23/09/2015

La rue Pont d'Île

  La rue Pont d'ïle est un piétonnier* très commerçant qui relie la place de la République française au Vinâve d'Île et au Carré.
* Piétonnier depuis 1972.

rue du pont d'ile liege 2013.jpgrue du pont d'ile liege 2006.jpg


  Quelle est l'origine de ce nom ?

 
Il faut se rappeler qu'un bras de la Meuse, dit de la Sauvenière, décrit autrefois une large boucle et délimite le quartier de l'Isle (l'Île). Le pont qui permet alors d'accéder à cette île depuis le cœur historique de la cité s'appelle tout logiquement le pont d'Île (la flèche sur la gravure ci-dessous), dénomination qu'a conservée la rue qui se trouve aujourd'hui à cet emplacement :
vue liege aveline.jpg          Eau-forte d'Alexandre Aveline, 1689 ▲                                   Plan de Christophe Maire, 1720 ▼
plan liege 1720.jpg  On s'aperçoit, grâce au plan ci-dessus, que peu avant le pont d'île, le bras de la Sauvenière se ramifie pour donner naissance à plusieurs cours d'eau plus étroits.

  L'existence d'un pont à cet endroit, dont on ignore la date d'édification, est avérée dans la première moitié du XIe siècle.

pont d'ile dessin XVIIe.jpg  Ce dessin du XVIIe siècle (qui figure parmi les vues anciennes de Liège recueillies par Léon Béthune) présente un pont en pierres, composé de onze arches, dont plus de la moitié supportent des maisons à l'instar du Ponte Vecchio de Florence. L'ouvrage commence à la hauteur de la rue de Wache et s'étend sur une grande partie de la rue Pont d'ïle actuelle. Le symbole des deux roues, vers le haut de l'image, supposent la présence de moulins actionnés par les biefs de la Meuse. La pointe de terre, juste à côté, forme l'angle des actuelles rues de la Régence et de l'Université.

  Parmi les occupants des maisons bâties sur le pont, au fil du temps, il faut signaler des notables, des orfèvres, des horlogers, des imprimeurs (Desoer), des graveurs, des boulangers, des barbiers, des débitants de boissons, des brasseurs, des chausseurs, des artistes peintres, des luthiers, des négociants en vins et alcool, des maroquiniers, des marchands de faïences, des marchands de tissus…

  Des enseignes servaient autrefois à différencier les habitations d'artisans, de négociants et même de bourgeois. En voici un exemple toujours existant au 41 de la rue Pont d'Île :
enseigne cygne pont d'ile liege 1690.jpg

 

milheuser 1649.jpg  Ce détail de la gravure de Milheuser nous montre bien la configuration des lieux au milieu du XVIIe siècle, avec les îlots auxquels les cours d'eau ont donné naissance (îlots aménagés en jardins de demeures privilégiées). Autour du pont d'Île, on peut identifier la collégiale Saint-Paul (1), le Vinâve d'Île (2), le couvent des Dominicains (3), la place aux Chevaux devenue la place de République française (4), la place Verte occupée de nos jours par l'îlot Saint-Michel (5), la cathédrale Saint-Lambert détruite à la fin du XVIIIe siècle (6), la collégiale Saint-Denis (7), les biefs de la Meuse devenus les rues de la Régence et de l'Université (8), le couvent des Jésuites anciens à l'emplacement de l'actuelle université (9).

  C'est probablement la vue de Milheuser qui a servi de modèle à ce dessin qui illustre les notes archéologiques et architectoniques de Camille Bourgault (à découvrir en cliquant ICI) :
rue pont d'ile et couvent des dominicains liege 1650.jpg  Sur le dessin ci-dessus, représentant la situation vers 1650, l'église du couvent dominicain est toujours celle issue du XIIIe siècle. Elle sera remplacée au début du XVIIIe par un édifice au dôme imposant, tel qu'on le voit sur l'illustration qui suit :
pont d'ile liege 1816.jpg  Ce dessin de C. Abingdon, réalisé en 1816, représente le bras mosan de la Sauvenière en amont du pont d'Île. À l'arrière-plan, la collégiale Saint-Denis. À droite, le dôme de l'église des dominicains (fermé dès 1796 au début de la période française, le couvent sera finalement détruit en 1817).

place republique française liege 1970.jpgLe même endroit en 1970 ▲ et 2003 ▼Place republique française liege 2003.jpg

 

plan quartier opera liege 1780.jpg  Sur ce plan de la fin du XVIIIe siècle (juste avant les événements révolutionnaires), le cercle rouge représente le dôme du couvent des Dominicains, et la croix situe l'emplacement où sera construit le grand théâtre de Liège de 1818 à 1820. Remarquez que l'appellation « pont d'Île » (le trait rouge) ne concerne plus que les trois arches sous lesquelles passe le cours plus large de la Meuse, car le reste, avec les habitations de chaque côté, s'appelle déjà « rue du Pont d'Île ».

  Devenus de véritables égouts à ciel ouvert, les biefs de la Meuse finissent par être comblés ou voûtés au début du XIXe siècle.

pont d'ile liege XVIIIe.jpg  Dessin d'Alfred Ista d'après Charles Remont : les trois arches du pont d'Île au XVIIIe siècle (lesquelles disparaîtront en 1826).

pont d'ile liege XIXe.jpg
Le même endroit au milieu du XIXe siècle ▲ et en 1975 ▼pont d'ile-liege-1975.jpg



rue pont d'ile liege debut XXe.jpg  La rue Pont d'Île au tout début du XXe siècle. Elle a hérité de l'étroitesse du pont bâti, et certaines caves conservent toujours des vestiges des anciennes arches.

rue pont d'ile liege debut XXe (2).jpg  Le bâtiment mis en évidence sur cette photo est l'ancienne brasserie des frères dominicains, cédée depuis le milieu du XVIIIe siècle à la famille Dejardin. Il est démoli en 1912 pour faire place au Kursaal, une salle de music-hall qui devient cinéma. L'établissement prend le nom de Caméo en 1927 puis de Normandie en 1939.

programme cinema normandit liege 1948-49.jpgLe programme du cinéma Normandie en 1948-49.

cinema normandie pont d'ile liege 1965.jpgLe cinéma Normandie en 1965 ▲ et peu avant sa fermeture en 1976 ▼cinema normandie pont d'ile liege annees 1970.jpg

  Revenons-en à l'ancienne brasserie des frères dominicains, que revoici au début du XXe siècle, quand elle est la propriété de la famille Dejardin :
brasserie dejardin liege.jpg

fontaine du perron pont d'ile liege.jpg  À côté de la brasserie, il existait autrefois, « dans une partie en retrait vierge de bâtiment » (dixit Théodore Gobert), une fontaine alimentée par l'araine Roland. Érigée en 1718, cette fontaine au perron est transférée en 1870 dans la seconde cour du palais des princes-évêques. Elle se trouve actuellement au Grand Curtius.

 

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01/09/2015

L'ancien bras de la Meuse devenu boulevard de la Sauvenière

milheuser 1649.jpg  Les flèches que j'ai ajoutées sur cette gravure de 1649 indiquent le cours principal de la Meuse, qui coulait à l'époque à l’emplacement de l'actuel boulevard Piercot. Un bras secondaire du fleuve délimitait le quartier de l'Île (l'Isle) ; la portion comprise entre le pont d'Avroy (1) et le pont d'Île (2) était appelée le canal de la Sauvenière.

  Si le bras de la Sauvenière est souvent qualifié de canal dans les documents anciens, c’est parce que son cours naturel a été aménagé par l’homme dès la fin du Xe siècle.

  Dès 980, l’évêque Notger reçoit de tels pouvoirs de la part de l’empereur germanique Otton II, qu’il devient un chef temporel puissant, à la tête d’une importante principauté épiscopale. Ce premier prince-évêque de Liège entreprend de conférer à sa ville un statut digne d’une capitale, en se lançant dans une politique de grands travaux, commençant par l’édification d’un nouveau palais épiscopal et d’une somptueuse cathédrale en l’honneur de saint Lambert.

notger.jpg

Cette peinture représentant Notger est exposée
dans le palais provincial de Liège ; elle est l’œuvre du
peintre belge Barthélemy Vieillevoye (Verviers 1798-Liège
1855), premier directeur de l'Académie des Beaux-Arts
fondée en 1835.

   

        

notger geant 14 aout liege.jpg

  En Outremeuse à Liège, le géant Notger fait partie depuis
2008 du cortège folklorique du 15 août.



 

  Notger désire développer le quartier de l’Île, où son prédécesseur Éracle a érigé la collégiale Saint-Paul, et où lui-même vient de fonder la collégiale Saint-Jean. Il faut assainir ce quartier insulaire, inhabité dans sa plus grande partie à cause des crues fréquentes qui le maintiennent fort marécageux. Le bras de la Sauvenière qui le circonscrit voit son lit rectifié et approfondi, pour réguler les inondations et favoriser la navigation jusqu’au cœur même de la cité.

  Notger est également célèbre pour avoir entouré Liège, dès 983, d’une imposante muraille. Le canal de la Sauvenière, au pied de la colline du Publémont* sert de fossé défensif à ce rempart.
* Du latin « Publicus Mons » (la montagne publique), colline occidentale de Liège, où se trouve la basilique Saint-Martin, dont la construction est initiée en 965 par l’évêque Éracle, qui rêve d’établir le centre de la cité sur cette hauteur, site qu’il estime abrupt et rassurant, à l’abri des inondations et des menaces d’invasion guerrière que la Meuse lui fait redouter.

plan liege an mil.jpg

  Le dessin qui suit donne un aperçu des fortifications de Liège au XIe siècle (il est extrait de l'ouvrage « Histoire de la Principauté de Liège racontée aux enfants », publié par Yves Bricteux aux éditions Desoer Liège). Au-dessus à gauche, surplombant le canal de la Sauvenière, on aperçoit la basilique Saint-Martin. Les trois fossés qu’enjambent des ponts, de gauche à droite, sont devenus le Thier de la Fontaine, les escaliers de la rue de la Montagne et la rue Haute-Sauvenière :
fortifications liege XIe.jpg

  Le nom « Sauvenière » (« Sav’nîre » en dialecte wallon) proviendrait du mot latin « sabulonaria », qui évoque l’exploitation du sable. En effet, les travaux gigantesques ordonnés par Notger, notamment ceux concernant les remparts, impliquent d’ouvrir le flanc de la colline, avec l’opportunité d’en extraire du sable en grande quantité.

liege guichardin XVIe.jpg  Le flanc de la colline ! Il est certes fantaisiste sur cette gravure, l’une des plus anciennes représentant Liège, due au XVIe siècle à Lodovico Guicciardini (Louis Guichardin), gentilhomme florentin établi à Anvers. Le Publémont y prend l’allure d’un pain de sucre, mais on aperçoit bien, au bas de ce relief exagéré, le quartier de la Sauvenière, avec une rue parallèle au canal, nommée Basse-Sauvenière.


  Le quartier de la Sauvenière au Moyen Âge

  La rue Basse-Sauvenière, de nos jours, est une ruelle étroite située à l’arrière des immeubles dont les façades donnent sur le boulevard qui a remplacé la voie d’eau. Il est donc difficile d’imaginer qu’elle constituait jadis un axe urbain principal, habité par des dignitaires ecclésiastiques, des notables politiques, des hommes de loi, des commerçants et artisans aisés.

  Le quartier de la Sauvenière, au Moyen Âge, est un bourg autonome, une seigneurie enclavée dans la ville, placée sous l’autorité du prévôt de la cathédrale Saint-Lambert. Ses habitants jouissent de franchises et avantages particuliers, comme celui d’être exemptés de l’impôt. C’est au XIIIe siècle, au terme de bien des querelles politiques, que cesse cette situation privilégiée, avec l’annexion du territoire de la Sauvenière à la Cité de Liège.

  Dès le début de ce XIIIe siècle, l’importance du quartier nécessite d’en renforcer la défense : l’enceinte notgérienne du Publémont est prolongée d’une fortification reliant Saint-Martin au canal de Sauvenière, avec l’établissement, dans la vallée, d’une tour crénelée et d’une porte fortifiée, dites des Bégards (voir autre article).

liege moyen age roland manigart histart.jpg  Ci-dessus, le bras de la Sauvenière et la tour fortifiée des Bégards au Moyen Âge. Ci-dessous, le boulevard en 2007 (la flèche désigne la ruelle d'accès au site de l'ancienne porte des Bégards) :
boulevard de la sauveniere liege 2007.jpg



  Le rôle économique du canal

 
Le cours canalisé de la Sauvenière, en permettant aux bateaux d’atteindre les abords de l’actuelle place Saint-Lambert, contribue au développement commercial de la cité. Cette gravure du XVIe siècle nous montre le port fluvial de la place aux Chevaux, devenue les places de l'Opéra et de la République française :
place aux chevaux liege XVIe.jpgplace republique française liege.jpg

  Aux XVIe et XVIIe siècles, les autorités veillent toujours au bon entretien de la rivière, utile à la pêche et au ravitaillement. Il est punissable d’y jeter des immondices, et de fréquents curages maintiennent un débit suffisant pour assurer une navigation efficace et alimenter les divers biefs* en aval du Pont d’Île.
* Ces biefs (voies d’eau secondaires) actionnent des moulins. Les deux plus importants sont devenus les rues de la Régence et de l’Université.

 
La surveillance se relâche à la fin du XVIIIe siècle, probablement à cause des troubles politiques et militaires qui marquent la fin de l’ancien régime et l’annexion de la principauté de Liège à la France.


  Le quai Micoud

  Le canal de la Sauvenière, comme la rivière d’Avroy en amont, finit par présenter toutes les nuisances d’un égout à ciel ouvert. Le manque d’entretien a laissé s’accumuler les encombrements, et le débit du cours d’eau est souvent au plus bas. Les mois chauds, l’endroit dégage des odeurs insupportables et constitue un dangereux foyer d’infection à cause des ordures déversées par les riverains.

  Dès 1801, sous le régime français, les autorités décident de diminuer la largeur du cours d’eau et d’assainir la berge de la rive gauche, en construisant un quai le long des façades arrière de la rue Basse-Sauvenière.

  Les travaux commencent dès 1808, avec ordre, pour réaliser l’ouvrage, de récupérer des débris de l’ancienne cathédrale Saint-Lambert, à l’abandon depuis la démolition entamée en 1794 lors des événements révolutionnaires. Ordre aussi d’utiliser comme main-d’œuvre les prisonniers de guerre des campagnes napoléoniennes. La porte Saint-Martin, près de la basilique du même nom sur les hauteurs du Publémont, est également détruite pour fournir des pierres utiles à la construction de la nouvelle berge. Le quai portera le nom de son concepteur : le baron Charles-Emmanuel Micoud d’Umons, préfet du département de l’Ourthe.

sauveniere liege 1790.jpg  Le canal de la Sauvenière à la fin du XVIIIe siècle. Le bras de la Meuse, autrefois économiquement profitable, agonise dans les détritus et alluvions ! Le passage d’eau, de moins en moins fréquenté, vit ses dernières années.

place aux chevaux liege 1812.jpg  Le quai Micoud, le voici en 1812, sur la droite du document, avec les déversoirs des égouts dans le mur sans parapet qui soutient la chaussée. Les personnages, à l’avant-plan, se trouvent sur la place aux Chevaux. Le dôme, à gauche, est celui du couvent des Dominicains (emplacement de l’actuel Opéra royal de Wallonie).

quai micoud liege 1814.jpg  L'aquarelle ci-dessus (cliquez sur elle pour l'agrandir) nous reporte en 1814. Les soldats qui défilent sur le quai Micoud appartiennent aux troupes prussiennes qui se préparent à affronter Napoléon à Waterloo.

  En 1815, après la défaite de Napoléon et l'intégration de la Belgique au royaume des Pays-Bas, le quai Micoud est rebaptisé quai de la Sauvenière, appellation qu'il conservera après l'indépendance de 1830.

pont d'avroy-liege-1826.jpg  Ce lavis de Charles Remont, d'après Henry Renardy, montre le pont d'Avroy en 1826 (voir autre article). Au-delà,  l'alignement d'arbres est le quai de la Sauvenière longeant l'étroit canal.

canal sauvenière liege 1826.jpgLe quai et le canal de la Sauvenière (d'amont en aval), dessin réalisé par un voyageur anglais en 1824.

canal de la sauveniere liege 1837.jpg  Le quai et le canal dessinés par Joseph Fussell vers 1837 (les peupliers ont été plantés trois ans plus tôt) ; l’artiste présente tous les atouts d’un agréable lieu de promenade, fréquenté par les bourgeois aisés et les officiers en galante compagnie. Cette vision de l’endroit est idyllique, car la voie d'eau est considérée à l’époque comme un cloaque aux eaux nauséabondes, cause de maladies.

 
En 1833 déjà, il a été convenu de voûter cette partie du bras de la Meuse, mais les travaux ne sont effectués qu’en 1844. Il ne subsiste rien de l’égout initial, dont voici l'aspect actuel (cliquez ici pour ouvrir un plan d'égouttage actuel, avec une croix à l'emplacement de cette photo) :
egout boulevard sauveniere liege.jpg



  Les débuts du boulevard de la Sauvenière

  Le canal de la Sauvenière transformé en égout de grande section, le terrain gagné en surface permet d’élargir la chaussée et de créer une vaste allée de promenade, qui prend officiellement, en 1848, le nom de boulevard de la Sauvenière.

  À cette époque, la ville de Liège bénéficie de l’essor économique de son bassin industriel, où prospèrent sidérurgie et charbonnages. Elle a les moyens de pratiquer une politique d’urbanisme conquérant. La place Saint-Lambert s’affirme comme le nouveau centre stratégique de la cité, et les quartiers avoisinants connaissent d’importantes mutations destinées à les assainir ou embellir, avec la suppression de biefs inutiles et la création d’artères nouvelles. Dans ce contexte, la Sauvenière se doit, elle aussi, de faire peau neuve, en offrant à sa promenade tous les charmes d’un jardin d’agrément.

boulevard sauveniere liege 1860.jpg  Vue du boulevard au milieu du XIXème siècle, dans le sens d’écoulement de l’ancien canal, avec la basilique Saint-Martin sur la colline du Publémont. Des ormes ont été ajoutés aux tilleuls. Lieu de prédilection pour les piétons, avec des bancs dès 1864, la promenade est autorisée aux cavaliers qui font trotter leur monture.

boulevard sauveniere liege milieu XIX.jpg  Derrière le mur de droite, du côté de l’ancien quartier de l’Île, il s’agit de jardins privés. La ville voulant rogner sur ces terrains pour créer une voie charretière bordée d’habitations, une longue bataille juridique l’oppose aux propriétaires, qui résistent en vain pour préserver l’intégralité de leurs biens.

boulevard sauveniere liege 1975.jpgLe même endroit vers 1975.

boulevard de la sauveniere liege fin XIX.jpg  Le boulevard vers 1860, du côté de la place du théâtre. Le café Vénitien (à gauche) a été construit en 1855 sur l’emplacement de l’hôtel du baron de Floen-Aldercrona. Celui du Point de Vue (à droite) était déjà une taverne au XVIIe siècle, avec un relais de diligence. À l’époque du document, tous deux profitent de la clientèle qu’attirent la promenade et le théâtre royal tout proche.

boulevard sauveniere liege 2009.jpgLe même endroit de nos jours.

 

L'évolution du boulevard après 1871 (les premiers tramways) fera l'objet d'un autre article.

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25/09/2014

La rue et la passerelle de la Régence, l'hôtel des Postes

  Aidons-nous de cette vue (Julius Milheuser, 1649) pour vous rappeler le réseau hydrographique liégeois d'antan :
vue-liege-milheuser-1649.jpg  La Meuse, qui coule alors à l'emplacement du boulevard d'Avroy, se scinde aux abords de l'église des Augustins (1). Son cours principal préfigure le boulevard Piercot (2), tandis qu’un diverticule décrit une vaste boucle qui circonscrit le quartier de l’Isle (l’Île) ; ce bras de la Sauvenière (3), après le pont d’Île (4), se divise en de multiples ramifications, zone remplacée de nos jours par les quartiers Régence (5) et Université.

  Rapprochons-nous des lieux qui nous font l'objet de cet article :
milheuser-pont d'île liege 1649.jpg1. La collégiale Saint-Paul / 2. Le couvent des Dominicains / 3. Le pont d'Île / 4. La place aux Chevaux (future place de la République française) / 5. La place Verte / 6. La cathédrale Saint-Lambert (future place du même nom) / 7. La collégiale Saint-Denis / 8. Le bief Saint-Denis (future rue de la Régence) / 9. Le collège des Jésuites wallons (à l'emplacement de l'université de Liège).

  Voici les mêmes endroits sur un plan de 1720 (dû au jésuite Christophe Maire). Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre. Le coloriage bleu permet d'identifier le bief Saint-Denis devenu la rue de la Régence :
plan-liege-1720.jpg

place aux chevaux-liege-XVIe.jpg  Ci-dessus, le canal* de la Sauvenière et la place aux Chevaux au XVIe siècle, vus depuis le pont d'Île.
* Ce bras de la Meuse est souvent appelé « canal », dans les documents anciens, parce que son cours naturel a été rectifié et approfondi à la fin du Xe siècle, sous le règne du premier prince-évêque Notger.


  Ci-dessous, le même endroit en 1835, après voûtage des bras de la Meuse et création de la place du Spectacle (voir page consacrée au quartier de l'Opéra) :
place du theatre-liege-1850.jpg  L'immeuble de droite, sur la gravure ci-dessus, bâti en 1830 à l'angle des rues de l'Université et de la Régence, a primitivement appartenu à Dominique Avanzo, éditeur et marchand d'estampes. Ce lien mène à un plan de Liège publié par lui en 1838.

pont d'ile-liege-1820.jpg  Ce dessin du britannique George Arnald, gravé par son compatriote Samuel William Reynolds, représente le pont d'Île vers 1820, lequel ne comporte plus que trois arches sur les onze d'origine (le reste de l'ouvrage, bordé de maisons, est devenu une rue). La fontaine datant du XVIIIe siècle disparaîtra en 1848.

  Voici le même endroit en 1975 et 2014 :
pont d'ile-liege-1975.jpg

pont d'ile-liege-2014.jpg

 

pont torrent-liege-1820.jpg  Ce dessin de George Arnald, gravé par Charles Turner, représente le bief Saint-Denis avant 1825, avec le pont du Torrent. La tour dont on voit le sommet sur la gauche est celle de la collégiale Saint-Denis.

  Ci-dessous, la rue de la Régence actuelle :
rue de la regence-liege-2014.jpg


  Au début du XIXe siècle, le bief Saint-Denis, fortement réduit par les atterrissements, n'est plus qu'un cloaque infect rempli d'ordures et dégageant des odeurs malsaines*. En 1823, de nouvelles plaintes de la part des riverains poussent les autorités communales à envisager la transformation du vieux bief en canal voûté, avec l'aménagement en surface d'une nouvelle artère (il en est de même pour le bief Saint-Jean qui deviendra la rue de l'Université)**. Le chantier débute en 1825 pour se terminer en 1829, après diverses modifications apportées au projet, notamment en ce qui concerne la largeur de la voirie.
* Jusqu'au XVIIIe siècle pourtant, le courant a permis d'activer deux moulins de la collégiale Saint-Denis.
** C'est aussi l'époque où on projette la création de la rue de la Cathédrale.

 
Sous le régime hollandais, le terme « Régence » désigne l'autorité communale. La nouvelle rue porte donc le nom de l'institution politique qui l'a créée.



*  *  *  *  *

  Les cartes postales anciennes qui suivant nous montrent la rue de la Régence au début du XXe siècle. Quelques vues actuelles permettent la comparaison avec la situation actuelle :

rues regence universite-liege-debut XXe.jpg  À l'angle des rues de la Régence et de l'Université, la maison Avenzo a laissé place au magasin Mauguin.

rue regence universite-liege-2014.jpg

rue de la regence-liege-debut XXe(2).jpg

rue de la regence-liege-debut XXe(1).jpg

rue de la regence-liege-2014(2).jpg


rue de la regence-liege-debut XXe(3).jpg  À l'emplacement indiqué par la flèche, s'ouvre la rue Pont-Thomas, dénommée ainsi en souvenir d'un ancien pont sur le bief Saint-Denis.

rue de la regence-liege-la wallonie_1925.jpg  En 1922, le journal quotidien La Wallonie acquiert l'immeuble désigné par la flèche. La petite photo* montre cet immeuble en 1925, agrandi et transformé par l'architecte Jean Moutschen.
* Photo extraite du site de l'Institut liégeois d'histoire sociale.

 

rue de la regence-liege.jpg  Sur la photo de gauche (années 1940, tout début 50), le Priba est entouré des cinémas l'Américain et le Mondain.

rue de la regence-liege-tram vert.jpg  Un tram vert SNCV et un bus de la STIL au milieu des années 1960. Le cadre de cette scène est figuré en rouge sur la photo suivante :
rue de la regence-liege-2014(3).jpg


L'hôtel des Postes (ou Grand-Poste)

  Au milieu des années 1890, une série d'immeubles sont abattus à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse, ainsi que dans le quartier voisin du Chaffour*. Tous les décombres doivent être enlevés pour mai 1896, date à laquelle commence la chantier du nouvel hôtel des Postes.
* Le quartier des fours à chaux (la rue Florimont, initialement « flairmont », rappelle l'ambiance odorante de ces installations). Il s'agit à cette époque d'un quartier fort populeux et insalubre qu'il est temps d'assainir.

quai sur meuse-halle-liege-1890.jpg  Les bâtiments que l'on aperçoit dans le fond, sur ce cliché de 1890, sont ceux situés à l'angle de la rue de la Régence et du quai sur Meuse. À l'avant-plan, il s'agit du marché aux légumes qui se tient là, à l'époque, tous les matins.

  Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
grand-poste_liege_2014.jpg

 

quais sur meuse-liege-1890.jpg  Ci-dessus, les cafés et hôtels du quai sur Meuse qui ont été détruits pour permettre la construction de la Grand-Poste, que l'on voit en chantier ci-dessous :
construction grand-poste_liege.jpg

 

rue de la regence-liege-1890.jpg  Ci-dessus, le marché en 1890. À comparer avec les deux photos suivantes, prises pendant la construction de l"hôtel des Postes :
rue de la regence-liege-1900.jpg
marche-construction grand-poste_liege-1900.jpg

 

passerelle-construction grand-poste_liege_1896-1901.jpgL'hôtel des Postes inachevé, vu depuis la passerelle de la Régence.

grand-poste_liege_1905.jpg  L'hôtel des Postes tout neuf, édifié dans un style ogival XVIe siècle, selon les plans de l'architecte Edmond Jamar. Il a été inauguré le 16 décembre 1901. Les services postaux sont alors en plein essor, ce qui justifie l'ampleur du bâtiment.

grand-poste_liege_interieur 1903.jpgL'intérieur de la Grand-Poste à ses débuts.

 grand-poste_liege-halle-1901.jpg  Revenons-en au marché aux légumes. La construction que l'on aperçoit à moitié sur la droite de la vue ci-dessus, c'est la halle à la criée.

Halle quai sur meuse-liege-1901.jpg  La halle à la criée existe depuis 1868. Elle est entourée d'échoppes pittoresques, et le marché aux légumes (auxquels s'associent fruits et fleurs) s'étend aussi sur l'ensemble du quai sur Meuse et sur la place Cockerill voisine.

grand-poste_liege_debut XXe(1).jpg  La halle disparaît peu après la mise service de la Grand-Poste. Peut-être pour mieux mettre en valeur le prestigieux bâtiment que l'on vient d'ériger.

marche quai sur meuse-liege-1954.jpg  Le marché aux légumes en 1954. Les maraîchers ne quitteront cet endroit qu'en juillet 1963, quand le marché matinal s'installera à Droixhe.

grand-poste_rue de la regence_liege-annees 1960.jpgVue sur la rue de la Régence dans les années 1960.

projet_grand-poste-liege.jpg  La Grand-Poste, désaffectée depuis le début du millénaire, est actuellement au centre d'un vaste projet de réhabilitation, qui envisage l'aménagement d'une galerie commerciale au rez-de-chaussé du bâtiment existant (façades et toitures classés depuis 2002) et la construction d'un appart-hôtel à l'angle des rues de la Régence et Florimont. Le promoteur attend, pour commencer le chantier, que la Ville concrétise le parking promis sous la place Cockerill et le quai sur Meuse...

 

  La passerelle de la Régence


  Bien que le projet ait été imaginé dès 1874, il faut attendre septembre 1880* pour que cette passerelle soit terminée et ouverte aux piétons, diverses crues ayant retardé les travaux et même mis l'ouvrage en péril.
* Le 17 septembre, jour de la Saint-Lambert, patron de la ville.

 
Les Liégeois l'appellent communément « la Passerelle », mais elle porte en réalité le nom de « passerelle de la Régence », du même nom que la rue qu'elle prolonge et dont elle a d'ailleurs accéléré le développement. D'aucuns disent néanmoins « passerelle Saucy », en référence boulevard* auquel elle mène en Outremeuse.
* Ce boulevard est un ancien bief asséché en 1872-73. L'appellation « Saucy » aurait un rapport avec « saussaie », lieu planté de saules.

passerelle-liege_1880-1940.jpg  La passerelle de la Régence première du nom (1880-1940), vue d'Outremeuse. Ci-dessous, de nos jours :
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passerelle-liege-debut XXe.jpg  La passerelle vue du quai des Pêcheurs (quai Édouard Van Beneden depuis 1920), avec la Grand-Poste à l'arrière plan.

passerelle-liege_saint-pholien_1902.jpg  La passerelle vue du quai Roosevelt au tout début du XXe siècle. L'église Saint-Pholien dont on voit le clocher sur la droite sera détruite en 1910 dans le cadre d'un plan de voirie, puis remplacée par un édifice néogothique en 1914.

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passerelle-liege-belle_epoque.jpg  Autrefois, se faire photographier sur la passerelle, avec la Grand-Poste en toile de fond, est un événement exceptionnel. Ci-après, le même endroit de nos jours :
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passerelle-liege-1905.jpg  Le quai des Pêcheurs en 1905 (qui deviendra le quai Van Beneden en 1920), avec l'arrêt du tram Liège-Barchon. À l'arrière-plan : la passerelle et pont des Arches.

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passerelle-liege-escaliers-debut XXe.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle à la hauteur du boulevard Saucy, au début du XXe siècle. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
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passerelle-quai sur meuse-liege-début XXe.jpgCi-dessus, le quai sur Meuse au début du XXe siècle. Ci-dessous, de nos jours :passerelle-liege-2014(4).jpg

passerelle-liege-apres 1910.jpg  Ci-dessus, l'accès à la passerelle, du côté du quai sur Meuse, avec à l'arrière-plan gauche l’église Saint-Pholien due en 1914 à l'architecte Edmond Jamar (celui de l'hôtel des Postes). Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
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passerelle-liege-1940.jpg  Ci-dessus, la passerelle détruite en 1940. Ci-dessous, sa reconstruction après-guerre (inauguration en 1949) :
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passerelle_liege_après-guerre.jpgLa passerelle deuxième génération, telle qu'on la connaîtra dans les années 1950 et 60.

passerelle-quai sur meuse-liege-1962.jpg  L'accès à la passerelle du côté rive gauche en 1962. Au début des années 1970, cet accès sera modifié, avec une rampe allongée qui enjambera le quai devenu une voie rapide (situation actuelle sur la photo suivante) :
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document_ville de liege.jpg  Au milieu des années 1990, a lieu l'opération « Liège retrouve son fleuve ». Il s'agit de rendre aux piétons les berges de la Meuse conquises par l'automobile au cours des décennies précédentes. Le dessin ci-dessus, extrait d'une brochure de la Ville expliquant le projet, représente le quai de la Batte et le quai sur Meuse idéalisés. Un rêve non encore réalisé !

passerelle.jpg  C'est dans le cadre de cette opération, en 1994, qu'est construit ce plan incliné du côté rive droite, avec la rampe qui passe en porte-à-faux sur le fleuve.

passerelle-liege-ravel-1994.jpg  1994. L'opération « Liège retrouve son fleuve » permet le réaménagement de la promenade le long de la Meuse et la création d'un Ravel.