01/09/2015

L'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière

milheuser 1649.jpg  Les flèches que j'ai ajoutées sur cette gravure de 1649 indiquent le cours principal de la Meuse, qui coulait à l'époque à l’emplacement de l'actuel boulevard Piercot. Un bras secondaire du fleuve délimitait le quartier de l'Île (l'Isle) ; la portion comprise entre le pont d'Avroy (1) et le pont d'Île (2) était appelée le canal de la Sauvenière.

  Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle.

  Dès 980, l’évêque Notger reçoit de tels pouvoirs de la part de l’empereur germanique Otton II, qu’il devient un chef temporel puissant, à la tête d’une importante principauté épiscopale. Ce premier prince-évêque de Liège entreprend de conférer à sa ville un statut digne d’une capitale, en se lançant dans une politique de grands travaux, commençant par l’édification d’un nouveau palais épiscopal et d’une somptueuse cathédrale en l’honneur de saint Lambert.

notger.jpg

Cette peinture représentant Notger est exposée
dans le palais provincial de Liège ; elle est l’œuvre du
peintre belge Barthélemy Vieillevoye (Verviers 1798-Liège
1855), premier directeur de l'Académie des Beaux-Arts
fondée en 1835.

   

        

notger geant 14 aout liege.jpg

  En Outremeuse à Liège, le géant Notger fait partie depuis
2008 du cortège folklorique du 15 août.



 

  Notger désire développer le quartier de l’Île, où son prédécesseur Éracle a érigé la collégiale Saint-Paul, et où lui-même vient de fonder la collégiale Saint-Jean. Il faut assainir ce quartier insulaire, inhabité dans sa plus grande partie à cause des crues fréquentes qui le maintiennent fort marécageux. Le bras de la Sauvenière qui le circonscrit voit son lit rectifié et approfondi, pour réguler les inondations et favoriser la navigation jusqu’au cœur même de la cité.

  Notger est également célèbre pour avoir entouré Liège, dès 983, d’une imposante muraille. Le canal de la Sauvenière, au pied de la colline du Publémont* sert de fossé défensif à ce rempart.
* Du latin « Publicus Mons » (la montagne publique), colline occidentale de Liège, où se trouve la basilique Saint-Martin, dont la construction est initiée en 965 par l’évêque Éracle, qui rêve d’établir le centre de la cité sur cette hauteur, site qu’il estime abrupt et rassurant, à l’abri des inondations et des menaces d’invasion guerrière que la Meuse lui fait redouter.

plan liege an mil.jpg

  Le dessin qui suit donne un aperçu des fortifications de Liège au XIe siècle (il est extrait de l'ouvrage « Histoire de la Principauté de Liège racontée aux enfants », publié par Yves Bricteux aux éditions Desoer Liège). Au-dessus à gauche, surplombant le canal de la Sauvenière, on aperçoit la basilique Saint-Martin. Les trois fossés qu’enjambent des ponts, de gauche à droite, sont devenus le Thier de la Fontaine, les escaliers de la rue de la Montagne et la rue Haute-Sauvenière :
fortifications liege XIe.jpg

  Le nom « Sauvenière » (« Sav’nîre » en dialecte wallon) proviendrait du mot latin « sabulonaria », qui évoque l’exploitation du sable. En effet, les travaux gigantesques ordonnés par Notger, notamment ceux concernant les remparts, impliquent d’ouvrir le flanc de la colline, avec l’opportunité d’en extraire du sable en grande quantité.

liege guichardin XVIe.jpg  Le flanc de la colline ! Il est certes fantaisiste sur cette gravure, l’une des plus anciennes représentant Liège, due au XVIe siècle à Lodovico Guicciardini (Louis Guichardin), gentilhomme florentin établi à Anvers. Le Publémont y prend l’allure d’un pain de sucre, mais on aperçoit bien, au bas de ce relief exagéré, le quartier de la Sauvenière, avec une rue parallèle au canal, nommée Basse-Sauvenière.


  Le quartier de la Sauvenière au Moyen Âge

  La rue Basse-Sauvenière, de nos jours, est une ruelle étroite située à l’arrière des immeubles dont les façades donnent sur le boulevard qui a remplacé la voie d’eau. Il est donc difficile d’imaginer qu’elle constituait jadis un axe urbain principal, habité par des dignitaires ecclésiastiques, des notables politiques, des hommes de loi, des commerçants et artisans aisés.

  Le quartier de la Sauvenière, au Moyen Âge, est un bourg autonome, une seigneurie enclavée dans la ville, placée sous l’autorité du prévôt de la cathédrale Saint-Lambert. Ses habitants jouissent de franchises et avantages particuliers, comme celui d’être exemptés de l’impôt. C’est au XIIIe siècle, au terme de bien des querelles politiques, que cesse cette situation privilégiée, avec l’annexion du territoire de la Sauvenière à la Cité de Liège.

  Dès le début de ce XIIIe siècle, l’importance du quartier nécessite d’en renforcer la défense : l’enceinte notgérienne du Publémont est prolongée d’une fortification reliant Saint-Martin au canal de Sauvenière, avec l’établissement, dans la vallée, d’une tour crénelée et d’une porte fortifiée, dites des Bégards (voir autre article).

liege moyen age roland manigart histart.jpg  Ci-dessus, le bras de la Sauvenière et la tour fortifiée des Bégards au Moyen Âge. Ci-dessous, le boulevard en 2007 (la flèche désigne la ruelle d'accès au site de l'ancienne porte des Bégards) :
boulevard de la sauveniere liege 2007.jpg



  Le rôle économique du canal

 
Le cours canalisé de la Sauvenière, en permettant aux bateaux d’atteindre les abords de l’actuelle place Saint-Lambert, contribue au développement commercial de la cité. Cette gravure du XVIe siècle nous montre le port fluvial de la place aux Chevaux, devenue les places de l'Opéra et de la République française :
place aux chevaux liege XVIe.jpgplace republique française liege.jpg

  Aux XVIe et XVIIe siècles, les autorités veillent toujours au bon entretien de la rivière, utile à la pêche et au ravitaillement. Il est punissable d’y jeter des immondices, et de fréquents curages maintiennent un débit suffisant pour assurer une navigation efficace et alimenter les divers biefs* en aval du Pont d’Île.
* Ces biefs (voies d’eau secondaires) actionnent des moulins. Les deux plus importants sont devenus les rues de la Régence et de l’Université.

 
La surveillance se relâche à la fin du XVIIIe siècle, probablement à cause des troubles politiques et militaires qui marquent la fin de l’ancien régime et l’annexion de la principauté de Liège à la France.


  Le quai Micoud

  Le canal de la Sauvenière, comme la rivière d’Avroy en amont, finit par présenter toutes les nuisances d’un égout à ciel ouvert. Le manque d’entretien a laissé s’accumuler les encombrements, et le débit du cours d’eau est souvent au plus bas. Les mois chauds, l’endroit dégage des odeurs insupportables et constitue un dangereux foyer d’infection à cause des ordures déversées par les riverains.

  Dès 1801, sous le régime français, les autorités décident de diminuer la largeur du cours d’eau et d’assainir la berge de la rive gauche, en construisant un quai le long des façades arrière de la rue Basse-Sauvenière.

  Les travaux commencent dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, est également détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la nouvelle berge. Le quai portera le nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

sauveniere liege 1790.jpg  Le canal de la Sauvenière à la fin du XVIIIe siècle. Le bras de la Meuse, autrefois économiquement profitable, agonise dans les détritus et alluvions ! Le passage d’eau, de moins en moins fréquenté, vit ses dernières années.

place aux chevaux liege 1812.jpg  Le quai Micoud, le voici en 1812, sur la droite du document, avec les déversoirs des égouts dans le mur sans parapet qui soutient la chaussée. Les personnages, à l’avant-plan, se trouvent sur la place aux Chevaux. Le dôme, à gauche, est celui du couvent des Dominicains (emplacement de l’actuel Opéra royal de Wallonie).

quai micoud liege 1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (cliquez sur elle pour l'agrandir) nous reporte en 1814. Les soldats qui défilent sur le quai Micoud appartiennent aux troupes prussiennes qui se préparent à affronter Napoléon à Waterloo.

  En 1815, après la défaite de Napoléon et l'intégration de la Belgique au royaume des Pays-Bas, le quai Micoud est rebaptisé quai de la Sauvenière, appellation qu'il conservera après l'indépendance de 1830.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Ce lavis de Charles Remont, d'après Henry Renardy, montre le pont d'Avroy en 1826 (voir autre article). Au-delà,  l'alignement d'arbres est le quai de la Sauvenière longeant l'étroit canal.

canal sauvenière liege 1826.jpgLe quai et le canal de la Sauvenière (d'amont en aval), dessin réalisé par un voyageur anglais en 1824.

canal de la sauveniere liege 1837.jpg  Le quai et le canal dessinés par Joseph Fussell vers 1837 (les peupliers ont été plantés trois ans plus tôt) ; l’artiste présente tous les atouts d’un agréable lieu de promenade, fréquenté par les bourgeois aisés et les officiers en galante compagnie. Cette vision de l’endroit est idyllique, car la voie d'eau est considérée à l’époque comme un cloaque aux eaux nauséabondes, cause de maladies.

 
En 1833 déjà, il a été convenu de voûter cette partie du bras de la Meuse, mais les travaux ne sont effectués qu’en 1844. Il ne subsiste rien de l’égout initial, dont voici l'aspect actuel (cliquez ici pour ouvrir un plan d'égouttage actuel, avec une croix à l'emplacement de cette photo) :
egout boulevard sauveniere liege.jpg



  Les débuts du boulevard de la Sauvenière

  Le canal de la Sauvenière transformé en égout de grande section, le terrain gagné en surface permet d’élargir la chaussée et de créer une vaste allée de promenade, qui prend officiellement, en 1848, le nom de boulevard de la Sauvenière.

  À cette époque, la ville de Liège bénéficie de l’essor économique de son bassin industriel, où prospèrent sidérurgie et charbonnages. Elle a les moyens de pratiquer une politique d’urbanisme conquérant. La place Saint-Lambert s’affirme comme le nouveau centre stratégique de la cité, et les quartiers avoisinants connaissent d’importantes mutations destinées à les assainir ou embellir, avec la suppression de biefs inutiles et la création d’artères nouvelles. Dans ce contexte, la Sauvenière se doit, elle aussi, de faire peau neuve, en offrant à sa promenade tous les charmes d’un jardin d’agrément.

boulevard sauveniere liege 1860.jpg  Vue du boulevard au milieu du XIXème siècle, dans le sens d’écoulement de l’ancien canal, avec la basilique Saint-Martin sur la colline du Publémont. Des ormes ont été ajoutés aux tilleuls. Lieu de prédilection pour les piétons, avec des bancs dès 1864, la promenade est autorisée aux cavaliers qui font trotter leur monture.

boulevard sauveniere liege milieu XIX.jpg  Derrière le mur de droite, du côté de l’ancien quartier de l’Île, il s’agit de jardins privés. La ville voulant rogner sur ces terrains pour créer une voie charretière bordée d’habitations, une longue bataille juridique l’oppose aux propriétaires, qui résistent en vain pour préserver l’intégralité de leurs biens.

boulevard sauveniere liege 1975.jpgLe même endroit vers 1975.

boulevard de la sauveniere liege fin XIX.jpg  Le boulevard vers 1860, du côté de la place du théâtre. Le café Vénitien (à gauche) a été construit en 1855 sur l’emplacement de l’hôtel du baron de Floen-Aldercrona. Celui du Point de Vue (à droite) était déjà une taverne au XVIIe siècle, avec un relais de diligence. À l’époque du document, tous deux profitent de la clientèle qu’attirent la promenade et le théâtre royal tout proche.

boulevard sauveniere liege 2009.jpgLe même endroit de nos jours.

 

L'évolution du boulevard après 1871 (les premiers tramways) fera l'objet d'un autre article.

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15/02/2015

Avant la place Saint-Lambert

  Au début du Moyen Âge, le site de l'actuelle place Saint-Lambert est occupé par une bourgade mérovingienne, construite en partie sur les ruines d'une ancienne villa romaine. Le sol fertile, le long de la Légia*, est exploité par une petite population rurale. Un oratoire**, près des chaumières, atteste de la christianisation des lieux.
* Ce ruisseau est aujourd'hui canalisé et souterrain. À l'époque évoquée, il dévalait d'Ans en suivant approximativement le tracé des actuelles rues Sainte-Marguerite, de l'Académie et de Bruxelles, puis se divisait en différents bras avant de se jeter dans la Meuse.
** Cet oratoire dédié aux saints Cosme et Damien, la légende en attribue la construction à Monulphe, évêque du diocèse Tongres-Maastricht dans la seconde moitié du VIe siècle.

 liege-village merovingien.jpg  Ci-dessus, le « leudicus vicus » (le « village public » de Liège), tel qu'imaginé dans la bande dessinée « Pays de Liège, vie d’une Église » (DUSART/VINK, ISCP-CDD, Lg 1984).

 Ci-dessous, le tracé de la Légia (en bleu) reproduit par Christian Hauglustaine sur un plan de 1770 (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
plan_legia_liege_1770.jpg

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  Au début du VIIIe siècle, le diocèse de Tongres-Maastricht est dirigé par l'évêque Lambert. Quand celui-ci se déplace dans nos régions, il aime s'arrêter dans l'humble bourgade liégeoise pour prier et se reposer. Et c'est là qu'il est assassiné, avec son entourage, par les hommes d'armes de Dodon, haut fonctionnaire de l’État franc et membre d’un clan rival. La date habituellement retenue pour ce drame est le 17 septembre 705.

assassinat lambert.jpgCi-dessus, le martyre de saint Lambert représenté sur un panneau peint du XVe siècle.

Ci-dessous, la même scène sur une miniature du XIIIe :

martyre_saint-lambert.jpg

      La tradition rapporte que le premier réflexe de Lambert est un réflexe de guerrier : il s’empare d’un glaive, prêt à défendre chèrement sa peau. Puis il jette son arme, renonçant à tuer, et se retire dans la chapelle. Un des agresseurs grimpe sur le toit, arrache le revêtement, aperçoit l’évêque en prière et le frappe d’un coup de javelot.

 

  Lambert est d'abord inhumé à Maastricht, mais le lieu de son supplice attire les pèlerins, et on parle même de guérisons miraculeuses !

  L'évêque Hubert (705-727) fait bâtir à Liège un sanctuaire où sont transférées, vers 718, les reliques de son prédécesseur. Le culte voué au martyr prend tellement d'ampleur que la bourgade se transforme rapidement en une importante agglomération urbaine, qui finit par devenir le siège du diocèse en remplacement de Maastricht.

  L'édifice religieux dédié à Saint-Lambert,
desservi par un chapitre de chanoines, prend de l'ampleur et le rang de cathédrale. Incendié en 881 (ou 882) par les pillards normands, il est rapidement reconstruit, mais il ne retrouve pas son importance d'avant. L'évêque Éracle (959-971) envisage même d'installer, sur la colline du Publémont, son palais épiscopal et une nouvelle cathédrale dédiée à saint Lambert*.
* Ce projet n'aboutira pas.
L'église dont il initie la construction sur le Publémont, en 965, ne deviendra pas la cathédrale de Liège, mais la basilique Saint-Martin).

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Placé sur le trône de saint Lambert par Otton Ier (empereur germanique de 962 à 973), l’évêque Notger (972-1008) reçoit une double mission : rétablir l’ordre à l’intérieur du diocèse de Liège, menacé par des seigneurs locaux, et se protéger des attaques extérieures.

  Otton II (973-983) accorde à Notger un privilège d’immunité générale qui fait de l’évêque le seul et unique maître de ses terres et de ses possessions. Liège n'est plus seulement la capitale d'un diocèse, mais aussi celle d'un État, une principauté épiscopale qui reste certes vassale du Saint-Empire, mais que le prince-évêque peut gérer en toute indépendance vu les pouvoirs temporels dont il dispose.

  Enrichi par les dons des souverains germaniques, Notger se lance dans un vaste programme de construction qui va remanier complètement la physionomie de Liège. Il fait construire ou achever plusieurs collégiales : Saint-Paul et Saint-Martin (commencées sous son prédécesseur Éracle), Sainte-Croix, Saint-Jean-l’Évangéliste, Saint-Denis ; et dote la cité d’une enceinte fortifiée.

  À l'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert, il fait construire un palais épiscopal et une cathédrale dignes du nouveau statut de la cité.

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 La cathédrale est dédiée à Notre-Dame et Saint-Lambert. Notger lui adjoint, accolée au côté sud, une église paroissiale baptistère appelée Notre-Dame aux Fonts.

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  Ci-dessous, deux illustrations de l'édifice remanié en style roman dans le courant du XIIe siècle :
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  Dans la nuit du 28 au 29 avril 1185, un incendie se déclare dans l'une des maisons accolées au cloître*. Il se propage rapidement et dévaste le cœur historique de la cité, détruisant une grande partie du complexe religieux et endommageant même le palais. On raconte que les flammes ont fait rage pendant treize jours.
* C'est la version de Gilles d'Orval, moine cistercien de l'abbaye d'Orval,
connu au XIIIe siècle pour sa Gesta episcoporum Leodiensium (Histoire des évêques de Liège). Le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse parle, lui, de l'imprudence d'un sonneur de cloches, qui a quitté son poste sans éteindre le foyer qui le réchauffait.

  Place Saint-Lambert, sur le mur à droite de l'Archéoforum, figure une ligne du temps résumant les grandes périodes de la cathédrale :
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  La reconstruction de la cathédrale débute immédiatement après l'incendie, en utilisant une grande partie des fondations antérieures. On procède d'abord à des réparations d'urgence, suffisantes pour que l'archevêque de Cologne, en 1189, se déplace pour venir consacrer la partie restaurée du temple. En 1197, les reliques de saint Lambert, mises à l'abri lors de l'incendie (dans la collégiale Saint-Barthélemy), réintègrent les lieux.

 
Puis le chantier colossal va durer près de deux siècles et demi, pour en arriver, au milieu du XVe siècle, à une splendeur de l'art gothique, comparable en dimensions à Notre-Dame de Paris. En 1468, le sac de la ville ordonné par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire n'affectera guère le monument au niveau architectural.

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Les tours jumelées, situées à l'ouest, datent du milieu du XIIIe siècle ; elles ont été appelées les tours de sable parce qu'elles ont été bâties en tuffeau, pierres jaunâtres extraites dans les environs de Maastricht.

  La grande tour (à l'emplacement de l'actuel espace Tivoli) a été terminée dans la troisième décennie du XVe siècle. Elle culmine à 135 mètres, à la même altitude que la colline de Sainte-Walburge. Sa flèche a été couverte de plomb doré au XVIe siècle.

  On remarque, au pied de la grande tour, le long du flanc sud de la nef, l'église baptistère Notre-Dame aux Fonts.

  Tout ce complexe religieux couvrait les actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, que l'on voit ci-dessous en 2008, dans le même sens que la reconstitution qui précède. Les pylônes métalliques symbolisent les colonnes intérieures de l'ancienne cathédrale :
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  Pour mieux comprendre la configuration des lieux avant que la place Saint-Lambert n'existe, voici un plan de 1785, puis un dessin de Camille Bourgault présentant la situation en 1770 (cliquer sur ce dessin permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre) :
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La révolution liégeoise

  À la fin du XVIIIe siècle, les Liégeois se sont attachés aux idées des philosophes qui, en France, critiquent l’ancien régime et demandent des réformes. Les idées nouvelles de liberté, égalité, fraternité, trouvent des adeptes de plus en plus nombreux.

 Esprit émancipé, le prince-évêque François Charles de Velbruck comprend son époque et les aspirations de son peuple. Il veut l’égalité de tous devant l’impôt et se montre partisan du principe de la souveraineté nationale. Il s’avère aussi un grand protecteur des arts et des sciences.

 Mais à ce prince éclairé, succède, en 1784, César Constantin François de Hoensbroeck, autoritaire, têtu, qui gouverne en s’appuyant uniquement sur le parti aristocratique. La situation de paysans et des ouvriers n’est guère enviable, les grèves et les rassemblements se multiplient ; le chômage et la mendicité sévissent. Bref, le peuple réclame plus de justice sociale.

 Le 14 juillet 1789, les Parisiens s’emparent de la Bastille. Le 4 août, l’assemblée nationale française supprime tous les privilèges et proclame la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ces événements suscitent l’enthousiasme au pays de Liège, surtout dans la capitale, où le peuple envahit le 18 août l’hôtel de ville pour proclamer Fabry et Chestret comme bourgmestres populaires. Dans l’après-midi, le prince-évêque Hoensbroeck, ramené de son château de Seraing par la foule, feint de céder, mais le lendemain, il s’enfuit et appelle à l’aide les princes allemands contre ses sujets rebelles.

 Le 30 novembre 1790, des troupes, en majorité prussiennes, occupent la citadelle, et le 12 janvier suivant, l’armée de l’empire germanique entre à Liège, obligeant les patriotes les plus en vue à émigrer en France. Le retour de Hoensbroeck se manifeste par de multiples représailles.

 Le 22 septembre 1792, la république est proclamée en France. Notre grande voisine, à ce moment, est en guerre, car les souverains étrangers veulent y rétablir la monarchie. Le conflit se déroule en partie sur notre sol. Le 6 novembre 1792, le général français Dumouriez inflige à Jemappes une lourde défaite aux Autrichiens ; quelques jours plus tard, il entre à Liège au milieu de l’enthousiasme populaire.

 Les patriotes exilés rentrent avec l’armée française, tandis que le prince-évêque François Antoine Marie de Méan prend la fuite (Hoensbroeck est décédé quatre mois plus tôt). Une assemblée nationale liégeoise, élue par les citoyens, décide en février 1793 le rattachement de la principauté de Liège à la France.

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Les trois derniers princes-évêque de Liège : Velbruck, Hoensbroeck et Méan.

 
 Quelques jours plus tard, les armées françaises subissent un échec, et les Autrichiens réoccupent Liège, ramenant l’ancien régime et le prince-évêque. Restauration de courte durée, car le 26 juin 1794, les troupes républicaines de Jean-Baptiste Jourdan remportent la victoire de Fleurus. Les Autrichiens évacuent le 27 juillet.

 Le 1er octobre 1795, la principauté de Liège (ainsi d'ailleurs que le reste de la Belgique) est réunie à la république française. Liège devient le chef-lieu du département de l’Ourthe.

 

La démolition de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert

  Dans le contexte de la révolution liégeoise, il est décidé, dès fevrier 1793, de détruire cet édifice qui symbolise l'arrogance autoritaire de l'ancien régime. Mais un mois plus tard, la victoire autrichienne à Neerwinden (Landen, en Brabant flamand) entraîne le retour du prince-évêque et une période de répression.

  Quand les troupes républicaines françaises entrent à Liège fin juillet 1794, après avoir vaincu les Autrichiens à Fleurus, la démolition de la cathédrale revient à l'ordre du jour.

  En fait, cette démolition va s'accomplir lentement, car l'édifice est une mine à ciel ouvert que l'on exploite en fonction des circonstances et des besoins. Les plombs des toitures, cuivres et bronzes, sont envoyés à la fonderie « pour faire des balles pour exterminer les satellites des tyrans » ; les boiseries sont récupérées à des fins militaires ou de travaux publics ; les objets et matériaux sont vendus aux enchères... L'emplacement de l'actuelle place Saint-Lambert va rester un amas de ruines pendant près de trois décennies !

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* Les documents représentant les ruines de la cathédrale proviennent des collections artistiques de l'université de Liège et des archives du Vieux-Liège.
** Sauvée du désastre par des particuliers, la cuve baptismale de la fin du Xe siècle a été installée en 1804, après le Concordat, dans l'ancienne collégiale Saint-Barthélemy devenue église paroissiale.

   Ci-dessous, l'échafaudage entoilé, sur l'espace Tivoli en l'an 2000, symbolise le chœur oriental de la cathédrale disparue :
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histoire de liège,liege,legia,place saint-lambert,cathedrale saint-lambert,saint-lambert,saint-hubert,notger,prince-eveque,principaute de liege,palais episcopal,eglise notre-dame aux fonts,cathedrale ottonienne,cathedrale romane,revolution liegeoise,régime français,napoleon,destruction cathedrale de liege,archeoforum… et de la place du Marché.

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  En 1811, Napoléon effectue à Liège une seconde visite officielle et s'irrite de revoir des ruines au lieu d'une place publique avec une statue monumentale de sa personne. En 1812, la municipalité adopte un plan d’aménagement du terrain, qui reçoit le nom de place Napoléon le Grand. Des adjudications sont lancées pour activer le déblaiement. Surviennent alors, en 1815, la défaite de napoléon à Waterloo et la décision du Congrès de Vienne d'attribuer la Belgique au royaume des Pays-Bas.

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* * * * *

 
  La photo qui termine cet article a été prise pendant les fouilles archéologiques de 1977-1984, recherches qui ont par ailleurs retardé le chantier d'aménagement de la place Saint-Lambert :
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 Dans le sous-sol de la place, il existe depuis 2003 un espace dédié aux origines de Liège : l'Archéoforum, dont vous pouvez accéder au site Internet en cliquant ICI.

02/02/2014

La tour et la porte des Bégards

gravure-merian-liege-1647.jpg   L'eau-forte ci-dessus, due au graveur germano-suisse Matthaeus Merian, date de 1647. À l'emplacement de l'actuel boulevard, coule le canal de la Sauvenière (1), bras de la Meuse compris entre le pont d'Avroy (2) et le pont d'Île (3). Au pied du rempart (4) qui descend de Saint-Martin, se dresse une tour de garde (5) adjointe d'une porte emmuraillée, laquelle permet la communication entre la rue Basse-Sauvenière et le faubourg de la rue sur la Fontaine. Créé au XIIIe siècle, cet ouvrage militaire complète le rôle défensif déjà attribué par Notger à la collégiale Saint-Jean (6), située sur l’Île, de l’autre côté du bras de la Meuse : une chaîne peut être tendue entre les deux rives pour entraver toute attaque par voie fluviale.

 

porte-bégards-liege-XIIe siecle-histart.jpg   Reconstitution du site au Moyen Âge, avec la tour de garde en bordure du canal de la Sauvenière. Ci-dessous, le même endroit en 2007.
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   L'ouvrage fortifié est d’abord désigné comme le postiche de la Sauvenière. Au début du XIVe siècle, c'est l'appellation « Bégards » qui s’impose, en rapport avec l’ordre religieux* récemment établi à proximité.

* Les Bégards (ou Béguins – Béguines au féminin) sont les membres de communautés fondées dès la fin du XIIe siècle. Accusés d'hérésie, ils suscitent la réprobation de l'Église. Pour échapper à la répression, ils se soumettent, au début du XIVe siècle, à la règle de l'ordre franciscain.

  On ignore si la fortification a subi des dommages lors de la mise à sac de la ville, en 1468, par les hordes bourguignonnes du duc Charles le Téméraire. En tout cas, d’importants travaux sont entrepris dès 1525, comprenant la reconstruction de la porte et l’aménagement d’escaliers pour accéder aux hauteurs de Saint-Martin. On émet même l’idée, en ce début du XVIe siècle, d’édifier un pont-barrage sur le bras de Meuse, pour renforcer le système défensif et réguler les eaux, mais le projet n’aboutira pas.

 

porte-begards-liege-bethunes-1886.jpg   Voici la porte des Bégards en 1886 (la seule ancienne porte qui subsiste). Un simple édifice en briques sur un rez-de-chaussée plus ancien. On distingue l'arcade de l'ancien passage, muré depuis longtemps. La porte en bois que l'on voit ouverte à gauche, permet l'accès aux degrés qui grimpent vers Saint-Martin. Quant à la tour de garde, elle a été complètement démolie peu après 1818, sous le régime hollandais.

begards-liege-1950.jpg  La tour désignée par la flèche n'est donc pas, comme certains le pensent, celle de l'ancien dispositif de défense. Elle contient un escalier permettant d'accéder à l'un des jardins en terrasse du Mont Saint-Martin. La photo date de 1950, un quart de siècle avant la rénovation du site. Les maisons marquées d'une croix n'existent plus.

porte-begards-liege-1974.jpgLa restauration de la porte des Bégards dans la seconde partie des années 1970.

begards-liege.jpgLes escaliers des Bégards vers 1910 et en 1979 (pendant la restauration de la porte).

 

jardin-begards-liege-1974.jpg  Le site avant l'implantation, au pied des anciens remparts, d'un restaurant étoilé appelé « Le jardin des Bégards ».

escaliers-bégards-liege-1980.jpg   Le sommet des escaliers des Bégards vers 1980. De nos jours, les grilles d'accès sont souvent fermées, à cause de l'insécurité due aux problèmes de toxicomanie.