14/02/2016

Du prieuré Saint-Léonard à la fonderie de canons

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

milheuser 1649.jpg  Cette vue gravée par Julius Milheuser nous transporte dans le quartier Saint-Léonard en 1649. Situé en dehors des remparts (1)*, le hameau est essentiellement réservé aux cultures. L'église Sainte-Foy (2), fondée au début du XIIe siècle, présente ici l'apparence de sa reconstruction en 1624**. À côté, il s'agit du prieuré Saint-Léonard (3) auquel le quartier doit son nom.

* On aperçoit la porte fortifiée de Vivegnis et celle de Saint-Léonard (cette dernière est précédée d'un pont qui enjambe le fossé alimenté par la Meuse pour servir de douve et de refuge pour bateaux.
** L'église Sainte-Foy actuelle, conçue par l'architecte Évariste Halkin, a été construite dès 1867 et consacrée en 1871.

 Ce prieuré existe depuis le tout début du XIe siècle. En 1093, un chanoine de la collégiale Saint-Jean fait ériger à cet endroit une chapelle dédiée à saint Léonard ; on lui adjoint bientôt des bâtiments pour accueillir des moines de l'abbaye de Saint-Jacques, détachés là pour être au service de la population locale qui ne dispose pas de lieu de culte.


  Biographie de saint Léonard

  D’après la tradition et le récit légendaire de sa vie, écrit au XIe siècle, Léonard est né à la fin du Ve siècle dans une noble famille franque. Baptisé par saint Rémi, évêque de Reims, il a comme parrain Clovis lui-même, dont il obtient le privilège de visiter les prisonniers et de libérer tous ceux qu’il juge dignes de cette grâce.

  Refusant la dignité épiscopale proposée par le roi, il préfère vivre en ermite dans les forêts du Limousin. C'est pendant cette période qu'il intercède pour sauver la reine d'Aquitaine qui se meurt en couches. En remerciement, il reçoit du roi une part de la forêt, où il construit une chapelle en l’honneur de Marie. Il fait jaillir une source par miracle. Beaucoup de personnes le rejoignent, dont des malades venus se faire guérir et des prisonniers échappés de leur cachot par l’effet de ses prières. Il leur enseigne l'évangile et partage son domaine avec eux pour leur permettre de vivre de leur travail et « non d’aventures et de désordres ».

  Il meurt un 6 novembre ; il est enterré dans la chapelle qu’il a construite. Son tombeau devient vite un lieu de pèlerinage qui donne naissance à la ville de Saint-Léonard-de-Noblat.

  Saint Léonard est le protecteur des prisonniers et des femmes en couches. Dans nos régions, il est aussi considéré comme le saint patron des mineurs.

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  Cette statue en bois polychromé (sculpteur inconnu, XVIIe siècle) représente saint Léonard patron des mineurs (les chaînes de prisonniers ont été remplacées par une cage de houilleurs). Primitivement dans le prieuré Saint-Léonard, elle se trouve depuis le début du XIXe siècle dans l'église Sainte-Foy.

 

   En 1489, le prieuré ne compte plus que deux moines âgés et connaît des problèmes financiers. Il est vendu aux chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui quittent leur couvent des Bons Enfants pour venir s'installer à Saint-Léonard.

  En 1777, le prince-évêque Velbruck fait partir les chanoines pour transformer le prieuré en hôpital général. On y enferme les vagabonds et les mendiants pour leur enseigner la religion et les exercer au travail. Si le principe paraît généreux, il s'agit en réalité de remédier à l'insécurité qui règne dans les rues, de protéger les gens de bien de l'importunité des indigents. La mesure irrite les partisans de liberté individuelle, et ceux qu'ils considèrent comme des prisonniers seront délivrés lors des événements révolutionnaires qui vont marquer la fin de ce siècle.

  Sous le régime français, les bâtiments finissent par être abandonnés et démolis par les pilleurs et les récupérateurs de matériaux. En 1796, ils sont qualifiés de « presque en ruines » dans un rapport officiel. Ils seront rasés en 1803, quand on leur substituera les ateliers d'une fonderie de canons. Le premier consul Napoléon Bonaparte rêve de conquérir l'Angleterre ; il a besoin d'une grande quantité de bouches à feu pour équiper sa flotte amarrée à Boulogne.

  Le CLHAM (Centre liégeois d'histoire et d'archéologie militaires) a publié sur son site un article de P. Beaujean concernant l'évolution de cette fonderie, de ses origines au XIXe siècle à son remplacement par l'Arsenal de Rocourt après la seconde guerre mondiale. Cliquez ICI pour découvrir cet historique, qu'il faut lire avant de regarder les illustrations qui suivent.

visite napoleon fonderie.jpg  Le 8 novembre 1811, Napoléon et l'impératrice Marie-Louise visitent la fonderie impériale de canons de Liège (lavis à l'encre de Chine de Charles Monnet).

napoleon visite fonderie liege 1811.jpg
Le même événement représenté par Jean-François Bosio (dessin à la plume, gouache et aquarelle).

fonderie canons liege 1823-24.jpg  La fonderie royale de canons au milieu des années 1820, sous le régime hollandais (lithographie d'Antoine Dewasme d'après un dessin d'Auguste de la Barrière).

musee d'armes liege.jpg  Cette carte postale présente le musée d'armes de Liège au début du XXe siècle (musée inclus depuis 2009 dans le Grand Curtius). L'entrée était flanquée de deux mortiers fabriqués en 1812 à l'époque de la fonderie impériale.

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mortier monstre 1832.jpg    En 1832, l'armée française de Louis-Philippe, venue assister la nouvelle Belgique indépendante de Léopold 1er, fait le siège de la citadelle d'Anvers, toujours tenue par les Hollandais. Le « Mortier Monstre », capable de tirer des bombes de 500 kilos, est une invention du général français Paixhans ; il a été coulé à la fonderie de canons de Liège.

plan avenzo 1838.jpg  La fonderie et le quartier Saint-Léonard sur un plan publié en 1838 par Avenzo & Cie. Cliquez ICI pour ouvrir une vue aérienne grâce à Google Earth.

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Cette lithographie d'Edwin Toovey (Belge d'origine anglaise) date du milieu du XIXe siècle.

colonne du congres bruxelles d'antan.jpg  Au XIXe siècle, la fonderie réalise aussi des œuvres d'art. À Bruxelles, la colonne du Congrès est édifiée de 1850 à 1859 (architecte Joseph Poelaert). Elle est surmontée d'une statue de Léopold 1er, et son piédestal comporte quatre figures féminines symbolisant les libertés fondamentales garanties par la Constitution. C'est à la fonderie royale de Liège qu'ont été coulés les bronzes de ces sculptures.

statue gretry liege 1909.jpg À Liège, il en a été de même, en 1840, pour la statue de bronze de Grétry, due au sculpteur Guillaume Geefs. Installée initialement place de l'Université (actuelle place du XX Août), elle n'a été déménagée devant le théâtre royal qu'en 1866 (la vue ci-dessus date de 1909).

cheval halage liege.jpg  De même encore pour le cheval de halage du sculpteur Jules Halkin, groupe statuaire de bronze situé aux Terrasses depuis 1885.

fonderie de canons st-lenoard liege 1905.jpg   L'entrée de la FRC (fonderie royale de canons) vers 1905, avec à l'arrière-plan le clocher de l'église Sainte-Foy.

athenee liege II 2013.jpgLe même endroit de nos jours.

entree fonderie canons liege 1906.jpg  Le portique d'entrée en 1906. La couronne justifie l'appellation « fonderie royale ». Les deux canons placés verticalement servent de « chasse-roues ».

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Le quai Saint-Léonard et l'entrée de la fonderie pendant les inondations de l'hiver 1925-1926.

eglise sainte-foy_liege_debut XXe.jpg  La rue Saint-Léonard et l'église Sainte-Foy au début du XXe siècle. Les bâtiments à droite sont ceux de la fonderie, construits le siècle précédent sur les soubassements de l'ancien preuré.

tram ste-foy liege 1964.jpg  Le même endroit au début des années 1960. Les palissades cachent le chantier de démolition de la fonderie, préparatoire à l'installation à cet endroit de l'athénée Liège II.

cour fonderie canons liege (2).jpg  Ces deux photos d'avant 1940 ▲ montrent la cour intérieure de la fonderie, avec le « monorail » servant à transporter les pièces lourdes ▼
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Un mortier FRC de 76 mm, utilisé pendant la seconde guerre mondiale.

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Un canon antichar de 47 mm, fabriqué par la FRC, en service en 1940.

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Le même canon FRC monté sur des chenillettes Vickers Carden-Loyd Mk VI.

entree fonderie canons liege apres 1945.jpg  La fonderie après 1945, peu de temps avant son abandon. Les activités vont être progressivement transférées au nouvel Arsenal d'Armement de Rocourt.

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L'athénée royal Liège II en 1979.

arsenal rocourt char bastogne restaurration 2007.jpgPhoto prise en 2007 à l'Arsenal de Rocourt*, pendant la restauration du char Sherman de Bastogne.
* J'accompagnais des élèves en stage de mécanique dans l'établissement.


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15/02/2015

Avant la place Saint-Lambert

  Au début du Moyen Âge, le site de l'actuelle place Saint-Lambert est occupé par une bourgade mérovingienne, construite en partie sur les ruines d'une ancienne villa romaine. Le sol fertile, le long de la Légia*, est exploité par une petite population rurale. Un oratoire**, près des chaumières, atteste de la christianisation des lieux.
* Ce ruisseau est aujourd'hui canalisé et souterrain. À l'époque évoquée, il dévalait d'Ans en suivant approximativement le tracé des actuelles rues Sainte-Marguerite, de l'Académie et de Bruxelles, puis se divisait en différents bras avant de se jeter dans la Meuse.
** Cet oratoire dédié aux saints Cosme et Damien, la légende en attribue la construction à Monulphe, évêque du diocèse Tongres-Maastricht dans la seconde moitié du VIe siècle.

 liege-village merovingien.jpg  Ci-dessus, le « leudicus vicus » (le « village public » de Liège), tel qu'imaginé dans la bande dessinée « Pays de Liège, vie d’une Église » (DUSART/VINK, ISCP-CDD, Lg 1984).

 Ci-dessous, le tracé de la Légia (en bleu) reproduit par Christian Hauglustaine sur un plan de 1770 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
plan_legia_liege_1770.jpg

saint_lambert.jpg


  Au début du VIIIe siècle, le diocèse de Tongres-Maastricht est dirigé par l'évêque Lambert. Quand celui-ci se déplace dans nos régions, il aime s'arrêter dans l'humble bourgade liégeoise pour prier et se reposer. Et c'est là qu'il est assassiné, avec son entourage, par les hommes d'armes de Dodon, haut fonctionnaire de l’État franc et membre d’un clan rival. La date habituellement retenue pour ce drame est le 17 septembre 705.

assassinat lambert.jpgCi-dessus, le martyre de saint Lambert représenté sur un panneau peint du XVe siècle.

Ci-dessous, la même scène sur une miniature du XIIIe :

martyre_saint-lambert.jpg

      La tradition rapporte que le premier réflexe de Lambert est un réflexe de guerrier : il s’empare d’un glaive, prêt à défendre chèrement sa peau. Puis il jette son arme, renonçant à tuer, et se retire dans la chapelle. Un des agresseurs grimpe sur le toit, arrache le revêtement, aperçoit l’évêque en prière et le frappe d’un coup de javelot.

 

  Lambert est d'abord inhumé à Maastricht, mais le lieu de son supplice attire les pèlerins, et on parle même de guérisons miraculeuses !

  L'évêque Hubert (705-727) fait bâtir à Liège un sanctuaire où sont transférées, vers 718, les reliques de son prédécesseur. Le culte voué au martyr prend tellement d'ampleur que la bourgade se transforme rapidement en une importante agglomération urbaine, qui finit par devenir le siège du diocèse en remplacement de Maastricht.

  L'édifice religieux dédié à Saint-Lambert,
desservi par un chapitre de chanoines, prend de l'ampleur et le rang de cathédrale. Incendié en 881 (ou 882) par les pillards normands, il est rapidement reconstruit, mais il ne retrouve pas son importance d'avant. L'évêque Éracle (959-971) envisage même d'installer, sur la colline du Publémont, son palais épiscopal et une nouvelle cathédrale dédiée à saint Lambert*.
* Ce projet n'aboutira pas.
L'église dont il initie la construction sur le Publémont, en 965, ne deviendra pas la cathédrale de Liège, mais la basilique Saint-Martin).

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Placé sur le trône de saint Lambert par Otton Ier (empereur germanique de 962 à 973), l’évêque Notger (972-1008) reçoit une double mission : rétablir l’ordre à l’intérieur du diocèse de Liège, menacé par des seigneurs locaux, et se protéger des attaques extérieures.

  Otton II (973-983) accorde à Notger un privilège d’immunité générale qui fait de l’évêque le seul et unique maître de ses terres et de ses possessions. Liège n'est plus seulement la capitale d'un diocèse, mais aussi celle d'un État, une principauté épiscopale qui reste certes vassale du Saint-Empire, mais que le prince-évêque peut gérer en toute indépendance vu les pouvoirs temporels dont il dispose.

  Enrichi par les dons des souverains germaniques, Notger se lance dans un vaste programme de construction qui va remanier complètement la physionomie de Liège. Il fait construire ou achever plusieurs collégiales : Saint-Paul et Saint-Martin (commencées sous son prédécesseur Éracle), Sainte-Croix, Saint-Jean-l’Évangéliste, Saint-Denis ; et dote la cité d’une enceinte fortifiée.

  À l'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert, il fait construire un palais épiscopal et une cathédrale dignes du nouveau statut de la cité.

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 La cathédrale est dédiée à Notre-Dame et Saint-Lambert. Notger lui adjoint, accolée au côté sud, une église paroissiale baptistère appelée Notre-Dame aux Fonts.

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  Ci-dessous, deux illustrations de l'édifice remanié en style roman dans le courant du XIIe siècle :
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  Dans la nuit du 28 au 29 avril 1185, un incendie se déclare dans l'une des maisons accolées au cloître*. Il se propage rapidement et dévaste le cœur historique de la cité, détruisant une grande partie du complexe religieux et endommageant même le palais. On raconte que les flammes ont fait rage pendant treize jours.
* C'est la version de Gilles d'Orval, moine cistercien de l'abbaye d'Orval,
connu au XIIIe siècle pour sa Gesta episcoporum Leodiensium (Histoire des évêques de Liège). Le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse parle, lui, de l'imprudence d'un sonneur de cloches, qui a quitté son poste sans éteindre le foyer qui le réchauffait.

  Place Saint-Lambert, sur le mur à droite de l'Archéoforum, figure une ligne du temps résumant les grandes périodes de la cathédrale :
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  La reconstruction de la cathédrale débute immédiatement après l'incendie, en utilisant une grande partie des fondations antérieures. On procède d'abord à des réparations d'urgence, suffisantes pour que l'archevêque de Cologne, en 1189, se déplace pour venir consacrer la partie restaurée du temple. En 1197, les reliques de saint Lambert, mises à l'abri lors de l'incendie (dans la collégiale Saint-Barthélemy), réintègrent les lieux.

 
Puis le chantier colossal va durer près de deux siècles et demi, pour en arriver, au milieu du XVe siècle, à une splendeur de l'art gothique, comparable en dimensions à Notre-Dame de Paris. En 1468, le sac de la ville ordonné par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire n'affectera guère le monument au niveau architectural.

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Les tours jumelées, situées à l'ouest, datent du milieu du XIIIe siècle ; elles ont été appelées les tours de sable parce qu'elles ont été bâties en tuffeau, pierres jaunâtres extraites dans les environs de Maastricht.

  La grande tour (à l'emplacement de l'actuel espace Tivoli) a été terminée dans la troisième décennie du XVe siècle. Elle culmine à 135 mètres, à la même altitude que la colline de Sainte-Walburge. Sa flèche a été couverte de plomb doré au XVIe siècle.

  On remarque, au pied de la grande tour, le long du flanc sud de la nef, l'église baptistère Notre-Dame aux Fonts.

  Tout ce complexe religieux couvrait les actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, que l'on voit ci-dessous en 2008, dans le même sens que la reconstitution qui précède. Les pylônes métalliques symbolisent les colonnes intérieures de l'ancienne cathédrale :
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  Pour mieux comprendre la configuration des lieux avant que la place Saint-Lambert n'existe, voici un plan de 1785, puis un dessin de Camille Bourgault présentant la situation en 1770 (cliquer sur ce dessin permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
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La révolution liégeoise

  À la fin du XVIIIe siècle, les Liégeois se sont attachés aux idées des philosophes qui, en France, critiquent l’ancien régime et demandent des réformes. Les idées nouvelles de liberté, égalité, fraternité, trouvent des adeptes de plus en plus nombreux.

 Esprit émancipé, le prince-évêque François Charles de Velbruck comprend son époque et les aspirations de son peuple. Il veut l’égalité de tous devant l’impôt et se montre partisan du principe de la souveraineté nationale. Il s’avère aussi un grand protecteur des arts et des sciences.

 Mais à ce prince éclairé, succède, en 1784, César Constantin François de Hoensbroeck, autoritaire, têtu, qui gouverne en s’appuyant uniquement sur le parti aristocratique. La situation de paysans et des ouvriers n’est guère enviable, les grèves et les rassemblements se multiplient ; le chômage et la mendicité sévissent. Bref, le peuple réclame plus de justice sociale.

 Le 14 juillet 1789, les Parisiens s’emparent de la Bastille. Le 4 août, l’assemblée nationale française supprime tous les privilèges et proclame la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ces événements suscitent l’enthousiasme au pays de Liège, surtout dans la capitale, où le peuple envahit le 18 août l’hôtel de ville pour proclamer Fabry et Chestret comme bourgmestres populaires. Dans l’après-midi, le prince-évêque Hoensbroeck, ramené de son château de Seraing par la foule, feint de céder, mais le lendemain, il s’enfuit et appelle à l’aide les princes allemands contre ses sujets rebelles.

 Le 30 novembre 1790, des troupes, en majorité prussiennes, occupent la citadelle, et le 12 janvier suivant, l’armée de l’empire germanique entre à Liège, obligeant les patriotes les plus en vue à émigrer en France. Le retour de Hoensbroeck se manifeste par de multiples représailles.

 Le 22 septembre 1792, la république est proclamée en France. Notre grande voisine, à ce moment, est en guerre, car les souverains étrangers veulent y rétablir la monarchie. Le conflit se déroule en partie sur notre sol. Le 6 novembre 1792, le général français Dumouriez inflige à Jemappes une lourde défaite aux Autrichiens ; quelques jours plus tard, il entre à Liège au milieu de l’enthousiasme populaire.

 Les patriotes exilés rentrent avec l’armée française, tandis que le prince-évêque François Antoine Marie de Méan prend la fuite (Hoensbroeck est décédé quatre mois plus tôt). Une assemblée nationale liégeoise, élue par les citoyens, décide en février 1793 le rattachement de la principauté de Liège à la France.

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Les trois derniers princes-évêque de Liège : Velbruck, Hoensbroeck et Méan.

 
 Quelques jours plus tard, les armées françaises subissent un échec, et les Autrichiens réoccupent Liège, ramenant l’ancien régime et le prince-évêque. Restauration de courte durée, car le 26 juin 1794, les troupes républicaines de Jean-Baptiste Jourdan remportent la victoire de Fleurus. Les Autrichiens évacuent le 27 juillet.

 Le 1er octobre 1795, la principauté de Liège (ainsi d'ailleurs que le reste de la Belgique) est réunie à la république française. Liège devient le chef-lieu du département de l’Ourthe.

 

La démolition de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert

  Dans le contexte de la révolution liégeoise, il est décidé, dès fevrier 1793, de détruire cet édifice qui symbolise l'arrogance autoritaire de l'ancien régime. Mais un mois plus tard, la victoire autrichienne à Neerwinden (Landen, en Brabant flamand) entraîne le retour du prince-évêque et une période de répression.

  Quand les troupes républicaines françaises entrent à Liège fin juillet 1794, après avoir vaincu les Autrichiens à Fleurus, la démolition de la cathédrale revient à l'ordre du jour.

  En fait, cette démolition va s'accomplir lentement, car l'édifice est une mine à ciel ouvert que l'on exploite en fonction des circonstances et des besoins. Les plombs des toitures, cuivres et bronzes, sont envoyés à la fonderie « pour faire des balles pour exterminer les satellites des tyrans » ; les boiseries sont récupérées à des fins militaires ou de travaux publics ; les objets et matériaux sont vendus aux enchères... L'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert va rester un amas de ruines pendant près de trois décennies !

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* Les documents représentant les ruines de la cathédrale proviennent des collections artistiques de l'université de Liège et des archives du Vieux-Liège.
** Sauvée du désastre par des particuliers, la cuve baptismale de la fin du Xe siècle a été installée en 1804, après le Concordat, dans l'ancienne collégiale Saint-Barthélemy devenue église paroissiale.

   Ci-dessous, l'échafaudage entoilé, sur l'espace Tivoli en l'an 2000, symbolise le chœur oriental de la cathédrale disparue :
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  En 1811, Napoléon effectue à Liège une seconde visite officielle et s'irrite de revoir des ruines au lieu d'une place publique avec une statue monumentale de sa personne. En 1812, la municipalité adopte un plan d’aménagement du terrain, qui reçoit le nom de place Napoléon le Grand. Des adjudications sont lancées pour activer le déblaiement. Surviennent alors, en 1815, la défaite de napoléon à Waterloo et la décision du Congrès de Vienne d'attribuer la Belgique au royaume des Pays-Bas.

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  La photo qui termine cet article a été prise pendant les fouilles archéologiques de 1977-1984, recherches qui ont par ailleurs retardé le chantier d'aménagement de la place Saint-Lambert :
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 Dans le sous-sol de la place, il existe depuis 2003 un espace dédié aux origines de Liège : l'Archéoforum, dont vous pouvez accéder au site Internet en cliquant ICI.