée en 1930 par un édifice de béton surmonté d'un dôme de cuivre). Ci-dessous, les actuels quais Gloesener et Wauters.

quais_gloesener_wauters-2007.jpg

 

kinkempois-canots-debut_XXe.jpg   La rive droite de la Meuse à Kinkempois, à la Belle-Époque, avec ses débarcadères et ses locations de canots. Les deux photos qui suivent permettent de comparer l'aspect des lieux à la fin du XIXe siècle et au début du XXIe.
kinkempois-debarcaderes-pont-val_benoit.jpg   Dans le fond, on aperçoit le pont ferroviaire du Val-Benoît (premier du nom, de 1842 à 1935). Ci-dessous, son successeur (quatrième du nom, depuis 1945) est masqué par le pont du Pays de Liège, inauguré en 2000 pour assurer la liaison autoroutière E40-E25.
meuse-kinkempois-2007.jpg


maison_blanche-kinkempois-1906.jpg  1906. Le bateau-mouche va accoster au débarcadère situé près de la Maison Blanche, un des plus célèbres établissements de plaisance établis à Kinkempois du début du XXe siècle.

kinkempois-canots-plaisance-1913.jpgCarte postale postée en 1913. À l'avant-plan, des canots en location.

guinguette-henin-kinkempois-debut_XXe.jpg

maison-blanche-kinkempois-debarcadere.jpg   La Maison Blanche est aussi connue sous l'appellation de Maison Henin, du nom du propriétaire. Ci-dessous, la même perspective en 2007.
berge-kinkempois-2007.jpg

 

maison-blanche-henin-kinkempois-1916.jpg   Le jardin de la Maison Blanche sur une carte postée en 1916.Une guinguette est au départ un débit de boisson et un restaurant, avant de devenir un lieu où l'on peut danser sur une piste à ciel ouvert, au son d'un petit orchestre avec priorité à l'accordéon.

maison_blanche-jardin-kinkempois-debut_XXe.jpgLe jardin de la Maison Blanche en 1903.

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La terrasse en bord de Meuse de la Maison Blanche vers 1910.

maison-blanche-guinguette-kinkempois-1900.jpg   La berge champêtre de Kinkempois, avec à l'arrière-plan la zone industrielle de Cockerill-Ougrée. Ci-dessous, en 2007.
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chalet-kinkempois.jpgL'entrée côté Meuse du café-restaurant « Au chalet ».

kinkempois-chalet-annees_30.jpg   De l'autre côté du fleuve, sur la droite, c'est le bâtiment de chimie de l'université de Liège, dont la construction a débuté en 1930.
 

moulin-hauzeur-val-benoit.jpg   De l'autre côté de la Meuse, il existait autrefois un moulin à farine appartenant à la famille Hauzeur (à l'origine du parc résidentiel privé de Cointe). Les meules étaient actionnées par une machinerie à vapeur conçue par les ateliers John Cockerill en 1826.

maison-blanche-dancing-kinkempois.jpg   Après la seconde guerre mondiale, l'industrialisation des banlieues a fini par faire disparaître les guinguettes. Certaines sont devenues quelque temps des dancings, mais avec d'autres styles musicaux que le tango, la polka ou le bal musette.

maison_blanche-kinkempois-2007.jpgL'ancienne Maison Blanche en 2007.


hotels_cafes_lg_gd.jpg

  Davantage de renseignements dans cet ouvrage
de Jean JOUR,

paru chez Noir Dessin Production.