12/12/2016

De l’île Hochet à la place du Vingt Août.

ile hochet.jpg    Dessin représentant le cours de la Meuse à Liège au XVe siècle.

  Autrefois, le bras de la Meuse appelé le canal de la Sauvenière (1) se scinde , après le pont d’Île (2), en plusieurs biefs devenus entre autres les rues de la Régence (3) et de l’Université (4). L’îlot Hochet (5), à la jonction avec le cours principal du fleuve, est l’ancêtre de l’actuelle place du Vingt Août.

  L’ « isleau » (îlot) Hochet tient probablement son nom d’une famille de notables qui en détenait une partie au début du XIVe siècle.

  Au XVe siècle, cet îlot est en grande partie inoccupé. Il sert de dépôt d’immondices, et certains endroits sont malfamés à cause des maisons de débauche qu’on y a établies. Il est grand temps de réserver une meilleure affectation à ce morceau de terrain. En 1495, le prince-évêque Jean de Hornes accorde à la congrégation des Frères de la Vie commune* d’y installer un couvent et un établissement d’enseignement moyen.

*Appelés aussi Fratres ou Hiéronymites (sous le patronage de saint Jérôme).


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  Sur la gauche du document ci-dessus, qui nous reporte au milieu du XVIe siècle, on aperçoit le couvent des Frères de la Vie commune, en bordure des bras de Meuse devenus la rue de la Régence et la place Cockerill. Sur la droite, il s’agit du pont des Arches. Le contenu du rectangle rouge, vous le retrouvez dans la photo qui suit, tel qu’il se présentera quatre siècles plus tard :quai sur meuse_liege_1950s.jpg

 

  Avant de faire construire leurs bâtiments, les frères ont dû assainir le terrain. Il faut préciser en outre qu’au début du XVIe siècle, les immondices et atterrissements ont comblé certains biefs et transformé l’îlot en presqu’île, en le reliant à la terre ferme du côté du quartier des Croisiers.


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  Cette vue de Julius Milheuser date de 1649 ; l’ovale rouge nous montre l’emplacement de l’ancien îlot, devenu la pointe nord-est du quartier de l’Isle (l’Île entourée par les bras de la Meuse). À cette époque, le couvent n’est toutefois plus géré par les frères de la Vie commune, mais par des jésuites*.

* L’île Hochet n’existe plus, mais malgré sa désinsularisation, cet endroit conserve longtemps son appellation d’ « îlot » : l’îlot des Jésuites.

 
Depuis novembre 1581 en effet, les frères hiéronymites ont cédé la place à des jésuites, dont l’ordre est réputé dans le domaine de l’éducation de la jeunesse. Le succès de leur collège est fulgurant. Vu le nombre sans cesse croissant d’étudiants, une vaste campagne de travaux commence dès 1660 pour renouveler les infrastructures.


1649.jpg  En 1595, le prince-évêque Ernest de Bavière a fait construire un pont (la flèche rouge) pour faciliter l’accès au collège. L’ouvrage prend officiellement le nom de pont de Bavière, mais on le désigne le plus souvent comme le « pont des Jésuites ». Et même le « grand pont des Jésuites », après 1606, année de la construction du « petit pont des Jésuite » (flèche bleue).


couvent jesuites wallons liege 1737.jpg  Le couvent et le collège des Jésuites wallons* en 1737 (gravure de Remacle Le Loup). Pour vous aider à situer le lieu, sachez que l’actuelle place du Vingt Août se trouve sur la gauche, et que la place Cockerill est derrière l’église. Celle-ci est dédiée au Saint-Sacrement. Un demi-siècle a été nécessaire pour l’ériger, vu l’instabilité du terrain, les problèmes de construction et les événements guerriers ; elle n’a été consacrée qu’en 1700.

* Ces jésuites sont appelés wallons pour les distinguer des jésuites anglais installés en Favechamps, le long de l’actuelle rue Montagne Sainte-Walburge.


1737.jpg  Plan de Christophe Maire (1737), collection de Christian Hauglustaine. La partie de la place du Vingt Août située devant les bâtiments s’appelle la place des Jésuites.

  En 1773, le pape Clément XIV supprime la Compagnie de Jésus. À Liège, le prince-évêque François-Charles de Velbrück récupère et agrandit les installations des jésuites wallons pour en faire un établissement d’enseignement séculier, le Grand Collège des Humanités, tenu par des prêtres nommés par lui. En 1786, on y transfère aussi le Séminaire épiscopal.


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  Cette eau-forte d'Étienne FAYN est datée de 1783 ; elle met en évidence les bâtiments du Grand Collège, avec à droite les bras secondaires de la Meuse (actuelle place Cockerill) et les deux ponts expliqués plus haut.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours (https://www.google.be/intl/fr/earth), avec l’angle rouge qui évoque l’emplacement de l’ancien couvent :
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   Les événements qui suivent la Révolution liégeoise, dès 1789, entraînent la fermeture des cours, au Grand Collège et au Séminaire. Les bâtiments subissent de nombreuses déprédations. En 1794, ils sont mis à la disposition de l’armée française pour servir de magasin à vivres et de boulangerie militaire. La bibliothèque de l’ancien couvent est vandalisée*.

* Beaucoup de livres sont volés ou brûlés dans les fours de la boulangerie. Les ouvrages et documents rescapés serviront de fonds de départ à la bibliothèque de l’université.

 
En 1797 (la principauté de Liège est rattachée depuis deux ans à la république française), est créée une École centrale qui sera remplacée, après le sacre de Napoléon en 1804, par un Lycée impérial. D’abord pillée et transformée en magasin à fourrage, l’ancienne église du Saint-Sacrement est « rendue aux exercices pieux des élèves du lycée ».


plan liege regime français imperial.jpg
  Lien Donum Ulg: http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141

  Plan de Liège sous le 1er Empire français. La place des Jésuites est devenue la place du Lycée, prolongée par la rue Lulay* des Jésuites.

* Comprenez « l’îlot ».

 
En 1814, sous la courte administration prussienne qui fait suite à l’abdication de Napoléon, le Lycée impérial fait place au Gymnase, établissement scolaire éphémère puisqu’en 1816, le roi des Pays-Bas Guillaume 1er institue dans ces locaux l’université de Liège. L’inauguration officielle a lieu le 25 septembre 1817 dans l’ancienne église désaffectée des jésuites wallons.


universite_liege_tour_beche_1818.jpg  Ce dessin d’Alfred Ista est intitulé « vue du vieux Liège en 1818 ». À gauche, l’ancien couvent des Jésuites wallons est devenu l’université de Liège l’année précédente. À l’arrière-plan, il s’agit du pont des Arches. À droite, la tour en Bêche (à la hauteur de l’actuelle pont Kennedy) fait partie des anciennes fortifications de la ville.

  En 1821, il est décidé de démolir l’église des jésuites pour construire à cet emplacement une grande salle académique. Le chantier est confié à Jean-Noël Chevron, architecte de la ville.


universite_liege_1827.jpg  La salle académique est terminée en 1824. Des matériaux de l’ancienne église ont servi à la construire, notamment les colonnes qui ornent la façade majestueuse.


plan universite liege 1824.jpg  Ce plan de 1824 montre le site de l’université réaménagé par Jean-Noël Chevron. Les jardins, depuis 1819, sont utilisés comme « parc de flore » (le jardin botanique qui déménagera du côté de la rue Louvrex vers 1841). La place devant la salle académique et le grand pont des Jésuites (le bras de la Meuse ne sera comblé qu’en 1827-28) sont devenus la place et le pont de l’Université.

  Après l’indépendance de la Belgique, il faut attendre 1835 pour que l’université de Liège soit reconnue institution d’État et bénéfice d’un budget pour moderniser et agrandir ses locaux. Dès 1836, l’architecte Julien-Étienne Rémont réalise un ensemble harmonieux composé de deux U ouverts sur la place.


place universite_liege_1845.jpg  La place de l’Université vers 1845. Remarquez la statue du compositeur André Ernest Modeste Grétry. Cette œuvre en bronze, conçue par le sculpteur belge Guillaume Geefs, a été coulée à la fonderie de canons de Saint-Léonard. Elle a été installée devant la salle académique en 1842.


statue gretry_universite_liege.jpg  La statue de Grétry devant la salle académique de l’université. Elle sera déménagée en 1866 devant le théâtre royal.


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  La place de l’Université en 1869. À gauche, l’actuelle place Cockerill est appelée place du Conservatoire, parce qu’une partie du bâtiment universitaire qu’elle longe abrite l’école de musique depuis 1848*. La statue qui trône devant la salle académique est depuis 1866 celle du géologue André Hubert Dumont (1809-1857).

* Le conservatoire royal ne s’installera boulevard Piercot qu’en 1887.


andre_dumont.jpg  La statue en bronze d’André Dumont a été réalisée par le sculpteur Eugène Simonis. Le célèbre géologue est représenté en toge professorale de l’université de Liège (dont il a été le recteur). Il pointe l’index de la main droite en direction du sous-sol qu’il a tant étudié*. Le document roulé qu’il tient dans la main gauche est la première carte géologique de Belgique, qu’il a dressée en 1853. La lampe de mineur, à ses pieds, est une allusion au rôle important qu’il a joué dans la découverte des sites charbonniers.

* Je me souviens d’un professeur, au collège Saint-Barthélemy, mimant André Dumont en proclamant : « Creusez ici, il y a du charbon » !


plan liege blonden 1880.jpg  Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880. Remarquez que les deux « U » que forment les bâtiments de l’université se sont pas encore fermés du côté de la place du même nom : ils ne le seront qu’à la fin de la décennie et au début de la suivante, selon les plans de l’architecte Laurent Demany (à l’origine aussi du conservatoire de musique).


universite_liege_1893.jpg  L’architecte Laurent Demany a d’abord transformé complètement la partie sud du site universitaire, destinée à l’institut de chimie. Cette photo de la fin des années 1880 ne montre que la nouvelle façade du côté de la place, mais c’est tout un nouvel ensemble qui s’étend à l'arrière jusqu’au quai de l’Université (devenu le quai Roosevelt).


universite_liege_1898.jpg  Laurent Demany s’est ensuite consacré à cette façade principale, qui a été réalisée de 1889 à 1893 (la carte postale a été écrite en 1898). La salle académique n’est plus visible de la place, et la statue d’André Dumont a été avancée de quelques mètres.


place universite_liege_debut XXe.jpgDes colonnes ont été ajoutée à l’entrée monumentale pour rappeler celles de la salle académique. Six statues en bronze symbolisent l’Étude, les Arts et Manufactures, le Droit, la Philosophie, les Mathématiques et la Médecine. Parmi les sculpteurs à l’origine de ces allégories, figurent Léon Mignon et Alphonse de Tombay, qui ont déjà participé à la décoration des Terrasses.


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▲ La place de l’Université sur deux cartes postales écrites en 1908 ▼
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La même perspective de nos jours.


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La statue d’André Dumont au tout début du XXe siècle et en 2007.


place universite_liege_1905.jpg  La place de l’Université vers 1905, photographiée cette fois en direction de la place Cockerill et du centre-ville.


place vingt aout_liege_1970s.jpg  La même perspective dans les années 1970. Bizarrement, on devine à peine le sommet du clocher de Saint-Denis sur la carte postale précédente. Probablement une question d’angle de prise de vue !


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  Retour au début du XXe siècle avec cette carte postale postée en 1912. Le bâtiment, sous le timbre, est la Société libre de l’Émulation.


emulation_liege_debut XXe.jpg  La Société libre d'Émulation est une académie fondée en 1779 sous la protection du prince-évêque François-Charles de Velbrück, avec pour objectifs de cultiver et d'encourager les Arts, les Lettres et les Sciences. Elle est initialement installée dans la « Redoute », un petit immeuble situé sur la place dite à cette époque du Grand Collège, immeuble agrandi et profondément modifié au cours du XIXe siècle. Découvrez l’historique de cette institution en cliquant ICI.


place université_liege_avant 1914.jpg  Le bâtiment de l’Émulation, on en aperçoit un étroit morceau sur la gauche de la photo ci-dessus. Il sera détruit en août 1914 en même temps que tout ce groupe de maisons.


place universite_liege_1914(1).jpg  Le 20 août 1914, en effet, des soldats allemands se livrent, place de l'Université, à d'effroyables exactions. Ils saccagent les locaux de l’université, fusillent dix-sept civils choisis au hasard et incendient toute une série d'édifices. Remarquez, à droite, l'entrée de la rue Sœurs de Hasque et dans le fond le clocher de la cathédrale Saint-Paul. À cette époque, la rue Charles Magnette n’existe pas.

 
place vingt aout_liege_memorial 1914.jpg  En souvenir de cet épisode tragique, la place de l'Université est rebaptisée place du Vingt Août (ou XX Août) au lendemain des hostilités. Une plaque commémorative en bronze a été placée sur le mur de l’université à l’angle avec la place Cockerill.

  Après la guerre, on songe bien sûr à reconstruire l'Émulation, mais aussi à profiter de la trouée pour ouvrir une nouvelle voie de communication en direction de la place du Roi Albert (le nom officiel, à l'époque, de la place de la Cathédrale). Un premier plan d'expropriation est adopté par le conseil communal dès 1919, mais il suscite tant de critiques que la réalisation du projet va s'éterniser. La photo qui suit, prise pendant les inondations de l'hiver 1925-26, montre toujours un chancre urbain :
place vingt aout_liege_1926.jpg

emulation_liege.jpg  Il faut attendre 1939 pour que la Société de l’Émulation inaugure son nouvel immeuble d’inspiration Louis XVI, bien plus imposant que le précédent, dû à l’architecte Julien Koening.


theatre_liege_2013.jpg  Depuis 2013, c’est le Théâtre de Liège* qui est installé là, après la restauration des lieux due au bureau d’architecture liégeois Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit. Le site adapté à sa nouvelle affectation mêle désormais néoclassicisme et design contemporain.

* Théâtre précédemment installé place de l’Yser (voir cet autre article).

place vingt aout_liege_balayeuses 1920s.jpg  Revenons-en aux années 1930. Les palissades couvertes de publicité, du côté de la place Cockerill, annoncent la construction, de 1934 à 36, d’un petit « building » moderniste.


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Le même endroit en 1967.


place vingt aout_liege_1930s.jpg  Cet immeuble moderniste à la façade arrondie, le voici sur une photo de la fin des années 1930, à la jonction de la place du Vingt Août et de la place Cockerill (jour de marché).

 
rue charles magnette_liege_tt début 1950s.jpg  La rue Charles Magnette au début des années 1950. Le bâtiment de droite, à l’angle avec la rue de l’Université, sera remplacé à la fin des années 1950 (construction de 1956 à 58) par un building à la mode du temps (voir deux photos plus haut).


place vingt aout_liege_vers 1964.jpgL’Émulation et son environnement de buildings au milieu des années 1960.


place du vingt aout_liege_1959-60.jpg  Vers 1959-60 (la résidence du XX Août, sur la droite de la photo, est en cours de construction ; elle sera terminée en 1961).


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L’université et la place du XX Août au début des années 1960 (probablement 1963).


place vingt aout_liege_annees 50s et 70s.jpg  La photo de gauche (collection Jean-Géry GODEAUX) nous reporte à la fin des années 1950 ; celle de droite (CRMSF, Fonds Ville de Liège), au début des années 1970. La transformation du quartier Chiroux-Croisiers a modifié une partie de la place du Vingt Août.


rue du mery_liege_fin 1960s.jpg  La rue du Méry à la fin des années 1960. Vous trouverez davantage de renseignements sur ce chantier dans la page consacrée au pont Kennedy et au quartier Chiroux-Croisiers.


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15/05/2016

Outremeuse : le monument Tchantchès et un peu d'histoire du quartier

tchantchès liège.jpg  Cliquez ICI pour accéder à une page spécialement consacrée à la légende de Tchantchès, célèbre héros folklorique liégeois.

  En 1914 déjà, l’écrivain liégeois Isi Colin propose d'ériger en Outremeuse un monument dédié à Tchantchès, mais la première guerre mondiale engendre d'autres préoccupations. La société « Le Vieux Liège » relance l'idée en 1922, et à la suite d’un concours, c'est le projet du sculpteur Joseph Zomers qui est retenu. Des problèmes financiers en retardent malheureusement la réalisation* : il faut attendre 1935 pour que l’échevin des travaux Georges Truffaut entame la procédure des travaux du monument, lequel sera inauguré le 27 septembre 1936. Le piédestal et son environnement ont été conçus par l'architecte Émile Bernimolin.

* Ce qui fait que Joseph Zomers, qui meurt en 1928 après avoir présenté l'esquisse de sa statue, ne verra jamais son œuvre définitive.


monument tchantchès 1936.jpg  La statue de Zomers représente une hiercheuse* qui brandit la marionnette de Tchantchès telle un flambeau de la liberté.

* Une hiercheuse, à l'époque des charbonnages, était une ouvrière chargée de pousser les wagonnets.


monument tchantchès_outremeuse_liege_2016.jpgoutremeuse_liege_bing maps.jpg  Le monument (dans le cercle rouge) est situé près du rond-point dit du pont Saint-Nicolas (1), à l'intersection des rues Surlet (2) et Puits en Sock (3). Autres points de repère : le boulevard Saucy (4), la chaussée des Prés (5), le boulevard de l'Est (6) et la place de l'Yser (7).

Les trois vues qui suivent nous reportent dans les années 1950-60 :monument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950 (2).jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège_années 1950.jpgmonument tchantchès_outremeuse_liège.jpg

 

tchantchès policier.jpg  Comme Manneken-Pis à Bruxelles, Tchantchès possède des centaines de costumes offerts par des institutions officielles ou groupes folkloriques. Le voici intronisé policier en 1959.

* * * * *


rond-point pont-saint-nicolas_outremeuse_liege_2016.jpgPourquoi la chaussée du rond-point s'appelle-t-elle la rue Pont-Saint-Nicolas ?

Comparons les deux vues qui suivent :
pont saint-nicolas_outremeuse_liege_remont_1865.jpgbd saucy_liege_2016.jpg

  La gravure ancienne, réalisée d'après un dessin de Charles Remont, représente le bief de Saucy* vers 1865, bras de l'Ourthe enjambé par le pont Saint-Nicolas. Les bâtiments à l'arrière-plan sont ceux du tout premier hôpital de Bavière, à l'emplacement de l'actuelle place de l'Yser. La photo contemporaine montre bien le même endroit, mais le site hospitalier n'existe plus, et le cours de l'Ourthe a été comblé depuis longtemps pour être remplacé par des voiries.

* Saucy, tout comme saussaie, dérive du bas latin saucetum et désigne un lieu humide planté de saules.


plan ourthe_moulins_outremeuse.jpg  Autrefois, le quartier d'Outremeuse est parcouru de nombreux bras de la Meuse et de l'Ourthe, lesquels actionnent des moulins. Cliquez ICI pour accéder au plan ci-dessus dans une meilleure résolution.


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  Le plan ci-dessus a été réalisé en 1737 par Christophe Maire. Les eaux du bief de Saucy (1), en aval du pont Saint-Nicolas (2), se scindent pour former une île, sur laquelle le prince-évêque Ernest de Bavière a fondé, au début du XVIIe siècle, un hôpital que l'on a pris l'habitude de désigner de son nom (3).

  Le pont relie les rues Chaussée des Prés* et Puits-en-Sock*. Remarquons (toujours sur le plan ci-dessus) que le symbole d'un édifice religieux figure à l'entrée de l'ouvrage, à l'angle de la rue Chaussée des Prés et de la rivière. Il s'agit de l'ancienne église Saint-Nicolas-au-Pont, fondée au XIIe siècle et aujourd’hui disparue.

* Une famille de haut lignage, les « des Prés », habitaient jadis sur ces terres proches du pont des Arches.
** Le mot « puits » fait allusion à un puits d'eau potable qui desservait autrefois le quartier. On le disait «en Chok », appellation associée (mais je sais pas pourquoi) à diverses familles illustres des siècles passés.


plan_liège_1649.jpg  Ce détail de la gravure de Julius Milheuser nous montre le pont et l'église Saint-Nicolas en 1649. L'église participe au système défensif de la ville, avec sa tour servant de porte fortifiée, comme on le voit aussi sur cette peinture du journaliste et artiste liégeois Charles Bury (1895-1980) :

église saint-nicolas_outremeuse_liege_1620_dessin charles bury.jpg


 

place grétry_liège_outremeuse_fin XIXe.jpg  L'église Saint-Nicolas-au-Pont est démolie en 1805 sous le régime français. En 1810, son emplacement est transformé en petite place que l'on décore de rangées d'arbres et que l'on inaugure l'année suivante. Un parapet la sépare du bras d'eau. Le conseil communal choisit le nom de place Grétry pour commémorer ce musicien liégeois (1741-1813) né rue des Récollets en Outremeuse. Le dessin ci-dessus nous reporte vraisemblablement au milieu du XIXe siècle. Voici le même endroit de nos jours (le pointillé rouge indique le tracé du pont disparu) :
boulevard de l'est_outremeuse_liege_2016.jpg

 

église des récollets_outremeuse_fin XIX.jpg  À la suite du Concordat de 1801, c'est l'église des Récollets qui devient paroissiale et reprend le patronyme de Saint-Nicolas. Le document ci-dessus nous la montre au XIXe siècle, à l'époque des bras de l'Ourthe.

église saint-nicolas_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg

Le même endroit sur une carte postale colorisée du tout début du XXe siècle.


église des récollets_outremeuse_liège_2016.jpg   L'église Saint-Nicolas de nos jours. À côté, l'ancien couvent des Récollets a été totalement rénové et transformé en auberge de jeunesse.


pont saint-nicolas_outremeuse_liège_béthune_1850.jpg  Le pont Saint-Nicolas et l'hôpital de Bavière en 1850 (Léon Béthune, Vieux Liège, recueil de vues rares et inédites, ouvrage paru pour la première fois en 1892).

 

* * * * *


  Au milieu du XIXe siècle, Outremeuse est un quartier populeux, insalubre et malsain. Une population miséreuse s'entasse dans des rues étroites et tortueuses, logée dans des taudis. Les bras de rivière sont devenus des égouts à ciel ouvert ; ils sont la cause de fréquentes inondations et épidémies.

outremeuse plan projet Kummer 1852.jpg   http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1488

  Ce plan a été dressé en 1852 par l'ingénieur en chef Kummer, des Ponts et Chaussées (cliquez ICI pour l'ouvrir au format PDF en meilleure résolution). Il présente ses projets de simplification du réseau hydrographique, comme le redressement de la Meuse en Avroy et la création d'une Dérivation du fleuve, chantier colossal qui durera de 1953 à 63 (voir autre article).

  En Outremeuse, ce plan montre aussi le nouveau quartier de la place Delcour et des rues rectilignes qui y convergent. Subsistent hélas des biefs qui continuent à menacer la santé publique, comme celui qui suit le tracé des actuels boulevard Saucy (1), de l'Est (2) et de la Constitution (3).


  En 1866, une épidémie de choléra tue 2630 Liégeois ; le quartier le plus touché est Outremeuse avec 765 victimes. En 1871, Hubert-Guillaume Blonden, directeur des Travaux publics de la Ville, lance un plan d'assainissement pour supprimer les bras de l'Ourthe et créer de nouvelles voiries équipées d'égouts. Les comblements débuteront en 1872.


blonden assainissant outremeuse 1871.jpg  En octobre 1871, le journal satirique liégeois « Le Rasoir » publie en couverture cette caricature de Blonden assainissant Outremeuse.


bief saucy_outremeuse_1870.jpg  Le bief de Saucy vers 1870, deux ans avant le début de son comblement. Dans le fond, on aperçoit le pont Saint-Nicolas et l'ancien hôpital de Bavière. L'écluse, à gauche, permet une communication avec la Meuse (voir sur les plans anciens présentés plus haut).


boulevard saucy_liege_debut XXe.jpg
Le boulevard Saucy au début du XXe siècle. Une double rangée d'arbres existe depuis 1876.


boulevard saucy_liège_2016.jpg
La même perspective de nos jours.


rues puits en sock et surlet_liege_outremeuse_debut XXe.jpg  À l'angle des rues Puits-en-Sock et Surlet* au tout début du XXe siècle. Rappelons que c'est dans l'axe de la rue Puits-en-Sock que se trouvait autrefois le pont Saint-Nicolas.

* Cette rue n'est pas totalement achevée quand le conseil communal lui donne le nom, en 1846, de Louis le Vieux dit Surlet, riche bourgeois bienfaiteur des hospices au XIIIe siècle.




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L'église Saint-Pholien* vue en 1874 depuis le bief en cours de comblement (futur boulevard de l'Est).


* La tour de l'église Saint-Pholien a été érigée de 1835 à 1842 selon les plans de l'architecte Julien Rémont (la coupole qui la surmonte sera enlevée en 1893 pour des raisons de sécurité). Le corps de l'édifice est une réédification progressive de l'église précédente qu'il fallait agrandir, tâche confiée à l'architecte Évariste Halkin.


boulevard de l'est_liege_2016.jpg  L'église n'est plus la même, et son environnement a bien changé ! Le rectangle rouge représente le contenu de la photo précédente.


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  Mais revenons-en à la situation du tout début du XXe siècle. Cette carte colorisée met en évidence l'ancienne église Saint-Pholien et la maison dite « Porquin », du nom de Bernardin Porcini, le banquier lombard qui l'a fait construire en 1570. Cette « maison » aux allures de demeure seigneuriale était située sur l'île circonscrite par les bras de l'Ourthe juste en aval du pont Saint-Nicolas (emplacement de l'actuelle place de l'Yser) ; elle a été acquise en 1583 par le prince-évêque Ernest de Bavière, qui l'a cédée en 1603 à la confrérie de la Miséricorde chrétienne pour en faire un hospice, l'hôpital de la Miséricorde bien vite surnommé l'hôpital de Bavière. La maison Porquin s'est rapidement vu adjoindre des constructions supplémentaires pour devenir un domaine hospitalier important. Si elle apparaît seule sur la carte postale, c'est que les autres bâtiments ont été démolis à l'extrême fin du XIXe siècle, après le déménagement de l'hôpital dans ses nouvelles installations des Prés Saint-Denis. Malgré les protestations des défenseurs du patrimoine, elle finira aussi par disparaître en 1904, la Ville ayant décidé d'aménager là une nouvelle place publique.


ponçay_liege_fin XIXe.jpg  Cette place publique en devenir, la photo ci-dessus nous la montre à la charnière des XIXe et Xe siècle. Les bâtiments de l'ancien hôpital ont été détruits, comme vont bientôt l'être les masures qui s'étendent de la rue Puits-en-Sock (l'immeuble désigné par la flèche en est l'actuel n° 5) à l'église des Récollets (église paroissiale Saint-Nicolas depuis 1804). Il y avait là, avant 1874, un bras de l'Ourthe et une impasse dite du Ponçay*. En 1908, la place prend le nom de place de Bavière, et la voirie qui la borde dans le prolongement du boulevard Saucy est baptisée la rue Henri de Dinant**.

* Ponçay est la forme wallonne de ponceau, qui provient du latin pons. Il s'agirait du nom donné à une partie de l'ancien pont Saint-Nicolas.
** Henri de Dinant, bourgmestre de Liège au milieu du XIIIe siècle, s'est opposé au prince-évêque Henri de Gueldre.


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La rue Henri de Dinant de nos jours.

plan liège blonden 1880.jpg  Le quartier d'Outremeuse sur le plan de Blonden en 1880. Les boulevards Saucy, de l'Est et de la Constitution ont remplacé les biefs de l'Ourthe. Le premier hôpital de Bavière est toujours là, et des pointillés représentent des voiries en projet, comme les rues Ernest de Bavière et Henri de Dinant, qui seront réalisées en 1907-1908 pour délimiter la future place de Bavière.


église saint-pholien_outremeuse_fin XIX.jpg  L'église Saint-Pholien à la charnière des XIXe et XXe siècle, près de la jonction entre les boulevards de l'Est et de la Constitution.


pont lépopold_liège_tt début XXe.jpg  Découvrons les lieux depuis le pont des Arches (qu'on appelle aussi le pont Léopold à l'époque). Les autorités communales rêvent de créer une large artère rectiligne pour relier ce pont et les nouveaux boulevards conquis sur l'Ourthe.


place st-pholien_outremeuse_liège_tt début XXe.jpg  La place Saint-Pholien à l'aube du XXe siècle. Certes, l'ancienne rue Derrière Saint-Pholien, devenue rue Saint-Pholien, a été rectifiée et élargie au-delà de l'église, mais il est évident que celle-ci obstrue le passage. Comme l'édifice présente un état de délabrement prématuré, dû à des malfaçons, il est décidé d'en reconstruire un autre à l'écart de la chaussée, conformément à un nouveau plan de voirie.


rue st-pholien_liège_2016.jpg  La place et la rue Saint-Pholien de nos jours. Cette dernière a été conçue dès la fin du XIXe siècle pour devenir l'entrée principale vers Outremeuse, en remplacement de la rue Chaussée des Prés (la flèche).

chaussée des prés_outremeuse_tt début XXe.jpg
La rue Chaussée des Prés au début du XXe siècle ▲ et de nos jours ▼
chaussee des pres_liege_2016.jpg



églises saint-pholien_outremeuse_liège_1910.jpg  C'est dès 1910 que l'église Saint-Pholien du XIXe siècle est démolie et que commence la construction de sa remplaçante, conçue dans le style néogothique par l'architecte Edmond Jamar.


place de l'yser_liege_debut XXe.jpg  La nouvelle église Saint-Pholien a été consacrée en mai 1914. Quant à la place de Bavière, elle a été rebaptisée place de l'Yser en 1918, en commémoration des soldats morts sur ce front pendant la première guerre mondiale.


saint-pholien_liege_2016.jpg
Le même endroit de nos jours.


bd de la constitution_liege_2016.jpg
En face du boulevard de l'Est, débute le boulevard de la Constitution.

barbou_liege_1861.jpg  Le bief devenu le boulevard de la Constitution s'appelait le Barbou, que le document ci-dessus représente en 1861. À la suite du bief de Saucy, ce bras de rivière était jadis un cours d'eau où l'on s’adonnait beaucoup à la pêche. Le terme « barbou » est à rapprocher de « barbeau », le poisson de rivière.


barbou_outremeuse_XIXe.jpg  Dessin du Barbou en 1872, juste avant son comblement (le chantier durera jusqu'en 1876). Remarquons les installations de pêche. On parle pourtant, à l'époque, de cloaques infects qui reçoivent les immondices du voisinage !


boulevard de la constitution_liege_1904.jpg  Le boulevard de la Constitution au début du XXe siècle. À gauche, on voit l'entrée d'une caserne de lanciers*. Dans le fond à droite, à l'angle que forme le boulevard avec la rue des Bonnes Villes, on aperçoit une des tourelles du nouvel hôpital de Bavière inauguré en 1895.

* Les bâtiments de la caserne Fonck sont aujourd'hui occupés par l'ESA Saint-Luc (école supérieure des Arts).


baviere_liege_fin XIXe.jpgL'hôpital de Bavière à la charnière des XIXe et Xe siècle.

 

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13/04/2016

La place des Déportés et le pont Saint-Léonard (ou Maghin)

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

vue aerienne_esplanade saint-leonard_liege.jpg
La situation actuelle de la place des Déportés et de l'esplanade Saint-Léonard (lien Bing Maps).


  Cet emplacement est celui de l'ancien fossé défensif de Saint-Léonard, creusé au XIIIe siècle et alimenté en eau par la Meuse pour servir de douve* aux remparts nord de la cité**

* Cette pièce d'eau sert aussi de refuge pour bateaux lors des débâcles et forts débits du fleuve.
** Ces remparts sont aussi appelés le bastion des Walles, terme wallon issu du latin « vallum » qui désigne le terre-plein d'une fortification.

liege_milheuser_1649.jpg  Cette gravure de Julius Milheuser (1649) nous permet de situer ce fossé (1), ainsi que les portes de Vivegnis (2), Saint-Léonard (3) et Maghin (4), les deux dernières équipées d'un pont-levis. En dehors de l'enceinte fortifiée, le faubourg Saint-Léonard a des aspects de village champêtre.

  Primitivement, les ponts Saint-Léonard* et Maghin** sont donc deux ouvrages distincts appartenant au système défensif de la ville.

* Le quartier doit son nom à un ancien prieuré fondé au XIe siècle et consacré à ce saint.
** « Maghin » était jadis un prénom féminin avant de devenir un patronyme, probablement celui d'une famille locale.

rempart saint-leonard_liege_1755.jpg
Les remparts de Saint-Léonard en 1755. Le fossé apparaît encombré par des atterrissements.

  À la fin du XVIIIe siècle, le fossé de Saint-Léonard est obstrué et en mauvais état. On commence à le combler, et les terrains sont concédés moyennant une faible redevance à des particuliers qui les transforment en jardins. Parmi les bénéficiaires, il y a notamment les habitants de la rue Sur les Fossés (devenue la rue Mathieu Laensbergh), lesquels profitent ainsi d'une parcelle en face de leur demeure.

  En 1806, sous le régime français, le préfet du département de l'Ourthe, Charles Emmanuel Micoud d'Umons, envisage de faire curer les fossés pour y aménager un port aux houilles. Mais le projet n'aboutit pas, et le comblement se poursuit de plus belle.

plan liege regime hollandais 1827.jpg  Le plan ci-dessus nous transporte quelques années plus tard sous le régime hollandais (1815-1830). Le fossé est totalement remblayé, mais les remparts subsistent. La flèche désigne la porte Saint-Léonard, où se trouve la prison de Liège depuis 1738.

porte saint-leonard_liege_1845.jpg  La porte Saint-Léonard en 1845, vue du côté faubourg. Les bâtiments de la prison se trouvent à droite (on n'en voit qu'une partie). Là où marche le personnage, se trouvait précédemment le pont franchissant le fossé défensif.

plan liege 1862.jpg  Plan des années 1860. Les remparts ont été démolis de 1840 à 1863, et une nouvelle prison (on en voit le quadrilatère entre les rues du Nord et Mathieu Laensberg) a été construite de 1847 à 1850, sur des terrains que la Ville a cédés à l'État. Remarquons que l'espace compris entre cette prison et la Meuse est appelé la place Maghin. Avant que cette appellation ne soit officialisée, le peuple avait pris l'habitude de dire « la place du pont Maghin », en souvenir de l'ancien pont-levis de la porte fortifiée de ce nom (le pont Maghin sur la Meuse n'existait pas encore).

prison saint-leonard_liege_entree.jpg▲ L'entrée, rue du Nord, de la prison néogothique Saint-Léonard, conçue par l'architecte bruxellois Joseph-Jonas Dumont. Cet établissement pénitentiaire a été inauguré en 1851 pour les hommes et en 1854 en ce qui concerne l'aile réservée aux femmes (les cartes postales nous reportent au tout début du XXe siècle) ▼

prison saint-leonard_liege_debut XXe.jpg

  Le premier pont Saint-Léonard sur la Meuse

 
En décembre 1858, les entrepreneurs Claes et Flechet sollicitent la concession d'un pont sur la Meuse à la hauteur de la place Maghin, en remplacement d'un ancestral passage d'eau. Ils prennent la construction à leur charge, à condition que la Ville leur accorde de percevoir les droits de péage et aménage les quais de la rive droite, du pont des Arches à Dos Fanchon.

  Étudiant le projet, Hubert-Guillaume Blonden, ingénieur en chef des travaux de la Ville, propose de décaler l'ouvrage légèrement en amont, dans l'axe de la rue du Nord (actuelle rue de la Résistance), que le prolongement du pont rejoindrait par une rampe en pente douce. Cette modification suppose la disparition de la caserne des pontonniers et de trois maisons de la rue Féronstrée, mais le but est de préserver la place Maghin.

  Le plan qui suit, en date de 1860, préfigure la réalisation du projet avec les changements apportés par Blonden. Le conseil communal se montre favorable ; il est même envisagé de profiter de l' occasion pour ouvrir de nouvelles rues dans les prés Saint-Denis :
plan_liege_1860.jpg
  Mais les exigences inconciliables des protagonistes finissent par aboutir à l'abandon du projet. En 1866, la Ville décide de se charger elle-même de la mise en œuvre du pont ; l'année suivante, le chantier est adjugé aux entrepreneurs Chèvremont et Piedbœuf, le premier pour les travaux de maçonnerie, le second pour la construction de la superstructure métallique.

  Le pont Saint-Léonard (c'est son nom officiel même si la population l'appelle fréquemment le pont Maghin) est construit de septembre 1867 à juin 1869. Un péage* est établi pour permettre de rembourser l'emprunt que la Ville a dû contracter.

* Les droits de péage seront supprimés en 1883, quand l'État rachètera l'ouvrage.

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1er pont saint-leonard_liege (5).jpg
Les trois travées métalliques du premier pont Saint-Léonard sur la Meuse (1869-1928).

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Carte postale affranchie en 1910.

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Carte postale affranchie en 1914.

pont maghin_liege_avant 1900.jpg
▲ La fabrique que l'on voit à l'arrière-plan (entre les deux piles du pont) est la linière de Saint-Léonard, érigée en 1828 par John Cockerill à l'emplacement de l'ancien couvent des Récollectines ▼

pont maghin_liege_annees 1920.jpg

curtius pont maghin et quai_liege_tt debut XXe.jpg
▲ Le pont Saint-Léonard vu du quai de Maestricht. Le palais Curtius (d
emeure Renaissance de l'industriel Jean de Corte au début du XVIIe siècle) est un musée archéologique à partir de 1909 ▼musee curtius liege entre 1896 et 1928.jpgquai de maestricht_liege_1909.jpg

1er pont saint-leonard_liege (4).jpg
Les activités portuaires le long du quai de Maestricht.

pont maghin_liege_pecheurs 1903.jpg
▲ Parties de pêche en amont du pont du Saint-Léonard ▼
1er pont saint-léonard_liege (1).jpg

pont maghin_liege_corps de balais.jpg
▲ Début du XXe siècle et début des années 1960 ▼
pont maghin_liege_1960.jpg

 


  De la place Maghin à la place des Déportés


1er pont saint-leonard_liege (3).jpgRevenons à l'aube du XXe siècle et empruntons le pont en direction de la place Maghin.

place maghin et prison_liege_1905.jpg
Vue de 1905. À gauche, la rampe d'accès au pont. À l'arrière-plan, la prison. À droite, la place Maghin.


  Pendant la démolition des remparts et la construction du pont sur la Meuse, la place n'a guère été entretenue, jonchée de décombres, matériaux et immondices. Elle a été déblayée en 1869, puis aménagée et arborée. Des platanes plantés en 1876 ne se sont pas développés et ont été remplacés par des ormes en 1890.


rampe pont maghin_liege_debut XXe.jpg
La rampe d'accès au pont à l'aube du XXe siècle.

place maghin et prison_liege_debut XXe.jpg  Les bâtiments industriels sont ceux de la Société de Saint-Léonard, établie à l'emplacement d'un ancien couvent de Carmélites. Cette usine fabriquait de l'acier et des machines, dont des locomotives.


place maghin_liege_prison_debut XXe.jpg
En 1906 ▲ et 1978 ▼prison saint-leonard_liege_1978.jpg

place maghin_liege_2004.jpg
Le même endroit de nos jours.

place maghin_liege_tt debut XXe.jpg  La place Maghin au début du XXe siècle, avec vue sur le côté opposé à la rampe du pont. Les immeubles de droite se retrouvent sur la vue qui suit, carte postale affranchie en 1906 et illustrant le marché aux chevaux qui, à l'époque, se tient là hebdomadairement :
marche aux chevaux_maghin_liege.jpg



deportation 14-18.jpg  Pendant la première guerre mondiale, de nombreux ouvriers belges ont été déplacés en Allemagne. C'est en leur hommage que la place Maghin est rebaptisée la place des Déportés le 30 décembre 1918.

prison et place des deportes_liege_1926.jpg
La place des Déportés et la prison Saint-Léonard pendant les inondations de l'hiver 1925-26.

 


  Le deuxième pont Maghin (ou Saint-Léonard)

 
Le pont endommagé en 1914 subit une restauration sommaire en 1921, mais il est rapidement décidé de le remplacer : son faible tirant d'air* entrave le passage des bateaux lors des fortes eaux, ainsi que la circulation des trams sur les quais.

* Le tirant d'air d'un pont est la hauteur disponible entre le tablier et le niveau de l'eau ou du sol.

construction 2e pont maghin_liege_1928.jpg
▲ Le deuxième pont Maghin, ouvrage métallique réalisé par la société John Cockerill, est construit de 1928 à 1930 ▼construction 2e pont maghin_liege_1928-30.jpg


2e pont maghin_liege (1).jpg  L'ouvrage comporte une arche centrale de 70 mètres et deux demi-arches de 36 mètres. Il est terminé pour l'Exposition internationale de 1930.

passerelle maghin_liege_1928-30 (1).jpg
▲ Une passerelle provisoire est jetée sur la Meuse pendant le chantier de construction du deuxième pont Maghin ▼passerelle maghin_liege_1928-30 (2).jpg


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Le deuxième pont Maghin sur une carte postale écrite en 1936.

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Les ruines du pont après que l'armée belge ait fait sauter l'ouvrage le 11 mai 1940.

 


  Le troisième pont Maghin (l'actuel)


pont maghin_liege_après guerre.jpg  Les ruines du deuxième pont Maghin ont été déblayées. La situation restera inchangée quelques années, le temps que la Ville* obtienne le prêt nécessaire pour financer la construction d'un nouvel ouvrage.

* À l'époque, la Ville est seule propriétaire du pont ; l'État n'est donc pas intervenu dans sa reconstruction. De nos jours, l'ouvrage a été repris par la Région wallonne (renseignements fournis par Jean-Géry Godeaux).

plan_liege_1947.jpg
Plan de 1947, sans pont sur la Meuse à la hauteur de la rampe de la place des Déportés.


vue aerienne_liege_sans pont maghin.jpg
  Photo aérienne que je daterais de 1949-50. Les deux repères désignent la prison Saint-Léonard (1) et la place des Déportés (2).

 
  La construction du troisième pont Maghin est confiée aux entreprises Blaton-Aubert sous la direction de M. A. Joachim, chef du Service de la Voirie de la Ville de Liège. Il s’agira d’un ouvrage à trois arches en béton précontraint, garni de pierres de taille. Il sera ouvert à la circulation en décembre 1952.

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▲ Le chantier du pont en 1951 ▼construction 3e pont maghin_liege (2).jpg



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▲ En 1962 ▼pont maghin_liege_1962 (2).jpg



pont maghin_liege_1980.jpg
  Cette photo date probablement de 1980-81, si j'en crois le nettoyage intensif de la façade du musée Curtius, opération qui a eu lieu ces années-là. La prison Saint-Léonard (dont on aperçoit le mur d'enceinte sur la gauche du document) est en attente de démolition.

pont saint-leonard_liege_aout 2007.jpg  En août 2007, le pont est fermé à circulation pour un an. Il est urgent de le sécuriser à cause des dégâts causés par la corrosion. On profite de l'occasion pour remplacer l'éclairage et l'illuminer, ainsi que les berges, dans le cadre du Plan Lumière de la Ville.


 
La démolition de la prison Saint-Léonard

prison saint-leonard_liege_1976 (2).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (1).jpgprison saint-leonard_liege_1976 (3).jpg  Les trois photos ci-dessus datent de 1976. À cette date, il y a déjà trois ans qu'a commencé à Lantin la construction d'un nouvel établissement pénitentiaire, destiné à remplacer la prison Saint-Léonard trop vétuste et non adaptée au monde carcéral moderne.

prison lantin 1977.jpg
La prison de Lantin en cours de construction en 1977.

prison saint-leonard_liege_mutinerie juin 1979.jpg  En juin 1979, quelque six mois avant le déménagement à Lantin*, les détenus profitent d'une grève des gardiens pour se mutiner. Il s'ensuit des évasions et d’importantes dégradations aux installations.

* La prison de Lantin a été officiellement inaugurée le 17 décembre 1979 et occupée précipitamment suite à la destruction par une mutinerie de la prison Saint-Léonard (source : http://justice.belgium.be/fr/themes_et_dossiers/prisons/p...).


prison saint-leonard_liege_1981.jpgLa prison Saint-Léonard désaffectée ▲, à la veille de sa démolition en 1982-1983 ▼prison saint-leonard_liege_1982.jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (2).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (3).jpgdemolition_prison saint-leonard_liege (1).jpg


esplanade Saint-Léonard_liege_2004.jpg  Laissé longtemps en friche, le site de l'ancienne prison a fait l'objet en 1994 d'un concours de réhabilitation organisé par la Ville de Liège. Rénové jusqu’en 2001 par les soins d’architectes et de paysagistes liégeois, il est aujourd’hui un espace public comportant un terrain de sport, une zone verte et une vaste esplanade permettant d'accueillir divers événements à longueur d’année.

esplanade saint-leonard_liege_2007.jpg
Ce plan d'eau rappellerait-il l'ancien fossé défensif qui servait de douve aux remparts nord de la ville ?

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28/02/2015

Aux origines de l'espace Tivoli

place saint-lambert_liege_vue arrienne_2008.jpg  L'espace Tivoli (1) est le terrain vacant situé entre la place Saint-Lambert (2) et la place du Marché (3), terrain en attente de réaffectation depuis près de trente-cinq ans.

espace tivoli_liege_2008.jpg  L'espace Tivoli en 2008, vu depuis la place Saint-Lambert. Il est le résultat des démolitions effectuées à la fin des années 1970, dans le cadre de l'aménagement de la nouvelle place Saint-Lambert. Le cadre rouge, sur la carte postale qui suit, délimite les bâtiments qui ont été détruit :
place saint-lambert_liege_1970.jpg

tivoli_liege_debut annees 1970.jpg  Les flèches indiquent la rue Sainte-Ursule (1), la rue du Général Jacques (2) et la rue de Bex ((3). Vous pouvez les identifier sur le plan ci-dessous :
plan_liege_debut annees 1960.jpg


  Dans un autre article, nous avons vu que l'imposante cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, qui se dressait à l'emplacement des actuels place Saint-Lambert et espace Tivoli, a été détruite à la suite des événements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle.

plan ruines cathedrale_liege_regime francais.jpg  Ce plan (que vous pouvez l'agrandir en cliquant dessus) a été dressé sous le régime français. On y aperçoit certains vestiges de l'ancienne cathédrale, comme les tours occidentales jumelées et la grande tour. La croix détermine l'actuel espace Tivoli, là où se trouvaient le chœur principal et le cloître oriental.

place saint-lambert_liege_1816.jpg  Le dessin ci-dessus, dû à l'architecte liégeois Jean-Noël Chevron, date de 1816, au tout début du régime hollandais. Quelques décombres subsistent sur la partie orientale. La future place Saint-Lambert (cette appellation ne sera officielle qu'en 1827) attend d'être nivelée et réaménagée.

  Comparons avec la gravure qui suit, qui nous transporte en 1864 :
place saint-lambert_liege_1864.jpg  Les immeubles que l'on voit sur la droite de l'image ont été construits dès 1828, juste après le nivellement de la place Saint-Lambert. Ils constituent deux îlots de part et d'autre d'une voirie baptisée « rue Royale ». Les deux maisons plus petites, qui empiètent sur l'espace public, existaient déjà au XVIIIe siècle et ont échappé aux expropriations lors de la nouvelle configuration des lieux, que voici en 1843 (cliquez sur le plan pour l'agrandir) :
plan_liege_1843.jpg

  Profitons de ce plan pour expliquer les noms des trois voiries incluses dans le cercle rouge :

  - La rue des onze mille Vierges, appelée aussi la rue Sainte-Ursule*, est autrefois une rue étroite coincée entre le palais épiscopal et la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert. Elle est le passage obligé entre le Vieux Marché et la place du Marché (voir le plan quatre illustrations plus haut) et ses maisons pittoresques comportent de nombreux négoces.
* La légende raconte que sainte Ursule et onze mille compagnes vierges comme elle ont été massacrées par les Huns à Cologne en 383. La martyre est la patronne des jeunes filles, mais aussi des drapiers, corporation fort représentée autrefois dans la rue liégeoise qui porte son nom.

 
C'est une église établie là dès le XIIe siècle qui a donné son nom à la rue Sainte-Ursule. La gravure qui suit nous la montre en 1743, après les profondes restaurations subies par le palais et ses abords à la suite de l'incendie de 1734. Elle est accolée au domaine épiscopal, avec la chapelle privée du prince-évêque à l'étage :
palais episcopal_liege_1743.jpg
  À propos de la gravure ci-dessus, il faut bien sûr imaginer l'ancienne cathédrale située devant, avec les maisons accolées à son flanc nord, le tout faisant de la rue Sainte-Ursule un passage fort étroit.

  Ci-dessous, le palais de nos jours. La façade néogothique que l'on voit sur la droite est l’œuvre de l'architecte Godefroid Umé, lequel, de 1865 à 1870, a dirigé le chantier d'une nouvelle aile pour les besoins de la justice. Le mur extérieur de l'ancienne église Saint-Ursule (désacralisée depuis 1803) a été conservé et intégré dans l'ensemble :
palais_liege_2015.jpg


- La rue Royale est ouverte en 1828, sous le régime hollandais, en l'honneur du roi des Pays Bas Guillaume 1er. L'appellation est conservée après l'indépendance de la Belgique vu le maintien d'une monarchie. C'est dans l'entre-deux-guerres que la voirie devient la rue du Général Jacques, du nom du général Jules Marie Alphonse Jacques, un héros de la première guerre mondiale (bataille de Dixmude, 1917).

- La rue Petite Tour* (ou Sous la Petite Tour) était autrefois une ruelle tellement étroite qu'il était impossible qu'une charrette et un piéton se croisent ! Dans le cadre du renouveau urbanistique des années 1820, la voirie est rectifiée, puis élargie à la fin de la décennie suivante. En 1863, les autorités communales décident de changer le nom de la rue, qui devient la rue de Bex, en mémoire de Pierre de Bex (1594-1651), Grignoux notoire, bourgmestre décapité pour s'être opposé au prince-évêque Maximilien de Bavière.
* Comme la rue Grande Tour qui lui était parallèle (et qui existe toujours), elle était située au pied de la grande tour de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert. On se perd en conjectures sur l'origine de l'adjectif « petite ». Théodore Gobert traite de cette rue en l'appelant simplement « Sous la Tour ».


cathedrale saint-lambert_liege_1750.jpg  Le dessin ci-dessus représente l'ancienne cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert avant sa destruction dès 1795. À droite de la petite église Notre-Dame aux Fonts (la croix), on aperçoit les premières maisons de la rue Sous la (Petite) Tour.

  Ci-dessous, le même endroit à la fin du XIXe siècle (entre 1871 et 1875). À l'avant-plan gauche, l'immeuble blanc se trouve à l'emplacement de la grande tour de l'ancienne cathédrale ; la rue Sous la Tour est devenue la rue de Bex, et les maisons de droite vont bientôt disparaître dans le cadre du percement de la rue Léopold :
societe militaire_liege_annees 1870.jpg  C'est dans l'immeuble blanc de gauche que s'est installée, en 1835, la Société militaire, association réunissant non seulement des militaires mais aussi des bourgeois civils. Cette année-là, près de trois cents membres font partie de ce cercle huppé auquel il est de bon ton, socialement, d'appartenir.

place saint-lambert_liege_fin XIXe.jpg  En 1878, le siège de la Société militaire est agrémenté d'un fronton sculpté et de balcons appuyés sur des colonnes en fonte (celui du premier étage est fermé de larges vitres coulissantes). 1878, c'est aussi le millésime que porte la façade du bâtiment à l'angle de la rue de Bex et de la rue Léopold, dont le percement a commencé deux ans plus tôt. Il s'agit d'un magasin de tissus appelé « Au drapeau belge ».

place saint-lambert_liege_1900.jpgLa place Saint-Lambert vers 1900.

societe militaire-liege-1903.jpg  Cette vue date de 1903. Au rez-de-chaussée du bâtiment que les Liégeois ont pris l'habitude d'appeler la « Maison militaire », se trouve une brasserie, que l'on retrouve sur les deux cartes ci-dessous (les stores vantent les bières de Hougaerde et de Diest) :
société militaire_liege_avant 1909.jpgsociete militaire-liege-tout debut XXe.jpg

  Les trois documents qui suivent (1901, 1968 et 2008) permettent de réaliser l'évolution des lieux en un peu plus d'un siècle :
place saint-lambert-liege-1901.jpgPlace saint-lambert-liege-1968.jpgplace saint-lambert-liege-2008.jpg

 *  *  *  *  *

place saint-lambert_liege_1905.jpgLa place Saint-Lambert pavoisée à l'occasion de l'Exposition universelle de 1905.

place foch_liege_1919.jpg  Cette carte postale porte la mention « Place du Maréchal Foch ». C'est en 1919 qu'on a ainsi rebaptisé l'ancienne place Verte (voir cet autre article). 1919, l'année où la Ville acquiert l'immeuble de la Société militaire pour y installer la Bourse officielle du travail et plusieurs services communaux.

place saint-lambert_liege_1920.jpg  Intéressons-nous un instant aux bâtiments qui empiètent sur l'angle nord-est de la place Saint-Lambert (désignés par le tracé rouge). Ces bâtiments, la carte postale qui suit vous les présente dans les années 1920. À l'époque, un photographe propose aux passants de les immortaliser au milieu des pigeons :
charmeur pîgeons_place saint-lambert_liege_annees 1920.jpg

maison du soleil_liege_annees 1920(1).jpg  Les deux maisons de gauche sont le café du Commerce et le café du Soleil (voir l'enseigne entre les deux fenêtres de toit). Elles existaient déjà au XVIIIe siècle ; la plus haute (bien sûr modifiée depuis) a abrité dès 1740 les débuts de l'imprimerie Dessain.

cafe provincial_liege_annees 1920.jpg  Gros-plan sur la rue Royale qui mène à la place du Marché. Cette photo est antérieure à la précédente, vu l'inscription qui propose l'installation à cet endroit d'une publicité lumineuse. Je parle de « rue Royale », car il me semble qu'elle n'a été rebaptisée « rue du Général Jacques » qu'en 1928, pour le dixième anniversaire de la fin de la Grande Guerre. À confirmer !

maison du soleil_liege_annees 1920(2).jpg  Le même endroit… en 1928 suis-je encore amené à penser, étant donné que la rue est pavoisée de drapeaux… et que les bâtiments dont il est question dans les quatre photos précédentes ont bien été démolis à la fin des années 1920, probablement en prévision de l'Exposition internationale de 1930.

place saint-lambert_liege_annees 1930.jpg  La place Saint-Lambert au milieu des années 1930, avec donc le palais davantage dégagé. Quant à l'immeuble de l'ancienne Société militaire que la Ville a racheté en 1919, il sert à l'échevinat et à l'office du tourisme (entrée par la rue du Général Jacques) ; son rez-de-chaussée est occupé par un café-restaurant qu'on appelle le Tivoli-Bourse*.
*L'appellation « Tivoli » évoque un lieu de villégiature au nord-est de Rome, où la villa d'Este est considérée comme un des plus beaux exemples de jardins de la Renaissance.


tivoli_liege_1940.jpg  Cette photo, prise pendant l'occupation allemande de 1940 à 1944, est le document le plus ancien où j'ai pu lire le nom du café-restaurant Tivoli.

tivoli_liege_annees 1950.jpg  Dans les années 1950, l'immeuble Tivoli subit quelques modifications dont la suppression du fronton et des balcons. Ci-dessous, ce qu'il devenu dans la décennie suivante (la photo date de 1968) :
place saint-lambert_tivoli_liege_1968.jpg

place saint-lambert_liege_1960.jpgComparaison entre 1960 ▲ et 2015 ▼place saint-lambert_liege_2015.jpg

tivoli_liege_fin annees 1960.jpg

  L'immeuble du Tivoli-Bourse à la fin des années 1960▲ et la partie correspondante de l'espace Tivoli actuel ▼
espace tivoli_liege_2015.jpg

Rue du general jacques-liege-annees 60 (1).jpg                                       La rue du Général Jacques dans les années 1960.

rue du general jacques-liege-annees 60 (3).jpg  La rue de Général Jacques telle que je l'ai connue dans les années 1960, à l'époque de mes études secondaires à Saint-Barth, la rue des « fritures » et des cafés sympas. Dans le fond : la place du Marché.

 rue du general jacques-liege-annees 60 (2).jpgLa rue du Général Jacques vue cette fois depuis la place du Marché.

place du marche_liege_1978(1).jpg  La rue Sainte-Ursule (dont on devine l'entrée le long du palais) et la rue du Général Jacques en 1978, vues depuis la place du Marché.

 

ilot Tivoli_liege_1978.jpg  Les rues de Bex et du Général Jacques en 1978, vues depuis la place du Marché. Le trait rouge sert de repère pour établir une comparaison avec la photo actuelle qui suit :
espace tivoli_liege_2015(2).jpgLe trait rouge se retrouve aussi sur cette carte postale du début des années 1970 :place saint-lambert_liege_vue aerienne_debut annees 1970.jpg

tivoli_liege_1978.jpgLe Tivoli-Bourse en 1978 ▲ et le même endroit actuellement ▼palais_espace tivoli_liege_2015.jpg

ilot tivoli_liege_1978(2).jpg  1978. Les îlots situés entre la place Saint-Lambert et celle du Marché vont bientôt disparaître sous les coups des démolisseurs, comme en atteste la photo ci-dessous :
demolition ilot tivoli_liege_1979.jpg

   Les deux photos qui suivent montrent les démolitions, en 1979, de la rue du Général Jacques et de la rue Sainte-Ursule :
demolition rue sainte-ursule_liege_1979(1).jpgdemolition ilot tivoli_liege_1979(2).jpg

 

espace tivoli_liege_1982(1).jpg  L'espace Tivoli en 1982. La brasserie-restaurant Tivoli était devenue un lieu mythique de la vie liégeoise. Son nom a subsisté dans la mémoire collective pour désigner le terrain dégagé par les démolitions de la fin des années 1970.

espace tivoli_liege_1982(2).jpg1982 ▲ et de nos jours ▼histoire de liège,photos de liège,place saint-lambert,place foch,espace tivoli,tivoli-bourse,rue sainte-ursule,onze mille vierges,rue du general jacques,rue royale,rue sous la tour,rue de bex,société militaire

  En attendant que les autorités communales se décident à propos de son affectation définitive, l'endroit sert épisodiquement à l'une ou l'autre manifestation, comme le village de Noël :
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