12/12/2016

De l’île Hochet à la place du Vingt Août.

ile hochet.jpg    Dessin représentant le cours de la Meuse à Liège au XVe siècle.

  Autrefois, le bras de la Meuse appelé le canal de la Sauvenière (1) se scinde , après le pont d’Île (2), en plusieurs biefs devenus entre autres les rues de la Régence (3) et de l’Université (4). L’îlot Hochet (5), à la jonction avec le cours principal du fleuve, est l’ancêtre de l’actuelle place du Vingt Août.

  L’ « isleau » (îlot) Hochet tient probablement son nom d’une famille de notables qui en détenait une partie au début du XIVe siècle.

  Au XVe siècle, cet îlot est en grande partie inoccupé. Il sert de dépôt d’immondices, et certains endroits sont malfamés à cause des maisons de débauche qu’on y a établies. Il est grand temps de réserver une meilleure affectation à ce morceau de terrain. En 1495, le prince-évêque Jean de Hornes accorde à la congrégation des Frères de la Vie commune* d’y installer un couvent et un établissement d’enseignement moyen.

*Appelés aussi Fratres ou Hiéronymites (sous le patronage de saint Jérôme).


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  Sur la gauche du document ci-dessus, qui nous reporte au milieu du XVIe siècle, on aperçoit le couvent des Frères de la Vie commune, en bordure des bras de Meuse devenus la rue de la Régence et la place Cockerill. Sur la droite, il s’agit du pont des Arches. Le contenu du rectangle rouge, vous le retrouvez dans la photo qui suit, tel qu’il se présentera quatre siècles plus tard :quai sur meuse_liege_1950s.jpg

 

  Avant de faire construire leurs bâtiments, les frères ont dû assainir le terrain. Il faut préciser en outre qu’au début du XVIe siècle, les immondices et atterrissements ont comblé certains biefs et transformé l’îlot en presqu’île, en le reliant à la terre ferme du côté du quartier des Croisiers.


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  Cette vue de Julius Milheuser date de 1649 ; l’ovale rouge nous montre l’emplacement de l’ancien îlot, devenu la pointe nord-est du quartier de l’Isle (l’Île entourée par les bras de la Meuse). À cette époque, le couvent n’est toutefois plus géré par les frères de la Vie commune, mais par des jésuites*.

* L’île Hochet n’existe plus, mais malgré sa désinsularisation, cet endroit conserve longtemps son appellation d’ « îlot » : l’îlot des Jésuites.

 
Depuis novembre 1581 en effet, les frères hiéronymites ont cédé la place à des jésuites, dont l’ordre est réputé dans le domaine de l’éducation de la jeunesse. Le succès de leur collège est fulgurant. Vu le nombre sans cesse croissant d’étudiants, une vaste campagne de travaux commence dès 1660 pour renouveler les infrastructures.


1649.jpg  En 1595, le prince-évêque Ernest de Bavière a fait construire un pont (la flèche rouge) pour faciliter l’accès au collège. L’ouvrage prend officiellement le nom de pont de Bavière, mais on le désigne le plus souvent comme le « pont des Jésuites ». Et même le « grand pont des Jésuites », après 1606, année de la construction du « petit pont des Jésuite » (flèche bleue).


couvent jesuites wallons liege 1737.jpg  Le couvent et le collège des Jésuites wallons* en 1737 (gravure de Remacle Le Loup). Pour vous aider à situer le lieu, sachez que l’actuelle place du Vingt Août se trouve sur la gauche, et que la place Cockerill est derrière l’église. Celle-ci est dédiée au Saint-Sacrement. Un demi-siècle a été nécessaire pour l’ériger, vu l’instabilité du terrain, les problèmes de construction et les événements guerriers ; elle n’a été consacrée qu’en 1700.

* Ces jésuites sont appelés wallons pour les distinguer des jésuites anglais installés en Favechamps, le long de l’actuelle rue Montagne Sainte-Walburge.


1737.jpg  Plan de Christophe Maire (1737), collection de Christian Hauglustaine. La partie de la place du Vingt Août située devant les bâtiments s’appelle la place des Jésuites.

  En 1773, le pape Clément XIV supprime la Compagnie de Jésus. À Liège, le prince-évêque François-Charles de Velbrück récupère et agrandit les installations des jésuites wallons pour en faire un établissement d’enseignement séculier, le Grand Collège des Humanités, tenu par des prêtres nommés par lui. En 1786, on y transfère aussi le Séminaire épiscopal.


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  Cette eau-forte d'Étienne FAYN est datée de 1783 ; elle met en évidence les bâtiments du Grand Collège, avec à droite les bras secondaires de la Meuse (actuelle place Cockerill) et les deux ponts expliqués plus haut.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours (https://www.google.be/intl/fr/earth), avec l’angle rouge qui évoque l’emplacement de l’ancien couvent :
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   Les événements qui suivent la Révolution liégeoise, dès 1789, entraînent la fermeture des cours, au Grand Collège et au Séminaire. Les bâtiments subissent de nombreuses déprédations. En 1794, ils sont mis à la disposition de l’armée française pour servir de magasin à vivres et de boulangerie militaire. La bibliothèque de l’ancien couvent est vandalisée*.

* Beaucoup de livres sont volés ou brûlés dans les fours de la boulangerie. Les ouvrages et documents rescapés serviront de fonds de départ à la bibliothèque de l’université.

 
En 1797 (la principauté de Liège est rattachée depuis deux ans à la république française), est créée une École centrale qui sera remplacée, après le sacre de Napoléon en 1804, par un Lycée impérial. D’abord pillée et transformée en magasin à fourrage, l’ancienne église du Saint-Sacrement est « rendue aux exercices pieux des élèves du lycée ».


plan liege regime français imperial.jpg
  Lien Donum Ulg: http://donum.ulg.ac.be/handle/2268.1/1141

  Plan de Liège sous le 1er Empire français. La place des Jésuites est devenue la place du Lycée, prolongée par la rue Lulay* des Jésuites.

* Comprenez « l’îlot ».

 
En 1814, sous la courte administration prussienne qui fait suite à l’abdication de Napoléon, le Lycée impérial fait place au Gymnase, établissement scolaire éphémère puisqu’en 1816, le roi des Pays-Bas Guillaume 1er institue dans ces locaux l’université de Liège. L’inauguration officielle a lieu le 25 septembre 1817 dans l’ancienne église désaffectée des jésuites wallons.


universite_liege_tour_beche_1818.jpg  Ce dessin d’Alfred Ista est intitulé « vue du vieux Liège en 1818 ». À gauche, l’ancien couvent des Jésuites wallons est devenu l’université de Liège l’année précédente. À l’arrière-plan, il s’agit du pont des Arches. À droite, la tour en Bêche (à la hauteur de l’actuelle pont Kennedy) fait partie des anciennes fortifications de la ville.

  En 1821, il est décidé de démolir l’église des jésuites pour construire à cet emplacement une grande salle académique. Le chantier est confié à Jean-Noël Chevron, architecte de la ville.


universite_liege_1827.jpg  La salle académique est terminée en 1824. Des matériaux de l’ancienne église ont servi à la construire, notamment les colonnes qui ornent la façade majestueuse.


plan universite liege 1824.jpg  Ce plan de 1824 montre le site de l’université réaménagé par Jean-Noël Chevron. Les jardins, depuis 1819, sont utilisés comme « parc de flore » (le jardin botanique qui déménagera du côté de la rue Louvrex vers 1841). La place devant la salle académique et le grand pont des Jésuites (le bras de la Meuse ne sera comblé qu’en 1827-28) sont devenus la place et le pont de l’Université.

  Après l’indépendance de la Belgique, il faut attendre 1835 pour que l’université de Liège soit reconnue institution d’État et bénéfice d’un budget pour moderniser et agrandir ses locaux. Dès 1836, l’architecte Julien-Étienne Rémont réalise un ensemble harmonieux composé de deux U ouverts sur la place.


place universite_liege_1845.jpg  La place de l’Université vers 1845. Remarquez la statue du compositeur André Ernest Modeste Grétry. Cette œuvre en bronze, conçue par le sculpteur belge Guillaume Geefs, a été coulée à la fonderie de canons de Saint-Léonard. Elle a été installée devant la salle académique en 1842.


statue gretry_universite_liege.jpg  La statue de Grétry devant la salle académique de l’université. Elle sera déménagée en 1866 devant le théâtre royal.


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  La place de l’Université en 1869. À gauche, l’actuelle place Cockerill est appelée place du Conservatoire, parce qu’une partie du bâtiment universitaire qu’elle longe abrite l’école de musique depuis 1848*. La statue qui trône devant la salle académique est depuis 1866 celle du géologue André Hubert Dumont (1809-1857).

* Le conservatoire royal ne s’installera boulevard Piercot qu’en 1887.


andre_dumont.jpg  La statue en bronze d’André Dumont a été réalisée par le sculpteur Eugène Simonis. Le célèbre géologue est représenté en toge professorale de l’université de Liège (dont il a été le recteur). Il pointe l’index de la main droite en direction du sous-sol qu’il a tant étudié*. Le document roulé qu’il tient dans la main gauche est la première carte géologique de Belgique, qu’il a dressée en 1853. La lampe de mineur, à ses pieds, est une allusion au rôle important qu’il a joué dans la découverte des sites charbonniers.

* Je me souviens d’un professeur, au collège Saint-Barthélemy, mimant André Dumont en proclamant : « Creusez ici, il y a du charbon » !


plan liege blonden 1880.jpg  Extrait du plan de Liège dressé par Blonden en 1880. Remarquez que les deux « U » que forment les bâtiments de l’université se sont pas encore fermés du côté de la place du même nom : ils ne le seront qu’à la fin de la décennie et au début de la suivante, selon les plans de l’architecte Laurent Demany (à l’origine aussi du conservatoire de musique).


universite_liege_1893.jpg  L’architecte Laurent Demany a d’abord transformé complètement la partie sud du site universitaire, destinée à l’institut de chimie. Cette photo de la fin des années 1880 ne montre que la nouvelle façade du côté de la place, mais c’est tout un nouvel ensemble qui s’étend à l'arrière jusqu’au quai de l’Université (devenu le quai Roosevelt).


universite_liege_1898.jpg  Laurent Demany s’est ensuite consacré à cette façade principale, qui a été réalisée de 1889 à 1893 (la carte postale a été écrite en 1898). La salle académique n’est plus visible de la place, et la statue d’André Dumont a été avancée de quelques mètres.


place universite_liege_debut XXe.jpgDes colonnes ont été ajoutée à l’entrée monumentale pour rappeler celles de la salle académique. Six statues en bronze symbolisent l’Étude, les Arts et Manufactures, le Droit, la Philosophie, les Mathématiques et la Médecine. Parmi les sculpteurs à l’origine de ces allégories, figurent Léon Mignon et Alphonse de Tombay, qui ont déjà participé à la décoration des Terrasses.


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▲ La place de l’Université sur deux cartes postales écrites en 1908 ▼
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La même perspective de nos jours.


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La statue d’André Dumont au tout début du XXe siècle et en 2007.


place universite_liege_1905.jpg  La place de l’Université vers 1905, photographiée cette fois en direction de la place Cockerill et du centre-ville.


place vingt aout_liege_1970s.jpg  La même perspective dans les années 1970. Bizarrement, on devine à peine le sommet du clocher de Saint-Denis sur la carte postale précédente. Probablement une question d’angle de prise de vue !


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  Retour au début du XXe siècle avec cette carte postale postée en 1912. Le bâtiment, sous le timbre, est la Société libre de l’Émulation.


emulation_liege_debut XXe.jpg  La Société libre d'Émulation est une académie fondée en 1779 sous la protection du prince-évêque François-Charles de Velbrück, avec pour objectifs de cultiver et d'encourager les Arts, les Lettres et les Sciences. Elle est initialement installée dans la « Redoute », un petit immeuble situé sur la place dite à cette époque du Grand Collège, immeuble agrandi et profondément modifié au cours du XIXe siècle. Découvrez l’historique de cette institution en cliquant ICI.


place université_liege_avant 1914.jpg  Le bâtiment de l’Émulation, on en aperçoit un étroit morceau sur la gauche de la photo ci-dessus. Il sera détruit en août 1914 en même temps que tout ce groupe de maisons.


place universite_liege_1914(1).jpg  Le 20 août 1914, en effet, des soldats allemands se livrent, place de l'Université, à d'effroyables exactions. Ils saccagent les locaux de l’université, fusillent dix-sept civils choisis au hasard et incendient toute une série d'édifices. Remarquez, à droite, l'entrée de la rue Sœurs de Hasque et dans le fond le clocher de la cathédrale Saint-Paul. À cette époque, la rue Charles Magnette n’existe pas.

 
place vingt aout_liege_memorial 1914.jpg  En souvenir de cet épisode tragique, la place de l'Université est rebaptisée place du Vingt Août (ou XX Août) au lendemain des hostilités. Une plaque commémorative en bronze a été placée sur le mur de l’université à l’angle avec la place Cockerill.

  Après la guerre, on songe bien sûr à reconstruire l'Émulation, mais aussi à profiter de la trouée pour ouvrir une nouvelle voie de communication en direction de la place du Roi Albert (le nom officiel, à l'époque, de la place de la Cathédrale). Un premier plan d'expropriation est adopté par le conseil communal dès 1919, mais il suscite tant de critiques que la réalisation du projet va s'éterniser. La photo qui suit, prise pendant les inondations de l'hiver 1925-26, montre toujours un chancre urbain :
place vingt aout_liege_1926.jpg

emulation_liege.jpg  Il faut attendre 1939 pour que la Société de l’Émulation inaugure son nouvel immeuble d’inspiration Louis XVI, bien plus imposant que le précédent, dû à l’architecte Julien Koening.


theatre_liege_2013.jpg  Depuis 2013, c’est le Théâtre de Liège* qui est installé là, après la restauration des lieux due au bureau d’architecture liégeois Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit. Le site adapté à sa nouvelle affectation mêle désormais néoclassicisme et design contemporain.

* Théâtre précédemment installé place de l’Yser (voir cet autre article).

place vingt aout_liege_balayeuses 1920s.jpg  Revenons-en aux années 1930. Les palissades couvertes de publicité, du côté de la place Cockerill, annoncent la construction, de 1934 à 36, d’un petit « building » moderniste.


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Le même endroit en 1967.


place vingt aout_liege_1930s.jpg  Cet immeuble moderniste à la façade arrondie, le voici sur une photo de la fin des années 1930, à la jonction de la place du Vingt Août et de la place Cockerill (jour de marché).

 
rue charles magnette_liege_tt début 1950s.jpg  La rue Charles Magnette au début des années 1950. Le bâtiment de droite, à l’angle avec la rue de l’Université, sera remplacé à la fin des années 1950 (construction de 1956 à 58) par un building à la mode du temps (voir deux photos plus haut).


place vingt aout_liege_vers 1964.jpgL’Émulation et son environnement de buildings au milieu des années 1960.


place du vingt aout_liege_1959-60.jpg  Vers 1959-60 (la résidence du XX Août, sur la droite de la photo, est en cours de construction ; elle sera terminée en 1961).


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L’université et la place du XX Août au début des années 1960 (probablement 1963).


place vingt aout_liege_annees 50s et 70s.jpg  La photo de gauche (collection Jean-Géry GODEAUX) nous reporte à la fin des années 1950 ; celle de droite (CRMSF, Fonds Ville de Liège), au début des années 1970. La transformation du quartier Chiroux-Croisiers a modifié une partie de la place du Vingt Août.


rue du mery_liege_fin 1960s.jpg  La rue du Méry à la fin des années 1960. Vous trouverez davantage de renseignements sur ce chantier dans la page consacrée au pont Kennedy et au quartier Chiroux-Croisiers.


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25/09/2014

La rue et la passerelle de la Régence, l'hôtel des Postes

  Aidons-nous de cette vue (Julius Milheuser, 1649) pour vous rappeler le réseau hydrographique liégeois d'antan :
vue-liege-milheuser-1649.jpg  La Meuse, qui coule alors à l'emplacement du boulevard d'Avroy, se scinde aux abords de l'église des Augustins (1). Son cours principal préfigure le boulevard Piercot (2), tandis qu’un diverticule décrit une vaste boucle qui circonscrit le quartier de l’Isle (l’Île) ; ce bras de la Sauvenière (3), après le pont d’Île (4), se divise en de multiples ramifications, zone remplacée de nos jours par les quartiers Régence (5) et Université.

  Rapprochons-nous des lieux qui nous font l'objet de cet article :
milheuser-pont d'île liege 1649.jpg1. La collégiale Saint-Paul / 2. Le couvent des Dominicains / 3. Le pont d'Île / 4. La place aux Chevaux (future place de la République française) / 5. La place Verte / 6. La cathédrale Saint-Lambert (future place du même nom) / 7. La collégiale Saint-Denis / 8. Le bief Saint-Denis (future rue de la Régence) / 9. Le collège des Jésuites wallons (à l'emplacement de l'université de Liège).

  Voici les mêmes endroits sur un plan de 1720 (dû au jésuite Christophe Maire). Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre. Le coloriage bleu permet d'identifier le bief Saint-Denis devenu la rue de la Régence :
plan-liege-1720.jpg

place aux chevaux-liege-XVIe.jpg  Ci-dessus, le canal* de la Sauvenière et la place aux Chevaux au XVIe siècle, vus depuis le pont d'Île.
* Ce bras de la Meuse est souvent appelé « canal », dans les documents anciens, parce que son cours naturel a été rectifié et approfondi à la fin du Xe siècle, sous le règne du premier prince-évêque Notger.


  Ci-dessous, le même endroit en 1835, après voûtage des bras de la Meuse et création de la place du Spectacle (voir page consacrée au quartier de l'Opéra) :
place du theatre-liege-1850.jpg  L'immeuble de droite, sur la gravure ci-dessus, bâti en 1830 à l'angle des rues de l'Université et de la Régence, a primitivement appartenu à Dominique Avanzo, éditeur et marchand d'estampes. Ce lien mène à un plan de Liège publié par lui en 1838.

pont d'ile-liege-1820.jpg  Ce dessin du britannique George Arnald, gravé par son compatriote Samuel William Reynolds, représente le pont d'Île vers 1820, lequel ne comporte plus que trois arches sur les onze d'origine (le reste de l'ouvrage, bordé de maisons, est devenu une rue). La fontaine datant du XVIIIe siècle disparaîtra en 1848.

  Voici le même endroit en 1975 et 2014 :
pont d'ile-liege-1975.jpg

pont d'ile-liege-2014.jpg

 

pont torrent-liege-1820.jpg  Ce dessin de George Arnald, gravé par Charles Turner, représente le bief Saint-Denis avant 1825, avec le pont du Torrent. La tour dont on voit le sommet sur la gauche est celle de la collégiale Saint-Denis.

  Ci-dessous, la rue de la Régence actuelle :
rue de la regence-liege-2014.jpg


  Au début du XIXe siècle, le bief Saint-Denis, fortement réduit par les atterrissements, n'est plus qu'un cloaque infect rempli d'ordures et dégageant des odeurs malsaines*. En 1823, de nouvelles plaintes de la part des riverains poussent les autorités communales à envisager la transformation du vieux bief en canal voûté, avec l'aménagement en surface d'une nouvelle artère (il en est de même pour le bief Saint-Jean qui deviendra la rue de l'Université)**. Le chantier débute en 1825 pour se terminer en 1829, après diverses modifications apportées au projet, notamment en ce qui concerne la largeur de la voirie.
* Jusqu'au XVIIIe siècle pourtant, le courant a permis d'activer deux moulins de la collégiale Saint-Denis.
** C'est aussi l'époque où on projette la création de la rue de la Cathédrale.

 
Sous le régime hollandais, le terme « Régence » désigne l'autorité communale. La nouvelle rue porte donc le nom de l'institution politique qui l'a créée.



*  *  *  *  *

  Les cartes postales anciennes qui suivant nous montrent la rue de la Régence au début du XXe siècle. Quelques vues actuelles permettent la comparaison avec la situation actuelle :

rues regence universite-liege-debut XXe.jpg  À l'angle des rues de la Régence et de l'Université, la maison Avenzo a laissé place au magasin Mauguin.

rue regence universite-liege-2014.jpg

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rue de la regence-liege-debut XXe(3).jpg  À l'emplacement indiqué par la flèche, s'ouvre la rue Pont-Thomas, dénommée ainsi en souvenir d'un ancien pont sur le bief Saint-Denis.

rue de la regence-liege-la wallonie_1925.jpg  En 1922, le journal quotidien La Wallonie acquiert l'immeuble désigné par la flèche. La petite photo* montre cet immeuble en 1925, agrandi et transformé par l'architecte Jean Moutschen.
* Photo extraite du site de l'Institut liégeois d'histoire sociale.

 

rue de la regence-liege.jpg  Sur la photo de gauche (années 1940, tout début 50), le Priba est entouré des cinémas l'Américain et le Mondain.

rue de la regence-liege-tram vert.jpg  Un tram vert SNCV et un bus de la STIL au milieu des années 1960. Le cadre de cette scène est figuré en rouge sur la photo suivante :
rue de la regence-liege-2014(3).jpg


L'hôtel des Postes (ou Grand-Poste)

  Au milieu des années 1890, une série d'immeubles sont abattus à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse, ainsi que dans le quartier voisin du Chaffour*. Tous les décombres doivent être enlevés pour mai 1896, date à laquelle commence la chantier du nouvel hôtel des Postes.
* Le quartier des fours à chaux (la rue Florimont, initialement « flairmont », rappelle l'ambiance odorante de ces installations). Il s'agit à cette époque d'un quartier fort populeux et insalubre qu'il est temps d'assainir.

quai sur meuse-halle-liege-1890.jpg  Les bâtiments que l'on aperçoit dans le fond, sur ce cliché de 1890, sont ceux situés à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse. À l'avant-plan, il s'agit du marché aux légumes qui se tient là, à l'époque, tous les matins.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
grand-poste_liege_2014.jpg

 

quais sur meuse-liege-1890.jpg  Ci-dessus, les cafés et hôtels du quai sur Meuse qui ont été détruits pour permettre la construction de la Grand-Poste, que l'on voit en chantier ci-dessous :
construction grand-poste_liege.jpg

 

rue de la regence-liege-1890.jpg  Ci-dessus, le marché en 1890. À comparer avec les deux photos suivantes, prises pendant la construction de l"hôtel des Postes :
rue de la regence-liege-1900.jpg
marche-construction grand-poste_liege-1900.jpg

 

passerelle-construction grand-poste_liege_1896-1901.jpgL'hôtel des Postes inachevé, vu depuis la passerelle de la Régence.

grand-poste_liege_1905.jpg  L'hôtel des Postes tout neuf, édifié dans un style ogival XVIe siècle, selon les plans de l'architecte Edmond Jamar. Il a été inauguré le 16 décembre 1901. Les services postaux sont alors en plein essor, ce qui justifie l'ampleur du bâtiment.

grand-poste_liege_interieur 1903.jpgL'intérieur de la Grand-Poste à ses débuts.

 grand-poste_liege-halle-1901.jpg  Revenons-en au marché aux légumes. La construction que l'on aperçoit à moitié sur la droite de la vue ci-dessus, c'est la halle à la criée.

Halle quai sur meuse-liege-1901.jpg  La halle à la criée existe depuis 1868. Elle est entourée d'échoppes pittoresques, et le marché aux légumes (auxquels s'associent fruits et fleurs) s'étend aussi sur l'ensemble du quai sur Meuse et sur la place Cockerill voisine.

grand-poste_liege_debut XXe(1).jpg  La halle disparaît peu après la mise service de la Grand-Poste. Peut-être pour mieux mettre en valeur le prestigieux bâtiment que l'on vient d'ériger.

marche quai sur meuse-liege-1954.jpg  Le marché aux légumes en 1954. Les maraîchers ne quitteront cet endroit qu'en juillet 1963, quand le marché matinal s'installera à Droixhe.

grand-poste_rue de la regence_liege-annees 1960.jpgVue sur la rue de la Régence dans les années 1960.

projet_grand-poste-liege.jpg  La Grand-Poste, désaffectée depuis le début du millénaire, est actuellement au centre d'un vaste projet de réhabilitation, qui envisage l'aménagement d'une galerie commerciale au rez-de-chaussé du bâtiment existant (façades et toitures classés depuis 2002) et la construction d'un appart-hôtel à l'angle des rues de la Régence et Florimont. Le promoteur attend, pour commencer le chantier, que la Ville concrétise le parking promis sous la place Cockerill et le quai sur Meuse...

 

  La passerelle de la Régence


  Bien que le projet ait été imaginé dès 1874, il faut attendre septembre 1880* pour que cette passerelle soit terminée et ouverte aux piétons, diverses crues ayant retardé les travaux et même mis l'ouvrage en péril.
* Le 17 septembre, jour de la Saint-Lambert, patron de la ville.

 
Les Liégeois l'appellent communément « la Passerelle », mais elle porte en réalité le nom de « passerelle de la Régence », du même nom que la rue qu'elle prolonge et dont elle a d'ailleurs accéléré le développement. D'aucuns disent néanmoins « passerelle Saucy », en référence boulevard* auquel elle mène en Outremeuse.
* Ce boulevard est un ancien bief asséché en 1872-73. L'appellation « Saucy » aurait un rapport avec « saussaie », lieu planté de saules.

passerelle-liege_1880-1940.jpg  La passerelle de la Régence première du nom (1880-1940), vue d'Outremeuse. Ci-dessous, de nos jours :
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passerelle-liege-debut XXe.jpg  La passerelle vue du quai des Pêcheurs (quai Édouard Van Beneden depuis 1920), avec la Grand-Poste à l'arrière plan.

passerelle-liege_saint-pholien_1902.jpg  La passerelle vue du quai Roosevelt au tout début du XXe siècle. L'église Saint-Pholien dont on voit le clocher sur la droite sera détruite en 1910 dans le cadre d'un plan de voirie, puis remplacée par un édifice néogothique en 1914.

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passerelle-liege-belle_epoque.jpg  Autrefois, se faire photographier sur la passerelle, avec la Grand-Poste en toile de fond, est un événement exceptionnel. Ci-après, le même endroit de nos jours :
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passerelle-liege-1905.jpg  Le quai des Pêcheurs en 1905 (qui deviendra le quai Van Beneden en 1920), avec l'arrêt du tram Liège-Barchon. À l'arrière-plan : la passerelle et pont des Arches.

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passerelle-liege-escaliers-debut XXe.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle à la hauteur du boulevard Saucy, au début du XXe siècle. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2014(3).jpg

passerelle-quai sur meuse-liege-début XXe.jpgCi-dessus, le quai sur Meuse au début du XXe siècle. Ci-dessous, de nos jours :passerelle-liege-2014(4).jpg

passerelle-liege-apres 1910.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle, du côté du quai sur Meuse, avec à l'arrière-plan gauche l’église Saint-Pholien due en 1914 à l'architecte Edmond Jamar (celui de l'hôtel des Postes). Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
passerelle-liege-2013.jpg

passerelle-liege-1940.jpg  Ci-dessus, la passerelle détruite en 1940. Ci-dessous, sa reconstruction après-guerre (inauguration en 1949) :
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passerelle_liege_après-guerre.jpgLa passerelle deuxième génération, telle qu'on la connaîtra dans les années 1950 et 60.

passerelle-quai sur meuse-liege-1962.jpg  L'accès à la passerelle du côté rive gauche en 1962. Au début des années 1970, cet accès sera modifié, avec une rampe allongée qui enjambera le quai devenu une voie rapide (situation actuelle sur la photo suivante) :
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document_ville de liege.jpg  Au milieu des années 1990, a lieu l'opération « Liège retrouve son fleuve ». Il s'agit de rendre aux piétons les berges de la Meuse conquises par l'automobile au cours des décennies précédentes. Le dessin ci-dessus, extrait d'une brochure de la Ville expliquant le projet, représente le quai de la Batte et le quai sur Meuse idéalisés. Un rêve non encore réalisé !

passerelle.jpg  C'est dans le cadre de cette opération, en 1994, qu'est construit ce plan incliné du côté rive droite, avec la rampe qui passe en porte-à-faux sur le fleuve.

passerelle-liege-ravel-1994.jpg  1994. L'opération « Liège retrouve son fleuve » permet le réaménagement de la promenade le long de la Meuse et la création d'un Ravel.