23/09/2015

La rue Pont d'Île

  La rue Pont d'ïle est un piétonnier* très commerçant qui relie la place de la République française au Vinâve d'Île et au Carré.
* Piétonnier depuis 1972.

rue du pont d'ile liege 2013.jpgrue du pont d'ile liege 2006.jpg


  Quelle est l'origine de ce nom ?

 
Il faut se rappeler qu'un bras de la Meuse, dit de la Sauvenière, décrit autrefois une large boucle et délimite le quartier de l'Isle (l'Île). Le pont qui permet alors d'accéder à cette île depuis le cœur historique de la cité s'appelle tout logiquement le pont d'Île (la flèche sur la gravure ci-dessous), dénomination qu'a conservée la rue qui se trouve aujourd'hui à cet emplacement :
vue liege aveline.jpg          Eau-forte d'Alexandre Aveline, 1689 ▲                                   Plan de Christophe Maire, 1720 ▼
plan liege 1720.jpg  On s'aperçoit, grâce au plan ci-dessus, que peu avant le pont d'île, le bras de la Sauvenière se ramifie pour donner naissance à plusieurs cours d'eau plus étroits.

  L'existence d'un pont à cet endroit, dont on ignore la date d'édification, est avérée dans la première moitié du XIe siècle.

pont d'ile dessin XVIIe.jpg  Ce dessin du XVIIe siècle (qui figure parmi les vues anciennes de Liège recueillies par Léon Béthune) présente un pont en pierres, composé de onze arches, dont plus de la moitié supportent des maisons à l'instar du Ponte Vecchio de Florence. L'ouvrage commence à la hauteur de la rue de Wache et s'étend sur une grande partie de la rue Pont d'ïle actuelle. Le symbole des deux roues, vers le haut de l'image, supposent la présence de moulins actionnés par les biefs de la Meuse. La pointe de terre, juste à côté, forme l'angle des actuelles rues de la Régence et de l'Université.

  Parmi les occupants des maisons bâties sur le pont, au fil du temps, il faut signaler des notables, des orfèvres, des horlogers, des imprimeurs (Desoer), des graveurs, des boulangers, des barbiers, des débitants de boissons, des brasseurs, des chausseurs, des artistes peintres, des luthiers, des négociants en vins et alcool, des maroquiniers, des marchands de faïences, des marchands de tissus…

  Des enseignes servaient autrefois à différencier les habitations d'artisans, de négociants et même de bourgeois. En voici un exemple toujours existant au 41 de la rue Pont d'Île :
enseigne cygne pont d'ile liege 1690.jpg

 

milheuser 1649.jpg  Ce détail de la gravure de Milheuser nous montre bien la configuration des lieux au milieu du XVIIe siècle, avec les îlots auxquels les cours d'eau ont donné naissance (îlots aménagés en jardins de demeures privilégiées). Autour du pont d'Île, on peut identifier la collégiale Saint-Paul (1), le Vinâve d'Île (2), le couvent des Dominicains (3), la place aux Chevaux devenue la place de République française (4), la place Verte occupée de nos jours par l'îlot Saint-Michel (5), la cathédrale Saint-Lambert détruite à la fin du XVIIIe siècle (6), la collégiale Saint-Denis (7), les biefs de la Meuse devenus les rues de la Régence et de l'Université (8), le couvent des Jésuites anciens à l'emplacement de l'actuelle université (9).

  C'est probablement la vue de Milheuser qui a servi de modèle à ce dessin qui illustre les notes archéologiques et architectoniques de Camille Bourgault (à découvrir en cliquant ICI) :
rue pont d'ile et couvent des dominicains liege 1650.jpg  Sur le dessin ci-dessus, représentant la situation vers 1650, l'église du couvent dominicain est toujours celle issue du XIIIe siècle. Elle sera remplacée au début du XVIIIe par un édifice au dôme imposant, tel qu'on le voit sur l'illustration qui suit :
pont d'ile liege 1816.jpg  Ce dessin de C. Abingdon, réalisé en 1816, représente le bras mosan de la Sauvenière en amont du pont d'Île. À l'arrière-plan, la collégiale Saint-Denis. À droite, le dôme de l'église des dominicains (fermé dès 1796 au début de la période française, le couvent sera finalement détruit en 1817).

place republique française liege 1970.jpgLe même endroit en 1970 ▲ et 2003 ▼Place republique française liege 2003.jpg

 

plan quartier opera liege 1780.jpg  Sur ce plan de la fin du XVIIIe siècle (juste avant les événements révolutionnaires), le cercle rouge représente le dôme du couvent des Dominicains, et la croix situe l'emplacement où sera construit le grand théâtre de Liège de 1818 à 1820. Remarquez que l'appellation « pont d'Île » (le trait rouge) ne concerne plus que les trois arches sous lesquelles passe le cours plus large de la Meuse, car le reste, avec les habitations de chaque côté, s'appelle déjà « rue du Pont d'Île ».

  Devenus de véritables égouts à ciel ouvert, les biefs de la Meuse finissent par être comblés ou voûtés au début du XIXe siècle.

pont d'ile liege XVIIIe.jpg  Dessin d'Alfred Ista d'après Charles Remont : les trois arches du pont d'Île au XVIIIe siècle (lesquelles disparaîtront en 1826).

pont d'ile liege XIXe.jpg
Le même endroit au milieu du XIXe siècle ▲ et en 1975 ▼pont d'ile-liege-1975.jpg



rue pont d'ile liege debut XXe.jpg  La rue Pont d'Île au tout début du XXe siècle. Elle a hérité de l'étroitesse du pont bâti, et certaines caves conservent toujours des vestiges des anciennes arches.

rue pont d'ile liege debut XXe (2).jpg  Le bâtiment mis en évidence sur cette photo est l'ancienne brasserie des frères dominicains, cédée depuis le milieu du XVIIIe siècle à la famille Dejardin. Il est démoli en 1912 pour faire place au Kursaal, une salle de music-hall qui devient cinéma. L'établissement prend le nom de Caméo en 1927 puis de Normandie en 1939.

programme cinema normandit liege 1948-49.jpgLe programme du cinéma Normandie en 1948-49.

cinema normandie pont d'ile liege 1965.jpgLe cinéma Normandie en 1965 ▲ et peu avant sa fermeture en 1976 ▼cinema normandie pont d'ile liege annees 1970.jpg

  Revenons-en à l'ancienne brasserie des frères dominicains, que revoici au début du XXe siècle, quand elle est la propriété de la famille Dejardin :
brasserie dejardin liege.jpg

fontaine du perron pont d'ile liege.jpg  À côté de la brasserie, il existait autrefois, « dans une partie en retrait vierge de bâtiment » (dixit Théodore Gobert), une fontaine alimentée par l'araine Roland. Érigée en 1718, cette fontaine au perron est transférée en 1870 dans la seconde cour du palais des princes-évêques. Elle se trouve actuellement au Grand Curtius.

 

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06/09/2015

L'évolution du boulevard de la Sauvenière de 1871 à la fin du XXe siècle

Cet article suit celui intitulé « l'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière ».

boulevard sauveniere liege avant 1871.jpg  L’entrée du boulevard de la Sauvenière avant 1871, si l’on s’en réfère à l’absence de voies ferrées pour le chemin de fer américain (comme on désigne alors les premiers tramways).

tram traction chevaline 1871.jpg  Dès 1871 en effet, une partie de la voie charretière du côté pair (l’ancienne rive gauche du canal) est consacrée à la circulation des tramways dans les deux sens. Cette ligne n° 1, assurée par des véhicules à traction chevaline, relie la place Saint-Lambert et les Guillemins.

boulevard de la sauveniere liege fin XIXe.jpg  La réfection de la tour de la basilique Saint-Martin permet de dater le document ci-dessus entre 1868 et 1871, avant donc que ne circulent les premiers trams. Un terre-plein central arboré occupe l’essentiel de l’espace, avec de chaque côté une voie charretière desservant d’élégantes demeures. Ci-dessous, on voit la même perspective avec la ligne de tramways, électrifiée depuis 1893 :
boulevard de la sauveniere liege tram électrique.jpg

boulevard sauveniere liege vers 1900 (2).jpgLe boulevard de la Sauvenière vers 1900, du côté du Pont d'Avroy ▲ et de la place du Théâtre ▼boulevard sauveniere liege vers 1900 (1).jpg  Sur la gauche de la photo ci-dessus, parmi les immeubles que longent les trams, une enseigne signale les bureaux du journal La Meuse.

journal la meuse sauveniere avant 1914.jpg  Fondé en 1856, le journal La Meuse occupe d'abord des locaux situés rue du Pot d’Or (imprimerie) et rue Vinâve d’Île (rédaction). C'est en 1874 que les activités sont regroupées boulevard de la Sauvenière, dans l’ancien hôtel de Grady de la Neuville (la photo ci-dessus nous reporte vers 1910).

petit trianon liege 1905.jpg  Sur cette carte postale de 1905, on reconnaît le siège du journal La Meuse juste après la terrasse du Petit Trianon, café-restaurant très réputé à l’époque, où les bourgeois ont l’habitude de dîner lors de l’Exposition universelle organisée à Liège cette année-là.

trianon pathe liege 1908.jpg  À côté du Petit Trianon, le Trianon-Pathé est ouvert en 1908, destiné aux projections cinématographiques (l’enseigne est visible au centre de la photo, au niveau des toitures). Le café du Point de Vue devient rapidement le rendez-vous des cinéphiles.

trianon pathe liege 1912.jpg  La façade du Trianon-Pathé (à gauche) présente des statues ornementales à la manière baroque. Au tout début du XXe siècle, subsiste encore l’obligation d’affranchir une carte postale du côté de la vue.

promenade sauveniere liege debut XXe.jpg  En ce tout début du XXe siècle, l’allée centrale constitue une promenade très prisée par la bourgeoisie liégeoise. Le boulevard est essentiellement résidentiel, mais quelques commerces se sont installés du côté de la voie charretière où circulent les trams.

boulevard sauveniere liege tt debut XXe.jpg  Les photographes ont toujours apprécié la perspective que propose le boulevard quand on le découvre en venant d’Avroy, avec la basilique Saint-Martin fermant l’horizon.

boulevard sauveniere liege debut XXe.jpg  La bâtisse surmontée d’un fronton, à droite avant la longue rangée d’arbres, a abrité dès 1874, l’Institut supérieur libre des Demoiselles, fondé par Léonie de Waha, pédagogue féministe et libérale. Elle est de nos jours une école fondamentale de l’enseignement communal. Le gamin portant sa charge rappelle que la « Belle Époque », comme on surnomme cette période avoisinant les années 1900, ne l’est que pour la bourgeoisie, la classe ouvrière subissant toujours une existence austère et laborieuse.


boulevard sauveniere liege foire.jpg  À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, la foire aux variétés d’octobre occupe aussi le boulevard de la Sauvenière. C’est principalement dans les environs du Pont d’Avroy que les amateurs de fritures peuvent satisfaire leur gourmandise.

boulevard de la sauveniere liege debut annees 1920  tram blanc.jpg  Dès 1919-1920, les tramways communaux adoptent une livrée de couleur crème (les fameux « trams blancs »), les vicinaux conservant une carrosserie verte. Une vaste aire piétonne, des transports en commun électriques et même une piste cyclable... de quoi faire rêver les écologistes d’aujourd’hui !


  Dès 1910, les autorités communales envisagent une modernisation du boulevard ; il serait temps par ailleurs de remplacer les ormes atteints par la maladie. La première guerre mondiale, bien sûr, interrompt les études à ce sujet, et il faut patienter jusqu’en 1924 pour qu’une importante modification soit adoptée : le transfert en site propre central de la circulation des trams, avec de chaque côté une large chaussée asphaltée et un trottoir spacieux.

boulevard sauveniere liege 1915.jpg  Ci-dessus, le boulevard de la Sauvenière vu de Saint-Martin pendant le première guerre mondiale, avec sa promenade arborée centrale. Ci-dessous, deux vues montrant la situation dans la seconde partie des années 1920, avec la circulation des trams au centre et de jeunes plantations :
boulevard sauveniere liege apres 1924 (1).jpgboulevard sauveniere liege apres 1924 (2).jpg

 

boulevard sauveniere liege avant 1924.jpg  Cette photo, prise au tout début des années 1920, nous reporte dans le tronçon qui débute place de la République française (place du Théâtre avant 1918). On reconnaît le Trianon-Pathé, renommé simplement Trianon depuis qu’il a été converti en 1914 en une salle de spectacles présentant des opérettes, des revues et des vaudevilles à la française. À sa droite, on a ouvert un cinéma baptisé le Coliséum. Remarquez que le boulevard a été déboisé.


boulevard sauveniere liege chantier tram 1924.jpg  Ce déboisement est préparatoire aux transformations de 1924-25, qui vont déplacer la circulation des trams au milieu du boulevard.

boulevard sauveniere liege chantier tram 1924-25.jpgAutre photo du chantier de 1924-25.

boulevard sauveniere liege 1925.jpgLe café Vénitien et l’entrée du boulevard tout nouvellement réaménagé (les arbres, à droite, cachent le café du Point de Vue, mis en évidence sur la vue suivante) :
crues liege 1926 (1).jpgÀ peine terminé, le nouveau boulevard subit les terribles inondations de l’hiver 1925-26.

crues liege 1926 (2).jpg  Pour situer cette portion du boulevard, imaginez la Cité Miroir (anciens Bains et Thermes de la Sauvenière) à la place du mur de gauche. La publicité peinte sur le pignon d’un immeuble signale l’existence à cet endroit d’un garage Minerva géré par la famille Dehon, dans l’automobile depuis 1897.

minerva liege.jpg  Minerva, c’est la Rolls-Royce belge de l’époque, qui a cessé d’être produite à la fin des années 1930. Dès décembre 1944, le concessionnaire a poursuivi ses activités en se consacrant à une grande marque française symbolisée par des chevrons. Il est installé depuis 1985 sur les hauteurs de Burenville.

boulevard sauveniere liege fin annes 20.jpgLe nouveau boulevard dans la seconde partie des années 1920, vu depuis le rond-point du Pont d'Avroy.

boulevard sauveniere liege 1930.jpgLe rond-point de verdure a été remplacé un temps par une fontaine.

boulevard de la sauveniere liege entre 1925 et 28.jpg  Le nouveau boulevard entre 1925 et 1928, vu cette fois depuis la place de la République française. À gauche, à la hauteur de la camionnette, le bâtiment rosâtre est la Scala, une salle de music-hall fondée en 1918.

boulevard sauveniere liege debut annees 1930.jpg  Au début des années 1930, la salle de music-hall est devenue un cinéma, qui prendra le nom de Carrefour en 1935. À l’affiche : un film muet interprété par Tom Mix, acteur hollywoodien célèbre pour son rôle de cow-boy héroïque.

  De l’autre côté de la chaussée, le Trianon s’est mué en théâtre wallon depuis 1926, et le cinéma Coliséum va bientôt s’appeler le Crosly (1936). À côté, la façade du journal La Meuse a changé d’apparence : le bâtiment, en effet, a été agrandi et modernisé pour s’adapter à l’essor de l’institution et correspondre aux tendances architecturales à la mode.

journal la meuse liege 1928.jpg
La façade du journal La Meuse dès 1928.

boulevard sauveniere liege fin annees 1920.jpg  Depuis la fin des années 1920, l’automobile connaît un essor considérable. À remarquer la pompe à essence, qui témoigne de l’existence à cet endroit d’un garage station-service.

boulevard sauveniere liege annees 1930.jpg  Le premier bâtiment à gauche était en 1738 la propriété du baron d’Aix, construite dans le style Louis XV. Acquis au tout début du XXe siècle par le président du conseil d’administration du Grand Bazar de la place Saint-Lambert, il est transformé pour ressembler au somptueux hôtel d’Ansembourg de la rue Féronstrée. Il est aujourd’hui le siège d’une importante banque allemande.


  En 1930, Liège célèbre le centième anniversaire de la Belgique indépendante, organisant une exposition internationale consacrée à la grande industrie et aux sciences (les sites retenus à cette occasion sont le champ de manœuvres de Droixhe et le parc de la Boverie). La ville, pour cette occasion, veut afficher des allures de modernité.

boulevard sauveniere liege 1930 (2).jpg  Carte éditée dans le cadre de l’exposition internationale de 1930. Le boulevard a perdu son charme romantique de promenade ; il s’est transformé en une voie animée ouverte à la circulation automobile, aux affaires et au commerce. La carte postale ci-dessus nous le montre en direction du Pont d'Avroy.

boulevard sauveniere années 1930 (1).jpgDu côté du théâtre royal en 1930.

boulevard sauveniere pont d'avroy liege fin annees 1930.jpg  Le boulevard à la fin des années 1930, vu depuis le Pont d'Avroy où le rond-point est devenu une horloge fleurie (voir autre article).

boulevard sauveniere liege fin annees 1930.jpg  Le support incliné de l'horloge fleurie se retrouve sur cette photo, prise juste avant la seconde guerre mondiale.


  En 1936, l’échevin des travaux publics Georges Truffaut fait adopter par le Conseil communal le projet de construction d’un établissement de bains et thermes à l’emplacement de l’école communale de la place Xavier Neujean. La façade principale du bâtiment donnera sur le boulevard de la Sauvenière.

  À l’issue d’un concours, c’est à l’architecte Georges Dedoyard* que l’on confie, en 1937, la conception de ce complexe sportif ambitieux, qui prévoit deux bassins de natation, un ensemble complet de bains publics et d’hydrothérapie, un restaurant, ainsi qu’une gare des bus au rez-de-chaussée… et même, à cause de la menace d’un conflit imminent, un abri antiaérien pour quatre cents personnes !

* L’architecte liégeois Georges Dedoyard (1897-1988) a aussi conçu, entre autres, le siège de la Société Générale de Banque du boulevard de la Sauvenière (1937), le pont des Arches (1947), le pont Albert 1er (1957), le pont Neuf (1958, rebaptisé pont Kennedy en 1963), la tour des finances de la rue Paradis (fin des années 1970) ; il est en outre le créateur, à Bastogne, en 1950, du mémorial du Mardasson.

  Les travaux de construction commencent en 1938 ; ils subissent du retard à cause de la déclaration de guerre, mais l’établissement est inauguré et ouvert au public en 1942, malgré les heures sombres de l’occupation ; il est salué comme un modèle d’architecture moderniste.

bains sauveniere liege 1947.jpg
Les Bains et Thermes de la Sauvenière en 1947.

bains sauveniere liege construction.jpg  À l’origine, le grand bassin de natation est éclairé par une immense voûte comportant des briques de verre fabriquées par les cristalleries du Val Saint-Lambert. Cette voûte, un quart de siècle plus tard, nécessitera d’importants travaux de réfection, qui masqueront les éléments translucides initiaux.

piscine sauveniere liege 1963.jpgLe grand bassin en 1963.

cite miroir sauveniere liege 2014.jpg  Les Bains de la Sauvenière ont fermé leurs portes en 2000 pour non-conformité des normes de sécurité. Ce symbole liégeois a finalement été sauvé en 2005 par son classement en tant que monument historique. C'est en 2009 qu'a débuté le chantier de rénovation qui a abouti à l'ouverture de « La Cité Miroir », un lieu culturel et d'éducation permanente au service de la citoyenneté, de la mémoire et du dialogue des cultures.

affiche bains sauveniere liege (1).jpg

  

affiche bains sauveniere liege (2).jpg

  La première de ces deux affiches, à la charnière des années 1940 et 1950, illustre que les Bains de la Sauvenière, à l’origine, répondent aussi à une nécessité sanitaire, en proposant au public des baignoires et douches à une époque où les salles de bains à domicile sont encore rares. La seconde est symbole de modernité, en présentant une femme en bikini, maillot deux pièces créé en 1946 qui suscite bien des émois dans les milieux conservateurs.

 

gare des bus sauveniere liege 1950.jpg  Pendant la guerre, les locaux destinés à la gare routière (au rez-de-chaussée du bâtiment des Bains de la Sauvenière) abritent les bureaux du rationnement, puis du ravitaillement à la Libération. La station communale d’autobus n’est mise en service qu’en 1950. C’est un autobus GMC des Vicinaux que l’on utilise pour l’inauguration officielle en présence de nombreuses personnalités.

gare des bus sauveniere 1958.jpggare des bus sauveniere liege.jpgDès son ouverture, la gare routière de la Sauvenière connaît une activité débordante.

gare des bus sauveniere annees 1960.jpg  Pour satisfaire les usagers, la gare comporte, sur l’îlot central séparant les deux voies d’accès, une salle d’attente, un café-bar, un bureau de messagerie, un kiosque à journaux et un poste de police. Le site sera rajeuni pour aborder la décennie des années 1960, après qu’une délégation liégeoise se soit rendue à Paris pour s’inspirer des modernisations apportées dans les stations du célèbre métro.


boulevard sauveniere liege 1947.jpgLe boulevard en 1947 ▲ et au début des années 1950 ▼boulevard sauveniere liege debut annees 1950.jpgÀ remarquer qu'il n'y a plus d'arbres sur la photo ci-dessus, mais qu'il y en a de nouveau en 1962 :boulevard sauveniere liege 1962.jpg

trams sauvenière liege 1957.jpg  Septembre 1957. Quel incident technique ou arrêt de travail a pu immobiliser ainsi toute une colonne de trams ?

 safege.jpg  Dans le courant des années 1960, le consortium industriel français SAFÈGE met au point un métro suspendu à traction électrique. À Liège, plusieurs sociétés s’intéressent à cette technologie dès 1966, et on envisage une pareille ligne aérienne de transport en commun pour relier le centre-ville à l’université qui s’implante de plus en plus au Sart-Tilman. La navette futuriste, pour se rendre aux Guillemins puis Fragnée, emprunterait les boulevards de la Sauvenière et d’Avroy. Le projet n’a jamais abouti.

 

boulevards sauveniere liege dessin jean dengis.jpg  Retour à l'autre bout du boulevard dans les années 1950, grâce à un dessin de Jean Dengis. Ci-dessous, le même endroit en 1959, 1960-61 (pendant les fameuses grèves contre la Loi unique) et 1964 :
boulevard sauveniere liege 1959.jpgboulevard sauveniere liege grèves hiver 60-61.jpgboulevard sauveniere liege 1964.jpg


boulevard sauveniere liege 1958.jpgDu côté du Trianon et du Crosly en 1958.

trianon crosly liege mars 1950.jpgGros-plan sur le Trianon et le Crosly en 1950.

chantier journal la meuse sauveniere liege 1960-62.jpg  Dix ans plus tard (de 1960 à 62), on construit le nouvel immeuble du journal La Meuse. Le bâtiment est l’œuvre de la société d’architectes l’Équerre, qui vient de réaliser le palais des Congrès en bord de Meuse (1958).

boulevard sauveniere liege 1969.jpg  Dans la seconde partie de la décennie, le boulevard est modifié pour s’adapter au remplacement des trams électriques par des autobus au gasoil. Sur cette photo de 1969, ont disparu les rails et caténaires.

 

boulevard sauveniere liege 1968.jpg  Cette photo a été prise en 1968. Le panneau annonce l'aménagement au milieu du boulevard d'une piste réservée à la circulation des autobus.

boulevard sauveniere liege fin annees 1950.jpg À la fin des années 1950 ▲ et en 1969-70 ▼boulevard sauveniere liege 1970.jpg
 

boulevard sauveniere liege 1972.jpg  Le boulevard de la Sauvenière en 1972. La grue, à l'avant-plan, appartient au chantier d'un hôtel qu'on appellera le Ramada Inn.

boulevard sauveniere liege avant 1971.jpg  La courbe du boulevard, sous la colline du Publémont (avec la basilique Saint-Martin), vers 1969-70. Les trois photos qui suivent montrent le chantier du Ramada Inn en 1971-72 :
chantier ramada inn liege juin 71.jpgchantier ramada inn liege nov71.jpgchantier ramada inn liege.jpg

boulevard sauveniere liege 1980.jpgLe Ramada Inn dans sa première décennie, devenu aujourd'hui l'hôtel Mercure.

boulevard sauveniete liege apres 72.jpg  La flèche désigne le cinéma Concorde qui vient d’être inauguré en 1973. Précurseur du complexe multi-salles (il en comporte deux), il ne connaît qu’un succès mitigé par rapport au Palace situé rue Pont d’Avroy. Il cessera ses activités en 1997 lors de l’ouverture du Kinepolis de Rocourt.

place saint-lambert liege 1980.jpg  Sur la photo ci-dessus, qui date de 1980, le palais arbore des drapeaux commémorant le millénaire de la principauté de Liège, avec un motif symbolisant la puissance des princes-évêques d'antan, lesquels disposaient à la fois du pouvoir temporel (l’épée) et religieux (la crosse).

  Liège a beau pavoiser, cette année-là, elle n’en subit pas moins d’irréversibles outrages. Entamé dans la décennie précédente, le chantier de la place Saint-Lambert, avec les destructions patrimoniales qu’il provoque, défigure le centre-ville et ses alentours.

demolition vieux sarma liege 1982.jpg  Cette photo (cliquez dessus pour l'agrandir) a été prise en 1982 depuis le toit de l’ancien Grand Bazar (de nos jours les galeries Saint-Lambert). À l’arrière du parking terrain vague (l’actuel îlot Saint-Michel), on reconnaît le début des rues Basse et Haute Sauvenière. Une série de démolitions absurdes, dès le milieu des années 1970, a affecté aussi le début du boulevard, qui présente toujours des séquelles issues de cette époque.

parking trianon liege.jpg  Le Trianon et le Crosly sont voués à la destruction en 1976. L’espace libéré est provisoirement transformé en zone de parcage automobile, pompeusement baptisée le « parking Trianon ». Du provisoire qui dure toujours ! Le chancre urbain s'est même agrandi depuis peu avec la démolition de l'immeuble « La Meuse », abandonné depuis 2001.

sauveniere liege projet immobilier.jpg  À la fin des années 1970, la ville poursuivait l’idée d’édifier à cet endroit un mégathéâtre regroupant le Trianon, le Gymnase (en cours de démolition place Saint-Lambert) et même le Conservatoire de musique, le tout complété d’une galerie commerçante. Un projet présenté comme unique en Europe, mais qui ne sera jamais finalisé.

rue basse sauveniere liege 1970 (1).jpg  Ci-dessus, l'entrée de la rue Basse Sauvenière au tout début des années 1970, à l’arrière de l’immeuble du journal La Meuse, qui dispose alors de sa propre imprimerie. C’est là, la nuit, que les camionnettes viennent charger les gazettes fraîchement imprimées. Au-delà du tunnel (aujourd’hui muré), la ruelle compte quelques bars à l’arrière du Trianon et du cinéma Crosly :
rue basse sauveniere liege 1970 (2).jpg

rue basse sauveniere liege fin annees 70.jpgLe même endroit dans la seconde partie des années 1970.

parking trianon liege 2009.jpgEn 2009. L'échafaudage destiné à étayer la colline existe depuis 1983.

parking trianon liege 2013.jpg  Le « parking Trianon » en 2013, sans l'immeuble « La Meuse » qui vient d'être démoli après une inutile restauration de sa façade.

vue aerienne liege 1979.jpg  Revenons-en aux grands travaux qui affectent le quartier à la fin des années 1970 (cette vue aérienne d’André Drèze date de 1979).

- En (1), se poursuit le chantier de la place Saint-Lambert, à l’emplacement où se trouve aujourd’hui l’îlot Saint-Michel.

- En (2), le café Vénitien et le cinéma Carrefour vont bientôt être démolis.

- En (3), le parking terrain vague dont nous en avons déjà parlé a pris place sur les ruines d'une partie de la rue Basse Sauvenière, du Trianon et du Crosly.

boulevard sauveniere liege 1980 (2).jpg  1980. Ce tunnel en construction permettra aux bus d’accéder en sous-sol à la place Saint-Lambert en totale mutation. À droite, les bâtiments de la Société Générale de Banque et du cinéma Carrefour vont disparaître prochainement.

cinema carrefour liege 1980.jpg  Abandonné, le cinéma Carrefour est privé de son enseigne, ce qui permet de redécouvrir, à l’étage, la façade de la Scala de 1918 (voir en début d'article). Pour un court instant, car le bâtiment sera complètement démoli en 1982.

venitien liege 1980.jpgLe café Vénitien au début de sa destruction.

boulevard de la sauveniere liege 1994.jpg  Le nouveau siège de la Générale de Banque en 1994, intégré dans un vaste complexe au rez-de-chaussée commercial. Vu l’évolution du monde financier, avec ses fusions de sociétés, cette banque a depuis changé d’appellation.

 

avroy-sauveniere_gd.jpg

  

J'ai publié chez Noir Dessin Production une version « papier » de l'histoire des grands boulevards de Liège.

En savoir plus

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01/09/2015

L'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière

milheuser 1649.jpg  Les flèches que j'ai ajoutées sur cette gravure de 1649 indiquent le cours principal de la Meuse, qui coulait à l'époque à l’emplacement de l'actuel boulevard Piercot. Un bras secondaire du fleuve délimitait le quartier de l'Île (l'Isle) ; la portion comprise entre le pont d'Avroy (1) et le pont d'Île (2) était appelée le canal de la Sauvenière.

  Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle.

  Dès 980, l’évêque Notger reçoit de tels pouvoirs de la part de l’empereur germanique Otton II, qu’il devient un chef temporel puissant, à la tête d’une importante principauté épiscopale. Ce premier prince-évêque de Liège entreprend de conférer à sa ville un statut digne d’une capitale, en se lançant dans une politique de grands travaux, commençant par l’édification d’un nouveau palais épiscopal et d’une somptueuse cathédrale en l’honneur de saint Lambert.

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Cette peinture représentant Notger est exposée
dans le palais provincial de Liège ; elle est l’œuvre du
peintre belge Barthélemy Vieillevoye (Verviers 1798-Liège
1855), premier directeur de l'Académie des Beaux-Arts
fondée en 1835.

   

        

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  En Outremeuse à Liège, le géant Notger fait partie depuis
2008 du cortège folklorique du 15 août.



 

  Notger désire développer le quartier de l’Île, où son prédécesseur Éracle a érigé la collégiale Saint-Paul, et où lui-même vient de fonder la collégiale Saint-Jean. Il faut assainir ce quartier insulaire, inhabité dans sa plus grande partie à cause des crues fréquentes qui le maintiennent fort marécageux. Le bras de la Sauvenière qui le circonscrit voit son lit rectifié et approfondi, pour réguler les inondations et favoriser la navigation jusqu’au cœur même de la cité.

  Notger est également célèbre pour avoir entouré Liège, dès 983, d’une imposante muraille. Le canal de la Sauvenière, au pied de la colline du Publémont* sert de fossé défensif à ce rempart.
* Du latin « Publicus Mons » (la montagne publique), colline occidentale de Liège, où se trouve la basilique Saint-Martin, dont la construction est initiée en 965 par l’évêque Éracle, qui rêve d’établir le centre de la cité sur cette hauteur, site qu’il estime abrupt et rassurant, à l’abri des inondations et des menaces d’invasion guerrière que la Meuse lui fait redouter.

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  Le dessin qui suit donne un aperçu des fortifications de Liège au XIe siècle (il est extrait de l'ouvrage « Histoire de la Principauté de Liège racontée aux enfants », publié par Yves Bricteux aux éditions Desoer Liège). Au-dessus à gauche, surplombant le canal de la Sauvenière, on aperçoit la basilique Saint-Martin. Les trois fossés qu’enjambent des ponts, de gauche à droite, sont devenus le Thier de la Fontaine, les escaliers de la rue de la Montagne et la rue Haute-Sauvenière :
fortifications liege XIe.jpg

  Le nom « Sauvenière » (« Sav’nîre » en dialecte wallon) proviendrait du mot latin « sabulonaria », qui évoque l’exploitation du sable. En effet, les travaux gigantesques ordonnés par Notger, notamment ceux concernant les remparts, impliquent d’ouvrir le flanc de la colline, avec l’opportunité d’en extraire du sable en grande quantité.

liege guichardin XVIe.jpg  Le flanc de la colline ! Il est certes fantaisiste sur cette gravure, l’une des plus anciennes représentant Liège, due au XVIe siècle à Lodovico Guicciardini (Louis Guichardin), gentilhomme florentin établi à Anvers. Le Publémont y prend l’allure d’un pain de sucre, mais on aperçoit bien, au bas de ce relief exagéré, le quartier de la Sauvenière, avec une rue parallèle au canal, nommée Basse-Sauvenière.


  Le quartier de la Sauvenière au Moyen Âge

  La rue Basse-Sauvenière, de nos jours, est une ruelle étroite située à l’arrière des immeubles dont les façades donnent sur le boulevard qui a remplacé la voie d’eau. Il est donc difficile d’imaginer qu’elle constituait jadis un axe urbain principal, habité par des dignitaires ecclésiastiques, des notables politiques, des hommes de loi, des commerçants et artisans aisés.

  Le quartier de la Sauvenière, au Moyen Âge, est un bourg autonome, une seigneurie enclavée dans la ville, placée sous l’autorité du prévôt de la cathédrale Saint-Lambert. Ses habitants jouissent de franchises et avantages particuliers, comme celui d’être exemptés de l’impôt. C’est au XIIIe siècle, au terme de bien des querelles politiques, que cesse cette situation privilégiée, avec l’annexion du territoire de la Sauvenière à la Cité de Liège.

  Dès le début de ce XIIIe siècle, l’importance du quartier nécessite d’en renforcer la défense : l’enceinte notgérienne du Publémont est prolongée d’une fortification reliant Saint-Martin au canal de Sauvenière, avec l’établissement, dans la vallée, d’une tour crénelée et d’une porte fortifiée, dites des Bégards (voir autre article).

liege moyen age roland manigart histart.jpg  Ci-dessus, le bras de la Sauvenière et la tour fortifiée des Bégards au Moyen Âge. Ci-dessous, le boulevard en 2007 (la flèche désigne la ruelle d'accès au site de l'ancienne porte des Bégards) :
boulevard de la sauveniere liege 2007.jpg



  Le rôle économique du canal

 
Le cours canalisé de la Sauvenière, en permettant aux bateaux d’atteindre les abords de l’actuelle place Saint-Lambert, contribue au développement commercial de la cité. Cette gravure du XVIe siècle nous montre le port fluvial de la place aux Chevaux, devenue les places de l'Opéra et de la République française :
place aux chevaux liege XVIe.jpgplace republique française liege.jpg

  Aux XVIe et XVIIe siècles, les autorités veillent toujours au bon entretien de la rivière, utile à la pêche et au ravitaillement. Il est punissable d’y jeter des immondices, et de fréquents curages maintiennent un débit suffisant pour assurer une navigation efficace et alimenter les divers biefs* en aval du Pont d’Île.
* Ces biefs (voies d’eau secondaires) actionnent des moulins. Les deux plus importants sont devenus les rues de la Régence et de l’Université.

 
La surveillance se relâche à la fin du XVIIIe siècle, probablement à cause des troubles politiques et militaires qui marquent la fin de l’ancien régime et l’annexion de la principauté de Liège à la France.


  Le quai Micoud

  Le canal de la Sauvenière, comme la rivière d’Avroy en amont, finit par présenter toutes les nuisances d’un égout à ciel ouvert. Le manque d’entretien a laissé s’accumuler les encombrements, et le débit du cours d’eau est souvent au plus bas. Les mois chauds, l’endroit dégage des odeurs insupportables et constitue un dangereux foyer d’infection à cause des ordures déversées par les riverains.

  Dès 1801, sous le régime français, les autorités décident de diminuer la largeur du cours d’eau et d’assainir la berge de la rive gauche, en construisant un quai le long des façades arrière de la rue Basse-Sauvenière.

  Les travaux commencent dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, est également détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la nouvelle berge. Le quai portera le nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

sauveniere liege 1790.jpg  Le canal de la Sauvenière à la fin du XVIIIe siècle. Le bras de la Meuse, autrefois économiquement profitable, agonise dans les détritus et alluvions ! Le passage d’eau, de moins en moins fréquenté, vit ses dernières années.

place aux chevaux liege 1812.jpg  Le quai Micoud, le voici en 1812, sur la droite du document, avec les déversoirs des égouts dans le mur sans parapet qui soutient la chaussée. Les personnages, à l’avant-plan, se trouvent sur la place aux Chevaux. Le dôme, à gauche, est celui du couvent des Dominicains (emplacement de l’actuel Opéra royal de Wallonie).

quai micoud liege 1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (cliquez sur elle pour l'agrandir) nous reporte en 1814. Les soldats qui défilent sur le quai Micoud appartiennent aux troupes prussiennes qui se préparent à affronter Napoléon à Waterloo.

  En 1815, après la défaite de Napoléon et l'intégration de la Belgique au royaume des Pays-Bas, le quai Micoud est rebaptisé quai de la Sauvenière, appellation qu'il conservera après l'indépendance de 1830.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Ce lavis de Charles Remont, d'après Henry Renardy, montre le pont d'Avroy en 1826 (voir autre article). Au-delà,  l'alignement d'arbres est le quai de la Sauvenière longeant l'étroit canal.

canal sauvenière liege 1826.jpgLe quai et le canal de la Sauvenière (d'amont en aval), dessin réalisé par un voyageur anglais en 1826.

canal de la sauveniere liege 1837.jpg  Le quai et le canal dessinés par Joseph Fussell vers 1837 (les peupliers ont été plantés trois ans plus tôt) ; l’artiste présente tous les atouts d’un agréable lieu de promenade, fréquenté par les bourgeois aisés et les officiers en galante compagnie. Cette vision de l’endroit est idyllique, car la voie d'eau est considérée à l’époque comme un cloaque aux eaux nauséabondes, cause de maladies.

 
En 1833 déjà, il a été convenu de voûter cette partie du bras de la Meuse, mais les travaux ne sont effectués qu’en 1844. Il ne subsiste rien de l’égout initial, dont voici l'aspect actuel (cliquez ici pour ouvrir un plan d'égouttage actuel, avec une croix à l'emplacement de cette photo) :
egout boulevard sauveniere liege.jpg



  Les débuts du boulevard de la Sauvenière

  Le canal de la Sauvenière transformé en égout de grande section, le terrain gagné en surface permet d’élargir la chaussée et de créer une vaste allée de promenade, qui prend officiellement, en 1848, le nom de boulevard de la Sauvenière.

  À cette époque, la ville de Liège bénéficie de l’essor économique de son bassin industriel, où prospèrent sidérurgie et charbonnages. Elle a les moyens de pratiquer une politique d’urbanisme conquérant. La place Saint-Lambert s’affirme comme le nouveau centre stratégique de la cité, et les quartiers avoisinants connaissent d’importantes mutations destinées à les assainir ou embellir, avec la suppression de biefs inutiles et la création d’artères nouvelles. Dans ce contexte, la Sauvenière se doit, elle aussi, de faire peau neuve, en offrant à sa promenade tous les charmes d’un jardin d’agrément.

boulevard sauveniere liege 1860.jpg  Vue du boulevard au milieu du XIXème siècle, dans le sens d’écoulement de l’ancien canal, avec la basilique Saint-Martin sur la colline du Publémont. Des ormes ont été ajoutés aux tilleuls. Lieu de prédilection pour les piétons, avec des bancs dès 1864, la promenade est autorisée aux cavaliers qui font trotter leur monture.

boulevard sauveniere liege milieu XIX.jpg  Derrière le mur de droite, du côté de l’ancien quartier de l’Île, il s’agit de jardins privés. La ville voulant rogner sur ces terrains pour créer une voie charretière bordée d’habitations, une longue bataille juridique l’oppose aux propriétaires, qui résistent en vain pour préserver l’intégralité de leurs biens.

boulevard sauveniere liege 1975.jpgLe même endroit vers 1975.

boulevard de la sauveniere liege fin XIX.jpg  Le boulevard vers 1860, du côté de la place du théâtre. Le café Vénitien (à gauche) a été construit en 1855 sur l’emplacement de l’hôtel du baron de Floen-Aldercrona. Celui du Point de Vue (à droite) était déjà une taverne au XVIIe siècle, avec un relais de diligence. À l’époque du document, tous deux profitent de la clientèle qu’attirent la promenade et le théâtre royal tout proche.

boulevard sauveniere liege 2009.jpgLe même endroit de nos jours.

 

L'évolution du boulevard après 1871 (les premiers tramways) fera l'objet d'un autre article.

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