06/09/2016

Aux origines du quai et du pont Mativa

vue aerienne boverie_liege_bing maps.jpg  Cette vue aérienne a été obtenue grâce à Bing Maps (cliquez dessus pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre). Le parc de la Boverie* (1), est situé entre la Meuse (2) et sa Dérivation (3) ; il est relié au quai Mativa (4) par le pont** du même nom (5).

* Le lieu tient son appellation des bovidés qu’on y faisait paître.
** On  dit souvent la passerelle Mativa vu son usage réservé aux piétons et cyclistes. On l'appelle aussi, nous l'expliquerons plus loin, le pont ou la passerelle Hennebique.


 
Le quai Mativa a été aménagé à la suite des grands travaux de la Dérivation de la Meuse (voir autre article) ; on l’a baptisé ainsi en 1857, en souvenir du pré Mativa, site champêtre qui attirait autrefois les promeneurs recherchant la quiétude. L’appellation « Mativa » est très ancienne ; elle proviendrait de la contraction des mots wallons « Mathî » et « vå », le « Val de Mathieu » (du nom d'un propriétaire local au Moyen Âge).


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  Le plan ci-dessus est proposé en 1852 par l’ingénieur Kümmer pour illustrer les modifications qu’il compte apporter au cours de la Meuse. Le chantier titanesque de rectification et de dérivation du fleuve va durer de 1853 à 1863. J’ai indiqué d’une croix rouge l’emplacement du pré Mativa.

  Le texte qui suit est extrait de l’article « Heurs et malheurs de la Boverie », paru dans la revue « La Vie liégeoise » de mars 1972 : « Les Liégeois d'aujourd'hui ne peuvent se faire une idée des charmants sites de la Boverie sous son aspect champêtre d'autrefois, ils ne peuvent imaginer le magnifique paysage qui fit l'admiration de Pierre-le-Grand, lors de son passage à Liège en 1717. C'était un endroit idyllique, enserré entre les sinuosités pleines de fantaisie des bras de la Meuse et de l'Ourthe, où les îles verdoyantes venaient ajouter leur poésie. À l'entour, la terre était riche et féconde. Les houblonnières avaient grande renommée et les prairies émaillées de fleurs étaient accueillantes aux enfants joueurs. Les adultes y venaient le dimanche se promener, s'y reposer loin des bruits de la ville et respirer l'air pur. De joyeuses guinguettes (La Ferme, Le Château de Versailles, Le Petit Sans-Soucis) étaient des paradis pour la jeunesse, et, aux longs jours d'été, les citadins aimaient s'y délasser et s'y restaurer ».


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  Sur ce plan de 1885, on remarquera qu’une grande partie de la Boverie a été réaménagée en espaces verts, avec un jardin d’Acclimatation (marqué du nombre 58, voir autre article) et un parc public compensant la disparition du pré Mativa. En cette fin du XIXe siècle, les terrains de la Boverie se terminent en cul-de-sac (le cercle rouge), sans communication avec Fragnée ou les Vennes.


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Le quai Mativa à la fin du XIXe siècle ▲ puis le même endroit (dans le cadre rouge) de nos jours ▼
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C’est en 1863 qu’on a planté la double rangée d’arbres et installé les bancs publics.


quai mativa_liege_fin XIXe (2).jpg  À la naissance du XXe siècle, le lieu présente toujours un charme bucolique, même s'il devient un quartier résidentiel bourgeois.

Le quai Mativa en 1954, 1975 et 2007 :quai mativa_liege_1954.jpgquai mativa_liege_1975.jpgquai mativa_liege_2007.jpg

Dans l’autre sens au début des années 1970 :
quais mozart et mativa_liege_debut 70s (2).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (1).jpgquai mativa_liege_debut 1970s (2).jpg

 

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quai mativa fin XIXe.jpg  Nous voilà revenus à la charnière des XIXe et XXe siècle. Les arbres du quai Mativa, on les retrouve à l’arrière-plan droit de la photo qui suit :
derivation_liege_1903.jpg

   Dans le fond, on voit la Dérivation avant l’existence du pont Mativa. Nous sommes en 1903. Le chantier, à l’avant-plan, est celui de la rectification du cours de l’Ourthe. La plaine des Vennes, en effet, subit d’importantes modifications en vue d’accueillir une partie de l’Exposition universelle et internationale prévue pour 1905 (voir cette autre publication).


pont mativa_liege_expo 1905.jpg  La même perspective pendant l’Exposition, d’avril à novembre 1905. À droite, le bâtiment qui longe le quai Mativa est le palais de l’Alimentation française. À gauche, on aperçoit l’Union nautique, club d’aviron installé à la pointe de la Boverie depuis 1873.


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  Plan de l’Exposition universelle de 1905. Le pont Mativa (1) est l’un des trois ponts construits à cette occasion, les deux autres étant les ponts de Fragnée (2) et de Fétinne (3). Il permet un passage immédiat entre le quartier des halls établi aux Vennes (4) et celui des palais situé dans le parc de la Boverie (5).

  Le projet initial prévoit un ouvrage provisoire en bois, mais le comité exécutif de l’Exposition, prévoyant le développement futur du quartier des Vennes, opte finalement pour un ouvrage définitif. Lorsqu’il s’agit de trouver un entrepreneur capable de réaliser le travail en un délai très court, le choix se porte sur la filiale belge de la société française Hennebique*.

* Du nom de son fondateur, François Hennebique (1842-1921), qui a conçu et fait breveter un système de construction en béton armé.


pont mativa_liege_boisage janvier 1905 (1).jpg  Commencé en décembre 1904, le pont Hennebique (on l’appelle souvent ainsi, du nom de son concepteur, même si son appellation officielle est « pont Mativa ») sera terminé en avril 1905, une semaine avant l’inauguration officielle de l’Exposition. La photo ci-dessus montre l’opération de boisage en janvier 1905.


construction passerelle mativa_liege_1904 (1).jpg  Certaines cartes postales souvenirs de l’Exposition proposent des vues prises pendant les travaux d’aménagement, comme celle-ci avec le pont en cours de construction.


pont mativa_liege_essais de charge 1905.jpg  Des soldats traversent le pont au pas cadencé. La manœuvre fait partie des épreuves de mise en charge effectuées en avril 1905, avec aussi des passages de rouleaux compresseurs et de chariots remplis de fonte.


pont mativa_liege_expo 1905 (2).jpg  Il s’agit d’un des tout premiers ponts en béton armé, admiré pour sa technicité et son élégance. D’une longueur totale de 80 mètres, il franchit la Dérivation en une seule travée de 55 mètres. La faible épaisseur du tablier à la clef est impressionnante.


pont mativa_liege_2007.jpg  Vu l’intérêt historique, technologique et esthétique de l’ouvrage, celui-ci a été classé le 4 mai 2016 par Maxime Prévot, ministre wallon du Patrimoine.

  Les garde-corps et les supports d'éclairage sont d'époque (à l'exception des parties supérieures des lampadaires qui ont été modifiées quand l'électricité a remplacé les brûleurs au gaz).

 

Quelques photos prises pendant l’Exposition :

pont mativa_liege_expo 1905 (3).jpg  Avec l’embarcadère des gondoles vénitiennes et le palais de la ville de Liège (la flèche dans les feuillages).


pont mativa_liege_expo 1905 (4).jpg  Le tramway que l’on aperçoit sur le pont* est en réalité un petit train Decauville qui permet visiter l’Exposition.

* À cette époque, l’ouvrage fait vraiment office de pont avec le passage de véhicules ; il y a longtemps qu’il ne sert plus que de passerelle.


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La double voie ferrée du tramway touristique.


quai mativa_liege_1905.jpg  Cette double voie se retrouve sur le tronçon du quai Mativa qu’il faut emprunter pour transiter des Vennes à la Boverie.


pont mativa_liege_expo 1905 (6).jpg  Autre souvenir de l’Exposition : ce morceau de temple grec (inspiré par celui d’Agrigente, en Sicile), décor réalisé par la firme Hennebique à proximité du pont qu’elle vient de construire.


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pont mativa_liege_apres 1905.jpgLe pont Mativa après l’Exposition.


maison monier_liege_debut XXe.jpg  Le confluent Ourthe-Meuse au début du XXe siècle, avec la maison du barragiste (et non l'Union nautique, voir série 5 de cette page).


chantier pont gramme-liege-1968.jpg
Le même endroit en 1968, pendant le chantier du pont Zénobe Gramme sur l’Ourthe (voir autre article).

 

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23/02/2016

La rectification de l'Ourthe dans le quartier Vennes-Fétinne

Quand le pointeur de la souris prend la forme d'une main au contact d'une illustration, cliquer sur celle-ci permet de l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

hydrographie liege 1830.jpg
Le réseau hydrographique liégeois en 1830.

ourthe d'antan liege.jpg  Sur cette vue aérienne contemporaine, ont été superposés les méandres de l'Ourthe tels qu'ils se présentent à la fin du XIXe siècle.

  Aux Grosses Battes (1), la rivière se divise en deux branches :

- La branche de droite (2) se ramifie en divers biefs parsemés d'îlots ; elle est devenue les actuels boulevards de Douai, Frankignoul et Poincaré.

- La branche de gauche (3), appelée le Fourchu-Fossé, décrit une double boucle et se jette dans la Dérivation à Fétinne. La boucle inférieure et l'étroit bief des Aguesses* (4) délimitent une île nommée plaine des Aguesses. Le tronçon supérieur du Fourchu-Fossé est incorporé au canal de l'Ourthe (le trait rouge), dont les origines remontent au début du XIXe siècle.
* Les aguesses, en wallon, désignent les pies.

pont marcotty angleur1.jpgpont marcotty angleur2.jpg  Les deux photos ci-dessus montrent ce canal de l'Ourthe à la hauteur du pont levant de l'écluse d'Angleur. Inutilisée depuis longtemps à des fins industrielles, la voie d'eau est aujourd'hui, à quelques dizaines de mètres de l’activité urbaine, un havre de paix où stationnement quelques embarcations-logements.

  C'est sous le régime hollandais, dans la troisième décennie du XIXe siècle, que naît l'idée de relier la Meuse au Rhin via l'Ourthe, la Sûre et la Moselle. Les travaux commencent à divers endroits dès 1827, mais sont rapidement interrompus à cause du manque de fonds et des événements révolutionnaires qui secouent la Belgique. Quand la province du Luxembourg est cédée à notre pays en 1839, le gouvernement belge relance un projet concernant l'Ourthe, non plus dans l'intention de la canaliser, mais de lui créer un canal parallèle. Ce chantier, à nouveau, ne sera jamais achevé, les pouvoirs publics préférant accorder la priorité au développement des chemins de fer. Parmi les tronçons de canal qui ont subsisté, figure celui qui passe par Angleur, avec son célèbre pont levant* construit en 1852.
* Le seul actionné manuellement dans la province de Liège. Classé depuis 1983 tout comme les ouvrages de pierre le bordant, vers la darse et le canal.

ecluse canal ourthe angleur1.jpgecluse canal ourthe angleur2.jpgpont-ecluse des aguesses angleur debut XXe.jpg  Le pont levant et la maison pontonnière en 1903. En bas à droite, il s'agit du tronçon du Fourchu-Fossé intégré au canal de l'Ourthe. Le pont est souvent appelé du nom de Marcotty, par analogie avec le moulin à farine situé juste à côté (les bâtiments blancs dont nous parlerons plus loin).

plan liege 1885.jpg  Ce plan de 1885 m'a été fourni par Christian Hauglustaine, un ancien du MET passionné d'histoire. On y retrouve les multiples bras de l'Ourthe à la veille du XXe siècle. Remarquons que sur ce document, l'île comprise entre le bief des Aguesses et le Fourchu-Fossé, porte l'appellation d'île aux Cochons alors qu'elle est connue comme l'île (ou la plaine) des Aguesses ; la confusion provient de l'existence antérieure d'une autre île, comme en témoigne le plan qui suit, publié par Avenzo en 1838 :
plan avanzo liege 1838.jpgplan liege 1899.jpg   Le plan ci-dessus (plan de 1899 fourni également par Christian Hauglustaine) a le mérite de mentionner les deux appellations à leur emplacement primitif, même si les îles ont fusionné.

meuse_fragnee_liege_1900.jpg   Promenade sur la Meuse à la fin du XIXe siècle. À l'arrière-plan, la plaine des Aguesses est séparée de l'église Saint-Vincent de Fétinne par l'embouchure du Fourchu-Fossé. Ci-dessous, le même endroit de nos jours :
meuse_fragnee_liege_2012.jpg


plaine aguesses_liege_angleur_avant 1905.jpg  Le Fourchu-Fossé et la plaine des Aguesses à l'aube du XXe siècle. Dans le fond, on aperçoit le remblai qui supporte la ligne de chemin de fer du Nord-Belge (ligne Namur-gare du Longdoz, ouverte en 1852).

pont arcades plaine aguesses liege.jpg  Le remblai du chemin de fer comporte un viaduc muni d'arches d'inondation, pour permettre l'étalement des eaux en cas de crue.

avenue luxembourg_liege_2007.jpg  L'actuelle avenue du Luxembourg est toujours traversée par cette ligne de chemin de fer surélevée, quelque peu déplacée depuis le chantier colossal de l'Exposition universelle de 1905 (voir plus loin).

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houillere des aguesses_angleur.jpg  Le Fourchu-Fossé au début du XXe siècle, avec la houillère des Aguesses (1),  le pont-écluse du même nom (2) et le moulin Marcotty (3). Le contenu du rectangle rouge est repris ci-dessous :moulin marcotty angleur debut XXe.jpg

  La flèche rouge désigne l'entrée du canal de l'Ourthe vers le Rivage en Pot*. La bleue montre le début du bief des Aguesses, qui fournit l'énergie hydraulique au moulin à farine Marcotty.
* Le terme « pot » viendrait de « på » (pal), vu les pieux plantés là autrefois pour consolider la berge. Ce rivage est aujourd'hui constitué des quais Michel Gloesener et Joseph Wauters.

moulin aguesses angleur 1845.jpg  Le bief des Aguesses alimente un moulin depuis le XVIe siècle, mais la gravure ci-dessus présente les installations en 1845. On l'appellera finalement le moulin Marcotty* du nom de la famille propriétaire.
* Joseph Marcotty sera bourgmestre d'Angleur de 1891 à 1903 ; son fils Joseph-Antoine le sera de 1908 à 1921.

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Le bief des Aguesses, alimentant le moulin, est souvent appelé le bief Marcotty.

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Le bief des Aguesses (ou Marcotty) avant 1902, le long du sentier devenu la rue du Bief.

maison monnier_fetinne_liege_1.jpg  Le bief des Aguesses vers 1900, quand il se jette dans le Fourchu-Fossé. Les arbres, à l'arrière-plan à droite, sont ceux du début du quai Mativa, à proximité de l'église Saint-Vincent qui n'apparaît pas sur cette vue.

maison monnier_fetinne_liege_2.jpg  Voici, en 1886, le confluent du Fourchu-Fossé et de la Meuse, avec son barrage pour réguler le mélange des flots. À l'extrême gauche, il s'agit de l'embouchure du bief des Aguesses. Sur la butte, se trouve la maison Monnier, du nom du barragiste à cette époque.

maison monnier_fetinne_liege_3.jpg  La maison Monnier est aussi appelée le café de Fétinne, car le barragiste sert aussi de tenancier de guinguette, servant à boire et à manger dans ce cadre champêtre. À remarquer à nouveau le petit pont qui enjambe le bief des Aguesses là où il débouche dans le Fourchu-Fossé.

pont monnier.jpg  Le petit pont sur le bief des Aguesses. Dans le fond, entre la Meuse et la Dérivation, on aperçoit la pointe de la Boverie où se trouve l'Union nautique depuis 1873.

passage d'eau fetinne debut XXe.jpg  Le petit pont sur l'embouchure du bief des Aguesses, le revoici avec vue sur l'église Saint-Vincent, située de l'autre côté du Fourchu-Fossé. La barque est celle d'un passeur d'eau.

passage d'eau fetinne avant 1905.jpg  Il existe en effet un passage d'eau entre la rive de l'église Saint-Vincent et l'île des Aguesses dans sa partie ex-île des Cochons. Le document ci-dessus, édité à l'occasion de l'exposition universelle de 1905, montre une situation antérieure aux aménagements gigantesques exigés par l'événement.

passage d'eau fetinne 1891.jpgLe passage d'eau en 1891. À l'arrière-plan, on distingue le pont de chemin de fer de la ligne Namur-Liège.

passage d'eau fetinne quai mativa debut XXe.jpg  Le passage d'eau en 1902 ▲ et juillet 1903 (lors de la visite du prince Albert sur le chantier de l'Exposition universelle) ▼passage d'eau fetinne 1903.jpg


quai saint-vincent_liege_debut XXe.jpg  En 1853, les riverains ont envoyé une pétition à l'administration communale pour exiger que l'on construise une digue le long de la rive droite du Fourchu-Fossé (à gauche sur la photo ci-dessus), pour les protéger des ravages des inondations. Les terres de remblai proviendront du creusement de la Dérivation de la Meuse. Le quai ainsi aménagé prendra le nom de Saint-Vincent, vu le patronage de l'église de Fétinne qui se trouve à son extrémité.

quai saint-vincent église de fetinne.jpg  Le Fourchu-Fossé, le quai et l'église Saint-Vincent, vus d'amont en aval depuis le pont de chemin fer, à l'aube du XXe siècle.

bd de laveleye_liege_2007.jpg
Le Fourchu-Fossé et le quai Saint-Vincent sont devenus le boulevard Émile de Laveleye.

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  Rappelons-nous que de 1853 à 1863, le cours principal de la Meuse a été simplifié et rectifié en Avroy, et que le creusement de la Dérivation a grandement contribué à l'assainissement du quartier populeux d'Outremeuse, où le comblement de divers bras de l'Ourthe s'est poursuivi jusqu'en 1876.

  En cette fin du XIXe siècle, l'Ourthe continue cependant de menacer les habitants des Vennes-Fétinne, à cause des crues répétées et des problèmes sanitaires qui en résultent.

  En 1886, est déposé un projet qui prévoit la suppression du Fourchu-Fossé et biefs secondaires, pour offrir à la rivière un nouveau lit plus large et moins sinueux. Les autorités concernées (État, province, communes) tergiversent longtemps à propos de leurs contributions financières, mais le choix dès 1897 de la plaine des Aguesses comme site d'une future exposition universelle* accélère les décisions : le projet initial subit quelques retouches et est accepté en 1900 ; le chantier sera adjugé en juillet 1902.
* L'Exposition universelle de Liège de 1905 était au départ prévue pour 1903. C'est l'ampleur du chantier de la rectification de l'Ourthe qui a reporté l'événement en 1905. Tant mieux finalement ! On a pu en même temps célébrer le 75ème anniversaire de l'indépendance de la Belgique.

plan rectification ourthe vennes avant 1905.jpg  Le plan ci-dessus permet de comprendre le projet de rectification de l'Ourthe en prévision de l'Exposition universelle de 1905.

comblement_bief_marcotty_angleur.jpgCi-dessus, le comblement du bief Marcotty. effectué de façon fort manuelle.

chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905a.jpgchantier_plaine des vennes_liege_1902-1905b.jpg  Dans un premier temps, le creusement du nouveau lit de l'Ourthe se fera aussi manuellement, avant que que les ouvriers ne soient assistés par des machines à vapeur :
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chantier_plaine des vennes_liege_1902-1905c.jpg

   Le chantier prend du retard à cause de la météo, notamment lors de l'hiver 1902-1903 et du très pluvieux mois d'avril 1903.

chantier inondé 1.jpg  À gauche, la future berge du quai des Ardennes. Nous sommes en avril 1903, les travaux de terrassement du nouveau lit de l'Ourthe sont à l'arrêt à cause des inondations dues aux intempéries.

chantier inondé 2.jpg  Les monteurs en charpente métallique procèdent à la construction du nouveau pont de chemin de fer sur la future rectification de l'Ourthe. Les terrassiers ne peuvent travailler à cause du chantier inondé.

chantier inondé 3.jpg
À l'avant-plan gauche, il s'agit du futur quai du Condroz. Le nouveau lit de l'Ourthe, inachevé, est inondé.

plan chantier avant expo 1905_liege.jpg  Sur le plan ci-dessus, les flèches désignent le tracé de la ligne de chemin de fer du Nord-Belge, tracé qui va subir quelques modifications, avec une infrastructure nouvelle.

ancien pont chemin de fer fosse fourchu vennes liege.jpg   L'ancien pont de chemin de fer sur le Fourchu-Fossé. Dans le fond, sous l'arcade, on aperçoit les maisons de la rue de Fétinne.

construction nouveau pont chemin de fer vennes liege.jpg  On construit un nouveau pont de chemin de fer juste en amont de l'ancien, avant de combler le Fourchu-Fossé pour intégrer ce terrain dans le site de l'Exposition universelle de 1905. Ci-dessous, le même endroit de nos jours, avec le boulevard Émile de Laveleye :
boulevard de laveleye_liege.jpg

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_1.jpg  Dans la plaine des Aguesses (des Vennes), on supprime l'ancien remblai et le viaduc à arcades qui supportent la ligne de chemin de fer. Le tracé ferroviaire est légèrement décalé, avec un nouveau remblai et un nouveau pont pour enjamber ce qui deviendra l'avenue du Luxembourg après l'Exposition de 1905.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_2.jpgL'aménagement de la nouvelle ligne de chemin de fer.

destruction anciennes arcades vennes liege.jpg
La destruction de l'ancien viaduc et de ses arcades.

travaux chemin de fer_vennes_1902-1904_4.jpg  Le chantier du nouveau cours de l'Ourthe. À l'arrière-plan central, on aperçoit le nouveau pont de chemin de fer, en cours de construction tout comme les halls de l'Exposition universelle. À gauche, il s'agit de la Compagnie générale des conduites d'eau*, établissement industriel qui a dû être déplacé à cause des modifications apportées à la configuration des lieux.
* Héritière de la fonderie des Vennes, la Compagnie générale des Conduites d'Eau (et de gaz) a été fondée en 1865. Absorbée en 1975 par la Sodemeca, la société a été déclarée en faillite en 1980. Le site est resté désaffecté jusqu'en 1995, année qui a vu l'ouverture du complexe commercial de Belle-Île.

nouveau pont ourthe liege 1905.jpg
Le nouveau pont de chemin de fer pendant l'Exposition universelle de 1905.
 

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  Le pont de Fétinne est construit de 1901 à 1904, en même temps que le pont de Fragnée*, les deux allant servir d'entrée monumentale à l'Exposition universelle de 1905.
* Le pont de Fragnée, sur la Meuse, ne sera pas abordé dans cet article consacré à la rectification de l'Ourthe. Des photos de sa construction ont été postées par Christian Hauglustaine dans le groupe Facebook « Souvenirs et mémoire du Pays de Liège » ; il y en a quelques autres dans ma page consacrée à l'Exposition universelle de 1905.

construction pont de fetinne_liege_3.jpg  Construction de la culée droite du pont de Fétinne, avec le quai Mativa et l'église Saint-Vincent à l'arrière-plan.

construction pont de fetinne_liege_2.jpgL'échafaudage permettant l'assemblage de la structure métallique.

construction pont de fetinne_liege_1.jpg
À remarquer que le pont de Fétinne est mis en place avant que le nouveau lit de l'Ourthe ne soit achevé.

construction pont de fetinne_liege_4.jpg  Cette photo a été prise en 1904 depuis la maison Monnier. À droite, le pont de Fétinne en phase d'achèvement et le nouveau lit de l'Ourthe. À gauche, l'ancien cours de la rivière qu'il va maintenant falloir combler.

pont de fetinne_liege_1905.jpg
Le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle de 1905, avec le pont du chemin de fer à l'arrière-plan.

pont fetinne_liege_1905.jpg    Ci-dessus, l’Ourthe rectifiée et le pont de Fétinne pendant l'Exposition universelle, photographiés depuis le clocher de Saint-Vincent. Ci-dessous, le même endroit vu depuis le lanterneau du dôme de l'église actuelle :ourthe_fetinne_liege_2007.jpg


construction pont de fetinne_liege_5.jpg  Le confluent de la nouvelle Ourthe et de la Meuse à la veille de l'Exposition universelle. La berge du quai Mativa (Dérivation) est en cours d'aménagement. La maison du barragiste va bientôt être remplacée par un établissement plus luxueux, aux allures de chalet normand, comme en témoignent les deux photos qui suivent, prises pendant l'Exposition universelle de 1905 :
maison monnier 1905.jpgmaison monnier liege 1905.jpg  Ci-dessus, le confluent Ourthe-Meuse-Dérivation en 1905. À titre de comparaison, voici le même endroit en 1968 (chantier du pont Gramme sur l'Ourthe) et en 2007 :
pont gramme en construction_liege.jpgpont gramme_liege_2007.jpg

 

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plan liege 1905.jpg
Liège en 1905.

plan expo liege 1905.jpg

                         Les emplacements de l'Exposition universelle et internationale* de 1905.
* L'Exposition de 1905 a été internationale parce que de nombreux pays y ont participé ; universelle parce qu'elle a traité de différents thèmes.

 

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plan lotissement vennes liege apres 1905.jpgL'Exposition universelle terminée, la ville de Liège lotit le site des Vennes.

lotissement vennes liege.jpg  Ci-dessus, la plaine des Vennes après l'Exposition universelle de 1905. On y voit la première maison en construction du boulevard Émile de Laveleye (le n°12 actuel). On devine les futures rue de Paris, rue de Verviers et avenue du Luxembourg. Ci-dessous, une vue aérienne du quartier en 2004 :vue aerienne liege_vennes_liege.jpg


Les quatre photos qui suivent nous reportent au début du XXe siècle :

vennes fetinne debut XXe_1.jpgL'entrée de la rue de Fétinne et le début du boulevard Émile de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_2.jpg
Un autre tronçon du boulevard de Laveleye.

vennes fetinne debut XXe_3.jpgL'avenue du Luxembourg et le pont du chemin de fer.

vennes fetinne debut XXe_4.jpgL'avenue Reine Élisabeth.

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